Introduction de l’éditeur. L’Arménie est menacée d’une invasion militaire malgré les négociations en cours qui ne cachent nullement l’agressivité constante de l’Azerbaïdjan du président IIlhamAliyev. L’Arménie propose un accord de paix et de coopération dont cette région du Caucase du Sud a besoin. Nous publions cette tribune de Patrice Franceschi qui prépare un livre à paraître sur l’Arménie dont il revient et qui témoigne ici pour nos lecteurs.
Poste militaire arménien dans la région du Syunik qui fait face aux positions de l’Azerbaidjan. Photo P. Franceschi.
Courbés en deux, Hovic et moi progressons dans la tranchée qui serpente en direction de l’ultime redoute de l’armée arménienne sur la ligne de front azérie courant le long de la frontière nord de la province du Syunik. Je ne connais pas de contrée plus âpre en Arménie que cette frontière du bout du monde – ni de plus pauvre. Mais de là, on touche presque de la main les terres du Haut-Karabagh perdues il y aura bientôt deux ans.
En ce mois de février, l’hiver est mordant, le froid implacable, les tempêtes de neige fréquentes ; on n’y voit parfois pas à deux pas. Les montagnes autour de nous sont un enchevêtrement vertigineux de pics, de ravins et de crêtes acérées où ne poussent que de rares bosquets d’arbres. La neige est partout sur ces montagnes, la boue partout dans les tranchées ; une boue gluante et mauvaise. On patauge. Les sentinelles que nous croisons, emmitouflées dans des vestes molletonnées, leurs casques enfoncés sur des chapkas de laine, scrutent les positions ennemies dont le réseau de défense semble presque encastrée dans le leur tant il est proche. Sans les drapeaux flottant sur chaque position, on s’y perdrait… Ce réseau de défense azéri se déploie lui aussi de crête en crête sur des distances considérables, mais semble nettement mieux fortifié, plus moderne aussi. Là où je me trouve, on pourrait se croire dans une tranchée de la Somme en 1915.
Hovik et moi progressons encore. Puis la dernière redoute surgit devant nous, protégée par des madriers de bois, des pneus, des plaques de tôle, des sacs de sable. Protections bien sommaires – comme sur tous les autres postes, d’ailleurs. Je le fais remarquer à mon camarade qui approuve d’un haussement d’épaules, avant d’ajouter en chuchotant : « En plus, on ne peut pas être plus près des Azéris. Ici, ils sont à moins de trente mètres. Attention…. » Je me redresse, plaque mon œil à la meurtrière de la plaque de blindage fixée devant moi : de l’autre côté, au milieu du mur de fortification adverse, je distingue nettement une meurtrière semblable à la mienne – et derrière elle, l’œil d’un soldat qui m’observe en silence…
Jamais je n’oublierais cet échange de regards dans l’ambiance de « Désert des tartares » qui étreint tout ce qui nous entoure.
Patrice Franceschi avec deux femmes combattantes. Photo P. Franceschi.
De retour dans une casemate moins exposée, nous prenons un moment de repos. Les soldats de garde se réchauffent autour d’un poêle à bois, serrés épaules contre épaule. L’un d’eux fait bouillir de l’eau sur un réchaud à gaz pour préparer du café, un autre ouvre une bouteille de vodka – il faut bien faire passer le temps. Le confort est sommaire, les lits de fer surchargés d’armes, de treillis, de boîtes de conserve, d’effets divers. L’ennui est palpable jusque dans l’air que nous respirons. Je me dis que chez les Azéris ce doit être la même chose.
Sur le front de cette « drôle de guerre » oubliée du reste du monde, on ne fait qu’attendre.
La plupart des soldats qui m’entourent appartiennent aux « unités de défense populaire » chargées de soulager l’armée en tenant des centaines de postes semblables à celui où nous nous trouvons. Ils ont entre cinquante et soixante ans, une ou deux guerres derrière eux, des visages rugueux de paysans d’un autre temps, des corps massifs, une motivation sans faille, mais un armement vétuste. Parmi eux, quelques femmes. Et même une grand-mère de soixante ans qui joue les Lara Kroft avec sa kalachnikov, refusant de quitter son casque lourd – au cas où…
« Les ordres sont simples, me déclare le chef de cette petite troupe disparate, un vétéran aux épaules plus larges qu’il n’est haut. Quand les Azéris attaqueront, on doit tenir jusqu’à l’arrivée de l’armée – c’est tout.
– l’armée est loin, dis-je. Et le temps qu’elle soit là…. Vous n’avez même pas de seconde ligne de défense. »
Région montagneuse du Syunik au sud-est de l’Arménie. Photo P. Franceschi.
Les soldats se regardent sans un mot : « Bah, on tiendra quand même, finit par dire un sergent. En attendant, les Azéris n’arrêtent pas de nous provoquer. Ils tirent au-dessus de nos têtes ou sur les bergers s’ils approchent trop avec leurs moutons ; et quand le vent souffle vers nous, ils brûlent la végétation pour nous enfumer. Mais on a ordre de ne pas répliquer
– C’est pour ça qu’on tourne en rond, précise un caporal. Mais quand ils nous insultent depuis leurs tranchées, on répond, c’est sûr – et pas besoin de beaucoup hausser la voix vu la distance… »
Je demande : « Et c’est quoi leurs insultes?
– Oh, toujours la même chose. Ils racontent qu’ils vont venir nous égorger jusque dans nos villages, que nos femmes et nos enfants y passeront, etc. »
L’un des soldats se lève, manifestement surexcité. C’est un fier-à-bras. Avec emphase, il lance : « La dernière fois qu’ils nous ont insulté de cette manière, j’ai répondu que j’allais aller en personne à Bakou égorger Alyev ; ça les a beaucoup énervés…. »
Ses camarades approuvent en rigolant.
Blindés légers arméniens sur le front du Syunik. Photo P. Franceschi.
Je fais celui qui s’amuse de ces plaisanteries enfantines ; mais je n’en pense pas moins : mes amis sont « mal barrés ». Certes, ils sont habités par la volonté farouche autant que sereine de défendre leur terre, mais à Erevan où vivent le tiers des Arméniens, c’est autre chose. La jeunesse dorée de la capitale s’enfuira au premier coup de fusil. Et ne craint pas de l’avouer. Seule note positive dans ce constat, le foisonnement des « associations militaro-patriotiques » qui germent un peu partout dans les campagnes pour défendre le pays. Le schéma est toujours le même : d’anciens militaires créent dans des villages ou de petites villes des structures associatives proposant de former les jeunes à la guerre, ils trouvent des financements ici ou là dans la diaspora, et les jeunes accourent. Sans doute sont-ils aujourd’hui plus nombreux que l’armée officielle aux effectifs squelettiques – 30.000 hommes seulement, dont 20.000 conscrits.
En attendant, je demande aux vieux soldats-paysans qui m’entourent comment ils voient l’avenir. La même réponse tombe de toutes les bouches : tôt ou tard les Azéris attaqueront. Quand, pourquoi et comment, ils ne savent pas trop. C’est consubstantiel à l’être de ces gens et voilà tout.
A leur tour ils me questionnent sur la façon dont je vois les choses, moi, l’ami étranger. Je leur dis ce que je pense : la politique d’Alyev, c’est-à-dire « l’état final » voulu par lui et ses alliés turcs, est que l’Arménie disparaisse de la carte puisqu’elle gêne, par sa position géographique, les visées expansionnistes des Turcs. C’est aussi simple que cela. Mais, pour parvenir à cet état final, pas question d’un nouveau génocide. Nous ne sommes plus en 1915. On ne peut pas se permettre n’importe quoi. Le nettoyage ethnique selon le procédé utilisé au Haut-Karabagh est bien plus efficace. Il a fait ses preuves. Et ne provoque aucune réaction internationale démesuré. Il est donc probable que dans un avenir relativement proche, l’armée azérie attaque l’Arménie au prétexte que cette dernière lui refuse la souveraineté d’un corridor lui permettant d’être reliée à la Turquie via le Nakitchevan. Cette attaque se fera à coup sûr dans le Syunik, la partie la plus étroite du pays, – à peine quelques dizaines de kilomètres – pour couper l’Arménie en deux. L’affaire serait réglée en 48 heures tant le différentiel militaire est important. Les Arméniens n’auraient aucun moyen de résister efficacement. Bien entendu, les Azéris laisseraient libre un étroit passage pour que la population du Syunik – à peine 75.000 habitants – puisse s’enfuir vers le reste de l’Arménie – et le tour serait joué. Ce ne serait que la reproduction de ce qui s’est passé avec le Haut-Karabagh.
L’auteur avec des soldats arméniens dans une casemate. Photo P.Franceschi.
Ce scénario du pire hante les esprits éclairés de Erevan et les chancelleries occidentales qui refusent de se bercer d’illusions. Pour ces dernières, le seul moyen d’éviter l’engrenage du pire est de faire savoir à Alyev que le coût politique, économique et diplomatique de son action est encore trop élevé pour qu’il se lance dans l’aventure. A cet égard, les américains semblent avoir revu leur position très récemment, exerçant des pressions sans équivoque sur Bakou – notamment pour la libération des prisonniers de guerre arméniens. La France n’est pas en reste et demeure un allié sûr pour Pachinian. Il y a là une lueur d’espoir.
Quand au traité de paix dont on vient d’annoncer la signature prochaine, il est sans nul doute un miroir aux alouettes de type munichois. Compte tenu du rapport de force, Pachinian n’avait d’autre choix que d’en passer par les fourches caudines d’Alyev et de signer tout ce qu’il voulait, mais rien ne va dans ce traité. On peut même craindre que son contenu représente, en réalité, une opportunité de guerre pour Alyev. Depuis l’annonce de ce traité, les provocations ont redoublées dans les tranchées de la ligne de front du Syunik.
De quoi demain sera fait, nul ne peut le dire avec certitude. Mais dans l’état actuel des choses, mieux vaut ne pas se bercer d’illusions. Et rester vigilant. En considérant une fois pour toute que le pessimisme du constat – nécessaire – doit mener à l’optimisme du combat – encore plus nécessaire…
Patrice Franceschi.
Photo Valérie Labadie
Écrivain et philosophe politique, prix Goncourt de la nouvelle 2015, Patrice Franceschi est aussi aviateur, marin et parachutiste. Depuis toujours, il partage sa vie entre écriture, aventure et engagement. Il a mené de très nombreuses expéditions à travers le monde, sur terre comme sur mer ou dans les airs. Il s’est également engagé de longues années dans les rangs de la résistance afghane combattant l’armée soviétique et, depuis le début de la guerre en Syrie, participe activement à la révolution des Kurdes contre l’état islamique et le régime en place à Damas.
Ses romans, récits, poésie ou essais sont inséparables d’une existence engagée, libre et tumultueuse où il tente « d’épuiser le champ du possible ». Il est également commandant du trois-mâts La Boudeuse et membre du groupe des écrivains de marine.
Je vous invite à lire ces articles publiés dans l’édition :
Les trois témoignages qui suivent ont été réalisés à Goris en Arménie le 2 décembre auprès de Kariné et Albert, réfugiés de l’Artsakh, ainsi que de Carmen qui est la directrice du Centre Culturel Francophone de Goris qui a assuré la traduction en direct et que nous remercions pour son appui pour ces entretiens.
Pour mémoire, 100.000 Arméniens ont été chassé de leur terre ancestrale du Haut-Karabagh ou Artsakh par la force d’une offensive militaire de l’Azerbaïdjan les 19 et 20 septembre 2023 après un blocus qui aura duré plus de 9 mois ! Aujourd’hui, la moitié des réfugiés se trouvent à Erevan, la capitale, et les autres sont répartis dans les diverses provinces dont celle du Syunik au sud du pays. Parmi ces réfugiés, 60.000 étaient cultivateurs et éleveurs.
Entretien avec Kariné.
Alain Boinet : Bonjour Madame, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs.
Kariné : Je m’appelle Kariné, je suis la mère d’Albert. J’ai trois enfants : deux filles et un fils. Tous mes enfants sont mariés. Une de mes filles habite à Goris, mon autre fille a aussi été déplacée d’Artsakh. Puis, il y a mon fils Albert qui habite à Goris. J’ai maintenant neuf petits-enfants.
AB : Avant de vous réfugier en Arménie, quelle était votre vie au Haut-Karabagh/Artsakh ?
Kariné : Avant la guerre je travaillais dans un magasin mais le salaire n’était pas très élevé. Ensuite, j’ai commencé à travailler dans une école en tant que femme de ménage. Après la guerre, en 2020 (ndlr la guerre des 44 jours), nous sommes venus à Goris et nous sommes resté un an et six mois. Ensuite, nous sommes repartis en Artsakh. J’ai commencé à travailler dans cette école car le directeur et les profs étaient très aimables. Le 19 septembre, le jour de la guerre, j’étais à l’école. Quand il y a eu le bombardement je suis restée quatre heures à l’école. Les enfants aussi étaient à l’école. Le personnel nous a demandé de descendre au rez-de-chaussée. Puis, le soir on nous a demandé d’aller au bâtiment du gouvernement. Mes deux petits enfants dormaient. Nous avons récupéré des vêtements grâce aux militaires russes. Aucune nouvelle d’Albert. On nous demandait de quitter l’Arstakh et je pleurais car je n’avais aucune nouvelle de mon fils Albert. Je ne voulais pas quitter l’Artsakh sans avoir de ses nouvelles.
Après Albert a envoyé un message en disant qu’ils étaient dans un blocus avec ses amis mais qu’ils n’arrivaient pas à sortir. J’ai transmis cette information au chef des Russes, aux personnes du gouvernement. Mais ils m’ont dit qu’il ne fallait pas que je m’inquiète car ils pouvaient se débrouiller. Finalement, je ne sais pas comment mais Albert et ses trois amis ont pu s’échapper de ce blocus par les montagnes. Un jour, ma fille m’a dit qu’elle avait une bonne nouvelle et elle a annoncé qu’Albert était vivant en pleurant. La deuxième fois, nous avons été déplacés de la même manière, sans les vêtements sans rien nous avons quitté notre pays.
AB : Maintenant que faites-vous ? Comment voyez-vous l’avenir ?
Kariné : L’avenir c’est la paix. L’avenir ne dépend pas de nous.
AB : Comment avez-vous été accueilli en Arménie ?
Kariné : Je remercie beaucoup l’aide que nous avons reçu et j’aimerais bien rester dans la région de Syunik. Comment ne pas remercier les personnes qui nous ont aidé si avant nous n’avions rien, même pas de matelas et maintenant nous avons beaucoup de choses. Nous n’avions pas de vêtements, les gens ont fait des dons de vêtements et de beaucoup d’autres choses. Mais en Artsakh notre mode de vie était très bien, mon salaire était de 120 000 dram, celui d’Albert était de 400 000 dram. Vraiment notre vie là-bas était bien.
AB : J’ai gouté une crêpe « jingalov hats » que vous vendez dans votre petite échoppe sur la place de Goris, pouvez-vous nous en parler ?
Kariné : Nous ne louons pas cette petite boutique on nous l’a proposé. Je paye juste l’électricité. J’arrive à vendre mes produits et à acheter du beurre, de la viande et des œufs pour les enfants. Donc c’est bien, ça marche quand même.
Kariné dans sa boutique
AB : Et la famille, comment ça va ?
Kariné : Hier soir quand je suis rentrée à la maison ma belle-fille m’a dit que c’était devenu notre petit business. A qui pouvons-nous nous adresser pour nous donner 1000 dram, 5 000 dram, pour que nous puissions acheter du beurre ou de la viande ? Ma belle-fille m’a dit qu’elle était reconnaissante de ce que je faisais. Puis comme ça je peux acheter des bonbons pour mes petits-enfants !
AB : Vos petits enfants vont-ils à l’école ?
Kariné : Pas encore, les petits enfants ne vont pas à l’école, ils sont trop jeunes. Mais il y a un centre de loisir dans lequel l’ainée va de temps en temps. Les autres aussi sont très petits, 3ans, 1 an et demi et le dernier a 18 jours.
AB : Si nous pouvions envoyer un message au président de la République française. Que lui diriez-vous ?
Kariné : Mon premier message serait d’avoir une maison pour que nous puissions rester ici. Mais je n’imagine plus retourner d’où nous venons, nous avons été déplacés deux fois, je n’imagine pas une troisième fois, la sécurité là-bas n’est pas assurée. Mais vraiment la vie était très belle là-bas. Même le goût des jingalov hats que je préparais là-bas n’était pas le même, elles étaient plus délicieuses, mieux qu’ici. La terre là-bas n’est pas la même. Le goût n’est pas le même. Même celui de la pomme de terre ou de l’eau est différent.
AB : Quel âge avez-vous ?
Kariné : J’ai 59 ans. Je ne suis pas très âgée mais j’ai connu beaucoup de douleur et de souffrance.
AB : C’est la paix ici. J’espère que vous aurez bientôt une maison et que vous pourrez vivre en paix en Arménie.
Kariné : J’ai une demande à faire. Si jamais il y a des gens qui peuvent aussi aider ma fille. Elle ne va pas très bien. Quand il y avait des drones azéris qui passaient sur Goris son fils qui avait 5 ans a eu peur et n’arrive plus à parler comme il faut. On lui a proposé de voir des spécialistes pour qu’ils s’occupent de lui, mais pour cela il faut payer 4 000 dram (ndlr environ 9 euros) à peu près pour une heure.
Mais comme nous n’avons pas la capacité de payer, c’est un peu compliqué. Le 13 septembre 2022, il y avait des drones qui passaient au-dessus de Goris et chaque instant il avait l’impression qu’ils allaient lui tomber sur la tête. Ce qui a créé beaucoup de peur en lui. Un jour, il jouait dehors avec d’autres enfants et au moment où ils ont vu les drones ils sont partis en courant sauf lui qui est resté seul et a prit très peur depuis.
AB: Je n’ai pas de solution immédiate, mais je peux en parler. Il faudrait peut-être voir ici à Goris avec Médecins du Monde qui parfois apporte une aide psychosociale.
Kariné : Merci.
Alain Boinet : Merci Kariné.
Kariné avec l’une de ses petites filles.
Entretien avec Albert.
AB : Bonjour Albert et merci pour cet entretien. Pouvez-vous nous raconter votre histoire.
Albert : Ma famille et moi-même habitions à Hartashen en Artsakh, un village de la région de Hadrut. Nous avons été déplacés à Stepanakert la capitale en 2020, juste après la guerre quand les Azéris ont occupé Hadrut. J’ai été blessé durant la guerre et j’ai dû subir une opération. Après cela, l’état nous a donné à ma famille et moi, une maison à Stepanakert. Nous avons alors commencé à y vivre mais nous n’avions rien, nous n’avons pas réussi à récupérer nos affaires.
C’est en 2023 que nous sommes venus à Goris dans la province du Syunik en Arménie, nous avions été déplacés déjà deux fois. Depuis, ma famille et moi habitons à Goris. Nous remercions toutes les associations ainsi que toutes les personnes qui nous aident pour que nous puissions continuer à vivre à Goris. Je travaille à Goris mais j’aimerais bien avoir une maison ici, avoir des cochons, des poules, quelque chose pour que nous puissions continuer à développer tout ce que nous avons maintenant afin de pouvoir continuer à vivre ici.
AB : Qu’est ce qui s’est passé pour vous les 19 et 20 septembre en Artsakh et qu’avez-vous fait ?
Albert : Je n’ai pas envie de me rappeler de ce que j’ai vécu, c’était vraiment dangereux. Ce que je peux dire c’est que j’ai passé sept jours dans un blocus fait par les azéris. J’y étais avec des amis, nous étions loin de nos familles. Heureusement, un de mes amis avait un portable, j’ai donc réussi à échanger un peu avec ma famille. Le septième jour, nous avons vu qu’il n’y avait aucune solution pour sortir de ce blocus. Nous avons appelé le gouvernement à venir pour qu’ils puissent nous sortir de cet endroit. Nous n’avons reçu aucune aide. Nous avons alors commencé à fuir dans les montagnes pour aller jusqu’à Stepanakert. Le 19 septembre 2023, tous les habitants de l’Artsakh quittaient leurs vies, leurs maisons. C’est là que nous avons commencé à sortir de l’Artsakh et c’est peut-être grâce à dieu que nous sommes arrivés à Goris.
AB : Pouvez-vous nous parler de votre famille ?
Albert : Ma famille est composée de huit personnes. J’ai trois filles et depuis le 10 septembre mon quatrième enfant est né, un fils. Nous habitons aussi avec ma mère et mon père donc au total, ma famille est composée de huit personnes.
AB : Avant de devoir fuir l’Artsakh et de vous réfugier en Arménie, que faisiez-vous ?
Albert : A Hadrout, j’étais militaire mais nous avions aussi des champs où nous cultivions du blé. Nous avions des poules, des cochons, des moutons, nous avions presque tout, des canards aussi. Ma mère travaillait à l’école, mon père était chauffeur et ma femme était la secrétaire de l’école. Dans le village de Shosh de la région d’Askeran nous avions toujours des poules desquelles nous vendions les œufs. Nous sommes une famille de travailleurs. Je continuais par ailleurs à faire mon service militaire à l’armée.
AB : Comment s’est déroulé votre arrivée en Arménie et comment vivez-vous aujourd’hui ?
Albert : L’accueil était bien, normal. A Goris dès notre arrivée, c’est ma fille qui nous a accueilli chez elle, elle a été mariée à Goris. Par la suite, nous avons loué un autre appartement dans le vieux Goris et chaque mois nous payons 100,000 dram (ndlr environ 220 euros). Je remercie énormément tous les gens qui ont été à nos côtés. Maintenant ma famille et moi préparons du Jingalov hats, une sorte de crêpe, une spécialité de l’Artsakh.
AB : Comment voyez-vous l’avenir ?
Albert : J’aimerais que la paix domine dans notre pays. J’aimerais posséder une maison et un travail. Je ne veux pas avoir à compter sur quelqu’un tous les jours. J’espère avoir ma maison, mon jardin et pouvoir compter seulement sur moi-même. Nous sommes une famille de travailleurs, nous avons l’habitude de travailler. Mais mon souhait principal reste que la paix domine dans notre pays.
Kariné avec son fils Albert et une de ses filles sur la grande place de Goris devant une Tour Eiffel miniature.
AB : Avez-vous reçu une aide depuis votre arrivée ?
Albert : Dès le début, l’état nous a donné de la nourriture, des couches pour les enfants et nous avons également reçu 100 000 dram (ndlr 220 euros), puis 40 000 dram, puis 10 000 dram. Puis durant six mois d’affilé, l’état nous a donné 50,000 dram pour louer une maison. Après, il y a également eu des associations qui ont fait d’autres donations. Par exemple, certaines associations françaises ont donné des frigos, des machines à laver, des lits pliants. Mes parents n’ont pas encore reçu leur retraite. Maintenant, je compte aussi sur moi-même.
AB : Où souhaitez-vous vous installer, vivre et travailler ?
Albert : Je préfère rester dans la région de Syunik ici à Goris, peut être dans le village de Verishen qui se trouve près de Goris. J’aimerais bien y trouver une maison et y rester.
AB : Vous avez je crois des problèmes de santé ?
Albert : J’ai 34 ans, j’ai été blessé. C’était très difficile, jusqu’à maintenant j’en garde des séquelles. Je vis avec la peur, le stress, les gestes neurotiques. Parfois je pense que je vais tomber, j’ai la tête qui tourne. Quand j’ai été blessé je suis allé à la maison des soldats pour obtenir des soins, des pansements. Jusqu’à maintenant j’ai toujours des problèmes à la jambe.
AB : Vous avez des enfants ?
Albert : Ma fille ainée s’appelle Kaliné Balyan, elle a 4 ans. La deuxième s’appelle Iana Balyan, elle a 3 ans. Ma troisième fille s’appelle Ariana Balyan et elle a 1 an et demi. Puis mon fils Boris Balyan est né le 10 novembre 2023, donc a à peu près un mois.
AB : Comment voyez-vous l’avenir ?
Albert : Je m’excuse de trop vous parler de mes problèmes. En tout cas, ce que je souhaite c’est d’avoir une maison afin de pouvoir commencer à travailler et, voir même après, pouvoir aider les autres. Je n’ai pas envie d’avoir l’aide de l’état. Le plus important pour moi c’est d’avoir une maison, juste ça maintenant.
AB : Où voulez-vous vous vivre maintenant ?
Albert : Je ne veux pas aller à Erevan (ndlr capitale de l’Arménie) car pour aller là-bas il faut être riche et de toute façon je préfère ici, je m’y sens bien. Quand je faisais mon service militaire j’avais laissé ma machine à Fizouli. Puis quand nous étions à Stepanakart (ndlr capitale de l’Artsakh) l’état nous a demandé d’aller équiper la maison car ils nous avaient donné 3 millions de dram (ndlr environ 6700 euros) et notre mode de vie, notre vie était très bien là-bas, nous vivions vraiment comme il faut.
AB : J’ai entendu parler de programmes de réhabilitation ou de construction de maisons pour les réfugiés.
Albert : Oui j’ai entendu parler de ce projet la qui est en cours. Du projet de réhabilitation à Goris, en Arménie. Mais si j’ai bien compris, ils ont commencé à regarder le dossier de mes proches. C’est-à-dire, leur demander des documents pour construire un dossier et pouvoir donner des maisons à mes amis.
AB: Je peux vous dire que Le Fond Arménien de France réalise une mission d’évaluation pour un programme de construction de maisons, avec des terres et une aide pour relancer l’activité agricole, l’élevage. Hier, nous avons vu 13 maisons neuves qui ont été construites à Shurnuk avec un lopin de terre, un petit bâtiment pour les poules, les cochons, les moutons et un accès à l’eau potable pour le village.
Nous étions récemment à la préfecture du Syunik à Kapan, où on nous a dit qu’il y avait un programme du gouvernement au niveau national pour acheter des maisons et les réhabiliter. Puis ces maisons seront réparties entre des réfugiés qui auront un contrat avec les modalités de propriété. L’action des autorités est aussi soutenue par des collectivités locales de France comme La Région Auvergne Rhône-Alpes qui a conclu un contrat de partenariat pour plusieurs années pour soutenir les réfugiés de l’Artsakh.
Entretien avec Carmen.
AB : Bonjour Carmen, pouvez-vous nous présenter le centre culturel à Goris ?
Carmen : Avec plaisir. Je suis Carmen, responsable du centre culturel francophone de Goris depuis 2017. Le centre francophone a été fondé en 2006 grâce aux efforts communs des municipalités de la ville de Vienne, de Goris et de SPFA (Solidarité Protestante France Arménie). C’est une coopération tripartite. Comme vous le savez, Goris est jumelée avec la ville de Vienne depuis 1992. Dès la fondation, nous avons toujours réalisé des projets éducatifs et culturels pour les francophiles et francophones. Il y a beaucoup d’autres projets comme le projet écologique. Nous organisons aussi chaque année des jeux intellectuels : « connaissez-vous la France ? » « Connaissez-vous l’Arménie ? ».
Elèves du Centre Culturel Francophone de Goris dans la province du Syunik.
Il y a également une collaboration avec l’école maternelle numéro cinq qui collabore depuis 30 ans avec la maison de la culture arménienne de Vienne. C’est la seule école maternelle où le français est obligatoirement enseigné. Il y a d’autres projets que nous organisons régulièrement. Par exemple, chaque année, le camp d’été accueille 80 francophiles et francophones durant lequel nous organisons des cours de français intensifs pour 4 groupes de différents niveaux. Ce camp dure 2 mois. Il y a aussi des projets très intéressants qu’on met en place avec SPFA.
Chaque année il y a une université d’été et tous les clubs francophones (avant on en comptait 7 mais comme maintenant il n’y a plus le club de Stepanakert, nous n’en comptons plus que 6). Nous nous regroupons chaque année pour organiser différents ateliers et réunions et c’est toujours grâce à SPFA. Il y a aussi des échanges qui sont organisés. La ville de Vienne invite des professeurs arméniens de français pour faire des formations professionnelles. Il y a également des services civiques : échanges entre les jeunes de Vienne et Goris. Notre but est de développer la francophonie à Goris.
Malheureusement, pendant la guerre le principe de notre activité a changé. En urgence, il y a toujours des choses à faire : aider les réfugiés, organiser l’aide, accueillir les délégations étrangères. C’est comme si le centre était un carrefour pour toutes les associations même pour les réfugiés. Nous sommes toujours prêts à aider les gens, à organiser des distributions. Après la guerre nous continuons toujours à organiser des cours de français gratuitement.
Cette année comme il y a des enfants d’Artsakh qui font leurs études dans les écoles de Goris, ils apprennent le français. Nous aimerions bien aussi avoir un groupe juste pour ces enfants la afin qu’ils puissent apprendre et améliorer leur niveau de français. Nous organisons aussi des choses pour pouvoir motiver ces enfants à apprendre le français. Vraiment nous pouvons dire que le centre est un foyer de bonheur pour les gens qui ont envie d’apprendre le français. Il y a même des gens qui viennent ici juste pour discuter, décider des choses pour l’avenir. Vraiment je suis contente qu’avec les amis de Vienne, de SPFA, avec nos collègues français, avec l’ambassade de France et avec d’autres associations françaises nous arrivons à avancer. Chaque instant de chaque jour, je remercie les personnes qui sont avec nous. Ce que je dis souvent c’est que : de temps en temps nous sommes loin mais nous sommes toujours avec nos amis.
J’espère bien qu’un jour, tous les principes que nous avions dès le début pourront perdurer à l’avenir. Mais pour moi le plus important est que la paix domine dans le monde entier. S’il y a la paix, il y a beaucoup de projets mais s’il y a la guerre, il n’y a aucun projet. C’est juste de la paix que nous rêvons tout le temps.
AB : Comment s’est déroulé l’arrivée des 100.000 réfugiés qui sont passés à Goris ?
Carmen : Le 19 septembre, il y avait un entretien sur zoom organisé par SPFA avec tous les responsables des clubs francophones. J’y participais. Et pendant que j’y participais j’étais sur Facebook et j’ai vu qu’il y avait la guerre. J’ai quitté l’appel et j’ai appelé la fille de mon parrain qui m’a dit « Carmen c’est la guerre ». C’est quelque chose que j’aimerais bien ne plus jamais connaitre car nous l’avons déjà vécu plusieurs fois. J’ai directement commencé à inviter les gens chez nous, au centre. J’ai toujours dit que les portes, comme toujours étaient ouvertes aux réfugiés. Nous sommes allés là où tous les minibus arrivaient à Goris. C’est là que s’organisaient des distributions de vêtements, de nourriture. Il y avait des gens qui venaient de Stepanakert, la route était très longue. La route de Stepanakert à Goris durait 40 heures, même 48 heures. Les gens avaient faim, ils avaient froid.
Avec les volontaires de Goris, les volontaires étrangers, nos amis français, différentes associations et la municipalité, nous étions sur place. Nous avions mis des tables pour proposer du thé, du café, de la nourriture, différentes choses. Puis le deuxième jour déjà, nous avions senti qu’ils avaient besoin d’autres choses. Des Arméniens, mêmes des français m’appelaient pour me demander « de quoi ont-ils besoin ? » la réponse était qu’ils avaient besoin de tout. De tout et n’importe quoi. Ils ont quitté leurs maisons comme ça sans être prévenus et donc sans rien.
Comme à Goris il y avait beaucoup de monde, il n’y avait plus de place dans les hôtels, dans les familles d’accueil, dans les Bed and Breakfast. Une partie des réfugiés sont allés dans différentes régions et à Erevan car il n’y avait plus de place ici. Le dernier jour était le pire car les réfugiés n’avaient ni voitures, ni moyens de déplacement, ils étaient juste sur place. Nous avons mis des matelas là-bas. Mais heureusement, sur place, personne n’est resté sans logement. L’état, la municipalité, les associations étaient présents. Même les francophones du centre sont allés faire de l’interprétariat pour qu’on puisse garder cette communication. Chacun, les petits, les grands, tout le monde avait envie d’aller les aider. Heureusement, je ne sais pas si nous avons réussi, mais dans l’urgence nous avons fait tout ce qui était dans notre possible.
Distribution de l’aide à des familles de réfugiés avec l’association l’œuvre d’Orient.
AB : Comment cela s’organise trois mois après l’arrivée des réfugiés ?
Carmen : Maintenant, heureusement, il y a des familles qui ont déjà trouvés des moyens. Une partie loue des maisons, une autre partie reste encore chez les familles d’accueil. Une autre partie reste dans les hôtels de Goris, une autre partie est allée dans différents villages. Il y a des réfugiés qui sont dans les villages frontaliers. Il y a des réfugiés qui n’ont pas envie de rester dans les villages frontaliers et maintenant leurs besoins sont par exemple d’équiper, de rénover leurs maisons et il y a cet espoir, déjà, de trouver une solution pour toujours. Il y a des gens qui disent je ne connais pas mon avenir mais il y a des réfugiés qui ont déjà décidé et qui disent « mon restaurant est déjà ici, on n’a pas envie de quitter cette ville ».
Il y a différents besoins et différentes décisions. Mais en tout cas, je pose tout le temps cette question : « est-ce que vous aimeriez bien vivre ici ? » une partie dit oui, une partie dit « ici mais pas dans les villages frontaliers ». Je suis très contente d’apprendre aussi que les réfugiés ont déjà envie de travailler. Ça c’est très important parce que ça signifie qu’ils n’attendent pas tout le temps que l’état, les associations distribuent des choses.
AB/ Carmen pouvez-vous nous présenter le Centre francophone de Goris.
Carmen : Le but du centre est de développer la francophonie, de garder les valeurs de la francophonie dans notre ville francophone, parce que dès l’époque soviétique, c’était le français qui avait été enseigné obligatoirement dans toutes les écoles de Goris. On peut vraiment dire que c’était une ville francophone. Maintenant, on fait beaucoup d’efforts pour parvenir à garder ces valeurs. Les enfants qui apprennent le français à l’école viennent au centre francophone pour perfectionner leur niveau.
Il y a différents niveaux, différents âges, différents groupes qui viennent pour participer gratuitement à ces cours. Et en vérité ce sont déjà des cours intensifs qui durent deux heures et trente minutes et tout au long de l’année. Notre but est de garder et de perfectionner le niveau de français des élèves qui viennent au centre. Nous commençons à enseigner le français dès 8 ans et jusqu’à 100 ans. Il y a des volontaires français, des échanges, l’occasion de vivre une expérience d’aller à Vienne à la demande de notre ville jumelle. Cet échange est très important.
AB : Comment fonctionne ce jumelage entre Goris et Vienne ?
Carmen : Dans le cadre du jumelage il y a toujours des échanges, des visites officielles ou non. Il y a toujours des projets qui sont très importants pour nous et pour nos amis viennois. Et vous savez pour améliorer le niveau, il est très important de communiquer régulièrement avec les Français. Par exemple, SPFA organise chaque année des voyages où ils nous invitent pour faire partie de leur délégation. Cela nous permet de participer au voyage et en même temps découvrir notre pays. Parce que c’est gratuit et ainsi nous pouvons communiquer avec les Français.
Il y a beaucoup de beaux projets auxquels nous participons toujours avec plaisir et à chaque fois nous attendons que de nouveaux projets arrivent pour pouvoir y participer. Comme ça nous changeons aussi notre mode de vie, nous ne pensons pas tout le temps à la guerre. C’est bien qu’ils gardent des projets comme ça. Je remercie toujours nos amis ainsi que les associations qui réalisent ces projets avec nous. Nous sommes toujours prêts à collaborer avec des gens qui ont envie de coopérer avec nous.
Centre Culturel Francophone de Goris avec Olivier Decottignies, ambassadeur de France en Arménie.
AB : Carmen, pouvez-vous nous parler du partenariat avec les collectivités locales ?
Carmen : Vraiment chaque collaboration est très importante. Comme Goris est jumelée avec Vienne depuis 1992, c’est déjà à l’échelle des villes. Il y a aussi déjà un accord de partenariat entre la région de Syunik et entre le département de l’Isère. Nous pouvons donc déjà mener beaucoup de projets et élargir les domaines. Nous pouvons dire qu’avant c’était juste Goris et Vienne, maintenant il y a un accord entre la région de Syunik et la Région Auvergne Rhône Alpes. Il y a aussi d’autres communes de notre région qui vont se jumeler avec des communes françaises. Donc beaucoup de jumelages qui donneront lieu à beaucoup de possibilités et d’ouvertures pour améliorer ce lien franco-Arménien.
AB : Comment fonctionnent les Centres francophones ?
Carmen : Cela fait déjà 17 ans que les clubs, qui sont un réseau, collaborent régulièrement. Il y a toujours des projets que l’on construit ensemble. Je collabore tous les jours avec le bureau de SPFA qui se trouve à Erevan. S’il y a des besoins, s’il y a des problèmes nous discutons tout le temps. S’il y a des choses qu’on voit qu’on peut faire ensemble, nous le faisons ensemble et c’est bien comme ça car on se rend compte qu’on n’est pas seul, pas isolé dans notre ville. On sait qu’il y a des gens qui sont dans différentes villes qui sont avec nous. L’idée que nous ne sommes pas seuls est très importante, savoir qu’on a un soutien de la part de SPFA, de la ville de Vienne et d’autres associations qui nous demandent tout le temps nos besoins. Cela se passe très bien.
Nous n’avons jamais eu de problèmes entre nous, ça a toujours été agréable de se rencontrer, de discuter, de proposer des choses pour l’avenir. Comme si c’était devenu une famille francophone où il y a justement cette atmosphère francophone. On invite toujours des Français. J’adore vraiment mon travail, je le fais avec plaisir, avec amour. Le plus important est l’amour et le respect qui doit exister.
Interview de Carmen pour Défis Humanitaires.
AB : Je vous remercie d’avoir organisé cette rencontre et la traduction de ces entretiens avec Kariné et Albert.
Carmen : Merci à vous pour votre présence, pour votre engagement pour tous vos efforts, pour votre soutien parce que la France a toujours été avec l’Arménie, aux côtés du peuple arménien. Je n’imagine pas ma vie sans la francophonie et je suis prête à continuer à travailler avec mes amis français jusqu’à ma mort, tant que je peux aider je le ferais avec plaisir.
AB : Merci Carmen pour ce que vous faîtes pour les réfugiés et pour la francophonie qui vous tient manifestement à cœur.
Carmen : Oui, la vie c’est la lutte, il faut lutter pour avancer. Lutter, construire jusqu’à la fin car il y a beaucoup de rêves à réaliser.
Alain Boinet : Je vous souhaite de réaliser ces rêves !
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