Reportage en Arménie

Que faire pour les réfugiés de l’Artsakh ?

Un reportage d’Alain Boinet

Le monastère de Khor Virap est un lieu de pèlerinage prisé des Arméniens et des touristes qui, depuis son promontoire, peuvent apprécier la vue sur Ararat. © Diego Delso, delso.photo, License CC-BY-SA

J’ai effectué un voyage en Arménie pour les réfugiés de l’Artsakh du 25 novembre au 7 décembre 2023 où j’ai réalisé ce reportage au jour le jour. L’objectif était d’aller à la rencontre des réfugiés et de l’Arménie qui les accueille, tout en évaluant les besoins urgents auxquels des organisations humanitaires pourraient répondre en lien avec les acteurs déjà présents, tant il y a à faire. Proportionnellement à la population Arménienne de moins de trois millions d’habitants, les 100.000 réfugiés Arméniens de l’Artsakh représenteraient 2,7 millions de réfugiés arrivés en France en moins de 10 jours. Cela donne une idée de ce que représente leur accueil et leur insertion.

Mardi 28 novembre 2023. Parti au petit matin d’Erevan, capitale de l’Arménie, nous roulons à vive allure sur une route enneigée en direction de la région du Tavouch au nord-est du pays le long de la frontière avec l’Azerbaïdjan. Nous sommes une dizaine dans deux véhicules avec l’ambassadeur de France, l’Association des Maires Ruraux de France et le Fonds Arménien de France

A Ilijan, nous visitons le collège agricole régional du Tavouch qui depuis 2022 porte le nom de Patrick Devedjian qui a soutenu ce projet avec le Conseil Départemental des Hauts de Seine. La rénovation complète du bâtiment va bon train ainsi que l’apport de matériels pédagogiques pour les laboratoires et une formation du personnel qui enseigne en Arménien ainsi qu’en Français. Les jeunes élèves sont issus de familles rurales du Tavouch et l’idée est d’impliquer leurs parents dans le but de développer les productions agricoles et l’élevage familial. En Arménie, si l’agriculture représente 40% de la population, elle ne compte que pour 15 à 20% du PIB. Il y a là un sérieux enjeu de souveraineté alimentaire et de productivité. Dans les couloirs du collège, nous découvrons les photos des soldats Arméniens tués au combat, d’anciens élèves très jeunes.

A Ilijan, une jeune fille nous invite au partage du pain et de sel. © Alain Boinet

Toujours à Ilijan, nous sommes accueillis à l’entrée d’une grande école primaire par une jeune fille en tenue traditionnelle qui nous invite à l’entrée au partage traditionnel du pain et du sel avec ici le président de l’association des Maires de France, Michel Fournier, et les membres de notre délégation.   Les enfants et adolescents ont préparé avec leurs professeurs des poèmes et des chansons en arménien et en français. Sur les murs, des affiches représentent Charles Aznavour et la tour Eiffel, des grandes villes de France. Ces jeunes élèves chantent à l’unisson l’hymne Arménien puis La Marseillaise et l’on est ému de les entendre réciter les paroles d’une chanson de Jacques Brel et de conclure par un spectacle pour la paix si précieuse pour l’Arménie. Olivier Decottignies, ambassadeur, les remercie chaleureusement et les encourage. Beaucoup d’établissements scolaires accueillent de jeunes réfugiés de l’Artsakh.

Après une longue piste en montagne, nous déjeunons dans une cabane d’Alpage où un couple s’occupe du bétail monté dans les estives depuis le printemps. Un déjeuner de nombreux plats arméniens et la bonne humeur nous y attendent. Au retour, nous assistons dans une mairie à la présentation d’un projet soutenu par l’AMRF et son président pour la Côte d’Or, Bruno Bethenod Courtage, qui regroupe des petits éleveurs des environs dont le lait sera collecté pour la fabrication de fromage. Sa directrice a suivi une formation à Montbéliard en Haute-Saône.

Il fait nuit quand nous rejoignons le village de Lusadzor et l’une des fermes les plus modernes d’Arménie. Projet initié par le Fonds Arménien de France et soutenu par le Conseil départemental des Hauts-de-Seine depuis 2009. Michel Pazoumian, vice-président et David Alexandrian, ingénieur et chef de projet, nous présente cette ferme modèle qui compte 220 bêtes dont environ 135 vaches et des moutons dont le lait est transformé en fromage commercialisé dans les grandes surfaces du pays. Trois de ces fromages ont d’ailleurs obtenu une médaille de bronze au Mondial du Fromage cette année à Tours. La ferme ne cesse de se développer et de s’agrandir et bénéficiera en 2024 d’un système de traitement des eaux usées avec le soutien du SIAPP (Service public de l’assainissement francilien) utilisant la technique des filtres plantés.

En Arménie dans la région du Tavouch avec le vice-gouverneur Narek Ghushchyan, l’ambassadeur de France Olivier Decottignies, Dominique Vaysse, Conseillère adjointe de coopération et d’action culturelle, l’association des maires ruraux de France et son président Michel Fournier, le président de la Côte d’Or, Bruno Bethenod Courtage et Hélène Brégier-Brochet, le Fonds Arméniens de France avec son vice-président Michel Pazoumian et Défis Humanitaires avec Alain Boinet.

Mercredi 29 novembre, direction le Syunik. Après un passage rapide à Erevan, nous prenons la route avec Michel et David pour la région du Syunik, la plus au sud de l’Arménie pour rejoindre Goris puis Kapan.

Nous sommes passés par là en février 2021 avec Bernard Kouchner et Patrice Franceschi, à l’invitation de la Fondation Aurora, pour aller au Haut-Karabakh ou Artsakh via le corridor de Lachine contrôlé alors par l’armée Russe suite à l’attaque de l’Azerbaïdjan et à la guerre des 44 jours (septembre-novembre 2020) perdue par les Arméniens.

Jeudi 30 novembre. Au départ de Goris pour rejoindre Kapan, la route est longue, sinueuse et traverse de hautes montagnes enneigées et des précipices. En sens inverse, nous croisons des camions de marchandises venant d’Iran. A Kapan, nous avons rendez-vous avec la gouverneure adjointe ainsi que Karen, responsable des relations internationales et Nvard ingénieur responsable des projets. L’objectif est de faire le point sur un projet agricole, la réhabilitation d’un grand canal d’irrigation et la réhabilitation de maisons pour les réfugiés de l’Artsakh.

Il y a 400 à 500 familles de réfugiés arméniens de l’Artsakh dans le Syunik, soit 2500 à 3000 personnes. Les autorités ont déjà identifié 45 maisons qui devraient être réhabilitées pour un budget moyen de 10 millions de Dram, la monnaie arménienne, soit environ 20.000 euros chacune. L’Etat achètera les maisons, les fera réhabiliter, les affectera à des familles qui en deviendront propriétaires après 5 ans.

Quand nous abordons la reconstruction et le développement, Karen et Nvard nous rappellent que l’on est encore en phase d’urgence deux mois seulement après l’arrivée massive et rapide de 100.000 réfugiés de l’Artsakh. En fait, c’est l’éternelle question du fameux nexus humanitaire-développement qui s’applique aussi ici. Il faut simultanément penser à l’urgence de l’habitat, de l’emploi, de la scolarisation et déjà anticiper les phases suivantes qui nécessitent de prendre en compte les besoins des localités qui les accueillent.

Karen et Nvard, la quarantaine, nous indiquent que dans le Syunik sur 101 centres de santé, 70 seraient à réhabiliter. Un projet pilote de bungalow modulable est en cours sans faire cependant l’unanimité parmi les professionnels de santé. Des projets de clinique mobilise sont en cours avec l’association Santé Arménie et EliseCare. Mais, au moment où les réfugiés sont hébergés dans de nombreux villages du Syunik, qui va réhabiliter les centres de santé vétustes accueillant une population plus nombreuse ?

Réunion à la préfecture de Kapan dans la région du Syunik. © Alain Boinet

Il en est de même pour l’accès à l’eau potable. Si l’entreprise Véolia est à la demande de l’Etat Arménien en charge de l’eau dans le pays, 451 villages fonctionnent avec une régie municipale autonome n’ayant pas toujours les moyens de prolonger les réseaux existants sans même parler des fuites et de la gestion des installations. Et que dire de l’assainissement qui semble bien être un angle mort dans ces municipalités. Selon nos interlocuteurs à la préfecture de Kapan, 60% des villages du Syunik ont un problème d’eau avec une grande diversité de cas.

Nous reprenons la route vers la ville de Meghri située à la frontière avec l’Iran matérialisée par une double clôture et des caméras de surveillance. La gare hier prospère qui reliait l’Arménie à Bakou et Moscou est à l’abandon depuis l’indépendance en 1991 et la voie est coupée.

Ce coin d’Arménie paisible avec son magnifique coucher de soleil derrière de hautes montagnes, est pourtant au cœur de graves tensions géopolitiques avec l’Azerbaïdjan et la Turquie qui rêvent d’y installer un corridor déterritorialisé entre les deux pays via le Nakhitchevan Azéri. C’est le fameux « corridor de Zanguezour » de moins de 70 km de long qui fait tant redouter une agression militaire. L’Iran a prévenu que c’était là une ligne rouge et qu’elle était prête à entrer en guerre pour l’empêcher et garder ouverte vers le nord sa frontière avec l’Arménie qui voit passer chaque jour des centaines de camions iraniens de marchandises.

En remontant vers le centre-ville de Meghri, nous remarquons un poste de contrôle Russe du FSB et nous découvrons une garnison avec de nombreux soldats qui sont là dans le cadre d’accord de défense hérité de l’époque soviétique. L’Arménie, petit pays de 29.800 km2 avec moins de 3 millions d’habitants est coincé entre ses puissants voisins autoritaires qui rêvent d’empire quand la jeune démocratie arménienne souhaite se rapprocher des pays de l’Union Européenne.

A la mairie, ces tensions géopolitiques prennent une forme inattendue et grave de conséquence économique. Cette région qui bénéficie d’un microclimat très favorable est riche en fruits qu’elle exporte à 98% en Russie. Lilit, arboriculteur à Megrith, nous fait visiter ses vergers et ses installations de séchage. Mais les prix des figues, grenades et kakis se sont récemment effondrés suite à la décision de la Russie d’interrompre toutes ses importations pour sanctionner l’Arménie et la politique de rapprochement avec l’ouest qui lui déplait tant. C’est une production de près de 6000 tonnes de fruits frais ou secs qui sont bloqués. Avec le maire nous faisons des calculs pour estimer les prix et les coûts et si ces fruits pourraient être vendus en France.

Frontière entre l’Arménie et l’Iran avec la rivière Arak au fond. © Alain Boinet

Sur la route du retour, nous passons le col de Meghri à une altitude de 2535 mètres entouré de sommets enneigés. Au-delà de Kapan, après avoir passé un barrage de l’armée arménienne, nous prenons une route déserte qui longe la frontière avec l’Azerbaïdjan jusqu’au village de Shurnuk dont les maisons immédiatement à droite de la route se trouvent désormais en Azerbaïdjan et celles de gauche en Arménie ou l’on a creusé des tranchés au cas où ! Le maire parle avec Michel et David des serres où sont cultivés des légumes et de l’adduction d’eau et du réservoir construits avec le Fonds Arménien de France. La solidarité c’est bien l’espoir pour ces villageois isolés.

Samedi 2 décembre. « Le Centre culturel francophone de Goris a été fondé en 2006 grâce aux efforts communs des villes de Vienne en France, de Goris et de l’association SPFA » comme me l’explique Carmen sa directrice. Quand la vague des réfugiés venant de l’Artsakh est arrivée brusquement à partir du 19 septembre, la ville de Goris, les associations locales, le Centre Francophone et de nombreux habitants et volontaires se sont mobilisés pour les nourrir, les héberger dans les hôtels et les familles d’accueil et surtout pour accueillir ces réfugiés chassés de leur terre ancestrale et qui ont tout dû abandonner derrière eux. « Ils avaient besoin de tout ».

Carmen me présente Kariné, 59 ans, réfugiée avec ses trois enfants et ses neuf petits-enfants. « Nous avons quitté notre pays sans rien. C’est la seconde fois que nous avons été déplacés par la force. L’avenir c’est la paix. Mais l’avenir ne dépend pas de nous ». Pour subsister, Kariné vend des Jingalov Hats, sorte de crêpe aux herbes très prisées. Son fils Albert, 34 ans, a trois filles, Kaliné 4 ans, Iana 3 ans, Ariana un an et un garçon, Boris, né le 10 novembre ».  Albert a été blessé durant les combats et en ressent toujours les séquelles. Son rêve « j’aimerais que la paix domine dans notre pays. J’aimerais avoir une maison et un travail et compter sur moi-même ».

Avec Kariné, Albert et sa fille réfugiés de l’Artsakh à Goris. © CA

Les enfants et adolescents réfugiés sont maintenant scolarisés dans les écoles et les lycées. Ceux qui apprenaient le français en Artsakh, peuvent suivre gratuitement des cours au Centre francophone qui est également un lieu ou l’on peut se retrouver pour parler et s’entraider. Un atelier de couture y a été installé et des femmes réfugiées fabriquent de belles pochettes décorées de fruits qu’elles cherchent maintenant à commercialiser. Comme le dit Carmen « Il faut lutter pour avancer. Lutter, construire jusqu’à la fin car il y beaucoup de rêves à réaliser ».

En fin de journée, à l’hôtel Goris, nous retrouvons l’équipe de la Chambre d’agriculture du Rhône et de l’Isère avec Valérie, qui a une longue expérience du développement à l’international, Marie-Pierre, spécialisée sur les circuits de proximité, François, spécialiste des races ovines et Evelyne, animatrice de l’enseignement agricole. Ils réalisent une mission d’évaluation dans le cadre de l’accord entre la Région du Syunik et la Région Auvergne Rhône-Alpes dont l’objectif est d’améliorer la souveraineté alimentaire de cette région et l’insertion des réfugiés.

Dimanche 3 décembre. Après être allé acheter 10 crêpes Jingalov Hats à Kariné en lui disant au revoir, nous prenons la route pour Erevan où l’on pourra admirer au loin le Mont Ararat, symbole de l’Arménie, situé en Turquie. Durant le week-end, j’écris l’éditorial de décembre de Défis Humanitaires.

Lundi 4 décembre. Réunion au CICR (Comité International de la Croix Rouge) avec Thierry, chef de délégation. Le CICR est présent dans la région depuis 1992, en Arménie, en Artsakh et en Azerbaïdjan. Le CICR apporte son soutien à la Croix Rouge Arménienne, notamment pour le 1er niveau de santé mentale dont il constate les effets suite à l’exil forcé des réfugiés. Il travaille parallèlement à la mise en place de protocoles avec le ministère de la Santé et l’OMS, notamment dans le domaine de l’urgence des premiers secours.

L’action du CICR s’étend à d’autres domaines comme la relance de l’agriculture et la réhabilitation de systèmes d’adduction d’eau. Comme tous les chefs de délégation, Thierry a une longue expérience de terrain et sait de quoi il parle tout en nous rappelant que les réfugiés sont sous la responsabilité du HCR. Il reçoit quotidiennement des demandes des réfugiés comme, par exemple, retrouver du bétail, un chien, un chat, des papiers officiels, des dossiers médicaux qui sont restés sur place au moment des bombardements et de la fuite des populations.

Depuis, le CICR a évacué 300 corps de personnes tuées les 19 et 20 septembre. Aujourd’hui, il reste moins de 100 habitants dans cette région de l’Artsakh qui en comptait 120.000 ! Thierry parle du deuil des réfugiés, des cimetières en Artsakh et de la question du retour éventuel, du statut des réfugiés, comme il dit « ça va être compliqué » et douloureux !

Mardi 5 décembre. Ayant constaté le besoin d’accès à l’eau potable et à l’assainissement dans les villages du Syunik, grâce à l’ambassade de France, je rencontre la directrice de Véolia, Marianna. Véolia est présent en Arménie depuis 2006. Durant dix ans, à la demande des autorités, dans le cadre d’un contrat d’affermage, Véolia a été et est toujours en charge de l’approvisionnement en eau de la capitale Erevan. L’Etat a ensuite étendu le contrat de Véolia à tout le pays à l’exception de 451 villages qui sont en régie municipale. J’explique ce que j’ai vu et entendu des besoins de certains de ces villages à Marianna et à Arman, son secrétaire général, en indiquant que je pense en parler au retour à Paris afin de mobiliser si possible des acteurs capables de répondre aux besoins de certains de ces villages. Bien que cela ne relève pas de leur propre responsabilité, Mariana me confirme l’utilité et l’intérêt d’un tel projet ainsi que pour créer une dynamique de modernisation répondant mieux aux besoins des usagers et des réfugiés.

Captage de source du Fonds Arménien de France pour le village de Shurnuk © Alain Boinet
Construction du réservoir d’eau de Shurnuk. © Alain Boinet

Samedi 6 décembre. L’ambassadeur de France, Olivier Decottignies, a organisé une réunion qui aborde plusieurs des aspects de la coopération : éducation, francophonie, humanitaire, développement et économie avec quatre de ses collaborateurs. Dominique Waysse, adjointe du conseiller de coopération et d’action culturelle, souligne l’intérêt pour l’Arménie de la mise en valeur de son patrimoine, de la demande de francophonie et du grand besoin de livres de littérature française contemporaine pour les bibliothèques.

Pour l’AFD, Lise signale la plateforme de coordination mise en place par le gouvernement et les groupes de travail concernant l’irrigation et l’agriculture. Par ailleurs, les priorités sont nombreuses dans les domaines du logement et de l’emploi pour les réfugiés, maintenant et à moyen terme. L’AFD dispose de divers outils de partenariat pour des projets en Arménie.

Du côté de l’urgence, Marie rappelle les chiffres, environ 25.000 familles pour 100.000 réfugiés dont 15.000 dans le Syunik. En 2023, le Centre de Crise et de Soutien (CDCS) du ministère de l’Europe et des affaires étrangères a mobilisé près de 30 millions d’euros pour son aide humanitaire. Des ONG humanitaires sont actives depuis la fin 2020 comme ACTED, Caritas-Secours Catholique, ACF, MDM, People In Need, Santé Arménie et d’autres encore. A noter l’intérêt des jumelages et des partenariats entre collectivités locales.

En matière d’économie, Boris attire notre attention sur le déséquilibre entre la capitale et les campagnes qui nécessite un soutien aux villes moyennes et en zone rurale tout en mettant en valeur la qualité des partenariats en matière de santé, notamment les Hospices de Lyon qui réunissent 13 hôpitaux publics d’excellence qui assurent la formation d’étudiants arméniens.

L’ambassadeur souligne la nécessité de renforcer les infrastructures d’accueil des réfugiés, d’apporter un soutien aux collectivités qui les reçoivent, de penser aux enfants traumatisés, de soutenir la réinsertion des agriculteurs et éleveurs dont les familles comptent 60.000 personnes. A une question qui lui a été posée il y a quelques jours, il a répondu « Ma feuille de route c’est de soutenir l’Arménie ».  Je peux ici témoigner de la disponibilité de l’ambassade pour le soutien à l’Arménie.

Conseillère de la ministre de la Santé au titre de la coopération du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères et d’Expertise France, le docteur Laurence Terzan a une longue expérience internationale. Elle insiste sur la nécessité d’une bonne coordination des initiatives de santé. Il y a beaucoup à faire, particulièrement pour les centres de santé primaire, la formation médicale et paramédicale et de nouvelles initiatives sont les bienvenues pourvu qu’elles se coordonnent afin de gagner en cohérence et en synergie.

Avec les étudiantes et les professeurs au Centre Francophone SPFA d’Erevan. © Alain Boinet

Dimanche 7 décembre. Je rentre aujourd’hui à Paris en emportant avec moi beaucoup de souvenirs des personnes rencontrées, de la difficile vie de réfugiés déracinés malgré l’accueil de l’Arménie, des incertitudes et des menaces comme de la multitude d’actions positives de solidarité qui apportent  des secours et de l’espoir.

Ainsi, de ma rencontre en début de séjour avec Habetnak et Hélène au Centre Francophone d’Erevan créée en 1991 par le SPFA.  Il y a 7 Centres Francophones en Arménie et le 8ème à Stepanakert, capitale de l’Artsakh, maintenant fermé revit pour une part au Centre Francophone d’Erevan où j’ai eu la chance de rencontrer une quinzaine d’étudiantes de 13 à 17 ans chassées de l’Artsakh. Elles se sont présentées à tour de rôle, l’une d’entre elles a chanté, une autre m’a remis une lettre racontant l’exil de sa famille, ses interrogations et ses espoirs, l’une essuyait ses larmes et nous avons pris une photo souvenir en attendant les livres de littérature française contemporaine qu’elles aimeraient lire et qui manquent dans leur bibliothèque.

Serge, Emma, Nelly, Nathaly, Arut, Areik, une famille de l’Artsakh relogée à Erevan m’a invité à déjeuner un dimanche. Nous avons partagé les Jingalov Hats, sorte de crêpe remplie d’herbes délicieuses et le gâteau confectionné par Emma. En les écoutant, j’ai compris les difficultés quotidiennes, les désillusions du présent, les incertitudes de l’avenir, mais également leur attachement à leur terre natale et leur énergie pour relever ce défi de l’exil et d’une nouvelle vie.

J’ai aussi mieux compris cette remarque entendue lors d’une conversation « C’est maintenant que les difficultés commencent ».

En Arménie, pour les réfugiés de l’Artsakh, les besoins de santé, en eau potable et assainissement et pour l’éducation et la francophonie ne manquent pas et notre solidarité est sans doute la meilleure réponse possible.

 

Alain Boinet

Alain Boinet est le président de la Revue en ligne Défis Humanitaires www.defishumanitaires.com et le fondateur de l’association humanitaire Solidarités Humanitaires dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources.

 

 

 

La solidarité internationale, enjeu clé de l’intégration des réfugiés du Haut-Karabakh en Arménie

© IOM Les réfugiés du Karabakh reçoivent des secours humanitaires à Goris, une ville frontalière d’Arménie

L’arrivée sur le territoire de l’Arménie de plus de 100 000 réfugiés de la région du Haut-Karabakh/Artsakh en 10 jours provoque une crise humanitaire majeure. Pour ce petit pays de 2,8 millions d’habitants, enclavé et aux ressources modestes, 100 000 personnes représentent 3% de sa population. Pour comparaison, cela équivaudrait à l’arrivée en France de 2 millions de personnes en 10 jours. Pour la 1ere fois en vingt-cinq siècles, il ne reste plus d’Arméniens en Arstakh. C’est dire que cette crise est bien plus qu’un problème humanitaire à régler en l’espace de quelques mois à quelques années. C’est le drame de tout un peuple. Aider la jeune démocratie arménienne à le surmonter, une responsabilité morale internationale.

Pourquoi cet exode massif ? Pour le comprendre, il faut brosser à grands traits l’histoire récente d’un conflit qui a plus de cent ans. Située dans l’Azerbaïdjan voisin, la région du Haut-Karabakh a fait l’objet de 4 guerres depuis 1988, époque où elle était une Région Autonome soviétique. Composée à très grande majorité d’Arméniens (75% en 1989) lassés de subir discriminations sociales et culturelles, et anxieux face à la déperdition relative de leur population, la région du Haut-Karabakh avait exprimé, par la voix de son Soviet (Assemblée), le souhait de se rattacher à l’Arménie soviétique voisine en vertu du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. L’Azerbaïdjan soviétique, à qui la région du Haut-Karabakh avait été attribué par Staline en 1921, a répondu d’une part par l’ultra-violence exercée contre les Arméniens vivant sur son sol ; et d’autre part, par l’autoritarisme en abolissant le statut d’autonomie de la région. C’est ainsi que trois pogroms eurent lieu entre 1988 et 1991, qui provoquèrent la fuite en masse des Arméniens d’Azerbaïdjan vers l’Arménie et des Azéris d’Arménie vers l’Azerbaïdjan.

Référendum du 2 septembre 1991 : le début de l’indépendance de la République d’Artsakh (Photo : The Armenian Genocide Museum-Institute Fondation)

Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes s’est de nouveau exprimé, cette fois directement par un référendum en 1991. En utilisant la loi soviétique sur la sécession, l’unanimité de la population arménienne de la région s’est exprimée pour devenir indépendant de l’URSS. Au même moment et en vertu de la même loi, l’Azerbaïdjan soviétique devenait également indépendant. Avec l’effondrement de l’URSS, la région du Haut-Karabakh, soutenue par l’Arménie, s’est ainsi retrouvée aux prises avec une première guerre (1991-1994) qui lui donna une indépendance de facto pendant vingt-six années de cessez-le-feu. Des territoires azerbaïdjanais en pourtour de la région du Haut-Karabakh devaient permettre de négocier un statut contre leur restitution. La paix ne l’emporta pas. Un conflit de basse intensité a perduré, émaillé de violations régulières et d’une guerre éclair (2016). Pendant ce temps, en Azerbaïdjan, Ilham Aliev, despote qui tient le pouvoir de son père depuis 2003, construisait sa légitimité interne sur le revanchisme et l’arménophobie. Fort des revenus d’exportations du pétrole et du gaz et d’une alliance stratégique avec la Turquie, l’Azerbaïdjan a lancé une seconde guerre, en 2020, dite des « 44 jours », qu’elle a remportée haut la main. Cette victoire militaire massive lui permet de récupérer les territoires qui devaient servir de monnaie d’échange et de conquérir une partie de l’ancienne région autonome du Haut-Karabakh. Un nouveau cessez-le-feu, très fragile, est instauré en novembre 2020, garanti par des forces d’interposition russes.

Sur la route de l’exode forcé de plus de 100 000 Arméniens du Haut-Karabagh vers l’Arménie. @Twitter

L’exode forcé, une forme de nettoyage ethnique

Pour les Artsakhiotes, la situation sécuritaire sur place est extrêmement précaire dès 2021, la Russie utilisant la vie des Arméniens du Haut-Karabakh comme monnaie d’un chantage politique permanent sur l’Arménie, mettant en péril sa souveraineté et son indépendance. L’Arménie résiste tant bien que mal à la pression conjuguée russo-azerbaïdjanaise, au prix d’agressions militaires et d’occupations de portions de son territoire par les forces azerbaïdjanaises à plusieurs reprises en 2021, 2022 et 2023. Face à cette résistance, Bakou décide de mettre la région du Haut-Karabakh sous blocus en décembre 2022, en fermant le corridor de Latchine, la seule route terrestre reliant l’Arménie au Haut-Karabakh. Enfin, une guerre-éclair, camouflée sous le sobriquet « d’opération anti-terroriste » est déclenchée contre la région le 19 septembre 2023. Vingt-quatre heures de bombardements et de combats contre la petite armée d’autodéfense aboutissent à une capitulation totale : dissolution des forces d’autodéfense et des structures représentatives de la région en vue d’une « intégration » manu militari dans un Azerbaïdjan répressif, ultra-violent et arménophobe. Leurs dernières défenses tombées, les Arméniens d’Artsakh fuient leur patrie, leurs maisons et leurs champs, leurs monastères et leurs églises, leurs écoles et leurs cimetières.

En utilisant les bombardements ajoutés aux neuf mois de blocus de l’Artsakh, Bakou s’est rendu coupable de violations continues du droit humanitaire international aboutissant au départ forcé des Arméniens d’Artsakh. Le nettoyage ethnique n’est pas une catégorie juridique, mais il a été décrit de manière circonstanciée dans les rapports internationaux qui ont accompagné les guerres de l’ex-Yougoslavie dans les années 1990. Les experts onusiens mandatés pour étudier les violations l’ont décrit comme suit : « une politique intentionnelle mise en œuvre par un groupe ethnique ou religieux pour supprimer la population civile d’un autre groupe ethnique ou religieux d’une aire donnée par des moyens violents ou terroristes. » La crise que connaissent les Arméniens face à ce drame de la dépopulation de l’Artsakh n’est pas seulement matérielle et humaine, elle est aussi psychologique à l’échelle de la nation, et politique au niveau national et régional.

L’année qui s’ouvre va être déterminante pour la réussite ou l’échec de l’intégration des Artsakhiotes dans la société arménienne. Grâce à l’extraordinaire élan de solidarité et de fraternité, la première étape de cet accueil, qui a reposé uniquement sur les ressources et l’énergie des Arméniens, ne se déroule pas trop mal. Mais déjà, de nombreuses difficultés sont observables tenant à des causes structurelles (capacités d’accueil des établissement scolaires, disponibilité des emplois etc.), que l’Etat arménien ne pourra pas résoudre seul.

Des bénévoles et des humanitaires distribuent à la frontière avec l’Arménie des produits de première nécessité aux réfugiés forcés fuyant l’Artsakh. Photo : Arshaluys Barseghyan/OC

Accueillir les Arméniens chassés d’Artsakh.

Depuis le 24 septembre, l’Etat et la société arméniennes font de leur mieux pour accueillir leurs compatriotes chassés d’Artsakh. Le gouvernement a réussi à organiser trois principaux points d’accueil, de distribution et d’enregistrement à Kornidzor, Goris (Syunik, région sud de l’Arménie) et Vayk (Vayots Dzor, région centre de l’Arménie), où des milliers de bénévoles se sont portés volontaires. Les arrivants s’y sont faits enregistrer et y ont reçu les premiers soins, y compris médicaux ; de la nourriture et des vêtements ; ils pouvaient faire le plein de leur voiture gratuitement, etc. Des hôtels, des auberges, des maisons et des appartements privés, des sanatoriums et des salles d’accueil spécialement équipées, tous listés dans les jours qui ont suivi les attaques sur le Haut-Karabakh, servent de points d’accueil temporaires. Sans compter l’accueil spontané chez l’habitant, si fréquent que le gouvernement a assez rapidement prévu des aides financières pour les familles d’accueil, dont certaines sont très modestes. Sans les associations locales et les bénévoles, cette première phase aurait été beaucoup plus chaotique. Situation assez unique en son genre : cet afflux massif a été géré sans avoir recours ni à des installations dans des tentes ni à des camps de réfugiés. Certaines sociétés du secteur privé se sont également spontanément jointes à l’effort collectif, que ce soit sous la forme de dons en nature (restauration, téléphonie mobile) ou en numéraire. Le gouvernement arménien a, à ce jour, prévu 23 millions de dollars dans son budget 2024 pour les réfugiés en précisant que ce montant pourrait être augmenté en fonction de l’évolution de la situation. Des aides financières à hauteur de plusieurs centaines d’euros sur six mois sont versées à chaque réfugié (y compris les enfants) en aide à l’achat d’équipements et subsides pour les charges communales. Depuis la fin de la guerre des 44 jours, c’est plus d’un milliard de dollars du budget arménien qui a été alloué à la région du Haut-Karabakh en aide humanitaire. On suppose qu’une grande partie de cette somme pourra être affectée sur des programmes d’installation de moyen et long-terme des réfugiés.

Tirer les leçons du passé pour une intégration réussie des réfugiés  

Si on en juge par les expériences passées d’accueil de réfugiés en Arménie, on peut raisonnablement supposer que l’Arménie n’instrumentalisera pas les réfugiés d’Artsakh dans le but d’en faire des brandons de haine vis-à-vis des Azerbaïdjanais ni une unité monnayable pour des dividendes politiques à l’international. Elle ne l’a pas fait dans les années 1990, alors que des chassé-croisé des populations arméniennes d’Azerbaïdjan et azéries d’Arménie avaient eu lieu (450 000 Arméniens d’Azerbaïdjan et 220 000 Azéris d’Arménie partent). Elle ne l’a pas davantage fait pendant la 1ere guerre du Haut-Karabakh, quand 45000 Arméniens et 680 000 Azéris fuyaient les zones de combat, de Chahoumian au nord du Haut-Karabakh pour les premiers et de sept régions périphériques pour les second, conquises par les troupes adverses. En Azerbaïdjan, nombreux sont les déplacés internes qui depuis 1993 vivent encore dans des bâtiments communaux (écoles, gymnases) voire des constructions de fortune construites de manière anarchique sur des toits d’immeubles. Outre que la redistribution sociale n’existe pas dans ce type de régime oligarchique et autoritaire reposant sur un homme fort et son clan, le maintien de ces populations dans une grande précarité sert à entretenir le revanchisme et l’arménophobie sur lesquels le régime d’Aliev a bâti sa légitimité intérieure. Les réfugiés d’Artsakh n’auront pas à subir un douloureux parcage volontaire dans des abris précaires. Néanmoins, des difficultés d’ordre structurel se présentent, qui, si elles ne trouvent pas de solution, risquent de décourager l’installation permanente des réfugiés en Arménie. Elles tiennent aux capacités de l’Etat en termes de structures d’accueil, en particulier des écoles et des maternelles ; et de bassins d’emplois. Le gouvernement tente d’orienter l’installation vers des écoles où des places sont disponibles, mais la décision de la localisation géographique revient in fine à chaque famille. Or l’intégration des Arméniens d’Artsakh, y compris les 30000 ayant perdu leur foyer à l’issue de la guerre de 2020, est essentielle au niveau humain, pour que ces personnes retrouvent un avenir, mais aussi au niveau politique et moral pour la société et la démocratie arméniennes.

Infirmières en formation au Collège médical de Stephanakert, capitale du Haut-Karabakh, celles-ci ont dû fuir la ville, suite à l’attaque de l’Azerbaïdjan des 17 et 18 septembre 2023 ©A.Boinet

La démographie, une question d’avenir et de survie.

L’Arménie a un problème de démographie qui, pris sur le long terme, représente une menace majeure. Depuis déjà 2006, la diminution de la population du fait de l’émigration des années 1990 et 2000, et le vieillissement couplé au faible nombre des naissances, a été identifié comme un problème stratégique national, sans que rien ne soit vraiment fait pour y remédier. Les premières timides tentatives de se préoccuper du problème apparaissent en 2018, après « la révolution de velours ». Le gouvernement de Pashinyan met en place des allocations familiales et entreprend une réforme -en cours- du système de santé. A en juger par les expériences passées d’accueil de réfugiés, on n’est guère enclin à l’optimisme. Les vagues de réfugiés arméniens fuyant des guerres au Moyen-Orient dans les années 2000 et 2010 (Liban, Iran, Syrie) sont souvent arrivées en Arménie pour en repartir quelques années plus tard vers des pays aux situations économiques et sociales plus attrayantes. La question de la répartition géographique des réfugiés d’Artsakh se pose aussi. Sur un plan stratégique, il serait crucial que ces populations habitent en priorité les régions du sud, du centre et de l’est. Mais le risque d’une nouvelle guerre de l’Azerbaïdjan contre l’Arménie, qui viserait d’abord ces régions, est trop élevé pour le permettre : la crainte de s’installer près de frontières non seulement menacées mais où, depuis deux ans et demi, les forces azerbaïdjanaises ont pénétré parfois profondément, est palpable. On estime à environ 1/3 les personnes qui se sont dirigées vers Erevan et les faubourgs. Parmi les deux tiers restants, les provinces de Ararat et Kotayk, limitrophes de Erevan, ont été préférées. Depuis la fin de la guerre des 44 jours en 2020, les forces azerbaïdjanaises ont régulièrement attaqué l’Arménie. L’épisode le plus violent et le plus grave en termes territoriaux et humains s’est déroulé en septembre 2022. Des positions stratégiques sur les hauteurs ont été prises. Nombreux sont les hameaux où les paysans n’ont plus accès à leurs pâturages, aussi bien dans le sud que l’est du pays. La ville de Djermouk, ville touristique importante connue pour ses cures thermales et son eau pétillante, souffre énormément de la présence des troupes azerbaïdjanaises à quelques kilomètres de la ville, comme un rappel de l’épée de Damoclès suspendue en permanence au-dessus de la tête des Arméniens.

Des enfants du Haut-Karabakh jouent à Goris. Photo : Arshaluys Barseghyan/OC Media.

L’enjeu d’une solidarité internationale durable

L’aide humanitaire financière promise et qui a commencé à arriver est importante. La France fait partie des donateurs les plus généreux avec 11 millions d’euros. L’ONU a promis 97 millions. Mais c’est sa présence sur le long terme et sa coordination avec des besoins identifiés et exprimés par le gouvernement arménien qui pourront faire une vraie différence. A ce jour, un plan sur six mois est prévu. Ce sera trop peu pour assurer l’intégration des réfugiés. Il est nécessaire de passer ensuite à des plans structurels économiques, sociaux, et en ciblant particulièrement les régions afin d’encourager l’installation de long terme des réfugiés dans les zones les plus dépeuplées. Une conférence internationale réunissant donateurs internationaux, bailleurs de fonds internationaux, avec un accent particulier sur les françaises comme l’AFD, grands ONG internationales, ONG et associations locales, associations arméniennes de diaspora, et institutions gouvernementales nationales et régionales, serait indiquée pour coordonner l’effort. Elle aura aussi pour vertu, et non des moindres, de rassurer les Arméniens sur le fait que qu’ils ne seront pas livrés à eux-mêmes pour faire face à la gestion de cette crise. Un élan de solidarité sur le long-terme ferait un heureux contrepoint à la solitude profondément injuste que les Arméniens d’Artsakh ont connu depuis trente ans. Hormis la Croix Rouge, aucune association ou ONG internationale n’a porté assistance aux Arméniens d’Artsakh sous le prétexte que la république du Haut-Karabakh n’était pas reconnue par la communauté internationale ; puis, après 2020, que la région faisait partie des affaires intérieures de l’Azerbaïdjan. Le droit international a échoué à protéger les Arméniens du terrorisme d’Etat de l’Azerbaïdjan. Nous pouvons former le souhait que la solidarité internationale se tienne aux côtés de la jeune démocratie arménienne et l’aide à relever le défi de l’intégration des réfugiés d’Artsakh pour rouvrir l’espoir d’une vie décente à ces hommes, femmes et enfants sur le sol de l’Arménie.

Taline Papazian

Taline Papazian, docteure en science politique, enseignante à Sciences Po Aix. Spécialiste des conflits armés dans les États post-soviétiques, en particulier sur le cas de l’Arménie. Elle dirige également l’organisation sans but lucratif Armenia Peace Initiative (armeniapeace.org).