Global Humanitarian Assistance report 2020 – les chiffres clés

Le Global Humanitarian Assistance Report est publié depuis maintenant 20 ans par Development Initiatives.

Grâce à des données précises et nombreuses, il dresse un tableau détaillé du financement de l’aide humanitaire internationale. Vous retrouverez ici un résumé des 4 chapitres de ce rapport.

Bonne lecture !

Ressources

Vous trouverez ici l’accès au PDF du rapport complet de Development Initiatives.

Nous vous conseillons de visualiser le résumé interactif du GHAR 2020, en cliquant ici.

Vous retrouverez les résumés des GHAR 2018 et 2019 sur le site de Défis Humanitaires, dans la rubrique « Études« .

Chapitre 1: Population et Crises

Ce premier chapitre donne une image globale de l’étendue de la pauvreté dans le monde. Il établit un lien entre ce phénomène et les pays qui connaissent une crise prolongée.

Les auteurs mettent l’accent sur le genre, affirmant que « les femmes sont souvent touchées de manière disproportionnée par les crises humanitaires ». Il est toutefois difficile d’accéder à des données sur les dépenses liées à l’aide spécifiques à chaque sexe. Cela entrave notre capacité à évaluer la mesure dans laquelle « les femmes et les filles sont touchées par les crises humanitaires ». Selon les chiffres existants, « l’APD1 relative à la violence fondée sur le sexe (Gender-based violence) a augmenté progressivement depuis 2016″. Elle ne représente toutefois que 0,7 % de l’APD totale.

Les données du rapport permettent de cartographier les personnes touchées par les crises et ayant besoin d’une aide humanitaire. Les auteurs estiment que 215,6 millions de personnes vivant dans 69 pays ont besoin d’une aide humanitaire. 57% d’entre elles vivent dans 10 pays. Sur ces 10 pays, seuls 4 font partie des « 10 pays recevant les plus gros volumes de financement dans le cadre des appels de l’ONU ».

« 215,6 millions de personnes vivant dans 69 pays ont besoin d’une aide humanitaire »

Chapitre 2 : Assistance Humanitaire Internationale

Baisse de l’aide humanitaire internationale pour la première fois depuis 2015

« En 2019, le total de l’aide humanitaire internationale des gouvernements et des institutions de l’UE et les contributions estimées des donateurs privés ont diminué de 1,6 milliard de dollars US pour atteindre 29,6 milliards de dollars US ». Il s’agit d’une baisse de 5 %, qui fait suite à 4 années de croissance. Cette forte diminution est principalement due à « une baisse des financements des gouvernements et des institutions de l’UE, qui ont diminué de 8 % ».

A l’inverse, les appels à donation des Nations unies ont augmenté de 5 %, et les besoins satisfaits sont passés de 60 % à 64 % en 2019.

Le volume de l’aide internationale fournie par les 20 plus grands donateurs a diminué en 2019. En effet, depuis 2014, l’augmentation des dons ralentit d’année en année. Cette tendance a été interrompue en 2018 suite aux contributions exceptionnelles des Émirats arabes unis (EAU). Ces derniers ont augmenté leur contribution de 1,8 milliard de dollars US en 2018, mais l’ont réduite de 1,5 milliard de dollars US l’année suivante. En conséquence, les contributions régionales du Moyen-Orient et du nord du Sahara ont diminué de 44 % en 2019.

À l’échelle régionale, seule l’Europe a légèrement augmenté ses contributions de 1,9 %. Cela est dû principalement à « une forte augmentation de l’aide humanitaire internationale du Royaume-Uni, qui a augmenté de 24 % ».

Enfin, les auteurs notent le rôle important des donateurs privés, dont les contributions « ont constamment représenté un peu plus d’un cinquième de l’aide humanitaire internationale totale ».

« Pour la première fois depuis 2012, « le volume de l’aide internationale fournie par les 20 plus grands donateurs a diminué »

Les plus grands bénéficiaires, un groupe stable, marqué par les crises prolongées


Cette infographie, qui parle d’elle-même, montre les dix plus grands bénéficiaires de l’aide humanitaire internationale en 2018.

A retenir :

  • Pour la première fois en sept ans, la Syrie n’a pas reçu la plus grande quantité d’aide.
  • L’augmentation de l’aide au Yémen est due aux donateurs du Moyen-Orient : « En 2017, 29% du financement total du Yémen provenait de ces deux donateurs [EAU et Arabie Saoudite]. En 2018, cette proportion est passée à 69% ».
  • Les principaux bénéficiaires sont un groupe relativement stable, car la plupart d’entre eux connaissent une crise prolongée.
  • En dehors des dix plus grands bénéficiaires, le Bangladesh, la République démocratique du Congo, le Tchad et le Niger ont connu une augmentation importante des fonds reçus.

Finalement, ce chapitre se concentre sur l’APD ciblée sur la réduction des risques liés aux catastrophes. L’aide humanitaire internationale pour la réduction des risques liés aux catastrophes gagne en importance car « le changement climatique est susceptible d’avoir (…) des répercussions profondes et durables sur la vie des gens ». Il semble que cette APD spécifique soit bien ciblée sur les pays présentant un risque « très élevé » ou « élevé » de catastrophe naturelle. L’aide humanitaire internationale spécifique à la réduction des risques ne représente toutefois qu’une faible proportion de l’APD totale, variant entre 0,5 % et 1,7 %.

« Le changement climatique est susceptible d’avoir (…) des répercussions profondes et durables sur la vie des gens »

Chapitre 3 : Financer de manière efficace et efficiente

La réponse humanitaire internationale totale en 2018 s’élevait à 31,2 milliards de dollars US. Les canaux d’acheminement de cette aide n’ont pas beaucoup changé depuis 2017. Les gouvernements donnent principalement aux agences multilatérales (62 %), tandis que les donateurs privés continuent de donner en majorité aux ONG (89 %, ce qui représente 56 % du financement total des ONG). Si l’on tient compte à la fois des gouvernements et des donateurs privés, « le financement des ONG (…) en proportion de l’aide humanitaire internationale totale est passé de 35 % en 2017 à 30 % en 2018 ».

Une diminution importante du financement direct aux acteurs locaux et nationaux

Les données sur les bénéficiaires des fonds alloués à l’aide humanitaire internationale sont peu accessibles. En effet, « au-delà du financement aux bénéficiaires de premier niveau, il y a toujours un manque de données sur les transactions ultérieures », ce qui rend difficile l’analyse de l’efficacité et de l’efficience des dépenses d’aide.

Les données analysées par Development Initiatives, notamment celles de l’OCHA FTS2, montrent que le financement direct aux acteurs locaux et nationaux a été largement réduit en 2019 . On constate ainsi, sur le schéma ci-dessus, une diminution, tant en proportion qu’en volume, du financement direct aux acteurs locaux et nationaux.

Les fonds communs des Nations unies, qui offrent une option de financement flexible et géré à l’échelle des pays dans le cadre des Country-based pooled fund (CBPF), ont augmenté de 25 % en 2019. Toutefois, cette accroissement est principalement dû à une hausse de 55 % du financement du Fonds central d’intervention pour les urgences humanitaires (CERF) et non des CBPF.

« Les ONG reçoivent plus des deux tiers des fonds alloués par les CBPF », cependant 65 % des fonds du CBPF alloués aux ONG visent les ONG internationales, tandis que 35 % visent les ONG locales et nationales. Les CBPF (Country-based pooled fund) sont une source importante de financement pour les acteurs locaux et nationaux, mais ils « restent une petite partie de l’aide humanitaire totale, ne représentant que 4 % du total des contributions des donateurs publics en 2019″. Il existe également de grandes différences entre les fonds communs par pays : par exemple, « le Fonds humanitaire pour l’Irak a alloué 0,9 % de son financement aux ONG locales et nationales, tandis que le Fonds humanitaire pour les territoires palestiniens occupés en a alloué 36,9 % ».

Les « quality fund », une option plébiscitée lors du Grand Bargain mais encore peu utilisée

La dernière partie de ce chapitre se concentre sur les « financements de qualité » (« quality fund »), qui englobent les financements non affectés et pluriannuels. Alors que les financements pluriannuels ont largement augmenté, « la part des financements non affectés par rapport au financement total n’a cessé de diminuer depuis 2015 » et son volume est tombé en 2019 en dessous des niveaux de 2015. Une forte augmentation a cependant été constatée en ce qui concerne l’utilisation de l’aide en espèces et par bons (cash and voucher assistance), dont le volume a augmenté régulièrement depuis 2015.

En 2016, lors du Sommet Humanitaire Mondial, les cinq plus grands donateurs et les six plus grandes agences des Nations Unies avaient signé un document de 51 décisions pour rendre l’aide plus efficace. C’est ce qu’on appelle le « Grand Bargain », qui compte aujourd’hui 61 signataires (24 États, 11 agences des Nations Unies, 5 organisations intergouvernementales et de la Croix-Rouge et 21 ONG). L’amélioration de la traçabilité et de la flexibilité des fonds alloués étaient des points majeurs de ce rapport. Or, les auteurs, ici et plus loin dans le rapport, montrent bien la difficulté d’accès à des données sûres et comparables, ainsi que l’absence de flexibilité des fonds débloqués. Il est difficile, suite à la lecture de ce rapport de conclure à une bonne avancée, de la part des États et des bailleurs internationaux, sur les points soulevés lors du Grand Bargain.

Lire plus sur le Grand Bargain, c’est ici, sur Défis Humanitaires.

Chapitre 4: Financement de crise pour la réponse à la pandémie de Covid-19

« D’ici la fin juin 2020, 3,8 milliards de dollars US ont été déboursés pour la Covid-19 ».

La Covid-19, pandémie aux multiples conséquences, impacte  négativement l’aide internationale humanitaire

Ce dernier chapitre analyse le financement de la réponse à la pandémie de Covid-19. Alors que les besoins et les demandes de fonds ont largement augmenté en raison de la pandémie, les ressources, y compris l’APD, ont diminué. En effet, « le total des besoins de financement de l’appel humanitaire de l’ONU pour 2020 a déjà atteint 37,7 milliards USD, soit 25 % de plus qu’en juin 2019 ». En parallèle, les ressources, telles que les investissements étrangers directs, le tourisme, les transferts de fonds, etc., diminuent en raison de la crise économique provoquée par la pandémie.

Development Initatives a calculé que « l’APD totale pourrait passer de 153 milliards USD en 2019 à 143 milliards USD en 2020, au mieux (…) Au pire, l’APD totale pourrait tomber à 139 milliards USD en 2020 avant de retomber à 134 milliards USD (soit une réduction de 12 %) en 2021 ». Ces projections risquent d’affecter gravement les pays, car « l’APD représente plus d’un quart de l’ensemble des dépenses publiques pour un tiers des pays du Plan mondial de réponse humanitaire (PMH) ».

En juin 2020, 20 % des 37,7 milliards de dollars de financement de l’appel humanitaire de l’ONU avaient été atteint, « avec la même proportion, en moyenne, de besoins atteints pour l’appel Covid-19 et pour d’autres appels humanitaires » – les donateurs n’ont pas donné la priorité à la réponse de Covid-19 face à d’autres crises. Bien qu’il soit un peu moins élevé que les 23% des besoins satisfaits en juin de l’année dernière (2019), il est supérieur en volume de 578 millions de dollars US.

La distribution de l’aide a varié par rapport aux années précédentes, une proportion plus faible étant directement allouée aux pays et « un sixième des allocations totales allant aux services de soutien mondiaux ».

Répartition du financement total des appels liés/non liés au Covid-19
2020 – not Covid-19 related 2020 – Covid-19 related
Directly to countries’ plans 83% 74%
Support services 17%
Regional Response plans 17% 8%

Qui donne et à qui ? Les principaux donateurs de la riposte contre la Covid-19 sont les mêmes que ceux fournissant le plus grand volume d’aide humanitaire en 2019

Quant aux donateurs, on retrouve les mêmes acteurs majeurs : « les trois donateurs qui ont fourni les plus grands volumes d’aide humanitaire internationale en 2019 sont les principaux donateurs de la réponse à la pandémie de Covid-19 », à savoir les États-Unis, l’Allemagne et le Royaume-Uni. A eux trois, ils ont fourni 44 % du total des subventions des donateurs publics à la riposte de la pandémie de Covid-19.

L’aide humanitaire internationale pour le Covid-19 est principalement acheminée par les agences des Nations unies : « Au 24 juin 2020, près des trois quarts de l’aide humanitaire internationale totale pour la riposte à la crise du Covid-19 étaient acheminés par des organisations multilatérales ».

92 % de cette aide est allée à quatre agences des Nations unies, à savoir :

  • L’Organisation mondiale de la santé (38% des financements accordés aux agences des Nations unies et autres organisations multilatérales)
  • Le Fonds international d’urgence pour l’enfance des Nations unies (24%)
  • Le Programme alimentaire mondial (17%)
  • Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (13 %).

En comparaison, les ONG ont reçu moins que d’habitude, avec « seulement 5,1 % de l’aide humanitaire internationale totale pour la Covid-19 – contre une moyenne de 19 % dirigée vers les ONG et les OSC par les gouvernements entre 2014 et 2018 ».

La Covid-19, que retenir du financement de cette crise ?

Pour terminer cet article sur une note positive, s’il y a un aspect bénéfique à retenir de cette crise sanitaire, c’est la plus grande flexibilité de financement imposée aux bailleurs. Les agences de l’ONU ont publié de nouvelles lignes directrices en matière de flexibilité, favorisant la reprogrammation des financements existants, l’allègement du processus de négociation et de décaissement et la simplification des processus de demande de fonds et de reporting. Ces aspects sont conformes à la volonté du Grand Bargain d’accroître la flexibilité du financement. La question reste de savoir si ces nouvelles façons de faire dureront au-delà de la pandémie ?

 

Madeleine Trentesaux

[1] APD – Aide Publique au Développement, traduction d’Official Development Assistance, ODA

[2] OCHA-FTS – Office for the Coordination of Humanitarian Affairs (UN) Financial Tracking System – système de suivi du financement de l’aide humanitaire internationale