Reportage sur les Ateliers WASH de l’Humanitaire 2025

Edition 2025 des Ateliers WASH de l’humanitaire © Fondation Veolia

Pendant 2 jours complets, les Ateliers Wash de l’Humanitaire rassemblent des experts du secteur pour échanger sur les avancées et les défis techniques en matière d’eau, d’hygiène et d’assainissement (EHA) en contexte humanitaire.

Organisés par la fondation Veolia et le Partenariat français pour l’eau, ces ateliers s’inscrivent dans un domaine en constante évolution face aux crises mondiales de plus en plus nombreuses, de plus en plus longues, et faisant de plus en plus de victimes civiles.

Un rassemblement d’experts pour faire avancer l’humanitaire

La 3ème édition des Ateliers Wash de l’Humanitaire a cette fois rassemblé une soixantaine de participants, offrant des profils variés :

  • ONG comme Médecins sans frontières (MSF), Solidarités International, la Croix-Rouge française, etc.
  • Acteurs du privé
  • Agences onusiennes comme le HCR
  • Agences de l’eau, etc.

Cette diversité des participants a ainsi permis des discussions riches en connaissances et retours d’expérience entre des professionnels engagés dans la mise en œuvre de solutions durables pour l’accès à l’eau et l’assainissement en situation d’urgence.

Les conférences permettent d’aborder des sujets au cœur des enjeux actuels du secteur humanitaire. On y aborde entre autres des thématiques comme le traitement et la réutilisation des eaux usées, la gestion des déchets, l’optimisation des réseaux d’eau et les nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle appliquée aux contextes humanitaires. Des dispositifs innovants y sont également présentés comme le Saniforce 500 et la Reutbox, illustrant les avancées exceptionnelles du secteur en matière de technologies. Enfin, les différents acteurs de l’humanitaire offrent des retours d’expériences sur des terrains comme Gaza ou Mayotte pour partager leurs solutions mais également les problèmes rencontrés sur place.

Présentation de EPUR (filiale de Veolia) © Fondation Veolia

Des innovations techniques au service de l’urgence humanitaire

  1. Le Saniforce 500 : une révolution dans le traitement et la désinfection des boues

Le Saniforce 500 a été conçu par la fondation Veolia pour les conditions d’urgence humanitaire dans le but de traiter les boues fécales avec une faible consommation d’énergie. Le Saniforce 500 se base sur un processus de digestion-pasteurisation, permettant de désactiver les agents pathogènes en endommageant leurs cellules grâce aux effets de la température.

Le processus se compose d’un prétraitement avec une digestion anaérobie et d’un post-traitement, durant lequel les boues sont chauffées à 70 degrés pendant une heure grâce à une eau chauffée par des panneaux solaires et par le biogaz récupéré de la décomposition des boues. Le digestat peut ensuite être réutilisé comme fertilisant agricole par exemple.

Le Saniforce 500 est capable de traiter 500 litres de boues par jour avec une réduction des pathogènes de 99,9%. Il est facilement déployable et utilisable par les équipes locales.

Testé en Ouganda dans un camp de réfugiés, le dispositif a suscité un grand intérêt parmi l’assemblée. Les discussions ont mis en lumière la nécessité de formations pour assurer une utilisation optimale en sécurité, notamment en contexte de crise.

Infographie du Saniforce 500 © Fondation Veolia

2. La Reutbox : vers une réutilisation des eaux usées

La Reutbox est une solution innovante développée pour permettre la réutilisation des eaux usées en sortie de station d’épuration, notamment en contexte humanitaire. Développée par EPUR (filiale de Veolia), elle est installée dans un conteneur de 10m³, pour pouvoir être déployée rapidement sur le terrain. La Reutbox permet de recycler les eaux usées selon différents niveaux de qualité en fonction de l’usage prévu : irrigation agricole, recharge des nappes, irrigations de stades, etc.

Les eaux usées subissent une série de filtrations et de désinfections, permettant d’obtenir une eau répondant à des critères de qualité allant de A à D, selon la réglementation en vigueur. Toutefois, la mise en œuvre de cette technologie en contexte humanitaire soulève plusieurs défis. La qualité initiale des eaux usées est souvent très variable, surtout en zone d’urgence, où les infrastructures de traitement de l’eau sont souvent rudimentaires, voire inexistantes, et peut nécessiter un prétraitement spécifique avant d’être introduite dans la Reutbox. Les intervenants ont donc insisté sur l’importance de réaliser des études préalables sur la qualité des eaux disponibles, la disponibilité de l’électricité ou encore la nécessité d’un entretien régulier des équipements, avant le déploiement d’une Reutbox sur le terrain.

Malgré ces défis, la Reutbox représente une avancée considérable dans le domaine du traitement et de la valorisation de l’eau en situation humanitaire. Son potentiel d’innovation est immense, notamment pour réduire la pression sur les ressources en eau dans les zones où l’eau est déjà une ressource rare.

La Reutbox aux Ateliers WASH 2025 de l’humanitaire © Fondation Veolia

Des débats techniques de haut niveau révélant l’évolution du secteur

L’humanitaire ne se limite plus à une simple réponse d’urgence visant à apporter de l’eau potable aux populations en détresse. Si cette mission reste essentielle, elle s’accompagne aujourd’hui d’une réflexion beaucoup plus large sur la gestion durable des ressources, l’efficacité des infrastructures et l’impact environnementales des interventions.

Les discussions entre les différents acteurs lors des ateliers ont mis en évidence une vision basée davantage sur le long terme, en intégrant des solutions pérennes aux opérations, tout en tenant compte des réalités locales et des évolutions technologiques. Cette volonté de créer des systèmes robustes et durables, capables de fonctionner même après le départ des ONG passe par plusieurs approches :

  • L’optimisation des infrastructures : les humanitaires développent des réseaux d’eau durablement intégrés aux communautés locales.
  • La réduction des pertes et l’efficacité hydraulique : dans les camps de réfugiés ou les zones sinistrées, les infrastructures mises en place doivent être optimisées pour minimiser le gaspillage et assurer un accès équitable aux ressources en eau.
  • L’innovation dans le traitement des eaux et des boues : l’évolution des technologies permet d’aller au-delà de la simple distribution d’eau potable. Les solutions présentées plus haut comme le Saniforce 500 ou la Reutbox démontrent un réel investissement du secteur dans une meilleure gestion des eaux et des boues pour améliorer les conditions de vie localement.

Un des débats majeurs des Ateliers Wash a porté sur l’osmose inverse, une technologie efficace pour purifier l’eau saumâtre mais qui pose des défis logistiques et environnementaux. Très utilisée dans des contextes comme Gaza, où les ressources en eau sont extrêmement limitées, elle reste énergivore et produit une saumure concentrée, dont l’élimination peut poser des problèmes environnementaux. De plus, sa maintenance est complexe, nécessitant des pièces de rechange souvent difficiles à trouver sur place.

Un autre point de discussion a concerné la reminéralisation de l’eau traitée. L’osmose inverse supprime presque tous les minéraux, ce qui peut poser des problèmes nutritionnels si l’eau est consommée sur le long terme. Certaines ONG testent des solutions alternatives, comme l’évaporation solaire, mais celles-ci restent limitées en capacité. Les experts réunis lors des Ateliers Wash ont ainsi insisté sur la nécessité de former les équipes humanitaires et de développer des solutions hybrides, mieux adaptées aux réalités du terrain.

Ateliers Eau & Assainissement © Fondation Veolia

De nouveaux défis pour l’humanitaire : la gestion des déchets et l’intégration de l’intelligence artificielle

L’humanitaire fait face à des défis croissants tels que la gestion des déchets dangereux et l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans les opérations de terrain.

La question des déchets, longtemps mise de côté, devient un enjeu critique avec l’augmentation des équipements technologiques utilisés dans les interventions humanitaires. Déchets électroniques, batteries usagées, huiles et plastiques s’accumulent sans filière adaptée pour les recycler, posant alors un problème environnemental majeur. Lors des ateliers, MSF et la fondation Veolia ont fait part de leurs efforts pour structurer des solutions locales, favorisant le démantèlement et a valorisation sur place, pour éviter l’exportation systématique, coûteuse et complexe.

En effet, il existe sur place des solutions largement envisageables comme des démanteleurs, des recycleurs, des cimenteries capables de détruire les huiles usagées, etc. Cependant, certaines questions sont encore en suspens, notamment sur les critères fixés au départ, qu’il n’est pas toujours possible de respecter sur le terrain. On voit ici les limites des critères face au réalisme du terrain. De même, certains déchets ne trouvent encore pas de solution de recyclage comme les batteries au lithium, les piles ou les LED par exemple.

En parallèle, l’intelligence artificielle transforme progressivement les méthodes de gestion des infrastructures humanitaires. Certaines innovations permettent d’analyser en temps réel les réseaux d’eau, d’anticiper les pannes et d’optimiser la distribution pour limiter les pertes. L’IA est également utilisée pour effectuer une maintenance prédictive, détectant les dysfonctionnements assez tôt et réalisant des cartographies des ressources en eau pour planifier au mieux les interventions.

Mais ces technologies posent notamment la question de l’accessibilité et de la formation des potentiels utilisateurs. Les équipes doivent être accompagnées pour exploiter ces outils efficacement. La digitalisation des infrastructures humanitaires offre un immense potentiel, mais son succès dépendra de la capacité du secteur à intégrer ces innovations de manière inclusive et adaptée aux réalités du terrain.

Le Saniforce 500 aux Ateliers WASH 2025 de l’humanitaire © Fondation Veolia

Des enjeux stratégiques et politiques affectant l’avenir des solutions Wash

Si les avancées technologiques et les nouvelles approches humanitaires permettent d’améliorer l’accès à l’eau et à l’assainissement, leur mise en œuvre est souvent freinée par des enjeux stratégiques et politiques complexes. L’un des principaux défis concerne le financement. Si les fonds sont généralement disponibles pour les interventions d’urgence, il est beaucoup plus difficile d’obtenir des financements pour des solutions durables et intégrées. De nombreuses infrastructures mises en place dans les contextes humanitaires sont sous-financées à long terme, ce qui compromet leur maintien et leur efficacité sur le long terme et une fois l’urgence passée.

Un autre enjeu majeur est celui des conflits d’usage de l’eau. Dans certaines régions où les ressources hydriques sont très limitées, les interventions des ONG entrent en conflit d’usage avec les autres acteurs locaux comme l’agriculture. Il est donc très important d’évaluer en amont la géographie et les ressources disponibles pour éviter ces conflits d’usage. Lors des Ateliers Wash, l’importance d’une approche inclusive et concertée a été soulignée : les acteurs humanitaires doivent travailler avec les autorités locales, les entreprises et les communautés pour éviter ces conflits et garantir une gestion équitable de l’eau.

Enfin, l’impact du changement climatique rend ces enjeux encore plus critiques. Les sécheresses de plus en plus fréquentes, la raréfaction des nappes et les catastrophes naturelles intensifient la pression sur les ressources en eau. Il devient impératif d’anticiper ces bouleversements et d’intégrer des stratégies d’adaptation dans les politiques humanitaires. Cela passe par une meilleure cartographie des ressources en eau, des infrastructures plus résilientes et une sensibilisation accrue des populations à la gestion durable de l’eau.

L’avenir des solutions WASH en humanitaire dépend donc de la capacité des acteurs à mobiliser des financements pérennes, à travailler en concertation avec les autorités locales et à adapter leurs stratégies aux défis environnementaux et géopolitiques actuels.

 

Les Ateliers Wash de l’humanitaire sont un moment clé pour le secteur. En réunissant experts et praticiens, ils permettent de faire avancer les solutions techniques et d’améliorer les interventions humanitaires. L’évolution des débats et des innovations présentées montrent à quel point le domaine s’est professionnalisé, malgré les nombreux défis qui nécessitent encore débats et innovations.

 

India Hauteville

India Hauteville est diplômée d’un premier master en Politique Internationale à Sciences Po Bordeaux et actuellement étudiante au sein du master Intégration et mutations en Méditerranée et au Moyen-Orient à Sciences Po Grenoble. Elle est l’assistante actuelle du fondateur de Solidarités International, Mr. Alain Boinet.

Particulièrement intéressée par le conflit syrien, elle rédige actuellement un mémoire sur l’articulation entre les principes humanitaires et les réalités du terrain syrien, en prenant l’ONG Solidarités International comme étude de cas.

 

Je vous invite à lire ces articles publiés dans l’édition :

Arménie, récit d’une solidarité avec des livres

Un éditorial d’Alain Boinet

A l’arrière des élèves, de gauche à droite, Sylvain Tesson, Alain Boinet, Vincent Montagne et Renaud Lefebvre, au Centre francophone SPFA à Erevan

Les 4 palettes de livres venant de France sont bien arrivées ce lundi 22 janvier 2025 à Erevan, capitale de l’Arménie. Elles contiennent 4000 livres de littérature francophone contemporaine pour les étudiants, à l’initiative de Défis Humanitaires et de ses partenaires (1) avec l’appui de l’ambassade de France.

Ce lundi, au centre francophone SPFA à Erevan, nous sommes là avec Sylvain Tesson, parrain de cette initiative, Vincent Montagne, président du Syndicat National de l’Edition (SNE) et son directeur, Renaud Lefebvre, qui ont permis de recueillir gracieusement auprès de 12 maisons d’édition (2) 4000 livres neufs  (après décompte de l’ambassade de France) sur la base d’une liste établie par classe de niveau d’enseignement de 6 à 18 ans.

Habet, Anna, Liana, Garéguine, Nelli, les professeurs sont là avec une partie des 60 étudiants, dont beaucoup de jeunes filles comme Meri, chassée de l’Artsakh avec sa famille, qui nous chante une chanson de son pays. Tous apprennent le français et le parlent bien.

Nous avons commencé la journée en rencontrant, avec Xavier Richard de l’ambassade et David Tursz (Institut français), les représentants de deux maisons d’édition, Antares et Newmag, ainsi que le Vice-ministre de la culture, de l’éducation et des sports, Daniel Danielyan. Des projets de partenariat s’ébauchent avec Vincent Montagne et Renaud Lefebvre du SNE dont l’idée de participation de l’Arménie au Festival du livre de Paris.

Avec l’ambassadeur de France, Olivier Decottignies, notre délégation va s’incliner au Mémorial du génocide perpétré par le gouvernement Jeunes-Turcs en 1915 et 1916 durant lequel 1,5 millions d’arméniens ont péri. Vincent Montagne dépose une gerbe au nom du SNE et nous déposons des œillets blancs devant la flamme qui jour et nuit rappelle leur martyr.

Cimetière de Yerablur

Nous nous rendons ensuite au cimetière de Yerablur, sur les hauteurs d’Erevan, où sont inhumés des soldats, des volontaires dont des étudiants, tués lors de la guerre des 44 jours de l’Azerbaïdjan contre le Haut-Karabagh arménien en 2020. Partout des drapeaux flottent, comme sur la place Maïdan à Kiev en Ukraine, et sur chaque tombe nous pouvons apercevoir le visage de chacune des victimes, des jeunes de 18 à 20 ans pour la plupart.

C’est une journée chargée d’émotion, d’histoire et de solidarité.

Le lendemain, sur la route qui nous conduit à Goris, nous faisons halte au barrage de Vedi. Il s’agit d’un immense réservoir, le plus important construit depuis la période soviétique, réalisé en partenariat avec la République d’Arménie grâce à un prêt et à l’expertise de l’Agence Française de Développement (AFD) et une subvention de l’Union Européenne.

Réservoir de VEDI, au loin le Mont Ararat. Photo Antoine Agoudjian

Olivier Decottignies est très fier de ce projet que nous présente Audrey de l’AFD. En effet, le réservoir de Vedi va permettre d’irriguer 3000 hectares de terres agricoles dans la plaine d’Ararat et d’Armavir et va ainsi renforcer l’autonomie et la souveraineté alimentaire du pays et de sa population. En face de nous, le Mont Ararat immaculé surgit de la plaine, splendide et enneigé, du haut de ses 5165 mètres.

La route de montagne dans cette région du Caucase du sud est longue pour rejoindre à travers les cols enneigés la sous-préfecture de Goris, dernière grande ville avant les positions militaires azéries.

Nous sommes accueillis chaleureusement par Carmen, directrice du Centre francophone SPFA qui accueille 120 élèves en français tout au long de l’année. Un groupe de femmes de l’Artsakh nous attend et témoigne de la souffrance de l’exil et de l’espoir. Ici, elles confectionnent à l’aide de machines à coudre un joli artisanat avec des motifs floraux qui leur permet de se retrouver ensemble et de subvenir à la vie de leur famille. En les écoutant, je mesure combien ces femmes sont meurtries, courageuses et entreprenantes.

A Goris avec les élèves et les livres

C’est aussi le moment de rencontrer les élèves de français et d’ouvrir un colis que nous avons apporté et qui contient ces livres donnés par les maisons d’édition à l’appel de Vincent Montagne (SNE) avec le soutien de la Région Auvergne Rhône-Alpes très investie dans cette province du Syunik. Parmi tous ces livres, Il y a là « Céleste ma planète » de Thimothée Fombelle, « Le Journal d’Aura » de Marie Deplechin ou encore « La panthères des neiges » de Sylvain Tesson qui dialogue avec ces jeunes filles tout à la fois tristes et joyeuses.

Il y a un an, j’étais déjà venu ici à Goris et c’est là qu’est né ce projet de Défis Humanitaires de revenir avec ces livres. Car si les auteurs classiques sont connus, les auteurs contemporains étaient absents de la bibliothèque. C’est chose faîte à Goris comme bientôt dans les 76 établissements et bibliothèques sélectionnées à travers les 11 provinces de l’Arménie.

Au petit jour, alors qu’il fait encore nuit, nous partons avec Sylvain Tesson, le photographe Antoine Agoudjian et Alix Montagne pour Kornidzor où nous retrouvons Rasmik, paysan, qui s’occupe de ses 6 vaches. Sur la terrasse, alors que le jour se lève et que le froid nous pénètre, il nous désigne à 200 mètres une position militaire azérie ! Le front est devant chez lui, là ou vivent ses 5 fils avec leurs femmes et leurs enfants. Le village accueille des déplacés du Haut-Karabagh/Artsak. Rasmik a décidé de rester dans sa ferme. Rester c’est résister. Toute sa vie est là, pourquoi s’enfuir ? Une leçon d’humanité courageuse enracinée dans une vie âpre et rude.

Ramzik avec Sylvain Tesson à 200 mètres des positions de l’Azerbaïdjan

Au retour, nous faisons halte au village de Verischen, 2200 habitants dont 35 familles de déplacés de l’Artsakh, soit 120 personnes. Nous rendons visite à une famille déplacée pour laquelle une maison a été réhabilitée par le Fonds Arménien de France avec David et Chadounts, son responsable local. A la mairie, nous rencontrons Artak, le maire. Un de ses principaux problèmes, c’est l’eau, tant pour la consommation que pour l’agriculture. Les Azéris ont pris en 2021 le contrôle du lac Noir en amont ainsi que plus de 1500 hectares de terre. Il y a 17 captages d’eau et beaucoup sont à réhabiliter. Voilà un projet auquel Défis Humanitaires pourra contribuer en plus des livres. Quand on évoque le danger, Artak répond calmement « Nous sommes habitués à la menace. Nous sommes inquiets, mais nous ne pleurons pas ». Vivre chez eux est leur raison d’être.

Nous reprenons la route pour Erevan tout en méditant ce que nous avons vu et compris sur ces routes de la solidarité. Comme le disait Jean-François Deniau « Il n’y a pas d’espoir dans le silence des autres ». Il faut briser le silence, l’abandon, l’indifférence.

L’Arménie, dans le langage humanitaire, peut-être qualifiée de crise presque oubliée. En effet, alors qu’elle a accueillie plus de 100.000 déplacés chassés du Haut-Karabagh/Artsakh en septembre 2023, soit 3% de la population arménienne, elle échappe largement à l’attention des médias et de beaucoup de pays en Europe. L’Arménie a de puissants voisins hostiles dont l’Azerbaïdjan qui la menace et qui dispose d’une supériorité militaire massive. Enfin, ce pays est situé sur la nouvelle faille géopolitique qui part de l’Ukraine et passe par la Moldavie, la Géorgie jusqu’à l’Arménie. Elle est aujourd’hui en première ligne du nouvel affrontement est-ouest.

Enfin, partout dans le monde les minorités ethniques et/ou nationales sont menacées dans leur existence même et c’est le cas de l’Arménie et des Arméniens qui constituent une parcelle de l’humanité qui ont le droit de vivre libre et indépendants.

Défis Humanitaires va poursuivre son action pour laquelle le soutien de votre don sera précieux (faireundon).

Merci.

Alain Boinet.

 

Je vous invite à lire le reportage de Sylvain Tesson publié dans Le Figaro Magazine en cliquant sur le lien ici.

(1) Nous souhaitons ici remercier Sylvain Tesson, écrivain et parrain de cette opération, Vincent Montagne, président du Syndicat National de l’Edition (SNE) et son directeur, Renaud Lefebvre avec toute l’équipe du SNE, Antoine Agoudjian, photographe, Alix Montagne, Olivier Decottignies, ambassadeur de France en Arménie ainsi que Xavier Richard et Dominique Vaysse. Remercier également les Centre francophones SPFA qui accueillent 350 élèves dans leurs neuf centres avec Janik Manissian, Hélène Ohandjanian, Habetnak Khachatryan, Anna Harutyuryan, Carmen Apunts et leurs équipes. Remercier enfin les membres du comité d’experts de Défis Humanitaires et ses donateurs.

(2) Liste des maisons d’édition que nous remercions pour avoir donné 2700 sélectionnés : Albin Michel, Dargaud, Edition des Equateurs, Flammarion, Fleurus, Gallimard, Glénat, Hachette, La Martinière, L’Ecole des Loisirs, Seuil Jeunesse, Editions Paralèlles.

 

 

Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne www.defishumanitaires.com. Il est le fondateur de l’association humanitaire Solidarités International dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources. Il continue de se rendre sur le terrain (Syrie du nord-est, Haut-Karabagh/Artsakh et Arménie) et de témoigner dans les médias.

 

Je vous invite à lire ces articles publiés dans l’édition :