Humanitaire, touché mais pas coulé, debout !

© La Chaîne de l’Espoir – Blessé équipé par le centre Unbroken en Ukraine

En prévision du prochain G7 du 15 au 17 juin 2026 à Evian, le gouvernement français a commandé à l’IFOP une étude (1) sur l’état des opinions publiques des pays du G7 (2) sur l’aide publique au développement et la coopération internationale. L’étude de l’IFOP nous réserve des surprises et soulève un paradoxe. Elle mobilise ici notre analyse et des propositions de Défis Humanitaires.

Pour mémoire, le G7 est né en 1975 à l’initiative du président français Valéry Giscard d’Estaing, après le premier choc pétrolier de1973, dans le contexte de la guerre du Kippour. La fermeture du détroit d’Ormuz et ses conséquences mondiales seront bien présentes à la 51ème édition des pays membres du G7 sur les bords du lac Léman en Haute-Savoie. Ce G7 mobilise aussi le « Civil Society 7 » ou C7 qui rassemble des centaines d’acteurs avec Coordination Sud (3), la plate-forme française des organisations de solidarité internationale.

Ce G7 abordera pour la première fois une question humanitaire essentielle, celle de la chaîne d’approvisionnement logistique mondiale. Il sera précédé de quelques jours seulement par la 7ème Conférence Nationale Humanitaire (CNH) le 3 juillet à Paris. CNH organisée par le ministère de l’Europe et des affaires étrangères et son Centre de Crise et de Soutien (CDCS) en lien avec les ONG humanitaires du Groupe de Concertation Humanitaire (GCH).

Mais que nous dit au juste l’étude de l’IFOP de l’état des opinions publiques des pays du G 7 sur la coopération internationale ?

 

Que nous dit l’étude de l’IFOP ?

Cette étude très complète peut-être résumée pour l’essentiel par plusieurs constats.

D’abord l’intérêt marqué des opinions publiques pour l’actualité internationale dans une proportion de 71% en moyenne.

Ensuite, par une hiérarchie des enjeux qui vont du terrorisme et de l’extrémisme (72%), aux conflits (67%) et à l’économie (55%).

Si la coopération internationale est une obligation morale pour 70% des sondés, c’est également une politique qui répond à nos intérêts pour 78% en moyenne au sein du G7 et pour 71% en France.

Selon l’IFOP, le soutien de principe au financement des pays en développement atteint 75%, l’Italie se hissant largement en tête (84%) tandis que la France arrive en queue de peloton (66%).

Mais, il est des chiffres qui nous interpellent. Le niveau de compréhension de ce qu’est la coopération internationale est de 50% en moyenne et de 46 % en France.

Le plus problématique réside dans le faible niveau d’information dont disent disposer les opinions publiques, soit 47% en moyenne dans les pays du G7 et seulement 28% en France ou 50% des personnes se disent mal informés et 20% très mal informés !

A l’inverse, l’attente de l’opinion est très forte de savoir comment sont utilisés les financements de la coopération internationale, 75% en moyenne contre 82% en France.  Autre questionnement, 75% des personnes et 82% en France se demandent quels sont les résultats concrets de cette coopération. Mais tout autant, 75% demandent quelle en est l’utilité pour chaque pays du G7. Enfin notons une exigence de contrôle pour 73% en moyenne et pour 77% en France. Les attentes de preuves tangibles et convaincantes sont très élevées et constituent un enjeu pour l’avenir de la solidarité internationale.

De surcroit, ce qu’il y a de véritablement surprenant c’est la profonde méconnaissance de la part du budget des Etats qui finance la coopération internationale. Seul 2% des sondés savent que ce pourcentage est inférieur à 1% alors que 16% pensent qu’il représente entre 10 à 15%.  Ce montant est estimé par les Français à 14,7% du Revenu National Brut (4) alors que le pourcentage réel consacré à l’Aide Publique au Développement (APD) en 2025 a été en réalité de 0,42% ! L’écart est considérable et dénote un manque abyssal d’information juste.

Si l’on veut résumer à grand trait, une forte majorité des populations des pays membres du G7 est favorable à l’aide internationale qu’elles surestiment énormément tout en demandant à être mieux informées sur la pertinence des projets, sur leur impact concret (37% seulement des Français jugent que l’aide est efficace), sur un contrôle rigoureux de la mise en œuvre et, enfin, sur l’intérêt de cette coopération pour les pays donateurs eux-mêmes.

Enfin, 64% des habitants estiment que ce qui se passera dans les pays en développement pourra avoir un impact important sur leur vie. Soulignons que l’opinion publique en France est l’une des plus réservées sur la politique de coopération.

 

Mais que nous disent les derniers chiffres de l’Aide Publique au Développement ?

Le récent rapport du Comité d’Aide au Développement (CAD) de l’OCDE (5) constate une baisse de 23,1% de l’Aide Publique au Développement en 2025 avec un budget de 174,3 milliards de dollars.

© OCDE – L’évolution de l’aide publique au développement dans le monde

26 des 34 pays membres du CAD de l’OCDE ont réduits leur aide en 2025 et des baisses ont déjà eut lieu en 2023 et 2024. L’aide de la France en 2025 a été de 14,53 milliards de dollars, soit O,42% du RNB. Celle-ci avait déjà baissée de 11% en 2023 et de 13% en 2024. Selon Coordination Sud l’aide pourrait être réduite de 58% en France en 2 ans. L’OCDE anticipe une nouvelle baisse de 5,8% en 2026.

L’aide humanitaire des pays du CAD a très fortement diminué de 35,8 % pour s’établir à 15,5 milliards de dollars, soit un deuxième recul consécutif après 5 années de croissance (2019-2023).

Pour bien comprendre ces chiffres, notons que 5 pays du CAD (Etats-Unis, Allemagne, Royaume-Uni, Japon et France) représentent 95,7% de la baisse totale de l’APD, mais qu’a eux seuls, les Etats-Unis sont à l’origine des trois quarts de ce recul avec une APD en baisse de 56,9% par rapport à 2024. Les 5 premiers contributeurs représentent un montant de 132,02 milliards de dollars sur un total de 174,3 en 2025.

Pour mémoire, les pays non membres du CAD ont consacré 13,3 milliards de dollars à la coopération et 11,7 milliards pour 30 grandes fondations philanthropiques qui rapportent leur don à l’OCDE.

Enfin, les projections indiquent une nouvelle baisse de 5,8% de l’APD du CAD en 2026, un chiffre qui ne tient pas compte des conséquences de la guerre au Moyen-Orient et de l’embargo dans le détroit d’Ormuz.

© OCDE – L’aide publique au développement en France

Paradoxe, analyse et conséquences.

Un paradoxe apparaît dans l’opposition entre une majorité des habitants des pays du G 7 qui soutiennent toujours la coopération internationale et la réduction forte, rapide et qui va se poursuivre dans le financement de la coopération internationale des pays du G 7 et du CAD.

La première explication qui me vient à l’esprit est celle d’un décalage de compréhension et d’attitude entre les opinions publiques et les gouvernements. Les citoyens sont encore dans un soutien habituel à la coopération internationale alors que les Etats ont déjà tiré les conséquences des basculements profonds en cours dans les relations internationales, dans les rapports de puissance, d’intérêt et les risques de guerre.

Dans ce contexte, il y a deux prises de conscience de la part des pays occidentaux, l’Europe en particulier, puisque dorénavant nous devons mettre à part les Etats-Unis de Donald Trump.

Le premier est celui de l’émergence de pays dits du sud regroupés dans les BRICS qui représentent une dizaine de pays (6) influencés par d’anciens empires qui aspirent à le redevenir, comme la Russie et la Chine, et qui remettent en cause l’ordre du monde né à la fin de la seconde guerre mondiale ainsi que le modèle occidental (démocratie, Etat de droit, économie de marché).

La 16ème édition du Sommet des BRICS à Kazan (Russie) le 24 octobre 2024

Le cas de plusieurs pays du Sahel comme le Mali, le Niger et le Burkina Faso est emblématique. Pourquoi coopérer avec des pays dont les gouvernements sont issus de coups d’Etat militaire, qui demandent le départ des troupes françaises, qui font appel aux mercenaires russes de l’Africa Corps et qui exigent l’absence de financement public français dans les projets humanitaires et de développement des ONG. Cela modifie profondément les politiques publiques de coopération bien que les besoins vitaux des populations victimes de la guerre et de la pauvreté chronique légitiment toujours autant l’action humanitaire.

Le second choc est la prise de conscience du risque d’une extension de la guerre suite à l’attaque de la Russie contre l’Ukraine le 22 février 2022. Ainsi, la guerre redevient en Europe un moyen de conquête et celle-ci pourrait se renouveler, singulièrement contre les pays baltes. Cela obligerait les pays membres de l’OTAN à réagir au risque d’être entrainé dans la guerre alors que la plupart de ces pays ne sont pas prêts à la faire et doivent s’y préparer en se réarmant sans que l’engagement américain soit dorénavant certain.

Si vous conjuguez ces deux séismes externes avec les risques internes sur le plan politique, économique et social dans certains pays, comme cela s’est produit aux Etats-Unis avec la seconde élection de Donald Trump, vous avez alors des raisons suffisantes pour comprendre les changements de priorité en cours.

Livret du gouvernement suédois « En cas de crise ou de guerre » 2024

Et pourtant, pour ces pays, poursuivre ces politiques de coopération sous une forme adaptée est bien une nécessité pour ne pas « jeter le bébé avec l’eau du bain » et céder aux pressions des néo empires renaissants.

 

Quels défis pour la prochaine Conférence Nationale Humanitaire ?

Le budget humanitaire de la France a été de 285 millions d’euros l’année dernière alors qu’il a été de 800 millions en 2023 et qu’il aurait dû être d’un milliard d’euros en 2025.

Depuis la 1ère Conférence Nationale Humanitaire en 2011, nous n’avons connu que des progrès, d’abord avec la création de cette Conférence, puis celle du Groupe de Concertation Humanitaire, mais encore l’adoption d’une Stratégie Humanitaire de la République Française et, enfin, l’augmentation continue du budget humanitaire et de l’APD à partir de 2018.

© Alain Boinet – Conférence Nationale Humanitaire 2021

La prochaine CNH le 3 juillet ne peut donc pas s’inscrire dans les pas des précédentes mais, tout au contraire, chercher tout à la fois à prendre la mesure du reflux pour l’endiguer tout recherchant des alternatives, des alliances, de nouvelles perspectives.

Cette CNH aura au programme 3 sujets principaux.

  • L’espace humanitaire et le droit international humanitaire.
  • La réforme humanitaire ou « reset », l’innovation et la mutualisation.
  • Le partenariat et les financements.

Le défi est de taille car il nous faut comprendre que la chute des financements, l’érosion du magistère humanitaire, le reflux du droit international humanitaire et la restriction d’accès des secours aux populations en danger sont liés les uns aux autres et s’entrainent dans une spirale négative ! C’est cela qu’il faut stopper et relancer une nouvelle dynamique.

Si nous avons déjà évoqué ces questions dans Défis Humanitaires, j’aimerai ce mois-ci insister sur 4 d’entre elles :

  • Dans un document préparatoire au G7, le ministère des finances et du budget évoque le choix de « passer d’une logique d’assistance à une logique de partenariat mutuellement bénéfique ». Si cette logique d’une APD comme partenariat d’investissement avec des pays solvables peut-être considérée, comment cela serait-il possible avec des pays pauvres victimes d’une guerre, d’une catastrophe ou d’une épidémie dévastatrice ?
  • L’urgence humanitaire doit demeurer un devoir moral inconditionnel, mais également un devoir stratégique afin d’éviter la propagation du malheur et du chaos de proche en proche aux pays voisins, voire au-delà
  • La sécurité humaine devrait mieux inspirer l’action humanitaire à l’avenir sur la base de ses composantes alimentaire, sanitaire, économiques, personnelles, communautaires et politiques, tant l’insécurité des uns peut devenir l’insécurité des autres.
  • Constatons que si l’APD a baissé de 23,1%, l’aide humanitaire a chuté de 35,8% ! Pour éviter cette dérive, nous devrions revenir à l’idée de « sanctuariser l’humanitaire » dans l’APD el lui consacrant un minimum de 9% de son montant total.
  • Enfin, puisque les financements publics sont en berne, pourquoi ne pas lancer en France une loterie humanitaire ?

 

Conclusion.

Tout changement d’époque entraine un changement de priorités. Mais la nécessité morale et stratégique de l’aide humanitaire et au développement doit demeurer une constante pour sauver des vies, sortir de la pauvreté et générer un développement durable.

Dans un monde tout à la fois divisé et interdépendant où tout se sait, la solidarité demeure un avantage comparatif qui distingue les solidaires des prédateurs. Il n’y a pas d’incompatibilité pour un pays à servir sa population et ses intérêts tout délivrant les secours d’urgence là ou cela est vital tout en accompagnant le développement qui est de l’intérêt de tous.

Sans oublier de répondre aux fortes attentes d’information des citoyens quant à la pertinence de la coopération, de son impact, de sa bonne gestion et des partenariats mutuellement gagnant qu’elle créée.

C’est justement la mission que se fixe Défis Humanitaires, dans cette édition comme dans les précédentes, d’agir face à la mésinformation comme à la désinformation.

Vous aussi vous pouvez être un acteur de cette mission humanitaire en partageant notre revue autour de vous et en la soutenant de votre don (fairundon) pour lui permettre d’être, de durer et de se développer pour ses lecteurs. Merci.

Alain Boinet.

  1. https://www.afd.fr/fr/ressources/sondage-g7-partenariats-internationaux
  2. Pays membres du G 7 : France, Allemagne, Italie, Grande Bretagne, Canada, Etats-Unis, Japon.
  3. Coordination Sud, site du C 7 dédié au G 7. https://2026civil7.org/fr/
  4. Revenu National Brut « Le RNB comprend le produit intérieur brut (PIB) et les revenus nets du travail et de la propriété reçus de l’étranger dont on soustrait les revenus versés à l’étranger.
  5. OCDE Organisation de coopération et de développement économique. OCDE et APD : https://www.oecd.org/fr/topics/policy-issues/official-development-assistance-oda.html#:~:text=L’aide%20internationale%20a%20connu,1%20%25%20par%20rapport%20%C3%A0%202024.

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Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne www.defishumanitaires.com. Il est le fondateur de l’association humanitaire Solidarités International dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources. Il continue de se rendre sur le terrain (Syrie du nord-est, Haut-Karabagh/Artsakh et Arménie) et de témoigner dans les médias.


L’humanitaire en quête d’avenir

© UN News – Des enfants à Gaza attendent que leurs casseroles vides soient remplies de nourriture

Les crises humanitaires sont produites par les guerres, catastrophes et épidémies, le plus souvent dans des pays pauvres. La réponse à ces crises relève d’abord de la solidarité nationale de proximité, puis avec les secours des organisations humanitaires internationales. Celles-ci dépendent à leur tour, d’une part des capacités d’intervention des acteurs humanitaires, d’autre part des financements publics et privés, ensuite de l’accès aux victimes et, enfin, de la coopération entre les acteurs des secours sur le terrain.

La forte baisse des financements publics humanitaires, la fragmentation géopolitique et l’érosion du droit international humanitaire impactent gravement les secours aux victimes.

Ainsi, la guerre américano-israélienne contre l’Iran a entre autre pour effet immédiat de bloquer tout le commerce dans le détroit d’Ormuz avec des conséquences mondiales multiples qui affectent notamment l’exportation des engrais nécessaires à l’agriculture, singulièrement dans les pays les plus pauvres. Cela risque fort aussi de provoquer une crise alimentaire au Moyen-Orient ! Cette guerre s’étend au Liban qui compte déjà plus d’un million de déplacés dont 350.000 enfants, plus d’un millier de morts et le risque d’une annexion du sud-Liban sans retour possible des populations comme Israël le déclare.

Cet éditorial, comme tous les articles de cette édition de Défis Humanitaires, visent à apporter analyse, témoignage, exemple, outil aux lecteurs comme aux acteurs de la géopolitique, de l’humanitaire, de leurs partenaires ainsi que des parlementaires,  journalistes, Think Tank et Universités, abonnés et donateurs qui permettent la publication de Défis Humanitaires.

 

Les facteurs du changement géopolitique global.

L’invasion russe de l’Ukraine, l’enlèvement du président Maduro au Vénézuéla, la seconde élection de Donald Trump, l’attaque américano-israélienne contre l’Iran et d’autres menaces bouleversent les relations internationales au risque de dénier le droit même.

Le retour des Empires, l’affirmation symétrique des États-nations et l’émergence des pays du « Sud global » contribuent fortement à cette dynamique de fragmentation-conflit-recomposition en cours.

Dans ce contexte, le président de la première puissance au monde, Donald Trump a pour seul programme « America Trump first » qui mêle tout à la fois isolationnisme et interventionnisme dans toutes les affaires du monde sur la base du « deal » des rapports de force et d’intérêt.

Réunion des chefs d’Etat et de gouvernement à Londres pour soutenir Volodymyr Zelenky après son altercation avec Donald Trump le 28 février à la Maison Blanche.© European Union, 2025

Cette agressivité aura pour conséquence inverse de radicaliser tous les acteurs et toutes les situations comme nous le constatons par l’augmentation des budgets de défense ! Ce monde est-il ainsi plus sûr et cette escalade permanente ne conduit-elle pas inévitablement à la guerre sous toutes ses formes ?

Et cela ne règle en rien, au-delà des intérêts légitimes de chaque pays, les défis de l’humanité entière qui sont autant de sources de dangers collectifs :  dérèglement climatique, fonte des glaciers, pollution, disparition de la biodiversité, crise de l’eau potable, épidémie, démographie, économie criminelle, prolifération possible du nucléaire militaire etc….

Dans ce nouveau contexte, l’affaiblissement de l’ONU comme du multilatéralisme diminue d’autant les instances de régulation par la négociation.

Et pourtant, il faut bien coordonner le commerce mondial nécessaire à 8 milliards d’êtres humains qui seront 10 milliards dans 25 ans avec un doublement de la population en Afrique ! Ou sont les plans pour anticiper ce choc démographique ? Quelles seront les conséquences de l’impréparation ?

 

Forces, faiblesses et perspectives humanitaires.

Dans un contexte nouveau où nous voyons s’affaiblir le droit international et où l’humanitaire va sans doute perdre la moitié de ses ressources financières publiques, il est utile de faire un état des lieux pour identifier ses forces, afin de les optimiser, et ses faiblesses, pour les corriger, et envisager d’autres voies et moyens qui restent à inventer.

Sans prétendre à l’exhaustivité, ces forces sont d’abord celles de l’engagement, de la motivation à agir pour sauver des vies. Ce sont aussi la réactivité, le pragmatisme tout autant que l’expérience et l’expertise des métiers. Il y a les réseaux de soutien des donateurs, de la coordination des organisations auprès des bailleurs comme sur le terrain. Sans oublier surtout la proximité avec les populations, les opinions publiques, les médias, les pouvoirs publics tant dans les pays qui collectent l’aide que dans les pays où elle est mise en œuvre pour les populations en danger.

Du côté des faiblesses, notons le peu d’anticipation stratégique compensé, il est vrai, par un forte capacité d’adaptation. Soulignons également la faiblesse d’une communication qui s’adresse surtout à ses émetteurs et qui, malgré le soutien des donateurs, a du mal à sortir de son silo et à acquérir une influence plus large. Les modèles économiques des ONG, à quelques rares exceptions près, sont ou bien fragiles ou dépendants et sans beaucoup de capacités d’investissement et de renouvellement.

L’équipe mixte Solidarités International-Véolia autour d’un Aquaforce 2000 en Ukraine. Photo : Fondation Veolia

Cet état des lieux rapide jette les bases d’autant de chantiers dans le but de se renforcer tout en s’adaptant, voire en changeant. Dans cette perspective, soulignons quelques-unes des pistes de progression possible.

  • Créer de nouvelles alliances avec les donateurs particuliers, les bailleurs institutionnels, les entreprises et fondations, les médias, les centres de recherche et entre organisations humanitaires elles-mêmes.
  • Renouveler la communication en documentant les conséquences humaines des crises avec des exemples concrets et mobilisateurs.
  • Mieux mesurer l’impact de l’action mise en oeuvre et montrer au public en quoi les moyens mobilisés améliorent l’existence des populations en danger et sauvent des vies tout en mettant en place des réponses durables aux besoins essentiels.
  • Montrer comment l’innovation et la mutualisation permettent d’être plus proche des populations, d’aller plus vite, d’être plus efficace et d’optimiser les ressources et chaque euro.
  • À un niveau plus stratégique, montrer en quoi la sécurité humaine est une des conditions de la sécurité internationale ainsi que pourquoi et comment la solidarité nationale est compatible avec la solidarité internationale.
  • Partager, illustrer et promouvoir les principes humanitaires d’humanité, de neutralité, d’impartialité et d’indépendance comme alpha et oméga de l’action en évitant les risques de politisation et de division qui nous affaibliraient.

Défis Humanitaires n’a pas de réponse à tout, mais notre revue recherche des pistes, des solutions, des options dans et en dehors de la « boite à outils ». N’hésitez pas à nous adresser vos commentaires et propositions à : contact@defishumanitaires.com

 

L’engagement de Défis Humanitaires avec vous.

Défis Humanitaires, c’est une association selon la loi de 1901 qui publie une revue en ligne indépendante et gratuite mais qui a un coût pris en charge par le bénévolat des membres de son comité d’experts et des nombreux auteurs d’articles (liste complète des auteurs), par des réseaux humanitaires et géopolitiques et par des donatrices et donateurs qui rendent possible chaque nouvelle édition.

Si nous raisonnions en termes de « business model », il n’y aurait rien. Ce qui fait la différence pour Défis Humanitaires, ce sont les convictions, l’engagement, l’expérience acquise, les amis, donateurs, auteurs sans lesquels cela n’existerait pas. Et c’est aussi maintenant l’émergence d’une nouvelle période géopolitique où la confrontation s’installe et où la guerre menace au moment même ou les financements publics humanitaires et de développement s’effondrent sur eux-mêmes alors que les besoins s’accroissent.

Ce numéro 111 est emblématique de notre revue. Vous allez découvrir un passionnant entretien avec Maurice Gourdault-Montagne, diplomate chevronné, qui explicite pour nous le passé et éclaire le présent et l’avenir. Nous sommes très motivés de publier des témoignages d’ONG comme Électriciens Sans Frontières (ESF), avec son président Hervé Gouyet, qui nous présente les résultats de 4 années d’engagement en Ukraine.

© Électriciens Sans Frontières – Électriciens Sans Frontières en Ukraine

De même avec le témoignage de l’association Solinfo au Bangladesh depuis 22 ans avec un retour terrain qui nous embarque avec Thierry Liebaut, son secrétaire général qui en revient. Dans le domaine de l’innovation, après la présentation le mois dernier du formidable outil, le Solis bot, Antoine Vaccaro de Force For Good nous expose une remarquable analyse de la philanthropie en temps de chaos. Dans le domaine de l’accès à l’eau potable dans le monde et des Objectifs de Développement Durable (ODD 2015-2030), Gérard Payen, vice-président du Partenariat Français pour l’Eau, dresse un état des lieux et des enjeux stratégiques du prochain Sommet Mondial de l’ONU pour l’eau qui aura lieu au mois de décembre 2026 à Abou Dhabi.

 

Un nouveau Défis Humanitaires.

Face aux bouleversements géopolitiques et humanitaires en cours, notre revue doit s’adapter, évoluer, changer pour mieux répondre à sa mission comme aux attentes des lecteurs.

Cette démarche concerne tout autant le fond que la forme. Comment faire évoluer notre ligne éditoriale dans le nouveau contexte géopolitique ? Comment décrypter les signaux de l’actualité pour anticiper le monde qui vient ? Comment repositionner l’humanitaire impacté par la baisse drastique des financements publics qui le touche de plein fouet ? Comment mobiliser de nouveaux partenaires et alliés ? Comment s’adapter, changer, se réinventer ?

Comment adapter notre maquette et proposer de nouvelles fonctionnalités aux lectrices et lecteurs ? Dans quelle voie d’identité graphique s’engager pour mieux exprimer une ligne éditoriale renouvelée ?

N’hésitez pas à nous faire part de votre opinion sur ces questions. C’est très simple en nous écrivant à contact@defishumanitaires.com

Mais, pour y parvenir, si le bénévolat est essentiel, il n’est pas suffisant pour y parvenir. Nous avons le plus grand besoin de votre soutien pour financer le coût de cette nouvelle maquette ainsi que le renforcement de la rédaction afin de concrétiser le développement éditorial des articles, témoignages, entretiens et de l’iconographie.

Je fais donc appel à la générosité de nos lectrices et lecteurs qui sont nos plus proches et fidèles soutiens en vous invitant à faire un don sur (faireundon) pour lequel vous recevez un reçu fiscal permettant une réduction d’impôts de 66% de son montant.

Un grand merci de votre soutien à Défis Humanitaires, une revue mensuelle unique qui espère bien réaliser ce projet grâce à vous. Merci.

Alain Boinet.

Président de Défis Humanitaires.


Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne www.defishumanitaires.com. Il est le fondateur de l’association humanitaire Solidarités International dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources. Il continue de se rendre sur le terrain (Syrie du nord-est, Haut-Karabagh/Artsakh et Arménie) et de témoigner dans les médias.


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