Afghanistan : une si prévisible défaite

Les talibans aux portes de Kaboul en septembre 1996, © Robert Nickelsberg

Entretien avec Gilles Dorronsoro, auteur de « Le gouvernement transnational de l’Afghanistan – Editions Kartala ».

Alain Boinet pour Défis Humanitaires – Quelle est la signification exacte du titre de ton dernier livre « Le gouvernement transnational de l’Afghanistan » ?

Gilles Dorronsoro – L’hypothèse centrale du livre est que sous couvert de state-building, les opérateurs étrangers (OI, ONG, OTAN, etc.) ont en réalité gouverné l’Afghanistan pendant 15 ans (jusqu’au retrait de 2014). Ce gouvernement transnational a de fait construit et déconstruit simultanément les institutions afghanes, finançant l’armée ou les projets de développement, mais organisant un contournement systématique des institutions (PRT, milices notamment).

DH – Tu dis que ton livre est né d’une réaction éthique, que veux-tu dire par là ?

GD – Dès l’hiver 2001-2002, dans un texte pour la revue Cultures et Conflits, j’attirais l’attention sur les risques que prenaient les pays occidentaux en Afghanistan en réinstallant des figures politiques des années 1990, largement discréditées en raison de leur corruption et de la violence exercée contre les civils. Par la suite, j’ai travaillé à la Carnegie Endowment for International Peace (un think tank de Washington) lors du premier mandat Obama, au moment où se décidait le surge (une infusion massive de ressources militaires et civiles dans le conflit). Là encore j’ai tenté sans succès d’attiré l’attention sur les conséquences probables de la politique américaine. L’aveuglement de la grande majorité des experts, des militaires et des politiques sur les conséquences des politiques menées a créé chez moi une « réaction éthique » ou peut-être plus simplement une forme de colère devant le coût humain et social de ces fautes.

DH – Ton livre est sorti après les accords de Doha de février 2020, entre les Etats-Unis et les Taleban, et avant la date d’évacuation des troupes étrangères fixées au 1 mai 2021, s’agit-il déjà d’un bilan ?

GD – La guerre est perdue, ce qui ne veut pas dire mécaniquement que les Taliban ont gagné, mais il est temps de faire le bilan de cette intervention. Les négociations ont porté jusqu’ici sur les modalités du désengagement américain. Celui-ci est maintenant irréversible, ce qui me laisse penser que le temps est venu de porter un regard critique sur le moment américain de la guerre d’Afghanistan.

DH – Le sous-titre du livre est : « Une si prévisible défaite ». Parmi les causes qui peuvent l’expliquer, quelle te semble être la cause principale de cette défaite ?

GD – Il y a plusieurs inflexions majeures dans la politique américaine et à chaque fois d’autres décisions auraient pu changer le cours des choses. Il me semble qu’un des obstacles les plus déterminants a été l’obstination à penser l’Afghanistan comme un pays « traditionnel », « tribal », allergique à l’Etat, alors que la demande d’Etat ressort de toutes les enquêtes. Les Occidentaux ont manqué l’évidence de la révolution sociale et politique qui déchire le pays depuis 40 ans maintenant. Les Taliban ont répondu à leur façon à la demande d’Etat en mimant (ou caricaturant) l’Etat, les forces occidentales ont multiplié les fausses manœuvres, à commencer par les pratiques ultra-violentes des forces spéciales et le sous-investissement dans les questions de justice.

DH – Antony Blinken, Secrétaire d’Etat américain, a écrit le 4 mars une lettre comminatoire sans appel au Chef d’Etat afghan, Ashraf Ghani. Une Conférence internationale des pays clefs s’organisent sous l’égide de l’ONU comme si on recherchait à l’extérieur la paix introuvable à l’intérieur. On évoque un projet de gouvernement intérimaire entre les Taleban et le Gouvernement afghan. On évoque un cessez-le-feu de 90 jours permettant l’évacuation des troupes étrangères, mais on craint une prochaine offensive de printemps des Taleban. Après tant d’échecs, quelle est la plus forte probabilité quant aux événement à venir selon toi.

GD – Les Etats-Unis cherchent à installer un gouvernement provisoire et donc un cessez-le-feu pour pouvoir se retirer sans humiliation majeure. Ashraf Ghani sera très probablement écarté dans un tel processus, ce qui explique son manque d’enthousiasme, d’autant qu’il n’a pas été le moins du monde associé aux négociations entre Américains et Talibans (qui ont été conclues par un accord en février 2020). Ashraf Ghani, qui doit son poste à la médiation américaine et non au verdict des urnes, est en position de faiblesse par rapport à la diplomatie américaine, je pense donc probable qu’il finira par céder. Les Taliban, s’ils obtiennent une garantie ferme des Etats-Unis pour un retrait avant la fin de l’année ont intérêt à jouer le jeu dans le mesure où ils pourront ainsi éviter une guerre des villes qui serait ruineuse.

Le président afghan Ashraf Ghani

DH – Après le retrait des troupes étrangères (Etats-Unis et OTAN) d’Afghanistan, quelles sont les hypothèses politiques les plus vraisemblables et pourrait-on assister à une accélération des événements ?

GD – Si nous sommes dans l’hypothèse d’un nouveau gouvernement formé avant le retrait américain et comprenant des Taliban, l’hypothèse la plus probable est celle d’un échec de la transition pour deux raisons. D’une part, les Talibans, après vingt ans de guerre contre les Etats-Unis ne peuvent pas accepter le risque d’être désavoués par les urnes. Or, ils sont nettement minoritaires dans le pays, le plus probable est donc qu’ils refuseront sous différents prétextes d’aller aux élections, ce qui peut déboucher sur de nouveaux arrangements ou des combats. D’autre part, l’idée d’une fusion ou d’une intégration entre les forces talibanes et celles du régime me paraît à peu près impossible (sauf si les Taliban forment l’ossature de la nouvelle armée, ce qui est rédhibitoire pour les soutiens du régime, notamment pour les Panjshiris).

DH – Dans l’hypothèse d’un retour des Taleban à Kaboul, ceux-ci seront confrontés à de nouvelles réalités apparus depuis 20 ans : élections, médias, université, statut de la femme, politique de développement, sans parler de la culture de l’opium et comment traiter avec les forces adverses.

GD – Sur certains sujets, drogue, développement, le compromis est possible. Pour ce qui est de l’opium, les Taliban ont prouvé qu’ils savaient faire. Pour le développement, ils pourraient continuer leur pratique actuelle : contrôle politique (et prélèvement), mais assurance de sécurité pour les ONG qui ont des accords avec eux. Sur d’autres sujets les conflits sont inévitables. Ainsi, les élections (autres que symboliques) me semblent poser un problème insurmontable, même si les Taliban ont renoncé à l’organisation théocratique qu’ils avaient mis en place en 1996. Ceci pose directement la question de la possibilité de médias indépendants, d’une opposition et surtout d’une alternance, je suis pessimiste sur ce point car toute la culture politique des Taliban s’y oppose. De même, sur les questions de genre ou d’éducation, et donc implicitement le statut de la bourgeoisie afghane, les tensions seront probablement fortes (on peut craindre un exode important des cadres qui ont travaillé pour des opérateurs internationaux).

DH – Une nouvelle guerre civile généralisée est-elle un risque à envisager ?

GD – Nous sommes déjà dans une guerre civile généralisée et l’Etat islamique dans sa version locale ne se ralliera jamais à une solution politique. Donc, de façon certaine, cet acteur va continuer à pratiquer la violence (attentats anti-chiites, assassinats ciblés, attaques contre les institutions). Pour ce qui est des autres acteurs, on peut envisager un scénario pessimiste où le départ des Etats-Unis précipite une offensive majeure des Taliban et le maintien d’une résistance au Nord. La durée de l’affrontement dépendra ensuite comme souvent en Afghanistan du soutien que les parties obtiendront. Si les Taliban peuvent compter sur le soutien pakistanais, les choses sont moins claires pour les groupes du Nord qui pourraient constituer un pôle de résistance. Les Russes semblent pour l’instant préférer l’option Taliban et un soutien de l’Inde n’est pas acquis. L’attitude des pays occidentaux, à commencer par les Etats-Unis, dépendra probablement de l’attitude des Taliban par rapport à al-Qaïda.

Pourparlers à Moscou en mars 2021 entre le gouvernement de Kaboul et les talibans en présence des pays les plus concernés.

DH – Pour prendre un peu de recul, après vingt ans de guerre et face à l’échec politique et militaire, n’aurait-on pas pu associer les Taleban dès le début au moment des accords de Bonn en 2001-2002 ?

GD – On pouvait prononcer une amnistie et une forme de réintégration des Taliban après leur défaite militaire, la direction du mouvement semble avoir été prête à revenir en Afghanistan moyennant quelques garanties. On pouvait également tenir une ligne dure, mais cela supposait de faire pression sur le Pakistan de façon décisive, ce qui était probablement possible en 2002. Or, la politique suivie a été un entre-deux : ni amnistie, ni pression sur le Pakistan. Les commandants afghans se sont opposés à une amnistie et les militaires américains n’ont jamais compris le jeu pakistanais.

DH – Ce site, Défis Humanitaires, s’adresse particulièrement aux humanitaires. Quel enseignement tires-tu de ton expérience en ce qui concerne les périodes 1980 puis à partir de 2001 et quels conseils leur donnerais-tu pour la suite ?

GD – L’Afghanistan est un des sites privilégiés pour observer la transformation de l’humanitaire depuis les années 1980. Pour me limiter à un aspect, il me semble que si l’humanitaire était parfois amateur dans les années 1980, il reposait sur un engagement extrêmement fort et une volonté d’être avec la population. Le tournant des années 1990, mais surtout 2000, qui n’est pas propre à l’Afghanistan, est la constitution de bulles humanitaires où des expatriés vivent entre eux avec une absence choquante de contact avec la population (en dehors de quelques médiateurs). De plus, les ONG sont devenues, à quelques exceptions près, les opérateurs des grandes institutions internationales ou nationales et ont perdu le rôle de poil à gratter qui était autrefois le leur, ce qui est probablement dommageable.

DH – Quel est ton mot de la fin ?

GD – Peut-être peut-on souligner l’évolution de la perception et de l’engagement des Etats-Unis. On se souvient qu’il y a une décennie, pendant le premier mandat Obama, les forces de l’OTAN avaient compté plus de 150 000 hommes dans un combat présenté comme existentiel pour les pays occidentaux. La durée de cette guerre depuis 2001 en fait l’une des plus coûteuses pour les Etats-Unis : deux à trois trillions de dollars et des milliers de morts. Ces faits ne sont ni nouveaux ni contestables, mais l’extraordinaire silence qui entoure la défaite en Afghanistan interroge. Si l’on revient sur les discours post-2001 justifiant cette guerre deux thèmes s’imposent – le combat contre les jihadistes et la position dominante des Etats-Unis sur la scène internationale. Sur ces deux points, la position américaine s’est nettement dégradée. En particulier, la situation que laissent les pays occidentaux est incontestablement pire que celle qu’ils avaient trouvée il y a vingt ans. Al-Qaïda, la principale raison invoquée pour justifier l’invasion, est encore, et de plus en plus, présent en Afghanistan. Des centaines, voire des milliers, de combattants du mouvement sont installés dans les zones tenues par l’insurrection. Si les Taliban se sont effectivement engagés (au moins dès 2012) à ne pas faire de l’Afghanistan le lieu de préparation d’attentats anti-occidentaux, les combattants d’al-Qaïda disposent désormais d’un sanctuaire inexpugnable.

 

 

Pour en savoir plus, retrouvez Le Gouvernement Transnational de l’Afghanistan. Une si prévisible défaite, aux éditions Karthala.

 

 

 

 


Qui est Gilles Dorronsoro ?

Gilles Dorronsoro est professeur de science politique à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, PI de l’ERC Social Dynamics of Civil Wars, et auteur de « Le gouvernement transnational de l’Afghanistan, Karthala, 2021 »

 

 

 


Pour en savoir plus sur l’Afghanistan:

Le Moyen-Orient à feu et à sang.

Entretien avec Antoine Basbous directeur de l’Observatoire des Pays-Arabes.

Antoine Basbous est le directeur de l’Observatoire des Pays Arabes depuis près de trente ans. Sur son site figure une carte qui délimite son champ d’investigation qui va de Kaboul à Casablanca, avec au centre le Maghreb, le Moyen-Orient, les pays du Golfe. Notre entretien se concentre sur l’épicentre de la crise, ses conséquences humanitaires et les évolutions géopolitiques qui reconfigurent selon lui tout le Moyen-Orient aujourd’hui.

Des soldats marchent dans des ruines à Yarmouk, en Syrie. ©OMAR SNADIKI/REUTERS

Alain Boinet. La Syrie vient de passer le cap des 10 ans de guerre avec des conséquences dramatiques pour sa population qui sur 22 millions d’habitants compte aujourd’hui plus de 13 millions de personnes ayant besoin d’aide humanitaire et plus de 5,6 millions de réfugiés. Revenons au début du conflit pour comprendre : comment des dirigeants occidentaux ont-ils pu se tromper autant en pariant sur l’effondrement du régime de Bachar al-Assad ? Comment des pays comme la Turquie, l’Arabie saoudite ou le Qatar ont-ils pu soutenir une rébellion, au début modérée, qui s’est ensuite transformée en groupes islamistes djihadistes comme Al Quaida et Daech ?

Antoine Basbous. Cette question est vaste. A vrai dire l’impopularité du régime de Bachar résultait déjà en 2011 de 41 années de pouvoir absolu (30 ans pour son père, 11 pour lui) d’une dynastie qui n’a donné que des larmes, du sang et de la répression à ce pays. Beaucoup d’analystes avaient pensé que le fruit était mûr, comme Ben Ali était tombé en Tunisie, Moubarak en Égypte, et un peu plus tard Kadhafi en Libye et Saleh au Yémen – et donc qu’Assad aussi pouvait tomber. Mais ils ont ignoré, ou du moins pas pris suffisamment en compte 3 facteurs :

  • Le premier, c’est que Assad père avait construit un régime avec une quinzaine de services de renseignements, qui surveillaient la respiration de la population. Arrivé au pouvoir par un coup d’État, Hafez ne voulait pas en être victime à son tour ! La structure sécuritaire du régime a donc fait que le régime avait, malgré son impopularité, un filet sécuritaire très puissant.
  • Le deuxième phénomène, c’est que personne n’a pris suffisamment en considération le degré d’implication de l’Iran. La République islamique considère le régime alaouite à Damas comme une branche du chiisme et surtout un allié qui va permettre de créer ce « croissant chiite » de la Caspienne jusqu’à la Méditerranée et qui est une étape essentielle pour consolider l’emprise du Hezbollah sur le Liban. L’implication de l’Iran était totale : désargenté, sous sanctions, pouvant exporter peu de choses, il a malgré tout consacré des milliards à ce théâtre, a placé le soldat Assad sous perfusion et dépêché le Hezbollah pour le sauver.
  • En dépit de toute cette implication, en dépit du soutien des brigades internationalistes chiites engagées par l’Iran, le régime a toutefois failli s’effondrer en 2015. La ville natale d’Assad, Qardaha, recevait des missiles de petite portée, donc l’ennemi était à moins de 20 km du dernier bastion ! C’est alors qu’est entré en jeu le troisième phénomène : le soutien russe. Le commandant des forces expansionnistes iraniennes, le général Qassem Soleimani, s’est rendu à Moscou, a rencontré Vladimir Poutine et lui a dit : « ce ne sera pas votre nouvel Afghanistan, nous serons les fantassins qui contrôlent le terrain mais nous ne pouvons pas agir sans l’aviation ». Dès lors, fin août 2015, Poutine a envoyé son armée de l’air et est entré en guerre de la façon la plus directe qu’il soit, après avoir fourni à Assad, tout au long de la crise, armements, munitions, et experts.

Ce sont les 3 secrets du maintien de ce régime, qui aujourd’hui reste sous perfusion de ses deux parrains, même si ces derniers ne s’entendent plus et sont rivaux. En effet, la Russie ne souhaite pas que le régime alaouite en Syrie se met totalement au service de Téhéran ; Poutine ferme d’ailleurs les yeux sur les bombardements israéliens quotidiens contre les bases iraniennes et celles de ses satellites. Israël évolue librement dans l’espace aérien de la Syrie. Il y a mené en 2020 près de 500 frappes alors que la Russie entretient sur place des batteries de missiles S-300 et des S-400, mais n’a jamais menacé ou abattu un avion israélien. Moscou laisse ainsi Israël agir contre l’allié-rival, l’Iran et les milices chiites, mais ne veut pas que le régime d’Assad s’effondre.

Téhéran, de son côté, a investi le tissu social syrien : beaucoup de gens ont été convertis au chiisme duodécimain, des écoles chiites ont été créées, et des « colonies » ont été construites (sur des sites stratégiquement bien placés et réhabilités, les Iraniens installent leurs hommes, comme des plateformes). Ainsi existe-t-il, au sud-est de Damas, le sanctuaire chiite de Saïda Zeïnab qui est devenu aujourd’hui une base militaire colossale ainsi qu’une base de vie pour l’Internationale chiite. En 2016, Assad a entériné cet état de fait en déclarant que « la Syrie [appartenait] aux combattants qui l’ont défendue », ce qui visait à la fois à délégitimer les sunnites qui avaient fui le pays et à légitimer les combattants chiites étrangers « importés » par l’Iran…

Enfin, il ne faut pas oublier que quand la population est descendue dans la rue, sans aucun slogan communautariste, islamiste ou sectaire, Assad a libéré de ses prisons tous les djihadistes qui y étaient et leur a fourni armes et munitions. Ses alliés iraniens l’ont épaulé en libérant 1500 djihadistes des prisons d’Irak en août 2012 et en les laissant traverser 800 km de désert pour rejoindre leurs « frères » en Syrie. Cette manœuvre a profondément transformé la contestation en la militarisant et en l’islamisant. Assad a ainsi pu se présenter aux Occidentaux en disant : « Regardez, vous préférez un Président avec une femme blonde qui porte un costume 3 pièces, ou ces barbus ? ». La société civile s’est retrouvée marginalisée – d’ailleurs Obama avait dit à l’époque « qui sont ces gens qui sont dans la rue ? Ce sont des enseignants, des professeurs d’université, des médecins, des pharmaciens, des ouvriers, des agriculteurs… Est-ce qu’ils sauront conduire les affaires politiques du pays ? » Le seul choix qui semblait rester était entre les barbus et le dictateur.

DH. En Syrie, aujourd’hui, la situation semble bloquée militairement au Nord-Ouest et au Nord-Est et on ne voit pas pour l’instant de solution politique. La Turquie a pris le contrôle de territoires syriens avec le soutien de ses alliés islamistes et Daech se réorganise. Comment envisager la suite : Statu quo durable, préalable à de nouveaux combats ou solution politique ?

AB. Je crois que ce pays est figé et partagé entre plusieurs occupants. Il y a évidemment les Russes, les Iraniens, et toute l’internationale djihadiste chiite que ces derniers ont entraînée avec eux. Il y a les Turcs, il y a les Américains à l’est de l’Euphrate qui soutiennent un peu les Kurdes et protègent leurs gisements d’hydrocarbures ; et la dernière force en présence est Israël, qui occupe l’espace aérien.

L’armée turque près de la frontière syrienne. ©Delil SOULEIMAN / AFP

Assad, lui, malgré son siège aux Nations Unies, est réduit à un « petit baron de rien du tout ». Il a perdu la guerre, ne peut rien promettre, et dirige un pays sous sanction dans lequel aujourd’hui on trouve rarement du pain, de l’essence, des médicaments, des devises… un pays totalement sinistré, notamment après l’entrée en vigueur de la « loi César » aux États-Unis (juin 2020), car personne n’ose commercer avec lui. Quant aux ressources pétrolières et agricoles, elles se trouvent essentiellement chez les Kurdes à l’est de l’Euphrate…

DH. Le Liban s’est retrouvé en première ligne humanitaire en accueillant plus de 1 200 000 réfugiés syriens pour une population libanaise de 6,6 millions d’habitants. Aujourd’hui le Liban est lui-même confronté à une grave crise politique et à une paralysie du système bancaire qui plonge de plus en plus de Libanais dans l’extrême pauvreté, la vulnérabilité et la colère. Si l’explosion au port de Beyrouth a mobilisé beaucoup de solidarité, la Conférence internationale de soutien et d’appui à Beyrouth et au peuple libanais rencontre beaucoup de difficultés à concrétiser son aide du fait des blocages de la classe politique libanaise. Cette crise ne risque-t-elle pas de dégénérer en l’absence de toute solution à la hauteur des risques ?

AB. Ce pays vit réellement un enfer : la première raison c’est qu’il y a une classe politique mafieuse qui le gouverne depuis tellement d’années et qui l’a appauvri pour s’enrichir. L’« ADN », le « logiciel » de ce pays est totalement détraqué, il n’a plus d’immunité, aujourd’hui c’est un pays colonisé par une milice pro iranienne qui contrôle tout. En vitrine, il y a un président de la République chrétien, mais ce Président est aux ordres de cette milice et il devance ses désirs, ses besoins et ses intentions. Enfin, il n’y pas plus de gouvernement c’est le blocage le plus total. Le pays s’effondre, le Hezbollah contrôle non seulement les frontières aériennes, maritimes et terrestres du pays, mais aussi l’administration, le gouvernement, les finances… Rien ne perturbe son contrôle et on assiste à une stratégie de mise à mort du Liban dans sa formule actuelle, pour qu’il puisse renaître un jour à la main du Hezbollah comme colonie iranienne.

En réalité l’espoir n’est plus là : ce pays qui a fêté en 2020 son premier centenaire dans ses frontières actuelles est à l’agonie. Jamais les Libanais n’ont connu de situation aussi dramatique. Aujourd’hui vous avez beau avoir des millions de dollars dans votre compte bancaire, vous n’y avez pas accès. Le pays est officiellement en faillite depuis mars 2020. Les gens vont manquer d’électricité car le Liban n’a plus de devises pour acheter du fuel. Et quand vous n’avez plus d’électricité, vous n’avez plus de frigo, plus de téléphone, plus d’éclairage… Il est difficile de décrire ce pays tant il va mal, c’est une chute en enfer sans parachute. Toutes les élites qui pouvaient le quitter l’ont fait ou le font, c’est une catastrophe humanitaire aux portes de l’Europe.

Explosion au port de Beyrouth, août 2020 ©Mohamed Azaki/REUTERS

DH. Comme en Syrie, la situation est dramatique pour la population libanaise et cela implique que l’on doit mobiliser une aide humanitaire massive et directe. Suite aux grandes manifestations en 2019 et en l’absence de toute perspective, n’y a-t ’il pas le risque que la situation dégénère et devienne chaotique ?

AB. Le 17 octobre 2019 a eu lieu un mouvement transcommunautaire, un mouvement national qui avait comme slogan « tous, ça veut dire tous, doivent dégager ». Ce qui signifiait qu’il fallait balayer toute la classe politique, quelle que soit sa référence, sa religion, sa communauté. Mais ce mouvement a été torpillé par le Hezbollah, qui en a arraché les chiites et qui l’a en quelque sorte « communautarisé », saucissonné, morcelé et affaibli. Même s’il y avait des chiites dedans, la majorité a été malmenée par le Hezbollah et les manifestations dans les zones chiites ont été réprimées. Il y a eu des morts et des blessés. Le message était clair : « le leadership c’est nous, et c’est nous qui déciderons, vous rentrez à la maison ». En février dernier, l’intellectuel chiite critique du Hezbollah Lokman Slim a d’ailleurs été froidement assassiné. Le mouvement transcommunautaire a du mal aujourd’hui à se mouvoir, à exister, à exprimer le ras-le-bol de toute la population.

Je suis sûr que la famine ne sera pas tolérée, que les gens sortiront dans la rue et réclameront des comptes. La solution envisagée par la classe politique c’est de donner à ces Libanais qui étaient fiers, généreux, riches – il y avait une classe moyenne extrêmement dense dans ce pays – une carte alimentaire. C’est acheter la paix sociale aux frais de la Banque mondiale.

Mais ce pays ne se réformera pas. Les aides internationales n’ont servi à rien, la classe politique qui règne aujourd’hui s’enrichit par la grande corruption et ne veut pas changer, car cela signifie perdre ses privilèges et rendre des comptes à la communauté des donateurs (Banque mondiale, FMI, pays arabes et du Golfe). Le secteur de l’électricité par exemple représente 60% de la dette publique libanaise, or il n’y a que quelques heures de courant par jour. Et encore, celle-ci est produite par des bateaux turcs, ce qui permet à ceux qui tiennent ce secteur de s’enrichir tous les jours. Les donateurs – les Arabes en premier lieu – ne veulent plus que leur argent tombe dans les mains du Hezbollah. On comprend bien que la classe politique, aux ordres de la milice chiite, ne fera aucun pas vers une quelconque réforme.

Aide humanitaire à Bourj-Hammoud, Liban, août 2020. ©SOLIDARITES INTERNATIONAL

DH. Dans les conflits que la région connaît, les minorités sont particulièrement touchées, si ce n’est visées, qu’il s’agisse des chrétiens, des Yézidis, des Kurdes… Quelle protection particulière leur apporter ?

La seule protection qui compte est celle qui émane de la culture. Dès lors que les sunnites et les chiites se tolèreront et vivront ensemble, la culture aura admis que l’on peut être différents et néanmoins amis. Mais si les chiites et les sunnites continuent à s’entretuer comme ils le font aujourd’hui, je ne vois pas comment les minorités pourraient être protégées.

Je constate néanmoins que le nouveau Président américain semble sensible aux causes des minorités. Quand il était sénateur et vice-président des États-Unis, Biden a effectué 24 déplacements à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien. Dans sa circonscription, il y a par ailleurs beaucoup d’Américains d’origine grecque, ce qui peut expliquer sa fermeté face à Erdoğan. Il a également reconnu le génocide arménien, autre minorité maltraitée par l’histoire dans cette région. Ira-t-il plus loin pour conforter les minorités de la région ?

DH. La grille de lecture qui semble s’imposer est celle de l’affrontement entre sunnisme et chiisme qui a pour conséquence le rapprochement entre Israël, les Émirats arabes unis, Bahrein, le Maroc et même l’Arabie saoudite face à l’Iran. Dans le même temps la Turquie cherche à prendre le leadership du monde sunnite et la conférence sur le nucléaire iranien reprend. Comment vois-tu cette situation ?

AB. L’affrontement sunnites-chiites date de quatorze siècles et ne va pas s’apaiser, d’autant plus que l’Iran, au nom du chiisme, a exporté la Révolution islamique dans l’ensemble de la région de la Caspienne à la Méditerranée. Ce « croissant chiite » comprend l’Irak, la Syrie, le Liban du Hezbollah et le Yémen, ce qui a permis au conseiller du président de la République islamique de déclarer que l’Iran contrôle d’ores et déjà 4 capitales arabes ! Avec cette hégémonie, l’Iran fait peur aux Arabes, ils sont sur la défensive alors que l’Iran gagne sur leurs territoires. C’est ce qui explique le rapprochement entre Israël et plusieurs pays du Golfe.

Ces pays ont lâché la cause palestinienne en se disant qu’elle n’avait pas d’avenir, que le combat était stérile. Avec le retrait américain de la région amorcé par Obama ils se sont dit qu’il fallait s’associer entre puissances régionales, et Israël est perçu dans le Golfe comme une puissance réelle qui peut concrètement s’avérer un partenaire solide disposant d’importants soutiens à Washington.

Les pays du Golfe ont toutefois oublié qu’Israël avait perdu, à ses portes, sa dernière guerre contre le Hezbollah (2006). L’État hébreu a reçu au dernier jour du conflit le même nombre de missiles venant de la milice chiite qu’au premier jour ! Toute sa campagne aérienne a échoué à faire taire le Hezbollah. Si l’Iran demain commence à lancer des missiles sur les gratte-ciels des Émirats arabes unis, sur leurs usines de dessalement ou sur leurs sites stratégiques, je vois mal Israël constituer une véritable assurance tous risques pour des pays qui sont à près de 2000 km de ses frontières…

DH. Dans ce contexte, quels sont les changements que l’on peut attendre entre l’administration Trump « America first » et l’administration Biden « America is back », alors qu’on a le sentiment que la priorité américaine est désormais la Chine et que le temps des interventions armées occidentales semble derrière nous ?

Le président américain Joe Biden prononce un discours sur son plan de retrait des troupes américaines d’Afghanistan, à la Maison Blanche, à Washington le 14 avril 2021. ©Andrew Harnik/Pool via REUTERS

AB. Le désengagement européen remonte à la fin des années 50, au lendemain de la campagne de Suez. À l’issue de ce succès militaire qui fut pourtant une défaite diplomatique, les Américains ont remplacé les Européens dans la région. L’engagement américain en Afghanistan et en Irak n’a pas été couronné de grand succès, malgré la réussite militaire des premiers jours. Ces conflits longs ont saigné le moral de l’armée et les caisses de l’État. Et au terme du mandat de George W. Bush, il y avait ce sentiment de désengagement, de ras-le-bol de la région. Obama l’a confirmé en se rapprochant de l’Iran, et Trump a poursuivi le retrait américain tout en marquant son passage d’un coup d’éclat, l’assassinat du général iranien Soleimani en janvier 2020.

Biden, lui, a cultivé une meilleure connaissance de la région et des tourments de son histoire grâce à sa longue carrière de sénateur intéressé aux affaires internationales, puis vice-président d’Obama. Il est certes favorable à un désengagement un peu plus maîtrisé et qui ne sacrifie pas totalement les Kurdes. Là où Trump avait lâché le Nord de la Syrie et les Kurdes à Erdoğan après un coup de fil plein de flatterie, Biden ne se laissera sans doute pas faire. Mais en effet, le désengagement américain de la région afin de donner la priorité à la Chine est une réalité indéniable.

DH. Comment interpréter la reconnaissance du génocide arménien par le Président des Etats-Unis, Joe Biden, dans le contexte d’expansionnisme turc, de la Syrie à la Libye, de la Méditerranée orientale à l’Arménie et au Nagorno-Karabakh ?

Manifestation arménienne devant la résidence de l’ambassadeur de Turquie à l’occasion du 106e anniversaire du génocide arménien à Washington le 24 avril 2021. ©AFP

AB. D’abord, Biden n’a jamais porté Erdoğan dans son cœur. Il est très proche de ses électeurs grecs, connaît un peu l’histoire et est familier des manipulations d’Erdoğan, de ses ambitions, de sa volonté de reconstituer l’empire ottoman et de ses ingérences à l’étranger. C’est vrai que l’année 2020 a été faste pour le Président turc. Il a rencontré le succès en Syrie face aux Russes, tout comme en Libye face à Haftar et aux mercenaires russes de Wagner. Ses drones ont emporté des succès sur le champ de bataille et ils ont également réussi dans le Haut-Karabakh pour le compte de l’Azerbaïdjan. Erdoğan a essayé d’intimider l’Europe, avec un certain succès, et a lancé ses bateaux de prospection dans les zones disputées de l’Est de la Méditerranée. En revanche, il misait sur le succès de Trump parce qu’il connaissait son « logiciel » : Trump aime les flatteries, les hommes forts, les petits dictateurs… mais dès lors que Biden a été élu, on a vu Erdoğan changer de ton. Il a tout de suite adouci son discours par rapport à l’Europe, par rapport à la France, il a retiré ses bateaux de prospection de l’Est de la Méditerranée et en même temps il s’est montré très compréhensif, moins menaçant sur le dossier des migrants qu’il avait toujours instrumentalisé.

Il avait raison de craindre Biden : le premier coup de fil de ce dernier, plus de trois mois après son entrée en fonction, a été pour lui annoncer 2 choses désagréables : premièrement qu’il allait reconnaître le génocide arménien, et deuxièmement que la Turquie était exclue du programme des F-35 dont elle était partenaire. Pour Erdoğan, c’est un coup dur dans un contexte économique qui ne cesse de se dégrader en Turquie. La livre continue de chuter, et le pays est à son troisième gouverneur de la Banque centrale en deux ans, le chômage grimpe, la pandémie fait très mal… Les relations en dents de scie avec Moscou et la vente de drones turcs à l’Ukraine ont en outre poussé Poutine à décider il y a peu qu’il ne laisserait plus les touristes russes venir en Turquie. Enfin, beaucoup de lieutenants d’Erdoğan l’ont quitté pour créer des formations rivales et lors des dernières élections, c’est-à-dire les municipales de 2019, toutes les grandes villes de Turquie ont changé de camp et sont passées à l’opposition. Ces éléments dressent un contexte turc aujourd’hui très morose pour Erdoğan.

Des Arméniens participent à une procession aux flambeaux à Erevan, le 23 avril 2021, à l’occasion du 106e anniversaire du génocide arménien. ©Karen MINASYAN /AFP

DH. La France s’est engagée par un soutien aux Kurdes de Syrie. C’est presque le seul pays qui se soit opposé frontalement à la Turquie en Méditerranée orientale, notamment avec la vente de Rafales à la Grèce, mais aussi, dans un autre registre, par son soutien au Liban. Comment comprends-tu cette politique de la France. Quel rôle la France peut-elle jouer utilement dans cette région ?

AB. La France aide les Kurdes de Syrie qui contrôlent la plus grande prison de djihadistes, laquelle enferme plus d’un millier de djihadistes français. Paris n’a pas oublié l’apport des Kurdes de Syrie et d’Irak à la défaite de Daech, contrairement à Trump. C’est tout à son honneur. C’est également dans son intérêt de soutenir cet allié efficace, toujours prêt à combattre Daech.

Pour ce qui est de l’hégémonie qu’a voulu exercer Erdoğan en Méditerranée orientale, il est vrai que sans la France il n’aurait pas rencontré d’opposition significative. L’OTAN anesthésiée par Trump et l’Allemagne trop obnubilée par la gestion de ses propres Turcs, ont permis à Erdoğan de pousser ses avantages. La France a donc pris le leadership de l’opération en mobilisant l’Europe du Sud autour de la Grèce et de Chypre, entraînant aussi des puissances arabes, y compris du Golfe. Les Émirats arabes unis ont participé avec leur aviation militaire à des manœuvres récentes en Méditerranée. Paris soutient aussi le Forum du gaz en Méditerranée orientale (EMGF en anglais), une coalition qui a été montée notamment par l’Égypte, Israël, Chypre, et la Grèce pour contenir l’hégémonie turque en mettant sur pieds une coopération entre pays gaziers pour une commercialisation commune. Mais l’enjeu est aussi de rappeler à Erdoğan que la Méditerranée n’est pas un champ de manœuvre pour la Turquie.

Il y a enfin des conventions internationales (Montreux, Montego Bay…) qui empêchent la Turquie de créer des faits accomplis, de revendiquer et d’exercer son hégémonie sur des zones qui ne lui appartiennent pas. Sans le leadership de la France dans cette opération, Erdoğan aurait déjà avancé ses pions pour remettre en cause le droit international – comme il l’a fait via l’accord de novembre 2019 avec la Libye, qui élargit tellement la zone économique exclusive de la Turquie qu’elle rejoint celle de la Libye et empiète sur les eaux des autres riverains, notamment l’Égypte, Chypre et la Grèce. Cette opération de grande envergure visait à contrôler l’espace maritime de la Méditerranée orientale.

Visite d’Emmanuel Macron à Beyrouth après l’explosion au port le 4 août 2020

DH. Pour conclure, quel est ton mot de la fin ?

AB. Nous vivons dans un monde qui devient de plus en plus mouvant et incertain. Nous avons plus besoin que jamais d’être droit dans nos bottes et d’avoir les moyens d’agir ou de réagir pour défendre nos intérêts. Bien que souffrant de l’usure de son pouvoir et de difficultés majeures, Erdoğan mène une politique offensive et fonce dans les « ventres mous » de son voisinage (Libye, Syrie, Irak, Caucase, Méditerranée orientale). Il poursuivra sa politique jusqu’au moment où il rencontre de la résistance. Aussi, l’idéologie du terrorisme islamiste ne cesse de progresser sur tous les continents, même si son expression géographique a avorté chaque fois qu’elle s’est concrétisée.

Antoine Basbous, Observatoire des Pays Arabes

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Qui est Antoine Basbous ?

Antoine Basbous est politologue et spécialiste du monde arabo-islamique et du terrorisme islamiste

Il a fondé, en 1991, à Paris, l’Observatoire des pays Arabes (OPA) qu’il dirige depuis. Il s’agit d’un cabinet de conseil, totalement indépendant, spécialisé dans l’Afrique du Nord, le Proche-Orient, le Golfe et dans le monde islamique en général.

Antoine Basbous est né au Liban, où il a effectué des études de droit et de littérature française. En France, il a obtenu un doctorat d’Etat en sciences politiques et un DEA d’Information et de Communication. Il a exercé le journalisme de 1975 à 1987 à Beyrouth puis à Paris.

Antoine Basbous a publié plusieurs essais traduits en différentes langues, dont Guerres secrètes au Liban, Editions Gallimard, 1987 ; L’Islamisme, une révolution avortée ? Editions Hachette, 2000 ; L’Arabie saoudite en question, du wahhabisme à Bin Laden, Editions Perrin, 2002. En septembre 2004, une version actualisée de ce dernier ouvrage est parue en poche chez Tempus sous le titre L’Arabie saoudite en guerre ; Le tsunami arabe, Editions Fayard, 2011.

Il est consulté par les plus grandes entreprises, les gouvernements et les tribunaux européens et Nord-américains, et participe régulièrement aux débats sur les crises qui secouent les mondes arabes et islamiques, sur le terrorisme et sur les relations de l’Islam et de l’Occident.