Des liens qui unissent

© Alain Boinet (août 2026) – Narva, à la frontière entre l’Estonie et la Russie où ces deux forteresses se font face

Quels liens peut-il y avoir entre la ville estonienne de Narva à la frontière Russe avec la prochaine Conférence Nationale Humanitaire (CNH) à Paris le 6 octobre prochain, et enfin avec notre revue Défis Humanitaires. Il n’y a pas d’évidence immédiate et pourtant !

Des médias, des experts, des pays font état de sérieuses menaces russes, notamment contre les Pays-Baltes, la Finlande, ce qui pourrait expliquer le déplacement le 26 août du directeur de la CIA, John Ratcliffe, à Moscou en passant par Riga capitale de l’Estonie.

Cela est à intégrer dans le cadre de la guerre en Ukraine et d’une confrontation plus large de la Russie et de ses alliés contre l’Union Européenne et l’OTAN. Vladimir Poutine, lève une nouvelle armée contre l’Ukraine, intensifie chaque jour ses frappes de missiles et de drones et pourrait être tenté par des manœuvres de diversion, d’extension ou de test pour diviser et affaiblir.

Ce processus d’escalade en cours a-t-il conduit le Président de la République, Emmanuel Macron, à annoncer la livraison du système franco-italien anti-missiles Aster et, simultanément, les Britanniques à permettre la fabrication en Ukraine du missile de croisière franco-britannique Storm Shadow ou Scalp avec l’aide de la France ?

 N’en doutons pas, nous sommes dans une période d’escalade dangereuse et incertaine quand elle comprend des armes nucléaires tactiques russes.

Quand l’on connait les conséquences dramatiques de la guerre en Ukraine, on ne peut qu’appréhender tout risque d’intensification voire de propagation géographique de la guerre en Europe.

 

De Narva au corridor de Sulwaki.

J’ai voyagé en famille cet été dans les Pays-Baltes et je suis allé jusqu’à Narva où se trouve, face à face, de part et d’autre du fleuve Narva, la forteresse Hermann estonienne et de l’autre, à quelques centaines de mètres, la forteresse russe d’Ivangorod.

Juste à côté se trouve le pont dit de l’amitié, un des rares points de passage ouvert avec la Russie, Saint Pétersbourg est à 150 km, sur lequel les Estoniens ont placé plusieurs rangées de dents de dragon anti-char. Visionnez ici cette courte vidéo réalisée à Narva :

Dans un livre d’anticipation paru en 2025, « La guerre d’après » chez Grasset (1), le politologue et expert militaire allemand, Carlo Masala, imagine en 2028 la prise de Narva par deux brigades russes et, simultanément, la prise de l’ile de Hiiumaa permettant le blocus de la mer Baltique. Ce n’est qu’un scénario, mais c’est un scénario possible !

Narva compte 57.000 habitants dont 88% sont russophones et dont beaucoup possède un passeport russe. Pour mémoire, les minorités russophones représentent environ 31% de la population en Estonie, 35% en Lettonie et moins de 7% en Lituanie comme on le découvre à la lecture de l’excellent livre de Céline Bayou (2) « Les pays Baltes face à la menace russe en 100 questions parue chez Tallandier. Ces minorités russophones sont concentrées sur les frontières avec la Russie et la Biélolorussie et dans les capitales Talllinn, Riga et Vilnus.

Comparaison n’est pas raison, mais le parallèle avec les populations russophones d’Ukraine, que ce soit en Crimée et dans les oblasts de Donetsk, de Louhansk où sont les lignes de front vient immédiatement à l’esprit.

© Ministère des armées – Bataillon français (500 soldats) membre d’un « battle group » multinational de l’OTAN sous commandement britannique (900 soldats) en Estonie

Quand on voyage dans les Pays-Baltes, ce qui frappe, c’est partout la présence de drapeaux ukrainiens côte à côte avec les drapeaux de ces pays sur les bâtiments officiels.

De même, l’histoire est très présente, notamment dans ces musées « de l’occupation et de la liberté » qui sont très visités. Il est frappant de constater combien le pacte Molotov- Ribbentrop et ses protocoles secrets signé le 23 août 1939 à Moscou entre l’Allemagne nazie et l’Union Soviétique est toujours présent dans les esprits (notamment le partage de la Pologne et une présence militaire soviétique imposée dans les Pays-Baltes). Pour les Pays-Baltes indépendants et reconnus par la SDN de 1918 à 1940, l’occupation allemande à partir de l’été 1941 a été suivie de l’occupation soviétique de 1944 à 1991, année de leur nouvelle indépendance il y a 35 ans.

Entre temps, durant 47 ans, ces populations ont connu la répression, la déportation au Goulag, les exécutions sommaires et le servage idéologique dont toutes les familles ont été victimes. De même qu’elles se souviennent de la guérilla menée (1944-1953) par la résistance des « Frères de la forêt » qui furent 170.000 à combattre l’occupation soviétique qui ne fut jamais acceptée dans le monde par la plupart des pays.

Durant ce périple, après Narva et l’Estonie, puis la Lettonie, nous voilà en Lituanie où se trouve le fameux corridor de Sulwaki, d’une longueur d’environ 80 km, et qui fait frontière entre ce pays et la Pologne. Ce corridor a la particularité de se trouver situé aux deux extrémités (voir la carte ci-dessous) entre l’enclave russe surarmée de Kaliningrad sur la mer Baltique et la Biélorussie alliée de Moscou.

© LCI – Carte montrant l’importance du corridor de Sulwaki et de Narva dans les tensions au sein de la région

C’est un point faible majeur pour les occidentaux tant sa prise de contrôle par les Russes couperait les Pays Baltes du reste de l’Europe ! Chaque jour la guerre informationnelle, la désinformation, les cyberattaques, des attentats ont lieu quotidiennement au point que l’on peut considérer qu’une guerre a déjà débuté ! L’aide humanitaire y sera-t-elle un jour nécessaire ?

Dans ce contexte, on comprend mieux la position de Kaja Kallas, ancienne première ministre l’Estonie, et aujourd’hui Haute représentante de l’Union Européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

Aussi, je vous invite à lire dans cette édition l’excellent article de notre ami Cyprien Fabre « Avant le basculement, construire la résilience » qui montre bien comment les fissures finissent par miner tout édifice, au risque de l’écroulement, si l’on n’y prend pas garde.

Ne soyez pas étonné d’apprendre qu’un renforcement des moyens militaires est en cours côté OTAN face à la menace russe, même si le tourisme se porte bien dans les beaux Pays-Baltes et la Finlande !

 

Et l’humanitaire dans tout cela ?

Si le risque de propagation de la guerre est réel, son escalade l’est d’abord aujourd’hui même en Ukraine et l’aide humanitaire y est toujours une urgence. D’autres crises ne manquent pas, que ce soit au Soudan, en République Démocratique du Congo, à Gaza comme au Liban, mais ce sont les secours qui viennent à manquer par la baisse rapide des financements humanitaires de trop d’Etats.

Il y a des moments favorables pour se remobiliser et c’est précisément le cas de la prochaine Conférence Nationale Humanitaire (CNH) qui aura lieu à Paris le 6 octobre prochain au ministère de l’Europe et des affaires étrangères. Cette Conférence est organisée par le Centre de Crise et de Soutien (CDCS) du ministère en lien avec les acteurs humanitaires dans le cadre du Groupe de Concertation Humanitaire (GCH). Ne loupons pas cette occasion qui rassemblera de nombreux acteurs et dirigeants (Union Européenne, ECHO, Nations Unies, CICR, ONG,…) !

Les Trois thèmes principaux retenus pour cette CNH sont :

  • Le droit International Humanitaire (DIH) et l’accès des secours.
  • La réforme humanitaire des Nations-Unies et les acteurs concernés.
  • Les financements et les partenariats.

Ces trois thèmes majeurs doivent permettre d’établir un état des lieux lucide mais surtout d’engager les initiatives pour sauvegarder les secours aux populations en danger.

Il n’y a pas d’aide humanitaire ni de stratégie sans les financements qui les concrétise en action. Les financements baissent de manière drastique. Les chiffres sont là pour en attester quand les appels des Nations-Unies et les contributions ne cessent de diminuer.

Pour mémoire, l’ONU a lancé avec OCHA un appel pour 2026 de 23 milliards de dollars pour secourir 87 millions de personnes, tout en indiquant qu’il faudrait en fait réunir 33 milliards de dollars pour secourir 135 millions de personnes dans 50 pays.

Selon les informations disponibles au 31 août les contributions s’élèveraient à ce jour à 14,21 milliards de dollars, soit 40,6 % de couverture pour un appel réajusté à 35,02 milliards. En 2025 ont été réuni 23,23 milliards de dollars.  Qu’en sera-t-il cette année ?

© OCHA –  Graphique représentant la totalité des fonds enregistrés par le Financial Tracking Service (FTS) de 2016 à 2026 (dans le cadre des plans coordonnés et hors)

Concernant la France, le budget humanitaire des trois canaux (CDCS, NUOI, AAP) est au total de 285 millions d’euros. Il était de 800 millions d’euros en 2023 et l’engagement avait été pris de le porter à un milliard d’euros en 2025. La chute est rude. avait été pris de le porter à un milliard d’euros en 2025. La chute est rude. Qu’en sera-t-il dans le projet de loi de finance 2027 ainsi que pour le développement ?

© CHD – « Les crédits des ONG en France », tableau publié avec l’accord de la Coordination Humanitaire et Développement (CHD) membre de Coordination Sud

Si ces chiffres constituent un diagnostic nécessaire, il importe surtout de prendre des initiatives, de communiquer, d’innover, de mutualiser, de se coordonner et de rechercher des solutions et des alliés. D’autant que des institutions comme la Commission européenne et nombre d’Etats confirment leur engagement humanitaire et sont parties prenantes d’une nouvelle alternative humanitaire. Le Cadre de Financement Pluriannuel de l’Union Européenne pour la période 2028-2034 sera déterminant !

La CNH du 6 octobre ne peut pas, ne doit pas ressembler aux précédentes qui depuis 2011 ont accompagné une progression régulière de l’aide humanitaire de la France. Elle doit acter ce moment de rupture et s’inscrire résolument dans une nouvelle perspective.

Parmi les pistes identifiées par les acteurs humanitaires, il y a notamment celles-ci :

  • Sanctuariser les financements institutionnels actuels.
  • Gagner en efficacité, en synergie, en coordination et en impact de l’aide des acteurs de terrain pour les populations en danger.
  • Simplifier et modifier les procédures institutionnelles trop lourdes et couteuses.
  • Renforcer la communication et les liens avec l’opinion publique, les parlementaires, la jeunesse, les médias, les Think Tank, les entreprises.
  • Construire de nouveaux partenariats alternatifs.

Pour de nouveaux financements, vous lirez avec intérêt dans cette édition un article et projet très documenté porté par notre ami Antoine Vaccaro qui propose la création en France d’un Loto humanitaire, comme il en existe dans la plupart des pays voisins. Il pourrait rapporter jusqu’à 800 millions d’euros chaque année !  Voilà une piste sérieuse à considérer. Qu’en ferons-nous concrètement ?

Nous attendons beaucoup de cette Conférence Nationale Humanitaire dont nous vous rendrons compte en direct sur notre chaîne YouTube et dans nos prochaines éditions.

 

Relever ensemble les Défis Humanitaires.

Pour faire face à une rupture géopolitique de grande ampleur et à un risque d’affaiblissement existentiel pour l’humanitaire, Défis Humanitaires a décidé de reconsidérer sa mission et de le faire avec vous.

Pour cela, soyons très concret.

  • Nous avons un besoin essentiel d’information fiable, utile, constructive, impactante.
  • Face à la mésinformation et à la désinformation qui prospèrent, l’enjeu de l’intérêt général est une priorité.
  • Une étude récente démontre que si 75% de l’opinion publique est favorable à l’aide humanitaire, ils sont 82% à demander à être mieux informé !

Pour y répondre, nous vous proposons :

  • De refondre la revue.
  • D’élargir et d’approfondir sa ligne éditoriale.
  • D’augmenter son audience, son impact, son influence.

Pour y parvenir concrètement et rapidement, votre soutien est indispensable et précieux. Si notre revue est indépendante et gratuite, elle a un coût et le bénévolat n’y suffit pas ! Ce coût est la condition sine qua non de cette nouvelle mission humanitaire !

J’ai besoin de votre soutien et votre don (lienversHelloAsso) va permettre de réaliser cette nouvelle revue avec vous. Nous réalisons Défis Humanitaires pour vous lecteurs.

Avec votre don, nous voulons aussi élargir les partenariats : partenariat éditorial, diffusion de la revue, appui stratégique, subvention de Fondation, entreprise, collectivité, institution et le don de nos lecteurs qui est un précieux soutien au projet de Défis Humanitaires. Lecteur avec votre don devenez acteur dès aujourd’hui (lienversHelloAsso) ! Un grand Merci pour votre don (3).

La boucle est bouclée, il y a bien un fil d’ariane, des « liens qui unissent » entre les risques encourus par les Pays-Baltes, la Finlande comme en Ukraine aujourd’hui avec l’escalade de la guerre, la réponse humanitaire qui est au cœur de la prochaine Conférence Nationale Humanitaire et la Revue Défis Humanitaire qui concrétise ici son rôle d’alerte, d’information, de proposition, de mobilisation ? C’est sa raison d’être, Merci d’en être avec votre don.

 

Alain Boinet.

 

(1) La guerre d’après – La Russie face à l’Occident » Carlo Masala Editions Grasset.

(2) Les Pays Baltes. Face à la menace russe. En 100 questions. Céline Bayou Editions Tallandier.

(3) Votre don est déductible de vos impôts dans la limite de 66% de son montant. Un reçu fiscal vous sera adressé en janvier 2027. Merci.


Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne www.defishumanitaires.com. Il est le fondateur de l’association humanitaire Solidarités International dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources. Il continue de se rendre sur le terrain (Syrie du nord-est, Haut-Karabagh/Artsakh et Arménie) et de témoigner dans les médias.


Découvrez les autres articles de cette édition :

« Aujourd’hui, le système humanitaire mondial est au bord du gouffre » – Commission européenne

© UNICEF/Ibarra Sánchez – Un garçon de 5 ans marche dans des bâtiments détruits à Majdal Zoun, dans le sud du Liban.

Cela fait 18 mois que le « tsunami financier humanitaire » s’est abattu sur nous entrainant un bouleversement profond des secours et des organisations. Chacun s’adapte et tous cherche un nouveau modèle. Dans ses articles, entretiens, reportages, Défis Humanitaires entend contribuer activement à l’information, la compréhension, au débat et à la recherche d’alternative pour que vive l’humanitaire.

 

Que nous disent les chiffres clés ?

ALNAP est un réseau d’ONG humanitaires internationales et nationales qui vient de publier un très intéressant Rapport 2026 (1) sur l’aide humanitaire mondiale. Je ne retiendrai que quelques chiffres et indications qui donne une idée précise de la situation.

L’aide humanitaire internationale a diminué d’un tiers depuis 2023 et le risque existe que fragmentation et divergence entre acteurs compromettent l’aide elle-même.

Parmi les chiffres clés, retenons que :

  • Le budget de l’aide humanitaire a été de 47,4 milliards de dollars US en 2023 contre 33,3 milliards en 2025 du fait des principaux pays donateurs.
  • En 2025, 18 des 20 crises les plus importantes ont vu les fonds diminués bien que l’Union Européenne ait augmenté sa contribution pour ces pays.
  • Cela conduit à une « hyper-priorisation » qui sélectionne les destinataires de l’aide, notamment dans les crises prolongées. 152 millions de personnes sont ainsi reléguées au second plan dans l’aide cette année.
  • Cette rétractation des financements a des conséquences sur la localisation et le Nexus urgence-développement-paix au risque de sacrifier le processus de transition
  • Le choix des Etats-Unis, qui demeure le 1er donateur mondial, de passer par OCHA (Bureau de la coordination des affaires humanitaires) transforme son rôle de coordinateur en gestionnaire d’accès au financement.
  • Le financement privé suit la même tendance et a diminué de 40% par rapport à son plus haut niveau en 2022.
  • En conclusion de son rapport, Alnap appelle à « repenser radicalement la situation » et à élaborer une « nouvelle vision de l’action humanitaire ».

La question est maintenant de savoir quel sera le degré de diminution des financements en 2026 et 2027 ! Poursuite de la baisse ou stabilisation ?

© ALNAP – Rapport 2026 sur l’aide humanitaire, page 2

 

La Commission européenne s’engage.

Tous les acteurs bougent et se repositionnent. C’est particulièrement le cas de L’union européenne qui est un partenaire majeur qui prend plus d’importance dans ce contexte.

Dans un document (2) publié le 27 mai 2026, elle a adressé une communication au Parlement européen et au Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres. Texte intitulé « Défendre les valeurs, impulser la réforme, produire des résultats : l’action humanitaire de l’Union européenne dans un ordre mondial en mutation ».

On appréciera la formule « ordre mondial en mutation » entre la guerre en Ukraine et celle en Iran et au Moyen-Orient.

Dans ce document foisonnant de constats, d’engagements et d’actions clés, j’ai sélectionné quelques points qui donnent le ton et la tendance. Celui-ci est structuré autour de trois piliers : protéger, performer, partenariat.

  • Protéger c’est contribuer à prévenir, atténuer et résorber les crises humanitaires. Une précision s’impose ici. Le risque est d’assimiler crise humanitaire et guerre, ce qui est une grave erreur. Une crise humanitaire est la conséquence d’une guerre qui se trouve amplifiée dans un pays pauvre pour la population. D’ailleurs, est-il possible de résorber une crise humanitaire sans résoudre la guerre qui en est à l’origine ?
  • Le terme diplomatie humanitaire émerge avec force, tant pour promouvoir les principes humanitaires que le Droit International Humanitaire (DIH).
  • Dans un contexte de clivage politique et géopolitique croissant, prévenir la politisation de l’aide est clairement réaffirmée.
  • La protection des humanitaires sur le terrain est priorisé au moment où l’insécurité s’accroit pour eux.
© Hulo – Vol coordonné vers Bangui (RCA) organisé en mai 2026 par hulo, BIOPORT et la fondation Airbus transportant 32 tonnes d’aide (matériel médical, soutien nutritionnel, équipement logistique et produits d’hygiène)
  • Performer c’est réformer les chaînes d’approvisionnement humanitaire avec un projet de charte à la clé. Je vous invite à vous reporter aux deux articles sur hulo dans cette édition.
  • La simplification semble à l’ordre du jour avec une réduction de la charge administrative. Nous voulons bien y croire si la Commission concrétise enfin cette simplification !
  • Renforcement des financements pluriannuels flexibles. C’est écrit, faites-le!
  • Partenariat.
  • La crise du système humanitaire ne peut être traitée par les seuls acteurs humanitaires. Certainement, mais à condition de respecter les principes.
  • L’approche intégrée de la fragilité en hausse à l’échelle mondiale entend s’attaquer à ses causes profondes. Mais avec quels moyens ?
  • L’appel à l’aide du secteur privé s’affirme et passera notamment par le Forum Economique Mondial. Reste à mettre en place un mode d’emploi humanitaire.
  • La commission européenne affiche son volontarisme de promouvoir l’Equipe Europe. S’il est vrai que les synergies coordonnées peuvent générer une vraie plus-value, attention à la tentation de vouloir tout diriger dans un monde ou la diversité des acteurs est un atout et où l’interopérabilité renforcent efficacement le partenariat.
  • La Commission européenne annonce un premier bilan de cette stratégie en 2028, c’est-à-dire au moment où débutera le Cadre Financier Pluriannuel 2028-2034. Quel sera alors le budget fixe de l’aide humanitaire ainsi que celui du fonds de réserve d’urgence ?
© Commission européenne/hulo – Hadja Lahbib à gauche, Pauline Chetcuti et Maria Groenewald à droite (VOICE). La Commissaire et VOICE ont un rôle essentiel à ce propos.

 

Aller au-delà des pistes identifiées jusqu’aux causes de la crise !

La diversité des acteurs appelle naturellement une diversité de pistes et de solutions adaptables à chacun. C’est un préalable à l’échelle de l’écosystème.

Nous avons déjà ici comme ailleurs évoqué ces pistes et ces solutions, qu’il s’agisse de diminution des coûts, de mutualisation, d’innovation, de coordination, voire de fusion entre ONG, du secteur privé, des donateurs individuels. Nous n’y reviendrons pas ici aujourd’hui car cela est connu et engagé dans diverses proportions au sein des organisations humanitaires. Nous suivrons ces initiatives pour nos lecteurs comme nous le faisons dans cette édition avec deux articles sur la mutualisation avec hulo.

Mais il est d’une grande importance de comprendre le changement d’époque que nous vivons pour appréhender toute rupture stratégique pour l’humanitaire. Nous avons vécu depuis les années 1980 quatre grandes périodes dans les relations internationales et l’action humanitaire.

La guerre froide dans les années 1980 et la naissance de l’humanitaire moderne. 1 – La période 1989-2001 avec la chute du Mur de Berlin et de l’URSS suivie de l’éclatement qui en a résulté en Yougoslavie et ailleurs. 2 – Le basculement dans la guerre contre le terrorisme déclenché par l’attentat d’Al-Qaïda contre le World Trade Center le 11 septembre 2001 et les guerres désastreuses en Irak et en Afghanistan. Et puis la rupture avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 22 févier 2022 et la 1ère élection de Donald Trump. Cette rupture opérée par Donald Trump s’est trouvée amplifiée en janvier 2025 après sa seconde élection. Au-delà des foucades de ce président, c’est d’un changement stratégique profond et durable dont il s’agit.

© PAM /Gustavo Vera – Des secouristes fouillent les décombres d’un bâtiment détruit par les séismes qui ont frappé le Venezuela en juin 2026

Le constat essentiel à retenir est que l’aide humanitaire qui n’a cessée de progresser et de s’organiser depuis 1980 et durant 45 ans, vient de connaître en 2025 un coup d’arrêt massif et un reflux comme si sa nécessité était devenue marginale sinon inutile dans le monde d’aujourd’hui. La diminution accélérée de l’aide publique à l’aide humanitaire et au développement (APD) n’est pas une erreur ou un accident. Elle résulte de décision politique motivée par les changements de priorité et d’agenda. En avons-nous compris toutes les raisons et en avons-nous tiré toutes les leçons ?

La situation en France est grave quand Coordination Sud nous alerte que le gouvernement a bloqué les crédits attribués de 75 organisations d’aide pour un montant de 61,6 millions d’euros ! Ou en sommes-nous ? Comment croire en la parole de l’Etat. Je crains que notre pays soit gravement malade de sa dette et que les caisses soient vides !

Le document de la Commission européenne indique que nous dénombrons aujourd’hui 130 conflits dans le monde, soit plus du double du nombre enregistré il y a 15 ans et ils représentent environ 70% des besoins humanitaires mondiaux.

La logique infernale dans laquelle nous entrons, c’est que face à une augmentation des conflits et des besoins humanitaires des populations en danger, il est répondu par une diminution drastique des moyens ! Comment penser que cela n’entrainera pas une extension des conflits, un plus grand nombre de victimes et des effets collatéraux pour tous si on ne soigne pas le mal à la racine, tant sur le plan géopolitique pour chercher à circonscrire les crises que sur le plan humanitaire pour limiter la casse humaine et apporter l’espoir de s’en sortir. Poursuivre dans cette voie serait non seulement une faute morale mais une erreur politique et géopolitique.

Si les efforts de défense sont indispensables pour protéger notre liberté, notre indépendance et notre souveraineté dans un monde dangereux, comment comprendre la baisse drastique de l’aide humanitaire et au développement qui ne représente qu’une infime partie des budgets militaires. Cela donne l’impression que l’on ne sait pas équilibrer des priorités complémentaires.

D’ailleurs, les opinions publiques ne s’y trompent pas. Rappelons que l’étude de l’IFOP (3) dans les 7 pays membres du G 7 a fait apparaître que 64% de leurs habitants estiment que ce qui se passe dans les pays en développement ou dans les urgences humanitaires pourra avoir un impact important sur leur vie. C’est pour cela que la coopération internationale atteint 75% (66% en France). Et l’opinion publique demande à être mieux informé ! Avis aux acteurs humanitaires !

© Corentin Vacheret – Aide d’urgence de Triangle Génération Humanitaire auprès des réfugiés soudanais du quartier de Korsi, au nord de la République Centrafricaine

 

Et pour conclure.

La commissaire Hadja Lahbib en charge de l’aide humanitaire pour la Commission européenne a récemment publié une tribune bien venue intitulée « La diplomatie humanitaire ne peut plus être reléguée en marge de la politique internationale ». La réalité c’est que ce sont les populations en danger qui sont reléguées dans l’oubli !

Nous, humanitaires devons non seulement poursuivre notre action comme nous le montre dans cette édition Triangle Génération Humanitaire (TGH) à Birao en Centrafrique. Nous devons de surcroit adapter notre communication et démontrer pourquoi et comment cette aide est indispensable, efficace et bien gérée et qu’elle a des conséquences positives pour nous tous. Je parle ici de politique humanitaire et pas d’idéologie.

J’irai plus loin en m’adressant aux souverainistes de gauche comme de droite. La défense légitime de son pays, et cela est vrai partout pour tout pays, est compatible avec les secours en coopération avec des populations d’autres pays dans le malheur. C’est même la responsabilité et l’honneur de ces pays !

Alain Boinet.

 

Notes de bas de page :

  1. Rapport Alnap en fichier joint.
  2. Communication de la Commission Européenne du 27 mai 2026.
  3. Rapport de l’IFOP sur le G7.

Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne www.defishumanitaires.com. Il est le fondateur de l’association humanitaire Solidarités International dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources. Il continue de se rendre sur le terrain (Syrie du nord-est, Haut-Karabagh/Artsakh et Arménie) et de témoigner dans les médias.


Découvrez les autres articles de cette édition :