40 ans de la CHD : la célébration d’un anniversaire humanitaire

40 ans d’engagement de la CHD

Le 21 septembre 2023, aux Apprentis d’Auteuil à Paris, a eu lieu un rassemblement d’acteurs humanitaires français autour de l’anniversaire de la Coordination Humanitaire et développement, dont ils sont membres.

Retour en image sur les ateliers, le grand débat et la soirée qui ont permis aux acteurs français de l’humanitaire de se retrouver pour échanger et continuer de faire grandir la CHD !

Les ateliers 

Atelier autour des ressources humaines dans l’humanitaire

Le Cercle RH a coordonné un atelier permettant, dans un esprit ludique, d’aborder les Ressources Humaines sous l’angle d’un jeu des 7 familles. Les participants ont ainsi eu l’opportunité d’échanger, de partager des idées et de s’exercer dans des domaines tels que l’évaluation des compétences, la pédagogie ou la préparation à l’entretien de recrutement. Ils ont exploré les différentes qualités recherchées par les recruteurs : savoir-être, organisation, prise d’initiatives…

Atelier du groupe ONG support

Grâce au groupe ONG support, les participants ont été immergés au cœur des actions des ONG Support et ont eu l’occasion de prendre part directement à leur réalisation, grâce à un parcours interactif qui leur a fait découvrir une multitude d’acteurs. Cette expérience a permis de mettre à l’épreuve leurs connaissances pratiques concernant le soutien essentiel apporté par les ONG Support aux activités de solidarité internationale.

Atelier du groupe enfance

A travers l’atelier du groupe enfance, les participants ont découvert les outils et stratégies basés sur les droits de l’enfant, afin de maximiser l’efficacité et l’impact des projets en faveur des plus jeunes. Une réflexion a été apportée sur la réaction des enfants aux crises, sur la notion de participation, de résilience…

Atelier sur la CHD de demain

« Des idées pour la CHD de demain » était une session dédiée aux perspectives d’avenir et aux défis qui attendent la CHD. Les discussions ont abordé notamment les services de la CHD adaptés à ses membres, les orientations stratégiques à prendre pour l’avenir, ainsi que les initiatives novatrices pour un impact durable. Les idées ont été mises en commun et débattues dans la bonne humeur.

Le grand débat 

Le grand débat animé par Alain Boinet, clôturé par Alain Le Roy, avec de gauche à droite : Alain Boinet, Justine Muzik Piquemal, Nathalie De Sousa Santos, Anne Panel, Olivier Routeau et Alain Le Roy

Après les ateliers fut venu le temps d’une photo de groupe, puis de la projection d’un film retraçant l’histoire de la CHD : ses accomplissements et un aperçu de l’ensemble des ONG françaises qui y ont pris part.

Le grand débat a eu lieu ensuite, animé par Alain Boinet, président de Défis Humanitaires et fondateur de Solidarités International. Les 3 thèmes principaux de la conférence étaient les suivants :

1. Les enjeux de l’accès à l’aide pour les populations les plus vulnérables :

Recoupant à la fois la question de l’accès des ONG aux populations mais également l’accès des populations aux services proposés par les ONG. Les enjeux sont à la fois sécuritaires, économiques, administratifs ou liés à l’ethnie et au genre.

2. Les actions pour répondre aux besoins des plus vulnérables et la complémentarité entre humanitaire et développement :

Il a été abordé le fait que l’efficacité des actions entreprises dépende de la complémentarité entre les ONG et des liens avec les populations locales et acteurs locaux (ONG-OSC locales, services publics, entreprises).

3. Les perspectives pour l’humanitaire et le développement :

Les relations avec les bailleurs, la durée des programmes, l’accès et le rôle des Nations Unies ont été examinées comme des pistes de réflexion permettant d’améliorer l’action humanitaire-développement française.

Ces questions ont été débattues par :

Justine Muzik Piquemal, Directrice régionale RCA, RDC, Soudan et Mozambique chez Solidarités International. Elle a su mettre en avant l’importance de l’innovation et de la remise en question permanente des humanitaires pour adapter leurs programmes, mais également faire en sorte qu’ils soient durables et inscrits dans un contexte local. Justine a encouragé la transparence et le soutien entre ONG et rappelé le rôle important des Nations Unies face aux problématiques exposées.

Nathalie De Sousa Santos, Directrice générale adjointe de La Chaîne de l’Espoir. Cette humanitaire nous a démontré que la vision séparatiste entre humanitaire et développement était révolue et que la question du temps des programmes était centrale pour naviguer entre urgence et développement. La flexibilité et l’agilité des ONG doit donc être renforcée, ainsi que la solidarité et la complémentarité entre elles.

Anne Panel, Directrice de Fert. En tant que directrice d’une ONG de développement, elle a rappelé l’indispensable adaptabilité dont ces structures doivent faire preuve face aux contextes changeant dans lesquels elles s’inscrivent en exposant l’exemple du Burkina Faso. Elle a aussi partagé son expérience en termes de localisation et mis en valeur la contradiction qui existe entre le principe de précaution qui est appliqué par les bailleurs et le principe de risque auquel les ONG doivent également souscrire.

Olivier ROUTEAU, Directeur des opérations chez Première Urgence Internationale. Olivier a présenté sa vision de la complexification des crises. Il a aussi insisté sur les enjeux qui dépassent les ONG, comme les exigences des bailleurs, qui sont parfois contradictoires (revenir aux fondements mais aussi se réinventer en permanence), la nécessité d’être présents sur le terrain parfois avant l’urgence même et l’excès de rapports à fournir pour rendre compte plutôt que d’agir.

Lors de ces passionnants échanges, il a été l’occasion de revenir sur les apports de la CHD envers les acteurs humanitaires français. L’entraide et la communication entre les acteurs qui est permis par la CHD a été mis en avant.

L’ancien ambassadeur de France à Madagascar, ancien Secrétaire général adjoint de l’ONU, chargé du Département des opérations de maintien de la paix et ancien secrétaire général du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), Alain le Roy a conclu ce grand débat en remerciant les intervenants pour leur apport de terrain. Il considère les ONG comme les portes paroles des populations auprès des pouvoirs publics et encourage donc celles-ci à continuer leur travail de plaidoyer et de diffusion de leur expérience précieuse. Selon Alain Le Roy, les efforts doivent toujours être dirigés vers l’éducation, la santé et l’emploi au niveau mondial. Il a souligné les apports professionnalisant de la CHD ainsi que les point d’améliorations qui pourraient profiter à l’ensemble du domaine humanitaire français, comme le renforcement des moyens d’organisations telles que Coordination Sud.

Célébrer ensemble 

L’ensemble des membres de la CHD réunis le 21 septembre 2023
Célébration des 40 ans de la CHD

 

Merci encore à l’organisation de l’évènement, notamment à Alexia Tafanelli !

 


Si vous souhaitez en savoir plus sur cette Coordination qui célébrait ses 40 ans cette année, un entretien avec ses co-présidents Xavier Boutin et Thierry Mauricet est paru dans l’édition précédente : La Coordination Humanitaire et Développement (CHD) fête son 40ème anniversaire

 

L’Orient en crise

L’Orient en crise ? J’aurais aussi bien intitulé cette note « L’Orient au cœur » tant, au fond, on sent le cœur de Régis Koetschet battre dans ce livre récapitulant son expérience de diplomate à Jérusalem et à Kaboul. N’évoque-t-il pas lui-même un texte qu’il a écrit sous le titre « Le cœur battant » de la relation d’amitié entre la France et l’Afghanistan ?

La place du cœur dans la diplomatie apparait ainsi comme en arrière-plan de la réflexion de l’auteur après ses années de service en Palestine et en Afghanistan ou au voisinage de ce pays. Il préconise en effet ce que Gérard Chaliand a qualifié de diplomatie « par la peau », c’est-à-dire une diplomatie où le contact humain, les échanges culturels, les partages d’hospitalité prennent le pas sur les analyses géopolitiques désincarnées et au final incapables de sentir les mouvements profonds des sociétés.

Diplomatie naïve, objectera-t-on. Ce n’est pas sûr. La passion qui affleure au fil des pages ne s’oppose pas à la raison. Tout au contraire elle la conforte. Elle cherche à aller au cœur des complexités et à mieux comprendre les réalités.

Régis Koetschet a servi – servir, quelle belle mission pour un diplomate – entre autres postes comme Consul Général à Jérusalem de 2002 à 2005 et comme ambassadeur à Kaboul de 2005 à 2008. Il y a noué des relations fortes avec les peuples de ces régions et cherché à percevoir leurs ressentis et leurs aspirations. Il est resté depuis lors toujours engagé dans des actions en faveur des solidarités entre ces populations et nous-mêmes.

Une de ses observations est que le temps n’est pas le même ici et là-bas. Les politiques mises en œuvre dans ce qu’on appelle l’Occident se définissent dans le temps court alors qu’elles devraient prendre en considération le temps long des sociétés auxquelles elles s’adressent.

Comment accorder ces deux temps, de plus en plus confrontés du fait de la mondialisation, la question reste posée. Les analyses de l’ambassadeur sont parfois pessimistes : « les temps sont au rapport de force dans le silence des peuples » affirme-t-il, mais n’en a-t-il pas toujours été ainsi ? Elles sont parfois interrogeantes comme quand il se demande en substance si la liberté de caricaturer ne devrait pas aussi tenir compte de la sensibilité des peuples. Elles sont lucides quand elles font un lien entre l’invasion de l’Irak et l’échec américain en Afghanistan. Elles sont stimulantes quand elles soulignent le « clair déficit d’études et de recherches universitaires » en France.

Passionné et nuancé, autant qu’immensément cultivé, tel pourrait-on décrire l’auteur à la lecture de son livre qui abonde en citations et en anecdotes permettant d’entrer un peu dans cet Orient tout à la fois compliqué, passionnant et hospitalier. Dans cet Orient où l’on souhaiterait pénétrer sous la tente mais qui nous oblige souvent à rester dans l’attente.

Malraux voulait toucher l’Asie. Régis Koetschet s’est laissé toucher par l’Asie.

 

Etienne Gille

Ancien professeur en Afghanistan de 1969 à 1978, cofondateur d’AFRANE (Amitié franco-afghane) dont il a été président de 1996 à 2013 et dont il est actuellement vice-président. Auteur de Restez pour la nuit (L’Asiathèque et le CEREDAF) et de 80 mots d’Afghanistan (L’Asiathèque).

Lien vers l’association AFRANE

Pour acheter le livre : disponible en librairie ou sur le site de la maison d’édition : Maisonneuse&larose Hémisphères

 

L’édition 2003 de Diplomate dans l’Orient en crise, Jérusalem et Kaboul, reprend la précédente édition épuisée enrichie et actualisée par sept nouveaux chapitres prenant en compte les récents développements à Kaboul et à Jérusalem.

Diplomate dans l’Orient en crise, Jérusalem et Kaboul, édition 2023 suivie de Le diplomate et les anachronismes, chez Maisonneuve et Larose

L’auteur a également publié en 2023 :

L’Afghanistan en partage, Les thés de l’ambassadeur, de Régis Koetschet, éd. Nevicata, octobre 2023, ISBN 2-87523-221-5, 19 € [Pour l’essentiel, la reprise des « thés verts » parus dans les Nouvelles d’Afghanistan ainsi que plusieurs inédits.]

Afghanistan. Des cerfs-volants dans la nuit, de Régis Koetschet, éd. Nevicata, octobre 2023, ISBN : 978-2-87523-220-5, 9 €