Ni vacances, ni répit pour l’humanitaire !

Et si c’était le bus de nos enfants, comme ici au Yémen ?

C’est plus qu’un symbole, la Journée mondiale de l’aide humanitaire a lieu chaque année le 19 août en pleine vacances. Et l’été 2018 a été brûlant pour les humanitaires.

La palme d’horreur revient sans conteste à la coalition militaire menée par l’Arabie saoudite au Yémen. Je ne suis pas là pour prendre parti dans cette guerre, mais ça ne dispense pas les protagonistes d’humanité. Cibler et tuer des enfants, comment ça peut s’appeler ?

Le 9 août au Yémen, 40 écoliers en excursion sont tués à bord d’un bus et, le 23 août, c’est encore 26 enfants assassinés comme l’atteste Mark Lowcock des Nations unies. Tuer ainsi des enfants, ce n’est pas la guerre, c’est le massacre des innocents !

En Ethiopie, c’est plus d’un million de déplacés qui fuient les violences communautaires dans la région de Gedeo. Au Venezuela, l’hémorragie n’en finit pas et c’est, semble-t-il, plus de 1,6 million d’habitants contraints à l’exil depuis 2015 et qui trouvent refuge en Colombie, et maintenant au Brésil, non sans mal.

Au Myanmar, 700 000 réfugiés Rohingyas s’entassent sous la mousson pourvoyeuse d’épidémies, sans grand espoir de retour. L’épidémie Ebola menace toujours en RDC en se déplaçant au Nord-Kivu et en Ituri, où les violences chroniques compromettent la stratégie de vaccination ciblée.

Les humanitaires sont donc mobilisés sur le front de l’urgence, où les batailles ne manquent pas, en redoutant la catastrophe annoncée à Idlib en Syrie.

Et ceci n’est jamais sans risque. C’est Antonio Guterres qui rappelle, dans sa déclaration le 19 août, que 15 ans après l’attaque du quartier général de l’ONU à Bagdad où Sergio Vieira de Mello et ses compagnons succombèrent, c’est plus de 4 000 humanitaires qui depuis ont été tués, blessés, détenus ou enlevés.

Saluons ici la mémoire de celui que l’on a qualifié d’apôtre de la paix, Kofi Annan, décédé le 18 août. Lui qui dû s’incliner face au génocide rwandais, au massacre de Srebrenica et à la désastreuse guerre déclenchée en Irak en 2003. Lui qui transforma ce que l’on appelait, improprement d’ailleurs, le devoir d’ingérence par le devoir de protéger.

Les Nations unies qui par la voix d’OCHA viennent de publier un point d’avancement dont nous rendons compte dans Défis Humanitaire sur les engagements pris lors du 1er Sommet Mondial Humanitaire de mai 2016 à Istanbul. Que faut-il en penser ?

Nous vous présentons aussi le « Global Humanitarian Assistance Report 2018 » qui est sorti à la fin de l’été. Si les budgets continuent de progresser pour atteindre 27,3 milliards de dollars en 2017, ils se tassent du côté des institutions alors qu’il faudrait environ 40 milliards de dollars pour répondre aux crises humanitaires qui risquent de durer et de se propager !

C’est maintenant la rentrée et nous attendons avec impatience de voir si les engagements de la Stratégie Humanitaire de la République Française et du CICID seront tenus dans le projet de loi de finance 2019. C’est l’épreuve de vérité.

Bonne lecture de Défis Humanitaires et à bientôt avec de nouveaux articles pour vous informer, réfléchir, prendre position pour l’humanitaire.

 

Alain Boinet.