L’Arménie au carrefour de son destin

Mai et juin 2026 : deux mois qui consacrent les liens de l’Arménie avec l’Union Européenne

© The Smithsonian for Folklife and Cultural Heritage – Foule de manifestants sur la Place de la République d’Erevan lors de la Révolution de velours en 2018

Décryptage. Avec cet article d’Arthur Robert, nous vous proposons une analyse détaillée des récents événements diplomatiques début mai avec la France et l’Union Européenne, des réactions russes et des élections législatives du 7 juin qui ont vu la victoire du premier ministre Nikol Pachinian.

En mai 2026, dans une fenêtre de quarante-huit heures, Erevan a accueilli le 8ᵉ sommet de la Communauté politique européenne (CPE), inauguré le premier sommet bilatéral de l’Union européenne (UE) avec l’Arménie de l’histoire, signé un partenariat stratégique avec la France, et conclu un partenariat de connectivité avec la Commission européenne.

La séquence des 4 et 5 mai 2026 a été à la fois l’aboutissement d’un repositionnement arménien engagé en 2018 et un fort signal politique, un mois avant les élections législatives du 7 juin durant lesquelles le positionnement du pays par rapport à l’Europe et à la Russie a été une thématique centrale. Cette séquence a permis au Premier ministre arménien Nikol Pachinian de renforcer le revirement géostratégique qu’il avait engagé, consistant à sortir du giron russe et à approfondir les relations avec l’UE.

Pour Bruxelles et Paris, l’enjeu était de consolider un point d’appui dans le Caucase, à un moment où la Géorgie s’éloigne et où la Russie est militairement absorbée par l’Ukraine. Kaja Kallas, vice-présidente de la Commission Européenne et haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, a rappelé au cours du sommet que « l’Arménie déciderait elle-même ».

Ainsi, la victoire du parti Contrat Civil de Nikol Pachinian aux élections législatives du 7 juin 2026 a consacré le rapprochement entre l’Arménie et l’Union Européenne. Le Contrat Civil a remporté la victoire avec presque 50% des voix, tandis que les partis favorables à des liens renforcés avec la Russie, Arménie Forte de Samvel Karapetian et Alliance arménienne de Robert Kotcharian, ont obtenu respectivement 23% et 10% des voix. Si le parti du Premier Ministre sortant au pouvoir depuis 2018, conserve la majorité absolue, il a toutefois perdu sept sièges par rapport aux élections législatives de 2021, lui ôtant la majorité des deux tiers qui lui aurait permis d’engager la révision constitutionnelle réclamée par l’Azerbaïdjan.

© Ministère des Affaires étrangères et du Développement international, Direction des Archives (pôle géographique) – Novembre 2014

 

Le sommet de la Communauté politique européenne (CPE) : une première hors-Union Européenne (UE) chargée de symboles

Le 8ᵉ sommet de la CPE, premier organisé en dehors de l’UE, a réuni le 4 mai 2026 à Erevan plus de quarante chefs d’État et de gouvernement, dont le président ukrainien Volodymyr Zelensky, sous la devise « Building the Future : Unity and Stability in Europe ». Quatre thématiques majeures se sont dégagées de ce sommet :

  • La résilience démocratique avec l’idée que la démocratie arménienne doit être protégée des « ingérences extérieures et de la désinformation », conséquence directe de la guerre hybride russe ;
  • La connectivité transcaucasienne et trans-caspienne, dans le contexte d’actualité de la Trump Route for International Peace and Prosperity (TRIPP) (1), et du Middle Corridor, dont l’Arménie ambitionne désormais d’être une branche par le futur tracé TRIPP ;
  •  La sécurité économique et énergétique, avec la réduction de la dépendance aux énergies fossiles et la montée en puissance du renouvelable et du nucléaire ;
  • La défense et l’autonomie stratégique, portés par le contexte ukrainien.
© Alain Boinet – Ville de Meghri, dans la province du Syunik, au sud de l’Arménie aux frontières de l’Iran, de l’Azerbaïdjan et du Nakhitchevan. C’est par là dans le corridor de Latchin que devrait passer la route TRIPP ainsi qu’une voie ferrée.

Le choix d’Erevan pour ce premier sommet de la CPE hors-UE marque une reconnaissance politique du parcours arménien, initié en 2017 avec la signature d’un accord de partenariat global entre l’UE et l’Arménie, entré en vigueur en 2021. Après la perte du Haut-Karabagh en septembre 2023, le virage à l’Ouest d’Erevan s’est poursuivi avec l’annonce en avril 2024 d’un Plan de résilience et de croissance de l’UE pour l’Arménie doté de 270 millions d’euros sur la période 2024-2027.

 

Le premier sommet UE-Arménie : un pas de plus vers l’adhésion

Le 5 mai 2026, dans la foulée de la CPE, António Costa, président du Conseil européen, et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, ont co-présidé avec Nikol Pachinian le premier sommet bilatéral UE-Arménie, consacré par la signature d’une déclaration conjointe réaffirmant l’engagement de l’UE « à soutenir la souveraineté, la résilience et l’agenda de réforme de l’Arménie », les deux parties s’engageant à « élargir leur coopération stratégique de long terme ».

Le cheminement arménien s’est poursuivi avec l’adoption de la loi « On Launching the Process of Armenia’s Accession to the EU », par l’Assemblée nationale en mars 2025, qui fait de la candidature à l’UE une orientation juridiquement contraignante pour l’exécutif arménien. Le ministre des Affaires étrangères Ararat Mirzoyan a indiqué en octobre 2025 qu’une candidature formelle pourrait être déposée l’an prochain. Par la suite, un programme stratégique pour le partenariat UE-Arménie a été adopté en décembre 2025.

© Galerie du gouvernement arménien – Cérémonie d’ouverture de la CPE en mai 2026

Deux partenariats ont été consacrés au cours du sommet :

  • Le Connectivity Partnership UE-Arménie, sur l’énergie, les transports et le numérique ;
  • L’allocation de 30 millions d’euros au titre de la Facilité européenne pour la paix (FEP) au profit des forces armées arméniennes. Le montant agrège une première tranche de 10 millions (signée en 2024) et une seconde de 20 millions adoptée en janvier 2026.

 

Le partenariat stratégique France-Arménie : une « relation singulière » institutionnalisée

Le président français, Emmanuel Macron, a joué un rôle clé dans cette séquence consacrant la force de l’amitié France-Arménie, tout comme le Sénat et l’Assemblée nationale français ont joué un rôle moteur dans la maturation de ce partenariat avec :

  • L’activisme du groupe d’amitié France-Arménie ;
  • La résolution sénatoriale du 25 novembre 2020 sur la « nécessité de reconnaître la République du Haut-Karabagh » ;
  • La résolution sénatoriale du 15 novembre 2023 condamnant l’Azerbaïdjan et appelant à des sanctions européennes.

Accueilli par d’importantes manifestations de sympathie dans les rues de la capitale, Emmanuel Macron a évoqué une « relation singulière » et la « vocation européenne » de l’Arménie, et signé avec Nikol Pachinian la déclaration sur le partenariat stratégique franco-arménien, complétée par une série de contrats portés par des entreprises françaises.

© Gouvernement arménien – Signature des accords France-Arménie le 5 mai 2026

Dans le domaine de la défense, le partenariat consacre Paris comme l’un des principaux fournisseurs d’armes de l’Arménie et prolonge une coopération engagée depuis 2023 avec :

  • La poursuite des commandes signées en octobre 2023 : trois radars GM200 de Thales, 50 véhicules blindés Bastion d’Arquus, ainsi qu’une lettre d’intention pour des missiles sol-air Mistral de MBDA ;
  • La poursuite des livraisons des 36 canons CAESAR commandés en juin 2024. Les premiers exemplaires ont été présentés en Arménie en mai 2026 en vue du défilé du 28 mai.

Dans le domaine économique, Vinci et Razel-Bec ont signé une déclaration d’intention pour participer à la construction du tunnel de Bargushat, infrastructure clé pour la connexion avec le port géorgien de Poti et le sud du pays. Dans le nucléaire civil, la France (Framatome) s’est positionnée parmi d’autres compétiteurs sur la construction du futur petit réacteur modulaire (SMR) appelé à remplacer Metsamor. Dans le domaine aérospatial FlyOne Armenia a commandé deux Airbus A321neo, tandis que le ministère de la Défense arménien a procédé à l’acquisition de six hélicoptères militaires H145 d’Airbus.

© Olivier Decottignies – Signature d’accords de défense les 22 et 23 février 2024 à Erevan entre les ministres de la défense, Sébastien Lecornu et Souren Papikian

 

Le repositionnement géopolitique arménien comme enjeu central des élections législatives

Comme en témoigne la temporalité du sommet UE-Arménie, le rapprochement avec l’Europe ainsi que la sortie du giron russe ont été des thématiques centrales des élections législatives arméniennes de juin 2026.

Le Contrat civil a assumé une position en rupture avec le lien historique de vassalité entre l’Arménie et la Russie, caractéristique classique de la relation souhaitée par la Russie avec les pays de l’ex-URSS selon la politologue Taline Papazian. Le Premier ministre a défendu une doctrine d’«Arménie réelle » consistant à recentrer l’État sur ses frontières reconnues et renoncer à toute revendication sur le Haut-Karabagh (2), et promis l’adoption d’une nouvelle Constitution présentée comme une « Quatrième République ».

Cette campagne a eu lieu dans un contexte de tensions avec l’institution religieuse puisque depuis juin 2025 Nikol Pachinian réclame publiquement le départ du Catholicos Karékine II, chef de l’Église apostolique arménienne, qu’il accuse d’avoir rompu son vœu de célibat. En février 2026, le parquet arménien a engagé des poursuites contre le Catholicos.

La confrontation avec l’Église a constitué une ligne centrale de démarcation avec l’opposition, qui s’est largement posée en défenseuse du clergé. C’est dans ce contexte qu’est entré en politique Samvel Karapetian, milliardaire russo-arménien fondateur de l’alliance « Arménie forte » (23% aux élections de juin 2026). Il s’était engagé, en juin 2025, à « défendre » l’Église, avant d’être arrêté pour « appel à l’usurpation du pouvoir » puis assigné à résidence. Inéligible en raison de ses nationalités russe et chypriote, il a confié la tête de liste à son neveu Narek Karapetian, lui-même visé par une enquête pour dissimulation de citoyenneté russe. L’alliance promettait de réviser la Constitution pour permettre à Samvel Karapetian d’accéder au poste de Premier ministre. Des documents publiés par le média d’investigation The Insider lui prêtent d’anciens liens avec le FSB russe, ce que son camp a démenti en dénonçant un montage.

© Wikimedia Commons – Un Sommet de l’OTSC à la Résidence Yntymak Ordo, Bishkek, en Novembre 2025

Les autres forces d’opposition partageaient cette orientation pro-russe tout en s’en distinguant par le profil et le degré. L’« Alliance Arménie » (10% aux élections de juin 2026) de l’ancien président Robert Kotcharian, a plaidé pour le maintien dans l’Union Économique Eurasiatique (UEE) et l’OTSC (Organisation du traité de sécurité collective-alliance militaire créée et dirigée par Moscou en 2002 et regroupant six anciennes républiques soviétiques). L’« Alliance Arménie » souhaite également resserrer les liens avec Moscou et refuse toute concession constitutionnelle à l’Azerbaïdjan, perçue comme une trahison par une partie de l’opposition.

Les affaires judiciaires ont nourri la polarisation entre protagonistes. Outre Samvel Karapetian, l’archevêque Bagrat Galstanian, chef du mouvement de contestation de 2024 contre des cessions de territoire à l’Azerbaïdjan, est resté en détention provisoire pour un présumé projet de coup d’État. Le Comité d’enquête arménien a fait état de 59 procédures pénales pour fraude électorale visant principalement des proches de l’opposition. Les intéressés y voient une instrumentalisation de la justice contre leurs candidats, quand le pouvoir invoque l’État de droit et la lutte contre l’ingérence étrangère.

Les divergences géopolitiques de l’élection arménienne se sont accompagnées d’une vaste manœuvre d’ingérence russe qui aurait impliqué les trois principaux services de renseignement russes (le SVR, le FSB et le GRU). Cette manœuvre a pris la forme d’une campagne de désinformation utilisant des modes opératoires bien connus des autorités européennes comme Doppelganger ou Storm-1516. Cette campagne visait notamment à entacher la réputation de Nikol Pachinian, désigné sous le nom de code « Boroda » (signifiant barbe), et aurait été accompagnée de recherches d’information par les services russes susceptibles de compromettre Pachinian. Enfin, la Russie aurait conçu un projet de transfert de 100 000 Arméniens de Russie pour peser sur le vote, en plus de son soutien à l’alliance « Arménie forte ».

 

Une petite révolution à l’échelle régionale qui défie la Russie

Les mois de mai et juin 2026 ont porté l’éloignement arménien de la Russie entamé en 2018 à son paroxysme. Abandonnée par son partenaire historique lors des deux phases de conflit successives sur le Haut-Karabagh ou Artsakh avec l’Azerbaïdjan (2021-2022 et 2023), l’Arménie a gelé depuis février 2024 sa participation à l’OTSC. Après un accord, la Russie a retiré en juillet 2024 ses gardes-frontières de l’aéroport d’Erevan, où ils étaient stationnés depuis 1992. Nikol Pachinian a évoqué un « point de non-retour » en décembre 2024, et Erevan a notifié à Moscou, en mars 2025, son refus de financer le budget 2024 de l’OTSC.

© Wikimedia Commons – Vladimir Poutine avec le Premier ministre arménien Nikol Pachinian au Kremlin (avril 2026)

La Russie a réagi avec virulence à l’écartement arménien de l’OTSC et a donc réagi encore plus violemment aux séquences de mai et juin 2026, percevant notamment la participation de Volodymyr Zelensky au sommet de l’UE à Erevan comme une trahison.

Dès le lendemain des sommets européens à Erevan, la diplomatie russe a dénoncé un « rapprochement » avec Bruxelles destiné, selon la porte-parole du ministère des Affaires étrangères Maria Zakharova, à entraîner l’Arménie dans une « implication irréversible dans la ligne anti-russe de l’UE ». Réuni en sommet de l’UEE à Astana le 28 mai 2026, le bloc dirigé par Moscou a estimé que la candidature arménienne à l’UE faisait peser des « risques sérieux » sur sa sécurité économique, et mandaté l’examen d’une possible suspension de l’Arménie d’ici décembre.

L’Arménie a également été soumise à une série de restrictions économiques de la Russie, son principal partenaire économique (environ 37 % des exportations arméniennes sont destinées à la Russie, tandis que près de 30 % des importations en proviennent). La plupart de ces restrictions ont été justifiées par la Russie par des raisons sanitaires, mais leur temporalité laisse peu de doutes quant aux intentions russes de sanctionner l’Arménie pour sa trajectoire géopolitique.

Dès le mois d’avril 2026, la Russie a interdit sur son sol la marque de cognac arménien Proshyan, une semaine après une rencontre entre Vladimir Poutine et Nikol Pachinian. Le 29 mai, Vladimir Poutine a comparé la trajectoire d’Erevan au « scénario ukrainien » et agité l’arme commerciale en avançant que la Russie serait « forcée de limiter ses activités économiques en Arménie », si le pays venait à se rapprocher de l’UE.  Le lendemain, Moscou a rappelé son ambassadeur en Arménie pour des « consultations sur les mesures prises » contre l’Arménie en raison de son « rapprochement avec l’Union européenne, sapant la coopération au sein de l’UEE».

À l’approche des élections, ces restrictions se sont renforcées. Le 22 mai, l’agence russe Rosselkhoznadzor (chargée de la surveillance et du contrôle vétérinaire et sanitaire des marchandises entrant en Russie) a temporairement restreint les importations de produits floraux en provenance d’Arménie vers la Russie. Pour des raisons identiques, la Russie a bloqué à la fin du mois de mai des dizaines de millions de bouteilles d’eau minérale arménienne Jermuk, marque arménienne populaire en Russie.

© Gouvernement arménien – Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, vote lors des élections de juin 2026

À partir du 30 mai 2026, Rosselkhoznadzor a également mis en place des « restrictions temporaires » sur l’importation de tomates, concombres, poivrons et fraises en provenance d’Arménie. Le 2 juin, ces restrictions se sont étendues à plusieurs fruits, et le 3 juin aux aubergines, pommes de terre, et fruits secs arméniens. Enfin, le 12 juin, la Russie a bloqué l’importation de tous les produits soumis à quarantaine en provenance d’Arménie, ainsi que leur transit via son territoire vers les États membres de l’Union économique eurasienne (UEE).

Le 15 juin, Kaja Kallas a indiqué que l’UE préparait un vaste plan d’aide économique à l’Arménie pour l’aider à faire face aux mesures de rétorsion russes.

 

Un partenariat inédit dans le Caucase

Les partenariats franco et euro-arménien pourraient constituer à moyen terme, le prototype d’une politique européenne de sécurité dans le voisinage oriental.

La trajectoire géorgienne offre, en miroir, le contre-exemple d’un basculement avorté. Après avoir obtenu le statut de candidat à l’UE en décembre 2023, la Géorgie a brutalement rétropédalé sous l’effet de sa politique intérieure. Dès mai 2024, le parti pro-russe le Rêve géorgien a fait adopter une loi sur les « agents de l’étranger » calquée sur le modèle russe, jugée par Bruxelles incompatible avec les normes démocratiques. Les élections législatives d’octobre 2024, remportées par le Rêve géorgien au terme d’un scrutin entaché d’irrégularités, scellent la rupture. En novembre 2024, quelques heures après l’adoption par le Parlement européen d’une résolution rejetant les résultats du scrutin pour des irrégularités, le Premier ministre Irakli Kobakhidzé a annoncé la suspension des négociations d’adhésion à l’UE jusqu’à la fin de 2028, accusant l’UE de chantage. D’ailleurs, les livraisons à destination de l’Arménie ont été interrompues puisque sur 50 véhicules blindés Bastion promis par la France, 26 seulement ont été livrés, en raison des difficultés de transit par la Géorgie depuis la fin de l’année 2024.

 

Malgré les récentes avancées, une situation qui reste fragile

Si l’Arménie de juin 2026 semble ne plus être un « allié déçu » de Moscou, mais un partenaire stratégique distinct doté de robustes liens avec l’Europe, la nouvelle situation arménienne reste fragile.

D’abord, si la normalisation semble se perpétuer entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, il est impossible de prédire sa longévité. Le protocole tripartite d’août 2025 signé en présence de Donald Trump, Pachinian et du Président de la République d’Azerbaïdjan Ilham Aliev, crée des conditions de paix inédites. Mais Bakou conditionne la signature formelle du traité à la révision de la Constitution arménienne pour en retirer toute référence au Haut-Karabagh, ce qui pourrait raviver les tensions dans un contexte de large supériorité militaire azerbaïdjanaise. Or, ni l’UE ni la France ne sont en mesure de fournir des garanties de sécurité à l’Arménie à la mesure de celles longtemps offertes par la Russie, qui dispose encore d’une base abritant 4000 soldats dans le pays.

© The White House – Donald Trump, Nikol Pachinian et Ilham Aliev à Washington le 8 août 2025 lors de la signature de la TRIPP (Trump Route Initiative for International Peace and Prosperity)

Ensuite, les mesures de rétorsion économiques et politiques russes devraient avoir un impact significatif sur l’économie arménienne.

Enfin, les élections législatives de juin 2026 ont montré que les partis défendant une proximité avec la Russie restent très populaires. À long-terme, ses liens historiques très profonds avec la Russie et la réalité de sa position géographique forceront l’Arménie à normaliser ses relations avec la Russie.

Comme le résume Taline Papazian, l’Arménie se trouve confrontée au défi complexe de « transformer une rupture subie en projet politique cohérent, capable de concilier souveraineté, stabilité démocratique et ouverture sur son environnement régional et européen ».

Arthur Robert.


Arthur Robert est analyste dans les domaines de la géopolitique et de l’économique. Il travaille tant pour les institutions publiques que pour le secteur privé tout en étant chargé d’enseignement.


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Stratégie nationale de sécurité des États-Unis :

« Fini l’idéalisme utopique ; place au réalisme pur et dur »

Couverture de la stratégie de sécurité national des Etats Unis d’Amérique 2025

Le 5 décembre dernier, l’administration américaine a publié un document qui a fait grand bruit, intitulé « Stratégie de sécurité nationale des États-Unis d’Amérique ». S’il a occupé les médias pour ses considérations vis-à-vis de l’Europe, ce texte mérite d’être examiné à travers ses axes et priorités choisis, ses conséquences et ses ambiguïtés. En introduction de cette stratégie, le président américain signe un bilan laudatif de son action, où rien ne semble avoir échoué (pourtant, si l’on ne prend que les « huit conflits violents » qu’il dit avoir réglé, la reprise des affrontements entre le Cambodge et la Thaïlande, ou le conflit à l’est de la RDC qui perdure contredisent son succès). Puis il explique que « Ce document est une feuille de route destinée à garantir que l’Amérique reste la nation la plus grande et la plus prospère de l’histoire de l’humanité, ainsi que le berceau de la liberté sur terre ». Le président américain, lequel est abondamment cité dans le texte, assume d’emblée une forme de « nationalisme impérial ».

Quels sont les points à retenir, parmi les nombreux abordés dans ce document ?

Choisir et hiérarchiser

L’administration américaine ne prétend plus à « tout embrasser et mal étreindre » et s’encombrer d’idéologies comme, selon elle, les précédentes. Elle veut répondre à la question « Que voulons-nous ? », et, partant, choisir ses priorités, définir les moyens en cohérence, et agir avec un « réalisme flexible » pour un seul objectif « La protection des intérêts nationaux vitaux et fondamentaux » et faire en sorte que « les États-Unis restent le pays le plus fort, le plus riche, le plus puissant et le plus prospère du monde pendant les décennies à venir ».  Le pragmatisme d’un crédo simple « America first ».

Ce pragmatisme a amené l’administration Trump à couper la plupart des financements humanitaires début 2025, en appliquant à l’avance les termes de cette stratégie nationale de sécurité : « Se concentrer et établir des priorités, c’est faire des choix, c’est reconnaître que tout n’a pas la même importance pour tout le monde. Cela ne signifie pas pour autant que certains peuples, certaines régions ou certains pays sont intrinsèquement sans importance. Les États-Unis sont à tous égards la nation la plus généreuse de l’histoire, mais nous ne pouvons pas nous permettre d’accorder la même attention à toutes les régions et à tous les problèmes du monde ». A bien y réfléchir, la baisse des financements humanitaires amorcée dans beaucoup de pays avant la décision américaine n’est-elle pas aussi une traduction non déclarée de ce même type de choix ?

Une hégémonie qui dit ne pas vouloir dominer le monde… ni changer les différences  

Le président Donald Trump, accompagné du secrétaire à la Guerre Pete Hegseth, du secrétaire d’État Marco Rubio et du secrétaire à la Marine John Phelan, annonce le projet de création d’une « flotte dorée » composée de nouveaux cuirassés de la marine américaine, le lundi 22 décembre 2025, au Mar-a-Lago Club de Palm Beach, en Floride. ©Maison Blanche  / Daniel Torok

« Après la fin de la guerre froide, les élites de la politique étrangère américaine se sont convaincues que la domination permanente des États-Unis sur le reste du monde était dans le meilleur intérêt de notre pays. Pourtant, les affaires des autres pays ne nous concernent que si leurs activités menacent directement nos intérêts » ; plus de domination ? Mais une puissance militaire, économique et technologique écrasante permettant la suprématie américaine jusqu’à la fin du siècle… Un usage affirmé du « soft power inégalé des États-Unis » qui permet aux USA d’exercer « une influence positive dans le monde entier qui sert nos intérêts » mais « tout en respectant les religions, les cultures et les systèmes de gouvernance différents des autres pays ». Ailleurs : «… cela imposera d’abandonner l’expérience malavisée des Etats-Unis qui consiste à harceler ces pays, en particulier les monarchies du Golfe, pour qu’ils renoncent à leurs traditions et à leurs formes historiques de gouvernement. Nous devrions encourager et applaudir les réformes lorsqu’elles émergent spontanément, sans essayer de les imposer de l’extérieur ».  Ambiguïtés ? Plutôt « réalisme flexible » : laisser fonctionner les régimes « non libéraux » si leurs intérêts convergent avec ceux des Etats-Unis. Plus de « régime change » cher aux néoconservateurs des années 1990-2000… Mais on comprend aussi que cette reconnaissance de la diversité des États et des civilisations permet de légitimer la reconnaissance et la défense des valeurs « civilisationnelles » de l’Amérique et de l’Occident.

L’état-nation avant les instances internationales

Au-delà, la stratégie affirme une prééminence sans nuance – et un retour – de l’état-nation » : « L’unité politique fondamentale du monde est et restera l’État-nation. Il est naturel et juste que toutes les nations fassent passer leurs intérêts en premier et protègent leur souveraineté. Le monde fonctionne mieux lorsque les nations donnent la priorité à leurs intérêts. Les États-Unis feront passer leurs propres intérêts en premier et, dans leurs relations avec les autres nations, les encourageront à faire de même. Nous défendons les droits souverains des nations, nous nous opposons aux incursions des organisations transnationales les plus intrusives qui sapent la souveraineté, et nous soutenons la réforme de ces institutions afin qu’elles favorisent plutôt qu’elles n’entravent la souveraineté individuelle et qu’elles servent les intérêts américains ». Dans un monde redevenu multipolaire, les USA délaissent le multilatéral au profit des relations bilatérales… En position de force.

L’ère de l’immigration massive est terminée

Sans surprise, l’administration américaine grave dans le marbre sa politique « d’arrêt » de l’accueil des flux migratoires, et surtout prévient : « Dans tous les pays du monde, la migration de masse a mis à rude épreuve les ressources nationales, accru la violence et la criminalité, affaibli la cohésion sociale, faussé les marchés du travail et compromis la sécurité nationale. L’ère de l’immigration massive doit prendre fin ». Quelle issue pour les « Caminantes » d’Amérique Latine ?

Le président Donald Trump participe à la remise de la médaille mexicaine de la défense des frontières, le lundi 15 décembre 2025, dans le bureau ovale. ©Maison Blanche / Daniel Torok)

Atlas ne veut plus porter le monde

« L’époque où les États-Unis soutenaient à eux seuls l’ordre mondial comme Atlas est révolue ». C’est clair ; conséquences ? Le transfert de charge aux alliés, et notamment les pays de l’OTAN, à qui il est demandé de consacrer 5 % de leur PIB à la défense. Au-delà, favoriser « les partenariats ciblés qui utilisent des outils économiques pour harmoniser les incitations, partager les charges avec des alliés partageant les mêmes idées ». Atlas porte moins mais reste à la barre… et utilise à l’occasion l’arme des taxes pour stimuler les bonnes volontés.

La doctrine Monroe[1] au défi du corolaire Trump  

« …les États-Unis réaffirmeront et appliqueront la doctrine Monroe afin de restaurer la prééminence américaine dans l’hémisphère occidental et de protéger notre territoire et notre accès à des zones géographiques clés dans toute la région ».  Le « corolaire Trump » est précisée clairement : « Nous empêcherons les concurrents non hémisphériques de positionner des forces ou d’autres capacités menaçantes, ou de posséder ou contrôler des actifs stratégiquement vitaux dans notre hémisphère ». Nous sommes prévenus : chasse gardée des USA… Qui ne s’interdisent pas par ailleurs, et en contradiction avec la doctrine Monroe originelle, d’influencer les politiques étrangères – notamment européennes – dans le sens de ses intérêts, ni d’élargir son « hémisphère » au-delà du continent américain. Deux exemples concrets de cet « update Monroe » sont l’arraisonnement par les forces américaines, en novembre dernier, à plusieurs centaines de kilomètres des côtes du Sri Lanka, d’un cargo voyageant de la Chine vers l’Iran, qui aurait transporté une « technologie militaire à double usage », et la décision du président Trump, le 16 décembre dernier, d’imposer un « blocus total et complet » des pétroliers sous sanctions à destination et en provenance du Venezuela (plusieurs tankers saisis à ce jour).

La paix par la force… ou la force avant tout ?  

Un des éléments frappants du texte est le concept de force comme outil préalable et universel à toute relation, ce qui va plus loin que le « Si Vis Pacem Para Bellum » plus pertinent que jamais. La force doit dissuader, dominer, et agréger les partenariats : « La force est la meilleure arme de dissuasion. Les pays ou autres acteurs suffisamment dissuadés de menacer les intérêts américains ne le feront pas. En outre, la force peut nous permettre d’atteindre la paix… ». Quelle limite à ce concept certes opérant mais qui développe sa propre nécessité, car la paix par la force a besoin de toujours plus de force… ?

Le navire amiral de la 7e flotte américaine, l’USS Blue Ridge (LCC 19), a participé à la 11e édition de l’exercice Croix du Sud dans la mer de Corail, près de la Nouvelle-Calédonie, le 1er mai 2025.

Intervenir ? A priori non, mais ça dépend

Fidèle à la doctrine des fondateurs, l’administration américaine répugne en principe à intervenir, mais… « Pour un pays dont les intérêts sont aussi nombreux et divers que les nôtres, il n’est pas possible d’adhérer rigoureusement au non-interventionnisme. Cependant, cette prédisposition devrait fixer des critères élevés pour déterminer ce qui constitue une intervention justifiée ». En clair : ça dépend de ce que les USA ont à gagner – ou à protéger de vital – à une intervention, et, de plus, toute intervention sera « réversible » au gré des intérêts US…  Par ailleurs, ils ne s’interdisent pas « d’agir sans intervenir » : « Nous voulons que les autres nations nous considèrent comme leur partenaire de premier choix et nous les dissuaderons — par divers moyens — de collaborer avec d’autres »… A bon entendeur…

L’Otan n’est plus destiné à s’étendre…. Et les Etats-Unis interrogent son avenir

« Mettre fin à la perception, et empêcher la réalité, de l’OTAN comme une alliance en expansion perpétuelle… » ; sans précaution oratoire, l’administration Trump met un coup d’arrêt – qui répond aux demandes russes depuis des décennies – à l’expansion de l’Alliance amorcée en 1999. Au-delà, en partant de ce qu’elle considère comme les conséquences civilisationnelles des politiques migratoires européennes, elle pose comme jamais auparavant la question de l’avenir de l’alliance : « À long terme, il est plus que plausible que, d’ici quelques décennies au plus tard, certains membres de l’OTAN deviennent majoritairement non européens. À ce titre, la question reste ouverte de savoir s’ils considéreront leur place dans le monde, ou leur alliance avec les États-Unis, de la même manière que ceux qui ont signé la charte de l’OTAN… Si les tendances actuelles se poursuivent, le continent (européen) sera méconnaissable d’ici 20 ans ou moins. Dans ces conditions, il est loin d’être évident que certains pays européens disposeront d’une économie et d’une armée suffisamment solides pour rester des alliés fiables…». En clair, les USA nous disent qu’ils considèrent que la pérennité de l’OTAN dépend de l’identité culturelle de ses membres… Sans entrer dans le débat sur le bien-fondé de cette perception américaine, on ne voit guère comment les pays européens de l’alliance pourront rester sans répondre à cette « question de confiance » qui leur est brutalement posée.

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, et les chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’OTAN ©OTAN

Sécuriser ressources et routes 

« Nous devons rétablir notre accès indépendant et fiable aux biens dont nous avons besoin pour nous défendre et préserver notre mode de vie. Cela nécessitera d’élargir l’accès des États-Unis aux minéraux et matériaux essentiels… De plus, la Communauté du renseignement surveillera les chaînes d’approvisionnement clés et les avancées technologiques à travers le monde…». Plus loin : « Les États-Unis auront toujours un intérêt fondamental à veiller à ce que les approvisionnements énergétiques du Golfe ne tombent pas entre les mains d’un ennemi déclaré, à ce que le détroit d’Ormuz reste ouvert… ». Ce point fait écho aux alertes du dernier rapport de la CIA sur les risques d’atteinte aux routes d’approvisionnement mondiales, et, au-delà de l’Iran clairement visé s’agissant du golfe persique, est étroitement lié au point suivant :

Face à la Chine : maintenir le statu-quo à Taiwan, éviter si possible la confrontation mais dissuader par la force

« Etant donné qu’un tiers du trafic maritime mondial transite chaque année par la mer de Chine méridionale, cela a des implications majeures pour l’économie américaine. Il est donc prioritaire de dissuader tout conflit autour de Taïwan, idéalement en préservant la supériorité militaire. Nous maintiendrons également notre politique déclaratoire de longue date sur Taïwan, ce qui signifie que les Etats-Unis ne soutiennent aucun changement unilatéral du statu quo dans le détroit de Taïwan ». Au-delà, les USA vont renforcer et élargir le cercle de leurs alliés fiables en Asie-pacifique afin de contenir à la fois l’expansion économique et militaire chinoise, anticiper et neutraliser les risques de coupures par la Chine de routes d’approvisionnement vitales, et être en mesure de réagir à toute action armée le long de la « première chaîne d’iles » (1ère série d’archipels majeurs du Pacifique au large de la côte d’Asie de l’Est : principalement composée des îles Kouriles, de l’archipel japonais, des îles Ryukyu, de Taïwan, du nord des Philippines et de Bornéo) et dans toute la région indopacifique.

L’Europe en question

Cette partie du document est celle qui a suscité le plus de réactions… en Europe et en France. Jamais, il est vrai, le diagnostic vital européen n’avait été posé de façon aussi radicale : « …Ce déclin économique est éclipsé par la perspective réelle et plus sombre d’un effacement civilisationnel… citons les activités de l’Union européenne et d’autres organismes transnationaux qui sapent la liberté politique et la souveraineté, les politiques migratoires qui transforment le continent et créent des conflits, la censure de la liberté d’expression et la répression de l’opposition politique, l’effondrement des taux de natalité et la perte des identités nationales et de la confiance en soi… Nous voulons que l’Europe reste européenne, qu’elle retrouve sa confiance en sa civilisation… La diplomatie américaine doit continuer à défendre la démocratie authentique, la liberté d’expression et la célébration sans complexe du caractère et de l’histoire propres à chaque nation européenne. Les États-Unis encouragent leurs alliés politiques en Europe à promouvoir ce renouveau spirituel, et l’influence croissante des partis patriotiques européens est en effet source d’un grand optimisme… Notre objectif devrait être d’aider l’Europe à corriger sa trajectoire actuelle…Les États-Unis sont, naturellement, sentimentalement attachés au continent européen…Nous voulons travailler avec des pays alignés qui souhaitent retrouver leur grandeur d’antan… ». Il ne nous appartient pas d’entrer dans le débat ouvert pas ces positions américaines. Constatons que les réactions en Europe ont été vives, à l’exemple du chancelier allemand, qui a jugé que certaines parties de la stratégie de sécurité US étaient « inacceptables ». Au-delà des répliques telles que « vassalisation », « humiliation » ou « ingérence », on peut considérer qu’il serait nécessaire de répondre avec une argumentation construite à la vision américaine. Enfin, l’exposé décomplexé d’une Europe « faible » par l’administration américaine n’est-il pas l’expression d’une « lutte des modèles politiques » (modèle démocratique contre modèle autoritaire) qui secoue une bonne partie du monde ?

Berlin 14 décembre 2025 sous l’égide du chancelier allemand, Friedrich Merz, réunion des pays de la coalition des volontaires pour soutenir l’Ukraine au moment où Volodimyr Zelenski rencontre les émissaires du président Donald ©OTAN

Europe et Russie… Europe et Ukraine

Contrairement à ce que l’on a entendu, l’administration américaine ne veut pas « laisser tomber les Européens et les laisser seuls régler les problèmes de leur continent » ; s’agissant des relations entre l’Europe et la Russie, ou plus encore du conflit ukrainien, les USA ont l’intention de peser sur l’évolution des choses, quitte à contrer les « attentes irréalistes concernant la guerre » (comprendre la capacité de l’Ukraine à récupérer ses territoires perdus) de dirigeants européens : « La gestion des relations entre l’Europe et la Russie nécessitera un engagement diplomatique important de la part des États-Unis, à la fois pour rétablir les conditions d’une stabilité stratégique sur le continent eurasien et pour atténuer le risque de conflit entre la Russie et les États européens… Il est dans l’intérêt fondamental des États-Unis de négocier une cessation rapide des hostilités en Ukraine, afin de stabiliser les économies européennes, d’empêcher une escalade ou une extension involontaire de la guerre, de rétablir la stabilité stratégique avec la Russie… L’administration Trump se trouve en désaccord avec les responsables européens qui ont des attentes irréalistes concernant la guerre, ces dirigeants se retranchant dans des gouvernements minoritaires instables, dont beaucoup bafouent les principes fondamentaux de la démocratie pour réprimer l’opposition » – (Le gouvernement français est clairement inclus dans le lot). La trajectoire européenne, comme sa politique étrangère, sont ainsi « mises sous pression » américaine, à l’aune des intérêts considérés comme vitaux pas son administration.

Le président Donald Trump rencontre le président ukrainien Volodymyr Zelensky à Mar-a-Lago, 28 décembre 2025. ©Maison Blanche

Conclusion

Il y aurait eu beaucoup encore à souligner dans la nouvelle Stratégie de sécurité nationale des États-Unis d’Amérique, comme par exemple pour l’Afrique où l’administration US veut rompre avec la logique de l’aide et y substituer une politique d’investissements productifs. On voit se dessiner un mouvement de repli pour les États-Unis, du « théâtre mondial » vers l’hémisphère occidental, avec une ligne de défense en Indopacifique. Une autre synthèse pourrait être de remarquer que les termes de « solidarité », « droits de l’homme » et « État de droit » sont absents du document… De même, la déclaration du porte-parole du Kremlin Dmitry Peskov à la télévision d’état russe le 7 décembre dernier, selon laquelle « La nouvelle stratégie de sécurité américaine s’accorde avec les perceptions russes » et que « Les ajustements que nous y constatons correspondent dans beaucoup d’aspects à notre vision » indique que l’administration américaine est autant aujourd’hui un défi qu’un allié pour nombre de pays et d’instances internationales. Le mot de la fin peut être laissé à Pete Hegseth, le secrétaire à la guerre des Etats-Unis, lors d’un discours le 6 décembre dernier au Reagan National Defense Forum, au cours duquel il assena trois fois cette formule « Fini l’idéalisme utopique ; place au réalisme pur et dur ».

Pierre Brunet

Ecrivain et humanitaire.

[1] La doctrine Monroe, formulée en 1823, peut se résumer aux trois points clés :

  1. Les Amériques du Nord et du Sud sont fermées à la colonisation et à l’intervention européenne (et à l’intervention. l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud devaient être le domaine des États-Unis.
  2. Toute nouvelle tentative d’étendre les systèmes politiques européens aux Amériques sera traitée comme une menace pour la paix et la sécurité des États-Unis.
  3. Les États-Unis n’interviendront pas dans les affaires européennes.

 

Pierre Brunet est romancier et membre du Conseil d’administration de l’ONG SOLIDARITES INTERNATIONAL. Il s’engage dans l’humanitaire au Rwanda en 1994, puis en 1995 en Bosnie, et est depuis retourné sur le terrain (Afghanistan en 2003, jungle de Calais en 2016, camps de migrants en Grèce et Macédoine en 2016, Irak et Nord-Est de la Syrie en 2019, Ukraine en 2023). Les romans de Pierre Brunet sont publiés chez Calmann-Lévy : « Barnum » en 2006, « JAB » en 2008, « Fenicia » en 2014 et « Le triangle d’incertitude » en 2017. Ancien journaliste, Pierre Brunet publie régulièrement des articles d’analyse, d’opinion, ou des chroniques.


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