
Une de ces terres hostiles que nous caractérisons, dans notre jargon, de contexte « volatile ». Aux confins du Soudan, du Soudan du Sud et du Tchad, cette préfecture du nord-est de la République Centrafricaine accueille depuis près de 20 ans de curieux travailleurs du nom de Triangle Génération Humanitaire*…
Tout a commencé en 2007, lors de la crise au Darfour. TGH installe alors sa première base opérationnelle en République Centrafricaine près du Grand marché de Birao (chef-lieu de la préfecture), pour venir en aide aux réfugiés soudanais. L’instabilité politique fait rage dans le pays et la Vakaga, bien qu’à un millier de kilomètres de la capitale, tremble au rythme des coalitions des groupes armés et des tentatives de coups d’État successifs. Laissée pour compte par l’Etat central, la Vakaga s’enfonce dans le marasme d’une population victime, chaque jour, de violations des droits humains. En 2019, les affrontements entre FPRC (Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique) et MLCJ (Mouvement des libérateurs centrafricains pour la justice) revêtent leur costume de « guerre ethnique » (Ethnies Rounga, Haoussa, Goula vs Ethnie Kara majoritairement) : les exactions se multiplient, plongeant la population dans une crise humanitaire sans pareille. La base de TGH n’échappe pas au pillage. L’accès humanitaire est dégradé sur les axes comme dans les villes, mais TGH persévère, contre pluies et imprévisibilité sécuritaire, pour porter assistance aux personnes vulnérables les plus isolées. L’équipe restera sous tentes pendant deux années durant pour supporter la réponse d’urgence en faveur des Personnes Déplacées Internes. C’est alors que TGH gagnera la confiance de la population et des autorités locales ; cette même acceptance qui lui permet aujourd’hui d’intégrer une participation active des communautés à l’ensemble des projets menés, et de réaliser un plaidoyer auprès des autorités locales, communales ou préfectorales, et d’obtenir des résultats pour le développement de la zone.

Un collègue témoigne : « Nous avons tenu le coup dans la convivialité car la passion était là. Et le petit grain de folie aussi ! La base de Birao est toujours sous la coupe de la passion de notre métier aujourd’hui ».
20 ans plus tard, la base TGH de Birao est toujours et encore, grâce à une équipe dévouée à la cause humaine, engagée et force d’adaptabilité de pratiques et techniques pour améliorer les conditions de vie des populations hôtes, déplacées et réfugiées soudanaises (les crises se succèdent et ne se ressemblent pourtant pas…).
Depuis 2021, des murs et toitures abritent ces travailleurs de l’extrême, toujours prêts à se dépasser pour répondre à des besoins humanitaires criants. Les déplacements sur les axes ne sont pas sans risque… L’acheminement de l’Aide est un défi quotidien en saison sèche comme en saison des pluies.

Et pourtant, cette zone d’intervention est une parfaite illustration de l’approche multisectorielle adaptative que l’ONG s’applique à mettre en œuvre sur l’ensemble des terrains où elle intervient (12 pays) : une démarche communautaire, déployée grâce à une concentration de compétences au sein de ses équipes et de celles de ses partenaires locaux, venant en appui aux organismes paraétatiques. Pour répondre aux besoins d’urgence comme en phase de relèvement et de développement (court, moyen et long terme), proposer un bouquet complet d’activités complémentaires dans les domaines de l’Education, de la Protection, de la sécurité Alimentaire et moyens d’existence, de l’Eau Hygiène Assainissement, tout en préservant la cohésion sociale, ouvrira les portes vers un impact optimal des actions menées. Malgré les coupes budgétaires actuelles, TGH parvient avec l’aide de bailleurs fidèles, à travailler dans cette optique globalisée dans une zone où tous les signaux de services à la population sont au rouge.

Dans ce contexte parsemé d’embuches, TGH tente de prioriser sa réponse. Un grand nombre de besoins ne sont pas couverts et il faut s’armer de patience et aussi d’ingéniosité pour lever les barrières rencontrées en chemin.
Ainsi, alors que la pression sur les services existants devient insoutenable lors de nouveaux afflux de déplacés et de réfugiés et que la sécurité alimentaire est menacée, que la cohésion est instable par manque de fourrages pour les transhumants et que les semences et les vaccins viennent à manquer, les tractations étatiques d’approvisionnement et les laboratoires semenciers voient le jour pour sécuriser les relations ainsi qu’une alimentation minimale en péril.

La vakaga, porte centrafricaine du Sahel, est la préfecture la plus aride de la RCA. L’isolement géographique aggravé par l’insécurité des routes y entraîne des taux de couverture en eau et assainissement les plus bas du pays. L’afflux de réfugiés pressurise les infrastructures chroniquement insuffisantes entraînant conflits d’usage et tensions communautaires. Lorsqu’aucune alternative de forage efficiente n’est accessible localement et que le risque épidémiologique menace, TGH achemine une foreuse depuis l’Europe pour répondre aux besoins en eau potable de la population de la zone. Le précieux outil, utilisé par les experts EHA de TGH, mais également mis au service l’ensemble des acteurs qui serviront la cause, viendra améliorer les conditions sanitaires dans les villes et villages de la Vakaga.

Jusqu’alors, seule une poignée d’acteurs humanitaires arpentaient les pistes du nord-est de ce territoire. Il était rare de croiser quiconque sur les pistes de Birao, Ouandja, Terfel, Ganai ou encore Boromata.
Après 18 années passées dans l’ombre, la Vakaga est aujourd’hui sous le feu des projecteurs. Une terre oubliée devenue courtisée… Les organisations affluent au gré des financements qui se profilent à l’horizon d’une crise régionale. Le renfort est nécessaire et le virage est d’ores et déjà amorcé : l’heure est à la mutualisation, à la coordination d’actions qui combinent les expertises, et à une organisation conjointe optimisant les ressources pour continuer à renforcer la cohérence entre les acteurs de l’action humanitaire, du développement et de la paix.

La genèse de TGH passe par la Vakaga.
La revue qui accueille ces quelques mots ne me contredira certainement pas : ce monde à 10 milliards d’humains est empli de Défis Humanitaires. L’équipe TGH en République Centrafricaine existe depuis son origine pour les relever, et c’est avec respect que nous leur rendons hommage.
Magali Ratajczak.
Magalie Ratajczak
Magali Ratajczak a débuté sa carrière humanitaire en tant que Coordinatrice RH en République Centrafricaine. C’est TGH qui lui a ouvert la porte sur monde des Opérations, où elle évoluera ensuite en Afrique centrale et du nord, en Europe et en Asie. Elle est aujourd’hui l’un des 3 responsables géographiques du siège de Triangle Génération Humanitaire à Lyon.
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- Entretien avec Jean-Baptiste Lamarche directeur général d’hulo
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