La Vague. L’épidémie vue du terrain. Un ouvrage de Renaud Piarroux.

Expert reconnu des épidémies de choléra dans les pays en développement, Renaud Piarroux ne pensait pas devoir s’impliquer en première ligne dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19 en France. Pourtant, de retour d’une mission à Kinshasa début mars, il constate avec effarement combien son propre pays sous-estime le danger et tarde à se préparer. Après plusieurs jours passés à tenter d’alerter ses collègues de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, il parvient à rencontrer Martin Hirsch, son directeur général.


Son message fait mouche et les hôpitaux de Paris se mettent immédiatement en ordre de marche. Dans ce récit enlevé, Renaud Piarroux, acteur et observateur privilégié de la crise, emmène le lecteur dans une épopée qui le conduira de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière au coeur de la forêt amazonienne, en Guyane, à un moment critique. Il nous dévoile ici toute la richesse de l’épidémiologie : collecter les informations pertinentes et les analyser, mettre en place des stratégies de lutte pour casser les chaînes de contamination, suivre l’actualité scientifique et discerner, parmi les études, celles dont les résultats sont fiables des autres.


Au passage, il nous livre son regard sur la gestion de la crise et pointe carences et dérives qu’il faudra impérativement corriger sous peine de voir des catastrophes similaires se reproduire. 

Un ouvrage de Renaud Piarroux, paru aux éditions CNRS le 15 octobre 2020.

Bienveillance philanthropique

Une Tribune d’Antoine Vaccaro sur la philanthropie à l’ère du Covid-19.

L’épreuve que vivent nos sociétés depuis l’éclatement de la pandémie de la Covid-19 est sidérante, car elle était inimaginable dans un monde, convaincu d’avoir, sinon dominé la nature, du moins l’avoir domestiquée.

Le réveil est douloureux, car il survient à un moment où de nombreux experts et scientifiques prophétisaient, grâce à l’Intelligence artificielle, des progrès si fulgurants que l’espérance de vie irait au-delà de 200 ans[1].

Et patatras, nos sociétés post-modernes, pour répondre à l’expansion d’un virus des plus pernicieux, appliquent des protections dignes du XIXème (masque, lavage des mains et confinement) pour tenter de le freiner, le temps de trouver un remède et/ou un vaccin.

Orgueil et vanités !

Beaucoup de choses ont été dites et écrites pendant cette période de confinement général, notamment sur le blocage des économies mondiales, à un niveau jamais vu depuis la seconde guerre mondiale, sur le dévouement des personnels soignants et de tous les logisticiens qui ont assuré le ravitaillement du pays. Ceux qu’une certaine élite qualifiait d’invisibles, les petites mains, qui au péril de leur santé ont assuré professionnellement leur mission.

Je veux saluer, ici, le personnel de l’EHPAD emblématique de Mansle en Charente, qui s’est confiné avec ses résidents, pour leur éviter une contamination qui aurait été désastreuse.

Dès lors, les pays se sont scindés en deux camps. Ceux dont les gouvernements étaient ou sont dans le déni et privilégient l’économie aux dépends de la vie de leurs concitoyens les plus âgés et plus fragiles et ceux qui ont mis la protection de la vie au-dessus de tout autre contingence.

La ligne de partage s’est faite, en gros, entre gouvernements dits populistes, donnant peu de foi aux conclusions et aux recommandations des scientifiques et développant une rhétorique suprématiste « clivante » entre forts et faibles et, de l’autre, des gouvernants attachés à protéger leur population, au prix d’une dépression économique incomparable.

L’alternative shakespearienne à laquelle nous soumet ce virus « facétieux » est : « soit vous bougez et je vous infecte et je tue vos vieillards. Ou bien restez confiné et vous connaîtrez la plus grande crise économique que vous n’ayez jamais connue ».

Tempête sous un crâne !

De multiples critiques se sont abattues sur les décisionnaires, parfois justifiées, souvent polémiques, mais au bilan, il semble que l’opinion se soit rangée, dans une très large majorité, aux côtés des exécutifs qui ont, tant bien que mal, agi avec bienveillance face au plus grand défi qui leur a été opposé depuis des lustres.

Dès lors, face au déferlement de théories « complotistes », mettant dans le même sac les milliardaires philanthropes, les laboratoires pharmaceutiques, la géopolitique chinoise, une large partie de la population, sidérée, va donner le meilleur d’elle-même en agissant avec une discipline et un altruisme remarquables.

La robustesse de la générosité des Français, et plus généralement des sociétés civiles des pays impactés, pendant la période la plus tendue du confinement, a été forte et elle est un indicateur de la résilience collective.

Dès le 18 mars, j’annonçais, dans un article publié dans Défis Humanitaires[2], le gonflement d’une bulle de générosité qui, comme lors de chaque crise humanitaire, s’amplifie pour bénéficier à toutes les causes d’intérêt général.

Vision sans doute spéculative car, pour la première fois, la crise touchait directement les donateurs. Rien de comparable avec une mobilisation au profit des victimes d’un tsunami ou d’un tremblement de terre lointain. La Covid-19 concerne directement l’ensemble de la population, donateurs compris. Cette bulle a enflé, logiquement, au profit des organisations qui sont au cœur de ce combat : soignants et chercheurs. Mais d’autres structures agissant aux côtés des plus vulnérables, démunis ou précaires ; comme Emmaüs qui n’avait jamais fait appel aux dons financiers, a vu son appel d’urgence de 5 millions d’€ dépassé de plus de 2 millions d’€. Médecins du Monde, Secours Populaire ont vu aussi leur collecte augmenter.

Nous avons donc pu appréhender la réalité de cette bulle qui a suivi, comme à chaque fois, une courbe de Gauss, allant dans ce cas précis, de mi-mars -début du confinement- à mi-mai -début du dé-confinement.

La collecte digitale a connu une hausse de 600 % par rapport à la même période de 2019[3], toutes causes confondues.

Des organisations, peu habituées au financement par le don, ont vu affluer des dons spontanés. L’Assistance publique hôpitaux de Paris (APHP) et de nombreux autres hôpitaux publics et privés dans toute la France ont comptabilisé près de 100 millions d’€ de dons. Un record pour des acteurs assez éloignés des traditionnels élans philanthropiques.

La croissance à deux chiffres de la collecte de dons pour le secteur d’intérêt général, comparée à la chute du PIB de moins 30 % sur cette période suffit à la démonstration.

Et cette partie financière n’est que la partie émergée de l’iceberg. Des mobilisations de toute sorte ont marqué ce confinement. Des boulangers offraient des viennoiseries aux hospitaliers ; des restaurateurs parmi les plus touchés par ce blocage vident leurs réfrigérateurs au profit d’associations ou de familles en difficulté.  Des commerçants, qui ont pu rester ouverts, proposent des boissons aux éboueurs, des AMAP fournissent des paniers solidaires aux associations agissant auprès de SDF.

Des milliers de petits gestes par des milliers de colibris[4] qui tentent d’atténuer les rigueurs de ce pénible moment.

Cette épidémie nous a amené soudain à réinterroger la question de l’engagement et du courage au coin de la rue. Pas celui de l’humanitaire en zone de guerre, mais « celui de l’infirmière qui se lève au petit matin pour prendre son tour de garde, dans son service de réanimation où se déroule une bataille terrifiante, pour soigner des patients, à bout de souffle, terrassés par la Covid-19.

Le visage de l’héroïsme devient soudain plus commun et humble.

« Ces invisibles, que nous admirons néanmoins, mais que nous ne voyons pas : infirmiers, aides-soignants, pompiers, tous les urgentistes, nous rappellent que ce que nous appelions les petites mains, nous sont infiniment plus utiles que les héros du stade et autres célébrités médiatiques dont les exploits, frasques, moindres anecdotes font la une des journaux »[5].

Le rendez-vous quotidien de 20 heures, quand des millions de personnes applaudissaient les soignants constitue la quintessence de l’expression de la gratitude exprimée par tout un peuple suspendu à l’issue incertaine de cette confrontation, et constitue une forme simple de la bienveillance qui a saisi notre société.

Antoine Vaccaro

Président du Centre d’Etude et de Recherche sur la Philanthropie (Cerphi)

Président de Force for Good

Qui est Antoine Vaccaro ?

Antoine Vaccaro est titulaire d’un doctorat en science des organisations – Gestion des économies non-marchandes, Paris-Dauphine, 1985.

Après un parcours professionnel dans de grandes organisations non gouvernementales et groupe de communication : Fondation de France, Médecins du Monde, TBWA ; il préside le CerPhi (Centre d’étude et de recherche sur la philanthropie) Force For Good, by Faircom et le Fund-raising Lab. Il assume diverses fonctions bénévoles au sein d’associations et de fondations et est également co-Fondateur de plusieurs organismes professionnels promouvant le financement privé des causes d’intérêt général : Association Française des fundraisers, Comité de la charte de déontologie des organismes faisant appel à la générosité publique, Euconsult, La chaire de Philanthropie de l’Essec, 2011.

Il a publié divers ouvrages et articles sur la philanthropie et le fund-raising.

[1] Vivre 1000 Philippe Alexandre https://www.capital.fr/economie-politique/l-homme-qui-vivra-milleans-est-deja-ne-951957

[2] https://defishumanitaires.com/2020/03/18/coronavirus-crise-economique-et-philanthropie-le-dernier-cygnenoir/#_ftn1

[3] https://www.francegenerosites.org/la-generosite-pendant-le-confinement-10-chiffres-cles-a-retenir/

[4] https://www.colibris-lemouvement.org/mouvement/legende-colibri

[5] https://www.vanityfair.fr/give/story/give-lheroisme-philanthropique-au-temps-du-covid-19/11834