Reportage sur les Ateliers WASH de l’Humanitaire 2025

Edition 2025 des Ateliers WASH de l’humanitaire © Fondation Veolia

Pendant 2 jours complets, les Ateliers Wash de l’Humanitaire rassemblent des experts du secteur pour échanger sur les avancées et les défis techniques en matière d’eau, d’hygiène et d’assainissement (EHA) en contexte humanitaire.

Organisés par la fondation Veolia et le Partenariat français pour l’eau, ces ateliers s’inscrivent dans un domaine en constante évolution face aux crises mondiales de plus en plus nombreuses, de plus en plus longues, et faisant de plus en plus de victimes civiles.

Un rassemblement d’experts pour faire avancer l’humanitaire

La 3ème édition des Ateliers Wash de l’Humanitaire a cette fois rassemblé une soixantaine de participants, offrant des profils variés :

  • ONG comme Médecins sans frontières (MSF), Solidarités International, la Croix-Rouge française, etc.
  • Acteurs du privé
  • Agences onusiennes comme le HCR
  • Agences de l’eau, etc.

Cette diversité des participants a ainsi permis des discussions riches en connaissances et retours d’expérience entre des professionnels engagés dans la mise en œuvre de solutions durables pour l’accès à l’eau et l’assainissement en situation d’urgence.

Les conférences permettent d’aborder des sujets au cœur des enjeux actuels du secteur humanitaire. On y aborde entre autres des thématiques comme le traitement et la réutilisation des eaux usées, la gestion des déchets, l’optimisation des réseaux d’eau et les nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle appliquée aux contextes humanitaires. Des dispositifs innovants y sont également présentés comme le Saniforce 500 et la Reutbox, illustrant les avancées exceptionnelles du secteur en matière de technologies. Enfin, les différents acteurs de l’humanitaire offrent des retours d’expériences sur des terrains comme Gaza ou Mayotte pour partager leurs solutions mais également les problèmes rencontrés sur place.

Présentation de EPUR (filiale de Veolia) © Fondation Veolia

Des innovations techniques au service de l’urgence humanitaire

  1. Le Saniforce 500 : une révolution dans le traitement et la désinfection des boues

Le Saniforce 500 a été conçu par la fondation Veolia pour les conditions d’urgence humanitaire dans le but de traiter les boues fécales avec une faible consommation d’énergie. Le Saniforce 500 se base sur un processus de digestion-pasteurisation, permettant de désactiver les agents pathogènes en endommageant leurs cellules grâce aux effets de la température.

Le processus se compose d’un prétraitement avec une digestion anaérobie et d’un post-traitement, durant lequel les boues sont chauffées à 70 degrés pendant une heure grâce à une eau chauffée par des panneaux solaires et par le biogaz récupéré de la décomposition des boues. Le digestat peut ensuite être réutilisé comme fertilisant agricole par exemple.

Le Saniforce 500 est capable de traiter 500 litres de boues par jour avec une réduction des pathogènes de 99,9%. Il est facilement déployable et utilisable par les équipes locales.

Testé en Ouganda dans un camp de réfugiés, le dispositif a suscité un grand intérêt parmi l’assemblée. Les discussions ont mis en lumière la nécessité de formations pour assurer une utilisation optimale en sécurité, notamment en contexte de crise.

Infographie du Saniforce 500 © Fondation Veolia

2. La Reutbox : vers une réutilisation des eaux usées

La Reutbox est une solution innovante développée pour permettre la réutilisation des eaux usées en sortie de station d’épuration, notamment en contexte humanitaire. Développée par EPUR (filiale de Veolia), elle est installée dans un conteneur de 10m³, pour pouvoir être déployée rapidement sur le terrain. La Reutbox permet de recycler les eaux usées selon différents niveaux de qualité en fonction de l’usage prévu : irrigation agricole, recharge des nappes, irrigations de stades, etc.

Les eaux usées subissent une série de filtrations et de désinfections, permettant d’obtenir une eau répondant à des critères de qualité allant de A à D, selon la réglementation en vigueur. Toutefois, la mise en œuvre de cette technologie en contexte humanitaire soulève plusieurs défis. La qualité initiale des eaux usées est souvent très variable, surtout en zone d’urgence, où les infrastructures de traitement de l’eau sont souvent rudimentaires, voire inexistantes, et peut nécessiter un prétraitement spécifique avant d’être introduite dans la Reutbox. Les intervenants ont donc insisté sur l’importance de réaliser des études préalables sur la qualité des eaux disponibles, la disponibilité de l’électricité ou encore la nécessité d’un entretien régulier des équipements, avant le déploiement d’une Reutbox sur le terrain.

Malgré ces défis, la Reutbox représente une avancée considérable dans le domaine du traitement et de la valorisation de l’eau en situation humanitaire. Son potentiel d’innovation est immense, notamment pour réduire la pression sur les ressources en eau dans les zones où l’eau est déjà une ressource rare.

La Reutbox aux Ateliers WASH 2025 de l’humanitaire © Fondation Veolia

Des débats techniques de haut niveau révélant l’évolution du secteur

L’humanitaire ne se limite plus à une simple réponse d’urgence visant à apporter de l’eau potable aux populations en détresse. Si cette mission reste essentielle, elle s’accompagne aujourd’hui d’une réflexion beaucoup plus large sur la gestion durable des ressources, l’efficacité des infrastructures et l’impact environnementales des interventions.

Les discussions entre les différents acteurs lors des ateliers ont mis en évidence une vision basée davantage sur le long terme, en intégrant des solutions pérennes aux opérations, tout en tenant compte des réalités locales et des évolutions technologiques. Cette volonté de créer des systèmes robustes et durables, capables de fonctionner même après le départ des ONG passe par plusieurs approches :

  • L’optimisation des infrastructures : les humanitaires développent des réseaux d’eau durablement intégrés aux communautés locales.
  • La réduction des pertes et l’efficacité hydraulique : dans les camps de réfugiés ou les zones sinistrées, les infrastructures mises en place doivent être optimisées pour minimiser le gaspillage et assurer un accès équitable aux ressources en eau.
  • L’innovation dans le traitement des eaux et des boues : l’évolution des technologies permet d’aller au-delà de la simple distribution d’eau potable. Les solutions présentées plus haut comme le Saniforce 500 ou la Reutbox démontrent un réel investissement du secteur dans une meilleure gestion des eaux et des boues pour améliorer les conditions de vie localement.

Un des débats majeurs des Ateliers Wash a porté sur l’osmose inverse, une technologie efficace pour purifier l’eau saumâtre mais qui pose des défis logistiques et environnementaux. Très utilisée dans des contextes comme Gaza, où les ressources en eau sont extrêmement limitées, elle reste énergivore et produit une saumure concentrée, dont l’élimination peut poser des problèmes environnementaux. De plus, sa maintenance est complexe, nécessitant des pièces de rechange souvent difficiles à trouver sur place.

Un autre point de discussion a concerné la reminéralisation de l’eau traitée. L’osmose inverse supprime presque tous les minéraux, ce qui peut poser des problèmes nutritionnels si l’eau est consommée sur le long terme. Certaines ONG testent des solutions alternatives, comme l’évaporation solaire, mais celles-ci restent limitées en capacité. Les experts réunis lors des Ateliers Wash ont ainsi insisté sur la nécessité de former les équipes humanitaires et de développer des solutions hybrides, mieux adaptées aux réalités du terrain.

Ateliers Eau & Assainissement © Fondation Veolia

De nouveaux défis pour l’humanitaire : la gestion des déchets et l’intégration de l’intelligence artificielle

L’humanitaire fait face à des défis croissants tels que la gestion des déchets dangereux et l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans les opérations de terrain.

La question des déchets, longtemps mise de côté, devient un enjeu critique avec l’augmentation des équipements technologiques utilisés dans les interventions humanitaires. Déchets électroniques, batteries usagées, huiles et plastiques s’accumulent sans filière adaptée pour les recycler, posant alors un problème environnemental majeur. Lors des ateliers, MSF et la fondation Veolia ont fait part de leurs efforts pour structurer des solutions locales, favorisant le démantèlement et a valorisation sur place, pour éviter l’exportation systématique, coûteuse et complexe.

En effet, il existe sur place des solutions largement envisageables comme des démanteleurs, des recycleurs, des cimenteries capables de détruire les huiles usagées, etc. Cependant, certaines questions sont encore en suspens, notamment sur les critères fixés au départ, qu’il n’est pas toujours possible de respecter sur le terrain. On voit ici les limites des critères face au réalisme du terrain. De même, certains déchets ne trouvent encore pas de solution de recyclage comme les batteries au lithium, les piles ou les LED par exemple.

En parallèle, l’intelligence artificielle transforme progressivement les méthodes de gestion des infrastructures humanitaires. Certaines innovations permettent d’analyser en temps réel les réseaux d’eau, d’anticiper les pannes et d’optimiser la distribution pour limiter les pertes. L’IA est également utilisée pour effectuer une maintenance prédictive, détectant les dysfonctionnements assez tôt et réalisant des cartographies des ressources en eau pour planifier au mieux les interventions.

Mais ces technologies posent notamment la question de l’accessibilité et de la formation des potentiels utilisateurs. Les équipes doivent être accompagnées pour exploiter ces outils efficacement. La digitalisation des infrastructures humanitaires offre un immense potentiel, mais son succès dépendra de la capacité du secteur à intégrer ces innovations de manière inclusive et adaptée aux réalités du terrain.

Le Saniforce 500 aux Ateliers WASH 2025 de l’humanitaire © Fondation Veolia

Des enjeux stratégiques et politiques affectant l’avenir des solutions Wash

Si les avancées technologiques et les nouvelles approches humanitaires permettent d’améliorer l’accès à l’eau et à l’assainissement, leur mise en œuvre est souvent freinée par des enjeux stratégiques et politiques complexes. L’un des principaux défis concerne le financement. Si les fonds sont généralement disponibles pour les interventions d’urgence, il est beaucoup plus difficile d’obtenir des financements pour des solutions durables et intégrées. De nombreuses infrastructures mises en place dans les contextes humanitaires sont sous-financées à long terme, ce qui compromet leur maintien et leur efficacité sur le long terme et une fois l’urgence passée.

Un autre enjeu majeur est celui des conflits d’usage de l’eau. Dans certaines régions où les ressources hydriques sont très limitées, les interventions des ONG entrent en conflit d’usage avec les autres acteurs locaux comme l’agriculture. Il est donc très important d’évaluer en amont la géographie et les ressources disponibles pour éviter ces conflits d’usage. Lors des Ateliers Wash, l’importance d’une approche inclusive et concertée a été soulignée : les acteurs humanitaires doivent travailler avec les autorités locales, les entreprises et les communautés pour éviter ces conflits et garantir une gestion équitable de l’eau.

Enfin, l’impact du changement climatique rend ces enjeux encore plus critiques. Les sécheresses de plus en plus fréquentes, la raréfaction des nappes et les catastrophes naturelles intensifient la pression sur les ressources en eau. Il devient impératif d’anticiper ces bouleversements et d’intégrer des stratégies d’adaptation dans les politiques humanitaires. Cela passe par une meilleure cartographie des ressources en eau, des infrastructures plus résilientes et une sensibilisation accrue des populations à la gestion durable de l’eau.

L’avenir des solutions WASH en humanitaire dépend donc de la capacité des acteurs à mobiliser des financements pérennes, à travailler en concertation avec les autorités locales et à adapter leurs stratégies aux défis environnementaux et géopolitiques actuels.

 

Les Ateliers Wash de l’humanitaire sont un moment clé pour le secteur. En réunissant experts et praticiens, ils permettent de faire avancer les solutions techniques et d’améliorer les interventions humanitaires. L’évolution des débats et des innovations présentées montrent à quel point le domaine s’est professionnalisé, malgré les nombreux défis qui nécessitent encore débats et innovations.

 

India Hauteville

India Hauteville est diplômée d’un premier master en Politique Internationale à Sciences Po Bordeaux et actuellement étudiante au sein du master Intégration et mutations en Méditerranée et au Moyen-Orient à Sciences Po Grenoble. Elle est l’assistante actuelle du fondateur de Solidarités International, Mr. Alain Boinet.

Particulièrement intéressée par le conflit syrien, elle rédige actuellement un mémoire sur l’articulation entre les principes humanitaires et les réalités du terrain syrien, en prenant l’ONG Solidarités International comme étude de cas.

 

Je vous invite à lire ces articles publiés dans l’édition :

20 ans d’engagement « Au service de la solidarité et du développement humain »

Entretien avec David Poinard, Délégué général de la Fondation Veolia

Au Tchad, la fondation Veolia collabore avec l’UNICEF pour identifier des solutions d’accès à l’eau à la fois adaptées à cet environnement humanitaire et susceptibles d’être adoptées par les communautés locales. ©Véolia

Le lundi 18 novembre dernier, la fondation Veolia fêtait ses 20 ans… 20 ans, l’âge de la jeunesse… Mais, pour cette fondation atypique, unique en son genre en France, ces vingt années ont été celles d’une aventure humaine, d’une construction de soi pour toujours mieux unir l’accompagnement de projets et le mécénat de compétences, tout en optimisant au service des autres et de la planète les trois métiers fondamentaux du groupe Veolia (Eau, énergie et gestion des déchets). Lors de cette soirée, Antoine Frérot, Président du groupe Veolia et de la fondation Veolia, et d’autres intervenants, ont pris la parole devant près de deux-cent invités, volontaires de Veoliaforce, partenaires humanitaires ou institutionnels, porteurs de projets… Pour Défis Humanitaires, cet anniversaire est l’occasion de faire un bilan, de rappeler les fondamentaux de cette fondation qui est aujourd’hui un acteur incontournable de l’humanitaire, du développement, de l’accompagnement d’initiatives et de la défense de l’environnement comme de la biodiversité. Entretien avec David Poinard, délégué général de la fondation Veolia.

Cet entretien s’inscrit dans une série d’entretiens publiés avec CartONG, Résonances Humanitaires (RH), INSO, la Coordination Humanitaire et Développement (CHD), Première Urgence Internationale, Solidarités Internationale, le Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères. D’autres sont à venir, notamment avec VOICE, la coordination des ONG humanitaires avec la Commission Européenne et ECHO à Bruxelles.

  • Bonjour David Poinard. Avant d’aller plus avant, pouvez-vous rappeler les assises de la fondation Veolia en termes de statuts et de fonctionnement au sein du groupe Veolia ?

La fondation Veolia est une fondation d’entreprise au sein de la loi du 23 juillet 1987. Au-delà de cet aspect juridique, nous sommes une équipe d’une petite dizaine de personnes, qui s’appuie sur le groupe Veolia. Nous sommes la Fondation des collaborateurs du groupe Veolia. Clé de voûte de notre action, ils sont susceptibles d’intervenir en tant que parrains ou marraines de projets ou en tant que volontaires Veoliaforce. Ils incarnent ainsi les deux leviers d’action de la fondation Veolia : le soutien financier et le mécénat de compétences.

  • Plus spécifiquement, qu’est-ce qui caractérise la gouvernance de la Fondation ?

Le conseil d’administration de la fondation Veolia réunit des représentants Veolia mais également des personnalités extérieures qui nous apportent leur regard. Il définit les orientations stratégiques de la Fondation et veille à sa bonne gestion. Il valide les engagements supérieurs à 150 000 €, le comité de sélection examinant les autres projets soumis à la Fondation.

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  • La fondation Veolia est née en 2004, en partie à partir d’initiatives et d’engagements de salariés du groupe Veolia. A cette fondation « redistributrice » envers des projets est venue s’adjoindre à l’époque Veolia Waterforce, une structure d’intervention humanitaire de terrain, qui est devenue, sous l’impulsion de Thierry Vandevelde, Délégué général à l’époque de la Fondation, Veoliaforce. Pouvez-vous développer cette évolution-construction vers un modèle de fondation unique en son genre, réunissant un volet redistributeur de « porteur de projets » et un volet d’acteur de terrain ?

A l’origine, il y avait en effet une fondation d’entreprise au modèle assez classique : des collaborateurs pouvaient lui demander de soutenir des associations, souvent locales, auxquelles ils participaient sur leur temps libre. Quand la cellule Waterforce, rebaptisée Veoliaforce, a rejoint la Fondation, nous avons gagné un levier d’action et avons changé de nature en ajoutant un volet opérationnel à nos actions. Avec une spécificité : nos interventions sont toujours menées avec des partenaires. Nous travaillons régulièrement avec la Croix-rouge française, Médecins Sans Frontières ou encore Solidarités International. Et les Nations unies

La fondation Veolia a également intégré l’équipe France de la réponse humanitaire. Quand, il y a un peu plus d’un an, le barrage de Kakhovka a été détruit en Ukraine, entraînant des inondations et le déplacement de populations, la fondation Veolia a participé à une opération pilotée par le Centre de crise et de soutien (CDCS) du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

  • Quels ont été, de votre point de vue, au cours de ce parcours de vingt ans, les principaux défis et enjeux que la fondation Veolia a dû relever ou assumer, afin de répondre avec synergie aux diverses missions qu’elle s’est fixée : l’urgence humanitaire et le développement, la réinsertion sociale, la défense de l’environnement et de la biodiversité, la recherche et la formation ?

En vingt ans, la fondation Veolia a créé des passerelles entre des mondes qui ne se parlaient pas et ouvert des portes entre secteurs privé et public. Aujourd’hui, l’un de ses plus grands succès, c’est que ces portes n’existent plus. A chaque catastrophe humanitaire, les échanges sont naturels et fluides.

La Fondation a changé de nature, elle a aussi changé de dimension en étant capable d’accompagner des projets sur le long court. Et je pense à la Fondation Tara Océan. La goélette Tara et la fondation Veolia, c’est un pari sur la confiance, sur notre capacité à comprendre la place de l’océan dans la régulation du climat, sur une ambition collective. Nous avons parcouru des milliers de miles à travers les mers en suivant Tara. Nous avons, je crois, participé à sensibiliser une génération Tara. Celle qui a eu 20 ans avec la Fondation Tara Océan l’an dernier, avec la fondation Veolia cette année.

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  • Depuis sa création en 2004, combien de projets ont-ils été aidés par la fondation Veolia, et combien de missions de mécénat de compétences menées ?

La fondation Veolia a soutenu plus de 1500 projets et mené plus de 200 missions de mécénat de compétences.

  • Le nombre de vos partenaires, notamment humanitaires, est impressionnant : Médecins Sans Frontières, la Croix-Rouge, Solidarités International, Première Urgence, Action contre la faim… Sur un plan plus institutionnel le Centre de crise et de soutien du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères…. Ou encore des collaborations avec Norwegian Refugee Council, l’institut Bioforce et même l’UNICEF ou l’UNHCR… Comment se construisent, sur quels critères et à quelles occasions ou initiatives, ces partenariats ? Quel fil rouge les relie ?

Le fil rouge, c’est l’exigence d’efficacité. On veut être utile pour les populations bénéficiaires. Il faut à la fois être réactif en cas d’urgence humanitaire et déterminé quand on adresse des sujets au long cours, tels que l’assainissement dans les camps de réfugiés. Pour parvenir à cette fluidité dans les échanges, il faut se connaître, échanger. C’est dans cette logique que nous avons créé, en 2020, les Ateliers WASH (Eau, assainissement, hygiène ou EAH ndlr) de l’humanitaire, un rendez-vous biennal organisé avec le Partenariat Français pour l’Eau (PFE), qui permet de réunir un certain nombre d’acteurs du secteur pour identifier les innovations, partager des retours d’expérience et, globalement, se parler. Nous avons, je crois, une place désormais bien identifiée dans le secteur en tant qu’experts de l’eau et de l’assainissement dédiés au secteur humanitaire. On y revient toujours : nos volontaires Veoliaforce sont notre plus-value.

Organisés avec le Partenariat Français pour l’Eau (PFE), les Ateliers WASH de l’humanitaire réunissent une cinquantaine d’experts de l’accès à l’eau et de l’assainissement dans le secteur humanitaire pour identifier les innovations et partager retours d’expérience et bonnes pratiques. ©Véolia
  • S’agissant de Veoliaforce, structure d’intervention de terrain qui appuie les ONG humanitaires sur les expertises spécifiques au groupe Veolia (Eau, énergie et gestion des déchets), celle-ci fonctionne avec des volontaires qui sont des collaborateurs du groupe Veolia mis à disposition sur leur temps de travail. Comment sont organisées les candidatures et leur formation technique en interne ?

Nous organisons chaque année une formation pour une trentaine de candidats au volontariat Veoliaforce. Ces collaborateurs, issus de tous les métiers de Veolia, apprennent à déployer les Aquaforces, nos unités mobiles de potabilisation de l’eau, et découvrent nos partenaires du secteur humanitaire, qui sont présents pendant la formation.

Comme vous l’indiquez, les volontaires Veoliaforce sont des collaborateurs du groupe qui partent en mission sur leur temps de travail, avec donc une hiérarchie et des collègues qui soutiennent l’effort en leur absence. Un expert Veoliaforce qui part, c’est toute une équipe, outre la Fondation, qui se mobilise pour permettre cette mise à disposition.

  • La fondation Veolia est présente ou agit dans de très nombreux pays, et la « carte des projets » est impressionnante. Pouvez donner des exemples concrets, récents et significatifs d’interventions, notamment humanitaires, avec vos partenaires, sur des problématiques, situations ou enjeux décisifs ?

Nous sommes intervenus ces derniers mois dans des camps de réfugiés et de déplacés à l’Est du Tchad. Le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) y affronte une crise humanitaire parmi les plus massives actuellement en cours. Il a sollicité la fondation Veolia pour améliorer l’accès à l’eau dans les 12 camps des environs de Farchana. Nous avons fourni un appui en continu pendant cinq semaines pour auditer et formuler des recommandations.

Autre exemple, avec Médecins Sans Frontières (MSF) cette fois, plusieurs experts Veoliaforce se sont rendus à Goma, à l’est de la République démocratique du Congo, pour appuyer l’ONG sur l’accès à l’eau potable dans des structures hospitalières et dans des camps de déplacés.

Et puis, de manière nettement plus locale, en Ile-de-France, nous soutenons un chantier d’insertion organisé par Maison Solidarité Femmes 95 pour aider des femmes victimes de violences. Nos projets et nos missions nous conduisent partout où l’humanité est battue en brèche.

La guerre civile au Soudan voisin a conduit près de 8 millions de personnes à fuir, dont un peu plus de 900 000 ont traversé la frontière vers le Tchad. En tant que Stand-By Partner de l’agence onusienne, la fondation Veolia s’est engagée pour accompagner le HCR sur la question de l’accès à l’eau. ©Véolia
  • Pour rester dans le concret et l’humanitaire, une question simple : quand Veoliaforce intervient-elle ?

Tout part d’un échange avec un partenaire qui, par sa connaissance du terrain, nous fait savoir le type d’intervention nécessaire. Dans un contexte post-catastrophe, c’est la remontée d’information qui nous conduit à déterminer les ressources humaines et matérielles nécessaires pour rétablir l’accès à l’eau par exemple. Le territoire dispose-t-il de sources d’eau douce ? Faut-il prévoir de traiter de l’eau saumâtre ? La réponse nous conduira à privilégier telle ou telle Aquaforce [unité mobile de traitement d’eau potable, ndlr].

Quand il s’agit d’un contexte humanitaire de post-urgence, voire quand il s’agit d’un projet de développement, il faut trouver le bon moment pour intervenir de la manière la plus utile possible. En fonction des besoins et de la disponibilité de nos experts Veoliaforce, nous structurons le calendrier des missions avec nos partenaires.

  • L’accès à l’eau potable est déjà, et va devenir encore plus, l’un des enjeux décisifs de 21ème siècle… Le fait d’être la fondation d’un groupe spécialisé, entre autres, dans les services de l’eau, vous donne-t ’il une « intelligence » plus globale – nous dirions aujourd’hui holistique – de ce défi ? Et en quoi cette intelligence vous permet-elle de mettre en place par ailleurs des solutions « sur mesure » sur le terrain (je pense aussi à vos solutions techniques adaptables et modulables Aquaforces et Saniforces) ?

L’enjeu est de croiser les expertises métier disponibles au sein du Groupe et la connaissance du terrain de nos partenaires. L’Aquaforce RO, adaptée aux contextes d’eau saumâtre est née de la nécessité, peu à peu identifiée, de pouvoir s’adapter à des environnements où l’eau douce est rare. Le Saniforce, solution bas carbone pour traiter les boues fécales en contexte humanitaire, est née de constats de terrains : quand des camps de déplacés ou réfugiés se pérennisent, la question de l’assainissement devient un sujet de santé publique et environnementale majeur.

©Véolia
  • Au-delà de l’humanitaire et du développement, la fondation Veolia est engagée dans les domaines de la réinsertion sociale, de la défense de l’environnement et de la biodiversité (on pense notamment aux missions Tara que vous évoquiez). Pouvez-vous développer l’importance de ces causes pour vous, et comment vous les articuler avec les autres missions de la Fondation comme avec les métiers fondamentaux du groupe Veolia ?

Nous voulons, à l’image de Veolia, être un acteur de l’incontournable transformation écologique par laquelle nous devons passer. Cette transformation doit, pour être comprise, incarnée et activée, être juste. C’est un enjeu majeur de nos sociétés contemporaines. En investissant sur le lien social et l’insertion par l’activité économique, nous voulons n’oublier personne en chemin.

Du côté de l’environnement, l’enjeu est de vivre en harmonie avec la nature, de préserver les ressources et la biodiversité, de limiter le dérèglement climatique. Autrement dit, notre défi est de permettre que la Terre demeure habitable. La Fondation encourage les actions qui éduquent ou sensibilisent le public aux comportements écoresponsables. Elle soutient aussi des projets ambitieux de connaissance et de restauration des milieux naturels.

  • Avez-vous des réalisations pratiques d’actions de formation, dans l’un ou plusieurs des domaines d’intervention de la fondation, qui vous tiennent particulièrement à cœur ?

La formation n’est pas, en tant que tel, un domaine d’intervention de la fondation Veolia, mais elle est un des moyens utilisés pour faire rayonner notre action. Nous formons les volontaires Veoliaforce et, de plus en plus, nous formons les personnels de partenaires humanitaires à l’utilisation de nos solutions. Nous intervenons chez Bioforce, dans les formations internes de la Croix-Rouge français, de Médecins Sans Frontières. Sur le terrain, nous formons les personnels d’agences onusiennes pour qu’ils prennent le relais sur la production d’eau potable.

Dans une région rurale sénégalaise, une station de potabilisation a été installée par deux experts du dessalement pour que la population retrouve un accès à une eau de qualité. ©Véolia
  • Nous sommes bientôt en 2025 ; quelles perspectives voyez-vous, dans un monde où les besoins humanitaires et de développement explosent et où les conflits s’étendent, pour l’action de la fondation Veolia ? A quels enjeux, selon vous, celle-ci devra-t’elle devoir répondre, avec quelles adaptations peut-être dans son modus operandi ou son approche ?

Nous passons cette année à la vitesse supérieure à la fois en termes de ressources humaines, en structurant un réseau d’ambassadeurs Veolia pour démultiplier notre action sur les territoires, et en termes de ressources matérielles en installant des hubs où nos Aquaforces vont être prépositionnées pour être plus rapidement acheminées là où elles sont nécessaires. L’idée est, avec notre petite équipe de moins de dix personnes, de pouvoir faire levier pour dupliquer plus facilement, déployer plus rapidement, répondre plus efficacement.

  • Plus précisément, alors que les financements pour l’aide humanitaire et le développement baissent et croisent la courbe exponentielle des besoins, pensez-vous que des fondations telles que la fondation Veolia ont un rôle ou une responsabilité accrue à assumer ?

Notre responsabilité est celle de la fondation d’un groupe présent sur tous les services essentiels. Nous voulons pouvoir répondre chaque fois que la nécessité l’exige et que nos partenaires nous sollicitent.

  • Pour conclure, que souhaiteriez-vous dire à vos partenaires de projets, d’action, et à nos lecteurs ?

Un grand merci, parce que sans eux, nous ne serions pas grand-chose ! En nous soumettant des projets, en nous sollicitant dans l’urgence ou sur du développement, ils nous poussent à être meilleurs. Ils sont la condition de notre efficacité. Autant vous dire qu’on n’a pas fini de travailler ensemble, parce que c’est nécessaire, parce que c’est utile. A 20 ans, on a la vie devant soi !

Tous les ans, une trentaine de collaborateurs du groupe Veolia, issus de tous les métiers, viennent se former à l’urgence humanitaire et aux missions de développement. ©Véolia

 

Propos recueillis par Pierre Brunet

Ecrivain et humanitaire

 

David Poinard

Délégué général de la fondation Veolia depuis avril 2024, David Poinard est hydrogéologue de formation et docteur de l’INSA de Lyon en hydrologie urbaine. Il occupe plusieurs postes de management chez Veolia Eau à partir de 2001 et participe parallèlement aux opérations de la fondation Veolia en tant que volontaire Veoliaforce, mobilisé sur des projets de développement ou des situations de crise (catastrophes naturelles et conflits armés). Il est également président du groupe de travail du Partenariat Français pour l’Eau (PFE) « WASH en contextes de crises et de fragilités » depuis 2020.

La fondation Veolia, au service de la solidarité et du développement humain | Fondation Veolia

 

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Alain Boinet, président de Défis Humanitaires.

 

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