Entretien avec Jean-Pierre Delomier

Pour la commission Humanitaire de Coordination Sud

Conférence Nationale Humanitaire, décembre 2020

Jean-Pierre Delomier est le chef de file de la commission humanitaire de Coordination Sud. Il a plus de 30 ans d’expérience humanitaire à travers le monde. Il est directeur délégué des opérations de Handicap International/Humanité et Inclusion. Il répond ici à nos questions.

Alain Boinet pour Défis Humanitaires Au sein de Coordination Sud, il y a diverses commissions dont la commission humanitaire dont tu es le chef de file. Peux-tu nous dire en quoi elle consiste, qui en est membre et comment elle fonctionne.

Jean-Pierre Delomier – La Commission humanitaire, dite ComHuma, rassemble l’essentiel des ONG françaises membres de Coordination SUD et menant des activités liées à des contextes de crise (ACF, Care France, Groupe URD, Medair, MDM, Secours Islamique France, ACTED, Alima, Institut Bioforce, La Chaîne de l’Espoir, Première Urgence Internationale, Solidarités International, Triangle Génération Humanitaire, France Volontaires, Handicap International, OXFAM, Secours Catholique-Caritas France, Secours Populaire) ainsi que trois structures bénéficiant du statut d’invité (Crisis Action, Croix-Rouge Française, Médecins Sans Frontières).

Le lien avec le Conseil d’Administration de Coordination Sud est assuré par Thierry Mauricet (PUI et CHD). La ComHuma se réunit en moyenne toutes les six semaines en plénière ; les échanges entre ses membres sont par ailleurs très fréquents que ce soit dans le cadre des chantiers en cours ou des multiples espaces de concertation et de coordination (Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères/Centre De Crise et de Soutien – CDCS -, Groupe de Concertation Humanitaire, VOICE, ECHO, Coordination Humanitaire et Développement, Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme, Fonds d’Urgence Humanitaire, Groupe de Réflexion Urgence et Post-Crises…). Des représentations de la Commission peuvent donc être orchestrées collectivement pour des participations à des conférences ou des événements externes.

La Commission humanitaire a au moins trois objectifs principaux. Le premier vise à élaborer des positions collectives sur les politiques et réformes institutionnelles des dispositifs d’aide français, européens et internationaux, grâce à des échanges d’informations – de terrain et de siège – permettant aux ONG de s’impliquer sur les thématiques humanitaires. Le deuxième consiste à développer la réflexion collective sur des questions de fond concernant l’aide humanitaire. Le troisième aspire à être un espace d’échanges avec les plateformes nationales et régionales d’ONG du Nord et du Sud sur le sujet de l’aide humanitaire. Ainsi, par exemple, nous nous efforçons depuis cette année de plus et mieux nous coordonner avec nos pairs internationaux comme par exemple VENRO en Allemagne. L’ensemble de ces objectifs concourt à ce que la Commission initie des actions afin d’influencer les décideurs publics sur les questions et débats qui intéressent les ONG françaises. Enfin, la ComHuma contribue aux prises de position de Coordination Sud sur les questions plus globales.

Membres de Coordination Sud devant le siège de l’AFD.

En outre, certaines crises humanitaires font l’objet d’une attention particulière de la Commission tant du point de vue des activités qu’y conduisent ses ONG membres que des enjeux de sécurité auxquels elles font face. Ainsi des groupes de travail ont été constitués afin de suivre certains sujets spécifiques (RCA, Tchad, Yémen…) et d’autres peuvent être constitués en fonction de l’actualité et des besoins afin d’initier régulièrement des actions de plaidoyer sur ces questions. De surcroît, un suivi régulier des déclarations politiques françaises, comme la mise en œuvre de la Stratégie Humanitaire de la République Française et des engagements européens ou internationaux de la France est assuré.

DH – Quels sont les sujets habituels que vous abordez en commission et quelles initiatives pouvez-vous prendre ? 

J-P.D : Notre Commission se fait l’écho à l’extérieur des positions ou actions collectives de ses membres. Elle se préoccupe de questions liées au financement de l’action humanitaire et se consacre aussi à la trajectoire d’accroissement des allocations budgétaires de l’aide publique au développement dédiées à l’action humanitaire à l’horizon 2022. Et les sujets priorisés en 2020 et prioritaires en 2021 sont nombreux.

Il y a d’abord le Droit International Humanitaire (DIH) et l’accès. Dans le cadre de l’évolution actuelle des conflits armés, les questions du respect des principes humanitaires, du DIH, et de la lutte contre l’impunité sont au cœur des préoccupations de notre Commission qui s’investit sur ces sujets et notamment sur les engagements pris par la France en la matière. L’enjeu de l’accès aux populations vulnérables et la protection des personnels humanitaires est à l’unisson. Les agressions à l’encontre des populations civiles et des personnels humanitaires connaissent une augmentation sans précédent et face à ce constat, les membres de la Commission sont mobilisés.

Ensuite, l’impact des régimes de sanction et des mesures antiterroristes sur l’action humanitaire nous préoccupe fortement et la Commission humanitaire a décidé de s’en saisir. Il fait ainsi l’objet de plaidoyers spécifiques, notamment pour limiter l’impact négatif de ces mesures sur l’accès humanitaire. En outre, il intègre le travail accompli en matière d’accès aux services bancaires à propos duquel Thierry Mauricet a eu l’avantage de nous préciser sur ce même site quelles étaient les conséquences concrètes de ces régimes et mesures sur les transferts bancaires effectués par nos organisations.

La ComHuma considère aussi d’autres thématiques. Ainsi, en est-il du triple nexus – désignant les liens entre les acteurs de l’humanitaire, du développement et de la paix – qui nous enjoint de travailler de manière cohérente dans des zones de conflit en veillant à ce qu’aucune confusion ne résulte de la proximité d’activités d’assistance humanitaire entreprises par des ONG avec des opérations militaires internationales. D’autre part, sont pris en compte les enjeux liés au climat, en réfléchissant à son impact sur certaines crises, et aux nouvelles modalités qui permettent de mieux intégrer le facteur climatique dans la réponse humanitaire, y compris la redevabilité.

Enfin, notre Commission peut également participer à des initiatives nationales, européennes ou internationales en fonction des besoins, des opportunités, des sollicitations et émettre des recommandations.

Quelques-uns des membres de la Commission Humanitaire de Coordination Sud

DH : Quel a été le rôle de la commission humanitaire dans le cadre de la préparation de la récente Conférence Nationale Humanitaire (CNH) ?

J-P.D : La Commission humanitaire s’est investie dans l’organisation et la préparation de la Conférence Nationale Humanitaire (CNH) en œuvrant à une position commune des ONG sur les différents sujets abordés.

Les membres de la ComHuma ont ainsi été parties prenantes des cinq groupes de travail constitués en rapport avec les thématiques qui ont été abordées lors de la CNH et qui sont issues de notre plan d’action développé en réponse à la question précédente : DIH et accès humanitaire, impact des régimes de sanction et des mesures antiterroristes, triple nexus, humanitaire et climat, et mutualisation des moyens dans le cadre de la réponse à la Covid-19. A ce titre, les membres ont collaboré avec le CDCS en ce qui concerne le cadrage des interventions et l’élaboration des notes de concept, fil rouge des débats en séances. La question de la localisation de l’aide a été transversale aux cinq sujets retenus, et un échange spécifique a eu lieu sur les enjeux de la réponse à la pandémie.

Nous avons surtout émis, en amont de la conférence, des recommandations afin de protéger et garantir un espace humanitaire pour les populations civiles et les acteurs et actrices de la solidarité internationale. Celles-ci ont servi de base aux discussions entreprises avec la Présidence de la République et le Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères.

Il est notable de rappeler que la CNH s’est tenue alors que nous étions au neuvième mois de la pandémie. Au cours de cette crise, les acteurs – institutions, organisations internationales, bailleurs de fonds, ONG – ont dû, de manière accélérée, coordonner ou intégrer des réponses multisectorielles, basées sur des dynamiques engagées par le secteur depuis plusieurs années. Si des initiatives de mutualisation existaient bien avant la Covid-19, des défis spécifiques ont nécessité de renforcer le recours à des opérations multi-acteurs mutualisées. Ce contexte a donc souligné la nécessité et l’intérêt de nos analyses en la matière, jouant un rôle de révélateur et d’accélérateur des pistes de travail et de réflexion engagées en matière de mutualisation comme l’ont fortement souligné les intervenants.

Avion du pont aérien humanitaire du Réseau Logistique Humanitaire (RLH) soutenu par le CDCS et ECHO

DH : Quel bilan faites-vous à ce stade de cette Conférence (CNH) ?

J-P.D : D’abord, il faut s’accorder sur la bonne qualité des échanges qui ont lieu pendant cette conférence et l’alignement qui a prévalu entre les participantes sur nombre de sujets relatifs à la protection de l’espace humanitaire.

Nous avons pris acte du discours prononcé par le Président en réponse à nos demandes et nous félicitons des annonces positives relatives à la trajectoire des financements humanitaires qui devrait atteindre, selon les engagements du Président, 500 millions d’euros en 2022.

Le Président a rappelé les principes de neutralité, d’impartialité et d’indépendance guidant l’action humanitaire. Il a confirmé que la France continuera à inscrire son action dans une entière application du DIH, ce que nous saluons, y compris les mesures annoncées relatives à sa promotion, en soutenant l’émergence d’un représentant spécial auprès du Secrétaire Général des Nations Unies et la création d’une commission technique paritaire en lien avec l’appel à action franco-allemand pour le renforcement des enquêtes sur les crimes contre les travailleuses et travailleurs humanitaires.

Nous retenons par ailleurs l’engagement du Président à appliquer pleinement le principe de non-discrimination des populations bénéficiaires dans l’attribution de l’aide publique française. Nous attendons désormais que cet engagement essentiel soit décliné par toutes les administrations et par les bailleurs publics de l’action humanitaire mais également de l’aide au développement, en levant par conséquent toute obligation de criblage des bénéficiaires finaux destinataires de cette même aide.

Nous notons également l’engagement présidentiel à renforcer la protection des organisations de solidarité internationale contre la criminalisation de leur action. Ainsi, la demande du Président faite au Garde des Sceaux d’adresser une circulaire aux parquets, va dans le bon sens. Nous suivrons avec attention la mise en place de cette mesure. Néanmoins, nous considérons que l’intégration formelle d’une exemption humanitaire dans le code pénal français reste une demande cruciale pour les ONG.

Concernant la mise en place d’une exemption humanitaire généralisée dans les zones soumises à un régime de sanction – demande majeure de l’ensemble des organisations humanitaires françaises, européennes et internationales – nous regrettons que la réponse présidentielle ne soit pas suffisamment ambitieuse face aux enjeux de l’urgence et des réalités de terrain quotidiennes des organisations. Nous resterons mobilisés et contributifs sur ce sujet, notamment au travers de la future commission paritaire internationale annoncée.

A propos des grandes difficultés rencontrées pour effectuer des transferts bancaires vers certaines destinations, qui, selon Emmanuel Macron, « entravent indûment l’action d’organisations qui ont pourtant mis en place des contrôles robustes et font peser de graves menaces de poursuite sur ces mêmes organisations », nous déplorons qu’aucune mesure concrète n’ait été annoncée lors de la conférence, malgré un dialogue amorcé il y a plus de trois ans.

Concernant les mesures relatives aux moyens que la France devrait mettre à disposition des ONG pour adapter leurs actions face aux risques climatiques, le Président a confirmé que l’action humanitaire devait intégrer une forte dimension environnementale et que la France devait l’accompagner. Ainsi, un groupe de travail paritaire composé de personnes représentatives de ministères et d’ONG se constitue actuellement afin de définir les actions à mener pour la meilleure prise en compte de la dimension environnementale et du changement climatique dans l’aide humanitaire.

Car ni le climat, ni les 237 millions de personnes en besoins d’assistance humanitaire, ni les communautés les plus fragiles face aux crises que nous traversons ne peuvent attendre.

DH : Suite à cette Conférence, un certain nombre de chantiers importants sont mis en place avec les pouvoirs publics. Comment pensez-vous y participer et vous coordonner avec le Groupe de Concertation Humanitaire ?

J-P.D : En effet, les engagements présidentiels ont fait l’objet de l’identification de sept piliers distincts qui concernent donc les droits de tirage spéciaux, la trajectoire budgétaire, la prise en compte des enjeux environnementaux dans l’aide humanitaire, la préservation de l’espace humanitaire, l’accès bancaire, le renforcement du respect du DIH et la lutte contre l’impunité des attaques contre les travailleurs humanitaires.

Ces piliers feront l’objet d’une attention particulière de Coordination Sud et de notre Commission tant au niveau national qu’international. Ainsi, par exemple, une Conférence Internationale Humanitaire rassemblant Etats et collectifs d’ONG pour échanger à propos des défis liés à l’accès devrait se tenir en décembre 2021. Le Groupe de Concertation Humanitaire en sera d’une certaine manière le pivot, la Commission humanitaire une des chevilles ouvrières.

En outre, des consultations sont en cours avec les collectifs afin de créer une commission paritaire pour permettre de conduire des avancées concrètes issues de la nécessaire préservation de l’espace humanitaire.

En matière d’accès bancaire, il ne nous reste que quelques mois pour identifier des solutions concrètes opérationnelles pour tenter d’apporter des réponses pratiques à toute difficulté qui pourrait survenir en matière de transfert financier. A cet effet, nous promouvons un dialogue à haut niveau entre l’Etat, les banques et les ONG basés sur leurs bonnes pratiques bancaires. Ce dialogue pourrait ensuite prendre une envergure internationale.

Le principe de non-discrimination – ou non-criblage – dans l’attribution de l’aide suivant les besoins des populations en situation de risque humanitaire prévaut pour les actions couvrant des besoins humanitaires. Il nous appartient de faire tout notre possible pour qu’il soit étendu aux actions de stabilisation et de développement.

La présidence française de l’UE en 2022 sera une opportunité pour nous d’en animer l’agenda en participant de la désignation des sujets prioritaires et en en préparant le plaidoyer afférent.

DH : Quel est le mot de la fin ?

J-P.D : Un mot c’est difficile… mais je dirais humanitaire !

Et j’ajouterais une Commission humanitaire au cœur de Coordination Sud, composée de représentantes et représentants des ONG membres, investie collectivement et attachée à la solidarité internationale : patience et passion, engagement et intensité, cohésion et flexibilité sur le long chemin de notre mobilisation en faveur des personnes que nous soutenons grâce à tous les projets que nos organisations conduisent. Avec un enjeu de parvenir à ce que la ComHuma exprime sa singularité tout en s’inscrivant dans le collectif de Coordination Sud.


Qui est Jean-Pierre Delomier ?

« Diplômé de l’Institut International 3A et après avoir œuvré pour différentes organisations internationales, j’ai été l’un des trois cofondateurs d’Atlas Logistique en 1992 – ONG spécialisée dans la distribution de l’aide humanitaire, la gestion de camps de réfugiés, le transport, la coordination logistique, l’assainissement, la réhabilitation d’infrastructures, la construction d’habitats en Bosnie-Herzégovine, au Rwanda, au Mali, en Mauritanie, au Kirghizstan, dans diverses parties de la République démocratique du Congo, au Congo Brazzaville, au Soudan, en Tanzanie, en Ethiopie, en Algérie, en Angola, en Albanie, au Kosovo, en Chine, en Afghanistan, en Indonésie, au Pakistan, au Nicaragua, au Honduras, au El Salvador, au Guatemala -. J’y ai exercé la fonction de directeur administratif, financier et des ressources humaines, puis de directeur exécutif jusqu’à sa fusion en 2006 avec Handicap International. J’en ai alors rejoint le Comité de Direction et pris en charge la nouvelle Direction de l’Action Humanitaire ainsi créée pour que l’association soit en mesure d’intervenir lors des crises humanitaires majeures – notamment au Soudan/Sud-Soudan, au Liban, en Irak, en RDC, dans la bande de Gaza, en Indonésie, en Haïti, au Pakistan, au Kenya, au Congo, en Jordanie, en Syrie, au Mali, aux Philippines, au Népal – et qu’elle contribue à l’organisation des secours tout en fournissant une aide humanitaire aux groupes vulnérables dont les personnes handicapées. J’ai été administrateur de Bioforce pendant 15 ans, et je suis chef de file de la Commission humanitaire de Coordination Sud. Je suis depuis janvier 2019 le directeur délégué des opérations de HI, plus particulièrement en charge de l’influence, de la représentation de l’organisation auprès des partie prenantes et de diriger en son sein l’unité opérationnelle Atlas Logistique.»


Pour en savoir plus sur la CNH :

Comment mieux marier anthropologie et action humanitaire ?

Cet article ne marque pas la différence entre l’humanitaire et le développement. Pourtant ces deux champs d’action s’inscrivent dans des temps et objectifs différents. Alors que l’action humanitaire vise à répondre aux besoins vitaux des personnes les plus vulnérables, le développement pense son action dans la durée avec la volonté d’accompagner le changement social.

Les remarques qui suivent sur l’intérêt de l’anthropologie et les façons de l’intégrer dans les actions humanitaires et de développement sont donc à adapter en fonction de la situation du terrain – plus ou moins urgente, conflictuelle, instable. Pour l’humanitaire, l’anthropologie trouve peut-être tout son intérêt lorsque l’urgence devient chronique et dans les phases de sortie de crise et de reconstruction.

Les termes aide internationale/ action internationale/ acteurs de l’aide sont utilisés pour désigner de manière générale les acteurs et l’action de développement et humanitaire. Il est toutefois important d’être conscient de la distinction qui existe entre ces acteurs et ces modes d’action à la lecture de cet article.


Comment mieux marier anthropologie et action humanitaire 

L’anthropologie a depuis longtemps intégré les mécanismes de développement et les actions humanitaires dans son champ d’étude. Elle apporte un regard souvent critique des logiques de pouvoir propres à l’action internationale des ONG. De nombreux anthropologues se sont penchés sur ces questions et il est aujourd’hui convenu qu’il existe bel et bien une « anthropologie du développement » ou « anthropologie de l’humanitaire ». L’inverse – l’intégration de l’anthropologie dans l’action humanitaire – est également vrai, mais dans une moindre mesure.

En effet, l’anthropologie n’est pas toujours intégrée dans le montage des programmes d’aide ou dans la réflexion des ONG sur leur propre action. Pourtant, l’intérêt de cette discipline pour l’action humanitaire fait largement consensus[i]. L’étude anthropologique des populations ciblées par l’action internationale permettrait de mieux comprendre les populations, les logiques de pouvoirs au sein des groupes, les savoirs et les pratiques en place. Ces informations, une fois prises en compte par les acteurs de l’aide, permettraient de mieux cibler les projets et de renforcer leur adoption par les personnes ciblées. Alors, qu’est-ce qui freine son intégration et quelles sont les solutions qui s’offrent aux acteurs humanitaires ?

Hôpital régional d’Ati, région de Batha, Tchad – août 2018, ©Solidarités International

1. Ce qui freine l’utilisation de l’anthropologie dans l’humanitaire

a. Des modalités d’intervention opposées

L’anthropologie et l’humanitaire ont des modalités d’intervention tout à fait différentes. Alors que la première vise à décrire le monde en altérant le moins possible son objet d’étude, le secteur de l’aide assume une modification de son terrain d’action et, dans le cas du développement, vise à accompagner le changement social.

Ces deux disciplines s’inscrivent dans des temporalités opposées. L’étude anthropologique, de par sa méthode ethnographique, s’inscrit dans le temps long. Il faut comprendre les logiques d’acteurs en profondeur, et partager leurs expériences. A l’inverse, le développement et l’humanitaire s’inscrivent dans un temps plus court, souvent défini par les financements accordés par les bailleurs de fonds. L’action se doit d’être efficace – atteindre ses objectifs en un temps court – puisque l’ONG est redevable à la fois aux bailleurs institutionnels ou privés, aux donateurs et aux bénéficiaires.

Enfin, de par ces deux caractéristiques, l’anthropologie et l’humanitaire ont des approches de la réalité qui sont distinctes. L’anthropologie, qui essaye de comprendre la complexité des rapports sociaux, se place depuis les logiques d’acteurs. A l’inverse, l’humanitaire voit la réalité depuis ses logiques programmatiques. Ces dernières nécessitent parfois une simplification et une homogénéisation de la réalité sociale.

Ces fonctionnements si différents rendent le travail conjoint difficile. Il existe parfois une incompréhension entre ces deux cultures de travail et leurs acteurs respectifs. L’anthropologue serait trop académique et détaché de la « réalité terrain » des humanitaires. Son travail ne s’inscrit pas dans le temps du développeur et n’est pas assez opérationnel. L’humanitaire, lui, est au service de l’action et ne peut prendre le recul nécessaire pour des réflexions plus abstraites et éloignées du terrain.

b. Une logique de projet qui empêche le temps long

L’intégration de l’anthropologie dans l’humanitaire est rendue difficile par le fonctionnement même du secteur de l’aide. Les ONG disposent de peu de temps entre l’appel à projet et la première réponse qu’elles doivent apporter. Ce laps de temps ne permet pas de mener une réelle étude des besoins en amont de la définition des activités et des résultats escomptés.

Le projet validé par le bailleur est déjà complet et présente à la fois une analyse des besoins, les données de référence (baseline study), les activités prévues, les délivrables et les résultats visés. Une fois les fonds débloqués, le projet peut commencer. L’étude anthropologique, lorsqu’elle arrive à s’insérer dans le projet, est souvent située dans la phase d’évaluation des besoins, intégrée au projet. C’est ici tout le problème : la phase d’évaluation se déroule une fois les activités déjà définies et approuvées. Or, une fois les termes du projet validées, il n’est pas aisé de les modifier.

Les réajustements sont pourtant parfois essentiels, comme le montre cet exemple au Tchad, détaillé par Florence Chatot[ii], chargée de recherche au groupe URD, lors d’un entretien téléphonique. Le Groupe URD travaille en partenariat avec une ONG qui combat les mutilations génitales féminines et a réalisé une recherche opérationnelle axée sur l’analyse des dynamiques et des normes sociales liées à cette pratique. L’une des activités prévues par cette ONG visait la reconversion professionnelle des exciseuses par la mise en place d’AGR sensées compenser la perte de revenu liée à l’abandon de la pratique. L’étude a révélé qu’une telle stratégie était bien trop simpliste pour répondre à une problématique aussi complexe que la pratique d’excision. En réalité, loin de se restreindre à une interaction strictement féminine « exciseuse / excisée », l’étude a mis au jour l’existence d’une réelle économie de l’excision rassemblant de multiples acteurs communautaires aux intérêts divergents et qui légitiment, par leur fonction sociale dans la pratique, sa persistance. De fait, l’une des recommandations de l’étude était de réinvestir dans des activités de prévention le budget initialement alloué aux AGR.

Cet exemple pointe la nécessité des études précises, menées par des personnes ayant déjà connaissance de la thématique, en amont de la définition des activités afin d’éviter des réajustements dont on peut imaginer les coûts – organisationnels, humains, financiers.

Certaines associations ont la capacité de mener des études socio-anthropologiques en amont des appels à projet. Médecins du Monde, par exemple, a même intégré une compétence anthropologique au sein de son siège dans un service « Recherche et Apprentissage ». L’infographie ci-dessous, tirée de leur site internet, indique l’emplacement de l’étude socio-anthropologique dans le cycle des programmes de l’association. Cette organisation est rendue possible grâce à la relative liberté de Médecins du Monde qui possède des fonds propres non affectés à un projet particulier.

2. De quelle anthropologie avons-nous besoin pour l’humanitaire ?

L’intérêt du milieu humanitaire pour l’anthropologie est réel, mais la rencontre entre les deux disciplines n’est pas si simple. Le chercheur est présenté comme un universitaire trop souvent critique et non force de proposition ou idéalisé comme le « sauveteur » d’un projet en échec.

De quel type d’anthropologie avons-nous besoin pour l’humanitaire ? L’argument avancé dans cet article est qu’il faut que l’anthropologie soit au service de l’action. Elle ne doit pas y être inféodée, mais doit garder pour objectif l’amélioration de l’action humanitaire.

a. Rendre intelligible les logiques d’action locales pour l’action internationale

L’anthropologie s’intéresse à des fonctionnements sociaux précis en essayant toujours de saisir la vision des personnes qui vivent le phénomène pour le comprendre. L’action humanitaire est souvent portée par des acteurs multinationaux – l’ONU et ses agences – ou non gouvernementaux qui agissent hors de leurs frontières – les ONG internationales. L’intérêt de l’anthropologie est ici de faire le lien entre cette échelle locale et ces acteurs internationaux. Elle rend intelligible les échanges sociaux des uns pour les autres. Elle peut être mobilisée à la fois pour aider le « global » – les acteurs internationaux – ou pour soutenir le « local » – les populations ciblées par les programmes de d’aide.

C’est ce qui est mis en avant par Sharon Abramowitz dans son article « Ten Things that Anthropologists Can Do to Fight the West African Ebola Epidemic » (2014). Elle y énonce 10 actions que les anthropologues peuvent mettre en place pour être utile aux humanitaires, dans le cadre de la lutte contre Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014. J’utiliserai ici trois de ses propositions.

1/ Les anthropologues peuvent observer, rapporter, interpréter et expliquer les perspectives locales sur l’action extérieure. Il s’agit ici de ne pas comprendre pour comprendre, mais bien d’opérationnaliser sa compréhension afin de proposer des arrangements, adapter l’action humanitaire et la rendre acceptable pour les populations locales.

2/ Les anthropologues peuvent identifier les capacités locales de santé et les structures locales pouvant participer à la réponse épidémique (ici, Ebola). Il s’agit pour l’anthropologue non seulement de partager des connaissances « objectives » des structures sanitaires existantes, mais aussi sa connaissance des constructions sociales qui pourraient être utiles à la réponse humanitaire en place. Les populations, face à une catastrophe, inventent et mettent en place des moyens d’y répondre et de pallier ses effets. L’intérêt de l’anthropologie est d’identifier ces structures, de les mettre en avant pour que l’action internationale travaille en les intégrant à sa stratégie de réponse.

3/ Les anthropologues peuvent partager leurs contacts locaux avec les experts en santé mondiale qui coordonnent la réponse. Qu’ils soient des chercheurs, des membres de la société civile ou des dirigeants des secteurs publics ou privés, ces personnes peuvent venir en aide et communiquer avec les acteurs de l’action internationale. La réponse humanitaire cible différentes échelles et a donc besoin de contacts appartenant à ces différents niveaux – locaux, nationaux, internationaux.

Les anthropologues peuvent aussi rendre intelligible la réponse humanitaire internationale auprès des populations locales. Ils ont un rôle de « médiateurs culturels »[iii] auprès des populations ciblées.

Ce travail peut permettre de désamorcer des tensions sociales, comme Faye l’a montré dans le cas de l’enterrement des femmes mortes enceinte en Guinée[iv]. Chez les Kissi, en Guinée forestière, il est interdit d’enterrer une femme enceinte avec son enfant dans son abdomen. Il est prévu que le fœtus soit retiré du corps de la femme et que les deux soient enterrés séparément. Dans le contexte épidémique d’Ebola, il n’était pas envisageable d’opérer la femme pour mener à bien cette séparation. Faye explique que « s’il était impossible, pour une raison ou pour une autre, d’extraire le fœtus du ventre de la mère il [faut] sacrifier à un rite de réparation consistant en des offrandes et en divers cérémonies ». C’est ainsi que l’enterrement a eu lieu.

b. La recherche opérationnelle permet d’émettre des recommandations.

La « recherche-action », ou « recherche opérationnelle / participative » permet de faire collaborer les acteurs de l’action internationale (développement et humanitaire) et les chercheurs. Il ne s’agit pas d’effacer les spécificités de ces deux disciplines. Au contraire, comme précisé par Jean-Pierre Olivier de Sardan « toute recherche-action doit se soumettre simultanément aux règles de la recherche et à celles de l’action, sous peine de n’être qu’une mauvaise recherche et une mauvaise action »[v].

Ainsi, la recherche-action doit respecter les critères académiques que sont la reconnaissance de l’implication du chercheur dans son objet étude et la prise en compte des biais personnels et subjectifs. Cela est d’autant plus pertinent, que l’anthropologie valorise l’observation participante, dans laquelle le chercheur a une place active dans ce qu’il observe.

De nouvelles contraintes s’appliquent à la « recherche-action » : la délimitation d’un sujet plus restreint, un temps plus court et un écrit plus accessible.

Jean-Pierre Olivier de Sardan met en avant que la recherche est soumise aux mêmes principes de sélection et de détournement que les projets de développement. Les personnes ciblées par l’étude sélectionnent ce qu’elles partagent afin de servir au mieux leurs objectifs. Le chercheur doit pouvoir identifier et intégrer ces processus.

La recherche-action permet de guider l’action de manière à ce qu’elle soit en accord avec les logiques des populations ciblées.

Le cas détaillé lors d’un séminaire[vi] de Médecins du Monde à propos des grossesses non désirées en Côte d’Ivoire montre la façon dont le projet a été guidé par l’étude socio-anthropologique qui lui avait précédé.

L’étude visait à « comprendre les difficultés d’adhésion des collégiens et lycéens ivoiriens face aux messages de prévention distribués dans les écoles »[vii]. Elle a montré la coexistence de deux discours opposés qui enfermaient les lycéens et réduisaient leur capacité d’action. Le premier, véhiculé par les paires et les réseaux sociaux, incite à une sexualité « précoce et à une multiplication des partenaires ». Le second, porté par les adultes et certaines institutions ivoiriennes, fait de la sexualité un sujet tabou et présente de nombreuses barrières à l’accès à la contraception.

L’approche décrite a permis d’impliquer tous les acteurs (social, éducatif, santé) dans un questionnement sur leur perception de la sexualité, en prenant en compte leur positionnement dans la société et leur capacité d’action. Les jeunes ont été intégrés au projet en animant des émissions de radio pour accompagner le changement des comportements. Des agents communautaires ont été recrutés pour réduire le décalage entre la sexualité vécue des jeunes et la perception que les communautés en ont.

Goundam, région de Tombouctou, Mali. L’association Solidarités International est présente au Mali depuis 2012 et travaille au plus proche des populations. / ©Solidarités International

3. Comment articuler anthropologie et humanitaire ? L’exemple du « modèle contractuel » de Jean-Pierre Olivier de Sardan

a. Trois zones d’interactions préférentielles

Afin de lier et faire coopérer l’anthropologie et le développement, J.-P. Olivier de Sardan présente la solution du « modèle-contractuel » où « chercheurs et opérateurs s’accordent pour définir une zone nettement circonscrite d’interaction et de collaboration, sans renoncer à leurs identités spécifiques »[viii]. Cette façon de réfléchir à l’articulation anthropologie/humanitaire est à la fois plus large et plus spécifique que la recherche action. L’auteur détaille trois « zones d’interactions préférentielles ».

D’abord, la formation des agents de développement à la méthode de l’enquête ethnographique, qui permettrait de les prémunir de certains clichés. Ensuite, la préposition des anthropologues au suivi des dérives des projets. Enfin, l’apport de nouveaux types d’enquête ni tout quantitatif ni tout qualitatif.

b. Quel type d’enquête ?

i. Anthropo experts

J.-P. Olivier de Sardan propose trois façons de pallier ces problèmes d’enquête. La première méthode est de faire appel à des socio-anthropologues comme à des « experts ». Ces chercheurs sont spécialistes au long cours d’une thématique ou d’une région dans un cadre recherche et apportent ces compétences au cadre développement et les contraintes qui l’accompagnent – sujet contraint, rapidité d’action, rendu efficace. La richesse et la justesse de leur apport dans le monde du développement est nourri par leur connaissance longuement construite dans un cadre académique.

C’est ce que décrivent Desclaux et Anoko (2017) lors de l’épidémie de maladie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014. L’OMS fait appel à des anthropologues, notamment à certains d’entre eux déjà mobilisés lors de l’épidémie de 2000-2001 en Ouganda, de 2003 au Congo etc. Les scientifiques mobilisés lors de ces différents épisodes récoltent et créent des connaissances sur « les aspects médicotechniques [de la maladie], les contraintes de biosécurité, l’histoire des réactions des populations lors d’épidémies antérieures, les dimensions institutionnelles »[ix].

Lorsque l’épidémie a démarré en Guinée, l’OMS a fait appel immédiatement à ces experts pour « mettre en œuvre l’humanisation des mesures de santé publique, expliciter les interprétations de la maladie par les populations ainsi que les logiques sociales sous-jacentes à leurs réactions »[x].

ii. Recherche mixte

J.-P. Olivier de Sardan propose ensuite de mettre en place des thématiques de doctorats dans lesquels les acteurs du développement et de la recherche s’investissent. Ils définiraient conjointement la thématique de recherche et les acteurs du développement s’engageraient à mettre un terrain à disposition du doctorant.

Ces techniques de recherche ont prouvé leur efficacité. Ce fut le cas pour la chargée de recherche, Florence Chatot, qui a travaillé au Niger sur un programme d’accès à l’eau. En amont du projet, elle a mené une étude de besoins en binôme avec un ingénieur en eau, assainissement et hygiène. L’étude a montré l’importance des puits traditionnels pour les personnes ciblées et mis en avant les difficultés, notamment financières, liées à la maintenance des forages.

Grâce à l’intégration des sciences sociales dans la technique et vice versa, l’association a adapté ses activités en proposant des puits traditionnels améliorés qui ne répondent pas forcément aux standards internationaux mais correspondent aux besoins exprimés par les personnes interrogées.

Lier technique et sciences sociales permet de trouver des innovations techniques et adaptées au terrain.

iii. Combinaison d’enquêtes

Enfin, il est possible de mettre en œuvre une combinaison d’enquêtes individuelles et collectives à moyen et court terme afin de dégager des observations pertinentes en un temps acceptable pour les acteurs de l’aide. L’enquête ethnographique qui privilégie l’individuel sur un temps long, peut être menée conjointement avec des enquêtes collectives rapides de type MARP (Méthode Accélérée de Recherche Participative).

J.P. Olivier de Sardan propose avec Thomas Bierschenk la méthode ou « canevas » ECRIS (Enquête Collective Rapide d’Identification des Conflits et des groupes Stratégiques)[xi]. Cette approche d’analyse comparative sur plusieurs sites vise à saisir « de l’intérieur » les conflits, contradictions et enjeux locaux afin de construire des indicateurs qualitatifs adaptés au terrain et à la thématique d’enquête.

Cette méthodologie permet d’introduire des indicateurs qualitatifs non standardisés et des pistes de travail communes qui orientent ensuite le terrain individuel des chercheurs.  Elle est utile pour comparer plusieurs sites, mais répond aussi à des besoins liés « à la préparation, au suivi ou au bilan d’opérations de développement ».

Les propositions exposées dans cet article afin de faciliter l’intégration de l’anthropologie dans l’humanitaire répondent à un objectif constant de l’humanitaire d’améliorer la qualité de ses programmes. L’anthropologie, avec sa méthode ethnographique, et l’anthropologue, avec un regard extérieur, permettent de mettre en avant la complexité du monde sur lequel l’humanitaire et le développeur se penchent. L’anthropologie apporte ainsi un regard nouveau utile à l’action humanitaire, bien que parfois difficile à intégrer.

Madeleine Trentesaux

Qui est Madeleine Trentesaux ?

Intéressée par l’humanitaire et les questions de santé publique, Madeleine Trentesaux finit actuellement le master « Human Rights and Humanitarian Action » à Sciences Po Paris. Auparavant, elle a suivi une licence d’anthropologie à l’université de Paris Nanterre. Elle a travaillé un an en tant que stagiaire à la Fondation Mérieux et a participé à des projets de solidarité internationale et de développement en France, en Arménie et en Inde.


[i] De nombreuses publications existent sur l’intérêt de l’anthropologie pour l’humanitaire. Pour exemple, le dossier « Anthropologues et ONG : des liaisons fructueuses ? » piloté par Laëtitia Atlani-Duault.

[ii] Chatot F., 2020, « Dynamiques et normes sociales liées aux mutilations génitales féminines dans le Mandoul » [accessible en ligne], Groupe URD, URL : https://www.urd.org/wp-content/uploads/2020/09/PASFASS_Rapport-Etude-MGF_FINAL.pdf.

[iii] Anoko J., Desclaux A., 2017, « L’anthropologie engagée dans la lutte contre Ebola (2014-2016) : approches, contributions et nouvelles questions » [accessible en ligne], in. Santé Publique, Vol. 29, n°4, pp.477-485. URL: https://www.cairn.info/revue-sante-publique-2017-4-page-477.htm.

[iv] Fassasi A., 2014, « Ebola : les anthropologues, composante clé de la riposte » [accessible en ligne], URL : https://www.scidev.net/afrique-sub-saharienne/sante/article-de-fond/ebola-les-anthropologues-composante-cl-de-la-riposte.html.

[v] Jean-Pierre Olivier de Sardan, 1995, « Conclusion », in. Anthropologie et développement. Essai en socio-anthropologie du changement social, Paris, éd. Karthala, p.192.

[vi] « Les recherches socio-anthropologiques à Médecins du Monde : quelle utilité dans l’action ? », 2019, Accessible en ligne : https://www.youtube.com/watch?v=GkC9jwTUNT4&list=PLo2mlOZ6tXWu11oMUMLAkVkSO6EAsVRNe.

[vii] Magali Bouchon, 2019, « Innover dans les pratiques humanitaires par la recherche en socio-anthropologie », in. Alternatives Humanitaires, n°10, p.3.

[viii] J.P. Olivier de Sardan, ibid., p.194.

[ix] Anoko J., Desclaux A., ibid., p.479.

[x] Ibid.

[xi] Jean-Pierre Olivier de Sardan, ibid., « Arènes et groupes stratégiques », p.180.