Des liens qui unissent

© Alain Boinet (août 2026) – Narva, à la frontière entre l’Estonie et la Russie où ces deux forteresses se font face

Quels liens peut-il y avoir entre la ville estonienne de Narva à la frontière Russe avec la prochaine Conférence Nationale Humanitaire (CNH) à Paris le 6 octobre prochain, et enfin avec notre revue Défis Humanitaires. Il n’y a pas d’évidence immédiate et pourtant !

Des médias, des experts, des pays font état de sérieuses menaces russes, notamment contre les Pays-Baltes, la Finlande, ce qui pourrait expliquer le déplacement le 26 août du directeur de la CIA, John Ratcliffe, à Moscou en passant par Riga capitale de l’Estonie.

Cela est à intégrer dans le cadre de la guerre en Ukraine et d’une confrontation plus large de la Russie et de ses alliés contre l’Union Européenne et l’OTAN. Vladimir Poutine, lève une nouvelle armée contre l’Ukraine, intensifie chaque jour ses frappes de missiles et de drones et pourrait être tenté par des manœuvres de diversion, d’extension ou de test pour diviser et affaiblir.

Ce processus d’escalade en cours a-t-il conduit le Président de la République, Emmanuel Macron, à annoncer la livraison du système franco-italien anti-missiles Aster et, simultanément, les Britanniques à permettre la fabrication en Ukraine du missile de croisière franco-britannique Storm Shadow ou Scalp avec l’aide de la France ?

 N’en doutons pas, nous sommes dans une période d’escalade dangereuse et incertaine quand elle comprend des armes nucléaires tactiques russes.

Quand l’on connait les conséquences dramatiques de la guerre en Ukraine, on ne peut qu’appréhender tout risque d’intensification voire de propagation géographique de la guerre en Europe.

 

De Narva au corridor de Sulwaki.

J’ai voyagé en famille cet été dans les Pays-Baltes et je suis allé jusqu’à Narva où se trouve, face à face, de part et d’autre du fleuve Narva, la forteresse Hermann estonienne et de l’autre, à quelques centaines de mètres, la forteresse russe d’Ivangorod.

Juste à côté se trouve le pont dit de l’amitié, un des rares points de passage ouvert avec la Russie, Saint Pétersbourg est à 150 km, sur lequel les Estoniens ont placé plusieurs rangées de dents de dragon anti-char. Visionnez ici cette courte vidéo réalisée à Narva :

Dans un livre d’anticipation paru en 2025, « La guerre d’après » chez Grasset (1), le politologue et expert militaire allemand, Carlo Masala, imagine en 2028 la prise de Narva par deux brigades russes et, simultanément, la prise de l’ile de Hiiumaa permettant le blocus de la mer Baltique. Ce n’est qu’un scénario, mais c’est un scénario possible !

Narva compte 57.000 habitants dont 88% sont russophones et dont beaucoup possède un passeport russe. Pour mémoire, les minorités russophones représentent environ 31% de la population en Estonie, 35% en Lettonie et moins de 7% en Lituanie comme on le découvre à la lecture de l’excellent livre de Céline Bayou (2) « Les pays Baltes face à la menace russe en 100 questions parue chez Tallandier. Ces minorités russophones sont concentrées sur les frontières avec la Russie et la Biélolorussie et dans les capitales Talllinn, Riga et Vilnus.

Comparaison n’est pas raison, mais le parallèle avec les populations russophones d’Ukraine, que ce soit en Crimée et dans les oblasts de Donetsk, de Louhansk où sont les lignes de front vient immédiatement à l’esprit.

© Ministère des armées – Bataillon français (500 soldats) membre d’un « battle group » multinational de l’OTAN sous commandement britannique (900 soldats) en Estonie

Quand on voyage dans les Pays-Baltes, ce qui frappe, c’est partout la présence de drapeaux ukrainiens côte à côte avec les drapeaux de ces pays sur les bâtiments officiels.

De même, l’histoire est très présente, notamment dans ces musées « de l’occupation et de la liberté » qui sont très visités. Il est frappant de constater combien le pacte Molotov- Ribbentrop et ses protocoles secrets signé le 23 août 1939 à Moscou entre l’Allemagne nazie et l’Union Soviétique est toujours présent dans les esprits (notamment le partage de la Pologne et une présence militaire soviétique imposée dans les Pays-Baltes). Pour les Pays-Baltes indépendants et reconnus par la SDN de 1918 à 1940, l’occupation allemande à partir de l’été 1941 a été suivie de l’occupation soviétique de 1944 à 1991, année de leur nouvelle indépendance il y a 35 ans.

Entre temps, durant 47 ans, ces populations ont connu la répression, la déportation au Goulag, les exécutions sommaires et le servage idéologique dont toutes les familles ont été victimes. De même qu’elles se souviennent de la guérilla menée (1944-1953) par la résistance des « Frères de la forêt » qui furent 170.000 à combattre l’occupation soviétique qui ne fut jamais acceptée dans le monde par la plupart des pays.

Durant ce périple, après Narva et l’Estonie, puis la Lettonie, nous voilà en Lituanie où se trouve le fameux corridor de Sulwaki, d’une longueur d’environ 80 km, et qui fait frontière entre ce pays et la Pologne. Ce corridor a la particularité de se trouver situé aux deux extrémités (voir la carte ci-dessous) entre l’enclave russe surarmée de Kaliningrad sur la mer Baltique et la Biélorussie alliée de Moscou.

© LCI – Carte montrant l’importance du corridor de Sulwaki et de Narva dans les tensions au sein de la région

C’est un point faible majeur pour les occidentaux tant sa prise de contrôle par les Russes couperait les Pays Baltes du reste de l’Europe ! Chaque jour la guerre informationnelle, la désinformation, les cyberattaques, des attentats ont lieu quotidiennement au point que l’on peut considérer qu’une guerre a déjà débuté ! L’aide humanitaire y sera-t-elle un jour nécessaire ?

Dans ce contexte, on comprend mieux la position de Kaja Kallas, ancienne première ministre l’Estonie, et aujourd’hui Haute représentante de l’Union Européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

Aussi, je vous invite à lire dans cette édition l’excellent article de notre ami Cyprien Fabre « Avant le basculement, construire la résilience » qui montre bien comment les fissures finissent par miner tout édifice, au risque de l’écroulement, si l’on n’y prend pas garde.

Ne soyez pas étonné d’apprendre qu’un renforcement des moyens militaires est en cours côté OTAN face à la menace russe, même si le tourisme se porte bien dans les beaux Pays-Baltes et la Finlande !

 

Et l’humanitaire dans tout cela ?

Si le risque de propagation de la guerre est réel, son escalade l’est d’abord aujourd’hui même en Ukraine et l’aide humanitaire y est toujours une urgence. D’autres crises ne manquent pas, que ce soit au Soudan, en République Démocratique du Congo, à Gaza comme au Liban, mais ce sont les secours qui viennent à manquer par la baisse rapide des financements humanitaires de trop d’Etats.

Il y a des moments favorables pour se remobiliser et c’est précisément le cas de la prochaine Conférence Nationale Humanitaire (CNH) qui aura lieu à Paris le 6 octobre prochain au ministère de l’Europe et des affaires étrangères. Cette Conférence est organisée par le Centre de Crise et de Soutien (CDCS) du ministère en lien avec les acteurs humanitaires dans le cadre du Groupe de Concertation Humanitaire (GCH). Ne loupons pas cette occasion qui rassemblera de nombreux acteurs et dirigeants (Union Européenne, ECHO, Nations Unies, CICR, ONG,…) !

Les Trois thèmes principaux retenus pour cette CNH sont :

  • Le droit International Humanitaire (DIH) et l’accès des secours.
  • La réforme humanitaire des Nations-Unies et les acteurs concernés.
  • Les financements et les partenariats.

Ces trois thèmes majeurs doivent permettre d’établir un état des lieux lucide mais surtout d’engager les initiatives pour sauvegarder les secours aux populations en danger.

Il n’y a pas d’aide humanitaire ni de stratégie sans les financements qui les concrétise en action. Les financements baissent de manière drastique. Les chiffres sont là pour en attester quand les appels des Nations-Unies et les contributions ne cessent de diminuer.

Pour mémoire, l’ONU a lancé avec OCHA un appel pour 2026 de 23 milliards de dollars pour secourir 87 millions de personnes, tout en indiquant qu’il faudrait en fait réunir 33 milliards de dollars pour secourir 135 millions de personnes dans 50 pays.

Selon les informations disponibles au 31 août les contributions s’élèveraient à ce jour à 14,21 milliards de dollars, soit 40,6 % de couverture pour un appel réajusté à 35,02 milliards. En 2025 ont été réuni 23,23 milliards de dollars.  Qu’en sera-t-il cette année ?

© OCHA –  Graphique représentant la totalité des fonds enregistrés par le Financial Tracking Service (FTS) de 2016 à 2026 (dans le cadre des plans coordonnés et hors)

Concernant la France, le budget humanitaire des trois canaux (CDCS, NUOI, AAP) est au total de 285 millions d’euros. Il était de 800 millions d’euros en 2023 et l’engagement avait été pris de le porter à un milliard d’euros en 2025. La chute est rude. avait été pris de le porter à un milliard d’euros en 2025. La chute est rude. Qu’en sera-t-il dans le projet de loi de finance 2027 ainsi que pour le développement ?

© CHD – « Les crédits des ONG en France », tableau publié avec l’accord de la Coordination Humanitaire et Développement (CHD) membre de Coordination Sud

Si ces chiffres constituent un diagnostic nécessaire, il importe surtout de prendre des initiatives, de communiquer, d’innover, de mutualiser, de se coordonner et de rechercher des solutions et des alliés. D’autant que des institutions comme la Commission européenne et nombre d’Etats confirment leur engagement humanitaire et sont parties prenantes d’une nouvelle alternative humanitaire. Le Cadre de Financement Pluriannuel de l’Union Européenne pour la période 2028-2034 sera déterminant !

La CNH du 6 octobre ne peut pas, ne doit pas ressembler aux précédentes qui depuis 2011 ont accompagné une progression régulière de l’aide humanitaire de la France. Elle doit acter ce moment de rupture et s’inscrire résolument dans une nouvelle perspective.

Parmi les pistes identifiées par les acteurs humanitaires, il y a notamment celles-ci :

  • Sanctuariser les financements institutionnels actuels.
  • Gagner en efficacité, en synergie, en coordination et en impact de l’aide des acteurs de terrain pour les populations en danger.
  • Simplifier et modifier les procédures institutionnelles trop lourdes et couteuses.
  • Renforcer la communication et les liens avec l’opinion publique, les parlementaires, la jeunesse, les médias, les Think Tank, les entreprises.
  • Construire de nouveaux partenariats alternatifs.

Pour de nouveaux financements, vous lirez avec intérêt dans cette édition un article et projet très documenté porté par notre ami Antoine Vaccaro qui propose la création en France d’un Loto humanitaire, comme il en existe dans la plupart des pays voisins. Il pourrait rapporter jusqu’à 800 millions d’euros chaque année !  Voilà une piste sérieuse à considérer. Qu’en ferons-nous concrètement ?

Nous attendons beaucoup de cette Conférence Nationale Humanitaire dont nous vous rendrons compte en direct sur notre chaîne YouTube et dans nos prochaines éditions.

 

Relever ensemble les Défis Humanitaires.

Pour faire face à une rupture géopolitique de grande ampleur et à un risque d’affaiblissement existentiel pour l’humanitaire, Défis Humanitaires a décidé de reconsidérer sa mission et de le faire avec vous.

Pour cela, soyons très concret.

  • Nous avons un besoin essentiel d’information fiable, utile, constructive, impactante.
  • Face à la mésinformation et à la désinformation qui prospèrent, l’enjeu de l’intérêt général est une priorité.
  • Une étude récente démontre que si 75% de l’opinion publique est favorable à l’aide humanitaire, ils sont 82% à demander à être mieux informé !

Pour y répondre, nous vous proposons :

  • De refondre la revue.
  • D’élargir et d’approfondir sa ligne éditoriale.
  • D’augmenter son audience, son impact, son influence.

Pour y parvenir concrètement et rapidement, votre soutien est indispensable et précieux. Si notre revue est indépendante et gratuite, elle a un coût et le bénévolat n’y suffit pas ! Ce coût est la condition sine qua non de cette nouvelle mission humanitaire !

J’ai besoin de votre soutien et votre don (lienversHelloAsso) va permettre de réaliser cette nouvelle revue avec vous. Nous réalisons Défis Humanitaires pour vous lecteurs.

Avec votre don, nous voulons aussi élargir les partenariats : partenariat éditorial, diffusion de la revue, appui stratégique, subvention de Fondation, entreprise, collectivité, institution et le don de nos lecteurs qui est un précieux soutien au projet de Défis Humanitaires. Lecteur avec votre don devenez acteur dès aujourd’hui (lienversHelloAsso) ! Un grand Merci pour votre don (3).

La boucle est bouclée, il y a bien un fil d’ariane, des « liens qui unissent » entre les risques encourus par les Pays-Baltes, la Finlande comme en Ukraine aujourd’hui avec l’escalade de la guerre, la réponse humanitaire qui est au cœur de la prochaine Conférence Nationale Humanitaire et la Revue Défis Humanitaire qui concrétise ici son rôle d’alerte, d’information, de proposition, de mobilisation ? C’est sa raison d’être, Merci d’en être avec votre don.

 

Alain Boinet.

 

(1) La guerre d’après – La Russie face à l’Occident » Carlo Masala Editions Grasset.

(2) Les Pays Baltes. Face à la menace russe. En 100 questions. Céline Bayou Editions Tallandier.

(3) Votre don est déductible de vos impôts dans la limite de 66% de son montant. Un reçu fiscal vous sera adressé en janvier 2027. Merci.


Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne www.defishumanitaires.com. Il est le fondateur de l’association humanitaire Solidarités International dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources. Il continue de se rendre sur le terrain (Syrie du nord-est, Haut-Karabagh/Artsakh et Arménie) et de témoigner dans les médias.


Découvrez les autres articles de cette édition :

Conférence Nationale Humanitaire 2023

Entretien avec Philippe Lalliot, directeur du Centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Vidéo de l’entretien sous ce texte.

Alain Boinet : La 6ème Conférence Nationale Humanitaire (CNH) vient de se tenir à Paris le 19 décembre. Pouvez-vous pour nos lectrices et lecteurs nous présenter cette Conférence.

Philippe Lalliot : C’était une belle manière de commencer un mandat. En effet j’ai pris mes fonctions à la tête du Centre de crise et de soutien du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères il y a un peu moins de 4 mois. Cette Conférence Nationale Humanitaire, était surtout très attendue par tous les acteurs humanitaires.

Cette conférence, mais également la Stratégie Humanitaire qui a été présentée à cette occasion-là, sont vraiment une réalisation collective, qui a permis à l’ensemble des partenaires, à commencer par les ONG qui siègent au comité de pilotage de travailler ensemble pendant de longs mois. Le résultat, je crois, reflète bien les discussions qui ont eu lieu, les sujets qui ont été abordés dans leur complexité. J’espère que chacun s’y retrouve et que chacun est à l’aise avec l’événement qui s’est tenu et avec le document présenté.

Ce que je retiens, c’est aussi le succès de cette conférence, ne serait-ce que par le nombre de participants : 650 participants dont plus de 350 en présentiel. On n’avait pas eu depuis 2018 une conférence nationale humanitaire en présentiel. Celle de 2020 s’est tenue à distance.

Les circonstances bien sûr, expliquent aussi ce succès. Ce qui se passe en ce moment à Gaza illustre la nécessité de réfléchir ensemble et de discuter des difficultés qu’on rencontre et des solutions qu’on peut ensemble imaginer et mettre en œuvre.

J’ai été frappé par la richesse des discussions qui se sont tenues. Trois tables rondes se sont succédées avec une grande diversité de participants. Le niveau aussi témoigne de l’intérêt suscité : le Président de la République en ouverture, en visio, deux interventions de la Ministre, de responsables des Nations unies, des dirigeants d’ONG françaises, internationales et locales.

Il était enfin intéressant d’avoir une conférence tournée vers le bilan des années passées, mais en mettant aussi des réflexions sur l’avenir. Compte tenu de ce qu’est aujourd’hui l’état du monde, compte tenu de cette multiplication, de cette aggravation et de cette superposition des crises, qu’est-ce qu’on peut ensemble faire de plus et faire mieux ?

J’étais très intéressé notamment par toutes les discussions sur l’innovation, sur l’adaptation de nos réponses sur l’efficacité de nos actions, aux besoins et à l’évolution des besoins.

Emmanuel Macron lors de la Conférence Nationale Humanitaire 2023 © Elysée

Alain Boinet : Comme vous venez de l’évoquer, cette conférence comprenait trois tables rondes avec la participation de divers partenaires. Ces tables rondes portaient sur l’adaptation de la réponse humanitaire à la multiplication des besoins, la protection de l’action humanitaire dans le contexte de remise en cause du droit international humanitaire, le développement de nouvelles modalités de financement pour une plus grande efficacité. Quels en ont été selon vous les points forts ?

Philippe Lalliot : Je retiens une première chose, c’est que ces thèmes n’avaient pas été choisis par hasard mais débattus entre nous dans les comités de pilotage. Ils permettaient de traiter des sujets qui sont vraiment prioritaires pour l’action humanitaire.

Les sujets de financement, d’abord permettent d’illustrer les efforts faits par la France sur ces sujets humanitaires, puisqu’on a une trajectoire budgétaire qui après un premier doublement sur la précédente période, consacre à nouveau un doublement pour atteindre un milliard d’euros par an en 2025. C’est très important dans un contexte où les besoins explosent et où certains, sinon la plupart de nos partenaires, ont plutôt tendance à réduire la voilure.

Cette table ronde permettait aussi d’évoquer la question centrale des partenariats. On a attaché une importance particulière dans la Stratégie aux partenariats. Pour insister sur la dimension européenne, mais aussi parce qu’il y a une réflexion à avoir sur la place de ces nouveaux partenaires que sont les collectivités locales, les fondations, les entreprises privées. Nous avons aussi parlé innovation, pluri-annualisation, flexibilité et redevabilité, localisation et partenariats privilégiés. Sous des dehors un peu arides, cette table ronde pose des vrais sujets de principe qui vont déterminer nos modes d’action dans les années qui viennent.

La deuxième table ronde était, je pense, tout aussi intéressante. Elle était consacrée au droit international humanitaire, à son respect, à sa promotion, à la protection des personnels humanitaires. Gaza montre aujourd’hui à quel point ce sont des sujets absolument centraux. Une des participantes, disait justement « sans droit humanitaire pas d’action humanitaire » ; cela permet d’illustrer aussi le rôle de la France en grand avocat du droit international de manière générale et du droit international humanitaire en particulier. Ce sujet n’est pas simplement un sujet qu’on enseigne à l’université mais qui a des traductions concrètes très importantes sur le terrain. Concernant la question de l’exemption généralisée, la position de la France depuis l’adoption de la résolution 2664 est bien connue. On a fait des progrès récemment sur la PC 931, mais on a encore du travail devant nous et on veut le faire avec les ONG parce que c’est une de leurs grandes demandes et une demande qui me paraît légitime.

La première table ronde avait vocation à poser le paysage général dans lequel se déploie l’action humanitaire. Les crises se multiplient. Ce qui me frappe, c’est qu’elles gagnent en gravité, en complexité, en intensité. Certaines se prolongent et ces crises s’ajoutent ainsi les unes aux autres comme une espèce de surinfection de la plaie. Ce phénomène-là est très inquiétant en lui-même. Il implique aussi pour nous, je pense, une réflexion à avoir sur les moyens collectivement que nous pouvons dégager pour répondre à ces crises.

Intervention de Philippe Lalliot lors de la troisième table ronde lors de la CNH 2023 © Centre de crise et de soutien

Alain Boinet : La CNH a été l’occasion de présenter la nouvelle stratégie humanitaire de la République Française. Quelles sont ses axes principaux ?

Philippe Lalliot : Il y en a quatre. La première partie de la Stratégie est dédiée au droit international humanitaire, sa promotion ainsi que la protection des personnels humanitaires. C’est un sujet qui résonne bien sûr aujourd’hui avec une particulière acuité, quand on voit ce qui se passe à Gaza.

La deuxième partie expose nos grandes priorités thématiques. On en a isolé 5, ensemble encore une fois avec les ONG : tout ce qui touche au climat, à la sécurité alimentaire et la nutrition, à la santé et à la continuité des soins, aux droits des femmes et des filles, à l’égalité de genre, enfin tout ce qui concerne l’enfance et les droits de l’enfant. Il y a dans ces 5 priorités une forme de continuité avec les stratégies précédentes. Je pense notamment au climat et au genre également. Il y a des choses nouvelles et je veux remercier les ONG qui ont plaidé en ce sens. Je pense notamment à tout ce qui touche à l’enfance, aux droits de l’enfant qui pour la première fois, acquiert une portée transversale.

Il y a enfin deux dernières parties respectivement consacrées au financement et aux partenariats. Nous voulions donner une vraie dimension européenne à cette Stratégie. On a commencé déjà sous présidence française du Conseil de l’Union européenne avec le Forum humanitaire. Je pense qu’on a des outils en place, d’autres qu’il faut certainement créer. Il y a une forme de mutualisation et de réflexion collective à avoir compte tenu de l’ampleur des besoins qu’on constate aujourd’hui et qui ne vont pas diminuer dans les années qui viennent.

Alain Boinet et Philippe Lalliot lors de l’entretien du 21 décembre 2023 au Centre de crise et de soutien © Défis Humanitaires

Alain Boinet : Vous avez évoqué l’augmentation du budget humanitaire de la France d’ici 2025. Au moment où certains pays diminuent leur contribution, comment faut-il comprendre cet effort budgétaire ? Comment se répartira le budget entre le Fonds d’Urgence Humanitaire, l’Aide Alimentaire Programmée et la Direction des Organisations Internationales ? Enfin, quelles sont les innovations principales envisagées dans la mise en œuvre de ces moyens avec vos partenaires ?

Philippe Lalliot : Déjà, je pense qu’il faut reconnaître qu’avec deux Stratégies successives, la France retrouve une voix qui porte et sa place dans le dans le concert des nations sur ces sujets humanitaires. On était devenus inaudibles et en deux temps, avec un premier palier à 500 millions et un second palier à un milliard d’euros par an, la France est dans les 10 premiers bailleurs au niveau international, les 3 premiers au niveau européen. Nous pouvons à nouveau porter des positions à la hauteur de nos ambitions.

Cet effort collectif dit aussi la priorité qui est accordée à ces sujets humanitaires dans les arbitrages budgétaires et dans les choix qui sont faits. Il contribue fortement à la crédibilité et au rayonnement international de notre pays.

Sur ce que vous appelez les guichets, nous avons en effet trois canaux de distribution des crédits humanitaires : le financement des agences des Nations unies, l’aide alimentaire programmée et le fonds humanitaires ou fonds ONG pour dire les choses simplement.  Des systèmes de coordination entre nous permettent d’éviter le fonctionnement en silo qui serait désastreux pour l’efficacité de notre action. On est aujourd’hui grosso modo à une répartition par tiers. Je pense qu’on va rester à cet équilibre-là.

Les priorités sectorielles et géographiques restent. Il y a une forme de continuité. Il faut inscrire notre action dans la durée. Donc on retrouvera notamment les grandes priorités que sont l’Ukraine, la Syrie, Gaza mais aussi beaucoup d’initiatives et de projets en Afrique.

S’agissant des priorités sectorielles, ce sont les cinq que j’ai mentionnées tout à l’heure : le climat, la sécurité alimentaire, la santé, le genre et les enfants.

Action du Centre de crise et de soutien pour Gaza en partenariat avec le Croissant rouge Egyptien © Centre de crise et de soutien

Alain Boinet : La bande de Gaza, depuis l’attaque meurtrière du Hamas le 7 octobre en Israël et la prise de nombreux otages, est le lieu de bombardements et de combats quotidiens incessants qui provoquent de nombreuses victimes civiles, la destruction des infrastructures et des besoins humanitaires d’urgence de grande ampleur. Quelle est la position de la France et quelle aide apporte-t-elle ?

Philippe Lalliot : Nous assistons à une tragédie humanitaire et la qualifier ainsi n’est pas une manière de minorer ce qui s’est passé le 7 octobre qui est absolument inqualifiable. Je rappelle le lourd tribut payé par la France qui a perdu 41 de ses ressortissants et qui comptent aujourd’hui 3 otages qui sont retenus dans la bande de Gaza.

Il y a plusieurs sujets qui sont aujourd’hui posés. Il y a des sujets liés en effet, on en parlait il y a quelques minutes, au respect du droit humanitaire et à la protection des personnels humanitaires. Je suis frappé des pertes aujourd’hui enregistrées par les grandes ONG, par certaines agences des Nations Unies à commencer par l’UNRWA. C’est inédit, à ma connaissance, et inacceptable évidemment.

Notre approche a été définie par le président de la République. Elle comprend trois piliers : un pilier sécuritaire, notamment de lutte contre le Hamas et les mouvements terroristes qui sont impliqués dans le massacre du 7 octobre ; un pilier humanitaire sur lequel je vais revenir un peu plus longuement ; enfin un pilier politique parce qu’il n’y aura pas de paix dans cette région tant qu’il n’y aura pas une solution politique qui fasse droit aux demandes légitimes d’Israël comme à celles du peuple palestinien. C’est la solution à deux États.

Si on veut dire un mot un peu plus précis du pilier humanitaire, de cette approche qui est dite « la paix pour tous », on essaie de travailler avec nos partenaires, c’est-à-dire à la fois les ONG et aussi nos interlocuteurs égyptiens et jordaniens, sur plusieurs fronts.

D’abord celui du fret humanitaire. On va arriver aux 1000 tonnes de fret humanitaire envoyé à Gaza : 200 tonnes par voie aérienne avec des moyens à la fois militaires et civils, et un peu plus de 700 tonnes par voie maritime. Ces envois comportent des médicaments, du matériel médical, des abris, des tentes, de la nourriture, différents équipements.

Une deuxième action est centrée sur les aspects médicaux. L’un de nos porte-hélicoptères, le Dixmude, est à quai à El-Arich, où il soigne des blessés palestiniens. En très étroite coopération avec les autorités égyptiennes, le Dixmude est complètement intégré dans le système hospitalier du Sinaï. On réfléchit aujourd’hui à la relève du Dixmude puisqu’il devra partir d’El-Arich au mois de janvier.

Et puis, nous avons commencé aussi des évacuations médicales d’enfants palestiniens dans nos hôpitaux. Là encore, nous travaillons en étroite coopération avec le ministère des armées, de la santé et le ministère de l’intérieur. Les premiers enfants ont commencé à arriver fin décembre. Nous collaborons également de plus en plus avec nos amis jordaniens notamment sur les équipements de leurs hôpitaux, à la fois dans Gaza, à l’hôpital militaire jordanien de Gaza, mais aussi à Naplouse, en Cisjordanie.

On essaie de faire le plus qu’on peut. Je pense qu’on a fait des choses qu’aucun autre pays, au moins occidental, n’a fait et on le fait en coordination et en accord avec nos partenaires dans la région.

Une maison détruite dans le village de Beit Sira, à Ramallah, en Cisjordanie. © OCHA

Alain Boinet : Nous venons de parler de tragédie à propos de Gaza. Quelles sont les autres crises auxquelles vous avez dû faire face depuis que vous avez pris vos fonctions au mois d’août ? Quelles sont les réponses humanitaires que vous avez pu apporter ?

Philippe Lalliot : Il y en a malheureusement trop. J’ai pris mes fonctions fin août et les crises se sont succédées sans arrêt depuis, entre catastrophes naturelles notamment au Maroc avec le tremblement de terre et en Libye avec les inondations et crises sécuritaires, le Haut-Karabagh et maintenant Gaza. Le CDCS essaie d’être présent sur tous ces fronts, sachant que d’autres crises sont très loin d’être terminées. Je pense à l’Ukraine et à la Syrie, mais aussi au Yémen, au Soudan, à Haïti. De manière plus ponctuelle mais pas moins urgente, quand un dépôt d’essence explose à Conakry, notre aide est sollicitée. Quand une mine s’effondre au Surinam, là aussi, notre aide est sollicitée et bien évidemment on fait tout ce qu’on peut.

D’autre part, nous nous efforçons d’ajuster notre aide au plus près des besoins, tels qu’ils nous remontent du terrain. Ce qui fait beaucoup intervenir nos postes diplomatiques et consulaires. Nous avons la chance d’avoir le troisième plus grand réseau à l’étranger. Nous nous reposons beaucoup sur lui à la fois pour les contacts sur place et pour bien calibrer notre réponse.

Il s’agit vraiment d’un effort collectif en lien avec les ministères que je citais : les armées, l’intérieur, la santé, en lien également avec les grandes ONG partenaires. Sans elles, rien ne se ferait et c’est grâce à elle très souvent qu’on arrive à intervenir dans des théâtres très reculés. Je veux ici leur rendre hommage pour tout le travail qu’elles fournissent dans des conditions souvent très difficiles.

Un bâtiment détruit dans une rue à Gaza. © UNRWA/Mohammed Hinnawi

Alain Boinet : Lors de la précédente CNH, la question des sanctions possibles, si ce n’est de la criminalisation des acteurs humanitaires dans le cadre des lois antiterroristes avait été un sujet majeur de préoccupation, en particulier de la part du président de la République. Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Philippe Lalliot : C’est une question qui est très débattue non seulement entre le Centre de crise, l’administration de manière générale et les ONG mais aussi avec nos grands partenaires. Je pense qu’il faut mesurer le chemin parcouru dans le sens souhaité par les ONG avec l’adoption de la résolution 2664 à New-York, coparrainée par la France. Ce qu’il faut trouver, c’est un équilibre entre la nécessité de ces sanctions, par exemple pour lutter contre les mouvements terroristes et la nécessité de ne pas criminaliser des actions, ou à fortiori des personnels humanitaires.

Ce qu’on observe, c’est un mouvement progressif d’extension du principe d’exemption humanitaire aux différents régimes de sanctions autonomes. Ça a été le cas encore tout récemment pour ce qui concerne la PC 931. Mais il faut reconnaître que le principe même de l’exemption ne fait pas l’unanimité au sein de nos partenaires et il faut trouver les garde-fous qui nous permettent de garder aux régimes de sanctions leur efficacité.

Des humanitaires de l’ONU visitent le village de Hroza, dans l’est de l’Ukraine, à la suite d’une frappe aérienne russe en octobre. © UNOCHA/Saviano Abreu

Alain Boinet : L’aide humanitaire est de plus en plus sollicitée pour tout faire face aux crises. Secourir les populations en danger et sauver des vies est au cœur de l’humanitaire. Mais étendre l’humanitaire à l’infini ne risque t’il pas de le diluer, de l’affaiblir, de le mettre même en danger ?  Peut-on appliquer et respecter les principes humanitaires de neutralité, d’impartialité et d’indépendance en matière d’éducation, de genre, de climat, de guerre et de paix qui relèvent plutôt de choix politique et de la responsabilité des Etats. Tout est-il humanitaire et l’humanitaire peut-il tout ? 

Philippe Lalliot : J’ai une approche très pragmatique de ces sujets. Je crois que la réponse humanitaire est nécessaire, mais n’est pas suffisante. Elle est nécessaire pour régler des problèmes urgents où en effet c’est une question de vie ou de mort mais ce n’est pas par ce biais-là, par cet instrument-là, qu’on règlera des problèmes aussi complexes que le conflit israélo-palestinien, la guerre d’agression de la Russie en Ukraine, ou l’avenir de l’Afghanistan, pour ne prendre que ces trois exemples. J’évoquais tout à l’heure les 3 piliers, politique, sécuritaire, humanitaire de l’approche française pour Gaza. Je crois que c’est en fait une grille d’actions, qui peut s’appliquer à beaucoup de crises complexes. Il ne faut pas prétendre régler un problème politique avec simplement une approche sécuritaire, de la même manière ne pas prétendre régler un sujet politique par une simple action humanitaire. C’est l’articulation des trois qui peut permettre d’envisager une sortie de crise.

A cela s’ajoute la question du Nexus, c’est-à-dire comment est-ce qu’on assure une cohérence pour ne pas dire un sens à une action qui va du plus urgent, du plus immédiat qu’on qualifiera d’humanitaire et de stabilisation jusqu’à des actions de plus long terme de reconstruction et de développement. Un travail est en cours, notamment avec nos amis de l’Agence française de développement, pour assurer une plus grande fluidité encore dans nos actions respectives et être bien en phase avec nos équipes ensemble à Paris mais aussi sur le terrain.

Enfin, je pense qu’il ne faut pas céder sur les principes que vous citiez qui sont les principes cardinaux de l’action humanitaire. Je pense qu’il serait même dangereux de céder sur ces principes et qu’ils doivent continuer à être le cadre en même temps que la base de tout ce que nous faisons.

Action Humanitaire de la France avec le Centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères © Ambassade de France à Chypre

Dernière remarque : chacun doit être à sa place, et c’est une garantie d’efficacité. En d’autres termes, l’État ne sera jamais une ONG dans ses modes d’action et d’intervention. De la même manière qu’une ONG ne sera jamais un État. Nous abordons les mêmes situations avec des angles différents et nous sommes complémentaires. Chacun dans son rôle, fidèle aux missions qui lui sont confiées avec ses limites, ses contraintes et ses difficultés. C’est dans cette complexité et cette complémentarité que nous devons déployer nos actions.

Alain Boinet : Un processus de fragmentation internationale semble engagé avec parfois la guerre comme conséquence. Nous faisons face à d’autres immenses défis comme le dérèglement climatique, la question de l’eau dans le monde, la démographie en Afrique, le contrôle des armes de destruction massive. Comment percevez vous ces défis et comment voyez-vous le rôle du CDCS ?

Philippe Lalliot : J’aimerais que ma réponse soit optimiste, je crains qu’elle soit assez sombre. Parce qu’il ne faut pas non plus entretenir d’illusions. C’est ce qui était aussi intéressant dans la conférence nationale humanitaire : le constat unanime de l’immensité des défis auxquels nous sommes collectivement confrontés. Ce qui est aussi une manière d’appel à l’action collective. Je crains que les semaines et les mois devant nous n’ajoutent d’autres crises à celles que nous traversons déjà aujourd’hui.

La deuxième remarque, pour répondre à votre question sur le rôle du CDCS : le CDCS est à la fois un instrument très jeune, 15 ans mais qui a très vite trouvé sa crédibilité au sein de l’appareil de l’état et je crois vis-à-vis des différents acteurs humanitaires, tout simplement parce qu’il répondait à un besoin.

S’agissant de ses missions, je dis souvent, que nous sommes les urgentistes du Quai d’Orsay et que notre rôle est un rôle d’ensemblier. Donc on va aller chercher une compétence de sécurité civile auprès du ministère de l’Intérieur quand on en a besoin, une compétence médicale auprès du ministère de la santé quand on a besoin, auprès de nos amis militaires, du CPCO quand on a besoin d’un moyen de transport ou de pouvoir déployer des moyens du service de santé des armées pour ne prendre que ces exemples. De la même manière, c’est dans un dialogue très serré avec les ONG partenaires que nous définissons ensemble ce que sont nos priorités, nos projets, mais ce sont ensuite ces ONG qui vont opérer sur le terrain. Le CDCS ne doit pas se méprendre, ne doit pas chercher à se substituer à d’autres qui ont la compétence mais au contraire faire travailler l’ensemble aux réponses humanitaires les plus pertinentes et les plus efficaces.

Aide de la France à l’Ukraine © Centre de crise et de soutien.

C’est reflété dans l’organisation même du CDCS. Ce qui me frappe alors que j’arrive à la tête du CDCS, c’est non seulement le grand dévouement, le grand professionnalisme des équipes auxquelles je veux rendre hommage ici mais aussi une grande richesse de parcours, de compétences et de métiers. Vous y trouvez des médecins, des psychologues, des magistrats, des pompiers, des gendarmes, des diplomates, des spécialistes de la logistique, de la communication et tout ça forme une équipe qui est d’une grande richesse et qui permet, je crois, une efficacité collective assez remarquable.

Je le dis avec d’autant plus de décontraction que, comme j’arrive, je n’y suis pour rien et donc c’est aussi un hommage que je rends non seulement aux équipes en place mais à ceux qui nous ont précédés. Ils ont su construire au bénéfice des plus vulnérables placées dans des situations de conflits ou de guerres atroces, un instrument qui est tout à l’honneur de la République, pour dire les choses sans être trop grandiloquent. J’observe d’ailleurs que c’est un modèle qui intéresse de plus en plus nos partenaires.

Alain Boinet : Comment souhaitez-vous conclure cet entretien ?

Philippe Lalliot : Je pense d’abord que ce moment de la Conférence Nationale Humanitaire est arrivé à point nommé. Il était attendu depuis longtemps par l’ensemble des acteurs humanitaires. Les circonstances lui ont donné une résonance particulière. Simplement parce qu’il se trouve que et en Ukraine et à Gaza et dans un certain nombre d’autres crises que le monde connaît aujourd’hui, on retrouve les grands thèmes qui ont été débattus pendant toute une journée avec toutes celles et tous ceux qui ont participé à cette conférence nationale humanitaire.

Deuxièmement, je pense que la Stratégie, parce qu’elle est le résultat d’un travail collectif, notamment avec les ONG que je remercie ici, reflète bien l’état de notre réflexion sur les grands sujets humanitaires. Elle fait un bilan que je trouve objectif de ce qui a été fait dans les dernières années et elle projette bien l’ensemble des partenaires vers les sujets qui seront les sujets de demain, nos priorités, aussi bien thématiques que géographiques. Sur tous ces sujets, nous ne trouverons de réponses efficaces que si elles sont collectives et donc si nous maintenons cette méthode de travail qui a fait ses preuves entre nous.

La ville de Dnipro, dans l’est de l’Ukraine, touchée par de nouvelles attaques de missiles russes. © Proliska

Troisième et dernière remarque, pour conclure, je crois qu’il faut se laisser suffisamment d’agilité, de flexibilité aussi pour ajuster la stratégie en cours de route. Il faut qu’elle reste pertinente et donc qu’elle soit systématiquement et quasi quotidiennement confrontée à ce que sont les besoins, les évolutions, les contraintes, les difficultés. Nous avons donc un certain nombre de réunions intermédiaires qui permettront entre nous de faire le point.

Je donne donc rendez-vous pour le début de l’année prochaine et régulièrement dans les mois qui viennent à toutes celles et ceux qui ont participé à l’organisation de la CNH et à la rédaction de la Stratégie et que je remercie de leur aide et de leur mobilisation.

Alain Boinet : Je vous remercie pour cet entretien pour la revue en ligne Défis Humanitaires dont la raison d’être est d’identifier les défis majeurs qui menacent et de contribuer à mobiliser les capacités pour y faire face en comprenant mieux les liens de cause à effet entre humanitaire et géopolitique, ainsi que les conflits, les catastrophe et les épidémies. Sans oublier le respect que nous devons à l’identité des peuples avec lesquels nous mettons ensemble en œuvre la solidarité.  

 

3 questions, 3 réponses avec Philippe Lalliot :

 

Philippe Lalliot

Philippe Lalliot dirige le centre de crise et soutien (CDCS) depuis août 2023. Il a débuté sa carrière, en 1996, à la direction des affaires juridiques du Quai d’Orsay avant d’être mis à disposition, en 1999, des services du Premier ministre, au Secrétariat général pour les affaires solidarites européennes.

Il a successivement occupé, à partir de 2001, les postes de premier secrétaire à Washington puis de deuxième conseiller à la représentation permanente de la France auprès de l’Union européenne à Bruxelles avant de revenir au Quai d’Orsay en tant que chargé de mission auprès du Secrétaire général.

Philippe Lalliot a occupé, entre 2009 et 2013, les fonctions de consul général de France à New York, puis de directeur de la communication et de la presse, Porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Il est nommé ambassadeur, délégué permanent de la France auprès de l’UNESCO en 2013 et, en 2016, ambassadeur aux Pays-Bas et représentant permanent de la France auprès de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques. Il était ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie depuis septembre 2019.

Normalien, énarque et lauréat de Sciences Po, Philippe Lalliot est agrégé de sciences économiques et sociales. Il est aussi titulaire d’un master en sciences administratives et d’un master en littérature française. Il a été maître de conférences à Sciences Po et à l’ENA.

Philippe Lalliot a été élevé aux grades de Chevalier de la Légion d’honneur, de Chevalier dans l’ordre national du Mérite et d’Officier du Mérite agricole. Il est Grand Croix de l’Ordre d’Orange-Nassau (Pays-Bas) et Grand Officier de l’Ordre du Lion (Sénégal).

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