Sauve qui peut mondial !

Réfugiés de la RDC attendant dans le centre de transit de Nyakabande Transit Center dans la ville de Kisoro, Uganda. BADRU KATUMBA / AFP (7 juin 2022)

Réfugiés, conflits, RDC, Ukraine, OTAN, blé, BRICS, humanitaire !

130 jours de guerre en Ukraine ont déjà provoqué 5,5 millions de réfugiés et 6,28 millions de déplacés à l’intérieur du pays sur une population totale de 44 millions d’habitants. Et les combats font rage dans le Donbass chassant les habitants des zones de front.

Le 20 juin, à l’occasion de la « Journée Mondiale des Réfugiés », le HCR (Haut-Commissariat des Réfugiés des Nations-Unies) annonçait que le monde comptait 89,3 millions de personnes déracinées de force à la fin 2021, mais ce nombre est passé à 100 millions en mai 2022. Dans le même temps, signalons une information positive, 5,7 millions de personnes déracinées sont retournées dans leur pays d’origine en 2021.

Notons que plus des deux tiers de l’ensemble des réfugiés, sans compter les déplacés internes, proviennent de cinq pays seulement : Syrie (6,8 millions), Venezuela (4,6 millions), Afghanistan (2,7 millions), Soudan du Sud (2,4 millions) et Myanmar (1,2 million). Pays connaissant des guerres civiles ou des troubles graves.

Ainsi, en République Démocratique du Congo (RDC), depuis le début de l’année, plus de 700 000 personnes ont dû fuir leurs habitations et le pays compte 5,9 millions de personnes déplacées internes. Mais ces chiffres bruts nécessitent d’être complétés pour mieux en comprendre les drames humains.

Le Coordinateur Humanitaire des Nations-Unies en RDC, Philippe Lemarquis, dénonce les 11 sites de déplacés attaqués en Ituri par des groupes armés, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, les 15 structures de santé et écoles prises pour cible depuis le début de l’année. Rien que dans l’Ituri, 128 structures de santé ont été mises hors d’usage. Et que dire des 116 incidents de sécurité qui ont visés les humanitaires et leurs matériels !

En RDC comme ailleurs, si nous savons que l’humanitaire ne va jamais sans risque, il est essentiel de rappeler sans cesse avec force et conviction que les civils doivent être protégés et que les humanitaires ne sont pas des cibles !

Pour mettre les chiffres en perspective, comme Défis Humanitaires le propose à ses lecteurs, afin d’ anticiper les crises à venir comme les capacités humanitaires nécessaires pour y faire face, soulignons que le nombre de réfugiés et déplacés a plus que doublé en dix ans (2010-2020) et que les conflits et la démographie en Afrique vont encore augmenter le nombre de personnes à secourir dans les années à venir si la prévention des crises et les solutions politiques sont absentes ou impuissantes !

Courrier International n° 1650 du 16 au 22 juin

Connaitrons-nous « l’ouragan de famines » que craint Antonio Guterres, secrétaire général des Nations-Unies ?

C’est Annia Ciezadio qui écrit dans The Washington Post (1) que 28% des exportations mondiales de blé proviennent d’Ukraine et de Russie, mais qu’au total, les exportations ne représentent que 30 % de la production mondiale ! En attendant, 22 millions de tonnes de céréales sont toujours bloquées en Ukraine. Et si le blé Russe ne fait pas l’objet de sanctions, celles-ci s’appliquent par ailleurs aux chaînes logistiques et financières nécessaires pour le vendre et l’acheminer.

Quand on sait qu’un tiers du blé importé par le Moyen-Orient et l’Afrique venait de Russie et que la moitié du blé du PAM (Programme Alimentaire Mondial des Nations-Unies) provenait en 2021 de l’Ukraine et de Russie, il y a de quoi s’alarmer. Depuis notre dernière édition de Défis Humanitaires, concernant l’idée de « couloirs humanitaires » ou de « corridor du blé », rien ne s’est encore vraiment concrétisé début juillet. Si Martin Griffiths, secrétaire général adjoint des Nations-Unies chargé des questions humanitaires, et Rebecca Grynspan, secrétaire générale de la CNUCED (Conférence des Nations-Unies sur le commerce et le développement) préparent un accord global incluant « l’exportation sécurisée des céréales ukrainiennes par la mer et l’accès aux produits alimentaires et aux engrais russes sur les marchés mondiaux, particulièrement pour les pays en voie de développement », le compte à rebours de la faim est déjà bien engagé en ce mois de juillet.

Déjà la pandémie de la Covid-19 avait provoqué une grave perturbation des chaînes logistiques et une augmentation des prix. Pour mémoire, rappelons que la faim menaçait 811 millions d’êtres humains en 2005, 607 millions en 2014 et 811 millions en 2020. Combien seront-ils cette année ?

Déjà en Egypte, premier pays importateur de céréales dans le monde couvrant 80% de ses besoins, le Maréchal Al-Sissi appelle au dialogue national afin d’anticiper les conséquences dangereuses d’une inflation galopante et du manque de pain.

Au Kenya, selon le Mail & Guardian de Johannesburg, le prix d’un sac de 2 kg de blé a augmenté de 25% et le prix de l’huile de cuisson de 42% depuis le mois d’avril 2021.

Plus grave encore, selon The Guardian, le système alimentaire mondial menace de s’effondrer. Système complexe détenu à 90% par 4 grands groupes mondiaux pratiquant une logique de flux constant, ce système alimentaire s’est développé sur le modèle des banques qui prévalait lors de la crise de 2008 et, comme à l’époque, « une perturbation peut faire basculer l’ensemble ».

S’il devient urgent de diversifier la production mondiale et de renforcer «…les facteurs susceptibles d’empêcher un effondrement systémique », il convient aussi d’abord d’alimenter en blé les pays et populations qui en ont un urgent besoin aujourd’hui même.

Sommet de l’OTAN durant lequel la Turquie signe un accord avec la Suède et la Finlande pour leur d’adhésion à l’OTAN. ©OTAN (CC BY-NC-ND 2.0)

Escalade militaire en Ukraine.

Depuis la fin juin, on a l’impression d’être entré dans une nouvelle phase d’escalade de la guerre en Ukraine. La réunion du G7 avec ses sanctions renforcées, le Sommet de l’OTAN avec les demandes d’adhésion de la Finlande et de la Suède, les tensions autour de l’enclave Russe de Kaliningrad, la livraison d’artillerie lourde à longue portée et, bientôt, de missiles sol-air NASAMS américain à moyenne et longue portée le démontre. Sans doute s’agit-il d’un soutien renforcé militaire face aux difficultés de l’armée ukrainienne dans le Donbass.

La riposte de la Russie ne s’est pas fait attendre quand le porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskov, déclare que la guerre contre l’Ukraine « pourrait s’achever en un jour, si les forces ukrainiennes déposaient les armes et se pliaient aux conditions de la Russie ». Rien de moins.

Sur le terrain, les Russes se sont emparés de la ville de Severodonesk et de Lyssychansk. Déjà les frappes se portent sur les nouvelles cibles, à Kramatorsk et Sloviansk. Les Ukrainiens renforcent leur puissance de feu, notamment à l’aide des canons français Caesar et des obusiers américains M771 et, prochainement, des lance-roquettes HIMARS d’une portée de 80 km.

Canon français Caesar livré à l’Ukraine.

Autant dire que la priorité de part et d’autre est à la guerre et qu’elle durera au moins jusqu’à l’hiver qui gèle les combats et les positions. Cela représente plus qu’un doublement du temps de la guerre, de 4 à 9 mois et, par conséquence, de destructions pour les populations, les infrastructures. L’armée ukrainienne est en mauvaise passe dans le Donbass mais elle peut espérer une usure de la machine militaire russe alors qu’elle-même se bat chez elle et qu’elle peut mobiliser des soldats nombreux et motivés. La prochaine ligne de front va s’établir durant l’été devant les villes de Sloviansk et Kramatorsk et nous allons vivre de nouveaux déplacements de populations, des blessés, des morts et des villes rasées, sans parler des crimes de guerre. Par conséquent, les humanitaires devraient augmenter leurs secours dans l’urgence comme dans la durée.

Un changement de monde.

La rupture semble maintenant consommée et pour longtemps entre la Russie et ce que l’on peut qualifier de monde occidental avec l’Europe en première ligne. Vu de Paris, Washington, Bruxelles ou Berlin, nous pouvons penser que la Russie est isolée, à quelques exceptions près, et comme le dit le Président de la République, Emmanuel Macron, qu’elle a commis une erreur stratégique majeure que certains voudraient lui faire payer au prix le plus fort par la défaite.

Mais, vu de Pékin, Delhi, Pretoria ou Dakar, c’est assez différent. Pour preuve, au moment même où se réunissait le G 7 et l’OTAN, le Groupe des BRICS se réunissait à Pékin. Celui-ci rassemble donc le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud qui représente 41 % de la population mondiale, 24% du PIB et 13% du commerce international. Parmi les sujets abordés figurait celui de la réforme du système multilatéral. Le président chinois, Xi Jimping, a dénoncé à la tribune « l’élargissement des alliances militaires » en spécifiant que les sanctions étaient une arme à double tranchant qui allait revenir comme un « boomerang ». Ce qui fait dire à certains commentateurs que la Chine a clairement choisi son camp !

14ème Sommet des BRICS à Pékin 24/06/2022. Jairus Mmutle/GCIS (CC BY-ND 2.0)

Le ministre des Affaires étrangères chinois, Wong Yi, a d’ailleurs appelé nombre de pays à rejoindre les BRICS et particulièrement l’Indonésie ou se déroulera le prochain G20 auquel Vladimir Poutine devrait participer au mois de novembre prochain.

Simultanément, la Chine a augmenté ses importations de pétrole brut de 55% entre mai 2021 et mai 2022. Et l’Inde à multiplié par 9 ses importations de pétrole brut, même si elle cherche à diversifier ses achats de matériels militaires majoritairement russes.

La Russie est donc moins isolée que cela et d’autres alliances se nouent qui vont dessiner les relations internationales, si ce n’est les cristalliser en alliances concurrentes. C’est un changement de monde auquel nous assistons avec l’Ukraine comme déclencheur ou plutôt même comme accélérateur !

Et l’humanitaire dans tout cela ?

Le monde s’antagonise, devient plus incertain et plus conflictuel. Les règles hier encore communément admises sont remises en cause. La période qui a suivie la chute du mur de Berlin et la disparition de l’URSS, il y a une trentaine d’années, tourne la page et nous entrons dans l’inconnu des nouveaux rapports de force internationaux.

Ne sommes-nous pas déjà dans une guerre mondiale des hydrocarbures et du gaz, de l’alimentation en céréales, en engrais et entre des modèles politiques antagonistes, une guerre des mémoires et des ambitions ?

La guerre en Ukraine va-t-elle durer, s’amplifier, déborder ou ira-t-elle vers une solution négociée. Une nouvelle guerre froide commence t’elle quand le ministre des Affaires étrangères Russe, Sergueï Labrov, déclare qu’un nouveau rideau de fer s’abat sur l’Europe ? En tout cas, Vladimir Poutine aura réussi à renforcer l’OTAN et l’Union Européenne, à stimuler leur esprit de défense.

C’est dans ce contexte que s’est ouvert début juillet à Lugano en Suisse une conférence réunissant 40 pays et de nombreuses organisations internationales mobilisés pour définir les conditions de la reconstruction de l’Ukraine. Cela pourrait sembler venir à contre-temps, cependant la reconstruction sera longue et couteuse. Alors, autant s’y préparer dès maintenant.

En tout cas, l’action humanitaire aura beaucoup à faire avec un monde moins globalisé, moins de multilatéralisme, avec plus de souveraineté et de volonté d’indépendance et de reconnaissance. Pour que l’humanitaire ne sorte pas éreinté de la grande lessiveuse de l’histoire à un moment ou la nécessité des secours n’aura jamais été aussi urgente, il va falloir appliquer nos principes sans transiger sur le fond tout en s’adaptant beaucoup sur la forme afin de ne pas laisser les victimes seules face à l’adversité, à la cruauté, sauver des vies, reconstruire et promouvoir un avenir à l’espérance et au droit des peuples à être libre et à se développer.

En espérant que cet article vous sera utile, je vous remercie personnellement pour le soutien que vous pouvez nous apporter (faireundon) pour permettre la publication régulière de Défis Humanitaires.

Merci et rendez-vous à la prochaine édition début août.

Alain Boinet.

 

– (1) Dans Courrier International n° 1650 du 16 au 22 juin, vous trouverez un très bon dossier sur « L’arme du blé ».

Afghanistan « Je n’ai jamais vue une telle crise dans ma vie d’humanitaire ».

Au centre Isabelle Moussard-Carlsen en mission d’évaluation d’urgence en Afghanistan @ Isabelle Moussard-Carlsen

Interview exclusive avec Isabelle Moussard Carlsen, cheffe du Bureau OCHA en Afghanistan.


Alain Boinet : Des médias, mais également des acteurs humanitaires, parlent de plus en plus d’un risque de famine en Afghanistan. Quelle est la réalité aujourd’hui et comment vois-tu les mois à venir à ce sujet ?

Isabelle Moussard-Carlsen : Le nombre de personnes qui souffrent de la faim en Afghanistan est sans précédent : 23 millions d’Afghans ne savent pas d’où viendra leur prochain repas. Cela représente plus de la moitié de la population. Un enfant sur deux souffre de malnutrition aiguë.

Avec des températures hivernales qui descendent en dessous de zéro, les Afghans doivent dépenser une plus grande partie de leurs revenus, déjà en baisse, pour acheter du carburant et d’autres fournitures nécessaires pour l’hiver, à un moment où les réserves alimentaires sont au plus bas en raison du cycle des récoltes.

Cette situation est due à un certain nombre de facteurs aggravants : l’Afghanistan est confronté à une deuxième vague de sécheresse en quatre ans, à une crise économique imminente, aux effets socio-économiques du COVID-19 et à des décennies de conflits et de catastrophes naturelles. Aujourd’hui, les ménages consacrent plus de 80 % de leur budget à la nourriture.

Les organisations humanitaires intensifient leur réponse et ont déjà apporté de la nourriture à 8 millions de personnes en trois mois seulement, ainsi qu’un soutien à l’agriculture à 1,3 million de personnes. Mais il faut en faire bien d’avantage.

Alain Boinet : Qu’en est-il des structures de santé qui semblent manquer de personnels faute de salaires, mais également de médicaments et de consommable ?

Isabelle Moussard-Carlsen : Alors que la crise en Afghanistan s’aggrave, un effondrement des soins de santé doit être évité. Les agences humanitaires soutiennent le système en fournissant des médicaments, du matériel médical, et en payant les salaires (de nombreux personnels de santé n’ont pas été payés depuis cinq mois).

Dans les hôpitaux et les établissements de santé que j’ai visités, tant au niveau des provinces que des districts, les infirmières, les sages-femmes et les médecins continuent à travailler sans être payés. Depuis octobre, ils ont touché deux mois de salaire sur cinq. Ce qui est clair, c’est qu’ils ont besoin de plus de soutien, mais au moins, c’est un progrès.

Ces merveilleux personnels de santé afghans, hommes et femmes, empêchent l’effondrement des soins de santé en fournissant des soins de traumatologie, de reproduction, de santé maternelle, néonatale et infantile, et bien d’autres services essentiels à leurs concitoyens afghans.

Martin Griffiths, Secrétaire général adjoint des Nations-Unies en charge de l’humanitaire (OCHA), lors d’une réunion à Kaboul avec la direction des Talibans.

Alain Boinet : Martin Griffiths a récemment indiqué, dans son appel 2022 pour OCHA, que le budget le plus important était celui destiné à l’Afghanistan, soit 4,5 milliards de dollars, juste avant la Syrie et le Yémen. Peut-on espérer que cette somme soit effectivement mobilisée en temps et en heure pour être mise en œuvre pour les populations en danger ?

Ne faut-il pas envisager une opération de secours de grande envergure pour accéder aux populations en danger les plus menacées ?

Isabelle Moussard-Carlsen : Cette année, les donateurs ont contribué à hauteur de 1,6 milliard de dollars en réponse à la crise humanitaire afghane pour couvrir les besoins immédiats, en particulier au cours des quatre derniers mois de 2021. En effet, les besoins s’aggravent et nous demandons instamment aux donateurs de soutenir généreusement l’aide vitale, y compris la nourriture, les médicaments, les soins de santé et la protection pour 22 millions de personnes en 2022.

Nous sommes encouragés par la résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur les sanctions contre l’Afghanistan. L’exception humanitaire permettra aux organisations d’aide d’agir à l’échelle requise. Quelque 160 organisations humanitaires nationales et internationales fournissent déjà une aide en Afghanistan. Il est essentiel qu’un financement souple et rapide leur soit accordé pour qu’elles puissent continuer à œuvrer dans le pays.

Alain Boinet : Des acteurs humanitaires témoignent du fait que parmi les principales difficultés qu’ils rencontrent il y a l’accès au secteur bancaire Afghans pour recevoir des fonds et réaliser des transactions ainsi que les contraintes du transport aérien et des visas pour rejoindre l’Afghanistan. Qu’en est-il et quelles conséquences cela entraine t’-il ?

Isabelle Moussard-Carlsen : La situation économique a été extrêmement difficile. Les banques sont fermées et il n’y a plus d’argent. Les médecins, les enseignants et les fonctionnaires ne sont pas payés. Les institutions et les services locaux sont donc en danger.

Le vote de la semaine dernière en faveur d’une exception humanitaire permettra aux organisations d’aide de mettre en œuvre ce que nous avons prévu : venir en aide à 22 millions d’Afghans vulnérables. Cette résolution fournit également des garanties juridiques aux institutions financières et acteurs commerciaux, et facilite les opérations humanitaires.

En ce moment critique, nous devons tous nous rassembler. La communauté internationale a un rôle majeur à jouer dans le soutien de millions d’Afghans qui comptent sur nous et qui ont épuisé toutes autres options.

Alain Boinet : Les Moyens financiers mobilisés sont-ils à la hauteur des besoins, sont-ils disponibles et les acteurs humanitaires ont-ils les capacités d’action nécessaires durant l’hiver toujours rigoureux en Afghanistan ?

Isabelle Moussard-Carlsen : En ce qui concerne l’accès, l’hiver rend plus difficile l’accès aux personnes dans le besoin mais aussi l’accès aux services dont elles ont besoin. C’est pourquoi il est important de continuer à fournir de l’aide aux communautés vulnérables, y compris l’aide hivernale qui a été distribuée en octobre et novembre avant l’hiver.

En plus de l’aide hivernale, les humanitaires ont également fourni aux populations trois mois de nourriture et de soutien agricole, comme des semences de blé par exemple. Des missions d’accès sont également en cours le long du col de Saranjal sur la route de la province de Ghor et plus récemment dans les régions enneigées et éloignées de Bamyan. En novembre, OCHA a mené 17 missions, dont la majorité par la route. Il est essentiel de rétablir l’accès aux régions reculées de l’Afghanistan où les besoins sont souvent les plus élevés et où de nombreuses communautés n’ont pas été atteintes depuis des années.

Les camions du PAM livrent des vivres dans des zones reculées et difficiles d’accès dans le Nord-Est de la province du Badakhshan avant que les routes ne soient bloquées par la neige @PAM Afghanistan

Alain Boinet : Avec le nouveau gouvernement Afghan, les principes humanitaires de neutralité, d’impartialité et d’indépendance sont-ils bien respectés et est-il possible d’accéder sans entrave à toutes les populations. Quelle est la portée pour OCHA et les acteurs humanitaires de la Résolution 2615 du CSNU le 22 décembre ?

Isabelle Moussard-Carlsen : En tant qu’humanitaires, nous continuons à nous engager avec toutes les parties, y compris les Talibans (comme nous le faisons depuis des décennies) pour accéder aux personnes dans le besoin, en nous concentrant sur les plus vulnérables.  Les principes humanitaires sont les principes directeurs de notre engagement et sont essentiels dans des situations complexes telles que celle de l’Afghanistan. Comme auparavant, l’aide humanitaire est indépendante et doit être basée sur les besoins tels qu’identifiés par les évaluations des besoins.

Nous sommes très encouragés par la Résolution 2615 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui permettra aux 160 organisations humanitaires sur le terrain de répondre aux personnes dans le besoin à l’échelle requise.

 

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Isabelle Moussard-Carlsen

Isabelle est engagée dans le monde humanitaire depuis 1987. Sa première expérience terrain était dans un camp de réfugiés afghans au Pakistan. Elle a ensuite été sur le terrain une douzaine d’années : Afghanistan, Cambodge, Kenya et Somalie.

De retour en France en 1999, elle a travaillé 4 ans avec le Samu Social de Paris avant de rejoindre ACF en janvier 2005 en tant que Desk Officer.

En mars 2013, elle évolue au poste de Directrice Régionale des Opérations.

Elle occupa le poste de Directrice des Opérations d’ACF-France entre août 2016 et avril 2021.

Isabelle a rejoint OCHA Afghanistan en juin 2021.