Mai et juin 2026 : deux mois qui consacrent les liens de l’Arménie avec l’Union Européenne

Décryptage. Avec cet article d’Arthur Robert, nous vous proposons une analyse détaillée des récents événements diplomatiques début mai avec la France et l’Union Européenne, des réactions russes et des élections législatives du 7 juin qui ont vu la victoire du premier ministre Nikol Pachinian.
En mai 2026, dans une fenêtre de quarante-huit heures, Erevan a accueilli le 8ᵉ sommet de la Communauté politique européenne (CPE), inauguré le premier sommet bilatéral de l’Union européenne (UE) avec l’Arménie de l’histoire, signé un partenariat stratégique avec la France, et conclu un partenariat de connectivité avec la Commission européenne.
La séquence des 4 et 5 mai 2026 a été à la fois l’aboutissement d’un repositionnement arménien engagé en 2018 et un fort signal politique, un mois avant les élections législatives du 7 juin durant lesquelles le positionnement du pays par rapport à l’Europe et à la Russie a été une thématique centrale. Cette séquence a permis au Premier ministre arménien Nikol Pachinian de renforcer le revirement géostratégique qu’il avait engagé, consistant à sortir du giron russe et à approfondir les relations avec l’UE.
Pour Bruxelles et Paris, l’enjeu était de consolider un point d’appui dans le Caucase, à un moment où la Géorgie s’éloigne et où la Russie est militairement absorbée par l’Ukraine. Kaja Kallas, vice-présidente de la Commission Européenne et haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, a rappelé au cours du sommet que « l’Arménie déciderait elle-même ».
Ainsi, la victoire du parti Contrat Civil de Nikol Pachinian aux élections législatives du 7 juin 2026 a consacré le rapprochement entre l’Arménie et l’Union Européenne. Le Contrat Civil a remporté la victoire avec presque 50% des voix, tandis que les partis favorables à des liens renforcés avec la Russie, Arménie Forte de Samvel Karapetian et Alliance arménienne de Robert Kotcharian, ont obtenu respectivement 23% et 10% des voix. Si le parti du Premier Ministre sortant au pouvoir depuis 2018, conserve la majorité absolue, il a toutefois perdu sept sièges par rapport aux élections législatives de 2021, lui ôtant la majorité des deux tiers qui lui aurait permis d’engager la révision constitutionnelle réclamée par l’Azerbaïdjan.

Le sommet de la Communauté politique européenne (CPE) : une première hors-Union Européenne (UE) chargée de symboles
Le 8ᵉ sommet de la CPE, premier organisé en dehors de l’UE, a réuni le 4 mai 2026 à Erevan plus de quarante chefs d’État et de gouvernement, dont le président ukrainien Volodymyr Zelensky, sous la devise « Building the Future : Unity and Stability in Europe ». Quatre thématiques majeures se sont dégagées de ce sommet :
- La résilience démocratique avec l’idée que la démocratie arménienne doit être protégée des « ingérences extérieures et de la désinformation », conséquence directe de la guerre hybride russe ;
- La connectivité transcaucasienne et trans-caspienne, dans le contexte d’actualité de la Trump Route for International Peace and Prosperity (TRIPP) (1), et du Middle Corridor, dont l’Arménie ambitionne désormais d’être une branche par le futur tracé TRIPP ;
- La sécurité économique et énergétique, avec la réduction de la dépendance aux énergies fossiles et la montée en puissance du renouvelable et du nucléaire ;
- La défense et l’autonomie stratégique, portés par le contexte ukrainien.

Le choix d’Erevan pour ce premier sommet de la CPE hors-UE marque une reconnaissance politique du parcours arménien, initié en 2017 avec la signature d’un accord de partenariat global entre l’UE et l’Arménie, entré en vigueur en 2021. Après la perte du Haut-Karabagh en septembre 2023, le virage à l’Ouest d’Erevan s’est poursuivi avec l’annonce en avril 2024 d’un Plan de résilience et de croissance de l’UE pour l’Arménie doté de 270 millions d’euros sur la période 2024-2027.
Le premier sommet UE-Arménie : un pas de plus vers l’adhésion
Le 5 mai 2026, dans la foulée de la CPE, António Costa, président du Conseil européen, et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, ont co-présidé avec Nikol Pachinian le premier sommet bilatéral UE-Arménie, consacré par la signature d’une déclaration conjointe réaffirmant l’engagement de l’UE « à soutenir la souveraineté, la résilience et l’agenda de réforme de l’Arménie », les deux parties s’engageant à « élargir leur coopération stratégique de long terme ».
Le cheminement arménien s’est poursuivi avec l’adoption de la loi « On Launching the Process of Armenia’s Accession to the EU », par l’Assemblée nationale en mars 2025, qui fait de la candidature à l’UE une orientation juridiquement contraignante pour l’exécutif arménien. Le ministre des Affaires étrangères Ararat Mirzoyan a indiqué en octobre 2025 qu’une candidature formelle pourrait être déposée l’an prochain. Par la suite, un programme stratégique pour le partenariat UE-Arménie a été adopté en décembre 2025.

Deux partenariats ont été consacrés au cours du sommet :
- Le Connectivity Partnership UE-Arménie, sur l’énergie, les transports et le numérique ;
- L’allocation de 30 millions d’euros au titre de la Facilité européenne pour la paix (FEP) au profit des forces armées arméniennes. Le montant agrège une première tranche de 10 millions (signée en 2024) et une seconde de 20 millions adoptée en janvier 2026.
Le partenariat stratégique France-Arménie : une « relation singulière » institutionnalisée
Le président français, Emmanuel Macron, a joué un rôle clé dans cette séquence consacrant la force de l’amitié France-Arménie, tout comme le Sénat et l’Assemblée nationale français ont joué un rôle moteur dans la maturation de ce partenariat avec :
- L’activisme du groupe d’amitié France-Arménie ;
- La résolution sénatoriale du 25 novembre 2020 sur la « nécessité de reconnaître la République du Haut-Karabagh » ;
- La résolution sénatoriale du 15 novembre 2023 condamnant l’Azerbaïdjan et appelant à des sanctions européennes.
Accueilli par d’importantes manifestations de sympathie dans les rues de la capitale, Emmanuel Macron a évoqué une « relation singulière » et la « vocation européenne » de l’Arménie, et signé avec Nikol Pachinian la déclaration sur le partenariat stratégique franco-arménien, complétée par une série de contrats portés par des entreprises françaises.

Dans le domaine de la défense, le partenariat consacre Paris comme l’un des principaux fournisseurs d’armes de l’Arménie et prolonge une coopération engagée depuis 2023 avec :
- La poursuite des commandes signées en octobre 2023 : trois radars GM200 de Thales, 50 véhicules blindés Bastion d’Arquus, ainsi qu’une lettre d’intention pour des missiles sol-air Mistral de MBDA ;
- La poursuite des livraisons des 36 canons CAESAR commandés en juin 2024. Les premiers exemplaires ont été présentés en Arménie en mai 2026 en vue du défilé du 28 mai.
Dans le domaine économique, Vinci et Razel-Bec ont signé une déclaration d’intention pour participer à la construction du tunnel de Bargushat, infrastructure clé pour la connexion avec le port géorgien de Poti et le sud du pays. Dans le nucléaire civil, la France (Framatome) s’est positionnée parmi d’autres compétiteurs sur la construction du futur petit réacteur modulaire (SMR) appelé à remplacer Metsamor. Dans le domaine aérospatial FlyOne Armenia a commandé deux Airbus A321neo, tandis que le ministère de la Défense arménien a procédé à l’acquisition de six hélicoptères militaires H145 d’Airbus.

Le repositionnement géopolitique arménien comme enjeu central des élections législatives
Comme en témoigne la temporalité du sommet UE-Arménie, le rapprochement avec l’Europe ainsi que la sortie du giron russe ont été des thématiques centrales des élections législatives arméniennes de juin 2026.
Le Contrat civil a assumé une position en rupture avec le lien historique de vassalité entre l’Arménie et la Russie, caractéristique classique de la relation souhaitée par la Russie avec les pays de l’ex-URSS selon la politologue Taline Papazian. Le Premier ministre a défendu une doctrine d’«Arménie réelle » consistant à recentrer l’État sur ses frontières reconnues et renoncer à toute revendication sur le Haut-Karabagh (2), et promis l’adoption d’une nouvelle Constitution présentée comme une « Quatrième République ».
Cette campagne a eu lieu dans un contexte de tensions avec l’institution religieuse puisque depuis juin 2025 Nikol Pachinian réclame publiquement le départ du Catholicos Karékine II, chef de l’Église apostolique arménienne, qu’il accuse d’avoir rompu son vœu de célibat. En février 2026, le parquet arménien a engagé des poursuites contre le Catholicos.
La confrontation avec l’Église a constitué une ligne centrale de démarcation avec l’opposition, qui s’est largement posée en défenseuse du clergé. C’est dans ce contexte qu’est entré en politique Samvel Karapetian, milliardaire russo-arménien fondateur de l’alliance « Arménie forte » (23% aux élections de juin 2026). Il s’était engagé, en juin 2025, à « défendre » l’Église, avant d’être arrêté pour « appel à l’usurpation du pouvoir » puis assigné à résidence. Inéligible en raison de ses nationalités russe et chypriote, il a confié la tête de liste à son neveu Narek Karapetian, lui-même visé par une enquête pour dissimulation de citoyenneté russe. L’alliance promettait de réviser la Constitution pour permettre à Samvel Karapetian d’accéder au poste de Premier ministre. Des documents publiés par le média d’investigation The Insider lui prêtent d’anciens liens avec le FSB russe, ce que son camp a démenti en dénonçant un montage.

Les autres forces d’opposition partageaient cette orientation pro-russe tout en s’en distinguant par le profil et le degré. L’« Alliance Arménie » (10% aux élections de juin 2026) de l’ancien président Robert Kotcharian, a plaidé pour le maintien dans l’Union Économique Eurasiatique (UEE) et l’OTSC (Organisation du traité de sécurité collective-alliance militaire créée et dirigée par Moscou en 2002 et regroupant six anciennes républiques soviétiques). L’« Alliance Arménie » souhaite également resserrer les liens avec Moscou et refuse toute concession constitutionnelle à l’Azerbaïdjan, perçue comme une trahison par une partie de l’opposition.
Les affaires judiciaires ont nourri la polarisation entre protagonistes. Outre Samvel Karapetian, l’archevêque Bagrat Galstanian, chef du mouvement de contestation de 2024 contre des cessions de territoire à l’Azerbaïdjan, est resté en détention provisoire pour un présumé projet de coup d’État. Le Comité d’enquête arménien a fait état de 59 procédures pénales pour fraude électorale visant principalement des proches de l’opposition. Les intéressés y voient une instrumentalisation de la justice contre leurs candidats, quand le pouvoir invoque l’État de droit et la lutte contre l’ingérence étrangère.
Les divergences géopolitiques de l’élection arménienne se sont accompagnées d’une vaste manœuvre d’ingérence russe qui aurait impliqué les trois principaux services de renseignement russes (le SVR, le FSB et le GRU). Cette manœuvre a pris la forme d’une campagne de désinformation utilisant des modes opératoires bien connus des autorités européennes comme Doppelganger ou Storm-1516. Cette campagne visait notamment à entacher la réputation de Nikol Pachinian, désigné sous le nom de code « Boroda » (signifiant barbe), et aurait été accompagnée de recherches d’information par les services russes susceptibles de compromettre Pachinian. Enfin, la Russie aurait conçu un projet de transfert de 100 000 Arméniens de Russie pour peser sur le vote, en plus de son soutien à l’alliance « Arménie forte ».
Une petite révolution à l’échelle régionale qui défie la Russie
Les mois de mai et juin 2026 ont porté l’éloignement arménien de la Russie entamé en 2018 à son paroxysme. Abandonnée par son partenaire historique lors des deux phases de conflit successives sur le Haut-Karabagh ou Artsakh avec l’Azerbaïdjan (2021-2022 et 2023), l’Arménie a gelé depuis février 2024 sa participation à l’OTSC. Après un accord, la Russie a retiré en juillet 2024 ses gardes-frontières de l’aéroport d’Erevan, où ils étaient stationnés depuis 1992. Nikol Pachinian a évoqué un « point de non-retour » en décembre 2024, et Erevan a notifié à Moscou, en mars 2025, son refus de financer le budget 2024 de l’OTSC.

La Russie a réagi avec virulence à l’écartement arménien de l’OTSC et a donc réagi encore plus violemment aux séquences de mai et juin 2026, percevant notamment la participation de Volodymyr Zelensky au sommet de l’UE à Erevan comme une trahison.
Dès le lendemain des sommets européens à Erevan, la diplomatie russe a dénoncé un « rapprochement » avec Bruxelles destiné, selon la porte-parole du ministère des Affaires étrangères Maria Zakharova, à entraîner l’Arménie dans une « implication irréversible dans la ligne anti-russe de l’UE ». Réuni en sommet de l’UEE à Astana le 28 mai 2026, le bloc dirigé par Moscou a estimé que la candidature arménienne à l’UE faisait peser des « risques sérieux » sur sa sécurité économique, et mandaté l’examen d’une possible suspension de l’Arménie d’ici décembre.
L’Arménie a également été soumise à une série de restrictions économiques de la Russie, son principal partenaire économique (environ 37 % des exportations arméniennes sont destinées à la Russie, tandis que près de 30 % des importations en proviennent). La plupart de ces restrictions ont été justifiées par la Russie par des raisons sanitaires, mais leur temporalité laisse peu de doutes quant aux intentions russes de sanctionner l’Arménie pour sa trajectoire géopolitique.
Dès le mois d’avril 2026, la Russie a interdit sur son sol la marque de cognac arménien Proshyan, une semaine après une rencontre entre Vladimir Poutine et Nikol Pachinian. Le 29 mai, Vladimir Poutine a comparé la trajectoire d’Erevan au « scénario ukrainien » et agité l’arme commerciale en avançant que la Russie serait « forcée de limiter ses activités économiques en Arménie », si le pays venait à se rapprocher de l’UE. Le lendemain, Moscou a rappelé son ambassadeur en Arménie pour des « consultations sur les mesures prises » contre l’Arménie en raison de son « rapprochement avec l’Union européenne, sapant la coopération au sein de l’UEE».
À l’approche des élections, ces restrictions se sont renforcées. Le 22 mai, l’agence russe Rosselkhoznadzor (chargée de la surveillance et du contrôle vétérinaire et sanitaire des marchandises entrant en Russie) a temporairement restreint les importations de produits floraux en provenance d’Arménie vers la Russie. Pour des raisons identiques, la Russie a bloqué à la fin du mois de mai des dizaines de millions de bouteilles d’eau minérale arménienne Jermuk, marque arménienne populaire en Russie.

À partir du 30 mai 2026, Rosselkhoznadzor a également mis en place des « restrictions temporaires » sur l’importation de tomates, concombres, poivrons et fraises en provenance d’Arménie. Le 2 juin, ces restrictions se sont étendues à plusieurs fruits, et le 3 juin aux aubergines, pommes de terre, et fruits secs arméniens. Enfin, le 12 juin, la Russie a bloqué l’importation de tous les produits soumis à quarantaine en provenance d’Arménie, ainsi que leur transit via son territoire vers les États membres de l’Union économique eurasienne (UEE).
Le 15 juin, Kaja Kallas a indiqué que l’UE préparait un vaste plan d’aide économique à l’Arménie pour l’aider à faire face aux mesures de rétorsion russes.
Un partenariat inédit dans le Caucase
Les partenariats franco et euro-arménien pourraient constituer à moyen terme, le prototype d’une politique européenne de sécurité dans le voisinage oriental.
La trajectoire géorgienne offre, en miroir, le contre-exemple d’un basculement avorté. Après avoir obtenu le statut de candidat à l’UE en décembre 2023, la Géorgie a brutalement rétropédalé sous l’effet de sa politique intérieure. Dès mai 2024, le parti pro-russe le Rêve géorgien a fait adopter une loi sur les « agents de l’étranger » calquée sur le modèle russe, jugée par Bruxelles incompatible avec les normes démocratiques. Les élections législatives d’octobre 2024, remportées par le Rêve géorgien au terme d’un scrutin entaché d’irrégularités, scellent la rupture. En novembre 2024, quelques heures après l’adoption par le Parlement européen d’une résolution rejetant les résultats du scrutin pour des irrégularités, le Premier ministre Irakli Kobakhidzé a annoncé la suspension des négociations d’adhésion à l’UE jusqu’à la fin de 2028, accusant l’UE de chantage. D’ailleurs, les livraisons à destination de l’Arménie ont été interrompues puisque sur 50 véhicules blindés Bastion promis par la France, 26 seulement ont été livrés, en raison des difficultés de transit par la Géorgie depuis la fin de l’année 2024.
Malgré les récentes avancées, une situation qui reste fragile
Si l’Arménie de juin 2026 semble ne plus être un « allié déçu » de Moscou, mais un partenaire stratégique distinct doté de robustes liens avec l’Europe, la nouvelle situation arménienne reste fragile.
D’abord, si la normalisation semble se perpétuer entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, il est impossible de prédire sa longévité. Le protocole tripartite d’août 2025 signé en présence de Donald Trump, Pachinian et du Président de la République d’Azerbaïdjan Ilham Aliev, crée des conditions de paix inédites. Mais Bakou conditionne la signature formelle du traité à la révision de la Constitution arménienne pour en retirer toute référence au Haut-Karabagh, ce qui pourrait raviver les tensions dans un contexte de large supériorité militaire azerbaïdjanaise. Or, ni l’UE ni la France ne sont en mesure de fournir des garanties de sécurité à l’Arménie à la mesure de celles longtemps offertes par la Russie, qui dispose encore d’une base abritant 4000 soldats dans le pays.

Ensuite, les mesures de rétorsion économiques et politiques russes devraient avoir un impact significatif sur l’économie arménienne.
Enfin, les élections législatives de juin 2026 ont montré que les partis défendant une proximité avec la Russie restent très populaires. À long-terme, ses liens historiques très profonds avec la Russie et la réalité de sa position géographique forceront l’Arménie à normaliser ses relations avec la Russie.
Comme le résume Taline Papazian, l’Arménie se trouve confrontée au défi complexe de « transformer une rupture subie en projet politique cohérent, capable de concilier souveraineté, stabilité démocratique et ouverture sur son environnement régional et européen ».
Arthur Robert.
Arthur Robert est analyste dans les domaines de la géopolitique et de l’économique. Il travaille tant pour les institutions publiques que pour le secteur privé tout en étant chargé d’enseignement.
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Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne 
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