Changement climatique : l’eau et la sécurité humaine menacées.

©Solidarités International, Somalie.

Le changement climatique menace les réserves en eau de la planète alors que cette ressource constitue un élément vital au bon fonctionnement de nos sociétés. En ce siècle qui n’est autre que celui de l’explosion démographique et de l’urbanisation, deux phénomènes eux-mêmes propices à une augmentation des besoins mondiaux en eau, l’eau est plus que jamais un enjeu central.

Notre sécurité hydrique est en péril et les chiffres sont éloquents : 80 % de la population est touchée par des formes d’insécurité hydrique alors qu’une hausse des températures entre 2,2 et 5,1 degrés est prévue1. Ce réchauffement climatique induit, d’une part, la perturbation du cycle de l’eau : l’évaporation de l’eau s’accélère et par conséquent la quantité disponible à l’état liquide diminue. D’autre part, les modèles météorologiques sont poussés à leur paroxysme : la pluviométrie est en hausse dans les hautes latitudes alors que les latitudes moyennes subissent une baisse des précipitations.

Inévitablement, ces modifications climatiques impactent notre sécurité alimentaire. Selon les chiffres du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), 600 millions de personnes seront en situation d’insécurité alimentaire en raison du changement climatique d’ici 2080. Elles s’ajouteront aux 821 millions de personnes déjà touchées par le phénomène. D’ores et déjà, une importante partie des ressources en eau douce (70 % à 90 % selon les pays) est dédiée aux activités agricoles. Les besoins augmenteront pour assurer la production grandissante des biocarburants. Pourtant, les cultures, qu’elles soient pluviales ou irriguées, peinent à s’adapter à la variabilité des précipitions causée par le changement climatique. Le manque d’eau sous forme liquide est compensé par un surplus de vapeurs d’eau. Le phénomène n’est pas anodin puisqu’il explique, entre autres, l’intensification des phénomènes météorologiques extrêmes. Si les sécheresses et les inondations ne sont pas inédites, leur caractère de plus en plus imprévisible et dévastateur est une des manifestations du changement climatique.

Ces perturbations augmentent la vulnérabilité des populations et les laissent démunies face aux risques sanitaires et alimentaires. Lorsque les systèmes d’assainissement sont détruits ou insuffisants, le risque de transmission des maladies véhiculées par l’eau est aggravé. À cet égard, assurer l’accès à l’assainissement pour tous en toute sécurité est un enjeu d’avenir majeur : 80 % des eaux usées dans le monde sont actuellement rejetées dans l’environnement sans traitement. Les activités humaines sont également vectrices de pollutions de l’eau : nitrates, algues phyto-toxiques, agents pathogènes, produits chimiques divers ou encore microplastiques retrouvés dans 80 % des sources d’eau douce2. Or, l’augmentation actuelle de la température de l’eau favorise la prolifération de ces pollutions. Si les conséquences du changement climatique accentuent les inégalités et déséquilibres mondiaux, la baisse de la qualité de l’eau, elle, est un phénomène sans frontière.

À terme et selon les conclusions des experts du GIEC, notre sécurité est menacée par le changement climatique. Les déplacements climatiques motivés par la recherche de terres arables et d’eau ou provoqués par des catastrophes naturelles, concernaient 18 millions de personnes en 2018. En 2050, ce chiffre atteindra le palier de 140 millions de personnes, selon la Banque mondiale. Ces mouvements de population conjugués à la raréfaction de l’eau risquent de raviver tensions et conflits. Sans conteste, la sécurité humaine sous toutes ses facettes (hydrique, alimentaire, sanitaire, énergétique) est impactée par les altérations que connaît l’eau.

Face à ces menaces, Solidarités INTERNATIONAL intervient pour secourir les populations mises en danger par les crises tout en appelant les acteurs responsables à se mobiliser pour apporter une réponse à la hauteur des risques et n’abandonner personne.

1 5e rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), 2014

2 Quality Unknown: The Invisible Water Crisis, Banque mondiale, 2019.

Par Alicia Piveteau

 

RFI Géopolitique, le débat – Famine et changement climatique

Une émission présentée par Marie-France Chatin sur RFI, le 14 octobre 2018.

Les invités de l’émission en studio à RFI. | © Gregory Delaney

Le 16 octobre est la Journée mondiale de l’alimentation. Dans un récent rapport, la FAO, Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture s’alarme des conséquences du changement climatique sur la capacité des populations à se nourrir. La courbe est à la hausse pour la troisième année consécutive. Le nombre total de personnes sous-alimentées est passé de 804 millions en 2016 à près de 821 millions en 2017. Sécheresses en Afrique, inondations et tempêtes en Asie. Les dérèglements climatiques de plus en plus nombreux et intenses menacent les progrès qui avaient été réalisés, depuis le début des années 2000. Conflits, crises économiques, variabilité du climat… trois ingrédients qui laissent pressentir que l’objectif de développement durable « faim zéro » à l’horizon 2030 est pour le moins inatteignable. 

 

Invités :
– Sylvie Brunel, géographe, économiste. Spécialiste des questions de développement. Professeur des Universités à Paris 4 Sorbonne
– Dominique Burgeon, directeur de la Division des Urgences à la FAO
– Lambert Wilson, comédien, metteur en scène. Ambassadeur pour la FAO.

 

→ Journée mondiale de l’Alimentation

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