Humanitaire, touché mais pas coulé, debout !

© La Chaîne de l’Espoir – Blessé équipé par le centre Unbroken en Ukraine

En prévision du prochain G7 du 15 au 17 juin 2026 à Evian, le gouvernement français a commandé à l’IFOP une étude (1) sur l’état des opinions publiques des pays du G7 (2) sur l’aide publique au développement et la coopération internationale. L’étude de l’IFOP nous réserve des surprises et soulève un paradoxe. Elle mobilise ici notre analyse et des propositions de Défis Humanitaires.

Pour mémoire, le G7 est né en 1975 à l’initiative du président français Valéry Giscard d’Estaing, après le premier choc pétrolier de1973, dans le contexte de la guerre du Kippour. La fermeture du détroit d’Ormuz et ses conséquences mondiales seront bien présentes à la 51ème édition des pays membres du G7 sur les bords du lac Léman en Haute-Savoie. Ce G7 mobilise aussi le « Civil Society 7 » ou C7 qui rassemble des centaines d’acteurs avec Coordination Sud (3), la plate-forme française des organisations de solidarité internationale.

Ce G7 abordera pour la première fois une question humanitaire essentielle, celle de la chaîne d’approvisionnement logistique mondiale. Il sera précédé de quelques jours seulement par la 7ème Conférence Nationale Humanitaire (CNH) le 3 juillet à Paris. CNH organisée par le ministère de l’Europe et des affaires étrangères et son Centre de Crise et de Soutien (CDCS) en lien avec les ONG humanitaires du Groupe de Concertation Humanitaire (GCH).

Mais que nous dit au juste l’étude de l’IFOP de l’état des opinions publiques des pays du G 7 sur la coopération internationale ?

 

Que nous dit l’étude de l’IFOP ?

Cette étude très complète peut-être résumée pour l’essentiel par plusieurs constats.

D’abord l’intérêt marqué des opinions publiques pour l’actualité internationale dans une proportion de 71% en moyenne.

Ensuite, par une hiérarchie des enjeux qui vont du terrorisme et de l’extrémisme (72%), aux conflits (67%) et à l’économie (55%).

Si la coopération internationale est une obligation morale pour 70% des sondés, c’est également une politique qui répond à nos intérêts pour 78% en moyenne au sein du G7 et pour 71% en France.

Selon l’IFOP, le soutien de principe au financement des pays en développement atteint 75%, l’Italie se hissant largement en tête (84%) tandis que la France arrive en queue de peloton (66%).

Mais, il est des chiffres qui nous interpellent. Le niveau de compréhension de ce qu’est la coopération internationale est de 50% en moyenne et de 46 % en France.

Le plus problématique réside dans le faible niveau d’information dont disent disposer les opinions publiques, soit 47% en moyenne dans les pays du G7 et seulement 28% en France ou 50% des personnes se disent mal informés et 20% très mal informés !

A l’inverse, l’attente de l’opinion est très forte de savoir comment sont utilisés les financements de la coopération internationale, 75% en moyenne contre 82% en France.  Autre questionnement, 75% des personnes et 82% en France se demandent quels sont les résultats concrets de cette coopération. Mais tout autant, 75% demandent quelle en est l’utilité pour chaque pays du G7. Enfin notons une exigence de contrôle pour 73% en moyenne et pour 77% en France. Les attentes de preuves tangibles et convaincantes sont très élevées et constituent un enjeu pour l’avenir de la solidarité internationale.

De surcroit, ce qu’il y a de véritablement surprenant c’est la profonde méconnaissance de la part du budget des Etats qui finance la coopération internationale. Seul 2% des sondés savent que ce pourcentage est inférieur à 1% alors que 16% pensent qu’il représente entre 10 à 15%.  Ce montant est estimé par les Français à 14,7% du Revenu National Brut (4) alors que le pourcentage réel consacré à l’Aide Publique au Développement (APD) en 2025 a été en réalité de 0,42% ! L’écart est considérable et dénote un manque abyssal d’information juste.

Si l’on veut résumer à grand trait, une forte majorité des populations des pays membres du G7 est favorable à l’aide internationale qu’elles surestiment énormément tout en demandant à être mieux informées sur la pertinence des projets, sur leur impact concret (37% seulement des Français jugent que l’aide est efficace), sur un contrôle rigoureux de la mise en œuvre et, enfin, sur l’intérêt de cette coopération pour les pays donateurs eux-mêmes.

Enfin, 64% des habitants estiment que ce qui se passera dans les pays en développement pourra avoir un impact important sur leur vie. Soulignons que l’opinion publique en France est l’une des plus réservées sur la politique de coopération.

 

Mais que nous disent les derniers chiffres de l’Aide Publique au Développement ?

Le récent rapport du Comité d’Aide au Développement (CAD) de l’OCDE (5) constate une baisse de 23,1% de l’Aide Publique au Développement en 2025 avec un budget de 174,3 milliards de dollars.

© OCDE – L’évolution de l’aide publique au développement dans le monde

26 des 34 pays membres du CAD de l’OCDE ont réduits leur aide en 2025 et des baisses ont déjà eut lieu en 2023 et 2024. L’aide de la France en 2025 a été de 14,53 milliards de dollars, soit O,42% du RNB. Celle-ci avait déjà baissée de 11% en 2023 et de 13% en 2024. Selon Coordination Sud l’aide pourrait être réduite de 58% en France en 2 ans. L’OCDE anticipe une nouvelle baisse de 5,8% en 2026.

L’aide humanitaire des pays du CAD a très fortement diminué de 35,8 % pour s’établir à 15,5 milliards de dollars, soit un deuxième recul consécutif après 5 années de croissance (2019-2023).

Pour bien comprendre ces chiffres, notons que 5 pays du CAD (Etats-Unis, Allemagne, Royaume-Uni, Japon et France) représentent 95,7% de la baisse totale de l’APD, mais qu’a eux seuls, les Etats-Unis sont à l’origine des trois quarts de ce recul avec une APD en baisse de 56,9% par rapport à 2024. Les 5 premiers contributeurs représentent un montant de 132,02 milliards de dollars sur un total de 174,3 en 2025.

Pour mémoire, les pays non membres du CAD ont consacré 13,3 milliards de dollars à la coopération et 11,7 milliards pour 30 grandes fondations philanthropiques qui rapportent leur don à l’OCDE.

Enfin, les projections indiquent une nouvelle baisse de 5,8% de l’APD du CAD en 2026, un chiffre qui ne tient pas compte des conséquences de la guerre au Moyen-Orient et de l’embargo dans le détroit d’Ormuz.

© OCDE – L’aide publique au développement en France

Paradoxe, analyse et conséquences.

Un paradoxe apparaît dans l’opposition entre une majorité des habitants des pays du G 7 qui soutiennent toujours la coopération internationale et la réduction forte, rapide et qui va se poursuivre dans le financement de la coopération internationale des pays du G 7 et du CAD.

La première explication qui me vient à l’esprit est celle d’un décalage de compréhension et d’attitude entre les opinions publiques et les gouvernements. Les citoyens sont encore dans un soutien habituel à la coopération internationale alors que les Etats ont déjà tiré les conséquences des basculements profonds en cours dans les relations internationales, dans les rapports de puissance, d’intérêt et les risques de guerre.

Dans ce contexte, il y a deux prises de conscience de la part des pays occidentaux, l’Europe en particulier, puisque dorénavant nous devons mettre à part les Etats-Unis de Donald Trump.

Le premier est celui de l’émergence de pays dits du sud regroupés dans les BRICS qui représentent une dizaine de pays (6) influencés par d’anciens empires qui aspirent à le redevenir, comme la Russie et la Chine, et qui remettent en cause l’ordre du monde né à la fin de la seconde guerre mondiale ainsi que le modèle occidental (démocratie, Etat de droit, économie de marché).

La 16ème édition du Sommet des BRICS à Kazan (Russie) le 24 octobre 2024

Le cas de plusieurs pays du Sahel comme le Mali, le Niger et le Burkina Faso est emblématique. Pourquoi coopérer avec des pays dont les gouvernements sont issus de coups d’Etat militaire, qui demandent le départ des troupes françaises, qui font appel aux mercenaires russes de l’Africa Corps et qui exigent l’absence de financement public français dans les projets humanitaires et de développement des ONG. Cela modifie profondément les politiques publiques de coopération bien que les besoins vitaux des populations victimes de la guerre et de la pauvreté chronique légitiment toujours autant l’action humanitaire.

Le second choc est la prise de conscience du risque d’une extension de la guerre suite à l’attaque de la Russie contre l’Ukraine le 22 février 2022. Ainsi, la guerre redevient en Europe un moyen de conquête et celle-ci pourrait se renouveler, singulièrement contre les pays baltes. Cela obligerait les pays membres de l’OTAN à réagir au risque d’être entrainé dans la guerre alors que la plupart de ces pays ne sont pas prêts à la faire et doivent s’y préparer en se réarmant sans que l’engagement américain soit dorénavant certain.

Si vous conjuguez ces deux séismes externes avec les risques internes sur le plan politique, économique et social dans certains pays, comme cela s’est produit aux Etats-Unis avec la seconde élection de Donald Trump, vous avez alors des raisons suffisantes pour comprendre les changements de priorité en cours.

Livret du gouvernement suédois « En cas de crise ou de guerre » 2024

Et pourtant, pour ces pays, poursuivre ces politiques de coopération sous une forme adaptée est bien une nécessité pour ne pas « jeter le bébé avec l’eau du bain » et céder aux pressions des néo empires renaissants.

 

Quels défis pour la prochaine Conférence Nationale Humanitaire ?

Le budget humanitaire de la France a été de 285 millions d’euros l’année dernière alors qu’il a été de 800 millions en 2023 et qu’il aurait dû être d’un milliard d’euros en 2025.

Depuis la 1ère Conférence Nationale Humanitaire en 2011, nous n’avons connu que des progrès, d’abord avec la création de cette Conférence, puis celle du Groupe de Concertation Humanitaire, mais encore l’adoption d’une Stratégie Humanitaire de la République Française et, enfin, l’augmentation continue du budget humanitaire et de l’APD à partir de 2018.

© Alain Boinet – Conférence Nationale Humanitaire 2021

La prochaine CNH le 3 juillet ne peut donc pas s’inscrire dans les pas des précédentes mais, tout au contraire, chercher tout à la fois à prendre la mesure du reflux pour l’endiguer tout recherchant des alternatives, des alliances, de nouvelles perspectives.

Cette CNH aura au programme 3 sujets principaux.

  • L’espace humanitaire et le droit international humanitaire.
  • La réforme humanitaire ou « reset », l’innovation et la mutualisation.
  • Le partenariat et les financements.

Le défi est de taille car il nous faut comprendre que la chute des financements, l’érosion du magistère humanitaire, le reflux du droit international humanitaire et la restriction d’accès des secours aux populations en danger sont liés les uns aux autres et s’entrainent dans une spirale négative ! C’est cela qu’il faut stopper et relancer une nouvelle dynamique.

Si nous avons déjà évoqué ces questions dans Défis Humanitaires, j’aimerai ce mois-ci insister sur 4 d’entre elles :

  • Dans un document préparatoire au G7, le ministère des finances et du budget évoque le choix de « passer d’une logique d’assistance à une logique de partenariat mutuellement bénéfique ». Si cette logique d’une APD comme partenariat d’investissement avec des pays solvables peut-être considérée, comment cela serait-il possible avec des pays pauvres victimes d’une guerre, d’une catastrophe ou d’une épidémie dévastatrice ?
  • L’urgence humanitaire doit demeurer un devoir moral inconditionnel, mais également un devoir stratégique afin d’éviter la propagation du malheur et du chaos de proche en proche aux pays voisins, voire au-delà
  • La sécurité humaine devrait mieux inspirer l’action humanitaire à l’avenir sur la base de ses composantes alimentaire, sanitaire, économiques, personnelles, communautaires et politiques, tant l’insécurité des uns peut devenir l’insécurité des autres.
  • Constatons que si l’APD a baissé de 23,1%, l’aide humanitaire a chuté de 35,8% ! Pour éviter cette dérive, nous devrions revenir à l’idée de « sanctuariser l’humanitaire » dans l’APD el lui consacrant un minimum de 9% de son montant total.
  • Enfin, puisque les financements publics sont en berne, pourquoi ne pas lancer en France une loterie humanitaire ?

 

Conclusion.

Tout changement d’époque entraine un changement de priorités. Mais la nécessité morale et stratégique de l’aide humanitaire et au développement doit demeurer une constante pour sauver des vies, sortir de la pauvreté et générer un développement durable.

Dans un monde tout à la fois divisé et interdépendant où tout se sait, la solidarité demeure un avantage comparatif qui distingue les solidaires des prédateurs. Il n’y a pas d’incompatibilité pour un pays à servir sa population et ses intérêts tout délivrant les secours d’urgence là ou cela est vital tout en accompagnant le développement qui est de l’intérêt de tous.

Sans oublier de répondre aux fortes attentes d’information des citoyens quant à la pertinence de la coopération, de son impact, de sa bonne gestion et des partenariats mutuellement gagnant qu’elle créée.

C’est justement la mission que se fixe Défis Humanitaires, dans cette édition comme dans les précédentes, d’agir face à la mésinformation comme à la désinformation.

Vous aussi vous pouvez être un acteur de cette mission humanitaire en partageant notre revue autour de vous et en la soutenant de votre don (fairundon) pour lui permettre d’être, de durer et de se développer pour ses lecteurs. Merci.

Alain Boinet.

  1. https://www.afd.fr/fr/ressources/sondage-g7-partenariats-internationaux
  2. Pays membres du G 7 : France, Allemagne, Italie, Grande Bretagne, Canada, Etats-Unis, Japon.
  3. Coordination Sud, site du C 7 dédié au G 7. https://2026civil7.org/fr/
  4. Revenu National Brut « Le RNB comprend le produit intérieur brut (PIB) et les revenus nets du travail et de la propriété reçus de l’étranger dont on soustrait les revenus versés à l’étranger.
  5. OCDE Organisation de coopération et de développement économique. OCDE et APD : https://www.oecd.org/fr/topics/policy-issues/official-development-assistance-oda.html#:~:text=L’aide%20internationale%20a%20connu,1%20%25%20par%20rapport%20%C3%A0%202024.

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Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne www.defishumanitaires.com. Il est le fondateur de l’association humanitaire Solidarités International dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources. Il continue de se rendre sur le terrain (Syrie du nord-est, Haut-Karabagh/Artsakh et Arménie) et de témoigner dans les médias.


Arménie : Interview exclusive avec Olivier Decottignies

Ambassadeur de France.

Alain Boinet : Monsieur l’ambassadeur, merci de répondre à nos questions pour la revue en ligne Défis Humanitaires. Vous êtes ambassadeur de France à Erevan en Arménie. Ma première question porte sur Missak et Mélinée Manouchian qui sont entrés au Panthéon le 21 février. C’est un symbole fort pour saluer la mémoire d’un résistant qui s’est battu avec ses camarades pour notre pays durant la guerre et qui l’ont payé de leur vie. Quelle est la signification de cet événement ?

Olivier Decottignies : Merci beaucoup. C’est d’abord un événement français, un événement républicain, une commémoration nationale. Mais c’est aussi un événement franco-arménien dans la mesure où le chef de ce groupe de résistants étrangers, qui sont honorés au Panthéon, était un Arménien. Missak Manouchian était un survivant du génocide de 1915, il a connu enfant les orphelinats du Liban, puis il est arrivé en France à l’âge adulte. C’est donc une personnalité aux multiples facettes, à la fois Arménien, militant communiste, bénévole dans les organisations caritatives arméniennes, résistant, poète, ouvrier. A travers lui et son épouse Mélinée, qui était membre également de son réseau et qui repose à ses côtés au Panthéon, c’est tout le groupe Manouchian dans son ensemble qui est honoré. Un groupe dans lequel il n’y avait pas que des Arméniens – il comptait des Italiens, des Hongrois, des Polonais, des Espagnols… Nombre d’entre eux étaient juifs. C’est la contribution à la Résistance de tous ces étrangers morts pour la France qui se voit reconnue.

Alain Boinet : Le premier ministre arménien, Nikol Pachinian, a proposé à la fin du mois de janvier à l’Azerbaïdjan de signer un pacte de non-agression qui anticiperait un traité de paix global. Le 13 février, 4 soldats arméniens ont été tués par des tirs azéris dans la province du Syunik. Le Président Ilham Aliyev fait régulièrement des déclarations belliqueuses. Comment comprendre cette attitude et que faire pour préserver la paix dans le Caucase du Sud ?

Olivier Decottignies : La situation qui prévaut entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan est toujours une situation de conflit armé, puisque l’on parle de négocier un traité de paix. Ce conflit donne lieu régulièrement à des incidents le long des lignes de contact militaire. Du reste, ces lignes de contact ne correspondent pas partout au tracé de la frontière proprement dite, puisque l’Azerbaïdjan occupe militairement, depuis ses offensives de mai 2021 et septembre 2022, des pans entiers du territoire souverain de l’Arménie. Il y a des négociations qui ont été engagées dans différents formats. Ces négociations aujourd’hui ne connaissent plus de progrès substantiels et c’est ce qui explique les préoccupations, non seulement des autorités arméniennes, de la France, mais de tous ceux qui travaillent pour la paix. Les déclarations du Président Aliyev auxquelles vous faites référence contribuent évidemment à cette inquiétude.

Ville de Meghri, dans la province du Syunik, au sud de l’Arménie aux frontières de l’Iran, de l’Azerbaïdjan et du Nakhitchevan. © Alain Boinet

Alain Boinet : Un des motifs évoqués par l’Azerbaïdjan, c’est le passage entre son territoire, à l’est, et le Nakhitchevan, à l’ouest, qui est azéri et qui est séparé en quelque sorte par l’Arménie et sa province du Syunik. Pour les Arméniens, quelle est la solution pour permettre le passage entre ces deux parties de l’Azerbaïdjan ? Et pourquoi cela ne se fait-il pas ?

Olivier Decottignies : La proposition que font les Arméniens, non seulement à l’Azerbaïdjan mais à l’ensemble des États de la région, c’est de trouver un régime de circulation, que les Arméniens ont baptisé les « carrefours de paix. » C’est une initiative qui a été lancée au mois d’octobre dernier par le Premier ministre arménien, depuis la Géorgie. Elle ne concerne pas que l’Azerbaïdjan et l’Arménie, mais vise à intégrer l’ensemble des États voisins, en facilitant les circulations dans la région sous certaines conditions : la liberté, la réciprocité, l’égalité de ces États et le respect de leur souveraineté. C’est une formule qui a le mérite de pouvoir réunir l’ensemble des États de la région autour d’intérêts communs et de principes clairs. Cette formule a le soutien de la France.

Alain Boinet : Alors, pourquoi cela ne se fait-il pas ?

Olivier Decottignies : Les discussions comportent plusieurs volets. Dont un volet qui est essentiel, quand on veut être en paix avec son voisin, qui consiste à déterminer où commence un pays et où finit l’autre. La délimitation de la frontière ne fait pas l’objet d’un accord entre les deux États, non seulement sur le tracé, mais sur la méthode, et en particulier sur les références qui seraient utilisées. Le principe clé, c’est celui de la déclaration d’Alma-Ata, qui prévoit que les frontières des États issus de l’Union soviétique correspondent aux limites administratives des anciennes républiques soviétiques. C’est un principe qui engage à la fois l’Arménie et l’Azerbaïdjan, que les deux Etats ont réitéré à Prague en octobre 2022, grâce à la médiation du Président Emmanuel Macron. Ensuite, pour procéder au tracé, il faut un référentiel. Ce référentiel est fourni par les cartes de l’époque soviétique. Il n’y a pas aujourd’hui d’accord complet entre les parties sur le jeu de cartes sur lequel il faudrait se fonder.

Alain Boinet : Est-ce que l’Arménie est d’accord avec ce jeu de cartes ? Avec les frontières telles qu’elles ont été définies à l’époque ?

Olivier Decottignies : L’Arménie adhère aux principes d’Alma-Ata. Mais ces principes ne s’imposent pas qu’à l’Arménie, ils s’imposent aussi à l’Azerbaïdjan comme à l’ensemble des états post soviétiques qui ont souscrit à cette règle au moment de l’éclatement de l’Union soviétique. On parle d’une époque où les limites administratives existaient, mais n’avaient pas plus de manifestation physique que les limites entre départements ou régions françaises.

Alain Boinet : Les pays voisins de l’Arménie sont donc la Russie, l’Azerbaïdjan, la Turquie, l’Iran, la Géorgie. Quelle est l’attitude de ces pays dans cette situation du Caucase du Sud, dans cette tension que vous évoquiez à l’instant ? Quelle est leur position par rapport à l’Arménie ? Que peuvent faire des pays plus lointains comme la France, les pays membres et l’Union européenne, l’Inde, la Grèce, les États-Unis, l’Inde qui se sentent aussi concernés par les enjeux dans cette région ?

Olivier Decottignies : Il m’est difficile de m’exprimer au nom de ces pays que je ne représente pas. En revanche, j’ai un dialogue régulier avec les autorités arméniennes et je peux essayer de vous expliquer la situation qui est la leur.

L’Arménie a constaté à plusieurs reprises, en particulier en mai 2021 et en septembre 2022, que la garantie de sécurité que lui apportait historiquement la Russie, et qui engage en principe la Russie dans le cadre de l’Organisation du traité de sécurité collective (ndlr OTSC), n’avait pas joué. Elle s’est rendu compte aussi en 2023 que les forces de paix russes qui avaient été déployées au Haut-Karabakh dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu de 2020, conclu sous l’égide de la Russie, étaient restées l’arme au pied quand l’offensive azerbaïdjanaise s’est déclenchée contre le Haut-Karabagh.

De fait, les soldats russes ne sont sortis de leur caserne que quand il s’est agi de désarmer les forces du Haut-Karabakh, comme le prévoyait l’accord de cessez-le-feu que les autorités de fait avaient conclu avec le gouvernement azerbaïdjanais. Il y a donc eu une offensive azerbaïdjanaise contre le Haut-Karabakh, conduite avec le soutien de la Turquie, mais aussi avec la complicité de la Russie, et qui a abouti au départ massif et forcé de la quasi-totalité des Arméniens de ce territoire – plus de 100 000 personnes – qui sont réfugiés en Arménie.

Signature d’accords de défense les 22 et 23 février à Erevan entre les ministres de la défense, Sébastien Lecornu et Souren Papikian. © Olivier Decottignies

Dès lors, l’Arménie cherche à diversifier ses partenariats dans le domaine de la sécurité. Elle se tourne pour cela vers des États plus lointains, comme la France, avec qui se développe une relation de défense, que nous assumons, en matière d’équipements, de formation et de conseil. Et la France, en faisant le choix de cette relation de défense avec l’Arménie, a brisé un tabou, puisqu’elle est le premier pays de l’OTAN à fournir des équipements de défense à l’Arménie, qui reste membre de l’Organisation du traité de sécurité collective. Dans le même esprit, les Arméniens se tournent aussi vers l’Inde. Et après le ministre français des Armées le 23 février, le ministre grec de la Défense s’est rendu en Arménie le 4 mars.

Dans un autre registre, il ne faut pas oublier l’Iran, qui est un voisin important pour l’Arménie, dans la mesure où Téhéran a réaffirmé, à de nombreuses reprises, sa préoccupation que la frontière arméno-iranienne au sud de l’Arménie ne soit pas contrôlée par un autre État que l’Arménie.

Alain Boinet : Le président de la République, Emmanuel Macron, a récemment déclaré que la France avait une relation d’amitié avec l’Arménie. Les observateurs ont compris qu’il y avait là une évolution, l’affirmation d’une relation particulière. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Olivier Decottignies : La proximité n’est pas nouvelle, elle est le fait d’une longue histoire partagée, entre les deux États, mais aussi entre les deux peuples. Aujourd’hui, il y a surtout une ligne très claire, qui est celle du Président de la République : c’est que le soutien de la France à l’Arménie, est inconditionnel, entier et constant. C’est cette ligne qu’avec mon équipe à Erevan, sous l’autorité du ministre de l’Europe et des affaires étrangères et avec le soutien de l’ensemble des services de l’Etat concernés, nous mettons en œuvre.

Alain Boinet : Cela ne crée-t-il pas des obligations dans la situation actuelle ?

Olivier Decottignies : Cette position de la France n’est pas déclaratoire : elle se traduit en actes. Dans le domaine humanitaire, la France a été au rendez-vous de l’exil massif de 100 000 Arméniens du Haut-Karabakh avec une aide humanitaire qui a été portée à 29 millions d’euros pour l’année 2023, c’est-à-dire plus que n’importe quel autre bailleur bilatéral. La France a été la première à envoyer une aide médicale d’urgence en Arménie, la première à évacuer vers les hôpitaux français des blessés lourds et des grands brûlés du Haut-Karabakh. La France a été au rendez-vous au plan politique également. Elle a saisi à trois reprises le Conseil de sécurité de la situation au Haut-Karabakh. Au niveau européen elle a poussé des mesures qui ont été adoptées par le Conseil des Affaires étrangères du mois de novembre dernier : d’une part, le renforcement de la mission d’observation européenne, dont les effectifs vont doubler ; et d’autre part, l’ouverture de discussions pour que l’Arménie puisse avoir accès à la Facilité européenne de paix. Enfin, la France a été au rendez-vous sur le plan bilatéral, y compris, on l’a dit, s’agissant de la relation de défense.

L’ambassadeur avec une délégation militaire française en Arménie. © Olivier Decottignies

Alain Boinet : Dans cette situation de tension, voire de dérapage possible dont le Premier ministre arménien Nikol Pachinian parlait récemment à la télévision arménienne, que peut-on attendre de l’Union européenne, mais aussi des Nations unies et d’autres pays afin de chercher à éviter le risque d’un conflit possible ?

Olivier Decottignies : Tous les États membres des Nations Unies sont, en principe, engagés en faveur du respect, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des autres membres. C’est donc ce que l’on est en droit d’attendre de tout État. Il y a évidemment des responsabilités spéciales qui sont celles des États membres du Conseil de sécurité, dont la France fait partie.

L’Arménie souhaite se rapprocher de l’Union européenne. Le Premier ministre Nikol Pachinian l’a dit devant le Parlement européen, le 17 octobre dernier : l’Arménie est prête à développer sa relation avec l’Union européenne jusqu’où l’Union européenne est prête à aller. L’Arménie a salué la perspective d’adhésion à l’Union qui a été ouverte pour la Géorgie il y a quelques semaines. Elle a également tenu un conseil de coopération avec l’Union européenne.

La mission d’observation de l’Union européenne est un très bon exemple de ce que l’Union européenne peut faire d’efficace et de concret. Pour m’être rendu sur le terrain, en patrouille avec la mission, j’ai pu constater que les observateurs européens sont accueillis chaleureusement, qu’on les salue amicalement dans les villages et au bord des routes, que leur présence rassure. Ils sont la preuve, pour ces populations vulnérable et isolées qui vivent dans les zones de contact militaire, qu’elles ne sont pas oubliées du monde. Au-delà de ce rôle de réassurance, il y a, du fait de la présence de cette mission d’observation, la possibilité d’une information impartiale de la communauté internationale, ce qui est fondamental dans une crise de cette nature. Elle contribue à dissiper le brouillard de guerre.

Alain Boinet : Peut-on imaginer que dans le contexte actuel, cette mission soit plus particulièrement mobilisée dans la région du Syunik qui semble plus particulièrement menacée ?

Olivier Decottignies : Le mandat de la mission couvre l’ensemble du territoire arménien. Elle a donc la possibilité de se rendre partout. Ses patrouilles concernent de manière prioritaire les zones frontalières et les zones de contact militaire. La montée en puissance de la mission vise à avoir les effectifs suffisants pour multiplier les patrouilles et le Syunik fait évidemment partie des zones prioritaires dans ce cadre-là.

Alain Boinet : Pensez-vous que l’actuelle fragmentation du monde illustrée par la guerre en Ukraine, le Sahel ou le détroit de TaÏwan est un moment favorable que l’Azerbaïdjan pourrait exploiter en tentant un coup de force militaire contre l’Arménie, pays membre de la communauté internationale représenté aux Nations Unies.

Olivier Decottignies : Je ne sais pas ce que sont les intentions des autorités azerbaïdjanaises et je n’ai pas de contact avec elles. Mais ce que je constate, c’est que dans cet environnement international fragmenté, dégradé que vous décrivez, il y a eu au cours des dernières années plusieurs épisodes militaires mettant aux prises l’Azerbaïdjan et l’Arménie, ou l’Azerbaïdjan et la région du Haut-Karabakh, et qu’à chaque fois, l’Azerbaïdjan a pris l’initiative.

Olivier Decottignies lors d’une réunion sur l’aide humanitaire pour l’Arménie avec des membres du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères. © Olivier Decottignies

Alain Boinet : Les 19 et 20 septembre dernier une offensive militaire de l’Azerbaïdjan a chassé 100 000 Arméniens de leur territoire ancestral du Haut-Karabagh ou Artsakh situé en Azerbaïdjan. Comment ont-ils été accueillis en Arménie ? Quelle est actuellement leur situation ? Et quelle aide la France apporte-t-elle à ces réfugiés ?

Olivier Decottignies : 100 000 personnes forcées de quitter leur foyer en moins d’une semaine, ça n’est pas rien. Compte tenu de l’ampleur de ce mouvement de population, la réponse arménienne, avec l’appui de la communauté internationale et notamment l’appui de la France, a été satisfaisante. On n’a pas, en particulier, vu se former des camps de réfugiés. Des solutions d’hébergement ont pu être trouvées, chez des particuliers volontaires, chez des proches, mais aussi dans des hébergements réquisitionnés par l’État, qu’il s’agisse d’hôtels, de gymnases ou d’écoles. La réponse immédiate a été, je pense, à la hauteur de l’enjeu. L’élan de solidarité était très fort en Arménie et la communauté internationale a été au rendez-vous. La France a joué un rôle clé dans cette réponse, puisque nous avons été le premier bailleur d’aide humanitaire bilatéral en faveur de l’Arménie, avec 29 millions d’euros en 2023, grâce à la mobilisation du Gouvernement et du Parlement.

Maintenant qu’est passée cette phase d’urgence, se pose la question de l’intégration des réfugiés. Cette intégration pose des questions juridiques, comme le choix d’opter, ou non, pour la nationalité arménienne. Elle suppose aussi de répondre à des défis très concrets, face auxquels nous nous tenons au côté de l’Arménie :

  • La question du logement, c’est-à-dire pas simplement l’hébergement à titre transitoire mais le logement durable ;
  • La question de l’emploi avec une structure du marché du travail qui était assez différente au Haut-Karabagh de celle de l’Arménie, avec un poids du secteur public et du secteur agricole qui était beaucoup plus important ;
  • La question de l’éducation, on a sur les 100 000 réfugiés, à peu près 23 000 enfants en âge scolaire qui sont intégrés au système scolaire arménien mais tout cela a un coût et suppose un accompagnement ;
  • Enfin, une question qui est loin d’être secondaire, qui celle de l’accompagnement psychosocial. Nous parlons d’une population traumatisée par neuf mois de blocus, une offensive militaire brutale, un exode forcé. D’une population polytraumatisée parce que pour beaucoup, ça n’est pas la première expérience de déplacement forcé. Certains ont été chassés à la fin des années 1980, au début des années 1990, par les pogroms anti-arméniens en Azerbaïdjan. Et pour tout Arménien, du Haut-Karabagh, d’Arménie ou en diaspora, il y a qu’on le veuille ou non la mémoire du génocide. C’est donc un traumatisme qui en ravive d’autres et qui demande un accompagnement psychosocial adapté. C’est un des axes de notre coopération humanitaire avec l’Arménie, d’ores et déjà et pour les mois à venir.
Les déplacés de force de l’Artsakh reçoivent une aide humanitaire à Goris en Arménie. ©Twitter

Alain Boinet : En France, l’aide humanitaire et l’aide au développement, en dehors du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères et de l’Agence française de développement, est essentiellement le fait des associations, des fondations, des collectivités locales Que peuvent faire ces acteurs en Arménie aujourd’hui pour celles et ceux qui n’y sont encore présents et que leur suggérez-vous ?

Olivier Decottignies : Ces acteurs font déjà beaucoup. L’Arménie est une terre de coopération décentralisée. Il n’y a pas une seule région d’Arménie qui n’ait noué, au niveau municipal ou du gouvernorat, des coopérations avec des collectivités territoriales françaises. Et du côté français, les organisations de la société civile, les organisations de la diaspora, les ONG sont mobilisées et sont présentes sur le terrain. Nous avons soutenu, via le CDCS, Acted, Médecins du monde, Action contre la Faim, qui sont à pied d’œuvre en Arménie avec leurs partenaires arméniens. Beaucoup d’organisations de la diaspora sont actives dans le pays depuis l’indépendance, voire avant, puisque le point de départ de l’action humanitaire française Arménie, ce fut le tremblement de terre du 7 décembre 1988.

La priorité pour les organisations qui souhaitent venir en aide à l’Arménie et aux Arméniens, c’est bien sûr le soutien aux réfugiés du Haut-Karabagh, sous les quatre aspects principaux que nous évoquions : le logement, l’emploi, l’éducation et l’accompagnement psychosocial.

Dans le même temps, il y a la nécessité, dans la situation où se trouve aujourd’hui l’Arménie, de se concentrer sur les secteurs les plus stratégiques et les régions les plus exposées. Cela signifie les secteurs structurants pour le territoire, l’économie, la résilience de l’Arménie et les régions frontalières, proches des lignes de contact militaire. De ce point de vue-là, il n’y a pas de petit sujet ni de petit projet. Un territoire qui tient, c’est un territoire où la population reste, donc où il y a des emplois, des services qui peuvent – qui doivent – aussi être des services médicaux, scolaires, culturels. Je pense qu’aujourd’hui l’important c’est de se concentrer là où nous avons le plus d’impact et d’agir non pas seulement dans une logique compassionnelle, mais de manière stratégique. Il faut toujours penser à l’Arménie en ayant la carte sous les yeux.

Evidemment, toutes ces organisations, ces initiatives savent qu’elles peuvent trouver des conseils auprès de l’équipe de l’Ambassade : notre porte leur est toujours ouverte.

Olivier Decottignies (au centre) avec Janik Manissian (à gauche) et les membres des Centres francophones SPFA en Arménie. © CA

Alain Boinet : Comment voyez-vous l’avenir de l’Arménie ?

Olivier Decottignies : Je le vois tourné vers l’Europe. C’est le sens de la trajectoire démocratique qu’a choisie le peuple arménien lors de la « révolution de velours » de 2018 et qu’il a maintenue depuis, à travers les épreuves. De ce point de vue, la récente adhésion de l’Arménie à la Cour pénale internationale est aussi un signal très fort. Pour autant, se tourner vers l’Europe, cela ne veut pas dire s’abstraire de son environnement régional. Construire l’avenir de l’Arménie exige de parvenir à un accord de paix avec l’Azerbaïdjan mais aussi, plus largement, à un modus vivendi qui permette à l’ensemble des États de la région de tirer pleinement parti de la position stratégique qu’ils occupent, au carrefour de l’Europe, de l’Asie et du Moyen-Orient. C’est pour cela aussi que la résolution de ce conflit compte pour nous, Européens.

Alain Boinet : Comment souhaitez-vous conclure cet entretien ?

Olivier Decottignies : Je souhaiterais conclure par une expression de gratitude envers toutes celles et ceux qui font notre relation avec l’Arménie et que je rencontre en France et quand ils se rendent en Arménie : la communauté humanitaire, la société civile, la diaspora, les collectivités locales, les élus, les administrations françaises. Toujours, ils m’accueillent très favorablement avec beaucoup d’idées, beaucoup d’enthousiasme et beaucoup d’engagement dans le développement de cette relation avec l’Arménie. Je crois que c’est une très grande chance de bénéficier de cet appui et il y a peu de relations bilatérales qui suscitent une telle adhésion. Du fond du cœur, merci.

Alain Boinet : Merci Monsieur l’ambassadeur.

 

Consultez ici le site de l’ambassade de France en Arménie

 

Olivier Decottignies

Olivier Decottignies est un diplomate de carrière.

Ancien consul général de France à Erbil, au Kurdistan d’Irak (2019-2023), il a travaillé de 2015 à 2016 comme chercheur au Washington Institute for Near East Policy et de 2016 à, 2017 à l’ambassade de France aux Etats-Unis. De 2012 à 2015, il a été deuxième conseiller à l’ambassade de France en Iran, supervisant le portefeuille nucléaire et les questions régionales. Avant cela, il a servi au ministère des Affaires étrangères à Paris, où il a travaillé sur les questions politico-militaires, en particulier les missions et opérations de l’OTAN et de l’UE en Libye, dans les Balkans et dans le Caucase. Il a été déployé en Haïti dans le cadre des premiers secours après le tremblement de terre de 2010.

Ancien élève de l’École normale supérieure de Lyon, il est titulaire d’un master en affaires publiques de Sciences Po Paris, d’un master d’histoire de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et d’une licence d’histoire à la Sorbonne.

 

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