Aide humanitaire mondiale 2021 : les chiffres et les tendances

Le Global Humanitarian Assistance Report est publié depuis maintenant plus de 20 ans par Development Initiatives.

Grâce à des données précises et nombreuses, il dresse un tableau détaillé de l’aide humanitaire internationale. Vous retrouverez ici un résumé de 4 des 5 chapitres de ce rapport, le dernier portant sur la méthodologie.

Bonne lecture !

 

 

 

 


Retrouvez ici l’accès au PDF du rapport complet de Development Initiatives.

Vous retrouverez les résumés des GHAR 2018, 2019 et 2020 sur le site de Défis Humanitaires, dans la rubrique « Études » .


Chapitre 1: Population et Crises

Ce premier chapitre dresse un bilan de l’étendue de la pauvreté dans le monde en 4 points. Le message central est que la pandémie a conjointement aggravé les besoins existants et alimenté de nouvelles crises dans des pays qui n’avaient pas besoin d’aide humanitaire, augmentant le volume total de l’aide nécessaire.

Nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté dans les États fragiles et/ou les pays à haut risque d’impact du Covid-19, 2010 vs 2020

Sources : Development Initiatives à partir du PovcalNet de la Banque mondiale, des sources nationales, du INFORM Index for COVID Risk et de l’OCDE.

  • Les personnes vivant dans l’extrême pauvreté sont de plus en plus concentrées dans des pays fragiles et à haut risque face aux impacts du Covid-19. En 2020, 66 % des personnes vivant dans l’extrême pauvreté (moins de 1.90 $ / jour) vivaient également dans un des 52 pays qualifiés de fragiles par le rapport alors qu’ils étaient 40% en 2010. La réduction de la pauvreté progresse globalement mais est très inégale et a augmenté de 8 % dans les États fragiles.

 

  • L’insécurité alimentaire aiguë affecte de manière disproportionnée les plus pauvres et a été stimulée par la pandémie. Le rapport estime ainsi que plus de 80 % des personnes vivant dans des zones en proie à une grave insécurité alimentaire vivent en dessous du seuil de pauvreté international (3,20 $ / jour).

 

  • La pandémie de Covid-19 exacerbe les crises humanitaires, avec plus de personnes dans plus de pays touchés. La pandémie a aggravé les crises existantes mais a aussi été le principal moteur des besoins humanitaires dans certains pays comme l’Iran. Le rapport estime que 243,8 millions de personnes vivant dans 75 pays ont été évaluées comme ayant besoin d’une aide humanitaire (224.9 millions dans 65 pays en 2019). Un nombre élevé de personnes dans le besoin est resté concentré dans un petit nombre de pays : plus de la moitié des personnes dans le besoin en 2021 vivaient dans seulement neuf pays.

 

  • Le nombre de personnes déplacées a augmenté pour la neuvième année consécutive pour atteindre 82,1 millions (+ 3,4 %). En 2020, 10 pays ont accueilli 54% des personnes déplacées, une proportion similaire à 2019. Beaucoup de personnes déplacées se trouvent dans des situations de déplacement durable sans possibilité de retour en toute sécurité chez elles.
    • 58 % étaient des personnes déplacées de force à l’intérieur du pays ;
    • 32% étaient des réfugiés (26,3 millions) ;
    • 5,1% étaient des demandeurs d’asile (4,2 millions) ;
    • 4,4 % (3,6 millions) étaient des Vénézuéliens déplacés à l’étranger.

20 pays avec les plus grandes populations déplacées de force et le risque d’impacts de Covid-19, 2019 et 2020

Sources : Development Initiatives à partir des données du HCR, de l’UNRWA, de l’Indice de gestion des risques (INFORM) et du Centre de surveillance des déplacements internes (IDMC).

Le rapport fait également deux constats :

  • Les femmes et les filles dans les zones de conflit sont deux fois plus susceptibles de faire l’expérience de violence genrée. Cet écart risque d’augmenter avec la pandémie. L’ONU estime à 13 millions le nombre de mariages précoces d’enfants entre 2020 et 2030 en raison de la pandémie.
  • La disponibilité et la livraison des vaccins contre le covid n’ont pas été équitables et les pays connaissant une crise prolongée ont certains des taux de couverture vaccinale à dose unique les plus bas au monde (2,4% contre 12,5% dans les autres pays en développement couverts par le dispositif COVAX).

 

Chapitre 2 : Le financement de l’humanitaire et des crises au sens large

Dans ce chapitre, le rapport souligne qu’en 2020 les besoins humanitaires mondiaux ont augmenté plus rapidement que jamais, alors que la croissance de l’aide humanitaire est au point mort. Les volumes de l’aide humanitaire internationale n’avaient pourtant cessé d’augmenter au cours des années 2012 à 2018 (12% par an en moyenne), culminant en 2018 à 31,3 milliards de $.

 Aide humanitaire internationale de 2016 à 2020

Sources : Development Initiatives à partir des données du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE, le Service de suivi financier (FTS) de l’OCHA, Fonds central d’intervention d’urgence des Nations Unies (CERF) et de données pour les contributions privées.

Les besoins de financement par des appels coordonnés par les Nations Unies suivaient également une augmentation continue (+90% par rapport à 2015). Toutefois, les financements effectifs ont baissé pour la première fois en 5 ans. Sur les 38.8 milliards de $ demandés, 18.8 milliards (dont 5.7 liés au covid) n’ont pas été financés, contre 11.1 milliards en 2019.

Sur les 55 appels de 2020, seuls 7 ont reçu 75 % ou plus du financement requis. Le nombre d’appels avec moins d’un quart des besoins de financement satisfaits s’est considérablement aggravé en 2020, avec 17 appels bénéficiant d’une couverture inférieure à 25 %. En 2019, aucun appel n’a été financé à moins de 25 %.

 Financement et besoins non satisfaits, appels coordonnés des Nations Unies, 2011-2020

Sources : Development Initiatives à partir des données du FTS d’OCHA et de l’UNHCR

Les appels coordonnés par les Nations Unies ne représentent pas tous les besoins; des financements importants sont donc accordés en dehors des appels. Ainsi, en 2020, les besoins de la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) ont fortement augmenté, atteignant un niveau record dépassant le milliard, tandis que le déficit de financement a continué de se creuser (couverture de 58%).

Par ailleurs, le rôle des acteurs du développement au sens large est de plus en plus important et les pays en situation de crise reçoivent désormais beaucoup plus de fonds de développement que de fonds humanitaires.

L’Aide Publique au Développement (APD) reçue par les pays en crise est ainsi passée de 47 % de l’APD totale en 2010 (51 milliards de $) à 65 % en 2019 (94 milliards de $). La proportion de l’APD déclarée comme aide humanitaire a doublé, passant de 15 % en 2010 (7,6 milliards de $) à 29 % en 2019 (27,2 milliards de $).

Aide Publique au Développement (APD) des banques multilatérales de développement aux 20 principaux bénéficiaires de l’aide humanitaire, 2010-2019

Sources : Development Initiatives à partir des données de l’OCDE

Les banques multilatérales de développement (BMD) sont devenues de plus en plus actives en contextes de crise, fournissant des volumes croissants d’APD vers les pays en crise.

Les décaissements des BMD aux 20 plus grands bénéficiaires de l’aide humanitaire ont doublé depuis 2014, passant de 5,4 milliards de dollars à plus de 10,7 milliards de $ en 2019. Cependant, la part des décaissements sous forme de subventions (grants) a réduit significativement au profit des prêts (loans).

Pour la réponse à l’épidémie, le financement total des BMD a atteint 120 milliards de $ en avril 2021 à 95 % sous forme de prêts. Le FMI a été le plus gros contributeur engageant jusqu’à présent 50,4 milliards de dollars.

Enfin, le volume total de l’APD dont l’objectif principal est la réduction des risques de catastrophe est passé de 1,4 milliard de $ en 2018 à 1,9 milliard de $ en 2019.

 

Chapitre 3 : Donateurs et bénéficiaires de financements humanitaires et des crises au sens larges

Ce troisième chapitre pose le constat principal que la plupart des donateurs gouvernementaux ont augmenté leurs contributions en 2020, mais des réductions importantes de la part d’un petit nombre de donateurs clés ont provoqué la stagnation de l’aide globale.

Le volume de l’aide humanitaire internationale des 20 plus grands donateurs publics en 2020 s’est stabilisé à 23,1 milliards de $. Comme les années précédentes, les 20 plus grands donateurs publics en 2020 ont contribué à 96 % de l’ensemble allocations d’aide humanitaire internationale. Les trois plus grands les donateurs (USA, Allemagne et  Royaume-Uni) représentaient 61 % du total contributions des donateurs.

20 principaux donateurs publics d’aide humanitaire en 2020 et variation en pourcentage par rapport à 2019

Sources : Development Initiatives à partir des données du CAD de l’OCED, du FTS de l’OCHA et du CERF.

Les donateurs apportant les contributions les plus importantes au Covid-19 ont été les États-Unis, l’Allemagne et le Japon.

Il convient également de noter que de nombreux pays donateurs ont également accueilli des exilés et que la plupart des dépenses des gouvernements à l’intérieur de leurs propres frontières ne sont pas comptabilisées. Durant l’année précédente, trois pays représentaient près des deux tiers de toutes les dépenses d’accueil de réfugiés dans le pays : l’Allemagne (29 %), les États-Unis (21 %) et la France (13 %).

Un autre indicateur important mis en avant dans ce chapitre est la proportion du revenu national brut (RNB) consacrée à l’aide humanitaire internationale car il reflète l’importance des dépenses humanitaires par rapport à la taille de l’économie d’un pays. Dans ce cadre, cinq donateurs ont fourni plus de 0,1 % du RNB sous forme d’aide humanitaire internationale en 2020, comme le montre l’infographie suivante.

20 donateurs fournissant le plus d’aide humanitaire en pourcentage du RNB, 2020

Sources : Development Initiatives à partir des données du CAD de l’OCDE, du FTS de l’OCHA, du CERF, de la Banque mondiale et du FMI.

La proportion du financement privé total provenant des particuliers continue de croître. Ainsi, en 2019, l’aide humanitaire internationale provenant de donateurs privés a augmenté de 9 %, passant de 6,2 milliards de dollars US en 2018 à un record de 6,8 milliards de $ en 2019.

Sources d’aide humanitaire internationale privée, 2015-2019

Sources : Development Initiatives à partir des données de GHA

Si l’aide humanitaire internationale totale a stagné, 112 pays ont reçu plus de 5 millions $ d’aide humanitaire alors qu’ils étaient 69 pays en 2019. Une des explications est que les 10 plus grands bénéficiaires ont reçu 57 % de tous les financements soit 13,3 milliards de $ (-11%) en 2020 alors qu’ils en avaient reçu 66 % (15 milliards) en 2019.

De plus, 1,3 milliard de $ ayant été fournis pour répondre à la pandémie ces pays ont en réalité reçu 12,0 milliards de $ pour d’autres besoins humanitaires préexistants ou émergents en 2020, soit 3,0 milliards de $ de moins qu’en 2019.

Dans l’ensemble, les pays ne figurant pas parmi les 10 principaux bénéficiaires ont reçu plus de financement en 2020 qu’en 2019, mais moins si on retire ceux destinés à la lutte contre le Covid-19.

 

10 principaux bénéficiaires de l’aide humanitaire internationale, 2019-2020

Sources : Development Initiatives à partir des données du FTS

 

CHAPITRE 4 : Financements pour l’efficacité

D’après ce chapitre, l’aide humanitaire internationale aurait été globalement fournie de la même manière en 2019 que durant les années précédentes : les organisations multilatérales ont reçu la majeure partie de leur financement de donateurs publics, et les ONG des donateurs privés.

Les canaux d’acheminement de l’aide humanitaire internationale en 2019

Source : Development Initiatives à partir des données du CAD, du FTS, du CERF et de Development Initiatives

Les acteurs locaux et nationaux sont souvent les premiers à répondre aux crises, notamment depuis la pandémie de Covid-19 et les restrictions d’accès engendrées. Les engagements pris lors du Grand Bargain, un accord entre les plus grands donateurs et agences humanitaires en 2016, prévoyait l’objectif mondial de 25 % de l’aide humanitaire internationale totale transférée aux acteurs locaux et nationaux d’ici 2020. Depuis, si les volumes absolus d’aide humanitaire internationale transmise directement aux intervenants locaux et nationaux ont augmenté, leur ampleur est très loin des attentes.

 

Financement direct aux acteurs locaux et nationaux en % du financement total

Source : Development Initiatives à partir des données du FTS

Les fonds communs sont une part de plus en plus importante du financement humanitaire en raison de leur réactivité et flexibilité. Ils se composent des CERF (Central Emergency Response Fund – Fonds central d’intervention d’urgence) et des CBPF (Country-based pooled fund – fonds communs par pays). Les contributions aux fonds communs des Nations Unies ont fortement chuté en 2020 retombant à 1,5 milliard $ alors qu’elles avaient été atteint le record de 1,8 milliard $ en 2019.

Il convient cependant de noter que la proportion de financement des CBPF aux organisations nationales continue de croître malgré la diminution absolue des CBPF.

 

 

Volume des financement des CBPFs et des CERF

Source : Development Initiatives à partir des données CBPFs de l’OCHA et CERF de l’ONU

Les « quality fund » (financements pluriannuels et non affectés par rapport au financement total) sont une autre option plébiscitée lors du Grand Bargain. Ils devaient représenter 30% de l’aide humanitaire internationale d’ici 2020. S’ils ont augmenté de manière significative en volume en 2020, ils restent, en proportion du financement total, inférieurs aux niveaux de 2016.

Financement des 9 agences de l’ONU et la proportion des financements non affectés sur le total

Source : Development Initiatives à partir des données des agences de l’ONU

Le financement pluriannuel est, selon le Grand Bargain, un financement qui dure 24 mois ou plus à compter de la date de début de l’accord de financement initial. Cette méthode de financement fournit aux agences d’exécution des niveaux de ressources prévisibles qui peuvent permettre des gains d’efficience et d’efficacité, en leur permettant de planifier à l’avance.

15 donateurs, qui ont fourni 84 % de l’aide humanitaire totale des gouvernements en 2020, ont alloué 42 % (6,5 milliards de dollars US) de leur financement humanitaire sur plusieurs années en 2020 contre 50 % (7,3 $ US milliards) en 2019.

Enfin, le volume de l’aide humanitaire en espèces et en bons (CVA) a continué de croître en 2020 dans tous les types d’organisations. Cette méthode pouvant être mise en place rapidement dans les zones adaptées a souvent été la modalité choisie pour répondre à la pandémie de Covid-19.

 

 

Financement total de l’aide humanitaire en espèces et en bons, 2015-2020

Source : Development Initiatives à partir des données du FTS et Cash Learning Partnership


Pour résumer voici les principales tendances de 2020 à retenir :

– Les besoins humanitaires sont croissants : 243,8 millions de personnes vivant dans 75 pays ont été évaluées comme ayant besoin d’une aide humanitaire. La pandémie de Covid-19 exacerbe et crée des crises humanitaires.

– Alors que les besoins humanitaires mondiaux ont augmenté plus rapidement que jamais, la croissance de l’aide humanitaire est au point mort. Le taux de couverture des appels baisse.

– La plupart des donateurs gouvernementaux ont augmenté leurs contributions en 2020, mais des réductions importantes de la part d’un petit nombre de donateurs clés ont provoqué la stagnation de l’aide globale. Dans l’ensemble, les pays ont reçu moins de financement en 2020 qu’en 2019, notamment si on retire ceux destinés à la lutte contre le Covid-19.

– La structure de l’aide humanitaire internationale reste la même : les organisations multilatérales ont reçu la majeure partie de leur financement de donateurs publics, et les ONG des donateurs privés. Les engagements sur le financement pris lors du Grand Bargain sont loin d’être atteints.

 

 

Rodolphe Rouyer

 

Aide humanitaire mondiale 2020 : les chiffres et les tendances

Le Global Humanitarian Assistance Report est publié depuis maintenant 20 ans par Development Initiatives.

Grâce à des données précises et nombreuses, il dresse un tableau détaillé du financement de l’aide humanitaire internationale. Vous retrouverez ici un résumé des 4 chapitres de ce rapport.

Bonne lecture !

Ressources

Vous trouverez ici l’accès au PDF du rapport complet de Development Initiatives.

Nous vous conseillons de visualiser le résumé interactif du GHAR 2020, en cliquant ici.


Vous retrouverez les résumés des GHAR 2018, 2019 et 2021 sur le site de Défis Humanitaires, dans la rubrique « Études » .


Chapitre 1: Population et Crises

Ce premier chapitre donne une image globale de l’étendue de la pauvreté dans le monde. Il établit un lien entre ce phénomène et les pays qui connaissent une crise prolongée.

Les auteurs mettent l’accent sur le genre, affirmant que « les femmes sont souvent touchées de manière disproportionnée par les crises humanitaires ». Il est toutefois difficile d’accéder à des données sur les dépenses liées à l’aide spécifiques à chaque sexe. Cela entrave notre capacité à évaluer la mesure dans laquelle « les femmes et les filles sont touchées par les crises humanitaires ». Selon les chiffres existants, « l’APD1 relative à la violence fondée sur le sexe (Gender-based violence) a augmenté progressivement depuis 2016″. Elle ne représente toutefois que 0,7 % de l’APD totale.

Les données du rapport permettent de cartographier les personnes touchées par les crises et ayant besoin d’une aide humanitaire. Les auteurs estiment que 215,6 millions de personnes vivant dans 69 pays ont besoin d’une aide humanitaire. 57% d’entre elles vivent dans 10 pays. Sur ces 10 pays, seuls 4 font partie des « 10 pays recevant les plus gros volumes de financement dans le cadre des appels de l’ONU ».

« 215,6 millions de personnes vivant dans 69 pays ont besoin d’une aide humanitaire »

Chapitre 2 : Assistance Humanitaire Internationale

Baisse de l’aide humanitaire internationale pour la première fois depuis 2015

« En 2019, le total de l’aide humanitaire internationale des gouvernements et des institutions de l’UE et les contributions estimées des donateurs privés ont diminué de 1,6 milliard de dollars US pour atteindre 29,6 milliards de dollars US ». Il s’agit d’une baisse de 5 %, qui fait suite à 4 années de croissance. Cette forte diminution est principalement due à « une baisse des financements des gouvernements et des institutions de l’UE, qui ont diminué de 8 % ».

A l’inverse, les appels à donation des Nations unies ont augmenté de 5 %, et les besoins satisfaits sont passés de 60 % à 64 % en 2019.

Le volume de l’aide internationale fournie par les 20 plus grands donateurs a diminué en 2019. En effet, depuis 2014, l’augmentation des dons ralentit d’année en année. Cette tendance a été interrompue en 2018 suite aux contributions exceptionnelles des Émirats arabes unis (EAU). Ces derniers ont augmenté leur contribution de 1,8 milliard de dollars US en 2018, mais l’ont réduite de 1,5 milliard de dollars US l’année suivante. En conséquence, les contributions régionales du Moyen-Orient et du nord du Sahara ont diminué de 44 % en 2019.

À l’échelle régionale, seule l’Europe a légèrement augmenté ses contributions de 1,9 %. Cela est dû principalement à « une forte augmentation de l’aide humanitaire internationale du Royaume-Uni, qui a augmenté de 24 % ».

Enfin, les auteurs notent le rôle important des donateurs privés, dont les contributions « ont constamment représenté un peu plus d’un cinquième de l’aide humanitaire internationale totale ».

« Pour la première fois depuis 2012, « le volume de l’aide internationale fournie par les 20 plus grands donateurs a diminué »

Les plus grands bénéficiaires, un groupe stable, marqué par les crises prolongées


Cette infographie, qui parle d’elle-même, montre les dix plus grands bénéficiaires de l’aide humanitaire internationale en 2018.

A retenir :

  • Pour la première fois en sept ans, la Syrie n’a pas reçu la plus grande quantité d’aide.
  • L’augmentation de l’aide au Yémen est due aux donateurs du Moyen-Orient : « En 2017, 29% du financement total du Yémen provenait de ces deux donateurs [EAU et Arabie Saoudite]. En 2018, cette proportion est passée à 69% ».
  • Les principaux bénéficiaires sont un groupe relativement stable, car la plupart d’entre eux connaissent une crise prolongée.
  • En dehors des dix plus grands bénéficiaires, le Bangladesh, la République démocratique du Congo, le Tchad et le Niger ont connu une augmentation importante des fonds reçus.

Finalement, ce chapitre se concentre sur l’APD ciblée sur la réduction des risques liés aux catastrophes. L’aide humanitaire internationale pour la réduction des risques liés aux catastrophes gagne en importance car « le changement climatique est susceptible d’avoir (…) des répercussions profondes et durables sur la vie des gens ». Il semble que cette APD spécifique soit bien ciblée sur les pays présentant un risque « très élevé » ou « élevé » de catastrophe naturelle. L’aide humanitaire internationale spécifique à la réduction des risques ne représente toutefois qu’une faible proportion de l’APD totale, variant entre 0,5 % et 1,7 %.

« Le changement climatique est susceptible d’avoir (…) des répercussions profondes et durables sur la vie des gens »

Chapitre 3 : Financer de manière efficace et efficiente

La réponse humanitaire internationale totale en 2018 s’élevait à 31,2 milliards de dollars US. Les canaux d’acheminement de cette aide n’ont pas beaucoup changé depuis 2017. Les gouvernements donnent principalement aux agences multilatérales (62 %), tandis que les donateurs privés continuent de donner en majorité aux ONG (89 %, ce qui représente 56 % du financement total des ONG). Si l’on tient compte à la fois des gouvernements et des donateurs privés, « le financement des ONG (…) en proportion de l’aide humanitaire internationale totale est passé de 35 % en 2017 à 30 % en 2018 ».

Une diminution importante du financement direct aux acteurs locaux et nationaux

Les données sur les bénéficiaires des fonds alloués à l’aide humanitaire internationale sont peu accessibles. En effet, « au-delà du financement aux bénéficiaires de premier niveau, il y a toujours un manque de données sur les transactions ultérieures », ce qui rend difficile l’analyse de l’efficacité et de l’efficience des dépenses d’aide.

Les données analysées par Development Initiatives, notamment celles de l’OCHA FTS2, montrent que le financement direct aux acteurs locaux et nationaux a été largement réduit en 2019 . On constate ainsi, sur le schéma ci-dessus, une diminution, tant en proportion qu’en volume, du financement direct aux acteurs locaux et nationaux.

Les fonds communs des Nations unies, qui offrent une option de financement flexible et géré à l’échelle des pays dans le cadre des Country-based pooled fund (CBPF), ont augmenté de 25 % en 2019. Toutefois, cette accroissement est principalement dû à une hausse de 55 % du financement du Fonds central d’intervention pour les urgences humanitaires (CERF) et non des CBPF.

« Les ONG reçoivent plus des deux tiers des fonds alloués par les CBPF », cependant 65 % des fonds du CBPF alloués aux ONG visent les ONG internationales, tandis que 35 % visent les ONG locales et nationales. Les CBPF (Country-based pooled fund) sont une source importante de financement pour les acteurs locaux et nationaux, mais ils « restent une petite partie de l’aide humanitaire totale, ne représentant que 4 % du total des contributions des donateurs publics en 2019″. Il existe également de grandes différences entre les fonds communs par pays : par exemple, « le Fonds humanitaire pour l’Irak a alloué 0,9 % de son financement aux ONG locales et nationales, tandis que le Fonds humanitaire pour les territoires palestiniens occupés en a alloué 36,9 % ».

Les « quality fund », une option plébiscitée lors du Grand Bargain mais encore peu utilisée

La dernière partie de ce chapitre se concentre sur les « financements de qualité » (« quality fund »), qui englobent les financements non affectés et pluriannuels. Alors que les financements pluriannuels ont largement augmenté, « la part des financements non affectés par rapport au financement total n’a cessé de diminuer depuis 2015 » et son volume est tombé en 2019 en dessous des niveaux de 2015. Une forte augmentation a cependant été constatée en ce qui concerne l’utilisation de l’aide en espèces et par bons (cash and voucher assistance), dont le volume a augmenté régulièrement depuis 2015.

En 2016, lors du Sommet Humanitaire Mondial, les cinq plus grands donateurs et les six plus grandes agences des Nations Unies avaient signé un document de 51 décisions pour rendre l’aide plus efficace. C’est ce qu’on appelle le « Grand Bargain », qui compte aujourd’hui 61 signataires (24 États, 11 agences des Nations Unies, 5 organisations intergouvernementales et de la Croix-Rouge et 21 ONG). L’amélioration de la traçabilité et de la flexibilité des fonds alloués étaient des points majeurs de ce rapport. Or, les auteurs, ici et plus loin dans le rapport, montrent bien la difficulté d’accès à des données sûres et comparables, ainsi que l’absence de flexibilité des fonds débloqués. Il est difficile, suite à la lecture de ce rapport de conclure à une bonne avancée, de la part des États et des bailleurs internationaux, sur les points soulevés lors du Grand Bargain.

Lire plus sur le Grand Bargain, c’est ici, sur Défis Humanitaires.

Chapitre 4: Financement de crise pour la réponse à la pandémie de Covid-19

« D’ici la fin juin 2020, 3,8 milliards de dollars US ont été déboursés pour la Covid-19 ».

La Covid-19, pandémie aux multiples conséquences, impacte  négativement l’aide internationale humanitaire

Ce dernier chapitre analyse le financement de la réponse à la pandémie de Covid-19. Alors que les besoins et les demandes de fonds ont largement augmenté en raison de la pandémie, les ressources, y compris l’APD, ont diminué. En effet, « le total des besoins de financement de l’appel humanitaire de l’ONU pour 2020 a déjà atteint 37,7 milliards USD, soit 25 % de plus qu’en juin 2019 ». En parallèle, les ressources, telles que les investissements étrangers directs, le tourisme, les transferts de fonds, etc., diminuent en raison de la crise économique provoquée par la pandémie.

Development Initatives a calculé que « l’APD totale pourrait passer de 153 milliards USD en 2019 à 143 milliards USD en 2020, au mieux (…) Au pire, l’APD totale pourrait tomber à 139 milliards USD en 2020 avant de retomber à 134 milliards USD (soit une réduction de 12 %) en 2021 ». Ces projections risquent d’affecter gravement les pays, car « l’APD représente plus d’un quart de l’ensemble des dépenses publiques pour un tiers des pays du Plan mondial de réponse humanitaire (PMH) ».

En juin 2020, 20 % des 37,7 milliards de dollars de financement de l’appel humanitaire de l’ONU avaient été atteint, « avec la même proportion, en moyenne, de besoins atteints pour l’appel Covid-19 et pour d’autres appels humanitaires » – les donateurs n’ont pas donné la priorité à la réponse de Covid-19 face à d’autres crises. Bien qu’il soit un peu moins élevé que les 23% des besoins satisfaits en juin de l’année dernière (2019), il est supérieur en volume de 578 millions de dollars US.

La distribution de l’aide a varié par rapport aux années précédentes, une proportion plus faible étant directement allouée aux pays et « un sixième des allocations totales allant aux services de soutien mondiaux ».

Répartition du financement total des appels liés/non liés au Covid-19
2020 – not Covid-19 related 2020 – Covid-19 related
Directly to countries’ plans 83% 74%
Support services 17%
Regional Response plans 17% 8%

Qui donne et à qui ? Les principaux donateurs de la riposte contre la Covid-19 sont les mêmes que ceux fournissant le plus grand volume d’aide humanitaire en 2019

Quant aux donateurs, on retrouve les mêmes acteurs majeurs : « les trois donateurs qui ont fourni les plus grands volumes d’aide humanitaire internationale en 2019 sont les principaux donateurs de la réponse à la pandémie de Covid-19 », à savoir les États-Unis, l’Allemagne et le Royaume-Uni. A eux trois, ils ont fourni 44 % du total des subventions des donateurs publics à la riposte de la pandémie de Covid-19.

L’aide humanitaire internationale pour le Covid-19 est principalement acheminée par les agences des Nations unies : « Au 24 juin 2020, près des trois quarts de l’aide humanitaire internationale totale pour la riposte à la crise du Covid-19 étaient acheminés par des organisations multilatérales ».

92 % de cette aide est allée à quatre agences des Nations unies, à savoir :

  • L’Organisation mondiale de la santé (38% des financements accordés aux agences des Nations unies et autres organisations multilatérales)
  • Le Fonds international d’urgence pour l’enfance des Nations unies (24%)
  • Le Programme alimentaire mondial (17%)
  • Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (13 %).

En comparaison, les ONG ont reçu moins que d’habitude, avec « seulement 5,1 % de l’aide humanitaire internationale totale pour la Covid-19 – contre une moyenne de 19 % dirigée vers les ONG et les OSC par les gouvernements entre 2014 et 2018 ».

La Covid-19, que retenir du financement de cette crise ?

Pour terminer cet article sur une note positive, s’il y a un aspect bénéfique à retenir de cette crise sanitaire, c’est la plus grande flexibilité de financement imposée aux bailleurs. Les agences de l’ONU ont publié de nouvelles lignes directrices en matière de flexibilité, favorisant la reprogrammation des financements existants, l’allègement du processus de négociation et de décaissement et la simplification des processus de demande de fonds et de reporting. Ces aspects sont conformes à la volonté du Grand Bargain d’accroître la flexibilité du financement. La question reste de savoir si ces nouvelles façons de faire dureront au-delà de la pandémie ?

 

Madeleine Trentesaux

[1] APD – Aide Publique au Développement, traduction d’Official Development Assistance, ODA

[2] OCHA-FTS – Office for the Coordination of Humanitarian Affairs (UN) Financial Tracking System – système de suivi du financement de l’aide humanitaire internationale