Aperçu de la situation humanitaire mondiale 2023 – OCHA

Le rapport annuel du Bureau des Nations Unies pour la coordination humanitaire (OCHA) sur la situation humanitaire mondiale analyse les besoins humanitaires à l’échelle mondiale, offrant une vue d’ensemble des tendances, des défis et des besoins prioritaires. En aidant les décideurs, les organisations humanitaires et les bailleurs de fonds à comprendre et à répondre aux crises les plus pressantes, ce rapport établit une base cruciale pour la formulation des appels de fonds de l’OCHA, démontrant ainsi le lien essentiel entre la compréhension approfondie des besoins humanitaires et les actions concrètes nécessaires pour y répondre. Le rapport rend également compte des réalisations de l’année précédente.

Le dernier aperçu de la situation mondiale humanitaire, publié le 1er décembre 2023, présente un bilan de l’année 2023 ainsi que les objectifs et perspectives pour l’année 2024. Cette synthèse s’appuie sur les rapports de 2023 et 2024.

I. Appel pour 2023 – Contexte en début d’année

L’appel pour 2023, les besoins

L’aperçu de la situation humanitaire mondiale 2023, dévoilé en décembre 2022, identifiait 339 millions de personnes comme ayant besoin d’aide humanitaire et de protection, soit une augmentation de 65 millions par rapport au début de l’année 2022. Le rapport mettait en lumière des besoins de financement estimés à 51,5 milliards de dollars pour venir en aide à 230 millions de personnes parmi les 339 millions nécessitant une assistance.

L’année 2023 a débuté avec des défis économiques majeurs, caractérisés par une inflation entraînant une augmentation des prix et affectant de nombreux habitants en Haïti, au Liban et en République démocratique du Congo. De manière générale, cette période a été marquée par une augmentation des besoins financiers dus à l’augmentation des coûts opérationnels et des prix des produits de base, ainsi qu’à une inflation élevée. Parallèlement, le début de l’année 2023 a été marqué par la poursuite de la guerre en Ukraine et par d’importants conflits au Mozambique, en Éthiopie et au Myanmar, entre autres. Les sécheresses liées au climat ont également entraîné une augmentation des besoins d’assistance en Éthiopie et en Afghanistan. En somme, des conflits violents affectant les civils, des déplacements forcés, la plus grande crise alimentaire de l’histoire moderne en cours, des catastrophes naturelles liées au changement climatique, la santé publique menacée, l’égalité des sexes difficile à atteindre, et un accès à l’éducation compliqué par la pandémie.

II. Bilan 2023 – Contexte en fin d’année

Une succession de crises – une année plus difficile que prévu

N’était-ce pas suffisant ? En outre, la situation humanitaire mondiale s’est encore détériorée au cours de l’année, marquée par des tremblements de terre en Syrie et en Turquie, des cas de choléra et des inondations au Malawi et au Mozambique, une intensification du conflit au Soudan, des inondations en Libye, le territoire palestinien occupé.

La série de crises tout au long de l’année 2023, a rendu les besoins de plus en plus complexes à satisfaire, tandis que le nombre de personnes affectées par ces crises n’a cessé d’augmenter (363.2 millions). L’objectif est devenu d’aider 245.1 millions de personnes soit 7% de plus que le nombre de personnes ciblées au début de l’année 2023. Au cours du mois de novembre 2023, les besoins financiers ont été réévalués à la hausse, enregistrant une augmentation de 10%, portant ainsi les besoins à 56,7 milliards de dollars.

Hausse des besoins à la fin de l’année 2023 :

III. Ecart entre besoins et financement – Un déficit de financement élevé

« Il s’agit du pire déficit de financement depuis des années. » – Martin Griffiths

Face à des besoins humanitaires grandissants, des financements en déclin.

Le constat le plus alarmant de l’année 2023, en plus de la multiplication et de l’aggravation des crises, réside probablement ici.

Les besoins humanitaires de l’année 2023 atteignent un niveau sans précédent, s’élevant à 56,7 milliards de dollars. Cependant, le pourcentage de financement disponible est historiquement bas. Au 4 décembre 2023, 19,9 milliards de dollars ont été enregistrés, représentant un écart de 36,8 milliards de dollars par rapport aux besoins totaux, soit un financement atteignant seulement 35% des besoins. Un écart préoccupant, surtout dans un contexte où les demandes atteignent des niveaux records. En 2023, les financements ont diminué par rapport à l’année précédente, marquant ainsi la première baisse depuis 2010. Effectivement, en 2022, une assistance de 24 milliards de dollars était disponible pour répondre à des besoins évalués à 51,7 milliards de dollars en fin d’année, assurant ainsi une couverture des besoins à hauteur de 47%.

Quelques conséquences de ce déficit soulignées dans le rapport 2024 :

  • Réduction de l’aide alimentaire : plus de personnes exposées au risque de famine (d’après l’estimation du Programme alimentaire mondial, une réduction de 1% de l’aide alimentaire risque de pousser plus de 400 000 personnes au bord de la famine).
  • Le manque de financement pour les abris a contraint des personnes à vivre dans des conditions indignes et inadéquates, comme observé en Haïti et au Myanmar.
  • Manque de ressources en eau, assainissement et soins de santé : confronte les populations les plus vulnérables aux risques de maladies et de décès.
  • Manque d’investissement dans la protection face aux violences basées sur le genre : à l’échelle mondiale, 53% des femmes ciblées ont pu accéder à des services complets de lutte contre la violence basée sur le genre par l’intermédiaire d’ONU Femmes.
  • Manque d’accès à un soutien et à des services essentiels : alimente les risques de protection.

IV. Actions concrètes en 2023

En quelques chiffres :

  • 128 millions de personnes à travers le monde ont reçu une aide, soit 62% des personnes ciblées.
  • 1/3 des allocations de fonds commun du Bureau des Nations Unies pour la coordination humanitaire (OCHA) a été versée à des ONG nationales.
  • 7,8 millions des personnes qui ont bénéficié d’une aide humanitaire l’ont été grâce à des partenariats privés.
  • 119,5 millions de personnes ont reçu une aide alimentaire, monétaire ou des bons d’achats.
  • 2,3 milliards de dollars transférés à 47 millions de personnes (espèces ou bons d’achats).
  • 46 millions de personnes ont bénéficiés de l’aide sanitaire d’urgence
  • 23,2 millions de personnes ont bénéficié d’un approvisionnement en eau salubre
  • 13,9 millions d’enfants ont eu accès à l’éducation

Les accomplissements

Les améliorations observées au cours de l’année 2023 comprennent une meilleure sécurité alimentaire et nutritionnelle, une plus grande accessibilité aux soins de santé inclusifs tels que les soins d’urgence et la santé sexuelle et reproductive, une assistance humanitaire multisectorielle centrée sur les besoins prioritaires des communautés comme l’accès à l’eau potable et à l’éducation, ainsi qu’une protection renforcée des femmes et des enfants. De plus, des progrès ont été réalisés dans la mise en œuvre de plans régionaux pour répondre aux besoins humanitaires variés.

Les résultats 2023 :

 

 

Pour conclure,

L’année 2023 a été marquée par une série de crises humanitaires d’une gravité sans précédent, aggravées par leur multiplication à l’échelle mondiale. Malgré ces défis, les partenaires humanitaires ont persévéré dans leurs efforts pour répondre aux besoins des populations les plus vulnérables, touchant ainsi près de 128 millions de personnes. Cependant, les réponses apportées ont souvent été confrontées à des contraintes et à des obstacles considérables, mettant en lumière la complexité croissante des crises humanitaires contemporaines et la nécessité d’une action collective et coordonnée pour y répondre de manière efficace.

 

Rapport complet

 

Une synthèse rédigée par Betty Bianchini

Sortir de l’inefficacité collective en mars 2023 ?

Alors qu’une « rare » conférence sur l’eau est prévue en mars 2023 aux Nations unies, Gérard Payen exhorte la communauté internationale à sortir de l’inertie pour faire de ce rendez-vous un évènement historique à la fois porteur de décisions politiques fortes et d’un agenda annuel afin d’atteindre l’Objectif 6 des ODD 2030 pour un accès universel à l’eau, l’assainissement et l’hygiène.

Nous remercions Solidarités International pour son accord de publication de cet article de Gérard Payen à paraître dans son Baromètre 2021 de l’eau, l’assainissement et de l’hygiène que nous publierons dans Défis Humanitaires à sa sortie.

Bassins de décantation de l’eau et participation communautaire pour creuser des tranchés à Béni en RDC  ©Solidarités International 2005

Les gouvernements discutent d’eau douce dans des événements internationaux en si grand nombre que leurs travaux sont aujourd’hui fragmentés, organisés en événements disparates, sans fil conducteur et peu coordonnés. Eux-mêmes, ainsi que la plupart des acteurs de la communauté internationale, ont du mal à s’y retrouver. ONU-Eau assure tant bien que mal une coordination technique mais la coordination au niveau politique des différentes actions liées à l’eau reste à inventer. Ces nombreux événements sont néanmoins utiles pour faire évoluer les connaissances et préparer des décisions futures. Par exemple, les Forums mondiaux de Mexico (2006) et d’Istanbul (2009) ont préparé la reconnaissance du droit de l’homme à l’eau potable en 2010, celui de Marseille (2012) et le Sommet de Budapest de 2013 ont contribué à l’adoption en 2015 d’un Objectif de Développement Durable (ODD) dédié à l’eau.

En mars 2023, une Conférence internationale sur l’Eau se tiendra sous l’égide des Nations unies. Elle rassemblera tous les gouvernements sous la co-présidence du Tadjikistan et des Pays-Bas. Ce sera un événement majeur car seules les réunions ONU peuvent donner lieu au niveau mondial à des décisions politiques considérées comme engageantes par les États et faisant l’objet de suivis opérationnels dans le temps. Les nombreuses réunions intergouvernementales organisées par des États en marge de l’ONU peuvent aboutir à des conclusions utiles mais celles-ci restent habituellement sans lendemain car sans mécanisme institutionnel de suivi. Aux Nations unies, la plupart des réunions dédiées à des sujets Eau sont organisées par des agences ONU ou des secrétariats de traités internationaux spécialisés dans un domaine particulier concernant une partie seulement des enjeux de l’eau. Une conférence internationale qui traite de l’ensemble des enjeux de l’eau douce (eaux de toutes sortes et assainissement) est ainsi un événement rarissime à l’ONU. Alors que les enjeux de l’eau sont croissants, interagissent chaque année davantage et sous-tendent une grande partie des ODD, cette conférence de 2023 sera donc une des très rares occasions de prendre au niveau mondial des décisions collectives utiles pour une meilleure gestion des enjeux de l’eau.

Assemblée Générale des Nations Unies, Septembre 2020

La vision cohérente des ODD

En 2015, une révolution a eu lieu. L’adoption des ODD a conduit pour la première fois les gouvernements à considérer tous les grands enjeux de l’Eau dans un programme mondial. Jusque-là, seuls l’eau potable et l’accès aux toilettes faisaient l’objet d’objectifs communs. En 2015, cette vision très partielle a été complétée par des objectifs sur la gestion des ressources en eau, celle des pollutions et des eaux usées, les écosystèmes hydriques, les inondations, la participation des citoyens, l’eau dans les écoles, l’adaptation aux changements climatiques, le fonctionnement des villes, etc. Bref, une vision complète des enjeux de l’eau est apparue. Vingt cibles ODD sont directement liées à l’Eau. Formidable ! Hélas, depuis 2015, cela n’a pas changé grand-chose au niveau intergouvernemental. Comme si les errements antérieurs avaient repris leurs droits. En 2018, lors du Forum politique ONU de haut niveau sur le développement durable (HLPF), les gouvernements ont parlé d’eau pendant trois heures mais n’ont rien décidé de nouveau. Pire, en octobre 2019 lors de leur premier Sommet ODD, ils se sont gargarisés de leurs progrès en matière d’accès à l’eau potable en flagrante contradiction avec les statistiques mondiales qui laissent entrevoir que l’accès universel à l’eau potable ciblé pour 2030 ne sera pas atteint avant le 23e siècle au rythme des politiques actuelles. Depuis 2015, il n’y a pas eu de travaux intergouvernementaux visant à reconnaître et à corriger les insuffisances vers l’atteinte des cibles ODD liées à l’eau. Ce manque d’activité sur l’ensemble des aspects de l’eau résulte de l’absence de forum politique ONU dédié à l’eau. Contrairement à la plupart des grandes thématiques des ODD qui ont chacune une plateforme intergouvernementale dédiée se réunissant régulièrement au niveau politique, l’Eau n’a pas cette chance et reste déshéritée politiquement. Le besoin de cohérence et d’efficacité collective est criant mais très peu discuté tant sont nombreux les acteurs institutionnels, pays ou agences ONU, qui voient plus d’intérêts au statu quo.

Château d’eau à Koniba, Mali ©Solidarites International 2019

Une réunion politique ONU sur l’Eau est un événement rare, bien trop rare

Certains disent que la Conférence internationale de 2023 sera la première depuis celle de Mar-del-Plata en 1977. C’est faire peu de cas de la réunion de 2005 de la Commission du Développement Durable de l’ONU qui a réuni tous les gouvernements pendant deux semaines et a conduit à une résolution ONU de neuf pages sur la gestion intégrée des ressources en eau, la préservation des écosystèmes, l’eau potable et l’assainissement, y compris le traitement et la réutilisation des eaux usées. Ceci étant, depuis 2005, les seules résolutions significatives ONU sur l’Eau ont été l’instauration de l’Année internationale de l’assainissement (2008), la reconnaissance en 2010 du Droit de l’homme à l’accès à l’eau potable et à l’assainissement et l’adoption en 2015 des ODD.

La Conférence ONU de 2023 sera ainsi l’un des très rares événements permettant des décisions sur l’ensemble des enjeux de l’Eau. Ce sera l’occasion de donner plus d’efficacité aux travaux intergouvernementaux sur l’Eau en décidant d’organiser chaque année, comme cela se fait pour les autres grandes thématiques des ODD, une réunion intergouvernementale ONU sur l’ensemble des cibles ODD liées à l’Eau. Cela permettrait à la fois d’assurer une cohérence politique aux nombreux travaux éparpillés actuellement et de s’organiser pour atteindre l’ODD 6 et tous les objectifs mondiaux liés à l’Eau. Une telle décision ne pourra être prise en 2023 que si les esprits s’y préparent activement et l’anticipent suffisamment. C’est l’un des principaux enjeux du 9ème Forum Mondial de l’Eau qui aura lieu à Dakar en 2022.

Kick-off meeting préparatoire au 9ème Forum Mondial de l’eau, printemps 2019 ©WorldWaterForum

La Conférence de 2023 décidera-t-elle de réunions politiques régulières des Nations unies sur l’ensemble des cibles ODD liées à l’Eau ? Si oui, cette conférence sera quasi-historique. Si cette occasion est manquée, la communauté internationale de l’eau ne pourra que se blâmer elle-même de la continuation de sa faible efficacité collective, du déficit d’attention politique portée à l’Eau et de la lenteur des progrès vers les cibles ODD liées à l’Eau.

Gérard Payen


Qui est Gérard Payen ?

Gérard Payen travaille depuis plus de 35 ans à la résolution de problèmes liés à l’eau dans tous les pays. Conseiller pour l’Eau du Secrétaire Général des Nations Unies (membre de UNSGAB) de 2004 à 2015, il a contribué à la reconnaissance des Droits de l’Homme à l’eau potable et à l’assainissement ainsi qu’à l’adoption des nombreux objectifs mondiaux de Développement Durable liés à l’eau. Il est aujourd’hui administrateur de 3 grandes associations françaises dédiées à l’Eau et continue à travailler à la mobilisation de la communauté internationale pour une meilleure gestion des problèmes liés à l’eau, ce qui passe par des politiques publiques plus ambitieuses. Simultanément depuis 2009, il conseille les agences des Nations Unies qui produisent les statistiques mondiales relatives à l’Eau. Impressionné par le nombre d’idées fausses sur la nature des problèmes liés à l’eau, idées qui gênent les pouvoirs publics dans leurs prises des décisions, il a publié en 2013 un livre pour démonter ces idées reçues.