Syrie : la médecine en première ligne

Entretien 2ème partie

La malnutrition fait des ravages chez les enfants sous alimentés ©ECHO

Entretien avec le Docteur Ziad Alissa, cofondateur et Président de l’UOSSM France et le professeur Raphaël Pitti, Responsable formation de l’UOSSM France par Pierre Brunet.


Pierre Brunet : Revenons sur la situation avec le Covid, abordée en première partie de cette interview par le professeur Pitti. Quelle a été l’action de l’UOSSM France ? Je sais que vous avez commencé à faire des formations spéciales Covid à partir de juin dernier. Vous avez mis en place 13 centres d’isolement. Vous apportez une aide aux structures de santé. Pouvez-vous développer cette aide d’urgence liée au Covid en Syrie ?

Ziad Alissa : Pour le Covid en Syrie, il n’y avait pas de structures spécialisées. Déjà il y a un manque de tout sur le plan médical. Avec le Covid, les choses se sont compliquées un peu plus. Nous avons essayé quand même, sachant que les autorités locales n’ont pas pu mettre en place le confinement ni la distanciation sociale. Donc nous avons mis en place des centres d’isolement, pour les gens fragiles, les gens à risque. Ils sont envoyés dans ces centres afin que l’on puisse mieux les soigner, parce que nous n’arrivions pas à les confiner comme il le fallait. Les gens ne peuvent pas s’isoler chez eux. On ne peut pas demander à quelqu’un qui a le Covid ou qui est cas contact de rester chez lui alors qu’on sait que chez lui toute sa famille est là. Comment parler d’isolement dans une tente, où il y a 15-20 personnes sous le même toit, ou lorsqu’il y a 4-5 familles dans chaque maison ? Il n’y a pas de chambres individuelles pour les personnes. Nous avons donc remplacé le confinement par des centres d’isolement, et dans ces centres il y a des zones pour les cas de Covid confirmé, et des zones pour les cas contact. Et c’est là où l’on soigne les gens. C’est un confinement à l’envers, en mettant à disposition tout ce qu’il faut : des masques, des gants, du matériel, de l’oxygène, les médicaments… Avec en plus une difficulté, qui est que c’est déjà difficile de faire rentrer les vaccins, et que malgré l’arrivée de la vaccination, il y a quand même un refus de vaccin, et une difficulté logistique pour vacciner tout le monde. Malgré toutes les campagnes, nous n’avons pas réussi à vacciner beaucoup de gens. Seulement 3% des personnes sont vaccinées au Nord-ouest de la Syrie, et le Covid risque d’exploser. Il y a beaucoup de complications, de morts. Nous essayons quand même d’informer les gens, en utilisant tous les moyens sur place, sur le risque du Covid, sur l’intérêt de l’isolement, sur l’intérêt de se faire vacciner. Après nous avons mis en place cette première formation Covid à Raqqa avec le Pr Raphael Pitti. C’était une première à Raqqa, de former des soignants à la prise en charge des cas sévères de Covid-19.

Raphaël Pitti : il faut savoir que le pays est complètement fermé, ils ont internet dans certaines zones et peuvent chercher les informations que l’on peut trouver sur internet par rapport au Covid.  Pour nous aussi, lors de la première vague dans les hôpitaux, nous avons été confrontés à une pathologie que personne ne connaissait et nous ne savions pas non plus comment nous devions la traiter. Nous avons été amenés à être en veille scientifique permanente, par les webinaires, chaque jour, en essayant de nous confronter les uns aux autres, de suivre les recommandations émises par les sociétés savantes, etc. Donc lors de la deuxième vague nous étions beaucoup plus aguerris pour prendre en charge cette maladie. Nous la connaissions mieux, nous savions les risques qu’elle pouvait occasionner et nous étions à même d’y répondre. Les personnels soignants syriens, eux, sont sans aucune formation médicale continue depuis dix ans… Dix ans qu’ils n’ont pas participé à des congrès, qu’ils n’ont pas fait évoluer leur formation. Il nous a semblé important d’essayer de refaire le point avec eux et nous avons organisé ces formations sur la zone d’Idleb en particulier. Nous l’avons fait par Zoom avec eux, en leur expliquant le génie évolutif de cette maladie, la manière dont il fallait prendre en charge les patients. Sur la zone de Raqqa, nous sommes allés sur place pour les rencontrer, mettre en place cette formation avec l’idée qu’il y ait deux centres anti-Covid qui puissent ouvrir, en s’appuyant sur ces médecins. Sur les vingt que nous avons formés, nous en avons sélectionnés dans chaque centre, pour assurer la prise en charge des patients Covid. Nous avons aussi fait une formation pour les sage-femmes : avec un collègue obstétricien, le docteur Zouhair Lahna, nous sommes allés dans notre centre de formation à Dêrik et nous avons réuni des sage-femmes pour les remettre à niveau, leur apporter les nouvelles recommandations sur des complications au premier trimestre, deuxième trimestre, troisième trimestre de la grossesse et la réanimation des nouveau-nés à la naissance. C’était vraiment important et elles en ont senti le besoin, de se dire « ben non ce n’est plus comme ça qu’on soigne, voilà comment on procède ». Quand nous avons rencontré le Commissaire européen à l’aide humanitaire, nous lui avons dit « la situation sur le plan de la guerre est un peu plus calme, du fait que le régime a réoccupé 60% du territoire, à part la zone d’Idleb et la zone du Nord-Est qui sont soumises encore à la violence, aux bombardements, et il est peut-être temps de réhabiliter un service de santé en Syrie, de pouvoir prendre en charge des pathologies chroniques, de refaire de la médecine préventive, de lancer des campagnes de vaccination de grande ampleur.

Bombardement, attentat, mine ? Cet enfant a perdu ses 2 jambes ©UOSSM

Il faut réhabiliter les structures sanitaires pour répondre au-delà de l’urgence, car nous ne faisons que répondre à l’urgence du quotidien ». Et aujourd’hui les subventions commencent à baisser, et on nous dit « Ecoutez, vous avez moins besoin d’argent, il y a beaucoup plus de situations difficiles au Yémen etc, la crise économique à laquelle nous sommes confrontés diminue les subventions internationales » alors même que nous essayons d’expliquer que nous avons besoin aujourd’hui de beaucoup plus d’argent qu’en 2012, car la situation n’a pas arrêté de se détériorer. Pour en apporter la preuve, nous avons décidé de lancer une enquête de santé publique dans les camps de réfugiés qui existent depuis dix ans, dans lesquels il y a des enfants de 4-6 ans, des enfants qui sont nés dans ces camps, qui n’ont pas de suivi sanitaire. Si vous entrez dans un camp de réfugiés en Syrie, aucun enfant de 4-6 ans ne porte de lunettes ! Et nous avions déjà des problèmes dentaires liés à la dénutrition, énormément de caries chez ces enfants, du fait de leur alimentation surtout faite de sucres, avec très peu de légumes verts capables d’apporter les oligo-éléments dont ils ont besoin. Ce sera une enquête complète pour faire le point sur leurs besoins sanitaires et pouvoir, à partir de là, en fonction des résultats, alerter la communauté internationale, alerter l’OMS, alerter l’UNICEF sur l’avenir de ces enfants qui vivent dans ces camps depuis leur naissance et dans un pays en guerre depuis dix ans. Comment reconstruirons-nous demain un pays comme la Syrie, à partir d’enfants qui ont déjà une situation de handicap sur le plan somatique et psychologique ? Rappelons que les examens médicaux faits dans les écoles pour les enfants de 4-6 ans, tous les ans en France (examen obligatoire par les directions de la protection maternelle et infantile), notent que 40% des enfants français présentent des problèmes détectés au moment de ces visites. Quand je dis 40%, c’est tous azimuts : ce sont à la fois des caries, des problèmes oculaires, des problèmes auditifs, des problèmes de retard du langage, des problèmes comportementaux, des problèmes somatiques : 40% en France ! Qu’en est-il en Syrie ?

Pierre Brunet : toujours sur la formation Covid, j’ai le sentiment que l’idée force de ces formations c’est de « faire au mieux avec ce que l’on a ». C’est-à-dire que vous partez des moyens disponibles sur place pour « inventer » des protocoles certes basés sur les directives de l’OMS, mais adaptés et réalisables. On part du réel pour produire une théorie praticable au lieu, comme on fait peut-être en Occident, de partir de la théorie vers la pratique ?

Equipe médicale de l’UOSSM en visite dans un camp de déplacés forcés ©UOSSM

Raphaël Pitti : Dans une situation comme celle de la Syrie, avec la pénurie de médicaments, l’absence de service de réanimation, le manque de moyens techniques, vous voudriez que l’on forme selon les recommandations internationales, pour des pays à haut niveau technologiques, développés ? Vous voudriez qu’on crée un sentiment de frustration, en leur disant « voilà ce qu’il faut faire, malheureusement pour vous, vous ne pouvez pas le faire » ? Nous sommes bien obligés de nous mettre à leur niveau et dire « qu’est-ce que nous pouvons faire, au mieux, dans la situation qui est la vôtre, pour prendre en charge ces patients ? ». Évidemment, ça sous-entend qu’on va en laisser mourir un certain nombre, puisqu’il n’y a pas suffisamment de services de réanimation. S’il y a un tri qui est fait, c’est bien dans ce pays. Nos collègues syriens nous disent « Nous avons utilisé de l’oxygène industriel », avec tout ce que cela présuppose, l’oxygène industriel n’est pas un oxygène pur, il peut contenir un certain nombre d’éléments pouvant altérer les alvéoles pulmonaires et les détruire. Mais ils l’ont fait ! Est-ce qu’ils ont trié ? Bien sûr qu’ils ont trié. Il y a des gens qu’ils ont laissé mourir faute de moyens, évidemment. Alors il fallait que nous partions de leur quotidien pour trouver comment on pouvait sauver du monde à partir de ce quotidien.

Pierre Brunet : Sur la formation. Je me suis posé la question : est-ce qu’on forme en même temps, car c’est urgent et parce qu’il faut répondre vite aux besoins, des spécialistes, des médecins, des sage-femmes etc, ou est-ce qu’on se dit qu’on va d’abord former des formateurs ?

Le docteur Ziad Alissa et le professeur Raphaël Pitti présentent l’emploi d’une tenue de protection contre les armes chimiques. La photo a été prise en 2017 à l’hôpital Bab Al Hawa en Syrie suite aux attaques chimiques sur Khan Sheikhoun ©UOSSM

Raphaël Pitti : L’important c’est de former des formateurs pour qu’ils puissent continuer par eux-mêmes. Les centres de formations que nous avons mis en place, nous les avons voulus autonomes. Le but était : nous formions des formateurs et c’étaient les formateurs ensuite, avec les directeurs, qui mettaient en place les formations. Nous assurions nous l’apport logistique et financier nécessaire au fonctionnement de ces structures. En dix ans, comment aurions-nous pu former 31.000 personnes en nous déplaçant à chaque fois, pour en former combien ? Les Syriens, et le personnel soignant syrien, durant ces dix ans, ont écrit une page de l’histoire de la médecine. Tout s’est fait par les Syriens, à l’intérieur de la Syrie. Nous leur avons apporté l’aide nécessaire mais c’est eux seuls qui ont maintenu un système sanitaire malgré la situation de guerre durant ces dix années. Nous n’avons fait, nous les ONG, que leur apporter des moyens. Ce sont les vrais héros du conflit syrien. Nous leur devons la reconnaissance pour leur sacrifice. L’UOSSM France a dénombré 923 médecins morts durant ces dix ans.

Pierre Brunet : Vous mettez également l’accent sur ce que vous appelez « la santé communautaire » c’est-à-dire les structures médicales de proximité, centres de santé primaire (17 créés au Nord de la Syrie), et cliniques mobiles. Quelle a été la nécessité qui a conduit à mettre l’accent sur ces moyens de santé communautaires ?

Pharmacie de l’UOSSM ©UOSSM

Ziad Alissa : Nous avons commencé avec cette idée parce que c’était difficile pour les malades d’aller vers les hôpitaux. L’hôpital devenait une zone dangereuse, les gens avaient peur d’y aller car les hôpitaux étaient pris pour cible par les bombardements, Donc avec ce système de santé communautaire nous allons là où il y a des gens, là où surtout il y a des déplacés qui s’installent, nous mettons en place un centre de santé au plus proche d’eux. Les cliniques mobiles aussi nous permettent d’aller encore plus loin, à l’intérieur des camps de déplacées, dans les zones les plus difficiles d’accès. Les centres de santé sont coûteux et il nous est difficile d’en mettre en place comme nous le voudrions. D’où l’idée de clinique mobile, car avec les mêmes ressources humaines, ils vont aller vers des zones où il n’y a pas de centre ouvert. Ils se déplacent avec des petits vans à l’intérieur desquels il y a un médecin, une sage-femme, une infirmière, avec de quoi faire un examen médical, de quoi soigner les maladies simples. Si la clinique mobile détecte des gens qui ont des maladies graves, qui sont mal suivis, qui nécessitent d’aller au centre, ils lui donnent un rendez-vous au centre le plus proche ou à l’hôpital. Avec ce système, nous avons réussi à nous approcher au plus près des gens qui ont besoin de nous, tout en réduisant les risques d’accès aux grands centres hospitaliers. Les gens se posaient la question « et si je vais à l’hôpital, est-ce que je vais rentrer vivant chez moi ? ». Sans parler des difficultés et des coûts de transports. Nous avons rencontré avec Raphaël des gens dialysés 2-3 fois par semaine, qui, au lieu d’aller 3 fois au centre de dialyse, vont y aller 2 fois voir une seule fois par semaine, car ils n’ont pas les moyens de payer l’aller-retour ou d’acheter les filtres.

Pierre Brunet : Vous dites à l’UOSSM France que témoigner fait aussi partie de notre action.

Raphaël Pitti : Vous ne pouvez pas être médecin, être sur place, et juste prendre en charge des victimes qui sont des victimes innocentes, prises entre des belligérants, des frontières maintenant fermées, avec un mur qui sépare la Syrie de la Turquie de plus de 900 kilomètres. Ces populations sont dans un véritable camp de concentration, où la mort et la faim planent en permanence. Comment voulez-vous que nous allions sur place, que nous constations cela, et que nous sortions pour reprendre notre vie tranquille ? C’est impossible. L’action de témoignage va en même temps que celle du soin, de l’aide apportée sur le plan humanitaire. Elle est concordante, il ne peut d’ailleurs en être autrement, sinon nous devenons complices de cette situation. L’action de témoignage s’impose à l’humanitaire et lui fait dire, et en particulier aux gouvernants occidentaux « regardez ce qu’il se passe, vous tentez de tourner la tête pour ne pas voir ce qu’il se passe, et bien nous, nous sommes là-bas et nous pouvons vous dire, les choses ne sont pas comme vous croyez qu’elles sont ou comme vous voulez qu’elles soient, nous vous apportons une information qui est celle du terrain, des sans voix ». Quand nous avons demandé plusieurs fois à voir le président Hollande, comme nous sommes allés voir le président Macron, comme nous sommes allés à l’ONU, à New-York, à Genève etc, nous nous sommes déplacés avec un seul but : leur faire trouver des solutions. Pour l’action humanitaire vous pouvez compter sur nous, mais pour l’action politique, c’est à vous. Le politique à souvent tendance à vouloir faire de l’humanitaire alors qu’on lui demande de trouver des solutions politiques pour permettre la paix. Le politique a l’impression qu’au fond, en nous donnant de l’argent, en nous aidant dans notre action humanitaire, ça le disculpe de ne pas trouver de solution. Et ben non, à chacun son travail. Aux humanitaires le travail humanitaire et aux politiques de trouver les solutions politiques.

Ziad Alissa : Nous médecins qui nous rendons sur place, ainsi que nos équipes qui soignent tous les jours, pouvons témoigner des atteintes au droit humanitaire et rapporter des preuves de notre témoignage. Lorsque on parle de victimes dans les hôpitaux à la suite d’un bombardement, et que certains disent « Non non, on a bombardé des militaires, des terroristes dans telle zone, dans telle ville, dans tel quartier », nous constatons que dans les hôpitaux ce sont des enfants, des femmes, des civils qui viennent, de toute tranche d’âge. Nous avons les registres des hôpitaux, nous avons les photos, nous avons les vidéos, nous avons les médecins qui ont soigné ces victimes-là, et nous pouvons démontrer que les victimes sont des civils. Lorsque nous avons constaté l’utilisation d’armes chimiques, nous avons témoigné. Nous avons vu les victimes des armes chimiques, nous avons fait des prélèvements, nous avons rapporté des preuves. C’est là où notre rôle de témoignage est essentiel.

Pierre Brunet : Une dernière question : pourquoi cet engagement spécifique de l’UOSSM France auprès des réfugiés Rohingyas au Bangladesh, si loin de la Syrie ?

Raphaël Pitti : Combien étaient-ils les Rohingyas à fuir la Birmanie ? Plus d’un million de personnes, dans le pays le plus pauvre du monde, 80 millions d’habitants, le Bangladesh, et qui reçoit ce million de Rohingyas fuyant la Birmanie, dans le camp de Cox’s Bazar d’un million de personnes, dans une situation de précarité immense. Nous avons été vraiment confrontés à des pathologies que je n’imaginais pas voir durant mes 30 années de médecine. Des cancers de la face, des patients qui avaient des fractures qui n’avaient pas été réduites et qui vivaient dans des conditions impossibles. Nous avons vu des calculs vésicaux, des jeunes femmes, du fait de leur accouchement traumatique, qui avaient des fistules vésico-vaginales infectées. Une population qui durant des années avait été complètement abandonnée à elle-même sans aucun soin possible. Alors nous avons loué une clinique et nous avons opéré pendant deux semaines. Nous étions deux équipes et nous avons opéré sans discontinuer, et il aurait fallu rester encore bien plus longtemps. Nous pensions apporter une aide d’urgence et nous avons été confrontés à une situation de pathologies chroniques non traitées depuis très longtemps, et pour laquelle il aurait fallu rester.

 

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Docteur Ziad Alissa, cofondateur et Président de l’UOSSM France

Médecin anesthésiste-réanimateur, le Docteur Ziad Alissa s’engage dès le déclenchement du conflit en Syrie dans la mise en place d’une aide médicale et humanitaire auprès des soignants en Syrie en co-fondant l’ONG médicale française et internationale UOSSM, l’Union des Organisations de Secours et Soins Médicaux. Il a réalisé une quarantaine de missions humanitaires en Syrie et dans les pays limitrophes en Turquie, Liban, Jordanie. Formé à la médecine de guerre par le Pr Raphaël Pitti, il coordonne la mise en place de programmes de formation de soignants en Syrie ayant permis de former 31.000 soignants depuis 2012.

 

Professeur Raphaël Pitti, Responsable formation de l’UOSSM France

Raphaël Pitti est professeur agrégé de médecine d’urgence, anesthésiste-réanimateur, médecin-général des armées. Spécialiste de la médecine de guerre, il rejoint l’UOSSM France en 2012 comme responsable formation et permet la formation de dizaine de milliers de soignants. Le 1er mars 2021, il a effectué trente et une missions humanitaires auprès des soignants syriens dans le nord du pays. En juin 2021, il réalise avec le Dr Ziad Alissa la première formation à Raqqa pour lutter contre la COVID-19.

 

Pierre Brunet, écrivain et humanitaire 

Né en 1961 à Paris d’un père français et d’une mère espagnole, Pierre Brunet a trouvé sa première vocation comme journaliste free-lance. En 1994, il croise sur sa route l’humanitaire, et s’engage comme volontaire au Rwanda, dévasté par un génocide. Il repart début 1995 en mission humanitaire en Bosnie-Herzégovine, alors déchirée par la guerre civile. Il y assumera les responsabilités de coordinateur de programme à Sarajevo, puis de chef de mission.

A son retour en France fin 1996, il intègre le siège de l’ONG française SOLIDARITES INTERNATIONAL, pour laquelle il était parti en mission. Il y sera responsable de la communication et du fundraising, tout en retournant sur le terrain, comme en Afghanistan en 2003, et en commençant à écrire… En 2011, tout en restant impliqué dans l’humanitaire, il s’engage totalement dans l’écriture, et consacre une part essentielle de son temps à sa vocation d’écrivain.

Pierre Brunet est Vice-Président de l’association SOLIDARITES INTERNATIONAL. Il s’est rendu sur le terrain dans le Nord-Est de la Syrie, dans la « jungle » de Calais en novembre 2015, ou encore en Grèce et Macédoine auprès des migrants en avril 2016.

Les romans de Pierre Brunet sont publiés chez Calmann-Lévy :

  • Janvier 2006 : parution de son premier roman « Barnum » chez Calmann-Lévy, récit né de son expérience humanitaire.
  • Septembre 2008 : parution de son second roman « JAB », l’histoire d’une petite orpheline espagnole grandie au Maroc qui deviendra, adulte, une boxeuse professionnelle.
  • Mars 2014 : sortie de son troisième roman « Fenicia », inspiré de la vie de sa mère, petite orpheline espagnole pendant la guerre civile, réfugiée en France, plus tard militante anarchiste, séductrice, qui mourut dans un institut psychiatrique à 31 ans.
  • Fin août 2017 : sortie de son quatrième roman « Le triangle d’incertitude », dans lequel l’auteur « revient » encore, comme dans « Barnum » au Rwanda de 1994, pour évoquer le traumatisme d’un officier français à l’occasion de l’opération Turquoise.

Parallèlement à son travail d’écrivain, Pierre Brunet travaille comme co-scénariste de synopsis de séries télévisées ou de longs-métrages, en partenariat avec diverses sociétés de production. Il collabore également avec divers magazines en publiant des tribunes ou des articles, notamment sur des sujets d’actualité internationale.

 


Pour aller plus loin :

L’aide humanitaire à la peine !

Mohamad-Ali, 2 ans, a reçu deux gouttes de vaccin contre la polio à Kandahar, dans le sud de l’Afghanistan @ Sayed Maroof Hamdard

Martin Griffiths, le Secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence (OCHA /BCAH), a déclaré le 2 décembre à New-York que l’année prochaine, en 2022, 274 millions d’êtres humains dans le monde auraient besoin d’une aide humanitaire et que celle-ci nécessitait un budget de 41 milliards de dollars.

Nous nous souvenons qu’il y a un an, Mark Lowcock, qui occupait alors le poste de Martin Griffiths, avait lancé un appel pour 235 millions de personnes, contre 168 millions en 2020, pour un budget de 35,1 milliards de dollars selon le Global Humanitarian Overview d’OCHA (GHO). Dans son rapport, Martin Griffiths reconnait que l’ONU n’a pu aider en 2021 que 107 millions de victimes sur 168 millions !

Nous n’avons donc pas secouru toutes les populations en danger !  Que sont devenu les personnes qui n’ont pas ou peu été secourues ? Pourquoi ne parvient-on pas à les aider ? Qui est responsable ? Le système humanitaire est-il insuffisamment financé ou les acteurs de l’aide manquent-ils des capacités, si ce n’est de volonté, nécessaires ?

Mais, les évaluations sur le nombre de personnes à aider sont-elles pertinentes ? Les besoins d’aide sont de nature et en volume divers et nécessitent une approche globale mais également locales et ciblées. Est-ce le cas ? A-t-on été empêché d’accéder à certaines populations du fait de la guerre ou d’interdiction ?

Mon propos ici n’est en aucun cas de juger car je sais combien ces questions sont complexes, mais plutôt de questionner l’écosystème humanitaire et ses financeurs afin que les moyens répondent autant que possible aux besoins vitaux, tant la raison d’être de l’humanitaire est de sauver des vies, de ne laisser personne à l’abandon et d’anticiper la relance du développement.

Parmi les pays en crise majeure, il y a ceux-ci : Syrie, Yémen, Nigéria, Ethiopie, Myanmar, l’Afghanistan qui aujourd’hui illustre bien notre inquiétude et notre appel au sursaut.

L’Afghanistan au bord du gouffre.

Afghanistan (2020) @Omid-Fazel / UNICEF

Selon le rapport le 8 novembre du Programme Alimentaire Mondial (PAM) et de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), plus de la moitié de la population afghane, soit 22,8 millions sur 38 millions d’Afghans, est maintenant confrontée à une insécurité alimentaire aiguë.

En octobre déjà l’ONU déclarait que plus de trois millions d’enfants de moins de 5 ans devaient faire face à la malnutrition et l’UNICEF avait averti dès le mois de septembre que, sans traitement immédiat, un millions d’enfants risquaient de mourir de malnutrition. Oui, vous avez bien lu, un millions d’enfants sont en danger de mort !

 Le 15 août, tous les médias du monde se sont concentrés sur l’aéroport de Kaboul durant des semaines, ou sont-ils aujourd’hui ? On a alors beaucoup parlé à raison de droits humains, alors pourquoi n’en parle t’-on plus maintenant ? Les droits humains n’est-ce-pas aussi de boire, de manger, d’être soigné et abrité. Les droits humains seraient-ils soumis à des conditions politiques préalables décidées par qui et pour quoi?

On ne peut pas dire que l’on ne sait pas.

Et pourtant, on ne peut pas dire que l’on ne sait pas quand David Beasley, le directeur exécutif du PAM, déclare le 8 novembre sur la BBC : « C’est aussi grave que vous pouvez l’imaginer. En fait, nous assistons maintenant à la pire crise humanitaire sur terre. Pas moins de 95% des personnes n’ont pas assez de nourriture ».

Lors d’une Conférence de l’ONU pour l’Afghanistan le 13 septembre à Genève, il était alors estimé que l’aide humanitaire d’urgence avait besoin de 606 millions de dollars d’ici la fin de l’année pour subvenir aux besoins vitaux de 11 millions d’Afghans. Et Paris avait annoncé y contribuer à hauteur de 100 millions d’euros selon le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Antonio Gueterres, le Secrétaire Général des Nations-Unies, avait alors déclaré : « Soyons-clairs : cette conférence ne porte pas simplement sur ce que nous allons donner au peuple afghan. Il s’agit de ce que nous devons ».

Le PAM doit négocier un passage pour l’aide alimentaire a travers l’Afghanistan. @PAM / Massoud Hossaini.

Trois mois plus tard, nous constatons que le nombre d’afghans à secourir est passé de 11 millions à 22,8 millions. Cela donne une idée vertigineuse de la course de vitesse contre le pire. Alors, les 606 millions de dollars ont-ils bien été réunis et sont-ils bien mis en œuvre pour sauver des vies ? Comment compléter ces fonds quand le nombre d’afghans en danger a doublé en 3 mois ! Comme le dit encore David Beasley « La faim gagne du terrain et des enfants meurent ».

C’est une lutte à mort contre le temps qui est engagée. Les Afghans sont victimes des effets conjugués de la sécheresse, de longues années de conflit et de leurs conséquences, de la covid-19 et de la crise économique qui sévit depuis le mois d’aout. La question de la responsabilité de la communauté internationale, de l’ONU, de l’OTAN finira t’elle par se poser ?

Selon des témoignages d’humanitaires que j’ai joint en Afghanistan et à Paris : « Il n’y a actuellement aucune entrave ni interférence avec notre action humanitaire et l’amélioration des conditions de sécurité permet de faire des trajets qui n’étaient pas possible auparavant ». D’autres humanitaires témoignent « Les principales contraintes sont les sanctions internationales, la paralysie du système bancaire, les difficultés d’accès au pays ».

Prévenir plutôt que compter les victimes.

Récemment de retour d’Afghanistan, le directeur des opérations du CICR (Comité International de la Croix Rouge), Dominique Stillhart a publié une tribune libre lucide et courageuse dans laquelle il écrit « Pourquoi la colère ? Parce que ces souffrances n’ont rien d’une fatalité. Les sanctions économiques censés punir les personnes au pouvoir à Kaboul ne font que priver des millions d’Afghans des biens et services essentiels dont ils ont besoin pour survivre. La communauté internationale tourne le dos au pays tandis qu’il court à une catastrophe provoquée par l’homme ».

Prévenir la catastrophe humanitaire est bien la priorité absolue et pour cela la communauté internationale doit changer de posture. Dans le dernier rapport du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) publié par le PAM et la FAO, il est indiqué que pendant la période de soudure, de novembre 2021 à mars 2022, plus d’un Afghan sur deux sera victime de l’insécurité alimentaire aigüe. Tout le monde est prévenu.

Quelle responsabilité pour la communauté internationale.

Réagir est urgent pour prévenir la catastrophe humanitaire qui est maintenant enclenchée alors que l’hiver rigoureux va isoler une grande partie du pays et des millions de personnes, notamment les agriculteurs. Comme le déclare M.Qu Donggyu, directeur général de la FAO : « Nous ne pouvons rester les bras croisés face à la catastrophe humanitaire qui se produit sous nos yeux, c’est inacceptable ».

Les camions du PAM livrent des vivres dans des zones reculées et difficiles d’accès dans le Nord-Est de la province du Badakhshan avant que les routes ne soient bloquées par la neige @PAM Afghanistan

C’est Martin Griffiths qui donne une estimation des moyens financiers indispensables pour faire face à cette crise humanitaire majeure quand il déclare à la tribune des Nations-Unies le 2 décembre que « le plus grand appel humanitaire au monde de 4,47 milliards de dollars est pour l’Afghanistan, suivi de près par les appels en Syrie et au Yémen ».

Mon expérience de l’Afghanistan m’a appris qu’il y avait deux erreurs à ne pas faire. La première est de ne pas abandonner ce pays comme cela a été le cas après le retrait des troupes soviétiques en février 1989, puis en 1992 quand la résistance afghane s’est emparée de Kaboul face au régime communiste. On en a vu les conséquences. La seconde erreur est d’acculer les Afghans au risque de contribuer à leur radicalisation et à finir par passer des alliances qui ont fait leur malheur comme le nôtre avec Al Qaïda.

C’est le rôle de la diplomatie d’éviter le pire en dégageant les compromis nécessaires acceptables pour tous en sachant bien que ça ne sera pas simple. Mais, on ne va pas recommencer une guerre !

En attendant, comme le dit justement l’Union Européenne évoquant notamment l’aide humanitaire « Le dialogue n’implique pas la reconnaissance du gouvernement taliban ».

Enfin, il ne faudrait pas que la communauté internationale, singulièrement les occidentaux, puisse être un jour accusé d’avoir laissé la famine tuer massivement des Afghans. Il ne faudrait pas non plus, que l’Afghanistan revienne à une sorte d’enjeu d’une nouvelle guerre froide entre deux camps comme au temps de l’occupation soviétique. Personne n’a le droit de jouer aux apprentis sorciers avec un si grand nombre de vies en danger de mort. Face à la souffrance humaine, la seule réponse est la solidarité.

Alain Boinet.

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