Humanitaire : Fin de l’âge d’or, grandes incertitudes… Solutions ?

© UN News – Ximena Borrazás Maryna est assise dans une salle de classe détruite à Kherson où elle enseignait la littérature ukrainienne.

Jamais peut-être l’humanitaire moderne, né du « Dunantisme » puis du sans-frontiérisme, n’a été confronté à un basculement du monde – et de « son » monde – aussi vaste, brutal, rapide et radical. A la fois surgissement de menaces globales, nœuds de crises se nourrissant entre elles et multiplication de défis inévitables, le moment est décisif pour les organisations humanitaires, car leur rôle futur, ou leur disparition comme structures obsolètes et inadaptées, s’y joue en partie.

Avant d’en explorer les déterminants, les enjeux comme les réactions possibles, il faut partir des besoins. Ceux des personnes en détresse, et ceux des moyens espérés pour y répondre, avec quelques chiffres essentiels.

 

État des lieux

Selon les Nations-Unies, 239 millions de personnes « auraient eu » besoin d’aide en 2026, mais les ressources disponibles ne permettront – au mieux – d’en secourir qu’une sur trois… L’humanitaire est ainsi entré dans l’ère de la « surpriorisation » des besoins et, surtout, du « tri sélectif » des bénéficiaires de l’aide possible. Dans cette démarche, les Nations-Unies ont lancé en décembre 2025 un appel de fonds de 23 milliards de dollars pour aider… 87 millions de personnes en 2026. Il s’agit de pouvoir offrir une aide vitale aux plus vulnérables, et ces 23 milliards représentent environ 1% de ce que le monde dépense pour la défense. Pourtant, Tom Fletcher, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires de l’ONU et Coordonnateur des secours d’urgence, a souligné lors d’une conférence de presse à Genève, le 11 mars 2026, que cet appel humanitaire reste sous-financé à hauteur des deux tiers…

©FINUL – La FINUL au sud-Liban

Parallèlement, et comme le rappelle Alain Boinet, fondateur de Défis Humanitaires, dans un dernier éditorial, les 8 milliards d’habitants du monde seront 10 milliards dans 25 ans, et l’Afrique aura doublé sa population. La bombe à retardement démographique fait tic-tac, alors que, le 20 janvier 2025, l’administration américaine a suspendu l’ensemble des programmes de l’Agence des États-Unis pour le développement international-USAID, avant de supprimer celle-ci, dont la mission a été reprise par les services du Département d’Etat américain, qui ne dispose pas de l’expérience nécessaire. Cette coupure des financements américains a eu, et aura, un impact dévastateur sur d’innombrables programmes de première nécessité ou de santé, de prévention d’épidémies ou de l’insécurité alimentaire.  Les financements de l’USAID représentaient plus de 40 % de l’aide humanitaire mondiale en 2024, soutenaient des projets dans 158 pays, et fournissait jusqu’à 50 % de l’aide humanitaire totale pour certains d’entre eux… Même si une partie des programmes « d’aide vitale » a pu faire l’objet d’exemptions aux suspensions de financements, le volume d’aide n’est en rien comparable à la situation antérieure, et, par ailleurs, les conditions nouvellement posées par le Département d’Etat – nous y reviendrons – contraignent l’accès au « guichet » américain. De plus, la décision américaine n’est que la manifestation brutale, aveugle et paroxystique d’un mouvement de diminution des financements humanitaire, particulièrement en Occident, amorcé bien avant le 20 janvier 2025.

Enfin, le blocage du détroit d’Ormuz consécutif à la guerre en Iran, par l’explosion des coûts logistiques et de transports pour les organisations humanitaires (sur laquelle a alerté Tom Fletcher en mars dernier) et par le blocus des composants d’engrais qu’il entraîne, peut avoir des conséquences cataclysmiques, alors que dans beaucoup de régions du monde la saison des semis va commencer. Les modélisations de l’Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture-FAO prévoient un effondrement des rendements céréaliers jusqu’à 50 % dans les principales régions africaines pour la saison qui s’ouvre. Le Programme Alimentaire Mondial-PAM estime que cette crise des engrais est susceptible d’exposer 45 millions de personnes supplémentaires à une insécurité alimentaire aiguë, voire à des famines localisées dans des zones déjà fragiles (Sahel, Somalie, Soudan…). Le temps court : on considère que le 15 mai est la dernière date à laquelle des engrais peuvent être acheminés à temps. Après, la saison 2026 sera en partie perdue. Alexander De Croo, l’Administrateur du Programme des Nations Unies pour le Développement-PNUD, a lui estimé, le 23 avril dernier, que les effets du blocus lié à la guerre en Iran allaient en outre « ramener à nouveau 30 millions de personnes dans la pauvreté ».

Ainsi, entre sur-augmentation des besoins humanitaires comme des coûts de l’aide, mais surpriorisation de la réponse possible dans un contexte de crise globale des moyens financiers, l’aide humanitaire est prise dans un « effet ciseau » tragique.

L’une des lames du ciseau est le changement de priorité, pour les pays occidentaux, dans les arbitrages budgétaires. La guerre de haute intensité est de retour sur notre continent, et menace par ailleurs de s’étendre au Moyen-Orient et de surgir en Asie. L’heure est au réarmement. Le recours à la force est désinhibé dans les relations internationales, les Empires sont de retour, les menaces grossissent et se conjuguent. Comme dans le golfe persique où le blocage du détroit d’Ormuz pousse la Chine et les pays d’Asie dans leurs retranchements, au-delà du risque de propagation régionale incontrôlable, et fait plonger une économie mondiale déjà impactée… par la guerre en Ukraine, où le conflit, relancé du côté russe par la hausse du prix du pétrole qui finance sa guerre, pourrait déborder, amenant une confrontation directe OTAN-Russie. Lors d’une audition à l’Assemblée Nationale pour présenter le projet d’actualisation de la Loi de Programmation Militaire 2024-30, le chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, avait déclaré « La permanence d’une menace russe sur notre continent, avec une guerre ouverte, reste ma préoccupation première en termes de préparation des armées ». Dans ce contexte, la nécessité de rattraper la chute des moyens militaires née de l’illusion des « dividendes de la paix » est, à minima, légitime sinon indispensable. Le vent a tourné, et l’aide humanitaire n’occupe plus les places d’honneur des préoccupations, aussi bien du grand public que des décideurs.

©OCHA – L’évolution des financements de l’OCHA enregistrés par le Financial Tracking Service de 2016 à avril 2026

Risques

Dans ce monde de « violence globale » qui vient, les organisations humanitaires sauront-elles trouver leur place et leur rôle ? Celles-ci, organisées, formatées et « managées » comme des entreprises (elles disposent d’une « méthodologie » pour tout…), parfois atteintes d’une aversion au risque encouragées par les contraintes imposées par les bailleurs, retrouveront-elles la culture de l’audace, de l’adaptabilité aux circonstances et contextes inédits, de l’improvisation (presque un gros mot aujourd’hui…), et ce dans des contextes très difficiles, complexes, à haut niveau d’insécurité, et ainsi rester indispensables ? C’est possible ; ce n’est pas sûr…

Plus concrètement, qui dit conflits de haute intensité dit accès humanitaire périlleux, refusé ou contesté, dégradation ou rupture des chaînes d’approvisionnement et logistiques comme des moyens de communication (Internet, satellite). Combien d’organisations humanitaires ont-elles engagé une remise à plat de leurs modèles, stratégies et modus operandi opérationnels afin de pouvoir s’adapter ? La tentation de croire que l’orage passera, que tout pourra continuer en l’état, que les moyens habituels seront toujours à disposition, est grande.

Un autre risque grandissant est celui de la politisation de l’aide humanitaire. Ce risque à deux aspects, un venant de l’extérieur, un issu de l’intérieur :

A l’extérieur, l’aide humanitaire – qui l’a toujours été un peu – tend à devenir, dans un élan désinhibé, de plus en plus politisée et manipulée par les décideurs et bailleurs. Le meilleur exemple en sont les conditions posées par le Département d’Etat américain dont, sur le site, on peut lire, dans un texte signé par le Secrétaire d’Etat Marco Rubio « Les programmes d’aide extérieure qui s’alignent sur les politiques de l’administration (et qui servent les intérêts américains) seront administrés par le département d’État, où ils seront mis en œuvre avec plus de responsabilité, de stratégie et d’efficacité ». La définition de « servir les intérêts américains » est laissé à l’appréciation de l’administration US. Par ailleurs, à la fin du texte, il est écrit « …nous donnerons la priorité au commerce plutôt qu’à l’aide, aux possibilités plutôt qu’à la dépendance et à l’investissement plutôt qu’à l’assistance »… La politisation de l’aide devient aussi une démarche commerciale dont on espère retours et rentabilité… Si la posture américaine est ouvertement assumée, il serait naïf de penser qu’elle est isolée. Quand la Chine, les pays du Golfe ou d’autres fonds souverains (et à sa manière l’Europe…) financent l’aide humanitaire, ils n’oublient jamais, et demain moins qu’aujourd’hui, leurs intérêts et projets politiques.

A l’intérieur, on constate depuis une dizaine d’années une politisation croissante des organisations humanitaires elles-mêmes. Celle-ci, sans en avoir toujours conscience, sont habitées et mues par des idéologies, lesquelles les poussent souvent à vouloir imposer dans leurs actions une vision progressiste occidentale. Le paradoxe étant que, alors que leur discours parle de « décoloniser l’aide humanitaire », son application concrète revient souvent à une forme de « néo-colonialisme 3.0 » animé par la certitude d’avoir raison. Plus encore, l’idée que « l’humanitaire est politique et doit jouer un rôle politique » est de plus en plus répandue. Au-delà, on a pu assister, à l’occasion de certains conflits, à une « politisation géopolitique » de l’humanitaire, qui n’a pas toujours su respecter les principes qu’il proclame ; indépendance, impartialité, neutralité, en « prenant parti » de fait et en discours, et ce parfois sans nuances, pour un « camp » et contre l’autre. Or, le problème est que le grand public « voit » les dérives politiques et idéologiques des ONG, et pourrait considérer qu’au fond les entreprises sont plus fiables, moins politisées, moins partisanes.  A la fin, il y a un risque de « suicide » du système humanitaire par perte de crédibilité. L’humanitaire doit se reposer la question fondamentale « Voulons-nous sauver des personnes / des populations, ou voulons-nous sauver / changer le monde et défendre des « causes » idéologiques ? ».

L’ambition de sauver / changer le monde est, en partie, porteuse de l’ambition de « vouloir tout embrasser / tout faire », du lifesaving au développement, de l’urgence à la lutte contre le changement climatique et aux Gender policy… Et ce, tout en s’engageant activement dans ce qu’on appelle « la localisation de l’aide », c’est-à dire tout en s’engageant concrètement… à se désengager… Les intentions sont admirables mais sont-elles lucides ? Qui trop embrasse mal étreint…

Enfin, l’apparition et la diffusion, à une vitesse vertigineuse, de l’Intelligence Artificielle-IA, dans le monde de l’humanitaire comme partout, ne doit-il pas nous faire réfléchir ? L’IA est un outil extraordinaire, et nous devons profiter des possibilités de décuplement de notre efficience, notamment sur des tâches fastidieuses, chronophages (conformité, gestion et analyse de données, de stocks, procédures d’achat, etc).  Mais c’est un outil qui peut être éventuellement coupé / interrompu, voir lui-aussi manipulé.  Et c’est un outil, de par son « entraînement », qui a des bais ; notamment, il est construit pour privilégier massivement le « probable » sur « l’improbable ». Or, l’improbable (et l’inédit !) reste possible… et se produit parfois. Avons-nous réfléchi au degré de dépendance que nous pouvons – ou pas – accepter envers cet instrument ? Avons-nous réfléchi aux risques, bientôt, de délégations excessives de décisions à l’IA ? Après-demain, le directeur des opérations d’une ONG humanitaire sera-t’il une IA ? Garder l’humain dans la décision humanitaire doit constituer un impératif que l’urgence de l’action ne saurait évacuer.

©PAM/Afghanistan – Le Programme alimentaire mondial dispose de 239 camions, dont ceux dans la province de Ghor frappée par le tremblement de terre.

Des pistes de solutions ?

Essayons de tracer quelques pistes, imparfaites et partielles, en formes de réponse à ces enjeux.

Revenir aux principes fondamentaux. C’est peut-être l’essentiel. Indépendance, impartialité et neutralité ; pas en proclamation, dans une démonstration concrète quotidienne, sur le terrain, dépouillée de toute lecture biaisée, préétabli idéologique, complaisance ou parti-pris.

Accepter de ne plus se vouloir « intouchables ». Les humanitaires, parce qu’ils s’efforcent de « faire le bien » estiment souvent qu’il est inacceptable qu’on leur demande de s’expliquer, de rendre des comptes, sur certains aspects de leur mode opératoire, de leurs choix, de leur discours. A fortiori si ce sont des autorités constituées qui se permettent de les interroger ou de remettre en question leur action, leur positionnement, voir, encore une fois, leurs complaisances. L’indépendance doit-elle signifier l’immunité de droit divin ?

Se recentrer sur nos missions essentielles : urgence et post-urgence. Cesser de prétendre à tout embrasser et tout faire. Sauver des vies et des populations ; c’est cela qui nous fait encore indispensables, et c’est notre seule « cause ». Bien sûr la post-urgence se doit aussi de renforcer la résilience des populations aux chocs futurs. Et bien sûr le sort de la planète, le dérèglement climatique, sont des sujets et des problèmes d’une écrasante importance. Mais la réponse globale et déterminante à ceux-ci excède notre mandat, notre mission, celle pour laquelle on croit encore en nous, et dont l’impact dépend de nous.

Repenser nos chaînes d’approvisionnement / logistiques. Non pas tout changer, mais interroger leurs vulnérabilités, imaginer les scénarios de rupture, d’indisponibilité. Réfléchir à des solutions alternatives, calculer leurs coûts, les modéliser. Et envisager ce qui ne peut être modélisé, une « logistique de l’improbable, de l’inédit » ? Faire de même avec nos outils de communication (satellites, internet). Ne pas abandonner ce qui fonctionne aujourd’hui, et, même l’optimiser, mais se tenir prêt à devoir s’en passer. Utiliser les outils numériques et l’IA, par exemple pour des distributions de cash dématérialisé, du mapping de besoins / bénéficiaires ou du recueil d’information personnalisé, mais pouvoir revenir vite si nécessaire à une « rusticité » décisionnelle et opérationnelle. L’honnêteté oblige à reconnaître que, sur beaucoup de terrains, de nombreuses équipes humanitaires font preuve chaque jour de cette rusticité. Raison de plus de continuer à la cultiver comme notre capacité la plus précieuse. Ce « grand écart » entre maîtrise des outils les plus avancés et maîtrise de leur absence sera déterminante pour l’avenir.

©Hulo – Transport aérien mutualisé : accompagnement opérationnel de l’Union européenne dans la mise en œuvre du Pont aérien humanitaire

Mutualiser (logistique, approvisionnement, données, RH…) toujours plus les moyens et les outils entre organisations humanitaires, et innover encore plus. Quand les moyens sont en chute libre, que les besoins et les coûts explosent, et que les leviers d’un gain d’efficience sont rares, peut-on hésiter à les employer ? L’ONU, machine complexe, lourde, dont le fonctionnement est loin d’être rationnalisé, tente d’en donner l’exemple en engageant un mouvement « d’intégration » de ses agences, dans le cadre du « Nouveau pacte humanitaire ».

Continuer à développer, en se coordonnant entre organisations humanitaires, un plaidoyer auprès des décideurs politiques et bailleurs, non pas orienté vers un illusoire « Nous voulons le retour de la situation d’avant », car celle-ci ne reviendra pas. L’humanitaire a, d’une certaine façon, été l’enfant gâté d’une société occidentale prospère et en paix, parenthèse merveilleuse mais terminée. Porter et défendre une exigence simple : « Faire le maximum possible pour répondre aux besoins humanitaires », en démontrant l’impact de l’action humanitaire et l’effet de levier de celle-ci sur l’évitement de catastrophes à venir, bien plus graves et coûteuses en vies humaines et moyens financiers que l’aide elle-même. Dans cette démarche, diversifier les types de bailleurs (ce qu’ont déjà entrepris la plupart des ONG), en se tournant résolument, à l’exemple de l’ONU elle-même, vers la société civile, les entreprises et le grand public ; Tom Fletcher a récemment mis en avant le lancement d’une campagne publique mondiale pour combler le déficit restant relatif à l’aide des Nations-Unies pour 2026… Antoine Vaccaro, Président de Force for Good, parlait dans un récent article de Défis Humanitaires de « Philanthropie dans un temps de chaos » en soulignant que la générosité n’a pas disparu, mais qu’elle a muté, et que les ONG humanitaires,  elles-aussi plongées dans une « économie de guerre » doivent apprendre à naviguer et réapprendre à mobiliser en répondant à la question « qu’avons-nous rendu possible avec notre engagement financier à vos côtés ? »…

Ces pistes sont-elles révolutionnaires ou magiques ? Le résultat en est-il assuré ? Non. Mais elles sont lucides, réalistes et indispensables. Peut-être les situations inédites feront-elles naître d’autres pistes inédites.

Conclusion en forme de question : l’humanitaire peut-il se payer le luxe d’attendre le retour de l’âge d’or ? La plupart des organisations humanitaires, qui ont entamé leur adaptation à la « grande incertitude » qui envahit le monde, ont déjà commencé à répondre.

 

Pierre Brunet.

Ecrivain et humanitaire.

 


Pierre Brunet est romancier et membre du Conseil d’administration de l’ONG SOLIDARITES INTERNATIONAL. Il s’engage dans l’humanitaire au Rwanda en 1994, puis en 1995 en Bosnie, et est depuis retourné sur le terrain (Afghanistan en 2003, jungle de Calais en 2016, camps de migrants en Grèce et Macédoine en 2016, Irak et Nord-Est de la Syrie en 2019, Ukraine en 2023). Les romans de Pierre Brunet sont publiés chez Calmann-Lévy : « Barnum » en 2006, « JAB » en 2008, « Fenicia » en 2014 et « Le triangle d’incertitude » en 2017. Ancien journaliste, Pierre Brunet publie régulièrement des articles d’analyse, d’opinion, ou des chroniques.


Découvrez les autres articles de cette édition :

Stratégie nationale de sécurité des États-Unis :

« Fini l’idéalisme utopique ; place au réalisme pur et dur »

Couverture de la stratégie de sécurité national des Etats Unis d’Amérique 2025

Le 5 décembre dernier, l’administration américaine a publié un document qui a fait grand bruit, intitulé « Stratégie de sécurité nationale des États-Unis d’Amérique ». S’il a occupé les médias pour ses considérations vis-à-vis de l’Europe, ce texte mérite d’être examiné à travers ses axes et priorités choisis, ses conséquences et ses ambiguïtés. En introduction de cette stratégie, le président américain signe un bilan laudatif de son action, où rien ne semble avoir échoué (pourtant, si l’on ne prend que les « huit conflits violents » qu’il dit avoir réglé, la reprise des affrontements entre le Cambodge et la Thaïlande, ou le conflit à l’est de la RDC qui perdure contredisent son succès). Puis il explique que « Ce document est une feuille de route destinée à garantir que l’Amérique reste la nation la plus grande et la plus prospère de l’histoire de l’humanité, ainsi que le berceau de la liberté sur terre ». Le président américain, lequel est abondamment cité dans le texte, assume d’emblée une forme de « nationalisme impérial ».

Quels sont les points à retenir, parmi les nombreux abordés dans ce document ?

Choisir et hiérarchiser

L’administration américaine ne prétend plus à « tout embrasser et mal étreindre » et s’encombrer d’idéologies comme, selon elle, les précédentes. Elle veut répondre à la question « Que voulons-nous ? », et, partant, choisir ses priorités, définir les moyens en cohérence, et agir avec un « réalisme flexible » pour un seul objectif « La protection des intérêts nationaux vitaux et fondamentaux » et faire en sorte que « les États-Unis restent le pays le plus fort, le plus riche, le plus puissant et le plus prospère du monde pendant les décennies à venir ».  Le pragmatisme d’un crédo simple « America first ».

Ce pragmatisme a amené l’administration Trump à couper la plupart des financements humanitaires début 2025, en appliquant à l’avance les termes de cette stratégie nationale de sécurité : « Se concentrer et établir des priorités, c’est faire des choix, c’est reconnaître que tout n’a pas la même importance pour tout le monde. Cela ne signifie pas pour autant que certains peuples, certaines régions ou certains pays sont intrinsèquement sans importance. Les États-Unis sont à tous égards la nation la plus généreuse de l’histoire, mais nous ne pouvons pas nous permettre d’accorder la même attention à toutes les régions et à tous les problèmes du monde ». A bien y réfléchir, la baisse des financements humanitaires amorcée dans beaucoup de pays avant la décision américaine n’est-elle pas aussi une traduction non déclarée de ce même type de choix ?

Une hégémonie qui dit ne pas vouloir dominer le monde… ni changer les différences  

Le président Donald Trump, accompagné du secrétaire à la Guerre Pete Hegseth, du secrétaire d’État Marco Rubio et du secrétaire à la Marine John Phelan, annonce le projet de création d’une « flotte dorée » composée de nouveaux cuirassés de la marine américaine, le lundi 22 décembre 2025, au Mar-a-Lago Club de Palm Beach, en Floride. ©Maison Blanche  / Daniel Torok

« Après la fin de la guerre froide, les élites de la politique étrangère américaine se sont convaincues que la domination permanente des États-Unis sur le reste du monde était dans le meilleur intérêt de notre pays. Pourtant, les affaires des autres pays ne nous concernent que si leurs activités menacent directement nos intérêts » ; plus de domination ? Mais une puissance militaire, économique et technologique écrasante permettant la suprématie américaine jusqu’à la fin du siècle… Un usage affirmé du « soft power inégalé des États-Unis » qui permet aux USA d’exercer « une influence positive dans le monde entier qui sert nos intérêts » mais « tout en respectant les religions, les cultures et les systèmes de gouvernance différents des autres pays ». Ailleurs : «… cela imposera d’abandonner l’expérience malavisée des Etats-Unis qui consiste à harceler ces pays, en particulier les monarchies du Golfe, pour qu’ils renoncent à leurs traditions et à leurs formes historiques de gouvernement. Nous devrions encourager et applaudir les réformes lorsqu’elles émergent spontanément, sans essayer de les imposer de l’extérieur ».  Ambiguïtés ? Plutôt « réalisme flexible » : laisser fonctionner les régimes « non libéraux » si leurs intérêts convergent avec ceux des Etats-Unis. Plus de « régime change » cher aux néoconservateurs des années 1990-2000… Mais on comprend aussi que cette reconnaissance de la diversité des États et des civilisations permet de légitimer la reconnaissance et la défense des valeurs « civilisationnelles » de l’Amérique et de l’Occident.

L’état-nation avant les instances internationales

Au-delà, la stratégie affirme une prééminence sans nuance – et un retour – de l’état-nation » : « L’unité politique fondamentale du monde est et restera l’État-nation. Il est naturel et juste que toutes les nations fassent passer leurs intérêts en premier et protègent leur souveraineté. Le monde fonctionne mieux lorsque les nations donnent la priorité à leurs intérêts. Les États-Unis feront passer leurs propres intérêts en premier et, dans leurs relations avec les autres nations, les encourageront à faire de même. Nous défendons les droits souverains des nations, nous nous opposons aux incursions des organisations transnationales les plus intrusives qui sapent la souveraineté, et nous soutenons la réforme de ces institutions afin qu’elles favorisent plutôt qu’elles n’entravent la souveraineté individuelle et qu’elles servent les intérêts américains ». Dans un monde redevenu multipolaire, les USA délaissent le multilatéral au profit des relations bilatérales… En position de force.

L’ère de l’immigration massive est terminée

Sans surprise, l’administration américaine grave dans le marbre sa politique « d’arrêt » de l’accueil des flux migratoires, et surtout prévient : « Dans tous les pays du monde, la migration de masse a mis à rude épreuve les ressources nationales, accru la violence et la criminalité, affaibli la cohésion sociale, faussé les marchés du travail et compromis la sécurité nationale. L’ère de l’immigration massive doit prendre fin ». Quelle issue pour les « Caminantes » d’Amérique Latine ?

Le président Donald Trump participe à la remise de la médaille mexicaine de la défense des frontières, le lundi 15 décembre 2025, dans le bureau ovale. ©Maison Blanche / Daniel Torok)

Atlas ne veut plus porter le monde

« L’époque où les États-Unis soutenaient à eux seuls l’ordre mondial comme Atlas est révolue ». C’est clair ; conséquences ? Le transfert de charge aux alliés, et notamment les pays de l’OTAN, à qui il est demandé de consacrer 5 % de leur PIB à la défense. Au-delà, favoriser « les partenariats ciblés qui utilisent des outils économiques pour harmoniser les incitations, partager les charges avec des alliés partageant les mêmes idées ». Atlas porte moins mais reste à la barre… et utilise à l’occasion l’arme des taxes pour stimuler les bonnes volontés.

La doctrine Monroe[1] au défi du corolaire Trump  

« …les États-Unis réaffirmeront et appliqueront la doctrine Monroe afin de restaurer la prééminence américaine dans l’hémisphère occidental et de protéger notre territoire et notre accès à des zones géographiques clés dans toute la région ».  Le « corolaire Trump » est précisée clairement : « Nous empêcherons les concurrents non hémisphériques de positionner des forces ou d’autres capacités menaçantes, ou de posséder ou contrôler des actifs stratégiquement vitaux dans notre hémisphère ». Nous sommes prévenus : chasse gardée des USA… Qui ne s’interdisent pas par ailleurs, et en contradiction avec la doctrine Monroe originelle, d’influencer les politiques étrangères – notamment européennes – dans le sens de ses intérêts, ni d’élargir son « hémisphère » au-delà du continent américain. Deux exemples concrets de cet « update Monroe » sont l’arraisonnement par les forces américaines, en novembre dernier, à plusieurs centaines de kilomètres des côtes du Sri Lanka, d’un cargo voyageant de la Chine vers l’Iran, qui aurait transporté une « technologie militaire à double usage », et la décision du président Trump, le 16 décembre dernier, d’imposer un « blocus total et complet » des pétroliers sous sanctions à destination et en provenance du Venezuela (plusieurs tankers saisis à ce jour).

La paix par la force… ou la force avant tout ?  

Un des éléments frappants du texte est le concept de force comme outil préalable et universel à toute relation, ce qui va plus loin que le « Si Vis Pacem Para Bellum » plus pertinent que jamais. La force doit dissuader, dominer, et agréger les partenariats : « La force est la meilleure arme de dissuasion. Les pays ou autres acteurs suffisamment dissuadés de menacer les intérêts américains ne le feront pas. En outre, la force peut nous permettre d’atteindre la paix… ». Quelle limite à ce concept certes opérant mais qui développe sa propre nécessité, car la paix par la force a besoin de toujours plus de force… ?

Le navire amiral de la 7e flotte américaine, l’USS Blue Ridge (LCC 19), a participé à la 11e édition de l’exercice Croix du Sud dans la mer de Corail, près de la Nouvelle-Calédonie, le 1er mai 2025.

Intervenir ? A priori non, mais ça dépend

Fidèle à la doctrine des fondateurs, l’administration américaine répugne en principe à intervenir, mais… « Pour un pays dont les intérêts sont aussi nombreux et divers que les nôtres, il n’est pas possible d’adhérer rigoureusement au non-interventionnisme. Cependant, cette prédisposition devrait fixer des critères élevés pour déterminer ce qui constitue une intervention justifiée ». En clair : ça dépend de ce que les USA ont à gagner – ou à protéger de vital – à une intervention, et, de plus, toute intervention sera « réversible » au gré des intérêts US…  Par ailleurs, ils ne s’interdisent pas « d’agir sans intervenir » : « Nous voulons que les autres nations nous considèrent comme leur partenaire de premier choix et nous les dissuaderons — par divers moyens — de collaborer avec d’autres »… A bon entendeur…

L’Otan n’est plus destiné à s’étendre…. Et les Etats-Unis interrogent son avenir

« Mettre fin à la perception, et empêcher la réalité, de l’OTAN comme une alliance en expansion perpétuelle… » ; sans précaution oratoire, l’administration Trump met un coup d’arrêt – qui répond aux demandes russes depuis des décennies – à l’expansion de l’Alliance amorcée en 1999. Au-delà, en partant de ce qu’elle considère comme les conséquences civilisationnelles des politiques migratoires européennes, elle pose comme jamais auparavant la question de l’avenir de l’alliance : « À long terme, il est plus que plausible que, d’ici quelques décennies au plus tard, certains membres de l’OTAN deviennent majoritairement non européens. À ce titre, la question reste ouverte de savoir s’ils considéreront leur place dans le monde, ou leur alliance avec les États-Unis, de la même manière que ceux qui ont signé la charte de l’OTAN… Si les tendances actuelles se poursuivent, le continent (européen) sera méconnaissable d’ici 20 ans ou moins. Dans ces conditions, il est loin d’être évident que certains pays européens disposeront d’une économie et d’une armée suffisamment solides pour rester des alliés fiables…». En clair, les USA nous disent qu’ils considèrent que la pérennité de l’OTAN dépend de l’identité culturelle de ses membres… Sans entrer dans le débat sur le bien-fondé de cette perception américaine, on ne voit guère comment les pays européens de l’alliance pourront rester sans répondre à cette « question de confiance » qui leur est brutalement posée.

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, et les chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’OTAN ©OTAN

Sécuriser ressources et routes 

« Nous devons rétablir notre accès indépendant et fiable aux biens dont nous avons besoin pour nous défendre et préserver notre mode de vie. Cela nécessitera d’élargir l’accès des États-Unis aux minéraux et matériaux essentiels… De plus, la Communauté du renseignement surveillera les chaînes d’approvisionnement clés et les avancées technologiques à travers le monde…». Plus loin : « Les États-Unis auront toujours un intérêt fondamental à veiller à ce que les approvisionnements énergétiques du Golfe ne tombent pas entre les mains d’un ennemi déclaré, à ce que le détroit d’Ormuz reste ouvert… ». Ce point fait écho aux alertes du dernier rapport de la CIA sur les risques d’atteinte aux routes d’approvisionnement mondiales, et, au-delà de l’Iran clairement visé s’agissant du golfe persique, est étroitement lié au point suivant :

Face à la Chine : maintenir le statu-quo à Taiwan, éviter si possible la confrontation mais dissuader par la force

« Etant donné qu’un tiers du trafic maritime mondial transite chaque année par la mer de Chine méridionale, cela a des implications majeures pour l’économie américaine. Il est donc prioritaire de dissuader tout conflit autour de Taïwan, idéalement en préservant la supériorité militaire. Nous maintiendrons également notre politique déclaratoire de longue date sur Taïwan, ce qui signifie que les Etats-Unis ne soutiennent aucun changement unilatéral du statu quo dans le détroit de Taïwan ». Au-delà, les USA vont renforcer et élargir le cercle de leurs alliés fiables en Asie-pacifique afin de contenir à la fois l’expansion économique et militaire chinoise, anticiper et neutraliser les risques de coupures par la Chine de routes d’approvisionnement vitales, et être en mesure de réagir à toute action armée le long de la « première chaîne d’iles » (1ère série d’archipels majeurs du Pacifique au large de la côte d’Asie de l’Est : principalement composée des îles Kouriles, de l’archipel japonais, des îles Ryukyu, de Taïwan, du nord des Philippines et de Bornéo) et dans toute la région indopacifique.

L’Europe en question

Cette partie du document est celle qui a suscité le plus de réactions… en Europe et en France. Jamais, il est vrai, le diagnostic vital européen n’avait été posé de façon aussi radicale : « …Ce déclin économique est éclipsé par la perspective réelle et plus sombre d’un effacement civilisationnel… citons les activités de l’Union européenne et d’autres organismes transnationaux qui sapent la liberté politique et la souveraineté, les politiques migratoires qui transforment le continent et créent des conflits, la censure de la liberté d’expression et la répression de l’opposition politique, l’effondrement des taux de natalité et la perte des identités nationales et de la confiance en soi… Nous voulons que l’Europe reste européenne, qu’elle retrouve sa confiance en sa civilisation… La diplomatie américaine doit continuer à défendre la démocratie authentique, la liberté d’expression et la célébration sans complexe du caractère et de l’histoire propres à chaque nation européenne. Les États-Unis encouragent leurs alliés politiques en Europe à promouvoir ce renouveau spirituel, et l’influence croissante des partis patriotiques européens est en effet source d’un grand optimisme… Notre objectif devrait être d’aider l’Europe à corriger sa trajectoire actuelle…Les États-Unis sont, naturellement, sentimentalement attachés au continent européen…Nous voulons travailler avec des pays alignés qui souhaitent retrouver leur grandeur d’antan… ». Il ne nous appartient pas d’entrer dans le débat ouvert pas ces positions américaines. Constatons que les réactions en Europe ont été vives, à l’exemple du chancelier allemand, qui a jugé que certaines parties de la stratégie de sécurité US étaient « inacceptables ». Au-delà des répliques telles que « vassalisation », « humiliation » ou « ingérence », on peut considérer qu’il serait nécessaire de répondre avec une argumentation construite à la vision américaine. Enfin, l’exposé décomplexé d’une Europe « faible » par l’administration américaine n’est-il pas l’expression d’une « lutte des modèles politiques » (modèle démocratique contre modèle autoritaire) qui secoue une bonne partie du monde ?

Berlin 14 décembre 2025 sous l’égide du chancelier allemand, Friedrich Merz, réunion des pays de la coalition des volontaires pour soutenir l’Ukraine au moment où Volodimyr Zelenski rencontre les émissaires du président Donald ©OTAN

Europe et Russie… Europe et Ukraine

Contrairement à ce que l’on a entendu, l’administration américaine ne veut pas « laisser tomber les Européens et les laisser seuls régler les problèmes de leur continent » ; s’agissant des relations entre l’Europe et la Russie, ou plus encore du conflit ukrainien, les USA ont l’intention de peser sur l’évolution des choses, quitte à contrer les « attentes irréalistes concernant la guerre » (comprendre la capacité de l’Ukraine à récupérer ses territoires perdus) de dirigeants européens : « La gestion des relations entre l’Europe et la Russie nécessitera un engagement diplomatique important de la part des États-Unis, à la fois pour rétablir les conditions d’une stabilité stratégique sur le continent eurasien et pour atténuer le risque de conflit entre la Russie et les États européens… Il est dans l’intérêt fondamental des États-Unis de négocier une cessation rapide des hostilités en Ukraine, afin de stabiliser les économies européennes, d’empêcher une escalade ou une extension involontaire de la guerre, de rétablir la stabilité stratégique avec la Russie… L’administration Trump se trouve en désaccord avec les responsables européens qui ont des attentes irréalistes concernant la guerre, ces dirigeants se retranchant dans des gouvernements minoritaires instables, dont beaucoup bafouent les principes fondamentaux de la démocratie pour réprimer l’opposition » – (Le gouvernement français est clairement inclus dans le lot). La trajectoire européenne, comme sa politique étrangère, sont ainsi « mises sous pression » américaine, à l’aune des intérêts considérés comme vitaux pas son administration.

Le président Donald Trump rencontre le président ukrainien Volodymyr Zelensky à Mar-a-Lago, 28 décembre 2025. ©Maison Blanche

Conclusion

Il y aurait eu beaucoup encore à souligner dans la nouvelle Stratégie de sécurité nationale des États-Unis d’Amérique, comme par exemple pour l’Afrique où l’administration US veut rompre avec la logique de l’aide et y substituer une politique d’investissements productifs. On voit se dessiner un mouvement de repli pour les États-Unis, du « théâtre mondial » vers l’hémisphère occidental, avec une ligne de défense en Indopacifique. Une autre synthèse pourrait être de remarquer que les termes de « solidarité », « droits de l’homme » et « État de droit » sont absents du document… De même, la déclaration du porte-parole du Kremlin Dmitry Peskov à la télévision d’état russe le 7 décembre dernier, selon laquelle « La nouvelle stratégie de sécurité américaine s’accorde avec les perceptions russes » et que « Les ajustements que nous y constatons correspondent dans beaucoup d’aspects à notre vision » indique que l’administration américaine est autant aujourd’hui un défi qu’un allié pour nombre de pays et d’instances internationales. Le mot de la fin peut être laissé à Pete Hegseth, le secrétaire à la guerre des Etats-Unis, lors d’un discours le 6 décembre dernier au Reagan National Defense Forum, au cours duquel il assena trois fois cette formule « Fini l’idéalisme utopique ; place au réalisme pur et dur ».

Pierre Brunet

Ecrivain et humanitaire.

[1] La doctrine Monroe, formulée en 1823, peut se résumer aux trois points clés :

  1. Les Amériques du Nord et du Sud sont fermées à la colonisation et à l’intervention européenne (et à l’intervention. l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud devaient être le domaine des États-Unis.
  2. Toute nouvelle tentative d’étendre les systèmes politiques européens aux Amériques sera traitée comme une menace pour la paix et la sécurité des États-Unis.
  3. Les États-Unis n’interviendront pas dans les affaires européennes.

 

Pierre Brunet est romancier et membre du Conseil d’administration de l’ONG SOLIDARITES INTERNATIONAL. Il s’engage dans l’humanitaire au Rwanda en 1994, puis en 1995 en Bosnie, et est depuis retourné sur le terrain (Afghanistan en 2003, jungle de Calais en 2016, camps de migrants en Grèce et Macédoine en 2016, Irak et Nord-Est de la Syrie en 2019, Ukraine en 2023). Les romans de Pierre Brunet sont publiés chez Calmann-Lévy : « Barnum » en 2006, « JAB » en 2008, « Fenicia » en 2014 et « Le triangle d’incertitude » en 2017. Ancien journaliste, Pierre Brunet publie régulièrement des articles d’analyse, d’opinion, ou des chroniques.


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