Entretien avec Maria Groenewald, Directrice de VOICE

Plaidoyer pour l’aide humanitaire européenne

© EPA/Ahmed Jallanzo, The Conversation – Une équipe d’inhumation libérienne durant la plus grande épidémie d’Ebola au monde en RDC en 2014 : une épidémie d’Ebola vient de se déclarer en RDC

Alain Boinet. Pourrais-tu nous présenter ton parcours ainsi que VOICE ?

Maria Groenewald. Tout d’abord, merci beaucoup pour l’invitation. Depuis 34 ans, VOICE est le réseau principal de plaidoyer pour l’action humanitaire à Bruxelles. Près de 90 organisations de 18 pays européens en sont actuellement membres et c’est un réseau qui grandit encore, en espérant pouvoir accueillir de nouveaux membres lors de notre Assemblée générale annuelle en juin. Pour moi, il s’agit d’un signe que notre travail collectif pour l’action humanitaire est plus important que jamais. Ensemble, nous allons continuer à être le principal porte-parole des ONG internationales à Bruxelles pour promouvoir l’action humanitaire et ses principes.

 

Alain Boinet. C’est nous qui te remercions pour cet entretien et cette présentation de VOICE. Nous constatons toutes et tous la chute des financements humanitaires parmi les pays de l’Union européenne et membres de l’OCDE : l’Organisation de coopération et développement économiques qui réunit les pays les plus développés de la planète. Comment analyses-tu ce recul inquiétant pour l’action humanitaire ? Quelles en sont les conséquences parmi les 90 associations membres de VOICE et où en est ECHO ainsi que la Commission européenne en matière de financement cette année en 2026 ?

Maria Groenewald. C’est un développement très inquiétant. On observe que plusieurs États membres se détournent de leur engagement en matière de solidarité internationale, au nom enjeux domestiques et de priorisation des dépenses liées à la défense, alors même que l’action humanitaire ne représente qu’une part très limitée des dépenses publiques. À l’échelle de l’UE, l’aide humanitaire représente environ 1 % du budget européen. Pourtant, les discours politiques tendent de plus en plus à mettre en concurrence les financements humanitaires avec d’autres priorités budgétaires.

© Our World in Data – Graphique sur la part de PIB que représente l’aide étrangère

La diminution des financements pour l’action humanitaire est un choix politique et non une fatalité. Il faut rappeler que le financement humanitaire est minimal et qu’il représente une petite part du budget des États en comparaison avec des postes de dépense comme la défense. La diminution des financements humanitaires entraîne des conséquences graves pour les millions de personnes qui traversent des crises humanitaires. Par exemple, une étude publiée dans la revue The Lancet a démontré que si la tendance actuelle de diminution de l’aide publique au développement persiste, le nombre de décès supplémentaires s’élèvera à 9,4 millions chez les enfants de moins de 5 ans. Il s’agit donc vraiment de vies qui sont en jeu.

© Maria Groenewald – La Directrice de VOICE s’exprime devant la Comission du Développement (DEVE) du Parlement européenne en avril 2026

Malgré ce contexte difficile, on observe tout de même quelques signaux positifs. Le budget initial de la DG ECHO pour 2026 était de 1,9 milliard d’euros et jusqu’ici, la Commission européenne a réussi à maintenir un niveau de financement humanitaire stable à travers les années, parfois même en augmentation grâce à la mobilisation de fonds supplémentaires. Ainsi, la Commission européenne demeure un soutien majeur de l’action humanitaire internationale et des principes qui la fondent.

Le véritable enjeu pour les financements humanitaires européens, ce sont les négociations du prochain Cadre Financier Pluriannuel, qui déterminera l’enveloppe globale attribuée à l’humanitaire de 2028 à 2034.

 

Alain Boinet. Comme les financements, le droit international humanitaire est en recul – et avec lui les principes humanitaires de neutralité, d’impartialité et d’indépendance, qui sont confrontés à un risque de politisation de la part de certains États et d’autres acteurs. Quelle est la perception, la position et la réflexion de VOICE à ce sujet ? Aujourd’hui, comment comprends-tu l’attitude de la Commission européenne sur le sujet du risque de politisation ?

Maria Groenewald. Il est vrai que nous sommes dans un contexte difficile au regard du manque de financement mais aussi de ce contexte où l’action humanitaire est de plus en plus challengée, politisée et instrumentalisée.

Pour VOICE, il est très important de revenir aux principes humanitaires. Pourquoi ? Les principes humanitaires ne sont pas des valeurs abstraites : ce sont des leviers opérationnels qui rendent possible l’accès à la population lors de crises humanitaires, la protection de populations vulnérables et celle des travailleurs humanitaires. La Commission européenne doit maintenir un cadre politique clair – celui selon lequel l’action humanitaire est guidée par les besoins et ces principes. Le leadership de l’Union européenne doit se définir par sa capacité à défendre l’action humanitaire contre toute politisation et instrumentalisation.

Jusqu’ici, la Commission européenne et en particulier la DG ECHO, ont réitéré à plusieurs reprises leur soutien aux principes humanitaires et au respect du droit international humanitaire. Plusieurs initiatives financées par ECHO sont en cours et vont dans ce sens. Nous espérons également que cela sera souligné dans la nouvelle stratégie de la Commission qui sera publiée fin mai : « The European Commission’s Communication on Humanitarian Aid ». En revanche, davantage doit être fait au niveau des institutions européennes, au-delà d’ECHO. Nous sommes donc très contents que la publication d’un « Staff Working Document » sur la diplomatie humanitaire, accompagnant la Communication, soit planifiée… L’UE doit utiliser cette stratégie pour se positionner comme un acteur de premier plan, cohérent et crédible, en matière de droit international humanitaire et de lutte contre l’impunité, y compris lorsque des violations se produisent dans des contextes politiquement sensibles.

© Belgian Presidency of the Council of the European Union / Julien Nizet – Maciej Popowski, Directeur général d’ECHO, au Forum Humanitaire Européen de 2024

Au-delà de la réaffirmation des engagements juridiques, le leadership de l’UE exige une cohérence politique, des positionnements publics, mais aussi l’utilisation de tous les outils politiques, diplomatiques et normatifs de l’UE pour lutter contre l’impunité, demander des comptes aux responsables de violations du droit international humanitaire et promouvoir le respect de ce droit.

 

Alain Boinet. Pourrais-tu nous rappeler en quoi consiste précisément le cadre financier pluriannuel de l’UE, quels en sont les enjeux et où nous en sommes de cette préparation ?

Maria Groenewald. Le cadre financier pluriannuel (CFP) détermine le budget à long-terme de l’Union européenne. Celui actuellement en négociation couvrira la période 2028 – 2034.  La question clé pour nous porte sur l’enveloppe qui sera attribuée à l’action humanitaire dans ce budget et la capacité future de l’Union européenne à répondre aux crises à la fois prolongées ou soudaines : c’est tout l’enjeu.

La Commission européenne a publié l’été dernier sa proposition pour le CFP 2028-2034, lançant officiellement une phase de négociations entre les différents partie-prenantes (Commission, Etats Membres, Parlement Européen…). Cette proposition de la Commission inclut une enveloppe de 200,3 milliards d’euros, pour un nouvel instrument qui s’appelle « Global Europe Instrument » et qui doit réunir tout le travail de l’Union européenne à l’international.

© Maria Groenewald – La Directrice de VOICE Maria Groenewald à la table-ronde « VOICE-Global Focus » de haut niveau en octobre 2025, à Copenhague

Il s’agit déjà d’un signe positif en matière de solidarité mondiale. Dans cet instrument, une partie sera destinée à l’action humanitaire. La demande qui est importante pour nous est que ce montant pour l’action humanitaire soit écrit dans le règlement du « Global Europe Instrument », afin qu’il ne change plus pour les sept ans à venir. Ce montant doit être alloué à l’action humanitaire en tant que minimum, de façon à ce que l’Union européenne conserve sa capacité à l’augmenter si des crises inattendues se produisent. Puis, bien sûr, nous parlons à nouveau de principes. Il est important que l’Union européenne maintienne une action humanitaire et des mécanismes de financement qui reflètent les principes humanitaires, tout en renforçant les mécanismes de gouvernance et de transparence à l’allocation. Cela impacte beaucoup la perception de l’action humanitaire du grand public. Il est aussi important que la transparence soit haute. Le « Global Europe Instrument » doit rester prévisible, traçable et fondé sur les besoins pour ne pas être instrumentalisé et politisé. Alors que les négociations vont se poursuivre lors des mois à venir, VOICE continuera de s’engager sur le sujet. Nous avons publié plusieurs documents publics ainsi que des analyses pour montrer ce qui est en jeu et garantir que l’Union européenne reste le bailleur de fonds de principes et d’importance qu’elle est maintenant.

 

Alain Boinet. Avec VOICE, vous avez récemment rencontré Tom Fletcher, le coordinateur des Nations unies pour les situations d’urgence humanitaires. Nous connaissons le « Humanitarian Reset », c’est-à-dire la réforme humanitaire provoquée par la baisse des financements. Que penses-tu de ce « Humanitarian Reset » ?

Maria Groenewald. Je pense que nous sommes tous d’accord sur le fait qu’une réforme du secteur humanitaire est nécessaire. Nous appelons à promouvoir un processus de réforme plus inclusif et plus responsable, qui soit éclairé par l’expérience opérationnelle de l’ensemble des acteurs humanitaires. Il y a une vraie complémentarité des rôles des différents acteurs qui composent le système, y compris des ONG internationales, nationales et locales. Il faut que tous ceux qui font partie de ce système humanitaire fassent aussi partie du processus de réforme. Celle-ci doit évidemment rester transparente envers l’ensemble de la communauté humanitaire. Il est donc important de parler d’une réforme inclusive et pas seulement d’un « reset » des agences des Nations Unies.

© Maria Groenewald – Rencontre entre la Présidente de VOICE Pauline Chetcuti, sa Directrice Maria Groenewald et Tom Fletcher, Vice-Secrétaire Général aux Affaires Humanitaires et à la Coordination de l’Aide d’Urgence de l’ONU (2025, Bruxelles)

Cela pose aussi la question des secteurs et crises qui risquent d’être négligés lors des discussions de priorisation. Si la priorisation est une nécessité malheureuse pour s’assurer que les fonds humanitaires restants après les coupes budgétaires drastiques aillent aux populations les plus à risque, cela ne doit pas se faire au détriment de la qualité de l’aide et de sa capacité à répondre aux besoins exprimés par les communautés touchées. Ainsi, nous appelons à porter une attention particulière aux crises oubliées, ainsi qu’aux secteurs déjà aujourd’hui souvent sous-financés, comme la Protection, la Santé Mentale et le Soutien Psychosocial, la réponse et la prévention des violences basées sur le genre, l’éducation en contexte d’urgence, la Santé et les Droits Sexuels et Reproductifs… Par ailleurs, il est essentiel de soutenir des processus de réforme fondés sur la diversité, la complémentarité des acteurs et les différents instruments de financement pour continuer à répondre aux crises de la façon la plus efficace possible.

Troisièmement, mon point final est bien sûr la question de la localisation. Soutenir l’agenda de la localisation est très important pour nos membres et pour les ONG internationales qui travaillent en partenariat depuis de longues années avec les ONG locales et nationales. Comme nous, le ‘Reset’ promeut un système humanitaire « aussi local que possible, et aussi international que nécessaire ». Mais les progrès concrets en ce sens restent timides. Par exemple, la démarche d’OCHA de soutenir davantage les ONG nationales et locales via les « Country-based pooled funds » (CBPFs) va, en principe, dans la bonne direction. En pratique, nous sommes loin du compte, et les chiffres ne démontrent pas encore de progrès tangibles, notamment à cause d’un accès aux fonds encore complexe, de progrès encore nécessaires en matière de gouvernance, et des exigences américaines appliquées aux fonds qu’ils ont attribués aux CBPF. De notre côté, nous avons donc entamé un travail plus profond sur la localisation et nous avons embauché une nouvelle collègue qui se concentre sur ce sujet. Nous allons ouvrir un nouveau groupe de travail à VOICE, auquel seront invités des réseaux nationaux et du Sud pour y participer et travailler ensemble sur cette démarche, et cela grâce à un soutien de la DG ECHO.

 

Alain Boinet. Comment évaluerais-tu les conséquences de la baisse des financements humanitaires pour la localisation et la mise en œuvre du nexus, c’est-à-dire ce processus de passage de la réponse d’urgence à la réhabilitation, aux reconstructions et au développement ? Quel impact cette baisse des financements peut-elle avoir sur ces processus essentiels ?

Maria Groenewald. Avec la baisse des financements humanitaires, le travail entre humanitaire, développement et paix devient plus important que jamais pour éviter une aggravation supplémentaire des besoins humanitaires. Il y a beaucoup de bons exemples qui montrent que ce fameux nexus fonctionne bien pour répondre à des crises qui durent de plus en plus longtemps, mettre fin à ce cycle de souffrance, répondre aux besoins directs et trouver des solutions sur le long terme. Il ne faut pas oublier ce que nous avons appris et ce qui fonctionne, mais il faut aussi trouver des moyens de permettre aux acteurs du développement d’intervenir.

Il est très important de rester engagés dans les contextes fragiles auprès des acteurs du développement. Ce ne sont pas des contextes où nous, en tant qu’humanitaires, nous sommes capables de répondre seuls, nous avons besoin de cette coopération avec les acteurs du développement. Plusieurs ONG ont donné des exemples positifs sur la manière de travailler avec une approche nexus en respectant les principes humanitaires, parce que l’on se trouve dans un moment où la fragilité s’aggrave dans plusieurs régions du monde : au Sahel, au Moyen-Orient, de la Corne de l’Afrique à l’Asie.

©FAO/Aissata Lam – Des femmes reçoivent leur cash transfert en Mauritanie, à Monguel (Wilaya de Gorgol)

Il y a cette étude de l’OECD dans laquelle, parmi les 177 contextes évalués en matière de fragilité, 61 ont été identifiés comme présentant un niveau élevé ou extrême de fragilité. Ces contextes représentent 25% de la population mondiale, ce qui signifie que nous devons y rester engagés. Ces communautés font face à des crises qui s’aggravent, des conflits, des déplacements forcés, au choc climatique, à l’affaiblissement des institutions, la réduction de l’espace civique… Cela est directement lié à l’augmentation des besoins humanitaires mondiaux et au degré croissant de fragilité dans de nombreux contextes à travers le monde.

C’est pour cette raison qu’il est important pour l’Union européenne de travailler sur cette nouvelle stratégie humanitaire. Un document écrit par la Direction générale d’ECHO et d’INTPA (International Partnerships) va également être publié sous le nom de « Integrated approach to fragility ». C’est une bonne chose que la Commission ait confié cette mission conjointe aux deux commissaires de l’action humanitaire et du développement, pour une approche intégrée. Nous avons hâte d’en lire le résultat.

© Nikola Krtolica – Équipe hulo à l’aéroport de Liège pour un vol du pont aérien humanitaire de l’UE, observant le fret à destination de l’Afghanistan

Alain Boinet. À l’inverse, la baisse des financements peut-elle également entraîner des conséquences positives en ce qui concerne notamment la mutualisation entre organisations humanitaires, l’innovation, voire la coordination opérationnelle ?

Maria Groenewald. Il est sûr que la diminution des fonds met une sorte de pression sur le secteur et le pousse à avancer des réformes dont nous parlons depuis plus de dix ans. Le World Humanitarian Summit était en 2016 et beaucoup de réformes comme le « Reset » dont nous parlons maintenant ne sont pas de nouvelles idées. Elles ont émergé il y a longtemps et la situation actuelle nous force à les mettre plus sérieusement en place. En même temps, il ne faut pas non plus arrêter de rappeler aux bailleurs de fonds que c’est un choix de diminuer les financements pour l’action humanitaire et qu’augmenter à nouveau le budget étatique pour répondre aux besoins réels peut aussi être un choix.

Aujourd’hui, on parle souvent des besoins de 87 millions de personnes auxquelles les Nations Unies essaient de répondre. Pourtant, nous savons que le nombre réel est beaucoup plus élevé. Il y a peu de temps, on parlait de 350 millions dans des situations de crise humanitaire. C’est un chiffre inimaginable qui représente deux fois la population de l’Allemagne, de la France et de la Belgique combinées. Comment les États membres peuvent-ils voir ces besoins et ne pas réagir ? Il est possible d’arrêter cette évolution et de prendre au sérieux ses responsabilités au sein des G7 et autres. Que vont devenir ces personnes qui demeureront sans secours ? Ce ne sera pas sans conséquences ni pour elles, ni pour les pays limitrophes aux populations déplacées, réfugiées. À terme, il y aura des répercussions pour nous.

 

Alain Boinet. 64% des opinions publiques au sein des pays membres du G7 considèrent que ce qui se passe dans les pays où se trouvent ces personnes en danger entraînera des répercussions dans nos pays en paix et prospère. Abordons donc la question des opinions publiques à l’égard de l’action humanitaire et du développement à travers une étude récente, commandée par le gouvernement français à l’IFOP (institut d’études et de sondages) en prévision du G7 qui doit se réunir du 15 au 17 juin à Evian, en France. En moyenne, il apparaît que 75% des populations de ces sept pays sont favorables au financement de la solidarité internationale, mais que 47% d’entre elles se disent mal informées. Par ailleurs, 75% de ces populations souhaitent savoir comment sont utilisés les financements, quels sont leurs résultats concrets et quelle est leur utilité, notamment pour les pays du G7 qui financent l’aide publique au développement. Enfin, 73% insistent sur la nécessité de contrôle de l’emploi des fonds.

Ces chiffres ne disent-ils pas que les acteurs humanitaires et du développement n’informent pas suffisamment le public ? N’y a-t-il pas là un levier essentiel de communication pour renforcer les liens avec les opinions publiques, tant pour les organisations humanitaires que pour la Commission européenne, ECHO et la commissaire Hadja Lahbib ?

© European Union/Denis Sassou Gueipeur, 2025 – Hadja Lahbib en intervention au Tchad dans le cadre d’opérations de lutte contre la malnutrition dans des camps de réfugiés

Maria Groenewald. Cette étude m’a vraiment choquée et il est très important que nous ayons accès à ces chiffres. Qu’en moyenne 75% des populations soient favorables au financement de la solidarité internationale : il s’agit d’un signe très positif à ne pas sous-estimer. Dans notre secteur, nous avons tendance à parler de tout ce qui ne se passe pas bien et de façon très pessimiste – les besoins qui augmentent, le financement qui diminue… Voyons aussi les choses de façon un peu plus optimiste. 75% de soutien, ce n’est pas négligeable. Mais même si ce soutien reste majoritaire, il est devenu plus fragile dans un contexte de crises multiples, de polarisation et de désinformation. Ces chiffres montrent aussi une forte attente de transparence, de résultats concrets et d’explications plus accessibles autour de l’action humanitaire.

Le chiffre qui m’a le plus choquée est celui des 2% : il s’agit de la part de ces opinions publiques qui sait que le budget humanitaire représente moins de 1% du budget total de leur pays. 16% pensent que cela représente plutôt 10 à 15%. Je ne pense pas que cela ait déjà été aussi élevé. Si les hommes et femmes politiques affirment qu’il faut diminuer le financement pour l’action humanitaire et le développement « parce qu’il faut trouver des moyens de financer la défense », et cela sans donner de chiffres, le public peut penser que « cela doit être un montant significatif pour pouvoir aider les autres priorités maintenant ». Mais ce n’est pas vrai. L’argent est disponible, le budget est très petit. Ce qui manque est l’intérêt politique : c’est la chose la plus inquiétante.

Si 75% des populations soutiennent le financement de l’action humanitaire, comment peut-on donc mieux parler de notre travail pour attirer l’attention de 25% restants ? Car il s’agit aussi d’une quantité à ne pas négliger. Précisément pour cela, VOICE a lancé une campagne sur les réseaux sociaux nommée « Humanitarian Action Works », afin de montrer concrètement ce que permet l’action humanitaire – l’accès à l’eau, à la santé, à la nourriture, à la protection… – et de rappeler son impact réel sur la vie des personnes. Ce ne sont pas des questions abstraites. « Nexus », « fragilité », c’est abstrait. Mais ce que nos membres font a un impact vraiment concret sur la vie quotidienne des personnes dans les crises humanitaires.

Nous sommes d’ailleurs très contents parce que la campagne a trouvé un écho dans plusieurs espaces médiatiques et politiques européens, avec des articles dans El País, The Brussels Times, mais aussi auprès de la commissaire Hadja Lahbib et des eurodéputées Barry Andrews et Leire Pajin. Aujourd’hui, il s’agit d’un enjeu essentiel de communication et d’une occasion de parler de ce que nous faisons de façon plus positive.

Il faut également trouver un moyen de mieux communiquer avec ceux qui sont mal informés, notamment par des fake news, afin de créer une confiance dans le travail que les ONG mènent. Nous publions aussi deux fois par an notre magazine «VOICE out loud » avec les articles de nos membres. Récemment, une édition portait sur la communication autour de notre travail : « The challenge of humanitarian communication, bridging principles and public perception ». Nous avons aussi de nouveau mené une interview avec la commissaire Hadja Lahbib sur le sujet. Nous avons décidé qu’il était temps pour VOICE d’exprimer sa position d’une manière plus ferme et plus ouverte. J’ai aussi publié mon premier article d’opinion dans « The Brussels Times » sur l’action humanitaire qui porte ses fruits et sur cinq idées reçues à combattre à l’approche des négociations sur le budget de l’Union européenne. Nous essayons donc de nouveaux moyens pour mieux communiquer avec le public qui, au vu les chiffres de ce sondage, est assez mal informé.

Forum Humanitaire Mondial de mai 2016 à Istanbul

Alain Boinet. Quels sont les principaux enjeux du prochain Forum humanitaire européen qui doit se dérouler au printemps ? Qu’en attends-tu plus particulièrement cette année ?

Maria Groenewald. Il est intéressant de noter que la Commission a décidé de ne pas organiser de Forum humanitaire européen cette année. La prochaine fois sera en 2027. En revanche, il y a d’autres conférences clés cette année. Tout d’abord, VOICE a soutenu un plaidoyer auprès de la DG ECHO en faveur d’un dialogue entre partenaires. Elle organise donc un « Partners Dialogue » le 15 juin. Au cours de ce « Partners’ Dialogue », nous organiserons une session consacrée au cash, qui est un aspect important dont il ne faut pas oublier les avantages à la fois en termes d’efficacité mais aussi pour un accès digne à l’aide. Nous nous trouvons globalement dans une situation où ce que nous avons appris en termes d’efficacité, d’importance de certains sujets, de protection, d’éducation en situation d’urgence ou de genre, risque d’être ignoré à l’échelle internationale. Il est important que les différents moyens et sujets restent hauts sur l’agenda des bailleurs de fonds, afin de ne pas oublier tout ce qu’on a appris ces 30 dernières années dans le secteur.

En parallèle, la DG ECHO avance sur les questions de chaîne d’approvisionnement depuis un an et demi avec ses partenaires – les Nations Unies, les ONG internationales, les partenaires du secteur privé… Comment mieux travailler ensemble et organiser des chaînes d’approvisionnement dans le secteur humanitaire afin de réaliser des économies mais aussi comment augmenter son efficacité ? La semaine prochaine, il y aura une réunion à Rome sur cette question. Le travail sur les financements innovants est aussi un sujet important qui permettrait d’identifier de nouvelles façons de mettre en œuvre les interventions de manière efficace, tout en respectant les principes humanitaires.

 

Alain Boinet. Comment souhaites-tu conclure cet entretien ?

Maria Groenewald. Il n’y a pas de choix à faire entre un financement pour l’action humanitaire et un financement pour les autres sujets importants. Ce n’est pas l’un ou l’autre. Nous pouvons nous défendre tout en faisant preuve de la solidarité. Nous sommes en 2027, nous avons voyagé sur la lune, développé l’intelligence artificielle… Nous pouvons tout accomplir : faire preuve de solidarité, envoyer nos enfants dans des écoles publiques qui fonctionnent, maintenir un système de santé opérationnel et prendre soin des autres. Puisque vous parlez d’Ebola, j’ai lu un article intéressant hier dans The Guardian sur l’Ebola en RDC. L’auteur dit : « si la maison de votre voisin est en feu, ne nous attendez pas en regardant les bras croisés ». Moi, je pense que nous vivons dans un monde interconnecté et que nous sommes tous voisins, y compris avec les 350 millions de personnes qui vivent au cœur de crises humanitaires.


Maria Groenewald

Avec plus de 15 ans d’expérience dans le secteur des ONG, Maria Groenewald a développé de solides compétences en matière de plaidoyer et de gestion de projet, tant dans le domaine humanitaire que dans celui du développement. Après avoir étudié les sciences politiques, les sciences de la communication et la sociologie en Allemagne et en France, Maria a commencé sa carrière en travaillant pour Johanniter International Assistance, où elle a acquis de nombreuses expériences de terrain en Afrique. Maria a ensuite rejoint Plan International Allemagne, où elle a occupé différents postes pendant plus de dix ans, par exemple celui de responsable des programmes humanitaire et de développement en Asie.

Au cours des quatre années précédant son arrivée chez VOICE, Maria était basée à Bruxelles en tant que Senior Resource Mobilisation Manager chez Plan International Allemagne avec un focus sur les financements et rapports avec la DG ECHO et DG DEVCO (maintenant DG INTPA).

Spécialisée dans la programmation humanitaire et de développement, le nexus, le développement des activités, la mobilisation des ressources, la programmation en lien avec les droits de l’enfant, le partenariat humanitaire (en particulier avec la DG ECHO) et le Grand Bargain, Maria a rejoint l’équipe du secrétariat de VOICE en février 2021 en tant que coordinatrice programme. Elle devient directrice ad intérim en juillet 2021, avant d’être été nommée comme nouvelle directrice de VOICE en novembre 2021.


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En prévision du prochain G7 du 15 au 17 juin 2026 à Evian, le gouvernement français a commandé à l’IFOP une étude (1) sur l’état des opinions publiques des pays du G7 (2) sur l’aide publique au développement et la coopération internationale. L’étude de l’IFOP nous réserve des surprises et soulève un paradoxe. Elle mobilise ici notre analyse et des propositions de Défis Humanitaires.

Pour mémoire, le G7 est né en 1975 à l’initiative du président français Valéry Giscard d’Estaing, après le premier choc pétrolier de1973, dans le contexte de la guerre du Kippour. La fermeture du détroit d’Ormuz et ses conséquences mondiales seront bien présentes à la 51ème édition des pays membres du G7 sur les bords du lac Léman en Haute-Savoie. Ce G7 mobilise aussi le « Civil Society 7 » ou C7 qui rassemble des centaines d’acteurs avec Coordination Sud (3), la plate-forme française des organisations de solidarité internationale.

Ce G7 abordera pour la première fois une question humanitaire essentielle, celle de la chaîne d’approvisionnement logistique mondiale. Il sera précédé de quelques jours seulement par la 7ème Conférence Nationale Humanitaire (CNH) le 3 juillet à Paris. CNH organisée par le ministère de l’Europe et des affaires étrangères et son Centre de Crise et de Soutien (CDCS) en lien avec les ONG humanitaires du Groupe de Concertation Humanitaire (GCH).

Mais que nous dit au juste l’étude de l’IFOP de l’état des opinions publiques des pays du G 7 sur la coopération internationale ?

 

Que nous dit l’étude de l’IFOP ?

Cette étude très complète peut-être résumée pour l’essentiel par plusieurs constats.

D’abord l’intérêt marqué des opinions publiques pour l’actualité internationale dans une proportion de 71% en moyenne.

Ensuite, par une hiérarchie des enjeux qui vont du terrorisme et de l’extrémisme (72%), aux conflits (67%) et à l’économie (55%).

Si la coopération internationale est une obligation morale pour 70% des sondés, c’est également une politique qui répond à nos intérêts pour 78% en moyenne au sein du G7 et pour 71% en France.

Selon l’IFOP, le soutien de principe au financement des pays en développement atteint 75%, l’Italie se hissant largement en tête (84%) tandis que la France arrive en queue de peloton (66%).

Mais, il est des chiffres qui nous interpellent. Le niveau de compréhension de ce qu’est la coopération internationale est de 50% en moyenne et de 46 % en France.

Le plus problématique réside dans le faible niveau d’information dont disent disposer les opinions publiques, soit 47% en moyenne dans les pays du G7 et seulement 28% en France ou 50% des personnes se disent mal informés et 20% très mal informés !

A l’inverse, l’attente de l’opinion est très forte de savoir comment sont utilisés les financements de la coopération internationale, 75% en moyenne contre 82% en France.  Autre questionnement, 75% des personnes et 82% en France se demandent quels sont les résultats concrets de cette coopération. Mais tout autant, 75% demandent quelle en est l’utilité pour chaque pays du G7. Enfin notons une exigence de contrôle pour 73% en moyenne et pour 77% en France. Les attentes de preuves tangibles et convaincantes sont très élevées et constituent un enjeu pour l’avenir de la solidarité internationale.

De surcroit, ce qu’il y a de véritablement surprenant c’est la profonde méconnaissance de la part du budget des Etats qui finance la coopération internationale. Seul 2% des sondés savent que ce pourcentage est inférieur à 1% alors que 16% pensent qu’il représente entre 10 à 15%.  Ce montant est estimé par les Français à 14,7% du Revenu National Brut (4) alors que le pourcentage réel consacré à l’Aide Publique au Développement (APD) en 2025 a été en réalité de 0,42% ! L’écart est considérable et dénote un manque abyssal d’information juste.

Si l’on veut résumer à grand trait, une forte majorité des populations des pays membres du G7 est favorable à l’aide internationale qu’elles surestiment énormément tout en demandant à être mieux informées sur la pertinence des projets, sur leur impact concret (37% seulement des Français jugent que l’aide est efficace), sur un contrôle rigoureux de la mise en œuvre et, enfin, sur l’intérêt de cette coopération pour les pays donateurs eux-mêmes.

Enfin, 64% des habitants estiment que ce qui se passera dans les pays en développement pourra avoir un impact important sur leur vie. Soulignons que l’opinion publique en France est l’une des plus réservées sur la politique de coopération.

 

Mais que nous disent les derniers chiffres de l’Aide Publique au Développement ?

Le récent rapport du Comité d’Aide au Développement (CAD) de l’OCDE (5) constate une baisse de 23,1% de l’Aide Publique au Développement en 2025 avec un budget de 174,3 milliards de dollars.

© OCDE – L’évolution de l’aide publique au développement dans le monde

26 des 34 pays membres du CAD de l’OCDE ont réduits leur aide en 2025 et des baisses ont déjà eut lieu en 2023 et 2024. L’aide de la France en 2025 a été de 14,53 milliards de dollars, soit O,42% du RNB. Celle-ci avait déjà baissée de 11% en 2023 et de 13% en 2024. Selon Coordination Sud l’aide pourrait être réduite de 58% en France en 2 ans. L’OCDE anticipe une nouvelle baisse de 5,8% en 2026.

L’aide humanitaire des pays du CAD a très fortement diminué de 35,8 % pour s’établir à 15,5 milliards de dollars, soit un deuxième recul consécutif après 5 années de croissance (2019-2023).

Pour bien comprendre ces chiffres, notons que 5 pays du CAD (Etats-Unis, Allemagne, Royaume-Uni, Japon et France) représentent 95,7% de la baisse totale de l’APD, mais qu’a eux seuls, les Etats-Unis sont à l’origine des trois quarts de ce recul avec une APD en baisse de 56,9% par rapport à 2024. Les 5 premiers contributeurs représentent un montant de 132,02 milliards de dollars sur un total de 174,3 en 2025.

Pour mémoire, les pays non membres du CAD ont consacré 13,3 milliards de dollars à la coopération et 11,7 milliards pour 30 grandes fondations philanthropiques qui rapportent leur don à l’OCDE.

Enfin, les projections indiquent une nouvelle baisse de 5,8% de l’APD du CAD en 2026, un chiffre qui ne tient pas compte des conséquences de la guerre au Moyen-Orient et de l’embargo dans le détroit d’Ormuz.

© OCDE – L’aide publique au développement en France

Paradoxe, analyse et conséquences.

Un paradoxe apparaît dans l’opposition entre une majorité des habitants des pays du G 7 qui soutiennent toujours la coopération internationale et la réduction forte, rapide et qui va se poursuivre dans le financement de la coopération internationale des pays du G 7 et du CAD.

La première explication qui me vient à l’esprit est celle d’un décalage de compréhension et d’attitude entre les opinions publiques et les gouvernements. Les citoyens sont encore dans un soutien habituel à la coopération internationale alors que les Etats ont déjà tiré les conséquences des basculements profonds en cours dans les relations internationales, dans les rapports de puissance, d’intérêt et les risques de guerre.

Dans ce contexte, il y a deux prises de conscience de la part des pays occidentaux, l’Europe en particulier, puisque dorénavant nous devons mettre à part les Etats-Unis de Donald Trump.

Le premier est celui de l’émergence de pays dits du sud regroupés dans les BRICS qui représentent une dizaine de pays (6) influencés par d’anciens empires qui aspirent à le redevenir, comme la Russie et la Chine, et qui remettent en cause l’ordre du monde né à la fin de la seconde guerre mondiale ainsi que le modèle occidental (démocratie, Etat de droit, économie de marché).

La 16ème édition du Sommet des BRICS à Kazan (Russie) le 24 octobre 2024

Le cas de plusieurs pays du Sahel comme le Mali, le Niger et le Burkina Faso est emblématique. Pourquoi coopérer avec des pays dont les gouvernements sont issus de coups d’Etat militaire, qui demandent le départ des troupes françaises, qui font appel aux mercenaires russes de l’Africa Corps et qui exigent l’absence de financement public français dans les projets humanitaires et de développement des ONG. Cela modifie profondément les politiques publiques de coopération bien que les besoins vitaux des populations victimes de la guerre et de la pauvreté chronique légitiment toujours autant l’action humanitaire.

Le second choc est la prise de conscience du risque d’une extension de la guerre suite à l’attaque de la Russie contre l’Ukraine le 22 février 2022. Ainsi, la guerre redevient en Europe un moyen de conquête et celle-ci pourrait se renouveler, singulièrement contre les pays baltes. Cela obligerait les pays membres de l’OTAN à réagir au risque d’être entrainé dans la guerre alors que la plupart de ces pays ne sont pas prêts à la faire et doivent s’y préparer en se réarmant sans que l’engagement américain soit dorénavant certain.

Si vous conjuguez ces deux séismes externes avec les risques internes sur le plan politique, économique et social dans certains pays, comme cela s’est produit aux Etats-Unis avec la seconde élection de Donald Trump, vous avez alors des raisons suffisantes pour comprendre les changements de priorité en cours.

Livret du gouvernement suédois « En cas de crise ou de guerre » 2024

Et pourtant, pour ces pays, poursuivre ces politiques de coopération sous une forme adaptée est bien une nécessité pour ne pas « jeter le bébé avec l’eau du bain » et céder aux pressions des néo empires renaissants.

 

Quels défis pour la prochaine Conférence Nationale Humanitaire ?

Le budget humanitaire de la France a été de 285 millions d’euros l’année dernière alors qu’il a été de 800 millions en 2023 et qu’il aurait dû être d’un milliard d’euros en 2025.

Depuis la 1ère Conférence Nationale Humanitaire en 2011, nous n’avons connu que des progrès, d’abord avec la création de cette Conférence, puis celle du Groupe de Concertation Humanitaire, mais encore l’adoption d’une Stratégie Humanitaire de la République Française et, enfin, l’augmentation continue du budget humanitaire et de l’APD à partir de 2018.

© Alain Boinet – Conférence Nationale Humanitaire 2021

La prochaine CNH le 3 juillet ne peut donc pas s’inscrire dans les pas des précédentes mais, tout au contraire, chercher tout à la fois à prendre la mesure du reflux pour l’endiguer tout recherchant des alternatives, des alliances, de nouvelles perspectives.

Cette CNH aura au programme 3 sujets principaux.

  • L’espace humanitaire et le droit international humanitaire.
  • La réforme humanitaire ou « reset », l’innovation et la mutualisation.
  • Le partenariat et les financements.

Le défi est de taille car il nous faut comprendre que la chute des financements, l’érosion du magistère humanitaire, le reflux du droit international humanitaire et la restriction d’accès des secours aux populations en danger sont liés les uns aux autres et s’entrainent dans une spirale négative ! C’est cela qu’il faut stopper et relancer une nouvelle dynamique.

Si nous avons déjà évoqué ces questions dans Défis Humanitaires, j’aimerai ce mois-ci insister sur 4 d’entre elles :

  • Dans un document préparatoire au G7, le ministère des finances et du budget évoque le choix de « passer d’une logique d’assistance à une logique de partenariat mutuellement bénéfique ». Si cette logique d’une APD comme partenariat d’investissement avec des pays solvables peut-être considérée, comment cela serait-il possible avec des pays pauvres victimes d’une guerre, d’une catastrophe ou d’une épidémie dévastatrice ?
  • L’urgence humanitaire doit demeurer un devoir moral inconditionnel, mais également un devoir stratégique afin d’éviter la propagation du malheur et du chaos de proche en proche aux pays voisins, voire au-delà
  • La sécurité humaine devrait mieux inspirer l’action humanitaire à l’avenir sur la base de ses composantes alimentaire, sanitaire, économiques, personnelles, communautaires et politiques, tant l’insécurité des uns peut devenir l’insécurité des autres.
  • Constatons que si l’APD a baissé de 23,1%, l’aide humanitaire a chuté de 35,8% ! Pour éviter cette dérive, nous devrions revenir à l’idée de « sanctuariser l’humanitaire » dans l’APD el lui consacrant un minimum de 9% de son montant total.
  • Enfin, puisque les financements publics sont en berne, pourquoi ne pas lancer en France une loterie humanitaire ?

 

Conclusion.

Tout changement d’époque entraine un changement de priorités. Mais la nécessité morale et stratégique de l’aide humanitaire et au développement doit demeurer une constante pour sauver des vies, sortir de la pauvreté et générer un développement durable.

Dans un monde tout à la fois divisé et interdépendant où tout se sait, la solidarité demeure un avantage comparatif qui distingue les solidaires des prédateurs. Il n’y a pas d’incompatibilité pour un pays à servir sa population et ses intérêts tout délivrant les secours d’urgence là ou cela est vital tout en accompagnant le développement qui est de l’intérêt de tous.

Sans oublier de répondre aux fortes attentes d’information des citoyens quant à la pertinence de la coopération, de son impact, de sa bonne gestion et des partenariats mutuellement gagnant qu’elle créée.

C’est justement la mission que se fixe Défis Humanitaires, dans cette édition comme dans les précédentes, d’agir face à la mésinformation comme à la désinformation.

Vous aussi vous pouvez être un acteur de cette mission humanitaire en partageant notre revue autour de vous et en la soutenant de votre don (fairundon) pour lui permettre d’être, de durer et de se développer pour ses lecteurs. Merci.

Alain Boinet.

  1. https://www.afd.fr/fr/ressources/sondage-g7-partenariats-internationaux
  2. Pays membres du G 7 : France, Allemagne, Italie, Grande Bretagne, Canada, Etats-Unis, Japon.
  3. Coordination Sud, site du C 7 dédié au G 7. https://2026civil7.org/fr/
  4. Revenu National Brut « Le RNB comprend le produit intérieur brut (PIB) et les revenus nets du travail et de la propriété reçus de l’étranger dont on soustrait les revenus versés à l’étranger.
  5. OCDE Organisation de coopération et de développement économique. OCDE et APD : https://www.oecd.org/fr/topics/policy-issues/official-development-assistance-oda.html#:~:text=L’aide%20internationale%20a%20connu,1%20%25%20par%20rapport%20%C3%A0%202024.

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Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne www.defishumanitaires.com. Il est le fondateur de l’association humanitaire Solidarités International dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources. Il continue de se rendre sur le terrain (Syrie du nord-est, Haut-Karabagh/Artsakh et Arménie) et de témoigner dans les médias.