L’environnement est aussi une question humanitaire.

Réduire l’impact environnemental négatif des interventions humanitaires portant sur l’Eau, l’Hygiène et l’Assainissement : l’exemple du programme stratégique assainissement de Solidarités International.

Aude Lazzarini, responsable du pôle Eau, Assainissement, Hygiène chez Solidarités International (SI) a présenté, le 21 septembre 2020, la façon dont SI prend en compte et intègre les enjeux environnementaux dans ses interventions. Cette présentation s’est faite dans le cadre d’une réunion du Groupe de Réflexion Urgence Post-Urgence (GRUPC), accueillie par Médecins du Monde, dans ses locaux parisiens.

Le GRUPC a été créé en 2009. C’est un espace informel d’information, de réflexion et d’échange entre des dirigeants humanitaires, des experts, des représentants de Fondations et de pouvoirs publics. Les premiers présidents du GRUPC ont été Benoît Miribel, Anne Héry, puis Philippe Ryfman. Ce groupe est aujourd’hui présidé par Francis Chahron, auteur des Chroniques Philanthropiques sur le site Carenews.

Aude Lazzarini est intervenue lors d’une réunion questionnant l’impact environnemental de l’action humanitaire.

La prise en compte de l’environnement, une problématique au cœur des priorités programmatiques 2020-2025 de Solidarités International

Dans les dernières décennies, l’environnement a subi une pression anthropique constante et de plus en plus forte : réchauffement climatique, déforestation, appauvrissement des sols, disparition des terres arables, diminution et dégradation des ressources en eau etc. Ces phénomènes contribuent à aggraver la précarité sociale et économique des populations les plus vulnérables, affaiblissant leur capacité de résilience face aux chocs et aux stress. En parallèle, la récurrence des catastrophes naturelles continue d’augmenter à la fois en fréquence et en intensité.

Solidarités international – acteur humanitaire confirmé – se donne pour mission de secourir le plus rapidement et efficacement possible les populations victimes de conflits, d’épidémies et de catastrophes naturelles. L’ONG répond à leurs besoins vitaux et les accompagne jusqu’à ce qu’elles recouvrent les moyens de leur subsistance et de leur autonomie pour faire face, en toute dignité, aux défis futurs.

A ce titre, Solidarités international est convaincue que la question environnementale doit avoir une importance majeure au niveau de la communauté humanitaire. D’autant plus que ses interventions se concentrent souvent dans des contextes fragiles et/ou dégradés, structurellement déficitaires (en termes de cadre législatif, services publics, gestion rationnelle des ressources etc.) et particulièrement vulnérables aux aléas climatiques. Les acteurs humanitaires ont ainsi un devoir d’exemplarité et de limitation/mitigation de l’impact de leurs interventions sur l’environnement.

Cependant, la prise en compte des questions environnementales lors des opérations humanitaires est relativement complexe. Les acteurs humanitaires opèrent souvent sur des terrains assez contraignants du fait d’une restriction de l’accès aussi bien au terrain qu’aux données sur la situation et l’environnement d’intervention (population, us et coutumes, hydrogéologie, topographie etc.), d’une offre limitée du secteur privé, d’un fonctionnement dégradé des institutions publiques, d’une forte exposition aux aléas climatiques, etc. Par ailleurs, ils agissent souvent dans des situations d’urgence demandant une réponse rapide et limitent, voire ne permettant pas, la réalisation d’études et d’investigations s’inscrivant dans un temps long. Dans ces contextes, la préparation et l’anticipation des questions environnementales deviennent alors primordiales.

Depuis 2 ans, Solidarités International mène une réflexion stratégique profonde de ses modes opératoires. L’ONG a ainsi intégré la prise en compte de l’environnement au cœur de sa stratégie programmatique.

La politique environnementale de SI a été finalisée en 2020, le document cadre qui accompagne sa mise en œuvre y sera annexé pour la fin de l’année.

Ce document de positionnement reconnaît l’importance de la prise en compte de l’environnement lors de la conception et de la mise en œuvre des interventions, ainsi que dans les processus logistiques qui l’accompagnent. SI s’engage à intégrer au mieux les défis attenants à la prise en compte de l’environnement aux 3 niveaux suivants :

  • Fonctionnement au siège: efficacité énergétique, tri des déchets, achats responsables de biens et services, rationalisation des déplacements professionnels à l’international, etc.
  • Fonctionnement sur le terrain : chaine d’approvisionnement (achats responsables de biens et services/transport/entreposage), flotte de véhicules, gestion de l’énergie, recyclage des déchets etc.
  • Programmes (conception, mise en œuvre et suivi) : analyse des risques environnementaux, protection et gestion durable des ressources naturelles, prévention et gestion appropriée des déchets, limitation des effets négatifs sur l’environnement, confinement du risque sanitaire etc.
Vidangeurs en action dans une latrine d’un camps de réfugiés du Bangladesh ®Solidarités International

Concrètement, lors de ses interventions, SI s’engage à considérer les questions environnementales sous deux perspectives :

  1. La réduction des impacts environnementaux négatifs des interventions et du fonctionnement des bureaux ;
  2. Le renforcement de la durabilité de ses interventions, par la réduction de l’exposition et de la vulnérabilité des populations et des systèmes face aux aléas climatiques et à la dégradation et/ou l’épuisement des ressources naturelles, par la mise en œuvre de mesures d’adaptation et d’atténuation.

Une déclinaison opérationnelle de ses engagements aux travers des stratégies sectorielles 2020-2025

L’opérationnalisation « programmatique » de la politique environnementale de SI s’est faite au travers de ses stratégies techniques programmatiques, ou stratégies sectorielles. A ce jour, les stratégies « Eau, Assainissement et Hygiène » et « Sécurité Alimentaire et Moyens d’Existence » sont terminées et constituent les premières stratégies sectorielles de SI.

La stratégie EAH 2020-2025 est ambitieuse et met la santé publique, le bien-être et la dignité des populations affectées au centre de ses interventions. Elle s’inscrit dans la logique mondiale des Objectifs de Développement Durable (ODD) et vise à atteindre, en contexte dégradé, les ODD 3 et 6  qui ciblent, respectivement, la santé et le bien-être et un accès universel à l’eau potable et à l’assainissement d’ici 2030. Cette stratégie sectorielle EAH cible 3 axes programmatiques prioritaires, pour lesquels Solidarités International ambitionne d’améliorer les pratiques et de développer de l’expertise, de la connaissance et des innovations.

  1. Renforcer la lutte contre les épidémies :

Cette volonté implique de renforcer la coordination multisectorielle et de multiplier les actions et initiatives conjointes des secteurs EAH et de celui de la Santé. Elle inclut la consolidation des systèmes locaux de surveillance épidémiologique – dont la surveillance communautaire et environnementale -, l’amélioration de la prédictibilité des épidémies et de l’efficacité des réponses rapides, le renforcement des services d’eau potable, d’assainissement et d’hygiène dans les centres de traitement et dans les « hotspots » urbains des maladies endémiques.

  1. Renforcer la qualité des interventions EAH en phase d’absorption des chocs :

Lors de cette première phase des réponses d’urgence, l’objectif est de mieux considérer le principe du « do not harm » – « Ne pas nuire ». Cela, en systématisant (i) la mise en place de mesures de protection contre toute forme de violence et d’atteinte au bien-être et à la dignité des populations affectées, (ii) en contenant au maximum les risques sanitaires et (iii) en minimisant les impacts environnementaux négatifs. Sur ce dernier point, SI a priorisé – entre autres -, pour la période à venir, une meilleure préservation et gestion de la ressource en eau. L’objectif est, par exemple, de mettre en place, dès l’arrivée sur le terrain des différents acteurs, une coordination et un suivi suffisant des ressources en eau exploitées. Lorsque cela n’est pas fait, cela peut amener à une surexploitation des ressources comme ça a été le cas à Maiduguri au Nigéria. L’exploitation de la nappe artésienne – dans un souci de réponse à la forte demande générée par l’afflux massif de déplacés internes – a induit une baisse significative du niveau statique de la nappe. L’absence de suivi spécifique a limité la capacité des acteurs à mettre en place des mesures de mitigation à temps.

Une autre problématique commune concerne l’assainissement. Dans les premiers moments des réponses aux crises, les services d’assainissement ne sont souvent pas considérés comme une filière à part entière qui comprend plusieurs étapes : collecte des excrétas, transport, traitement et évacuation. L’action humanitaire a tendance à se concentrer sur la construction de latrines – pour collecter les excrétas et confiner les risques sanitaires – en « oubliant » les actions de vidange et de traitement des boues. Ces dernières sont généralement prises en charge par le secteur privé informel. Or, ce dernier ne prend pas toujours en compte l’environnement et les impacts négatifs que son action peut avoir dessus. Il arrive qu’il dépote les excrétas dans la nature, exposant, de ce fait, les populations à des risques sanitaires et l’environnement à de fortes pollutions.

Cette pratique – de la non prise en compte de l’intégralité de la filière de l’assainissement dans les premières phrases d’urgence – est assez courante dans le secteur humanitaire compte tenu de la difficulté à mettre en place des systèmes de traitement efficaces. La conception, le dimensionnement et la mise en service de ces derniers requiert de l’expertise, de la réflexion, des études et des formations – activités se situant dans une temporalité toute différente de l’urgence de l’action humanitaire. La question est donc la suivante : comment faire bien et rapidement des activités impliquant des temporalités opposées, le tout, dans un contexte dégradé ? Comme nous le verrons ci-après, SI a développé un sous-programme stratégique spécifique pour répondre à ces problématiques.

  1. Renforcer les services publics EAH dans les contextes dégradés :

Pour ce dernier axe programmatique prioritaire, il s’agit d’accompagner les autorités locales à maintenir et/ou renforcer leurs services publics EAH essentiels dans les zones dégradées, affectées par des crises, où la pression sur ceux-ci est accrue du fait d’une arrivée massive de déplacés forcés (déplacés internes et réfugiés) ou de la déclaration d’une épidémie. C’est ce qui se passe, par exemple, au Nord du Burkina Faso, où de nombreux réfugiés arrivent dans les centres urbains. Cet afflux de personnes vient ajouter une pression forte sur un service de distribution d’eau potable déjà fragile et dégradé. La demande devient trop importante par rapport à l’offre et affaiblit d’autant un service déjà obsolète. Dans ce cadre-là, la gestion intégrée de la ressource en eau est une composante phare de la prise en compte de l’environnement. Il faut systématiser les bonnes pratiques pour garantir un rendement optimal des infrastructures et un usage rationnel de la ressource et s’assurer ainsi qu’il n’y ait pas une surexploitation des nappes, ce dans une logique d’anticipation du relèvement futur de la zone.

Logique d’intervention et principes d’intervention EAH de SI ®Solidarités International

Le sous-programme stratégique sur l’assainissement – faciliter le développement de filières complètes

SI développe des programmes stratégiques thématiques afin de proposer des solutions concrètes aux problématiques rencontrées sur le terrain et « opérationnaliser » ainsi les positionnements et volontés politiques de l’organisation,.

L’objectif du programme spécifique « Assainissement » est le suivant : sachant que le traitement des boues de vidange est souvent le parent pauvre de l’action humanitaire en situation d’urgence, SI souhaite soutenir activement la systématisation du développement de filière complète de l’assainissement dans les contextes humanitaires.

Transport manuel des boues de vidange, Sittwe, Myanmar. 2020 ®Marine Ricau / Solidarités International

 

 

 

 

Séchage des boues de vidange, Sittwe, Myanmar. 2020 ®Marine Ricau / Solidarités International

Pour se faire, SI a développé un programme spécifique à l’assainissement en contexte de crise. Il vise à soutenir la conception et la mise en œuvre de solutions efficaces et durables de traitement des boues, dans les contextes de crise de longue durée (> à une année), tout en proposant des solutions temporaires, pour la réponse d’urgence. Ces dernières permettent de confiner les risques sanitaires, dans l’attente de la mise en service des solutions pérennes de traitement des boues.

Le problème concret sur le terrain est la durée des études de faisabilité nécessaires à la conception et au dimensionnement de centre de traitement, ainsi que les délais de construction et de mise en service. Généralement, ces premières actions peuvent prendre jusqu’à un an. La question est donc de savoir quelles solutions temporaires peuvent être mises en œuvre, en attendant l’installation et la mise en service de technologies durables.

SI cherche à développer, avec des partenaires comme la Fondation Veolia ou la Tufts University, des réponses transitoires pour limiter les risques sanitaires et les impacts environnementaux négatifs. Ce sont des solutions innovantes et généralement coûteuses en termes de coûts d’exploitation, mais dont les coûts d’investissement sont assez faibles. Elles permettent de confiner le risque avant la mise en place de structures plus permanentes qui présentent, elles, des coûts d’investissement importants mais des coûts d’exploitation limités.

Deux solutions temporaires pour limiter le risque environnemental : les bio-additifs et l’hygiénisation des boues

SI va démarrer prochainement deux tests pilotes en partenariat avec la Fondation Veolia. Un premier sur des bio-additifs qui sont des micro-organismes qui dégradent les matières fécales. Ils permettraient de limiter le volume de boue et d’avoir un plus grand pas de temps entre chaque vidange. On produirait donc moins de boue et réduirait d’autant le risque pour l’environnement et la santé.

La deuxième recherche porte sur une solution développée par la Fondation Veolia – les SANIFORCES – à laquelle SI serait associé pour les essais terrain. Il s’agit de systèmes modulaires qui permettraient une hygiénisation des boues grâce à un détournement du procédé de méthanisation – on arriverait ainsi à un abattement de 99,9% des pathogènes, ce qui permettrait de dépoter les boues dans la nature sans propager un danger sanitaire. Une sélection rigoureuse des sites de dépotage serait associée afin de limiter également les risques environnementaux, notamment la pollution des ressources en eau.

Ces deux solutions sont temporaires or, SI cherche aussi à identifier des solutions durables adaptées aux crises de longue durée. Pour cela, SI a développé un site internet, Octopus (retrouvez notre article sur cette plateforme collaborative, ici), qui promeut le partage d’expérience et diffuse des retours d’expérience sur des solutions de traitement, mises en œuvre dans les principaux théâtres de l’action humanitaire. L’objectif est ainsi de dresser un tableau exhaustif de tous les procédés de traitement des boues qui existent dans le contexte humanitaire. Les solutions sont décrites et leurs avantages et inconvénients sont détaillés afin d’ aider les praticiens à choisir la solution la plus adaptée à leur terrain.

Station de traitement des boues, Sittwe, Myanmar. 2020 ®Marine Ricau / Solidarités International
Station de traitement des boues, Sittwe, Myanmar. 2020 ®Marine Ricau / Solidarités International

En parallèle, Solidarités International professionnalise et renforce l’efficacité de ses stations de traitement des boues existantes. Au Myanmar, par exemple, SI – en partenariat avec la Fondation Veolia – améliore la qualité de sa station de traitement des boues (retrouvez notre article sur ce laboratoire au Myanmar, ici). L’ONG souhaite aussi mener un projet de thèse pour explorer les façons dont pourraient être utilisés les extrants de ce processus pour une réutilisation agricole (compost et eau d’irrigation).

La prise en compte de l’environnement est ainsi une problématique phare chez Solidarités International. Elle est intégrée aux stratégies de développement de l’action de SI car les populations soutenues par l’ONG sont souvent les plus vulnérables aux aléas climatiques. Par soucis d’éthique et d’exemplarité, Solidarités International considère donc primordial la prise en compte l’impact environnemental de ses programmes.

Aude Lazzarini

Responsable Eau, Hygiène, Assainissement

Direction des Opérations Adjoint aux Programmes, Solidarités International

Contact DOAP : Directrice des programmes, Anne-Lise Lavaur : allavaur@solidarites.org

Questions-Réponses

Suite à l’intervention d’Aude Lazzarini, les participants ont pu poser des questions et commenter la présentation. La problématique de l’accès à l’expertise a été soulevée et Aude a pu présenter les différents leviers mis en placez chez SI pour renforcer les partenariats dans une logique « multi-acteurs ». Les participants ont aussi discuté de la place de l’innovation et des freins au développement de techniques innovantes. Ces difficultés sont à la fois financières et liées à un positionnement du secteur plutôt frileux au risque, pourtant nécessaire à l’innovation.

Commentaire : Je souhaiterais souligner un point de difficulté présent dans la démarche de Solidarités International qui est le temps, les compétences et le coût que toutes ces activités induisent. C’est un réel problème lorsque l’on a peu de fonds propres et un challenge supplémentaire – faire mieux avec des ressources restreintes. Ce qu’Aude et son équipe ont développé est intéressant car ils ont travaillé avec des acteurs opérationnels ou académiques qui amènent d’autres compétences essentielles. Le « multi-acteurs » est une voie importante car il permet de trouver des solutions dont nous n’avons pas, seuls, les moyens ni financièrement ni scientifiquement.

Question : Face à la question du manque de moyens, ma question est la suivante : est-ce qu’il y a des groupes de travail, de développement pour réfléchir à ces questions d’ensemble que tu as présenté ? Est-ce que, chez SI, vous vous êtes réunis avec d’autres ONG pour penser collectivement ces questionnements ?

Aude Lazzarini : Oui, effectivement, nous faisons partie de groupes de travail sur ces questions. Par exemple, à l’échelle mondiale, nous sommes très actifs au sein du Global Wash Cluster qui est une instance de coordination de l’action humanitaire. Nous faisons partis d’un groupe de travail spécifique à l’assainissement et nous avons beaucoup d’échanges avec d’autres ONG, Oxfam, par exemple, qui a aussi priorisé l’assainissement pour les années à venir. Notre site, Octopus, vient d’être mis en ligne sur le site du GWC.

A l’échelle nationale, nous sommes surtout impliqués dans les groupes de travail sur l’accès aux services EAH en situation d’urgence avec le groupe PFE (Partenariat français pour l’Eau). Là-aussi, on travaille sur du multi-acteurs. La difficulté est qu’il y a beaucoup de problématiques et qu’il est difficile de toutes les aborder.

Enfin, en particulier sur les questions liées à la prise en compte de l’environnement, autant sur les aspects programmatiques que logistiques, notre participation active au Réseau Environnement Humanitaire du Groupe URD, nous a permis de mûrir nos réflexions avec d’autres acteurs humanitaires opérationnels de terrain et faire avancer notre positionnement.

Une des limites que nous rencontrons chez SI est l’accès à l’expertise. les réponses EAH nécessitent de mobiliser un large panel de compétences qui ne peut pas toujours être entièrement internalisé au sein des ONG, or il est primordial si l’on veut (mieux) prendre en compte l’environnement (entre autres). C’est une des raisons pour lesquelles nous avons beaucoup développé le multi-acteurs, via des consortiums et des partenariats. Nous avons également de nombreux chantiers en cours – en lien avec nos principaux mécènes techniques (Aquassistance, Fondation Veolia, ESF, Renewgies…) – pour la mise en place de hotlines qui permettraient d’optimiser le support technique délivré aux équipes sur le terrain.

L’autre difficulté, qui est l’une des limites principales pour SI, est l’accès aux guichets financiers qui permettent de financer l’innovation. Pour innover, nous devons prendre des risques, tester des solutions, définir si elles fonctionnent ou non. Or, nous sommes dans un milieu qui, d’un point de vue technique (entre autres), a une certaine aversion au risque. Nous avons tendance à vouloir que les choses marchent du premier coup, nous préférons souvent les approches classiques etc. Tout cela est une limite au questionnement de nos pratiques et à leur amélioration. Lorsqu’en plus, l’organisation a peu de fonds propres, comme c’est le cas pour SI, c’est un défi d’autant plus important.

Commentaire : J’aimerais ajouter une remarque au sujet de l’impact environnemental de nos activités. Si l’on veut travailler sur ces sujets, il faut que les technologies que l’on développe soient, elles aussi, robustes, appropriables et non génératrices d’impacts significatifs d’un point de vue environnemental. Il faut réfléchir à une logique de technologie, de réponse qui intègre, dès sa conception, cette problématique-là. Il ne faut pas se jeter sur les nouvelles solutions technologiques qui, si on les regarde selon leur bilan écologique global, auront d’autres effets, notamment certains néfastes sur l’environnement.

Question : Tu as évoqué ce sujet de faire vite et bien, alors que l’on a à peine le temps de faire bien. La question de la globalité de la vision en anticipation des crises est un sujet très intéressant. Est-ce que les ressources que vous avez développées et celles que vous partagez sont libre d’accès ?

A.L : Oui, bien sûr. Dans la stratégie EAH de Solidarités International, il y a des axes thématiques, mais également des objectifs spécifiques institutionnels. Pour l’eau, l’assainissement et l’hygiène, la première intention est de renforcer la lutte contre les épidémies et de faire des services EAH performants et adaptés ; la deuxième c’est d’innover et de développer l’accès à l’expertise. La troisième volonté, qui répond à ta question, c’est le plaidoyer et le partage de connaissances. Nous souhaitons partager les résultats de toutes les recherches que l’on entreprend et ainsi contribuer à produire de la connaissance au sein du secteur et la diffuser largement. Par exemple, pour la recherche sur les bio-additifs, nous travaillons avec un partenaire académique et nous allons arbitrer si cette technologie marche ou non. Si cela ne fonctionne pas, nous diffuserons le fait que c’était un échec. On pourra clore le débat et essayer de trouver d’autres solutions. L’idée est toujours de servir le secteur et l’action humanitaire.

Question : Avez-vous mis en place des partenariats avec des instituts de recherche fondamentaux ?

A.L. : Oui, tout à fait. Nous avons un partenariat avec la Tufts University qui est spécialiste des questions EAH en contexte humanitaire. Nous venons également de signer un protocole d’accord (MoU) avec la Johns Hopkins University pour toutes les recherches opérationnelles autour des réponses choléra. Il y a beaucoup de choses que l’on fait de façon empirique dans le domaine de l’EAH. L’idée est de questionner ces approches et de voir si nous pouvons gagner en efficience. Par exemple, lors d’une épidémie de choléra, on désinfecte systématiquement les domiciles un rayon de 50 à 100m. Il faut se demander pourquoi on fait cela, quel est l’impact de cette action et s’il y a d’autres pratiques plus adéquates.

Qui est Aude Lazzarini ?

Aude Lazzarini BWAude Lazzarini est ingénieur en génie industriel de l’environnement, spécialisée en hydraulique urbaine. Après une expérience auprès du plus grand service public d’eau français, Aude a travaillé comme chef de projet et expert technique sur des projets d’accès à l’eau potable et à l’assainissement. Elle a ainsi développé de fortes compétences techniques (APS/APD/modélisations hydrauliques) et institutionnelles dans la mise en place et l’optimisation des services publics d’eau potable et d’assainissement (diagnostics organisationnel et institutionnel, Partenariats Publics-Privés et contrats de Délégation de Service Public, montage de dispositifs de financement de type Output-Based Aid, formations et renforcement de capacités, élaboration de manuels de procédures etc.), ainsi que dans le domaine de l’ingénierie sociale (enquêtes ménages, analyse de la demande solvable, activités d’IEC et d’intermédiation sociale).

Aude a également contribué à l’élaboration de plusieurs documents de politiques et stratégies nationales sectorielles. Elle est depuis 2018, responsable du pôle Eau potable, Assainissement, Hygiène chez Solidarités International, et s’est spécialisée sur les problématiques de l’accès aux services EAH dans les contextes dégradés.

Vous pouvez la retrouver sur LinkedIn, ici.

Nil : le barrage de la discorde

© Le Nil à Assouan, Egypte. Photo: Méline Peyrot.

Certains analystes considèrent l’eau comme l’enjeu majeur du XXIème siècle. Depuis plusieurs années en effet nous voyons s’intensifier les conflits liés à cette ressource qui se raréfie. Les exemples de tensions liés à l’eau sont nombreux, que ce soit au Moyen Orient entre la Turquie et la Syrie qui se disputent l’Euphrate ou en Asie du Sud-Est où la Chine, ayant peu d’accès à l’eau, multiplie les barrages aux dépens de ses voisins.

L’un des conflits représentatifs de cette « guerre de l’eau » est celui concernant les eaux du Nil qui oppose l’Ethiopie, le Soudan et l’Egypte.

Le Nil, avec une longueur d’environ 6700 km, est l’un des fleuves le plus long du monde. Issu de la rencontre entre le Nil blanc et le Nil bleu à Khartoum, le fleuve serpente à travers le continent africain en traversant onze pays. Il est la première ressource en eau d’Afrique ce qui en fait un objet convoité par tous les pays qu’il traverse. En effet, depuis plusieurs années, le projet d’un grand barrage en Ethiopie inquiète le Soudan et l’Egypte, en aval, qui ont peur de voir leur accès à l’eau du Nil réduit.

Le partage des eaux du Nil : l’hégémonie Égyptienne

Le partage des eaux du Nil date du 20ème siècle. En 1929, le Traité sur l’utilisation exclusive des eaux du Nil a été signé entre l’Egypte et le Soudan. Il donnait à l’Egypte et au Soudan une quantité d’eau respective et un droit de veto sur tous les projets hydrauliques pouvant affecter les eaux du Nil. Les pays en amont du fleuve ont été exclus de l’accord et n’ont pas obtenu de droit d’exploitation du Nil. Ce traité s’inscrivait dans la lignée des précédents accords signés à l’époque coloniale qui témoignaient du privilège accordé par les autorités britanniques à l’Égypte, son ancienne colonie.

Cet accord est reconduit en 1959, donnant largement la faveur à l’Egypte. L’accord a permis le partage de l’ensemble du débit annuel moyen du Nil estimé à 85 milliards de m3 entre le Soudan qui en a obtenu 18, 5 millards de m3 et l’Egypte qui bénéficiait de 55,5 millards de m3. Cet accord donne également le droit à l’Egypte de construire le barrage d’Assouan.

L’Egypte s’est donc emparée du Nil en excluant tous les autres états riverains des accords concernant le fleuve. L’Ethiopie a rapidement dénoncé ces arrangements dont elle était exclue et qui la privait de l’exploitation du Nil Bleu.

Cette hégémonie de l’Egypte sur les eaux du Nil a été remise en cause en 2010 avec la signature d’un traité, entre six pays du bassin du fleuve (Ouganda, Tanzanie, Ethiopie, Rwanda, Burundi, Kenya). Ce traité autorise les pays en amont du fleuve à développer des projets d’irrigation et de barrages hydroélectriques sans avoir à obtenir l’approbation préalable du Caire. Ce nouveau traité remet donc directement en cause le traité de 1929 et le droit de veto qu’il octroyait à l’Egypte. Evidemment, le Caire et Khartoum s’y opposent car il met un terme à leur position privilégiée.

C’est dans cette optique de contestation des précédents traités et de réappropriation du Nil que l’Ethiopie révèle en 2011 son projet de construction d’un grand barrage.

 

Le projet Éthiopien

Le 2 avril 2011, le gouvernement éthiopien lançait la construction du Grand barrage de la Renaissance, aussi appelé barrage du millénaire, placé sur le Nil Bleu juste avant la frontière avec le Soudan dont le nom évocateur symbolise le renouveau du pays. Ce projet a débuté au même moment où l’Egypte, fervente opposante au projet, devait faire face au printemps arabe.

C’est un projet pharaonique puisqu’il s’agit de construire le plus grand barrage du continent africain.

Le barrage a exigé un budget s’élevant à 4,7 milliards de dollars. Il a été presque exclusivement financé grâce aux finances publiques du pays (et notamment une réduction du salaire des fonctionnaires et des contributions importantes de la diaspora), les investisseurs étrangers ayant été freinés par les tensions avec l’Égypte et l’impact environnemental du projet.

©Grand barrage de le Renaissance, vidéo TV5 Monde.

Si ce barrage est ambitieux, c’est pour répondre aux besoins de développement du pays. Depuis le début des années 2000, l’Ethiopie connaît une croissance importante de 10% par an sur les 10 dernières, couplée à une croissance démographique de 25,2% par an et à une urbanisation de sa population. Ce barrage est donc devenu un projet de développement vital pour le pays.

Cette construction s’inscrit dans une volonté d’assurer non seulement les besoins énergétiques croissants de la population, en augmentation de 30% par an, mais aussi les besoins alimentaires puisque l’eau du barrage servira également pour l’agriculture. Ce projet a également des objectifs plus stratégiques puisqu’il permettrait au gouvernement éthiopien non seulement de tirer des revenus de l’exportation d’électricité mais également de se positionner comme un acteur régional important. En Ethiopie, le barrage est présenté comme un véritable monument national.

Le barrage pourrait fournir 6000 mégawatts d’électricité, l’équivalent de 6 centrales nucléaires (reportage), ce qui ferait de l’Ethiopie le premier producteur d’électricité d’Afrique. La taille du barrage et plus particulièrement la taille de son réservoir, d’une superficie de 1700 km2  qui pourra contenir 74 milliards de m3 d’eau, inquiète les pays qui se trouvent en aval.

Une menace existentielle pour l’Egypte.

Le Nil irrigue l’agriculture des pays riverains, notamment celle d’Egypte.

Le Nil Bleu qui traverse l’Ethiopie est le plus gros affluent du Nil, il fournit la quasi-totalité de l’eau qui arrive au Soudan et en Egypte. Ce projet de barrage fait craindre une baisse du débit du fleuve alors que c’est une ressource vitale pour les deux pays en aval et plus particulièrement encore pour l’Egypte.

L’Egypte, dont 98% des besoins en eau sont fournis par le Nil avec une population qui se concentre à 95% sur les rives du fleuve, fait déjà face à une situation alarmante. Proportionnellement à la hausse de sa démographie, et à la baisse de ses surfaces agricoles, ses besoins en eau augmentent continuellement alors qu’ils sont déjà estimés à 73 milliards de m3 par an, soit près de 20 milliards de plus que leur part théorique de l’eau du Nil.

L’ONU estime que l’Égypte devra faire face à une crise en eau d’ici à 2025 et que le pays aurait théoriquement besoin de 20% de ressources hydriques supplémentaires d’ici au début de la décennie 2020. Cette situation pourrait donc encore se détériorer sous l’effet du grand barrage de la Renaissance car certaines études réalisées montrent que l’ouvrage pourrait entraîner une baisse de 25% du débit du Nil en Egypte.

La dépendance de l’Egypte au Nil est totale : à la fois économique, agricole et sociale. Face à cette situation, on comprend donc la nervosité de l’Egypte concernant le projet du barrage, perçu comme un problème de sécurité national. L’Egypte s’oppose donc à ce projet à la fois pour des questions historiques et symboliques (le lien entre le Nil et l’émergence de la société égyptienne et la mainmise de l’Egypte sur le fleuve jusqu’à présent) mais aussi et surtout pour protéger ses besoins réels.

Les tensions sont particulièrement intenses depuis le début de la construction du barrage et la situation s’est même envenimée face au refus de l’Ethiopie d’arrêter les travaux. Ainsi en 2013, dans plusieurs déclarations sous la présidence de Mohamed Morsi, le Caire s’est dit prêt à utiliser des moyens militaires afin de faire respecter ses droits sur le Nil. Depuis, le ton s’est un peu apaisé, mais les tensions restent vives.

L’Egypte a plusieurs fois sollicité le Soudan pour faire front contre l’Ethiopie, toutefois le Soudan qui a soutenu le Caire pendant un temps, penche désormais du côté du gouvernement éthiopien, essayant de tirer le plus d’avantages possibles de sa position géographique, le pays pourrait d’ailleurs bénéficier de l’exportation de l’électricité éthiopienne. La perte de l’allié soudanais isole et affaibli encore plus l’Egypte.

Cependant, le 23 mars 2015, un « accord de principe », l’accord de Khartoum, est signé entre les 3 pays et montre pour la première fois un signe de coopération. C’est un premier accord en 10 points, dans lequel l’Egypte et le Soudan ont donné leur accord de principe à la construction du barrage éthiopien en attendant la finalisation de l’accord définitif. Il prévoit l’usage équitable des eaux du Nil, l’obligation de ne pas nuire aux intérêts des autres états du bord du Nil et enfin de mettre en place un mécanisme de résolution des différends.

Cet accord reste en réalité imprécis et illustre plus un changement dans les rapports de force autour du fleuve convoité, en faveur de l’Ethiopie face à une Egypte qui semble de plus en plus dépendante.

« L’Egypte est un don du Nil » selon Hérodote, géographe et historien grec (5 siècle avant JC)

La situation actuelle

Les discussions des dernières années entre l’Egypte et l’Ethiopie s’articulent désormais majoritairement autour de la durée de remplissage du barrage. L’Egypte souhaite une durée de remplissage la plus lente possible, de 12 à 21 ans, pour minimiser ses effets sur le débit du Nil alors que l’Ethiopie souhaite le remplir beaucoup plus rapidement, entre 4 et 7 ans. La question de la quantité d’eau que libérera le barrage une fois plein est également soulevée car l’Ethiopie ne souhaite pas annoncer un chiffre et l’Egypte est préoccupée par le contrôle que pourrait avoir l’Ethiopie sur l’eau Nil.

Après une période de stagnation et malgré une nouvelle rencontre en 2018, les avancées dans les négociations reprennent en janvier 2020 avec trois jours de négociations à Washington, sous la médiation des Etats-Unis, en présence du secrétaire américain au Trésor et du président de la Banque mondiale. Alors que depuis des années aucune solution n’avait été trouvée, les 3 pays semblent s’être mis d’accord sur un début de compromis : le remplissage doit avoir lieu de manière coopérative par étapes et doit être effectué en grande partie pendant la saison des pluies en juillet et août.

Négociations à Washington en janvier 2020.

Le 21 juillet 2020, l’Ethiopie a annoncé avoir atteint le niveau de remplissage du réservoir prévu pour la première année, ce qui devrait permettre de débuter la production d’électricité pour fin 2020. Le barrage devrait être complètement opérationnel en 2022.

Cette nouvelle arrive alors que les négociations entre les 3 pays n’ont toujours pas débouché sur un accord définitif, malgré une dernière rencontre en juin 2020 sous l’égide de l’Union Africaine. Le remplissage du barrage pourrait donc entraîner de nouvelles tensions entre l’Ethiopie et l’Egypte puisqu’aucun accord juridiquement contraignant n’a été trouvé pour le moment.

L’Egypte n’a pour l’instant pas réagi à la nouvelle.

Le grand barrage de la Renaissance reste selon Franck Galland un « hotspot » de la région.  Il estime que pour éviter le conflit, il faut soutenir l’Egypte financièrement pour l’aider à investir massivement dans les infrastructures en eau  : « car ce dont a urgemment besoin ce pays, c’est d’un plan Marshall pour limiter le recours aux eaux du Nil. Un plan pour soutenir une agriculture moins intensive, moins dépensière en eau et pour construire des stations de dessalement ».

Ce conflit paraît pour le moment insolvable. Malgré les nombreuses rencontres et négociations pour apaiser les tensions et trouver un compromis, toujours aucun accord définitif n’a été signé. En attendant, l’Ethiopie continue la construction et la mise en route du barrage et l’Egypte reste inquiète des conséquences que le barrage pourrait avoir sur son accès à l’eau.

Au-delà de la simple opposition entre un pays qui souhaite se développer et un autre qui veut continuer d’assurer ses besoins, Marc Lavergne perçoit les tensions autour du barrage comme une : « course à la primauté régionale ». D’un côté le barrage permet à l’Ethiopie de s’affirmer comme un acteur incontournable de la région et de l’autre, l’Egypte ne veut pas perdre son influence passée et son hydro-puissance.

Le conflit entre l’Ethiopie, le Soudan et l’Egypte est l’exemple actuel le plus frappant de la guerre pour l’accès à l’eau. Le CNRS considère d’ailleurs que cette question pourrait devenir, dans le siècle à venir, l’une des premières causes des tensions internationales.

Il est difficile de prédire comment la situation va évoluer dans les prochaines années. L’Egypte et l’Ethiopie vont-elles arriver à s’entendre ou leurs relations vont-elles encore se détériorer ? L’évolution du contexte géopolitique de la région, la croissance démographique et  le réchauffement climatique auront aussi certainement un rôle à jouer dans le cours de l’histoire du grand barrage de la Renaissance.

Méline Peyrot

 

Sources :

Nous vous recommandons le visionnage du documentaire « Le barrage de la Renaissance » disponible sur Youtube :  https://www.youtube.com/watch?v=4Mq6Gtleazg

Nous vous recommandons également l’émission France culture avec comme invité Franck Galland : https://www.franceculture.fr/emissions/les-enjeux-internationaux/conflit-diplomatique-entre-egypte-et-ethiopie-autour-de-la-construction-dun-grand-barrage-sur-le-nil

et son ouvrage « Le Grand jeu. Chroniques géopolitiques de l’eau »

Son article « Le Nil au coeur de la stabilité politique et sociale égyptienne »

L’interview de Marc Lavergne sur RFI : https://www.rfi.fr/fr/podcasts/20200715-marc-lavergne-l-%C3%A9clatement-l-%C3%A9thiopie-serait-drame-toute-la-r%C3%A9gion

L’émission de radio RFI « Barrage sur le Nil: comment éviter la guerre de l’eau? » : https://www.rfi.fr/fr/podcasts/20200623-barrage-nil-comment-%C3%A9viter-guerre-eau-ethiopie-soudan-egypte

Un article Les Clés du Moyen Orient : https://www.lesclesdumoyenorient.com/Le-barrage-Renaissance-accord-du-23-mars-2015

Un mémoire de l’IEP de Lyon : http://doc.sciencespo-lyon.fr/Ressources/Documents/Etudiants/Memoires/Cyberdocs/MFE2017/gogalla_n/Gogalla_n.pdf

Plusieurs articles Le Monde :

Cliquer pour accéder à Gogalla_n.pdf