Humanitaire, touché mais pas coulé, debout !

© La Chaîne de l’Espoir – Blessé équipé par le centre Unbroken en Ukraine

En prévision du prochain G7 du 15 au 17 juin 2026 à Evian, le gouvernement français a commandé à l’IFOP une étude (1) sur l’état des opinions publiques des pays du G7 (2) sur l’aide publique au développement et la coopération internationale. L’étude de l’IFOP nous réserve des surprises et soulève un paradoxe. Elle mobilise ici notre analyse et des propositions de Défis Humanitaires.

Pour mémoire, le G7 est né en 1975 à l’initiative du président français Valéry Giscard d’Estaing, après le premier choc pétrolier de1973, dans le contexte de la guerre du Kippour. La fermeture du détroit d’Ormuz et ses conséquences mondiales seront bien présentes à la 51ème édition des pays membres du G7 sur les bords du lac Léman en Haute-Savoie. Ce G7 mobilise aussi le « Civil Society 7 » ou C7 qui rassemble des centaines d’acteurs avec Coordination Sud (3), la plate-forme française des organisations de solidarité internationale.

Ce G7 abordera pour la première fois une question humanitaire essentielle, celle de la chaîne d’approvisionnement logistique mondiale. Il sera précédé de quelques jours seulement par la 7ème Conférence Nationale Humanitaire (CNH) le 3 juillet à Paris. CNH organisée par le ministère de l’Europe et des affaires étrangères et son Centre de Crise et de Soutien (CDCS) en lien avec les ONG humanitaires du Groupe de Concertation Humanitaire (GCH).

Mais que nous dit au juste l’étude de l’IFOP de l’état des opinions publiques des pays du G 7 sur la coopération internationale ?

 

Que nous dit l’étude de l’IFOP ?

Cette étude très complète peut-être résumée pour l’essentiel par plusieurs constats.

D’abord l’intérêt marqué des opinions publiques pour l’actualité internationale dans une proportion de 71% en moyenne.

Ensuite, par une hiérarchie des enjeux qui vont du terrorisme et de l’extrémisme (72%), aux conflits (67%) et à l’économie (55%).

Si la coopération internationale est une obligation morale pour 70% des sondés, c’est également une politique qui répond à nos intérêts pour 78% en moyenne au sein du G7 et pour 71% en France.

Selon l’IFOP, le soutien de principe au financement des pays en développement atteint 75%, l’Italie se hissant largement en tête (84%) tandis que la France arrive en queue de peloton (66%).

Mais, il est des chiffres qui nous interpellent. Le niveau de compréhension de ce qu’est la coopération internationale est de 50% en moyenne et de 46 % en France.

Le plus problématique réside dans le faible niveau d’information dont disent disposer les opinions publiques, soit 47% en moyenne dans les pays du G7 et seulement 28% en France ou 50% des personnes se disent mal informés et 20% très mal informés !

A l’inverse, l’attente de l’opinion est très forte de savoir comment sont utilisés les financements de la coopération internationale, 75% en moyenne contre 82% en France.  Autre questionnement, 75% des personnes et 82% en France se demandent quels sont les résultats concrets de cette coopération. Mais tout autant, 75% demandent quelle en est l’utilité pour chaque pays du G7. Enfin notons une exigence de contrôle pour 73% en moyenne et pour 77% en France. Les attentes de preuves tangibles et convaincantes sont très élevées et constituent un enjeu pour l’avenir de la solidarité internationale.

De surcroit, ce qu’il y a de véritablement surprenant c’est la profonde méconnaissance de la part du budget des Etats qui finance la coopération internationale. Seul 2% des sondés savent que ce pourcentage est inférieur à 1% alors que 16% pensent qu’il représente entre 10 à 15%.  Ce montant est estimé par les Français à 14,7% du Revenu National Brut (4) alors que le pourcentage réel consacré à l’Aide Publique au Développement (APD) en 2025 a été en réalité de 0,42% ! L’écart est considérable et dénote un manque abyssal d’information juste.

Si l’on veut résumer à grand trait, une forte majorité des populations des pays membres du G7 est favorable à l’aide internationale qu’elles surestiment énormément tout en demandant à être mieux informées sur la pertinence des projets, sur leur impact concret (37% seulement des Français jugent que l’aide est efficace), sur un contrôle rigoureux de la mise en œuvre et, enfin, sur l’intérêt de cette coopération pour les pays donateurs eux-mêmes.

Enfin, 64% des habitants estiment que ce qui se passera dans les pays en développement pourra avoir un impact important sur leur vie. Soulignons que l’opinion publique en France est l’une des plus réservées sur la politique de coopération.

 

Mais que nous disent les derniers chiffres de l’Aide Publique au Développement ?

Le récent rapport du Comité d’Aide au Développement (CAD) de l’OCDE (5) constate une baisse de 23,1% de l’Aide Publique au Développement en 2025 avec un budget de 174,3 milliards de dollars.

© OCDE – L’évolution de l’aide publique au développement dans le monde

26 des 34 pays membres du CAD de l’OCDE ont réduits leur aide en 2025 et des baisses ont déjà eut lieu en 2023 et 2024. L’aide de la France en 2025 a été de 14,53 milliards de dollars, soit O,42% du RNB. Celle-ci avait déjà baissée de 11% en 2023 et de 13% en 2024. Selon Coordination Sud l’aide pourrait être réduite de 58% en France en 2 ans. L’OCDE anticipe une nouvelle baisse de 5,8% en 2026.

L’aide humanitaire des pays du CAD a très fortement diminué de 35,8 % pour s’établir à 15,5 milliards de dollars, soit un deuxième recul consécutif après 5 années de croissance (2019-2023).

Pour bien comprendre ces chiffres, notons que 5 pays du CAD (Etats-Unis, Allemagne, Royaume-Uni, Japon et France) représentent 95,7% de la baisse totale de l’APD, mais qu’a eux seuls, les Etats-Unis sont à l’origine des trois quarts de ce recul avec une APD en baisse de 56,9% par rapport à 2024. Les 5 premiers contributeurs représentent un montant de 132,02 milliards de dollars sur un total de 174,3 en 2025.

Pour mémoire, les pays non membres du CAD ont consacré 13,3 milliards de dollars à la coopération et 11,7 milliards pour 30 grandes fondations philanthropiques qui rapportent leur don à l’OCDE.

Enfin, les projections indiquent une nouvelle baisse de 5,8% de l’APD du CAD en 2026, un chiffre qui ne tient pas compte des conséquences de la guerre au Moyen-Orient et de l’embargo dans le détroit d’Ormuz.

© OCDE – L’aide publique au développement en France

Paradoxe, analyse et conséquences.

Un paradoxe apparaît dans l’opposition entre une majorité des habitants des pays du G 7 qui soutiennent toujours la coopération internationale et la réduction forte, rapide et qui va se poursuivre dans le financement de la coopération internationale des pays du G 7 et du CAD.

La première explication qui me vient à l’esprit est celle d’un décalage de compréhension et d’attitude entre les opinions publiques et les gouvernements. Les citoyens sont encore dans un soutien habituel à la coopération internationale alors que les Etats ont déjà tiré les conséquences des basculements profonds en cours dans les relations internationales, dans les rapports de puissance, d’intérêt et les risques de guerre.

Dans ce contexte, il y a deux prises de conscience de la part des pays occidentaux, l’Europe en particulier, puisque dorénavant nous devons mettre à part les Etats-Unis de Donald Trump.

Le premier est celui de l’émergence de pays dits du sud regroupés dans les BRICS qui représentent une dizaine de pays (6) influencés par d’anciens empires qui aspirent à le redevenir, comme la Russie et la Chine, et qui remettent en cause l’ordre du monde né à la fin de la seconde guerre mondiale ainsi que le modèle occidental (démocratie, Etat de droit, économie de marché).

La 16ème édition du Sommet des BRICS à Kazan (Russie) le 24 octobre 2024

Le cas de plusieurs pays du Sahel comme le Mali, le Niger et le Burkina Faso est emblématique. Pourquoi coopérer avec des pays dont les gouvernements sont issus de coups d’Etat militaire, qui demandent le départ des troupes françaises, qui font appel aux mercenaires russes de l’Africa Corps et qui exigent l’absence de financement public français dans les projets humanitaires et de développement des ONG. Cela modifie profondément les politiques publiques de coopération bien que les besoins vitaux des populations victimes de la guerre et de la pauvreté chronique légitiment toujours autant l’action humanitaire.

Le second choc est la prise de conscience du risque d’une extension de la guerre suite à l’attaque de la Russie contre l’Ukraine le 22 février 2022. Ainsi, la guerre redevient en Europe un moyen de conquête et celle-ci pourrait se renouveler, singulièrement contre les pays baltes. Cela obligerait les pays membres de l’OTAN à réagir au risque d’être entrainé dans la guerre alors que la plupart de ces pays ne sont pas prêts à la faire et doivent s’y préparer en se réarmant sans que l’engagement américain soit dorénavant certain.

Si vous conjuguez ces deux séismes externes avec les risques internes sur le plan politique, économique et social dans certains pays, comme cela s’est produit aux Etats-Unis avec la seconde élection de Donald Trump, vous avez alors des raisons suffisantes pour comprendre les changements de priorité en cours.

Livret du gouvernement suédois « En cas de crise ou de guerre » 2024

Et pourtant, pour ces pays, poursuivre ces politiques de coopération sous une forme adaptée est bien une nécessité pour ne pas « jeter le bébé avec l’eau du bain » et céder aux pressions des néo empires renaissants.

 

Quels défis pour la prochaine Conférence Nationale Humanitaire ?

Le budget humanitaire de la France a été de 285 millions d’euros l’année dernière alors qu’il a été de 800 millions en 2023 et qu’il aurait dû être d’un milliard d’euros en 2025.

Depuis la 1ère Conférence Nationale Humanitaire en 2011, nous n’avons connu que des progrès, d’abord avec la création de cette Conférence, puis celle du Groupe de Concertation Humanitaire, mais encore l’adoption d’une Stratégie Humanitaire de la République Française et, enfin, l’augmentation continue du budget humanitaire et de l’APD à partir de 2018.

© Alain Boinet – Conférence Nationale Humanitaire 2021

La prochaine CNH le 3 juillet ne peut donc pas s’inscrire dans les pas des précédentes mais, tout au contraire, chercher tout à la fois à prendre la mesure du reflux pour l’endiguer tout recherchant des alternatives, des alliances, de nouvelles perspectives.

Cette CNH aura au programme 3 sujets principaux.

  • L’espace humanitaire et le droit international humanitaire.
  • La réforme humanitaire ou « reset », l’innovation et la mutualisation.
  • Le partenariat et les financements.

Le défi est de taille car il nous faut comprendre que la chute des financements, l’érosion du magistère humanitaire, le reflux du droit international humanitaire et la restriction d’accès des secours aux populations en danger sont liés les uns aux autres et s’entrainent dans une spirale négative ! C’est cela qu’il faut stopper et relancer une nouvelle dynamique.

Si nous avons déjà évoqué ces questions dans Défis Humanitaires, j’aimerai ce mois-ci insister sur 4 d’entre elles :

  • Dans un document préparatoire au G7, le ministère des finances et du budget évoque le choix de « passer d’une logique d’assistance à une logique de partenariat mutuellement bénéfique ». Si cette logique d’une APD comme partenariat d’investissement avec des pays solvables peut-être considérée, comment cela serait-il possible avec des pays pauvres victimes d’une guerre, d’une catastrophe ou d’une épidémie dévastatrice ?
  • L’urgence humanitaire doit demeurer un devoir moral inconditionnel, mais également un devoir stratégique afin d’éviter la propagation du malheur et du chaos de proche en proche aux pays voisins, voire au-delà
  • La sécurité humaine devrait mieux inspirer l’action humanitaire à l’avenir sur la base de ses composantes alimentaire, sanitaire, économiques, personnelles, communautaires et politiques, tant l’insécurité des uns peut devenir l’insécurité des autres.
  • Constatons que si l’APD a baissé de 23,1%, l’aide humanitaire a chuté de 35,8% ! Pour éviter cette dérive, nous devrions revenir à l’idée de « sanctuariser l’humanitaire » dans l’APD el lui consacrant un minimum de 9% de son montant total.
  • Enfin, puisque les financements publics sont en berne, pourquoi ne pas lancer en France une loterie humanitaire ?

 

Conclusion.

Tout changement d’époque entraine un changement de priorités. Mais la nécessité morale et stratégique de l’aide humanitaire et au développement doit demeurer une constante pour sauver des vies, sortir de la pauvreté et générer un développement durable.

Dans un monde tout à la fois divisé et interdépendant où tout se sait, la solidarité demeure un avantage comparatif qui distingue les solidaires des prédateurs. Il n’y a pas d’incompatibilité pour un pays à servir sa population et ses intérêts tout délivrant les secours d’urgence là ou cela est vital tout en accompagnant le développement qui est de l’intérêt de tous.

Sans oublier de répondre aux fortes attentes d’information des citoyens quant à la pertinence de la coopération, de son impact, de sa bonne gestion et des partenariats mutuellement gagnant qu’elle créée.

C’est justement la mission que se fixe Défis Humanitaires, dans cette édition comme dans les précédentes, d’agir face à la mésinformation comme à la désinformation.

Vous aussi vous pouvez être un acteur de cette mission humanitaire en partageant notre revue autour de vous et en la soutenant de votre don (fairundon) pour lui permettre d’être, de durer et de se développer pour ses lecteurs. Merci.

Alain Boinet.

  1. https://www.afd.fr/fr/ressources/sondage-g7-partenariats-internationaux
  2. Pays membres du G 7 : France, Allemagne, Italie, Grande Bretagne, Canada, Etats-Unis, Japon.
  3. Coordination Sud, site du C 7 dédié au G 7. https://2026civil7.org/fr/
  4. Revenu National Brut « Le RNB comprend le produit intérieur brut (PIB) et les revenus nets du travail et de la propriété reçus de l’étranger dont on soustrait les revenus versés à l’étranger.
  5. OCDE Organisation de coopération et de développement économique. OCDE et APD : https://www.oecd.org/fr/topics/policy-issues/official-development-assistance-oda.html#:~:text=L’aide%20internationale%20a%20connu,1%20%25%20par%20rapport%20%C3%A0%202024.

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Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne www.defishumanitaires.com. Il est le fondateur de l’association humanitaire Solidarités International dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources. Il continue de se rendre sur le terrain (Syrie du nord-est, Haut-Karabagh/Artsakh et Arménie) et de témoigner dans les médias.


Conférence Nationale Humanitaire 2023

Entretien avec Philippe Lalliot, directeur du Centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Vidéo de l’entretien sous ce texte.

Alain Boinet : La 6ème Conférence Nationale Humanitaire (CNH) vient de se tenir à Paris le 19 décembre. Pouvez-vous pour nos lectrices et lecteurs nous présenter cette Conférence.

Philippe Lalliot : C’était une belle manière de commencer un mandat. En effet j’ai pris mes fonctions à la tête du Centre de crise et de soutien du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères il y a un peu moins de 4 mois. Cette Conférence Nationale Humanitaire, était surtout très attendue par tous les acteurs humanitaires.

Cette conférence, mais également la Stratégie Humanitaire qui a été présentée à cette occasion-là, sont vraiment une réalisation collective, qui a permis à l’ensemble des partenaires, à commencer par les ONG qui siègent au comité de pilotage de travailler ensemble pendant de longs mois. Le résultat, je crois, reflète bien les discussions qui ont eu lieu, les sujets qui ont été abordés dans leur complexité. J’espère que chacun s’y retrouve et que chacun est à l’aise avec l’événement qui s’est tenu et avec le document présenté.

Ce que je retiens, c’est aussi le succès de cette conférence, ne serait-ce que par le nombre de participants : 650 participants dont plus de 350 en présentiel. On n’avait pas eu depuis 2018 une conférence nationale humanitaire en présentiel. Celle de 2020 s’est tenue à distance.

Les circonstances bien sûr, expliquent aussi ce succès. Ce qui se passe en ce moment à Gaza illustre la nécessité de réfléchir ensemble et de discuter des difficultés qu’on rencontre et des solutions qu’on peut ensemble imaginer et mettre en œuvre.

J’ai été frappé par la richesse des discussions qui se sont tenues. Trois tables rondes se sont succédées avec une grande diversité de participants. Le niveau aussi témoigne de l’intérêt suscité : le Président de la République en ouverture, en visio, deux interventions de la Ministre, de responsables des Nations unies, des dirigeants d’ONG françaises, internationales et locales.

Il était enfin intéressant d’avoir une conférence tournée vers le bilan des années passées, mais en mettant aussi des réflexions sur l’avenir. Compte tenu de ce qu’est aujourd’hui l’état du monde, compte tenu de cette multiplication, de cette aggravation et de cette superposition des crises, qu’est-ce qu’on peut ensemble faire de plus et faire mieux ?

J’étais très intéressé notamment par toutes les discussions sur l’innovation, sur l’adaptation de nos réponses sur l’efficacité de nos actions, aux besoins et à l’évolution des besoins.

Emmanuel Macron lors de la Conférence Nationale Humanitaire 2023 © Elysée

Alain Boinet : Comme vous venez de l’évoquer, cette conférence comprenait trois tables rondes avec la participation de divers partenaires. Ces tables rondes portaient sur l’adaptation de la réponse humanitaire à la multiplication des besoins, la protection de l’action humanitaire dans le contexte de remise en cause du droit international humanitaire, le développement de nouvelles modalités de financement pour une plus grande efficacité. Quels en ont été selon vous les points forts ?

Philippe Lalliot : Je retiens une première chose, c’est que ces thèmes n’avaient pas été choisis par hasard mais débattus entre nous dans les comités de pilotage. Ils permettaient de traiter des sujets qui sont vraiment prioritaires pour l’action humanitaire.

Les sujets de financement, d’abord permettent d’illustrer les efforts faits par la France sur ces sujets humanitaires, puisqu’on a une trajectoire budgétaire qui après un premier doublement sur la précédente période, consacre à nouveau un doublement pour atteindre un milliard d’euros par an en 2025. C’est très important dans un contexte où les besoins explosent et où certains, sinon la plupart de nos partenaires, ont plutôt tendance à réduire la voilure.

Cette table ronde permettait aussi d’évoquer la question centrale des partenariats. On a attaché une importance particulière dans la Stratégie aux partenariats. Pour insister sur la dimension européenne, mais aussi parce qu’il y a une réflexion à avoir sur la place de ces nouveaux partenaires que sont les collectivités locales, les fondations, les entreprises privées. Nous avons aussi parlé innovation, pluri-annualisation, flexibilité et redevabilité, localisation et partenariats privilégiés. Sous des dehors un peu arides, cette table ronde pose des vrais sujets de principe qui vont déterminer nos modes d’action dans les années qui viennent.

La deuxième table ronde était, je pense, tout aussi intéressante. Elle était consacrée au droit international humanitaire, à son respect, à sa promotion, à la protection des personnels humanitaires. Gaza montre aujourd’hui à quel point ce sont des sujets absolument centraux. Une des participantes, disait justement « sans droit humanitaire pas d’action humanitaire » ; cela permet d’illustrer aussi le rôle de la France en grand avocat du droit international de manière générale et du droit international humanitaire en particulier. Ce sujet n’est pas simplement un sujet qu’on enseigne à l’université mais qui a des traductions concrètes très importantes sur le terrain. Concernant la question de l’exemption généralisée, la position de la France depuis l’adoption de la résolution 2664 est bien connue. On a fait des progrès récemment sur la PC 931, mais on a encore du travail devant nous et on veut le faire avec les ONG parce que c’est une de leurs grandes demandes et une demande qui me paraît légitime.

La première table ronde avait vocation à poser le paysage général dans lequel se déploie l’action humanitaire. Les crises se multiplient. Ce qui me frappe, c’est qu’elles gagnent en gravité, en complexité, en intensité. Certaines se prolongent et ces crises s’ajoutent ainsi les unes aux autres comme une espèce de surinfection de la plaie. Ce phénomène-là est très inquiétant en lui-même. Il implique aussi pour nous, je pense, une réflexion à avoir sur les moyens collectivement que nous pouvons dégager pour répondre à ces crises.

Intervention de Philippe Lalliot lors de la troisième table ronde lors de la CNH 2023 © Centre de crise et de soutien

Alain Boinet : La CNH a été l’occasion de présenter la nouvelle stratégie humanitaire de la République Française. Quelles sont ses axes principaux ?

Philippe Lalliot : Il y en a quatre. La première partie de la Stratégie est dédiée au droit international humanitaire, sa promotion ainsi que la protection des personnels humanitaires. C’est un sujet qui résonne bien sûr aujourd’hui avec une particulière acuité, quand on voit ce qui se passe à Gaza.

La deuxième partie expose nos grandes priorités thématiques. On en a isolé 5, ensemble encore une fois avec les ONG : tout ce qui touche au climat, à la sécurité alimentaire et la nutrition, à la santé et à la continuité des soins, aux droits des femmes et des filles, à l’égalité de genre, enfin tout ce qui concerne l’enfance et les droits de l’enfant. Il y a dans ces 5 priorités une forme de continuité avec les stratégies précédentes. Je pense notamment au climat et au genre également. Il y a des choses nouvelles et je veux remercier les ONG qui ont plaidé en ce sens. Je pense notamment à tout ce qui touche à l’enfance, aux droits de l’enfant qui pour la première fois, acquiert une portée transversale.

Il y a enfin deux dernières parties respectivement consacrées au financement et aux partenariats. Nous voulions donner une vraie dimension européenne à cette Stratégie. On a commencé déjà sous présidence française du Conseil de l’Union européenne avec le Forum humanitaire. Je pense qu’on a des outils en place, d’autres qu’il faut certainement créer. Il y a une forme de mutualisation et de réflexion collective à avoir compte tenu de l’ampleur des besoins qu’on constate aujourd’hui et qui ne vont pas diminuer dans les années qui viennent.

Alain Boinet et Philippe Lalliot lors de l’entretien du 21 décembre 2023 au Centre de crise et de soutien © Défis Humanitaires

Alain Boinet : Vous avez évoqué l’augmentation du budget humanitaire de la France d’ici 2025. Au moment où certains pays diminuent leur contribution, comment faut-il comprendre cet effort budgétaire ? Comment se répartira le budget entre le Fonds d’Urgence Humanitaire, l’Aide Alimentaire Programmée et la Direction des Organisations Internationales ? Enfin, quelles sont les innovations principales envisagées dans la mise en œuvre de ces moyens avec vos partenaires ?

Philippe Lalliot : Déjà, je pense qu’il faut reconnaître qu’avec deux Stratégies successives, la France retrouve une voix qui porte et sa place dans le dans le concert des nations sur ces sujets humanitaires. On était devenus inaudibles et en deux temps, avec un premier palier à 500 millions et un second palier à un milliard d’euros par an, la France est dans les 10 premiers bailleurs au niveau international, les 3 premiers au niveau européen. Nous pouvons à nouveau porter des positions à la hauteur de nos ambitions.

Cet effort collectif dit aussi la priorité qui est accordée à ces sujets humanitaires dans les arbitrages budgétaires et dans les choix qui sont faits. Il contribue fortement à la crédibilité et au rayonnement international de notre pays.

Sur ce que vous appelez les guichets, nous avons en effet trois canaux de distribution des crédits humanitaires : le financement des agences des Nations unies, l’aide alimentaire programmée et le fonds humanitaires ou fonds ONG pour dire les choses simplement.  Des systèmes de coordination entre nous permettent d’éviter le fonctionnement en silo qui serait désastreux pour l’efficacité de notre action. On est aujourd’hui grosso modo à une répartition par tiers. Je pense qu’on va rester à cet équilibre-là.

Les priorités sectorielles et géographiques restent. Il y a une forme de continuité. Il faut inscrire notre action dans la durée. Donc on retrouvera notamment les grandes priorités que sont l’Ukraine, la Syrie, Gaza mais aussi beaucoup d’initiatives et de projets en Afrique.

S’agissant des priorités sectorielles, ce sont les cinq que j’ai mentionnées tout à l’heure : le climat, la sécurité alimentaire, la santé, le genre et les enfants.

Action du Centre de crise et de soutien pour Gaza en partenariat avec le Croissant rouge Egyptien © Centre de crise et de soutien

Alain Boinet : La bande de Gaza, depuis l’attaque meurtrière du Hamas le 7 octobre en Israël et la prise de nombreux otages, est le lieu de bombardements et de combats quotidiens incessants qui provoquent de nombreuses victimes civiles, la destruction des infrastructures et des besoins humanitaires d’urgence de grande ampleur. Quelle est la position de la France et quelle aide apporte-t-elle ?

Philippe Lalliot : Nous assistons à une tragédie humanitaire et la qualifier ainsi n’est pas une manière de minorer ce qui s’est passé le 7 octobre qui est absolument inqualifiable. Je rappelle le lourd tribut payé par la France qui a perdu 41 de ses ressortissants et qui comptent aujourd’hui 3 otages qui sont retenus dans la bande de Gaza.

Il y a plusieurs sujets qui sont aujourd’hui posés. Il y a des sujets liés en effet, on en parlait il y a quelques minutes, au respect du droit humanitaire et à la protection des personnels humanitaires. Je suis frappé des pertes aujourd’hui enregistrées par les grandes ONG, par certaines agences des Nations Unies à commencer par l’UNRWA. C’est inédit, à ma connaissance, et inacceptable évidemment.

Notre approche a été définie par le président de la République. Elle comprend trois piliers : un pilier sécuritaire, notamment de lutte contre le Hamas et les mouvements terroristes qui sont impliqués dans le massacre du 7 octobre ; un pilier humanitaire sur lequel je vais revenir un peu plus longuement ; enfin un pilier politique parce qu’il n’y aura pas de paix dans cette région tant qu’il n’y aura pas une solution politique qui fasse droit aux demandes légitimes d’Israël comme à celles du peuple palestinien. C’est la solution à deux États.

Si on veut dire un mot un peu plus précis du pilier humanitaire, de cette approche qui est dite « la paix pour tous », on essaie de travailler avec nos partenaires, c’est-à-dire à la fois les ONG et aussi nos interlocuteurs égyptiens et jordaniens, sur plusieurs fronts.

D’abord celui du fret humanitaire. On va arriver aux 1000 tonnes de fret humanitaire envoyé à Gaza : 200 tonnes par voie aérienne avec des moyens à la fois militaires et civils, et un peu plus de 700 tonnes par voie maritime. Ces envois comportent des médicaments, du matériel médical, des abris, des tentes, de la nourriture, différents équipements.

Une deuxième action est centrée sur les aspects médicaux. L’un de nos porte-hélicoptères, le Dixmude, est à quai à El-Arich, où il soigne des blessés palestiniens. En très étroite coopération avec les autorités égyptiennes, le Dixmude est complètement intégré dans le système hospitalier du Sinaï. On réfléchit aujourd’hui à la relève du Dixmude puisqu’il devra partir d’El-Arich au mois de janvier.

Et puis, nous avons commencé aussi des évacuations médicales d’enfants palestiniens dans nos hôpitaux. Là encore, nous travaillons en étroite coopération avec le ministère des armées, de la santé et le ministère de l’intérieur. Les premiers enfants ont commencé à arriver fin décembre. Nous collaborons également de plus en plus avec nos amis jordaniens notamment sur les équipements de leurs hôpitaux, à la fois dans Gaza, à l’hôpital militaire jordanien de Gaza, mais aussi à Naplouse, en Cisjordanie.

On essaie de faire le plus qu’on peut. Je pense qu’on a fait des choses qu’aucun autre pays, au moins occidental, n’a fait et on le fait en coordination et en accord avec nos partenaires dans la région.

Une maison détruite dans le village de Beit Sira, à Ramallah, en Cisjordanie. © OCHA

Alain Boinet : Nous venons de parler de tragédie à propos de Gaza. Quelles sont les autres crises auxquelles vous avez dû faire face depuis que vous avez pris vos fonctions au mois d’août ? Quelles sont les réponses humanitaires que vous avez pu apporter ?

Philippe Lalliot : Il y en a malheureusement trop. J’ai pris mes fonctions fin août et les crises se sont succédées sans arrêt depuis, entre catastrophes naturelles notamment au Maroc avec le tremblement de terre et en Libye avec les inondations et crises sécuritaires, le Haut-Karabagh et maintenant Gaza. Le CDCS essaie d’être présent sur tous ces fronts, sachant que d’autres crises sont très loin d’être terminées. Je pense à l’Ukraine et à la Syrie, mais aussi au Yémen, au Soudan, à Haïti. De manière plus ponctuelle mais pas moins urgente, quand un dépôt d’essence explose à Conakry, notre aide est sollicitée. Quand une mine s’effondre au Surinam, là aussi, notre aide est sollicitée et bien évidemment on fait tout ce qu’on peut.

D’autre part, nous nous efforçons d’ajuster notre aide au plus près des besoins, tels qu’ils nous remontent du terrain. Ce qui fait beaucoup intervenir nos postes diplomatiques et consulaires. Nous avons la chance d’avoir le troisième plus grand réseau à l’étranger. Nous nous reposons beaucoup sur lui à la fois pour les contacts sur place et pour bien calibrer notre réponse.

Il s’agit vraiment d’un effort collectif en lien avec les ministères que je citais : les armées, l’intérieur, la santé, en lien également avec les grandes ONG partenaires. Sans elles, rien ne se ferait et c’est grâce à elle très souvent qu’on arrive à intervenir dans des théâtres très reculés. Je veux ici leur rendre hommage pour tout le travail qu’elles fournissent dans des conditions souvent très difficiles.

Un bâtiment détruit dans une rue à Gaza. © UNRWA/Mohammed Hinnawi

Alain Boinet : Lors de la précédente CNH, la question des sanctions possibles, si ce n’est de la criminalisation des acteurs humanitaires dans le cadre des lois antiterroristes avait été un sujet majeur de préoccupation, en particulier de la part du président de la République. Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Philippe Lalliot : C’est une question qui est très débattue non seulement entre le Centre de crise, l’administration de manière générale et les ONG mais aussi avec nos grands partenaires. Je pense qu’il faut mesurer le chemin parcouru dans le sens souhaité par les ONG avec l’adoption de la résolution 2664 à New-York, coparrainée par la France. Ce qu’il faut trouver, c’est un équilibre entre la nécessité de ces sanctions, par exemple pour lutter contre les mouvements terroristes et la nécessité de ne pas criminaliser des actions, ou à fortiori des personnels humanitaires.

Ce qu’on observe, c’est un mouvement progressif d’extension du principe d’exemption humanitaire aux différents régimes de sanctions autonomes. Ça a été le cas encore tout récemment pour ce qui concerne la PC 931. Mais il faut reconnaître que le principe même de l’exemption ne fait pas l’unanimité au sein de nos partenaires et il faut trouver les garde-fous qui nous permettent de garder aux régimes de sanctions leur efficacité.

Des humanitaires de l’ONU visitent le village de Hroza, dans l’est de l’Ukraine, à la suite d’une frappe aérienne russe en octobre. © UNOCHA/Saviano Abreu

Alain Boinet : L’aide humanitaire est de plus en plus sollicitée pour tout faire face aux crises. Secourir les populations en danger et sauver des vies est au cœur de l’humanitaire. Mais étendre l’humanitaire à l’infini ne risque t’il pas de le diluer, de l’affaiblir, de le mettre même en danger ?  Peut-on appliquer et respecter les principes humanitaires de neutralité, d’impartialité et d’indépendance en matière d’éducation, de genre, de climat, de guerre et de paix qui relèvent plutôt de choix politique et de la responsabilité des Etats. Tout est-il humanitaire et l’humanitaire peut-il tout ? 

Philippe Lalliot : J’ai une approche très pragmatique de ces sujets. Je crois que la réponse humanitaire est nécessaire, mais n’est pas suffisante. Elle est nécessaire pour régler des problèmes urgents où en effet c’est une question de vie ou de mort mais ce n’est pas par ce biais-là, par cet instrument-là, qu’on règlera des problèmes aussi complexes que le conflit israélo-palestinien, la guerre d’agression de la Russie en Ukraine, ou l’avenir de l’Afghanistan, pour ne prendre que ces trois exemples. J’évoquais tout à l’heure les 3 piliers, politique, sécuritaire, humanitaire de l’approche française pour Gaza. Je crois que c’est en fait une grille d’actions, qui peut s’appliquer à beaucoup de crises complexes. Il ne faut pas prétendre régler un problème politique avec simplement une approche sécuritaire, de la même manière ne pas prétendre régler un sujet politique par une simple action humanitaire. C’est l’articulation des trois qui peut permettre d’envisager une sortie de crise.

A cela s’ajoute la question du Nexus, c’est-à-dire comment est-ce qu’on assure une cohérence pour ne pas dire un sens à une action qui va du plus urgent, du plus immédiat qu’on qualifiera d’humanitaire et de stabilisation jusqu’à des actions de plus long terme de reconstruction et de développement. Un travail est en cours, notamment avec nos amis de l’Agence française de développement, pour assurer une plus grande fluidité encore dans nos actions respectives et être bien en phase avec nos équipes ensemble à Paris mais aussi sur le terrain.

Enfin, je pense qu’il ne faut pas céder sur les principes que vous citiez qui sont les principes cardinaux de l’action humanitaire. Je pense qu’il serait même dangereux de céder sur ces principes et qu’ils doivent continuer à être le cadre en même temps que la base de tout ce que nous faisons.

Action Humanitaire de la France avec le Centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères © Ambassade de France à Chypre

Dernière remarque : chacun doit être à sa place, et c’est une garantie d’efficacité. En d’autres termes, l’État ne sera jamais une ONG dans ses modes d’action et d’intervention. De la même manière qu’une ONG ne sera jamais un État. Nous abordons les mêmes situations avec des angles différents et nous sommes complémentaires. Chacun dans son rôle, fidèle aux missions qui lui sont confiées avec ses limites, ses contraintes et ses difficultés. C’est dans cette complexité et cette complémentarité que nous devons déployer nos actions.

Alain Boinet : Un processus de fragmentation internationale semble engagé avec parfois la guerre comme conséquence. Nous faisons face à d’autres immenses défis comme le dérèglement climatique, la question de l’eau dans le monde, la démographie en Afrique, le contrôle des armes de destruction massive. Comment percevez vous ces défis et comment voyez-vous le rôle du CDCS ?

Philippe Lalliot : J’aimerais que ma réponse soit optimiste, je crains qu’elle soit assez sombre. Parce qu’il ne faut pas non plus entretenir d’illusions. C’est ce qui était aussi intéressant dans la conférence nationale humanitaire : le constat unanime de l’immensité des défis auxquels nous sommes collectivement confrontés. Ce qui est aussi une manière d’appel à l’action collective. Je crains que les semaines et les mois devant nous n’ajoutent d’autres crises à celles que nous traversons déjà aujourd’hui.

La deuxième remarque, pour répondre à votre question sur le rôle du CDCS : le CDCS est à la fois un instrument très jeune, 15 ans mais qui a très vite trouvé sa crédibilité au sein de l’appareil de l’état et je crois vis-à-vis des différents acteurs humanitaires, tout simplement parce qu’il répondait à un besoin.

S’agissant de ses missions, je dis souvent, que nous sommes les urgentistes du Quai d’Orsay et que notre rôle est un rôle d’ensemblier. Donc on va aller chercher une compétence de sécurité civile auprès du ministère de l’Intérieur quand on en a besoin, une compétence médicale auprès du ministère de la santé quand on a besoin, auprès de nos amis militaires, du CPCO quand on a besoin d’un moyen de transport ou de pouvoir déployer des moyens du service de santé des armées pour ne prendre que ces exemples. De la même manière, c’est dans un dialogue très serré avec les ONG partenaires que nous définissons ensemble ce que sont nos priorités, nos projets, mais ce sont ensuite ces ONG qui vont opérer sur le terrain. Le CDCS ne doit pas se méprendre, ne doit pas chercher à se substituer à d’autres qui ont la compétence mais au contraire faire travailler l’ensemble aux réponses humanitaires les plus pertinentes et les plus efficaces.

Aide de la France à l’Ukraine © Centre de crise et de soutien.

C’est reflété dans l’organisation même du CDCS. Ce qui me frappe alors que j’arrive à la tête du CDCS, c’est non seulement le grand dévouement, le grand professionnalisme des équipes auxquelles je veux rendre hommage ici mais aussi une grande richesse de parcours, de compétences et de métiers. Vous y trouvez des médecins, des psychologues, des magistrats, des pompiers, des gendarmes, des diplomates, des spécialistes de la logistique, de la communication et tout ça forme une équipe qui est d’une grande richesse et qui permet, je crois, une efficacité collective assez remarquable.

Je le dis avec d’autant plus de décontraction que, comme j’arrive, je n’y suis pour rien et donc c’est aussi un hommage que je rends non seulement aux équipes en place mais à ceux qui nous ont précédés. Ils ont su construire au bénéfice des plus vulnérables placées dans des situations de conflits ou de guerres atroces, un instrument qui est tout à l’honneur de la République, pour dire les choses sans être trop grandiloquent. J’observe d’ailleurs que c’est un modèle qui intéresse de plus en plus nos partenaires.

Alain Boinet : Comment souhaitez-vous conclure cet entretien ?

Philippe Lalliot : Je pense d’abord que ce moment de la Conférence Nationale Humanitaire est arrivé à point nommé. Il était attendu depuis longtemps par l’ensemble des acteurs humanitaires. Les circonstances lui ont donné une résonance particulière. Simplement parce qu’il se trouve que et en Ukraine et à Gaza et dans un certain nombre d’autres crises que le monde connaît aujourd’hui, on retrouve les grands thèmes qui ont été débattus pendant toute une journée avec toutes celles et tous ceux qui ont participé à cette conférence nationale humanitaire.

Deuxièmement, je pense que la Stratégie, parce qu’elle est le résultat d’un travail collectif, notamment avec les ONG que je remercie ici, reflète bien l’état de notre réflexion sur les grands sujets humanitaires. Elle fait un bilan que je trouve objectif de ce qui a été fait dans les dernières années et elle projette bien l’ensemble des partenaires vers les sujets qui seront les sujets de demain, nos priorités, aussi bien thématiques que géographiques. Sur tous ces sujets, nous ne trouverons de réponses efficaces que si elles sont collectives et donc si nous maintenons cette méthode de travail qui a fait ses preuves entre nous.

La ville de Dnipro, dans l’est de l’Ukraine, touchée par de nouvelles attaques de missiles russes. © Proliska

Troisième et dernière remarque, pour conclure, je crois qu’il faut se laisser suffisamment d’agilité, de flexibilité aussi pour ajuster la stratégie en cours de route. Il faut qu’elle reste pertinente et donc qu’elle soit systématiquement et quasi quotidiennement confrontée à ce que sont les besoins, les évolutions, les contraintes, les difficultés. Nous avons donc un certain nombre de réunions intermédiaires qui permettront entre nous de faire le point.

Je donne donc rendez-vous pour le début de l’année prochaine et régulièrement dans les mois qui viennent à toutes celles et ceux qui ont participé à l’organisation de la CNH et à la rédaction de la Stratégie et que je remercie de leur aide et de leur mobilisation.

Alain Boinet : Je vous remercie pour cet entretien pour la revue en ligne Défis Humanitaires dont la raison d’être est d’identifier les défis majeurs qui menacent et de contribuer à mobiliser les capacités pour y faire face en comprenant mieux les liens de cause à effet entre humanitaire et géopolitique, ainsi que les conflits, les catastrophe et les épidémies. Sans oublier le respect que nous devons à l’identité des peuples avec lesquels nous mettons ensemble en œuvre la solidarité.  

 

3 questions, 3 réponses avec Philippe Lalliot :

 

Philippe Lalliot

Philippe Lalliot dirige le centre de crise et soutien (CDCS) depuis août 2023. Il a débuté sa carrière, en 1996, à la direction des affaires juridiques du Quai d’Orsay avant d’être mis à disposition, en 1999, des services du Premier ministre, au Secrétariat général pour les affaires solidarites européennes.

Il a successivement occupé, à partir de 2001, les postes de premier secrétaire à Washington puis de deuxième conseiller à la représentation permanente de la France auprès de l’Union européenne à Bruxelles avant de revenir au Quai d’Orsay en tant que chargé de mission auprès du Secrétaire général.

Philippe Lalliot a occupé, entre 2009 et 2013, les fonctions de consul général de France à New York, puis de directeur de la communication et de la presse, Porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Il est nommé ambassadeur, délégué permanent de la France auprès de l’UNESCO en 2013 et, en 2016, ambassadeur aux Pays-Bas et représentant permanent de la France auprès de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques. Il était ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie depuis septembre 2019.

Normalien, énarque et lauréat de Sciences Po, Philippe Lalliot est agrégé de sciences économiques et sociales. Il est aussi titulaire d’un master en sciences administratives et d’un master en littérature française. Il a été maître de conférences à Sciences Po et à l’ENA.

Philippe Lalliot a été élevé aux grades de Chevalier de la Légion d’honneur, de Chevalier dans l’ordre national du Mérite et d’Officier du Mérite agricole. Il est Grand Croix de l’Ordre d’Orange-Nassau (Pays-Bas) et Grand Officier de l’Ordre du Lion (Sénégal).

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