Entretien avec Maria Groenewald, Directrice de VOICE

Plaidoyer pour l’aide humanitaire européenne

© EPA/Ahmed Jallanzo, The Conversation – Une équipe d’inhumation libérienne durant la plus grande épidémie d’Ebola au monde en RDC en 2014 : une épidémie d’Ebola vient de se déclarer en RDC

Alain Boinet. Pourrais-tu nous présenter ton parcours ainsi que VOICE ?

Maria Groenewald. Tout d’abord, merci beaucoup pour l’invitation. Depuis 34 ans, VOICE est le réseau principal de plaidoyer pour l’action humanitaire à Bruxelles. Près de 90 organisations de 18 pays européens en sont actuellement membres et c’est un réseau qui grandit encore, en espérant pouvoir accueillir de nouveaux membres lors de notre Assemblée générale annuelle en juin. Pour moi, il s’agit d’un signe que notre travail collectif pour l’action humanitaire est plus important que jamais. Ensemble, nous allons continuer à être le principal porte-parole des ONG internationales à Bruxelles pour promouvoir l’action humanitaire et ses principes.

 

Alain Boinet. C’est nous qui te remercions pour cet entretien et cette présentation de VOICE. Nous constatons toutes et tous la chute des financements humanitaires parmi les pays de l’Union européenne et membres de l’OCDE : l’Organisation de coopération et développement économiques qui réunit les pays les plus développés de la planète. Comment analyses-tu ce recul inquiétant pour l’action humanitaire ? Quelles en sont les conséquences parmi les 90 associations membres de VOICE et où en est ECHO ainsi que la Commission européenne en matière de financement cette année en 2026 ?

Maria Groenewald. C’est un développement très inquiétant. On observe que plusieurs États membres se détournent de leur engagement en matière de solidarité internationale, au nom enjeux domestiques et de priorisation des dépenses liées à la défense, alors même que l’action humanitaire ne représente qu’une part très limitée des dépenses publiques. À l’échelle de l’UE, l’aide humanitaire représente environ 1 % du budget européen. Pourtant, les discours politiques tendent de plus en plus à mettre en concurrence les financements humanitaires avec d’autres priorités budgétaires.

© Our World in Data – Graphique sur la part de PIB que représente l’aide étrangère

La diminution des financements pour l’action humanitaire est un choix politique et non une fatalité. Il faut rappeler que le financement humanitaire est minimal et qu’il représente une petite part du budget des États en comparaison avec des postes de dépense comme la défense. La diminution des financements humanitaires entraîne des conséquences graves pour les millions de personnes qui traversent des crises humanitaires. Par exemple, une étude publiée dans la revue The Lancet a démontré que si la tendance actuelle de diminution de l’aide publique au développement persiste, le nombre de décès supplémentaires s’élèvera à 9,4 millions chez les enfants de moins de 5 ans. Il s’agit donc vraiment de vies qui sont en jeu.

© Maria Groenewald – La Directrice de VOICE s’exprime devant la Comission du Développement (DEVE) du Parlement européenne en avril 2026

Malgré ce contexte difficile, on observe tout de même quelques signaux positifs. Le budget initial de la DG ECHO pour 2026 était de 1,9 milliard d’euros et jusqu’ici, la Commission européenne a réussi à maintenir un niveau de financement humanitaire stable à travers les années, parfois même en augmentation grâce à la mobilisation de fonds supplémentaires. Ainsi, la Commission européenne demeure un soutien majeur de l’action humanitaire internationale et des principes qui la fondent.

Le véritable enjeu pour les financements humanitaires européens, ce sont les négociations du prochain Cadre Financier Pluriannuel, qui déterminera l’enveloppe globale attribuée à l’humanitaire de 2028 à 2034.

 

Alain Boinet. Comme les financements, le droit international humanitaire est en recul – et avec lui les principes humanitaires de neutralité, d’impartialité et d’indépendance, qui sont confrontés à un risque de politisation de la part de certains États et d’autres acteurs. Quelle est la perception, la position et la réflexion de VOICE à ce sujet ? Aujourd’hui, comment comprends-tu l’attitude de la Commission européenne sur le sujet du risque de politisation ?

Maria Groenewald. Il est vrai que nous sommes dans un contexte difficile au regard du manque de financement mais aussi de ce contexte où l’action humanitaire est de plus en plus challengée, politisée et instrumentalisée.

Pour VOICE, il est très important de revenir aux principes humanitaires. Pourquoi ? Les principes humanitaires ne sont pas des valeurs abstraites : ce sont des leviers opérationnels qui rendent possible l’accès à la population lors de crises humanitaires, la protection de populations vulnérables et celle des travailleurs humanitaires. La Commission européenne doit maintenir un cadre politique clair – celui selon lequel l’action humanitaire est guidée par les besoins et ces principes. Le leadership de l’Union européenne doit se définir par sa capacité à défendre l’action humanitaire contre toute politisation et instrumentalisation.

Jusqu’ici, la Commission européenne et en particulier la DG ECHO, ont réitéré à plusieurs reprises leur soutien aux principes humanitaires et au respect du droit international humanitaire. Plusieurs initiatives financées par ECHO sont en cours et vont dans ce sens. Nous espérons également que cela sera souligné dans la nouvelle stratégie de la Commission qui sera publiée fin mai : « The European Commission’s Communication on Humanitarian Aid ». En revanche, davantage doit être fait au niveau des institutions européennes, au-delà d’ECHO. Nous sommes donc très contents que la publication d’un « Staff Working Document » sur la diplomatie humanitaire, accompagnant la Communication, soit planifiée… L’UE doit utiliser cette stratégie pour se positionner comme un acteur de premier plan, cohérent et crédible, en matière de droit international humanitaire et de lutte contre l’impunité, y compris lorsque des violations se produisent dans des contextes politiquement sensibles.

© Belgian Presidency of the Council of the European Union / Julien Nizet – Maciej Popowski, Directeur général d’ECHO, au Forum Humanitaire Européen de 2024

Au-delà de la réaffirmation des engagements juridiques, le leadership de l’UE exige une cohérence politique, des positionnements publics, mais aussi l’utilisation de tous les outils politiques, diplomatiques et normatifs de l’UE pour lutter contre l’impunité, demander des comptes aux responsables de violations du droit international humanitaire et promouvoir le respect de ce droit.

 

Alain Boinet. Pourrais-tu nous rappeler en quoi consiste précisément le cadre financier pluriannuel de l’UE, quels en sont les enjeux et où nous en sommes de cette préparation ?

Maria Groenewald. Le cadre financier pluriannuel (CFP) détermine le budget à long-terme de l’Union européenne. Celui actuellement en négociation couvrira la période 2028 – 2034.  La question clé pour nous porte sur l’enveloppe qui sera attribuée à l’action humanitaire dans ce budget et la capacité future de l’Union européenne à répondre aux crises à la fois prolongées ou soudaines : c’est tout l’enjeu.

La Commission européenne a publié l’été dernier sa proposition pour le CFP 2028-2034, lançant officiellement une phase de négociations entre les différents partie-prenantes (Commission, Etats Membres, Parlement Européen…). Cette proposition de la Commission inclut une enveloppe de 200,3 milliards d’euros, pour un nouvel instrument qui s’appelle « Global Europe Instrument » et qui doit réunir tout le travail de l’Union européenne à l’international.

© Maria Groenewald – La Directrice de VOICE Maria Groenewald à la table-ronde « VOICE-Global Focus » de haut niveau en octobre 2025, à Copenhague

Il s’agit déjà d’un signe positif en matière de solidarité mondiale. Dans cet instrument, une partie sera destinée à l’action humanitaire. La demande qui est importante pour nous est que ce montant pour l’action humanitaire soit écrit dans le règlement du « Global Europe Instrument », afin qu’il ne change plus pour les sept ans à venir. Ce montant doit être alloué à l’action humanitaire en tant que minimum, de façon à ce que l’Union européenne conserve sa capacité à l’augmenter si des crises inattendues se produisent. Puis, bien sûr, nous parlons à nouveau de principes. Il est important que l’Union européenne maintienne une action humanitaire et des mécanismes de financement qui reflètent les principes humanitaires, tout en renforçant les mécanismes de gouvernance et de transparence à l’allocation. Cela impacte beaucoup la perception de l’action humanitaire du grand public. Il est aussi important que la transparence soit haute. Le « Global Europe Instrument » doit rester prévisible, traçable et fondé sur les besoins pour ne pas être instrumentalisé et politisé. Alors que les négociations vont se poursuivre lors des mois à venir, VOICE continuera de s’engager sur le sujet. Nous avons publié plusieurs documents publics ainsi que des analyses pour montrer ce qui est en jeu et garantir que l’Union européenne reste le bailleur de fonds de principes et d’importance qu’elle est maintenant.

 

Alain Boinet. Avec VOICE, vous avez récemment rencontré Tom Fletcher, le coordinateur des Nations unies pour les situations d’urgence humanitaires. Nous connaissons le « Humanitarian Reset », c’est-à-dire la réforme humanitaire provoquée par la baisse des financements. Que penses-tu de ce « Humanitarian Reset » ?

Maria Groenewald. Je pense que nous sommes tous d’accord sur le fait qu’une réforme du secteur humanitaire est nécessaire. Nous appelons à promouvoir un processus de réforme plus inclusif et plus responsable, qui soit éclairé par l’expérience opérationnelle de l’ensemble des acteurs humanitaires. Il y a une vraie complémentarité des rôles des différents acteurs qui composent le système, y compris des ONG internationales, nationales et locales. Il faut que tous ceux qui font partie de ce système humanitaire fassent aussi partie du processus de réforme. Celle-ci doit évidemment rester transparente envers l’ensemble de la communauté humanitaire. Il est donc important de parler d’une réforme inclusive et pas seulement d’un « reset » des agences des Nations Unies.

© Maria Groenewald – Rencontre entre la Présidente de VOICE Pauline Chetcuti, sa Directrice Maria Groenewald et Tom Fletcher, Vice-Secrétaire Général aux Affaires Humanitaires et à la Coordination de l’Aide d’Urgence de l’ONU (2025, Bruxelles)

Cela pose aussi la question des secteurs et crises qui risquent d’être négligés lors des discussions de priorisation. Si la priorisation est une nécessité malheureuse pour s’assurer que les fonds humanitaires restants après les coupes budgétaires drastiques aillent aux populations les plus à risque, cela ne doit pas se faire au détriment de la qualité de l’aide et de sa capacité à répondre aux besoins exprimés par les communautés touchées. Ainsi, nous appelons à porter une attention particulière aux crises oubliées, ainsi qu’aux secteurs déjà aujourd’hui souvent sous-financés, comme la Protection, la Santé Mentale et le Soutien Psychosocial, la réponse et la prévention des violences basées sur le genre, l’éducation en contexte d’urgence, la Santé et les Droits Sexuels et Reproductifs… Par ailleurs, il est essentiel de soutenir des processus de réforme fondés sur la diversité, la complémentarité des acteurs et les différents instruments de financement pour continuer à répondre aux crises de la façon la plus efficace possible.

Troisièmement, mon point final est bien sûr la question de la localisation. Soutenir l’agenda de la localisation est très important pour nos membres et pour les ONG internationales qui travaillent en partenariat depuis de longues années avec les ONG locales et nationales. Comme nous, le ‘Reset’ promeut un système humanitaire « aussi local que possible, et aussi international que nécessaire ». Mais les progrès concrets en ce sens restent timides. Par exemple, la démarche d’OCHA de soutenir davantage les ONG nationales et locales via les « Country-based pooled funds » (CBPFs) va, en principe, dans la bonne direction. En pratique, nous sommes loin du compte, et les chiffres ne démontrent pas encore de progrès tangibles, notamment à cause d’un accès aux fonds encore complexe, de progrès encore nécessaires en matière de gouvernance, et des exigences américaines appliquées aux fonds qu’ils ont attribués aux CBPF. De notre côté, nous avons donc entamé un travail plus profond sur la localisation et nous avons embauché une nouvelle collègue qui se concentre sur ce sujet. Nous allons ouvrir un nouveau groupe de travail à VOICE, auquel seront invités des réseaux nationaux et du Sud pour y participer et travailler ensemble sur cette démarche, et cela grâce à un soutien de la DG ECHO.

 

Alain Boinet. Comment évaluerais-tu les conséquences de la baisse des financements humanitaires pour la localisation et la mise en œuvre du nexus, c’est-à-dire ce processus de passage de la réponse d’urgence à la réhabilitation, aux reconstructions et au développement ? Quel impact cette baisse des financements peut-elle avoir sur ces processus essentiels ?

Maria Groenewald. Avec la baisse des financements humanitaires, le travail entre humanitaire, développement et paix devient plus important que jamais pour éviter une aggravation supplémentaire des besoins humanitaires. Il y a beaucoup de bons exemples qui montrent que ce fameux nexus fonctionne bien pour répondre à des crises qui durent de plus en plus longtemps, mettre fin à ce cycle de souffrance, répondre aux besoins directs et trouver des solutions sur le long terme. Il ne faut pas oublier ce que nous avons appris et ce qui fonctionne, mais il faut aussi trouver des moyens de permettre aux acteurs du développement d’intervenir.

Il est très important de rester engagés dans les contextes fragiles auprès des acteurs du développement. Ce ne sont pas des contextes où nous, en tant qu’humanitaires, nous sommes capables de répondre seuls, nous avons besoin de cette coopération avec les acteurs du développement. Plusieurs ONG ont donné des exemples positifs sur la manière de travailler avec une approche nexus en respectant les principes humanitaires, parce que l’on se trouve dans un moment où la fragilité s’aggrave dans plusieurs régions du monde : au Sahel, au Moyen-Orient, de la Corne de l’Afrique à l’Asie.

©FAO/Aissata Lam – Des femmes reçoivent leur cash transfert en Mauritanie, à Monguel (Wilaya de Gorgol)

Il y a cette étude de l’OECD dans laquelle, parmi les 177 contextes évalués en matière de fragilité, 61 ont été identifiés comme présentant un niveau élevé ou extrême de fragilité. Ces contextes représentent 25% de la population mondiale, ce qui signifie que nous devons y rester engagés. Ces communautés font face à des crises qui s’aggravent, des conflits, des déplacements forcés, au choc climatique, à l’affaiblissement des institutions, la réduction de l’espace civique… Cela est directement lié à l’augmentation des besoins humanitaires mondiaux et au degré croissant de fragilité dans de nombreux contextes à travers le monde.

C’est pour cette raison qu’il est important pour l’Union européenne de travailler sur cette nouvelle stratégie humanitaire. Un document écrit par la Direction générale d’ECHO et d’INTPA (International Partnerships) va également être publié sous le nom de « Integrated approach to fragility ». C’est une bonne chose que la Commission ait confié cette mission conjointe aux deux commissaires de l’action humanitaire et du développement, pour une approche intégrée. Nous avons hâte d’en lire le résultat.

© Nikola Krtolica – Équipe hulo à l’aéroport de Liège pour un vol du pont aérien humanitaire de l’UE, observant le fret à destination de l’Afghanistan

Alain Boinet. À l’inverse, la baisse des financements peut-elle également entraîner des conséquences positives en ce qui concerne notamment la mutualisation entre organisations humanitaires, l’innovation, voire la coordination opérationnelle ?

Maria Groenewald. Il est sûr que la diminution des fonds met une sorte de pression sur le secteur et le pousse à avancer des réformes dont nous parlons depuis plus de dix ans. Le World Humanitarian Summit était en 2016 et beaucoup de réformes comme le « Reset » dont nous parlons maintenant ne sont pas de nouvelles idées. Elles ont émergé il y a longtemps et la situation actuelle nous force à les mettre plus sérieusement en place. En même temps, il ne faut pas non plus arrêter de rappeler aux bailleurs de fonds que c’est un choix de diminuer les financements pour l’action humanitaire et qu’augmenter à nouveau le budget étatique pour répondre aux besoins réels peut aussi être un choix.

Aujourd’hui, on parle souvent des besoins de 87 millions de personnes auxquelles les Nations Unies essaient de répondre. Pourtant, nous savons que le nombre réel est beaucoup plus élevé. Il y a peu de temps, on parlait de 350 millions dans des situations de crise humanitaire. C’est un chiffre inimaginable qui représente deux fois la population de l’Allemagne, de la France et de la Belgique combinées. Comment les États membres peuvent-ils voir ces besoins et ne pas réagir ? Il est possible d’arrêter cette évolution et de prendre au sérieux ses responsabilités au sein des G7 et autres. Que vont devenir ces personnes qui demeureront sans secours ? Ce ne sera pas sans conséquences ni pour elles, ni pour les pays limitrophes aux populations déplacées, réfugiées. À terme, il y aura des répercussions pour nous.

 

Alain Boinet. 64% des opinions publiques au sein des pays membres du G7 considèrent que ce qui se passe dans les pays où se trouvent ces personnes en danger entraînera des répercussions dans nos pays en paix et prospère. Abordons donc la question des opinions publiques à l’égard de l’action humanitaire et du développement à travers une étude récente, commandée par le gouvernement français à l’IFOP (institut d’études et de sondages) en prévision du G7 qui doit se réunir du 15 au 17 juin à Evian, en France. En moyenne, il apparaît que 75% des populations de ces sept pays sont favorables au financement de la solidarité internationale, mais que 47% d’entre elles se disent mal informées. Par ailleurs, 75% de ces populations souhaitent savoir comment sont utilisés les financements, quels sont leurs résultats concrets et quelle est leur utilité, notamment pour les pays du G7 qui financent l’aide publique au développement. Enfin, 73% insistent sur la nécessité de contrôle de l’emploi des fonds.

Ces chiffres ne disent-ils pas que les acteurs humanitaires et du développement n’informent pas suffisamment le public ? N’y a-t-il pas là un levier essentiel de communication pour renforcer les liens avec les opinions publiques, tant pour les organisations humanitaires que pour la Commission européenne, ECHO et la commissaire Hadja Lahbib ?

© European Union/Denis Sassou Gueipeur, 2025 – Hadja Lahbib en intervention au Tchad dans le cadre d’opérations de lutte contre la malnutrition dans des camps de réfugiés

Maria Groenewald. Cette étude m’a vraiment choquée et il est très important que nous ayons accès à ces chiffres. Qu’en moyenne 75% des populations soient favorables au financement de la solidarité internationale : il s’agit d’un signe très positif à ne pas sous-estimer. Dans notre secteur, nous avons tendance à parler de tout ce qui ne se passe pas bien et de façon très pessimiste – les besoins qui augmentent, le financement qui diminue… Voyons aussi les choses de façon un peu plus optimiste. 75% de soutien, ce n’est pas négligeable. Mais même si ce soutien reste majoritaire, il est devenu plus fragile dans un contexte de crises multiples, de polarisation et de désinformation. Ces chiffres montrent aussi une forte attente de transparence, de résultats concrets et d’explications plus accessibles autour de l’action humanitaire.

Le chiffre qui m’a le plus choquée est celui des 2% : il s’agit de la part de ces opinions publiques qui sait que le budget humanitaire représente moins de 1% du budget total de leur pays. 16% pensent que cela représente plutôt 10 à 15%. Je ne pense pas que cela ait déjà été aussi élevé. Si les hommes et femmes politiques affirment qu’il faut diminuer le financement pour l’action humanitaire et le développement « parce qu’il faut trouver des moyens de financer la défense », et cela sans donner de chiffres, le public peut penser que « cela doit être un montant significatif pour pouvoir aider les autres priorités maintenant ». Mais ce n’est pas vrai. L’argent est disponible, le budget est très petit. Ce qui manque est l’intérêt politique : c’est la chose la plus inquiétante.

Si 75% des populations soutiennent le financement de l’action humanitaire, comment peut-on donc mieux parler de notre travail pour attirer l’attention de 25% restants ? Car il s’agit aussi d’une quantité à ne pas négliger. Précisément pour cela, VOICE a lancé une campagne sur les réseaux sociaux nommée « Humanitarian Action Works », afin de montrer concrètement ce que permet l’action humanitaire – l’accès à l’eau, à la santé, à la nourriture, à la protection… – et de rappeler son impact réel sur la vie des personnes. Ce ne sont pas des questions abstraites. « Nexus », « fragilité », c’est abstrait. Mais ce que nos membres font a un impact vraiment concret sur la vie quotidienne des personnes dans les crises humanitaires.

Nous sommes d’ailleurs très contents parce que la campagne a trouvé un écho dans plusieurs espaces médiatiques et politiques européens, avec des articles dans El País, The Brussels Times, mais aussi auprès de la commissaire Hadja Lahbib et des eurodéputées Barry Andrews et Leire Pajin. Aujourd’hui, il s’agit d’un enjeu essentiel de communication et d’une occasion de parler de ce que nous faisons de façon plus positive.

Il faut également trouver un moyen de mieux communiquer avec ceux qui sont mal informés, notamment par des fake news, afin de créer une confiance dans le travail que les ONG mènent. Nous publions aussi deux fois par an notre magazine «VOICE out loud » avec les articles de nos membres. Récemment, une édition portait sur la communication autour de notre travail : « The challenge of humanitarian communication, bridging principles and public perception ». Nous avons aussi de nouveau mené une interview avec la commissaire Hadja Lahbib sur le sujet. Nous avons décidé qu’il était temps pour VOICE d’exprimer sa position d’une manière plus ferme et plus ouverte. J’ai aussi publié mon premier article d’opinion dans « The Brussels Times » sur l’action humanitaire qui porte ses fruits et sur cinq idées reçues à combattre à l’approche des négociations sur le budget de l’Union européenne. Nous essayons donc de nouveaux moyens pour mieux communiquer avec le public qui, au vu les chiffres de ce sondage, est assez mal informé.

Forum Humanitaire Mondial de mai 2016 à Istanbul

Alain Boinet. Quels sont les principaux enjeux du prochain Forum humanitaire européen qui doit se dérouler au printemps ? Qu’en attends-tu plus particulièrement cette année ?

Maria Groenewald. Il est intéressant de noter que la Commission a décidé de ne pas organiser de Forum humanitaire européen cette année. La prochaine fois sera en 2027. En revanche, il y a d’autres conférences clés cette année. Tout d’abord, VOICE a soutenu un plaidoyer auprès de la DG ECHO en faveur d’un dialogue entre partenaires. Elle organise donc un « Partners Dialogue » le 15 juin. Au cours de ce « Partners’ Dialogue », nous organiserons une session consacrée au cash, qui est un aspect important dont il ne faut pas oublier les avantages à la fois en termes d’efficacité mais aussi pour un accès digne à l’aide. Nous nous trouvons globalement dans une situation où ce que nous avons appris en termes d’efficacité, d’importance de certains sujets, de protection, d’éducation en situation d’urgence ou de genre, risque d’être ignoré à l’échelle internationale. Il est important que les différents moyens et sujets restent hauts sur l’agenda des bailleurs de fonds, afin de ne pas oublier tout ce qu’on a appris ces 30 dernières années dans le secteur.

En parallèle, la DG ECHO avance sur les questions de chaîne d’approvisionnement depuis un an et demi avec ses partenaires – les Nations Unies, les ONG internationales, les partenaires du secteur privé… Comment mieux travailler ensemble et organiser des chaînes d’approvisionnement dans le secteur humanitaire afin de réaliser des économies mais aussi comment augmenter son efficacité ? La semaine prochaine, il y aura une réunion à Rome sur cette question. Le travail sur les financements innovants est aussi un sujet important qui permettrait d’identifier de nouvelles façons de mettre en œuvre les interventions de manière efficace, tout en respectant les principes humanitaires.

 

Alain Boinet. Comment souhaites-tu conclure cet entretien ?

Maria Groenewald. Il n’y a pas de choix à faire entre un financement pour l’action humanitaire et un financement pour les autres sujets importants. Ce n’est pas l’un ou l’autre. Nous pouvons nous défendre tout en faisant preuve de la solidarité. Nous sommes en 2027, nous avons voyagé sur la lune, développé l’intelligence artificielle… Nous pouvons tout accomplir : faire preuve de solidarité, envoyer nos enfants dans des écoles publiques qui fonctionnent, maintenir un système de santé opérationnel et prendre soin des autres. Puisque vous parlez d’Ebola, j’ai lu un article intéressant hier dans The Guardian sur l’Ebola en RDC. L’auteur dit : « si la maison de votre voisin est en feu, ne nous attendez pas en regardant les bras croisés ». Moi, je pense que nous vivons dans un monde interconnecté et que nous sommes tous voisins, y compris avec les 350 millions de personnes qui vivent au cœur de crises humanitaires.


Maria Groenewald

Avec plus de 15 ans d’expérience dans le secteur des ONG, Maria Groenewald a développé de solides compétences en matière de plaidoyer et de gestion de projet, tant dans le domaine humanitaire que dans celui du développement. Après avoir étudié les sciences politiques, les sciences de la communication et la sociologie en Allemagne et en France, Maria a commencé sa carrière en travaillant pour Johanniter International Assistance, où elle a acquis de nombreuses expériences de terrain en Afrique. Maria a ensuite rejoint Plan International Allemagne, où elle a occupé différents postes pendant plus de dix ans, par exemple celui de responsable des programmes humanitaire et de développement en Asie.

Au cours des quatre années précédant son arrivée chez VOICE, Maria était basée à Bruxelles en tant que Senior Resource Mobilisation Manager chez Plan International Allemagne avec un focus sur les financements et rapports avec la DG ECHO et DG DEVCO (maintenant DG INTPA).

Spécialisée dans la programmation humanitaire et de développement, le nexus, le développement des activités, la mobilisation des ressources, la programmation en lien avec les droits de l’enfant, le partenariat humanitaire (en particulier avec la DG ECHO) et le Grand Bargain, Maria a rejoint l’équipe du secrétariat de VOICE en février 2021 en tant que coordinatrice programme. Elle devient directrice ad intérim en juillet 2021, avant d’être été nommée comme nouvelle directrice de VOICE en novembre 2021.


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L’humanitaire en quête d’avenir

© UN News – Des enfants à Gaza attendent que leurs casseroles vides soient remplies de nourriture

Les crises humanitaires sont produites par les guerres, catastrophes et épidémies, le plus souvent dans des pays pauvres. La réponse à ces crises relève d’abord de la solidarité nationale de proximité, puis avec les secours des organisations humanitaires internationales. Celles-ci dépendent à leur tour, d’une part des capacités d’intervention des acteurs humanitaires, d’autre part des financements publics et privés, ensuite de l’accès aux victimes et, enfin, de la coopération entre les acteurs des secours sur le terrain.

La forte baisse des financements publics humanitaires, la fragmentation géopolitique et l’érosion du droit international humanitaire impactent gravement les secours aux victimes.

Ainsi, la guerre américano-israélienne contre l’Iran a entre autre pour effet immédiat de bloquer tout le commerce dans le détroit d’Ormuz avec des conséquences mondiales multiples qui affectent notamment l’exportation des engrais nécessaires à l’agriculture, singulièrement dans les pays les plus pauvres. Cela risque fort aussi de provoquer une crise alimentaire au Moyen-Orient ! Cette guerre s’étend au Liban qui compte déjà plus d’un million de déplacés dont 350.000 enfants, plus d’un millier de morts et le risque d’une annexion du sud-Liban sans retour possible des populations comme Israël le déclare.

Cet éditorial, comme tous les articles de cette édition de Défis Humanitaires, visent à apporter analyse, témoignage, exemple, outil aux lecteurs comme aux acteurs de la géopolitique, de l’humanitaire, de leurs partenaires ainsi que des parlementaires,  journalistes, Think Tank et Universités, abonnés et donateurs qui permettent la publication de Défis Humanitaires.

 

Les facteurs du changement géopolitique global.

L’invasion russe de l’Ukraine, l’enlèvement du président Maduro au Vénézuéla, la seconde élection de Donald Trump, l’attaque américano-israélienne contre l’Iran et d’autres menaces bouleversent les relations internationales au risque de dénier le droit même.

Le retour des Empires, l’affirmation symétrique des États-nations et l’émergence des pays du « Sud global » contribuent fortement à cette dynamique de fragmentation-conflit-recomposition en cours.

Dans ce contexte, le président de la première puissance au monde, Donald Trump a pour seul programme « America Trump first » qui mêle tout à la fois isolationnisme et interventionnisme dans toutes les affaires du monde sur la base du « deal » des rapports de force et d’intérêt.

Réunion des chefs d’Etat et de gouvernement à Londres pour soutenir Volodymyr Zelenky après son altercation avec Donald Trump le 28 février à la Maison Blanche.© European Union, 2025

Cette agressivité aura pour conséquence inverse de radicaliser tous les acteurs et toutes les situations comme nous le constatons par l’augmentation des budgets de défense ! Ce monde est-il ainsi plus sûr et cette escalade permanente ne conduit-elle pas inévitablement à la guerre sous toutes ses formes ?

Et cela ne règle en rien, au-delà des intérêts légitimes de chaque pays, les défis de l’humanité entière qui sont autant de sources de dangers collectifs :  dérèglement climatique, fonte des glaciers, pollution, disparition de la biodiversité, crise de l’eau potable, épidémie, démographie, économie criminelle, prolifération possible du nucléaire militaire etc….

Dans ce nouveau contexte, l’affaiblissement de l’ONU comme du multilatéralisme diminue d’autant les instances de régulation par la négociation.

Et pourtant, il faut bien coordonner le commerce mondial nécessaire à 8 milliards d’êtres humains qui seront 10 milliards dans 25 ans avec un doublement de la population en Afrique ! Ou sont les plans pour anticiper ce choc démographique ? Quelles seront les conséquences de l’impréparation ?

 

Forces, faiblesses et perspectives humanitaires.

Dans un contexte nouveau où nous voyons s’affaiblir le droit international et où l’humanitaire va sans doute perdre la moitié de ses ressources financières publiques, il est utile de faire un état des lieux pour identifier ses forces, afin de les optimiser, et ses faiblesses, pour les corriger, et envisager d’autres voies et moyens qui restent à inventer.

Sans prétendre à l’exhaustivité, ces forces sont d’abord celles de l’engagement, de la motivation à agir pour sauver des vies. Ce sont aussi la réactivité, le pragmatisme tout autant que l’expérience et l’expertise des métiers. Il y a les réseaux de soutien des donateurs, de la coordination des organisations auprès des bailleurs comme sur le terrain. Sans oublier surtout la proximité avec les populations, les opinions publiques, les médias, les pouvoirs publics tant dans les pays qui collectent l’aide que dans les pays où elle est mise en œuvre pour les populations en danger.

Du côté des faiblesses, notons le peu d’anticipation stratégique compensé, il est vrai, par un forte capacité d’adaptation. Soulignons également la faiblesse d’une communication qui s’adresse surtout à ses émetteurs et qui, malgré le soutien des donateurs, a du mal à sortir de son silo et à acquérir une influence plus large. Les modèles économiques des ONG, à quelques rares exceptions près, sont ou bien fragiles ou dépendants et sans beaucoup de capacités d’investissement et de renouvellement.

L’équipe mixte Solidarités International-Véolia autour d’un Aquaforce 2000 en Ukraine. Photo : Fondation Veolia

Cet état des lieux rapide jette les bases d’autant de chantiers dans le but de se renforcer tout en s’adaptant, voire en changeant. Dans cette perspective, soulignons quelques-unes des pistes de progression possible.

  • Créer de nouvelles alliances avec les donateurs particuliers, les bailleurs institutionnels, les entreprises et fondations, les médias, les centres de recherche et entre organisations humanitaires elles-mêmes.
  • Renouveler la communication en documentant les conséquences humaines des crises avec des exemples concrets et mobilisateurs.
  • Mieux mesurer l’impact de l’action mise en oeuvre et montrer au public en quoi les moyens mobilisés améliorent l’existence des populations en danger et sauvent des vies tout en mettant en place des réponses durables aux besoins essentiels.
  • Montrer comment l’innovation et la mutualisation permettent d’être plus proche des populations, d’aller plus vite, d’être plus efficace et d’optimiser les ressources et chaque euro.
  • À un niveau plus stratégique, montrer en quoi la sécurité humaine est une des conditions de la sécurité internationale ainsi que pourquoi et comment la solidarité nationale est compatible avec la solidarité internationale.
  • Partager, illustrer et promouvoir les principes humanitaires d’humanité, de neutralité, d’impartialité et d’indépendance comme alpha et oméga de l’action en évitant les risques de politisation et de division qui nous affaibliraient.

Défis Humanitaires n’a pas de réponse à tout, mais notre revue recherche des pistes, des solutions, des options dans et en dehors de la « boite à outils ». N’hésitez pas à nous adresser vos commentaires et propositions à : contact@defishumanitaires.com

 

L’engagement de Défis Humanitaires avec vous.

Défis Humanitaires, c’est une association selon la loi de 1901 qui publie une revue en ligne indépendante et gratuite mais qui a un coût pris en charge par le bénévolat des membres de son comité d’experts et des nombreux auteurs d’articles (liste complète des auteurs), par des réseaux humanitaires et géopolitiques et par des donatrices et donateurs qui rendent possible chaque nouvelle édition.

Si nous raisonnions en termes de « business model », il n’y aurait rien. Ce qui fait la différence pour Défis Humanitaires, ce sont les convictions, l’engagement, l’expérience acquise, les amis, donateurs, auteurs sans lesquels cela n’existerait pas. Et c’est aussi maintenant l’émergence d’une nouvelle période géopolitique où la confrontation s’installe et où la guerre menace au moment même ou les financements publics humanitaires et de développement s’effondrent sur eux-mêmes alors que les besoins s’accroissent.

Ce numéro 111 est emblématique de notre revue. Vous allez découvrir un passionnant entretien avec Maurice Gourdault-Montagne, diplomate chevronné, qui explicite pour nous le passé et éclaire le présent et l’avenir. Nous sommes très motivés de publier des témoignages d’ONG comme Électriciens Sans Frontières (ESF), avec son président Hervé Gouyet, qui nous présente les résultats de 4 années d’engagement en Ukraine.

© Électriciens Sans Frontières – Électriciens Sans Frontières en Ukraine

De même avec le témoignage de l’association Solinfo au Bangladesh depuis 22 ans avec un retour terrain qui nous embarque avec Thierry Liebaut, son secrétaire général qui en revient. Dans le domaine de l’innovation, après la présentation le mois dernier du formidable outil, le Solis bot, Antoine Vaccaro de Force For Good nous expose une remarquable analyse de la philanthropie en temps de chaos. Dans le domaine de l’accès à l’eau potable dans le monde et des Objectifs de Développement Durable (ODD 2015-2030), Gérard Payen, vice-président du Partenariat Français pour l’Eau, dresse un état des lieux et des enjeux stratégiques du prochain Sommet Mondial de l’ONU pour l’eau qui aura lieu au mois de décembre 2026 à Abou Dhabi.

 

Un nouveau Défis Humanitaires.

Face aux bouleversements géopolitiques et humanitaires en cours, notre revue doit s’adapter, évoluer, changer pour mieux répondre à sa mission comme aux attentes des lecteurs.

Cette démarche concerne tout autant le fond que la forme. Comment faire évoluer notre ligne éditoriale dans le nouveau contexte géopolitique ? Comment décrypter les signaux de l’actualité pour anticiper le monde qui vient ? Comment repositionner l’humanitaire impacté par la baisse drastique des financements publics qui le touche de plein fouet ? Comment mobiliser de nouveaux partenaires et alliés ? Comment s’adapter, changer, se réinventer ?

Comment adapter notre maquette et proposer de nouvelles fonctionnalités aux lectrices et lecteurs ? Dans quelle voie d’identité graphique s’engager pour mieux exprimer une ligne éditoriale renouvelée ?

N’hésitez pas à nous faire part de votre opinion sur ces questions. C’est très simple en nous écrivant à contact@defishumanitaires.com

Mais, pour y parvenir, si le bénévolat est essentiel, il n’est pas suffisant pour y parvenir. Nous avons le plus grand besoin de votre soutien pour financer le coût de cette nouvelle maquette ainsi que le renforcement de la rédaction afin de concrétiser le développement éditorial des articles, témoignages, entretiens et de l’iconographie.

Je fais donc appel à la générosité de nos lectrices et lecteurs qui sont nos plus proches et fidèles soutiens en vous invitant à faire un don sur (faireundon) pour lequel vous recevez un reçu fiscal permettant une réduction d’impôts de 66% de son montant.

Un grand merci de votre soutien à Défis Humanitaires, une revue mensuelle unique qui espère bien réaliser ce projet grâce à vous. Merci.

Alain Boinet.

Président de Défis Humanitaires.


Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne www.defishumanitaires.com. Il est le fondateur de l’association humanitaire Solidarités International dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources. Il continue de se rendre sur le terrain (Syrie du nord-est, Haut-Karabagh/Artsakh et Arménie) et de témoigner dans les médias.


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