
Quels liens peut-il y avoir entre la ville estonienne de Narva à la frontière Russe avec la prochaine Conférence Nationale Humanitaire (CNH) à Paris le 6 octobre prochain, et enfin avec notre revue Défis Humanitaires. Il n’y a pas d’évidence immédiate et pourtant !
Des médias, des experts, des pays font état de sérieuses menaces russes, notamment contre les Pays-Baltes, la Finlande, ce qui pourrait expliquer le déplacement le 26 août du directeur de la CIA, John Ratcliffe, à Moscou en passant par Riga capitale de l’Estonie.
Cela est à intégrer dans le cadre de la guerre en Ukraine et d’une confrontation plus large de la Russie et de ses alliés contre l’Union Européenne et l’OTAN. Vladimir Poutine, lève une nouvelle armée contre l’Ukraine, intensifie chaque jour ses frappes de missiles et de drones et pourrait être tenté par des manœuvres de diversion, d’extension ou de test pour diviser et affaiblir.
Ce processus d’escalade en cours a-t-il conduit le Président de la République, Emmanuel Macron, à annoncer la livraison du système franco-italien anti-missiles Aster et, simultanément, les Britanniques à permettre la fabrication en Ukraine du missile de croisière franco-britannique Storm Shadow ou Scalp avec l’aide de la France ?
N’en doutons pas, nous sommes dans une période d’escalade dangereuse et incertaine quand elle comprend des armes nucléaires tactiques russes.
Quand l’on connait les conséquences dramatiques de la guerre en Ukraine, on ne peut qu’appréhender tout risque d’intensification voire de propagation géographique de la guerre en Europe.
De Narva au corridor de Sulwaki.
J’ai voyagé en famille cet été dans les Pays-Baltes et je suis allé jusqu’à Narva où se trouve, face à face, de part et d’autre du fleuve Narva, la forteresse Hermann estonienne et de l’autre, à quelques centaines de mètres, la forteresse russe d’Ivangorod.
Juste à côté se trouve le pont dit de l’amitié, un des rares points de passage ouvert avec la Russie, Saint Pétersbourg est à 150 km, sur lequel les Estoniens ont placé plusieurs rangées de dents de dragon anti-char. Visionnez ici cette courte vidéo réalisée à Narva :
Dans un livre d’anticipation paru en 2025, « La guerre d’après » chez Grasset (1), le politologue et expert militaire allemand, Carlo Masala, imagine en 2028 la prise de Narva par deux brigades russes et, simultanément, la prise de l’ile de Hiiumaa permettant le blocus de la mer Baltique. Ce n’est qu’un scénario, mais c’est un scénario possible !
Narva compte 57.000 habitants dont 88% sont russophones et dont beaucoup possède un passeport russe. Pour mémoire, les minorités russophones représentent environ 31% de la population en Estonie, 35% en Lettonie et moins de 7% en Lituanie comme on le découvre à la lecture de l’excellent livre de Céline Bayou (2) « Les pays Baltes face à la menace russe en 100 questions parue chez Tallandier. Ces minorités russophones sont concentrées sur les frontières avec la Russie et la Biélolorussie et dans les capitales Talllinn, Riga et Vilnus.
Comparaison n’est pas raison, mais le parallèle avec les populations russophones d’Ukraine, que ce soit en Crimée et dans les oblasts de Donetsk, de Louhansk où sont les lignes de front vient immédiatement à l’esprit.

Quand on voyage dans les Pays-Baltes, ce qui frappe, c’est partout la présence de drapeaux ukrainiens côte à côte avec les drapeaux de ces pays sur les bâtiments officiels.
De même, l’histoire est très présente, notamment dans ces musées « de l’occupation et de la liberté » qui sont très visités. Il est frappant de constater combien le pacte Molotov- Ribbentrop et ses protocoles secrets signé le 23 août 1939 à Moscou entre l’Allemagne nazie et l’Union Soviétique est toujours présent dans les esprits (notamment le partage de la Pologne et une présence militaires soviétique dans les Pays-Baltes). Pour les Pays-Baltes indépendants et reconnus par la SDN de 1918 à 1940, l’occupation allemande a été suivie de l’occupation soviétique de 1944 à 1991, année de leur nouvelle indépendance il y a 35 ans.
Entre temps, durant 47 ans, ces populations ont connu la répression, la déportation au Goulag, les exécutions sommaires et le servage idéologique dont toutes les familles ont été victimes. De même qu’elles se souviennent de la guérilla menée (1944-1953) par la résistance des « Frères de la forêt » qui furent 170.000 à combattre l’occupation soviétique qui ne fut jamais acceptée dans le monde par la plupart des pays.
Durant ce périple, après Narva et l’Estonie, puis la Lettonie, nous voilà en Lituanie où se trouve le fameux corridor de Sulwaki, d’une longueur d’environ 80 km, et qui fait frontière entre ce pays et la Pologne. Ce corridor a la particularité de se trouver situé entre l’enclave russe surarmée de Kaliningrad sur la mer Baltique et la Biélorussie alliée de Moscou.

C’est un point faible majeur pour les occidentaux tant sa prise de contrôle par les Russes couperait les Pays Baltes du reste de l’Europe ! Chaque jour la guerre informationnelle, la désinformation, les cyberattaques, des attentats ont lieu quotidiennement au point que l’on peut considérer qu’une guerre a déjà débuté ! L’aide humanitaire y sera-t-elle un jour nécessaire ?
Dans ce contexte, on comprend mieux la position de Kaja Kalas, ancienne première ministre l’Estonie, et aujourd’hui Haute représentante de l’Union Européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.
Aussi, je vous invite à lire dans cette édition l’excellent article de notre ami Cyprien Fabre « Les crises ne viennent jamais seules » qui montre bien comment les fissures finissent par miner tout édifice, au risque de l’écroulement, si l’on n’y prend pas garde.
Ne soyez pas étonné d’apprendre qu’un renforcement des moyens militaires est en cours côté OTAN face à la menace russe, même si le tourisme se porte bien dans les beaux Pays-Baltes et la Finlande !
Et l’humanitaire dans tout cela ?
Si le risque de propagation de la guerre est réel, son escalade l’est d’abord aujourd’hui même en Ukraine et l’aide humanitaire y est toujours une urgence. D’autres crises ne manquent pas, que ce soit au Soudan, en République Démocratique du Congo, à Gaza comme au Liban, mais ce sont les secours qui viennent à manquer par la baisse rapide des financements humanitaires de trop d’Etats.
Il y a des moments favorables pour se remobiliser et c’est précisément le cas de la prochaine Conférence Nationale Humanitaire (CNH) qui aura lieu à Paris le 6 octobre prochain au ministère de l’Europe et des affaires étrangères. Cette Conférence est organisée par le Centre de Crise et de Soutien (CDCS) du ministère en lien avec les acteurs humanitaires dans le cadre du Groupe de Concertation Humanitaire (GCH). Ne loupons pas cette occasion qui rassemblera de nombreux acteurs et dirigeants (Union Européenne, ECHO, ONU, CICR, ONG,…) !
Les Trois thèmes principaux retenus pour cette CNH sont :
- Le droit International Humanitaire (DIH) et l’accès des secours.
- La réforme humanitaire des Nations-Unies et les acteurs concernés.
- Les financements et les partenariats.
Ces trois thèmes majeurs doivent permettre d’établir un état des lieux lucide mais surtout d’engager les initiatives pour sauvegarder les secours aux populations en danger.
Il n’y a pas d’aide humanitaire ni de stratégie sans les financements qui les concrétise en action. Les financements baissent de manière drastique. Les chiffres sont là pour en attester quand les appels des Nations-Unies et les contributions ne cessent de diminuer.
Pour mémoire, l’ONU a lancé avec OCHA un appel pour 2026 de 23 milliards de dollars pour secourir 87 millions de personnes, tout en indiquant qu’il faudrait en fait réunir 33 milliards de dollars pour secourir 135 millions de personnes dans 50 pays.
Selon les informations disponibles au 31 août les contributions s’élèveraient à ce jour à 14,21 milliards de dollars, soit 40,6 % de couverture pour un appel réajusté à 35,02 milliards. En 2025 ont été réuni 23,23 milliards de dollars. Qu’en sera-t-il cette année ?

Concernant la France, le budget humanitaire des trois canaux (CDCS, NUOI, AAP) est au total de 285 millions d’euros. Il était de 800 millions d’euros en 2023 et l’engagement avait été pris de le porter à un milliard d’euros en 2025. La chute est rude.

Si ces chiffres constituent un diagnostic nécessaire, il importe surtout de prendre des initiatives, de communiquer, d’innover, de mutualiser, de se coordonner et de rechercher des solutions et des alliés. D’autant que des institutions comme la Commission européenne et nombre d’Etats confirment leur engagement humanitaire et sont parties prenantes d’une nouvelle alternative humanitaire.
La CNH du 6 octobre ne peut pas, ne doit pas ressembler aux précédentes qui depuis 2011 ont accompagné une progression régulière de l’aide humanitaire de la France. Elle doit acter ce moment de rupture et s’inscrire résolument dans une nouvelle perspective.
Parmi les pistes identifiées par les acteurs humanitaires, il y a notamment celles-ci :
- Sanctuariser les financements institutionnels actuels.
- Gagner en efficacité, en synergie, en coordination et en impact de l’aide des acteurs de terrain pour les populations en danger.
- Simplifier et modifier les procédures institutionnelles trop lourdes et couteuses.
- Renforcer la communication et les liens avec l’opinion publique, les parlementaires, la jeunesse, les médias, les Think Tank, les entreprises.
- Construire de nouveaux partenariats alternatifs.
Pour de nouveaux financements, vous lirez avec intérêt dans cette édition un article et projet très documenté porté par notre ami Antoine Vaccaro qui propose la création en France d’un Loto humanitaire, comme il en existe dans la plupart des pays voisins. Il pourrait rapporter jusqu’à 800 millions d’euros chaque année ! Voilà une piste sérieuse à considérer. Qu’en ferons-nous concrètement ?
Nous attendons beaucoup de cette Conférence Nationale Humanitaire dont nous vous rendrons compte en direct sur notre chaîne Youtube et dans nos prochaines éditions.
Relever ensemble les Défis Humanitaires.
Pour faire face à une rupture géopolitique de grande ampleur et à un risque d’affaiblissement existentiel pour l’humanitaire, Défis Humanitaires a décidé de reconsidérer sa mission et de le faire avec vous.
Pour cela, soyons très concret.
- Nous avons besoin urgent d’information fiable, utile, constructive, impactante.
- Face à la mésinformation et à la désinformation qui prospèrent, l’enjeu de l’intérêt général est une priorité.
- Une étude récente démontre que si 75% de l’opinion publique est favorable à l’aide humanitaire, ils sont 82% à demander à être mieux informé !
Pour y répondre, nous vous proposons :
- De refondre la revue.
- D’élargir et d’approfondir sa ligne éditoriale.
- D’augmenter son audience, son impact, son influence.
Pour y parvenir concrètement et rapidement, votre soutien est indispensable et précieux. Si notre revue est indépendante et gratuite, elle a un coût et le bénévolat n’y suffit pas ! Ce coût est la condition sine qua non de cette nouvelle mission humanitaire !
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La boucle est bouclée, il y a bien un fil d’ariane, des « liens qui unissent » entre les risques encourus par les Pays-Baltes, la Finlande comme en Ukraine aujourd’hui avec l’escalade de la guerre, la réponse humanitaire qui est au cœur de la prochaine Conférence Nationale Humanitaire et la Revue Défis Humanitaire qui concrétise ici son rôle d’alerte, d’information, de proposition, de mobilisation ? C’est sa raison d’être, Merci d’en être avec votre don.
Alain Boinet.
(1) La guerre d’après – La Russie face à l’Occident » Carlo Masala Editions Grasset.
(2) Les Pays Baltes. Face à la menace russe. En 100 questions. Céline Bayou Editions Tallandier.
(3) Votre don est déductible de vos impôts dans la limite de 66% de son montant. Un reçu fiscal vous sera adressé en janvier 2027. Merci.
Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne www.defishumanitaires.com. Il est le fondateur de l’association humanitaire Solidarités International dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources. Il continue de se rendre sur le terrain (Syrie du nord-est, Haut-Karabagh/Artsakh et Arménie) et de témoigner dans les médias.
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