L’aide humanitaire, 31 milliards en 2020

Lancement d’une campagne de nutrition au Sud-Soudan avec l’UNICEF et le PAM, 2015. Credit: UN Photo/JC McIlwaine (CC BY-NC-ND 2.0)

Les chiffres de l’aide Publique au Développement pour 2020 sont maintenant disponibles.

2020 ? Pour des opérateurs humanitaires habitués à l’immédiateté, sortir les chiffres de 2020 mi – 2022 peut paraître risible. On peut d’ailleurs trouver des données plus immédiates ailleurs, comme le Financial Tracking System (FTS) d’OCHA.

Mais l’OCDE ne travaille pas sur l’immédiateté, plutôt sur la qualité et la comparabilité des données entre les pays. Chacun des trente membres du Comité d’Aide au Développement (CAD, ou DAC en Anglais) rapporte chaque projet d’aide au développement à l’OCDE, et chacune de ces données, pour chaque contrat signé, est analysée pour s’assurer que la dépense correspond bien à la définition de l’Aide Publique au Développement (APD, ou ODA en Anglais). C’est un travail immense, qui assure l’intégrité des chiffres d’APD depuis sa création en 1969. L’assistance humanitaire est une partie de l’APD parmi de nombreuses autres, et même si les définitions s’adaptent, c’est généralement sur le temps long qu’il faut lire ces chiffres.

2020, donc. La pandémie de Covid commençait juste. Les Nations unies lançaient un appel de fond à hauteur de 9,5 milliards de dollars en même temps que de nombreuses opérations humanitaires étaient gelées. L’Ukraine n’était que le 26ème récipiendaire des fonds humanitaires des Nations unies, et de nombreuses questions se posaient. Pourquoi tant d’argent demandé si autant de programmes sont bloqués ? Qu’allait-il se passer, les bailleurs allaient-ils détourner leurs budgets d’aide au profit d’une réponse économique et sociale à domicile? Il n’en a rien été, et l’APD totale a encore augmenté en 2020, passant de 196 milliards de dollars en 2019 à 224 milliards en 2020. 60% de ce montant provient des 30 membres du CAD. Les chiffres préliminaires pour 2021 suggèrent déjà une nouvelle augmentation.

Pour les bailleurs, les dépense d’aide humanitaire sont une partie de l’Aide Publique au Développement. En 2020, la part d’aide humanitaire des membres du CAD s’élève à 31,2 milliards de dollars. Cela représente 13% de l’APD totale. De manière logique puisque ce sont dans ces contextes que l’aide humanitaire est mobilisée le plus, la part humanitaire représente 25% de l’aide dans les pays fragiles. C’est une moyenne et la part d’aide humanitaire varie beaucoup d’un pays à l’autre (tableau 1). Moins de 1% de l’APD française est allouée à l’aide humanitaire, une baisse depuis 2019, alors que plus de 28% de l’aide américaine est humanitaire. La tendance globale est haussière, donc, pour l’aide humanitaire (figure 1)

Source : OECD Creditor Reporting System, Creditor Reporting System (CRS) (oecd.org)

En 2020, 43% de cette aide humanitaire a été délivrée dans la région Moyen Orient, Afrique du Nord, et 26% en Afrique sub-saharienne. Cela se reflète dans la part des bailleurs ‘non traditionnel’ c’est-à-dire qui ne font pas partie du Comité d’Aide ou Développement et ne suivent pas ses règles. Ce sont principalement des bailleurs du Golfe et de la Turquie, dont l’aide cible plus précisément des crises spécifiques, la Syrie surtout et le Yémen ensuite, avec des variations annuelles de plus grande amplitude, moins de prévisibilité donc. (Figure 2). Il n’est pas sûr que la part des bailleurs non DAC financent de l’aide en Ukraine, ni qu’ils pallient la part d’aide à l’Ukraine de la part des membres du CAD qui n’ira pas à d’autres crises.

Source : OECD Creditor Reporting System, Creditor Reporting System (CRS) (oecd.org)

En 2020, 33% de cette aide humanitaire est mise en œuvre par des ONGs, internationales ou nationales. Si l’aide distribuée par les ONG augmente en valeur absolue, avec 6,4 milliards de dollars en 2020, le pourcentage a tendance à diminuer sur le long-terme, il était de 41% en 2002. C’est ainsi pour les ONG un effet de l’augmentation générale de l’aide humanitaire, qui tend à favoriser les grosses allocations à ceux qui peuvent les absorber le mieux. Pour un bailleur qui est tenu à une rigueur budgétaire avec des effectifs contraints, la capacité d’absorption comprend aussi sa propre capacité administrative à émettre des contrats, et cette capacité ne fait que diminuer, au détriment des ONG et plus encore des ONG nationales. Figure 3)

Source : OECD Creditor Reporting System, Creditor Reporting System (CRS) (oecd.org)

La part croissante d’aide humanitaire en valeur absolue autant qu’en pourcentage de l’aide pose plusieurs questions. Un élément important des discussions est que cette augmentation continue des besoins, et donc des financements humanitaires n’est pas soutenable dans la durée, d’autant plus qu’il y aura toujours plus de besoins que de financement pour y répondre. Les crises sont moins meurtrières que quelques décennies auparavant, mais elles sont plus nombreuses. et il est donc normal que la pression sur l’assistance humanitaire croisse en conséquence. Les crises semblent également de plus en plus couteuses. Le flash appeal des nations unies pour l’Ukraine demande 2,25 milliards de dollars pour six mois d’opération dans une région sans problème logistiques majeurs. Plus de 12 millions de dollars par jour, en plus de la réponse des gouvernements voisins, Pologne en tête, pour accueillir les réfugiés. Pour comparer, les cinq ans de la guerre en Bosnie entre 1991 et 1995 ont coûté à son principal opérateur humanitaire un peu plus d’un milliard de dollars de l’époque – environ deux milliards de nos jours.

Rapporté au 57 pays les plus fragiles, l’aide humanitaire, qui représentait 11% de l’aide totale en 2002 en représente aujourd’hui 25%. Que nous dit cette croissance du secteur humanitaire ?

Le plus gros de cette aide est mobilisée dans des contextes de conflit. C’est une tendance qui reflète en partie l’impossibilité pour la « communauté internationale » de prévenir des conflits, ou à tout le moins de transformer les conflits en violence. D’ailleurs on le voit de plus en plus chaque jour, la liste des valeurs communes qui fondait le concept de communauté internationale s’étiole rapidement. Les Nations Unies ne sont plus à même tenir le rôle qui justifiait leur création – préserver la paix – et, spectateur impuissant d’un monde qui change, l’organisation s’est donc transformée en organisation humanitaire géante. La guerre en Ukraine, inattendue, joue le rôle du tremblement de terre qui libère soudainement des années de tensions géopolitiques accumulées, et nous n’avons probablement pas fini d’en subir les répliques.

Cyprien Fabre

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Cyprien FABRE

Cyprien Fabre est le chef de l’unité « crises et fragilités » à l’OCDE. Après plusieurs années de missions humanitaires avec Solidarités, il rejoint ECHO, le département humanitaire de la Commission Européenne en 2003, et occupe plusieurs postes dans des contextes de crises. Il rejoint l’OECD en 2016 pour analyser l’engagement des membres du DAC dans les pays fragiles ou en crise. Il a également écrit une série de guides “policy into action” puis ”Lives in crises” afin d’aider à traduire les engagements politiques et financiers des bailleurs en programmation efficace dans les crises. Il est diplômé de la faculté de Droit d’Aix-Marseille. 

 


Tableau 1 : Aide Publique au développement 2020 et Aide humanitaire

million de dollar 2020, APD brut, déboursement

Membre du Comité d’Aide au Développement Aide Publique au Développement 2020 (USD million) Aide humanitaire 2020 (USD million) Part d’aide humanitaire de l’APD totale (%)
Total CAD 152 895.09 19 775.44 12.93
Australie 2 318.95 232.88 10.04
Autriche 568.21 55.68 9.8
Belgique 1 175.95 186.89 15.89
Canada 3 917.17 578.87 14.78
Republic Tcheque 72.7 19.03 26.18
Danemark 1 718.5 368.49 21.44
Institutions UE 23 977.1 2 534.8 10.57
Finlande 656.94 90.8 13.82
France 13 088.23 124.29 0.95
Allemagne 25 878.79 1 961.46 7.58
Grèce 84.78 4.21 4.96
Hongrie 225.93 7.65 3.39
Islande 46.13 4.03 8.74
Irelande 521.95 123.24 23.61
Italie 1 403.01 173.29 12.35
Japon 16 886.07 451.19 2.67
Korée 1 925.23 1925.23 6.76
Luxembourg 314.81 61.07 19.4
Pays-bas 3 748.29 342.58 9.14
N.Zélande 433.41 27.33 6.31
Norvège 3 168.32 473.12 14.93
Pologne 233.06 37.07 15.9
Portugal 230.37 6.18 2.68
Répubique Slovaque 37.35 1.4 3.74
Slovénie 31.15 1.82 5.83
Espagne 1 036.17 111.61 10.77
Suède 3 618.25 551.05 15.23
Suisse 2884.7 589.4 20.43
Royaume Uni 12 381.1 12 381.1 15.86
U.S. 30 312.46 8 562.12 28.25

 

Source : OECD Creditor Reporting System, Creditor Reporting System (CRS) (oecd.org)

 

L’innovation humanitaire à l’épreuve du terrain : l’exemple du purificateur d’eau Orisa

L’action humanitaire est faite d’engagement, et de réponses concrètes, sans lesquelles elle n’est que mots. Pour apporter celles-ci de façon efficiente, et répondant aux besoins des personnes secourues, les solutions techniques innovantes jouent un rôle déterminant, démultipliant le temps gagné, le nombre de personnes assistées, et l’impact de l’aide. Cette notion d’innovation est présente dans tous les domaines de notre action (sécurité alimentaire, santé, abris, résilience, etc.), et bien sûr dans celui, technique par nature, de l’EHA (Eau, Hygiène et Assainissement).

Le changement de paradigme consiste parfois, sans révolutionner la solution technique elle-même, à mettre à disposition des acteurs et bénéficiaires de terrain une réponse simple d’utilisation, fiable, adaptée à l’ensemble du spectre des interventions, de l’urgence au développement, en termes d’accès individuel, familial ou collectif, à une eau potable. C’est l’idée du purificateur d’eau Orisa proposé par la société Fonto De Vivo, co-fondée par Anthony Cailleau, spécialisé en R&D, et David Monnier, ancien humanitaire ayant travaillé pendant 14 ans sur des terrains difficiles autant que variés : Libéria, Irak, Comores, Guinée, Afghanistan… Il y a pu mesurer le besoin en moyens faciles et sûrs d’accès à l’eau pour les populations impactées par des crises sécuritaires, climatiques ou épidémiques. Le développement du purificateur Orisa s’est fait, à partir de 2017, en partenariat avec des chercheurs des universités de Nantes (où Anthony Cailleau et David Monnier se sont rencontrés, et ont décidé de fonder Fonto De Vivo) et de Vendée. Un « focus group » de six ONG françaises a été mis en place, afin de spécifier leurs besoins en termes de purification et de logistique liée. Puis un cabinet de designers nantais, et un bureau d’étude en Vendée spécialisé dans la plasturgie ont finalisé le produit, qui a commencé à être commercialisé en 2021.

Concrètement, il s’agit d’un purificateur portable et autonome, de taille modeste (42,5 x 17 x 12cm), d’un poids de 2,1 kg, fonctionnant par pompage manuel, intuitif, conforme aux directives de qualité pour l’eau de boisson de l’OMS. L’ultrafiltration se fait par des membranes en fibres creuses à travers lesquelles passe l’eau. Le purificateur est adaptable à différents types de récipients, de réservoirs, et traite les eaux de surface (puits, cours d’eau…).

Le banc d’essai, pour un outil destiné à un usage humanitaire, c’est sa mise en œuvre sur le terrain. A ce titre, l’intervention menée par l’ONG SOLIDARITES INTERNATIONAL à Djibo, au Burkina-Faso (programme d’urgence), est significative, quant au potentiel du purificateur Orisa. Le contexte particulier de la ville de Djibo, soumise à un blocus par des groupes armés, y a transformé une situation critique en urgence humanitaire. Djibo, avant même ce blocus, était impactée par la raréfaction de la ressource eau due au changement climatique, et concentrait une grande partie des déplacés au Sahel. Au 31 / 03 / 2002, selon l’organisme d’état burkinabé enregistrant les déplacés internes, on y comptait 283.428 déplacés, pour une population résidente d’environ 50.000 personnes. En janvier, les groupes armés y ont déplacé de force les habitants des villages alentour ; selon OCHA, 36.532 personnes sont arrivées en moins de deux mois. La tension sur la ressource en eau potable y était maximale. Puis le blocus a été déclaré le 17 février, en posant des mines sur les routes d’accès et en attaquant tout véhicule ou personne tentant d’entrer ou de sortir de la ville. Enfin, un sabotage, par les groupes armés, des points d’eau et infrastructures d’accès à l’eau, fut mené, entre le 21 février et le 13 mars : destruction d’un groupe électrogène du réseau de l’Office National de l’Eau et de l’Assainissement (qui alimentait 2/3 de la population), de deux des trois générateurs alimentant les stations de pompage desservant le réseau public (réduisant de 80 % la production d’eau), et de six des douze adductions à énergie solaire, mises hors service par des tirs sur les réservoirs de stockage… Selon les estimations du cluster WASH, au moins 220.000 personnes ont perdu l’accès à des sources d’eau protégées au 17/03/2022 en raison de ces attaques. La population de Djibo, comme le raconte Sébastien Batangouna, chef de chantier EHA SOLIDARITES INTERNATIONAL au Burkina Faso, « fut réduite à creuser à la main des trous de fortune dans le lit du barrage à sec, extrayant des quantités insuffisantes d’eau trouble, ou d’aller puiser dans quelques puits ou des eaux de surface stagnantes ». Par ailleurs, de nombreuses agressions de personnes allant puiser l’eau ont eu lieu. L’accès à l’eau est devenu pour les groupes armés un enjeu de pression sur la population.

Photo prise à Djibo par Sebastien Batangouna Banzouzi, chef de chantier EHA à SOLIDARITES INTERNATIONAL au Burkina FASO @SOLIDARITES INTERNATIONAL

Dans ce contexte, et dans une ville qui n’est plus reliée que par hélicoptère au reste du pays, les réponses classiques en EHA, comme l’explique Lise Florin, Coordinatrice EHA à SOLIDARITES INTERNATIONAL au Burkina Faso, ne sont plus adaptées : « Trop dangereux d’effectuer des réparations des points d’eau et des groupes électrogènes vandalisés, water-trucking inenvisageable car points d’eau inaccessibles et ravitaillement en carburant limité par le blocus, installation de bladders (réservoirs souples) écartée, car une station de traitement eut été trop visible et le pompage difficile dans des trous de fortune, enfin accès limité au barrage pour des raisons de sécurité ». Ne restait que la solution d’un traitement domiciliaire et / ou communautaire, en utilisant au besoin des sources d’eau non conventionnelles (eau de surface éparses dans la ville). Solution « discrète » et sûre, donc, qui a consisté à « détourner », pour reprendre la formule de Baptiste LECUYOT, Responsable du pôle EHA – Expertise Technique et Qualité des Programmes au siège de SOLIDARITES INTERNATIONAL, « l’usage de purificateurs normalement plus adaptés au traitement d’eau à domicile, en mettant en place des points de filtration collectifs où les gens viendraient chercher de l’eau filtrée, sans avoir à mettre en place des installations plus importantes ». 242 volontaires communautaires furent recrutés et formés, 64 points de filtrations mis en place, et une équipe mobile de 50 volontaires fut chargée d’aller sensibiliser les ménages à l’hygiène et au traitement de l’eau à domicile. A ce jour 500 purificateurs Orisa ont été déployés à Djibo par SOLIDARITES INTERNATIONAL.

Même si l’intervention de SOLIDARITES INTERNATIONAL à Djibo est toujours en cours, on peut d’ores et déjà constater que, comme le souligne Sébastien Batangouna, « La prise en main, l’utilisation, l’entretien et la réparation des purificateurs Orisa s’est révélée facile, tout comme la formation du personnel national et des journaliers ». Simplicité renforcée, comme le rappelle Lise Florin, « par les tutoriels mis à disposition sur Internet par Fonto De Vivo ». Lise Florin ajoute que, outre la discrétion et la simplicité « ces purificateurs se sont montrés plus rapides que le traitement chimique « PUR » : entre 120 L/H et 180L/H pour les filtres ORISA contre 40L/H pour le PUR. Également moins volumineux : il faut 4 fois moins de seaux de 20L pour couvrir le même nombre de bénéficiaires, le transport et le stockage sont donc facilités et moins couteux. Enfin, l’eau est de meilleure qualité pour les personnes secourues, car elle est simplement chlorée après filtration pour éviter la recontamination de l’eau dans le transport/stockage ». A Djibo, ces purificateurs ont subi une utilisation intensive, de 4 à 6 h par jour, en produisant environ chacun 100 L/H, soit 4 jours de besoins d’une famille « normale ». Bien sûr, le pompage requiert un minimum de force physique, mais, compte tenu du contexte et de l’urgence, cette réponse s’est montrée la plus pertinente, efficiente et discrète. Il faut toutefois mentionner que des cas de non-conformité (liés à un fournisseur) ont été constatés à Djibo, sur un certain nombre de purificateur Orisa. Le problème a été immédiatement reconnu par Fonto De Vivo, qui a mis en place des solutions, les purificateurs étant réparables : de nouvelles pièces (bagues) ont été testées et envoyées en express au Burkina Faso ; et, en plus du stock de membranes déjà sur place, de nouvelles sont en cours d’acheminement, afin de changer celles qui ont connu un problème (avec l’appui à distance de Fonto De Vivo, et sachant que ces membranes doivent de toute façon être changées au bout d’un certain temps d’utilisation).

SOLIDARITES INTERNATIONAL (qui avait déjà utilisé de façon limitée le purificateur Orisa au Niger dans des centres de santé), l’a également déployé en Haïti dans les écoles, et prévoit de l’utiliser au Mali pour des réponses d’urgence. Allassane Traore, coordinateur EHA Dakar, souligne d’ailleurs que cet outil est intéressant « pour les interventions auprès des populations transhumantes ou affectées par les déplacements récurrents, souvent oubliées des réponses humanitaires et particulièrement à risque sur les enjeux d’accès à l’eau potable ».

@MSF, Madagascar, avril 2022

Outre SOLIDARITES INTERNATIONAL, d’autres ONG utilisent le purificateur Orisa, comme MSF en Ukraine (dans des structures de soin) et à Madagascar (auprès de communautés). Ses très bonnes performances en filtration des bactéries (99,999999%, soit LOG 8) et virus (99,999%, soit LOG 5) en font un outil de prévention d’infections évident, mais, comme le souligne Jérôme Leglise, Référent Eau et Assainissement au Pôle Opérationnel de Support de MSF, une innovation technique spécifique a particulièrement intéressé MSF : son système de rétrolavage utilisant l’eau purifiée, limitant la contamination pendant le lavage. L’ONG médicale considère que ce purificateur est particulièrement adapté pour les missions exploratoires, les petites bases ou structures de santé isolées, les communautés spécifiques loin des réseaux urbains, et les personnes à risque (femmes enceintes, immunodéprimés, enfants en bas âge, cas de rougeole) en « kit de sortie » post consultation ou hospitalisation.

Enfin, le CDCS (Centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères) a commandé 405 purificateurs Orisa, afin de constituer un stock de contingence permettant de répondre à de potentielles urgences (catastrophes naturelles, conflits, pandémies…).

Au final, cet outil montre que, entre pari du développement d’un produit et épreuve du terrain, l’innovation humanitaire est – aussi – une forme de prise de risque…nécessaire…

Pierre Brunet

Ecrivain et humanitaire  


Pour aller plus loin : 


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Pierre Brunet

Né en 1961 à Paris d’un père français et d’une mère espagnole, Pierre Brunet a trouvé sa première vocation comme journaliste free-lance. En 1994, il croise sur sa route l’humanitaire, et s’engage comme volontaire au Rwanda, dévasté par un génocide. Il repart début 1995 en mission humanitaire en Bosnie-Herzégovine, alors déchirée par la guerre civile. Il y assumera les responsabilités de coordinateur de programme à Sarajevo, puis de chef de mission.

A son retour en France fin 1996, il intègre le siège de l’ONG française SOLIDARITES INTERNATIONAL, pour laquelle il était parti en mission. Il y sera responsable de la communication et du fundraising, tout en retournant sur le terrain, comme en Afghanistan en 2003, et en commençant à écrire… En 2011, tout en restant impliqué dans l’humanitaire, il s’engage totalement dans l’écriture, et consacre une part essentielle de son temps à sa vocation d’écrivain.

Pierre Brunet est Vice-Président de l’association SOLIDARITES INTERNATIONAL. Il s’est rendu sur le terrain dans le Nord-Est de la Syrie, dans la « jungle » de Calais en novembre 2015, ou encore en Grèce et Macédoine auprès des migrants en avril 2016.

Les romans de Pierre Brunet sont publiés chez Calmann-Lévy :

  • Janvier 2006 : parution de son premier roman « Barnum » chez Calmann-Lévy, récit né de son expérience humanitaire.
  • Septembre 2008 : parution de son second roman « JAB », l’histoire d’une petite orpheline espagnole grandie au Maroc qui deviendra, adulte, une boxeuse professionnelle.
  • Mars 2014 : sortie de son troisième roman « Fenicia », inspiré de la vie de sa mère, petite orpheline espagnole pendant la guerre civile, réfugiée en France, plus tard militante anarchiste, séductrice, qui mourut dans un institut psychiatrique à 31 ans.
  • Fin août 2017 : sortie de son quatrième roman « Le triangle d’incertitude », dans lequel l’auteur « revient » encore, comme dans « Barnum » au Rwanda de 1994, pour évoquer le traumatisme d’un officier français à l’occasion de l’opération Turquoise.

Parallèlement à son travail d’écrivain, Pierre Brunet travaille comme co-scénariste de synopsis de séries télévisées ou de longs-métrages, en partenariat avec diverses sociétés de production. Il collabore également avec divers magazines en publiant des tribunes ou des articles, notamment sur des sujets d’actualité internationale.