Coronavirus, crise économique et philanthropie, le dernier cygne noir !

©Esri France

Tribune d’Antoine Vacarro, président de Force For Good by Faircom.

Je débutais il y a quelques jours, à la demande d’une revue de fund-raising, un article intitulé :

La mobilisation pour la reconstruction de Notre Dame est-il le Cygne Noir 1 de la générosité des français ?

quand survient en Europe la diffusion et l’accélération de la pandémie du Covid 19.

C’est probablement cet événement qui constituera pour l’ensemble de la planète et pour l’univers philanthropique, le véritable cygne noir.

La gravité, hors normes, que représente cette pandémie, dans des sociétés ouvertes comme nos démocraties occidentales, épargnées depuis plus de 60 ans des guerres sur leur sol, de famines, convaincues des capacités de la médecine moderne de les protéger contre tout fléau, accroît l’effet de sidération.

Les jours et semaines qui viennent vont révéler des drames humains dans de nombreuses familles.  La situation a été sous-évaluée et, d’après certains experts, un tsunami de cas graves risque de submerger les hôpitaux.

La durée de cette calamité est un autre facteur qui va peser sur le mental de populations peu habituées à de longues périodes de contraintes. Le calendrier événementiel qui se profilait pour nos concitoyens était : vacances de Pâques, Festival de Cannes, Roland Garros, tour de France… Un cycle de vie normal qui nous semble bien futile aujourd’hui.

Les conséquences de ce virus vont être dévastatrices pour nos sociétés.

Quel va être l’impact sur le secteur philanthropique, constitué de milliers d’organisations, de volontaires et bénévoles dévoués auprès de ceux qui en ont le plus besoin ?

De ma longue expérience de fund-raiser, notre secteur a connu plusieurs moments de grande crise : attentats du 11 septembre 2001, crise de subprimes de septembre 2008. Si la générosité s’est tassée, elle ne s’est pas effondrée et s’est rapidement relevée et a rattrapé tout retard.

Les précédentes épidémies, SRAS et H1N1, ont à peine été perçues par les indicateurs de collecte. La générosité a poursuivi sa croissance linéaire, sans frémir.

Il est vrai que nous n’avons jamais connu la concomitance d’une pandémie et d’une grave crise économique comme celles qui se profilent.

Dans les 30 dernières années, le don des français a connu de véritables records.

Les événements qui ont scandé ces pics de générosité remontent aux années 80 :

1985 = Famine en Éthiopie

1989 = Tremblement de terre en Arménie

1991 = Guerre du Golfe

1994 = Génocide au Rwanda

1999 = Guerre du Kosovo

2004 = Tsunami indonésien

2010 = Tremblement de terre en Haïti

2019 = Incendie de Notre Dame

Lors de chacune de ces catastrophes, les élans de générosité n’ont pas seulement bénéficié aux organisations directement concernées, mais à l’ensemble du secteur philanthropique.

Comme si les donateurs, sidérés par la gravité des événements qui leur sont rapportés par les médias, conscients de la fragilité de nos sociétés, ne souhaitaient pas abandonner les causes qui leur sont chères.

J’ai appelé cela la bulle de générosité. Nous saurons dans quelques mois, si l’incendie de Notre Dame qui a mobilisé près d’un milliard d’euros, record absolu toutes causes confondues, confirme ce phénomène d’irradiation de la générosité à toutes les causes philanthropiques.

La vision de ce qui arrive en Italie est un électrochoc et l’opinion française a compris qu’elle risquerait de subir le même désastre.

Elle a surtout compris qu’au-delà d’un certain nombre de cas graves, le système de soins français, malgré le dévouement, pour ne pas dire le don de soi de tous les personnels de santé et surtout des hospitaliers, ne pourra pas faire face.

Cette prise de conscience, au-delà de l’attitude citoyenne qu’exige cette pandémie, va déclencher un élan puissant d’admiration et de soutien aux chercheurs, aux soignants pour qu’ils disposent des moyens de combattre cette calamité.

Une Bulle de Générosité va sans doute gonfler, car les donateurs ont toujours cette forme de générosité fusionnelle avec les plus fragiles qui ne devraient pas faire défaut aux organisations qui luttent, dans un tel moment, contre toutes les formes de fragilité (handicapés, personnes âgées) et de précarité (SDF, exclus, enfance en danger) en France et à l’international, même si l’aide aux populations déshéritées de par le monde ne sera pas leur priorité. L’église aussi sera bénéficiaire de cette bulle (pardon pour le jeu de mot) car de tous temps, les grandes épidémies déclenchent une vraie ferveur religieuse.

Nous pouvons espérer que ce boum de générosité fonctionnera en un moment qui n’est pas sans rappeler les grandes crises planétaires du début du XXe siècle.

J’ai loué, quelques semaines après l’incendie de Notre Dame, le momentum solidaire, déclenché par les familles Pinault, Arnault2, Bettencourt, qui ont versé à eux seuls 500 millions d’euros.

Leur silence ou leur inaction, pendant la dramatique situation que vit notre pays, seraient bien mal venus. Les milliardaires anglo-américains, chinois et de nombreuses entreprises internationales ne cessent d’annoncer leur soutien aux équipes de chercheurs et aux soignants de leur pays en offrant de l’argent, du matériel, des tests etc.

Si je peux leur suggérer une modalité qui décuplerait leur éventuel engagement, ce serait de proposer le doublement des sommes versés par les donateurs particuliers à telle ou telle fondation ou association, en première ligne de ce combat, et ceci dans une limite qui serait définie par avance.

La France a un État Providence parmi les plus impliqués dans la prise en charge de l’intérêt général. L’ampleur et l’étendue des besoins sociaux dépassent de loin ses capacités de redistribution. L’entreprise et les citoyens doivent prendre eux aussi volontairement leur part du fardeau. Les besoins sociaux sont de plus en plus nombreux et urgents. La mobilisation de tous est l’un des garants de la cohésion sociale. C’est tout le sens de l’engagement philanthropique.

[1] Le Cygne Noir est une théorie selon laquelle on appelle cygne noir un certain événement imprévisible qui a une faible probabilité de se dérouler (appelé « événement rare » en théorie des probabilités) et qui, s’il se réalise, a des conséquences d’une portée considérable et exceptionnelle.

[2] Au moment où nous publions ces lignes, LVMH indiquait la mise en place dans ses usines de quoi fabriquer des millions de flacons gels hydroalcoliques.

La carte de l’évolution du Coronavirus est à consulter ici.

Retrouver Antoine Vaccaro, invité du podcast Force For Good.

Antoine Vaccaro

Titulaire d’un doctorat en science des organisations – Gestion des économies non-marchandes, Paris-Dauphine, 1985. Après un parcours professionnel dans de grandes organisations non gouvernementales et groupe de communication : Fondation de France, Médecins du Monde, TBWA ; il préside le CerPhi (Centre d’étude et de recherche sur la philanthropie) Force For Good, by Faircom et le Fund-raising Lab. Il assume diverses fonctions bénévoles au sein d’associations et de fondations.  Il est également co-Fondateur de plusieurs organismes professionnels promouvant le financement privé des causes d’intérêt général : Association Française des fundraisers, Comité de la charte de déontologie des organismes faisant appel à la générosité publique, Euconsult, La chaire de Philanthropie de l’Essec, 2011. Il a publié divers ouvrages et articles sur la philanthropie et le fund-raising.

 

Chine : l’ascension d’une nouvelle grande puissance philanthropique

Jack Ma, ex-PDG d’Alibaba. © STR/ AFP

Un article publié sur le site de « The Conversation« .


Le milliardaire Jack Ma, fondateur du site d’e-commerce Alibaba, a pris sa retraite des affaires. Cet ancien professeur laisse les rênes d’un groupe de 100 000 employés, valorisé plus de 450 milliards de dollars, et déclare vouloir se consacrer à la philanthropie dans le domaine de l’éducation où sa fondation innove.

« Les événements sont l’écume de l’histoire » écrivait Paul Valéry. En Chine, d’autres personnalités pratiquent depuis longtemps la philanthropie – entendue comme « générosité volontaire privée en faveur du bien public » – souvent dans la discrétion, voire l’anonymat. Mais l’ampleur de la première fortune du pays (21ᵉ mondiale, estimée à 43 milliards USD), icône de l’entrepreneur parti de zéro, combinée à son aptitude à créer l’attention médiatique, indique que nous sommes à un tournant décisif de l’histoire de la philanthropie chinoise.

Le renouveau d’une activité philanthropique millénaire

L’un des aspects souvent méconnus du capitalisme chinois est la relative absence de philanthropie privée de la part des classes aisées envers les plus modestes, jusqu’à une période récente.

Pourtant, historiquement, la Chine a une très ancienne tradition de générosité remontant à plus de trois millénaires. Celle-ci a stagné après 1949, dans les premières années de la République populaire : nationalisation des actifs ; organisations étrangères dissoutes ou refoulées du territoire. L’État socialiste devait pourvoir aux besoins sociaux et les initiatives privées furent découragées. Cette chronologie contraste nettement avec l’histoire économique des États-Unis où la philanthropie s’est posée très tôt en remède aux maux sociaux du capitalisme « sauvage » de la fin du XIXe siècle.

La philanthropie a servi depuis plus d’un siècle de « soft power » pour les pays qui la pratiquent. Les exemples historiques abondent, comme pendant la Guerre froide où il s’agissait pour l’Occident de lutter contre le marxisme. Le monde en développement est aujourd’hui une vaste zone où s’exercent des influences philanthropiques multiples, en invoquant la poursuite des Objectifs de développement durable de l’ONU. On compte déjà un nombre croissant de chercheurs d’origine chinoise au sein de la communauté académique dédiée aux organismes à but non lucratif et à la philanthropie (conférence ARNOVA 2019), et la Chine y fait l’objet d’études de plus en plus approfondies.

Depuis son ouverture à l’économie de marché sous l’ère Deng Xiaoping, la Chine a connu une croissance fulgurante. L’un des effets secondaires étant le creusement des inégalités, les premières fondations privées ont bourgeonné dans les années 1980-90 pour tenter d’enrayer ce processus et seconder l’État dans ses dépenses sociales. Il faut attendre 1994 pour que la compatibilité entre philanthropie et socialisme soit officiellement admise. On assiste aujourd’hui à une véritable renaissance de l’esprit de philanthropie privée dans le pays.

Une tradition de générosité solidement ancrée

Les fondements philosophiques de la tradition philanthropique chinoise sont à rechercher en partie dans la pensée confucéenne, un humanisme fondé sur des valeurs (bonté, droiture, loyauté) et visant à l’harmonie sociétale, qui occasionne cependant des défis pour l’identité chinoise contemporaine.

On peut y ajouter la gratitude qu’éprouvent les bénéficiaires de la modernisation économique et leur obligation morale de « redonner à autrui » une part de leur succès, faisant écho à la norme sociale américaine du « give-back ». L’éducation est de loin la principale cause bénéficiaire des dons privés, car elle est perçue comme un moyen d’émanciper les populations de la pauvreté. En Chine, les entreprises ou fondations d’entreprises ont contribué 65 % des 23,4 milliards USD de dons caritatifs estimés en 2016. Mais la démarche philanthropique y reste essentiellement une affaire individuelle, dans la mesure où une large part des riches y ont acquis leur fortune de leur vivant (« self-made ») et où de nombreux entrepreneurs identifient étroitement leur propre destinée à celle de leur firme. Parmi les 200 plus riches du pays, près d’un quart ont créé leur propre fondation pour canaliser leurs dons. En 2014, la générosité totale représentait environ 0,2 % du PIB chinois, contre 2 % en moyenne aux États-Unis.

 

Un secteur en plein essor

Plus d’un milliard de Chinois utilisent Internet pour faire des dons. En 2015, l’entreprise Tencent (leader des services Internet et mobiles) a lancé la « Journée de la philanthropie 9 Septembre », événement annuel dédié au financement de projets caritatifs. Plusieurs dizaines de millions de personnes y ont déjà participé, ce qui a permis de sensibiliser à grande échelle l’opinion publique chinoise à la générosité en faveur des associations et fondations. L’initiative internationale GivingTuesday est désormais aussi relayée en Chine.

En 2018, les 100 plus grands donateurs (individus ou entreprises) recensés par Forbes ont contribué au total plus de 19 milliards de yuans (2,8 milliards USD) à des causes caritatives. Près du double des 10,4 milliards de yuans donnés en 2016. Pour faire partie de cette liste, il fallait donner un minimum de 18 millions de yuans (2,6 millions USD) en 2018 contre 5 millions de yuans (730 000 USD) en 2016. Les 48 premiers donateurs ont franchi la barre des 100 millions de yuans, et représentent ensemble 90 % du total. Les dons ont été principalement orientés vers l’éducation (49 %) et la lutte contre la pauvreté. Ces montants sont corroborés par la Hurun Philanthropy List 2019.

Multiplication des milliardaires philanthropes

La multiplication des philanthropes chinois est directement liée au rythme d’apparition de grandes fortunes. En 2017, la banque UBS recensait 373 milliardaires en Chine continentale (la deuxième concentration au monde après les 585 milliardaires vivant aux USA), dont 89 nouveaux individus, soit en moyenne près de deux nouveaux milliardaires chaque semaine. Leur nombre s’est réduit à 325 en 2018, en phase avec la tendance mondiale de légère contraction du nombre des ultra-riches après cinq années de hausse continue.

Parmi la nouvelle génération d’entrepreneurs ayant bâti leur propre fortune, de grandes figures nationales souhaitent inspirer une nouvelle génération de philanthropes. Ainsi le Dr Charles Chen Yidan, cofondateur de Tencent, a-t-il quitté l’entreprise en 2013, après être devenu l’un des hommes les plus riches du pays, pour se consacrer à la promotion de l’éducation. Le Prix Yidan (3,8 millions USD) est le plus généreux au monde pour la recherche en éducation.

Dr Charles Chen Yidan, fondateur du Prix Yidan pour l’éducation.

Une autre figure proéminente est Madame He Quiaonv, qui a annoncé en 2017 une promesse de 1,5 milliard USD en faveur de la préservation de la biodiversité, le plus grand don de tous les temps pour cette cause. Les incitations fiscales au mécénat ont été récemment rehaussées. Les particuliers peuvent déduire leurs dons dans la limite de 30 % de leur revenu imposable, et les entreprises jusqu’à 12 % de leurs profits annuels.

Des observatoires de la philanthropie

Les travaux de recherche se multiplient sur la philanthropie chinoise, de même que les institutions visant à accompagner la croissance du secteur et à former les cadres des nouvelles fondations. Au premier chef, le China Foundation Center dénombrait 5 545 fondations (créées par des particuliers fortunés ou recourant à une collecte publique annuelle) fin 2016, un chiffre qui a plus que quadruplé (+430 %) en une décennie depuis 2006. Leur nombre aurait ensuite crû à 6 322 fondations en 2017 et 7 048 fondations en 2018. En 2014, leurs dons totaux s’élevaient à 102 milliards de yuans (16,7 milliards USD).

Multiplication des fondations chinoises (2006-2016). China Foundation Center.

Côté américain, l’Université Harvard a créé une base de données afin de recueillir les données les plus précises possibles sur la philanthrope chinoise. Il propose en outre plusieurs formations de haut niveau destinées aux dirigeants de ce secteur émergent. Le nombre de fondations sino-américaines répertoriées aux US a quadruplé depuis l’an 2000 pour atteindre 1 300 entités en 2014. Des coopérations bilatérales sont en cours pour tenter d’aligner les intérêts et les desseins des deux géants philanthropiques mondiaux.

Ainsi le China Global Philanthropy Institute a-t-il été fondé en 2015 par cinq philanthropes chinois et américains, dont Bill Gates. L’objectif est de susciter des émules en « faisant émerger des philanthropes exemplaires et des dirigeants professionnels du secteur philanthropique », avec une double visée nationale et internationale. Pour y parvenir, l’Institut s’appuie sur un triptyque de formation académique, accompagnement aux bonnes pratiques, et voyages d’études.

D’autre part, fin 2019 vient d’être lancé le China Philanthropy Big Data Research Institute, dans l’optique de mobiliser l’ensemble du champ scientifique et technologique, y compris l’intelligence artificielle, en faveur des activités caritatives, avec une volonté affichée de coopération mondiale. Ces démarches sont à mettre en regard de l’activisme plus général de la Chine qui recherche une prééminence dans le domaine des technologies applicables aux transactions financières, via l’adoption imminente d’une monnaie électronique ou la maîtrise de la blockchain.

Une projection internationale prévisible

La Grande Chine, incluant Hongkong, est d’ores et déjà la principale source de financement extérieur des universités américaines, via les dons effectués par des anciens élèves (« alumni »), loin devant les sources traditionnelles que sont le Royaume-Uni et le Canada. Ces échanges ne restent pas sans critiques, dans un cadre plus général de tensions entre la Chine et les États-Unis qui affectent les universités.

D’autre part, les fondations chinoises effectuent déjà des dons internationaux, surtout lors des catastrophes naturelles, et ce sur tous les continents. Une dizaine ont même établi des bureaux ou pilotent des projets à l’étranger. Si les grandes masses de la philanthropie chinoise sont pour l’instant contenues à l’intérieur des frontières nationales, tous les ingrédients sont désormais réunis pour qu’elle se projette à l’international de manière exponentielle. Cela entraînera mécaniquement deux conséquences.

Dons internationaux aux universités américaines (2007-2013). Wall Street Journal

Si les grandes masses de la philanthropie chinoise sont pour l’instant contenues à l’intérieur des frontières nationales, tous les ingrédients sont désormais réunis pour qu’elle se projette à l’international de manière exponentielle. Cela entraînera mécaniquement deux conséquences.

D’une part, le paysage international de la philanthropie va être influencé par la présence accrue d’acteurs chinois, dont personne ne sait dire aujourd’hui quelles orientations ils privilégieront. Comment vont-ils s’insérer dans les réseaux existants du secteur ? Comment entendront-ils contribuer à l’émergence d’une infrastructure philanthropique mondiale ?

Comment cette ascension et la redistribution des cartes au sein de l’écosystème philanthropique international va-t-elle être abordée, sachant que celui-ci est traditionnellement sous forte influence occidentale, par ses valeurs cardinales, ses réseaux financiers, ses modes opératoires ?

Symétriquement, les fondations et philanthropes chinois qui seront actifs à l’international vont probablement nourrir, enrichir, et sans doute infléchir leurs visions au contact de leurs homologues étrangers.

Le partage international d’expériences sera-t-il une source d’inspiration pour l’évolution du secteur philanthropique domestique ? Comment la Chine va-t-elle gérer cet échange à double sens de concepts, d’idées, de techniques, et peut-être même de personnel ?

Quelles que soient les réponses à ces questions, au cours des prochaines années, le secteur philanthropique chinois sera confronté à plusieurs défis : la gestion de l’internationalisation, la transparence des organisations à but non lucratif, la professionnalisation des agents, l’évolution du cadre réglementaire, la prise en compte élargie de la responsabilité sociétale et le virage écologique.

Une influence mondiale

Sur la scène mondiale, la Chine intervient de façon plus visible qu’autrefois, via ses investissements directs étrangers et son aide publique au développement, notamment en Afrique.

Dès 2013 avait été révélée l’initiative des « Nouvelles Routes de la Soie », qui relie le pays à de nombreux partenaires commerciaux via des voies terrestres et maritimes. En 2017 y a été ajouté un volet de coopération entre 300 ONG de 60 pays. En 2019, les autorités ont annoncé leur souhait que ces voies d’échanges évoluent vers une « haute qualité » en mettant l’accent sur leur durabilité financière et environnementale.

Le Président Xi Jinping a présenté en 2017 sa pensée « sur le socialisme aux caractéristiques chinoises pour une nouvelle ère », incluant une déclinaison spécifique pour la diplomatie, appelée à être plus active et à bâtir « un futur commun pour l’humanité ».

Dans l’hypothèse où les autorités déploieraient une visée similaire sur l’orientation du gigantesque potentiel de flux philanthropiques à l’extérieur du pays avec autant de détermination et de stratégie à long-terme, il est indubitable que la Chine accédera au rang de « grande puissance philanthropique ».

Une force sur laquelle il faudra compter bien au-delà de ses frontières au cours du XXIe siècle, et qu’il convient d’observer attentivement dès aujourd’hui parmi les corollaires de la trajectoire ascendante du pays

 

Fabrice JaumontChercheur en sciences de l’éducation, Fondation Maison des Sciences de l’Homme (FMSH) – USPC

Charles SellenGlobal Philanthropy Fellow, Lilly Family School of Philanthropy, Indiana University

 

Un article à retrouvez sur le site de « The Conversation »