« La haine qu’il faut » de Paul Salvanès

Paru aux éditions du toucan.

Captivante immersion en plein cœur du quotidien des travailleurs humanitaires, le roman « La haine qu’il faut » a su trouver les mots justes pour dépeindre la réalité des pays en crise où ils viennent en aide aux populations en danger, sur un fond de fiction et de suspense très maitrisé. Aux côtés de Bosco, jeune diplômé avide de prouver sa valeur en mettant ses idéaux au service d’une ONG d’urgence, Paul Salvanès rend accessible pour nous, lecteurs initiés ou curieux de découvrir cet univers humanitaire, les rouages des missions terrain grâce à ses 10 ans d’expériences humanitaires et son talent de narrateur. Et notre héros, ce « sauveur » auto-proclamé, va vite découvrir que les stéréotypes d’un monde humanitaire idéalisé sont bien loin de la réalité de ces interventions, pour le meilleur et pour le pire.

Plongés dans ses pensées, nous sommes confrontés en même temps que Bosco aux difficultés de s’adapter aux codes du terrain, à une vie intense, parfois dangereuse alors que, de retour à Paris, se replonger dans son ancienne vie n’est pas plus aisé. Paranoïa et traumatismes s’installent progressivement au fil de rencontres et d’évènements, imaginés ou inspirés par les histoires colportées par les travailleurs humanitaires qui ont croisé la route de l’auteur, qui viennent le bousculer dans ses certitudes, sa façon d’être et de voir le monde.

A travers le naïf et idéaliste Bosco, débutant dans ce milieu, on retrouve aussi une indignation et cette question qui fait beaucoup débat sur Défis Humanitaires : l’humanitaire est-il encore en mission ? Car s’il se rendra vite compte que la logique du financement dicte le fonctionnement de ce petit monde et que sans argent rien n’est vraiment possible, quel est, finalement, le juste milieu entre idéalisme et pragmatisme ?

En ces temps de fêtes, ce livre, qui vient tout juste de sortir en poche, est un parfait cadeau de Noël pour les habitués du terrain, les travailleurs qui les soutiennent au siège ou dans les instances de financement, pour les personnes s’interrogeant sur un avenir dans ce milieu ou, plus largement, pour un amateur de polar qui ne manquera pas d’être séduit par une sombre histoire de tueur-humanitaire au sein d’un milieu où mort et danger restent omniprésent.

 

 Camille Julienne.

Lire le résumé de l’éditeur ici.

 

Tribune libre : « J’ai eu les bras bloqués… »

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Rampes de distribution d’eau de l’ONG Solidarités International au Tchad © Solidarités International

Nous publions ce témoignage que nous avons reçu à la suite de la tribune de Pierre Brunet « L’humanitaire est-il encore en mission ? ». Nous vous invitons à participer au débat en envoyant votre point de vue à info.defishumanitaires.com. 

C’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai lu et relu cette tribune de Pierre Brunet, même si je n’ai que peu de mois d’expérience dans l’humanitaire.

J’ai eu pendant 10 ans l’envie de m’investir dans une mission humanitaire, comme pour concrétiser mon engament solidaire au sein d’associations alter mondialistes, dépasser le carcan de l’individualisme et ainsi servir l’« Autre », celui qui a besoin, au maximum de mes possibilités.

Je suis issu d’une formation et d’expériences industrielles : production, logistique, management, efficacité, rentabilité, et… chef de projet !

Quand j’ai entamé mes 1ères formations pour une mission humanitaire, j’ai trouvé les mots qui me manquaient, l’environnement que je cherchais: les objectifs étaient décrits en valeur, en sens, et non en chiffres. C’était une formation dite « générique »…

J’étais destiné à tenir le poste de chef de projet logistique. Lors de la formation dite technique, c’était tout autre : 90 % réservé aux méthodes de reporting et redevabilité bailleurs ! Je devais consacrer au minimum 20 % de mon temps au reporting, tracer le nombre de bénéficiaires, pas leur qualité…. j’ai retrouvé les termes et objectifs que je quittais de mon monde industriel.

Et sur le terrain, ce fut du même acabit : 90 % sur Excel ou mail pour justifier telle ou telle dépense.

Voilà rapidement pourquoi cette tribune a trouvé écho en moi, en ma volonté, mes « audaces » (pour reprendre les termes judicieux de Pierre Brunet). Cette tribune illustre aussi très bien les témoignages de mes proches amis, investis au sein de Solidarités International, CICR, HI, MSF….

Que l’on me comprenne bien : j’ai apprécié m’investir en RDC, ce fût une expérience très enrichissante, à facettes multiples, et je n’en suis pas revenu aigri. Au contraire. Je cherche à repartir, au Yémen par exemple, où la population est plus que très fragilisée et en besoin de soins.

De plus, en tant que logisticien, il me semble nécessaire et incontournable de tracer ses actions et ses dépenses, pour une coordination efficace voire efficiente. Mais j’ai eu les bras bloqués par les enjeux politiques et financiers, et cela ne devrait pas se rencontrer à une telle échelle il me semble.

Oui, je souhaite de me réinvestir dans une mission humanitaire, pas dans un projet logistique !

Cela étant dit, comment et sur quoi agir pour… agir ?

Comment est née cette évolution, évolution qui s’accélère ?

Du développement du réseau et des acteurs, donnant naissance à la compétition et la concurrence ?

Du mode de management des bailleurs, se laissant submerger par les règles du néolibéralisme pour imposer de nouvelles contraintes à l’action ?

Du comportement de quelques-uns, tant au niveau financier qu’humain, qui aurait commencé à jeter quelques discrédits sur l’engagement humanitaire ?

Peut-on tenter de réguler l’action humanitaire, afin de limiter l’effet concurrence et renforcer l’effet solidarité entre les compétences spécifiques ?

Ou faut-il feindre de connaître les lois et règles, et reprendre la marche en brisant nous-mêmes ces barrières pour atteindre l’humain du dernier kilomètre ?!!…

 

Bertrand, lecteur de Défis Humanitaires.