50 ans de géopolitique : après la sortie des bancs de l’université

Revue Hérodote, Numéro 200-201 (1er et 2e semestres 2026) en hommage à Yves Lacoste. Disponible dans de nombreuses librairies.

I. De l’opprobre au plébiscite : le long combat pour la reconnaissance académique

Une méthodologie en construction

Si l’utilité de la géopolitique dans son acception contemporaine suscite aujourd’hui le consensus, il s’agit pourtant là de l’aboutissement d’un laborieux processus de réhabilitation. Consacrée par la théorie dite du « Heartland », formulée par le géographe britannique Halford John Mackinder dans un article paru en 1904, cette discipline est longtemps méprisée en raison de son instrumentalisation au service de l’idéologie nazie. À l’aube de la Seconde Guerre mondiale, les travaux des théoriciens allemands Friedrich Ratzel puis Karl Haushofer sont en effet mobilisés par les dirigeants du IIIème Reich afin de légitimer leur politique étrangère agressive et leur inspirent notamment le concept de « Lebensraum ». Justement décriée pour ces affiliations, la géopolitique se heurte par la suite aux réticences des géographes qui craignent qu’intégrer le politique à leur champ disciplinaire ne prive celui-ci de sa rigueur scientifique.

Ce n’est que dans les années 1980 qu’elle retrouve alors une place au sein du milieu universitaire. Nous devons la rénovation de cette méthode aux efforts d’Yves Lacoste. Né à Fès au Maroc, durant le protectorat français, ce fils de géologue fournit des apports considérables aux principes fondateurs de la géopolitique. À travers la revue thématique Hérodote qu’il crée en 1976, le géographe expérimente et jette les nouvelles bases de ce que l’on nomme désormais la « géopolitique lacostienne ». Fêtant aujourd’hui ses 50 ans avec un 200ème numéro en hommage à son précurseur, le trimestriel continue d’appliquer les méthodes et concepts développés au prisme de multiples situations conflictuelles à travers le globe.

Plusieurs de ces piliers ont notamment joué un rôle clé dans l’institution de la géopolitique en tant que discipline scientifique reconnue. Parmi ceux-ci, l’étude des représentations portées par les acteurs de rivalités est essentielle en ce qu’elle permet à la fois d’éclairer leurs motivations et stratégies, mais aussi d’éviter tout écueil idéologique lors de l’analyse. Autres particularités de cette méthodologie, les raisonnements géographique diatopique et historien diachronique préconisent l’association de différents niveaux d’analyse spatiale ainsi que des temps long et court. Enfin, Yves Lacoste s’éloigne de la conception traditionnelle que l’on retrouve au sein des relations internationales selon laquelle les rivalités de pouvoir sont uniquement un objet de débat entre dirigeants. Dans une acception plus large et démocratique de cette notion, il élargit le champ d’analyse géopolitique aux acteurs de la société civile.

Yves Lacoste et l’équipe d’Hérodote en 2006

Alors que la géopolitique voit ses bases théoriques se consolider, sa pratique s’étend hors du cadre de la revue. En 1989, l’Université de Paris XVIII où enseigne Yves Lacoste accueille le premier diplôme d’études approfondies (DEA de géopolitique), assorti d’un Centre de recherches et d’analyses géopolitiques (CRAG). En 2002, ces foyers académiques précurseurs deviennent alors l’Institut Français de Géopolitique (IFG) tel que nous le connaissons aujourd’hui. Unique école doctorale en géopolitique de France, l’équipe pédagogique de l’IFG continue de faire vivre Hérodote à travers ses enseignants ainsi que ses doctorants.

 

Conquérir la jeunesse par le secondaire : une popularité consacrée

Alors même que les fondements de la géopolitique ont été établis et que celle-ci est parvenue à trouver sa place sur les bancs universitaires, l’inspecteur général émérite Laurent Carroué profite de cette 50ème parution pour retracer son long combat pour étendre cette reconnaissance de la géopolitique au sein des établissements du secondaire. Aux côtés de ses pairs du groupe d’histoire-géographie de l’Inspection générale (IGEN), le géographe a défendu ses aspirations pour la géopolitique durant des années, et cela malgré une domination numérique incontestée des historiens. À l’origine de l’intégration de cette discipline dans les programmes du secondaire, Laurent Carroué et ses collègues tentent de faire infuser leur vision à travers les sujets d’examen, les programmes scolaires, les sites web ou encore le Festival International de Géographie (FIG). Ces entreprises innovantes sont enfin couronnées de succès en 2019 avec la création de la spécialité « Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques » (HHGSP) au lycée. Telle qu’il la qualifie, l’instauration de cette discipline scolaire constitue alors une véritable « révolution intellectuelle, civique et pédagogique » : la géographie n’est plus seulement subordonnée à l’histoire et gagne ses lettres de noblesse grâce à ses particularités.

Mais au-delà de convaincre un corps enseignant réticent, la géopolitique séduit les étudiants. En 2024, près de 25% des élèves de terminale se tournent vers cette spécialité. Plusieurs facteurs internes et externes permettent de comprendre et d’expliquer cet engouement grandissant. Avant tout, celui-ci puise sa force dans la multiplicité de supports attractifs et adaptés à un jeune public qui ont été développés ces précédentes années. Collection de manuels pour collèges et lycées co-dirigée par Yves Lacoste chez les éditions Nathan, organisation d’un « Concours Carto » par une association éponyme qui mobilise des milliers d’élèves depuis 2010, création de la bibliothèque numérique Géoconfluences par l’École Normale Supérieure de Lyon ou encore diversification des formats dans les médias avec l’émission « Le dessous des cartes » et une variété de magazine de cartographie comme de géopolitique… Les moyens de s’informer sur l’actualité et d’en tirer des analyses accessibles se renouvellent, se réinventent et exercent une force d’attraction notable chez la jeunesse.

En parallèle, le phénomène de forte médiatisation de l’actualité à travers des contenus immersifs, courts, abordables et parfois ludiques contribuent à décupler l’attrait pour cette discipline en alimentant un désir de comprendre la quantité d’informations consommées quotidiennement. La popularité de contenus de vulgarisation telles que les vidéos d’Hugo Décrypte ou de Pascal Boniface en témoigne. On peut également supputer que l’exposition directe des jeunes aux récents bouleversements géopolitiques comme la guerre en Ukraine, par le biais des réseaux sociaux, a pu conduire une grande partie d’entre eux à se sentir concernés, voire à craindre un impact direct sur leur quotidien de vie. Comme le souligne Pascal Ausseur dans un entretien réalisé avec Défis Humanitaires, « ce retour à la violence nous réapprend aussi un mot que nous avions complétement oublié : la vulnérabilité ».

Si la pluridisciplinarité de la géopolitique – englobant à la fois l’histoire, les sciences politiques, l’économie et la sociologie – séduit en ce qu’elle permet de s’orienter dans des directions professionnelles transversales, il est à noter que les possibilités d’accès à cette discipline dans le supérieur demeurent néanmoins limitées. En effet, il n’existe aujourd’hui en France que 2 masters de géopolitique, une école doctorale et nul diplôme de licence étiqueté en tant que tel.

Bien que la géopolitique ait obtenue la reconnaissance de la sphère académique et universitaire, tant auprès des enseignants que des étudiants, du chemin reste à parcourir. Dans cette perspective, Défis Humanitaires milite pour une meilleure intégration de cette discipline dans le monde de l’humanitaire.

 

II. L’action humanitaire guidée par l’analyse géopolitique : pour une meilleure gestion des risques et des crises sur le terrain

Fondée en 2011 par Alain Boinet, la revue Défis Humanitaires a pour vocation initiale de mettre en lumière les liens de cause à effet entre géopolitique et action humanitaire. Il s’agit là d’ouvrir un espace de dialogue et de réflexion autour des innovations à mettre en place afin d’optimiser l’efficacité de l’action humanitaire. À travers des retours d’expérience sur le terrain, des analyses de conflits et de crises mais aussi des focus sur les outils développés par les acteurs associatifs, elle cherche à démontrer que le déploiement des ONG et de leurs programmes ne peut se faire sans être accompagné d’une bonne compréhension des contextes géopolitiques dans lesquels ils s’insèrent.

Acteur à part entière de la géopolitique, le secteur humanitaire exerce une influence réciproque sur les territoires, les populations et les crises au milieu desquels il opère. Dans les pays du Sahel central où les Groupes armés terroristes (GAT) sévissent et instrumentalisent la défaillance d’États en déficit de moyens, lutter contre la précarité ambiante, le stress hydrique et la difficulté d’accès aux soins peut être un moyen de renverser les dynamiques de coopération entre une partie des communautés locales et ces acteurs violents qui se proposaient jusque-là comme unique alternative. À l’inverse, la géopolitique mondiale exerce une influence évidente sur le milieu humanitaire et peut facilement en restreindre l’action. Aux États-Unis, le contexte local de réaffirmation du nationalisme, de priorisation des intérêts domestiques et de retour au protectionnisme à travers la doctrine « America First » mise en avant par Donald Trump, ont eu un impact crucial sur les financements publics : la fin de l’USAID en 2025.

Contraint de s’adapter et de se réinventer en raison des pressions économiques et politiques qui pèsent sur lui, le secteur humanitaire gagnerait donc à prendre plus en compte les contextes et environnements géopolitiques dans lesquels il évolue, opère et s’implante.

Le service HAACT (Humanitarian Analysis for Access in Challenging conTexts) de Solidarités International en est un parfait exemple. Créé en 2019 pour répondre aux problématiques d’accès au terrain et de sécurité du personnel, cette cellule conduit des analyses à distance. Telle qu’elle est présentée sur le site de l’ONG, elle « redonne aux décideurs et acteurs opérationnels de la visibilité sur la situation humanitaire dans des zones très difficiles d’accès » et « partage des recommandations exploitables et sensibles au conflit sur les activités et modalités d’intervention adaptées ». En 2021, le programme HAACT a notamment facilité une réponse humanitaire dans le village d’Ikarfane au sein de la région nigérienne de Tillabéri, à la frontière avec le Mali.

© Solidarités International – Le système HAACT de captation d’information à distance

Dans la continuité de la démarche entamée par Défis Humanitaires, il est essentiel d’encourager le développement de dispositifs similaires qui, par une meilleure prise en compte des facteurs géopolitiques, permet d’éclairer les rivalités, stratégies et acteurs à l’œuvre, pour mieux cerner les risques auxquels s’exposent les intervenants, les besoins auxquels ils répondent et les freins qui pourraient faire obstacle à leurs activités. Une bonne cartographie des zones sensibles, des points stratégiques où il est possible d’intervenir, de la répartition des acteurs conflictuels sur le territoire et des représentations qui alimentent leurs stratégies – dont certaines peuvent parfois entrer en collision avec les objectifs d’organismes humanitaires – permettrait d’optimiser l’efficacité et la pertinence de l’action humanitaire.

Après 50 ans de lutte pour la reconnaissance de la géopolitique dans le milieu académique, il est fondamental de poursuivre ce travail conséquent pour une meilleure intégration de la discipline en situation professionnelle.

 

Salomée Languille.

Stagiaire chez Défis Humanitaires et étudiante en Master 2 à l’Institut Français de Géopolitique (IFG).


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La philanthropie dans un temps de Chaos

© WFP/Arete/Ali Yunes – De la fumée et de la poussière s’élèvent à la suite de frappes aériennes dans une banlieue sud de Beyrouth, la capitale du Liban.

Apprendre à naviguer dans un monde qui a perdu son occident

Pendant longtemps, le secteur associatif et philanthropique a évolué dans un monde imparfait, mais relativement lisible. Les crises existaient, bien sûr, mais elles semblaient circonscrites, temporaires, absorbables. Les financements publics demeuraient globalement prévisibles, le multilatéralisme offrait un cadre stabilisateur, la générosité progressait lentement mais sûrement.
Ce monde est en train sinon de disparaître, pour le moins muter à vive allure.

Depuis une dizaine d’années, une succession de chocs : multiplication d’actes  terroristes, pandémie, guerres de haute intensité, dérèglement climatique, bascule géopolitique, polarisation démocratique ; a fissuré les fondations mêmes de cet équilibre.

Ce que beaucoup qualifient aujourd’hui de « chaos » n’est pas une simple accumulation de crises. C’est un changement de régime.

Pour l’humanitaire, la philanthropie et le monde associatif, cette rupture est brutale. Les budgets se contractent, les arbitrages deviennent plus violents, les modèles économiques remis en cause. Mais réduire la situation à une crise de moyens serait une erreur d’analyse. Ce que nous traversons est plus profond : une crise de modèles, de représentations, de certitudes.

La fin d’un monde planifiable

Le système multilatéral, longtemps perçu comme un socle intangible, illustre cette bascule. Les Nations unies et les grandes agences humanitaires font aujourd’hui face à une contraction historique de leurs ressources. Le retrait ou la diminution massive de certains financements étatiques, notamment américains, entraîne des morts par centaines de milliers, des suppressions de postes par milliers, des fermetures de programmes, des abandons de programmes.

Sur le terrain, cela se traduit par des choix impossibles : prioriser certaines populations au détriment d’autres, relever les seuils d’intervention, accepter de « sauver ce qui peut l’être » plutôt que de répondre aux besoins globaux. Une logique de triage s’installe, non par cynisme, mais par contrainte. L’humanitaire, par exemple, entre dans une économie de guerre permanente.

Cette réalité n’est pas sans résonance pour le secteur associatif français. Là aussi, la fin de l’illusion de stabilité est palpable. Le nombre de donateurs diminue, même si le don moyen augmente. La générosité se concentre, se patrimonialise, devient plus stratégique, plus exigeante. Les organisations doivent composer avec une volatilité accrue des ressources et une concurrence renforcée, non seulement entre causes, mais pour l’attention elle-même.

Nous passons ainsi d’un monde de planification à un monde de navigation. D’un univers où l’on traçait des trajectoires à cinq ans à un environnement fait de bifurcations permanentes, d’incertitude durable, de chocs successifs.

27.02.2025 – La fin de l’USAID, Washington, DC USA © Ted Eytan

Mutation de la générosité

Face à cette instabilité, deux réactions symétriques menacent le secteur. La première est la nostalgie : l’espoir, souvent implicite, d’un « retour à la normale », du rétablissement des équilibres antérieurs, du redressement mécanique des courbes. La seconde est la sidération : la tentation de croire que tout s’effondre, que la générosité va se tarir sous l’effet de la peur, de la récession et du repli sur soi.

Ces deux lectures sont insuffisantes. Car ce que nous observons n’est ni un simple accident de parcours ni un effondrement pur et simple. C’est une mutation.

La générosité ne disparaît pas, elle change de forme. Elle devient plus sélective, plus incarnée, plus attentive à l’impact réel. Elle se déplace des institutions vers les personnes, des dispositifs vers les récits, des structures vers les causes incarnées. Elle devient, au sens noble, plus politique.

Ce déplacement s’accompagne d’un changement profond de grammaire. La philanthropie de délégation, où l’on confiait à des organisations le soin d’agir en notre nom, cède progressivement la place à une philanthropie de coresponsabilité. Les donateurs, les mécènes, les citoyens veulent comprendre, participer, s’engager autrement. Ils attendent de la cohérence, de la transparence, du sens.

Une opération de cash transfert dirigée en Mauritanie par l’UNICEF en 2021

De la performance à la robustesse

Dans ce contexte, la question centrale n’est plus seulement celle de la performance, mais celle de la robustesse.

Être robuste, ce n’est pas seulement résister. C’est être capable d’encaisser les chocs, de s’adapter, de se transformer sans perdre sa raison d’être. Là où les modèles anciens privilégiaient la croissance linéaire et l’optimisation, le monde qui vient exige de l’agilité, de l’hybridation, de la coopération.

Concrètement, cela implique de sortir des silos, de multiplier les alliances, de mutualiser certaines fonctions, de diversifier les ressources. Cela suppose aussi de repenser la gouvernance, la relation aux parties prenantes, la place des communautés, des bénévoles, des territoires.

Dans un univers saturé de causes et d’informations, la capacité à raconter une histoire juste, audible et mobilisatrice devient un levier stratégique. Avoir raison moralement ne suffit plus. Il faut être compréhensible, désirable, crédible. La question n’est plus seulement « combien avons-nous levé ? », mais « quel mouvement avons-nous créé ? quelle coalition avons-nous fédérée ? quelle transformation avons-nous rendue possible ? ».

Naviguer plutôt que subir

L’histoire montre que les grandes réinventions de la solidarité naissent rarement dans le confort. Elles émergent dans les failles, dans les périodes de désordre, lorsque les cadres anciens ne tiennent plus. Le monde associatif n’est pas né dans la stabilité,  il est né dans les chaos.

Nous sommes à nouveau à l’un de ces moments charnières. Non pas à la veille d’un effondrement, mais au seuil d’une recomposition. Une recomposition exigeante, inconfortable, mais potentiellement féconde.

Sortir par le haut de cette période ne consistera pas à restaurer les modèles d’hier. Il s’agira d’accepter de changer d’échelle mentale. De passer d’une logique de guichet à une logique d’engagement, d’une logique de projet à une logique de trajectoire, d’une logique d’organisation à une logique d’écosystème.

Le chaos n’est pas seulement une menace. Il est aussi un révélateur. Il met à nu nos dépendances, nous oblige à trier l’essentiel de l’accessoire, à interroger nos finalités plutôt que nos seuls outils.

Apprendre à naviguer dans un monde sans boussole, voilà sans doute le défi majeur qui s’impose aujourd’hui à la philanthropie. Non pour subir les turbulences, mais pour transformer cette période d’incertitude en un moment fondateur.

Article rédigé à partir des interventions d’ouverture et de clôture de la Good Week 2026 organisée par Force For Good

Antoine Vaccaro.

Président de Force for Good.


Antoine Vaccaro :

Il est titulaire d’un doctorat en sciences des organisations – Gestion des économies non-marchandes, obtenu à Paris-Dauphine. Après un parcours professionnel au sein de grandes organisations non gouvernementales et de groupes de communication, tels que la Fondation de France, Médecins du Monde ou TBWA, il préside aujourd’hui Force For Good et le Cerphi (Centre d’étude et de recherche sur la philanthropie).

Il exerce également diverses fonctions d’administrateur au sein d’associations et a co-fondé plusieurs organismes professionnels promouvant le financement privé des causes d’intérêt général, parmi lesquels l’Association Française des Fundraisers, Euconsult ou encore la Chaire de Philanthropie de l’ESSEC. Il a par ailleurs contribué à la rédaction de la charte de déontologie des organisations faisant appel à la générosité publique.

Il est enfin auteur de plusieurs ouvrages et articles portant sur la philanthropie et le fundraising.


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