Alors nous y voilà

Alors nous y voilà. Le monde d’avant s’est effondré devant nous. Les humanitaires qui voient le monde au travers de ses souffrances le sentait venir, même si la brutalité du choc autorise d’être un peu étourdi. C’est d’autant plus violent que le système, déjà sous grande pression extérieure, s’écroule de l’intérieur.  Des coupes budgétaires annoncées par de nombreux pays européens nous donnait les prémices de ce qui allait venir.

D’un coup, nous voilà démuni. Cela fait longtemps, rapport après rapports, que l’on sait tous que la concentration des financements humanitaires dans les budgets d’une petite poignée de bailleurs représentait un danger. Beaucoup d’efforts de diversification ont été fournis, avec peu de résultats. Pourquoi ?

La coopération au développement, l’aide humanitaire est tellement ancrée dans nos systèmes – les riches aident les pauvres – que nous oublions pourquoi cela existe. Ce n’est pas vraiment une question de morale. Les états ne rentrent pas dans le champ de la morale, et si votre gouvernement dépense l’argent de vos impôts pour le donner sans contrepartie évidente à l’extérieur de la communauté nationale, c’est qu’il y trouve un intérêt. Lorsque cet intérêt n’est plus perçu ou perceptible, alors il y a un problème.

Source : Aide publique au développement (APD), OCDE

La rudesse américaine ne doit pas faire oublier que les annonces des coupes budgétaires sont annoncées depuis des mois par de nombreux pays donateurs. Mais voilà, on ne donne plus. Pourquoi donnerait-on d’ailleurs à des pays dont les gouvernants, et la population parfois, ne veux plus entendre parler de nous ? Pourquoi l’aide humanitaire, budgétairement comptabilisée comme aide publique au développement, financée quasiment exclusivement par les pays de l’Ouest politique serait perçue comme neutre ? Cela fait bien longtemps que la neutralité humanitaire n’est perçue que par ceux qui la fournissent.

Avec un objectif politique bien compris, l’aide au développement a été construite pour permettre aux pays les moins avancés économiquement, nouvellement indépendants, de pallier le manque de base fiscale qui leur aurait permis d’investir dans leur propre infrastructure physique et sociale. Certains pays l’on fait et se sont intégrés dans l’économie mondiale, notamment en Asie, et d’autres non. La coopération au développement est alors devenue une façon de faire converger les pays les moins développés vers un modèle occidental non seulement en terme économiques, mais aussi en terme politique et sociétal. Démocratie, droits de l’homme, égalité homme-femme, etc.  Peut-il y avoir un développement économique, une baisse de la pauvreté en dehors de ce modèle ? Il semble que oui, aussi étonnant que cela nous paraisse.

L’aide humanitaire, historiquement est issue d’initiatives privées ou religieuses. Les gouvernements ont ensuite pris le relais.  Puisqu’on ne sait prévenir ou arrêter la guerre, réparons ses conséquences au mieux. L’aide humanitaire reflète ainsi tout autant la mauvaise conscience politique des pays riches et démocratique, que notre bonne conscience collective.  Financée quasi exclusivement par des budgets gouvernementaux, s’est façonné une industrie sans concurrence économique ni adversaire idéologique, et donc revêche à l’introspection et à la réforme. Le marqueur de succès était l’augmentation constante des budgets, et l’augmentation des budgets menait à l’augmentation concomitante du domaine de l’aide humanitaire.  Ce cycle est cassé, quelles en sont les conséquences ?

Dans l’est du Tchad, le PAM distribue des vivres aux nouveaux arrivants du Soudan. Photo PAM/Jacques David

Le pays « du sud », désormais très sensibles aux marques extérieures de souveraineté ne veulent pas d’aide, mais des investissements, seule façon de rester à flot et de se développer économiquement. Ils ont bien plus de choix qu’avant et panachent leurs partenariats en fonction de leurs intérêts, en fonction des secteurs et des offres. Il faut imaginer un pays négociant par exemple de l’armement et de l’éducation avec un partenaire, des routes avec un autre, et de l’assistance technique avec un autre encore. L’aide humanitaire est rarement négociée mais elle vient en grande partie des mêmes bailleurs et acteurs.

Les pays du Nord, désormais très sensible à leur dépense, ne veulent pas aider, mais investir, seule façon de garder un rang géopolitique et économique. La réflexion semble se porter sur la transition de l’aide vers l’investissement, avec le sommet de Séville cet été sur le financement du développement comme point d’orgue des réformes à venir. Cela veut dire que l’intérêt sera d’abord porté aux pays qui ont un potentiel de développement économique, et que les autres se satisferont d’aide humanitaire.

C’est ainsi que le modèle « global Gateway » à tracé une voie qui est la seule valable et audible politiquement. « L’approche différenciée » qui doit s‘appliquer aux contextes les plus fragiles est loin d’être définie, et ce n’est pas un hasard si c’est ECHO qui en est chargé nominalement, ni si la Commission a repoussé l’élaboration d’une approche intégrée de la fragilité. Ce n’est pas une priorité.

Source : U.S. Foreign Assistance By Agency, ForeignAssistance.gov

Alors que change-t-on ?

La réforme de l’aide ne peut pas vraiment économiser la réflexion sur pourquoi nous voulons aider et comment. Cela n’est plus intangible, et les arguments du XXème siècle ne portent plus, dans l’opinion du sud comme dans celle du nord. Même si les budgets humanitaires sont mieux préservés des coupes, Les ONG de solidarité vont devoir se repenser en des termes audibles. Préservation de valeurs ou création de valeur ajoutée ? Quelle est l’offre ? C’est ça qu’il faut redéfinir peut-être, au-delà de la « capacité de gestion de programme en zone compliquée » qui définit le monde humanitaire.  La solidarité entre humains existe encore, et doit exister encore. Est-ce que cela doit nécessairement se traduire par des programmes de distributions de biens ou services pour le compte de bailleurs, c’est peut-être à discuter.

C’est bien entendu les communautés les plus proches qui fournissent le premier effort, et parfois le plus gros. Parce qu’elles sont là sur place, parce qu’elles sont-elles-même touchées par une catastrophe ou un conflit, elles se mobilisent. Cet effort n’est pas normé mais il est souvent adapté. Des organisations locales existent, et elles se mobilisent d’autant mieux qu’elles sont connues et reconnues dans les communautés affectées avant le choc. A ce titre la « localisation de l’aide », est un des plus gros serpents de mer de l’aide humanitaire. Le concept pourtant est vicié. La « localisation de l’aide » signifie implicitement que l’aide est d’abord internationale mais qu’il serait nécessaire que les acteurs locaux – souvent conçus uniquement en termes d’ONG locales – soient impliqués. Mais si les acteurs internationaux apportent des volumes d’aide indispensables, qui a dit qu’ils étaient partout seuls responsables de l’aide aux victimes ? Et si notre rôle n’était pas tant de « localiser » l’aide mais surtout de soutenir les efforts locaux selon leurs termes ?  Car la capacité des acteurs locaux se construit comme celle des acteurs internationaux : par le nombre de réponses opérationnelles qu’ils ont décidé, géré, financé et évalué, et par le nombre d’erreurs commises.

Sûrement l’un des changements se situe ici. Au niveau des mentalités. Se demander qui sur place à la capacité d’agir et comment aider, techniquement, financièrement ces initiatives, mettant à profit nos expertises techniques et logistiques, un peu comme ces nombreuses ONGs de développement très local, très actives dans les années 1960 à 1980, avant que le rouleau compresseur humanitaire ne draine toutes les ressources. C’est une autre approche, basée sur le partenariat plus que sur l’action immédiate, mais peut-être à explorer. Saurions-nous faire ?

 

Cyprien Fabre est le chef de l’unité « crises et fragilités » à l’OCDE. Après plusieurs années de missions humanitaires avec Solidarités, il rejoint ECHO, le département humanitaire de la Commission Européenne en 2003, et occupe plusieurs postes dans des contextes de crises. Il rejoint l’OECD en 2016 pour analyser l’engagement des membres du DAC dans les pays fragiles ou en crise. Il a également écrit une série de guides “policy into action” puis ”Lives in crises” afin d’aider à traduire les engagements politiques et financiers des bailleurs en programmation efficace dans les crises. Il est diplômé de la faculté de Droit d’Aix-Marseille. 

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Trump, Poutine, la France et l’Europe, l’humanitaire !

Vladimir Poutine et Donald Trump à Helsinki en juillet 2018. (Image Credit Kremlin.ru via Wikimedia Commons)

En signant un décret gelant brusquement les budgets de l’aide internationale des Etats-Unis et mettant fin à l’agence USAID, le président Donald Trump a provoqué la sidération suivie d’une tempête dans les organisations humanitaires doublée par l’incertitude sur l’avenir en assortissant mesures d’exonération pour certains programmes suivies d’ordre et de contre ordre contradictoires semant la confusion.

La grande question que l’on se pose est celle du pourquoi cette décision assortie du comment et des conséquences désastreuses qu’elle provoque.

D’autant que cet affaissement de l’aide publique au développement des Etats-Unis, premier financeur mondial, a été précédé de peu par des baisses significatives dans nombre de pays en Europe. J’avoue être surpris par le grand silence des institutions à ce sujet comme on a pu le constater lors du 10ème anniversaire du CNDSI (Conseil National du Développement et de la Solidarité Internationale) à Paris ou dans le programme du prochain Forum Humanitaire Européen les 19 et 20 à Bruxelles.

Comment le grand retour de la géopolitique à laquelle nous assistons s’explique t’-il et dans quelle nouvelle période entrons-nous à l’aveugle ?

Quelles sont les conséquences pour l’aide humanitaire et au développement pour les populations et, bien au-delà, pour les Etats Nations et la communauté internationale qui les représente à l’ONU, elle-même bousculée, déséquilibrée, divisée.

N’est-on pas entré dans un climat d’avant-guerre qui se manifeste déjà dans le cyberespace, les sanctions et la guerre commerciale, dans l’augmentation accélérée des budgets de défense et des armées, le renforcement de la résilience des populations face à la montée des périls.

Manuel suédois de survie en temps de crise ou de guerre

Les conséquences humanitaires

Pour prendre la mesure du séisme provoqué par l’administration américaine le 24 janvier quand elle a par courrier signifié à ses partenaires le gel immédiat de ses financements pour 90 jours pour évaluation dans 158 pays où USAID est présente, il  est utile de rappeler les chiffres.

En 2023, année pour laquelle nous disposons des chiffres officiels de l’OCDE, ceux-ci indiquent que l’Aide Publique au Développement mondiale s’est élevée à 233,3 milliards de dollars USD dont 64,7 milliards pour les Etats-Unis.  Ce montant comprend 14,5 milliards pour l’aide humanitaire sur un budget humanitaire total de 43,6 milliards cette année-là.

C’est tout l’écosystème humanitaire mondial et de développement qui a été instantanément ébranlé, ce qui a entrainé alors une cascade d’interruption de programmes ou de ralentissement forcé.

On prend mieux la mesure du choc quand l’on sait que les budgets du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) et de l’Organisation Internationale des Migrations (IOM) sont financés à 40% chacun par les Etats-Unis. Allen Maima, responsable santé publique du HCR témoigne que 520.000 déplacés en RDC sont exposés aux risques de mortalité du aux maladies infectieuses car le budget santé 2025 à été réduit de 87% par rapport à 2024. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est contrainte de réduire son budget et ses programmes de 20% comme toutes les Agences des Nations-Unies, dans des proportions diverses.

Dans l’est du Tchad, le PAM distribue des vivres aux nouveaux arrivants du Soudan. Photo PAM / Jacques David

La Secrétaire générale de l’ONG Danish Refugee Council (DRC), Charlotte Slente, témoigne avoir reçu le 26 février plus de 20 avis de résiliation de subventions de l’USAID et du Département d’Etat américain concernant 12 pays pour un montant de 130 millions de dollars USD ! Le Norvegian Refugee Council (NRC) déclare de son côté n’avoir jamais connu une telle rupture de financement en 79 ans d’histoire de l’association.

Du côté des ONG humanitaires en France, Manuel Patrouillard, directeur général de Handicap International/Humanité et Inclusion (HI) déclare que sur un budget de 270 millions d’euros en 2024, 36 millions venaient de l’USAID et qu’ils ont été obligé d’arrêter 36 projets du jour au lendemain.

De même chez Première Urgence Internationale (PUI) quand Thierry Mauricet, directeur général, explique que les financements américains représentent autour de 30% sur un budget annuel de 130 millions. Chez Solidarités International, la proportion est de l’ordre de 36% selon son directeur général, Kevin Goldberg. Il en est de même pour Action Contre la Faim, ACTED, Triangle Génération Humanitaire (TGH) et bien d’autres ONG humanitaires.

Mais, au-delà de ces coupes, c’est l’incertitude qui règne encore puisque des projets qui ont obtenu des exemptions (waiver) pour continuer ont ensuite été annulées puis reconduites de manière contradictoire.

Des ONG ont récemment reçu des courriers le 21 mars leur indiquant qu’elles pouvaient reprendre les divers programmes de type « sauvez des vies »  (Life saving) sans savoir si ceux-ci se poursuivront si nécessaire quand ils arriveront à échéance. En conséquence, des ONG envisagent de terminer ces programmes à la date prévue sans prévoir de suite par manque d’engagement américain à ce stade.

Enfin, l’administration américaine doit beaucoup d’argent à ses partenaires, qui ont avancés les fonds nécessaires à la mise en œuvre de l’aide, sans être remboursé depuis le mois de décembre. Ainsi, il est dû environ 200 millions d’euros à 6 ONG françaises et le montant augmente chaque mois.

Si la Cour Suprême des Etats-Unis a bien statué que cet argent devait leur être remboursé, nul ne sait quand cela se fera. Ainsi, des ONG auxquelles il est dû 25 ou 30 millions USD pourraient se retrouver en cessation de paiement si les remboursements n’intervenaient pas d’ici le mois de juin ! Il y a donc aussi une grande inquiétude qui touche à la trésorerie des organisations.

US Department of Defense. U.S. Marine Corps photo by Cpl. Isaac Ibarra/Released)

Les origines du séisme

L’administration américaine expose sa position dans un document d’une vingtaine de pages intitulé « Concevoir une nouvelle architecture de l’aide internationale des Etats-Unis ». Celui-ci déclare que « l’appareil américain d’aide internationale est inefficace et fragmenté » et qu’il manque « d’un système de mise en œuvre unifié et coordonné ».

Il y est stipulé que « Comme l’a clairement déclaré le secrétaire d’Etat Rubio, toutes les initiatives d’aide internationale des Etats-Unis devraient rendre l’Amérique plus sûre, plus forte et plus prospère ».

Selon la nouvelle administration américaine « Les Etats-Unis disposaient d’un système archaïque qu’il fallait démanteler » et les « actions décisives du président Trump » sont une opportunité pour « restructurer le système et établir une architecture de coopération internationale qui respecte le contribuable et obtienne des résultats mesurables, en particulier par le biais du secteur privé, et s’aligne sur les intérêts stratégiques de l’Amérique.

En fait, il s’agit de restructurer en profondeur l’aide américaine et cela semble avoir été pensé à l’avance quand on découvre la feuille de route très précise et détaillée pour sa mise en œuvre. Retenons notamment que USAID devrait changer de nom, après des modifications statutaires, pour s’appeler « Agence américaine pour l’assistance humanitaire internationale (IHA) ». De même, le Bureau d’Aide Humanitaire (BHA) devient l’Office d’Aide Humanitaire ».

Nous sommes manifestement en présence d’un vaste plan qui vise à redéfinir les objectifs, les priorités, les partenaires et les modalités organisationnelles et opérationnelles de mise en œuvre de cette politique.

Conférence de presse du Président des Etats-Unis © OTAN

Mais il faut comprendre que ce séisme américain de leur aide humanitaire et au développement s’inscrit dans une perspective beaucoup plus large et profonde que l’on peut résumer par le projet politique de Donald Trump de l’illibéralisme. Celui-ci entend dépasser les limites d’une démocratie libérale jugée trop lente, contradictoire dans ses compromis et inadaptée aux enjeux du monde d’aujourd’hui. Projet qui remet en cause la séparation des pouvoirs et la hiérarchie des normes au nom d’un suffrage populaire incarné par un leader exerçant beaucoup de pouvoir.

A ce stade, je me suis demandé si l’Amérique de Donald Trump ne serait pas la conséquence, voire la riposte, aux régimes autocratiques, voire totalitaire, de Vladimir Poutine, Xi Jinping, Recep Tayyip Erdogan et d’autres ou une copie américaine d’une tendance mondiale qui voit, par ailleurs, s’affirmer et s’opposer un Sud global diversifié dans une compétition mondiale exacerbée.

En tout cas, ce changement d’époque implique que le monde humanitaire et du développement le prenne en compte complètement pour se positionner au-delà de ce qui l’affecte immédiatement.

Donald Trump vient confirmer et achever ce changement d’époque dans lequel la guerre en Ukraine aura joué un rôle déclencheur. Dans un monde plus conflictuel et imprévisible qui perturbe la mondialisation des échanges, la géopolitique s’affirme à nouveau comme la « reine des batailles ».

Le monde change d’époque

Quand Donald Trump s’éloigne de l’Europe et de sa défense, il poursuit la politique américaine initiée par Barak Obama et poursuivie par Joe Biden de recentrage stratégique des Etats-Unis sur l’Asie-Pacifique, face aux ambitions désormais planétaires de la Chine.

Ce faisant, il nous met face à nous-mêmes devant la Russie et notre désarmement en l’absence possible du parapluie américain qui prévalait depuis la création de l’OTAN.

L’opinion publique en France ne s’y trompe quand trois personnes sur quatre soutiennent le réarmement de notre défense selon un sondage récent (Sondage Odoxa). De même, quand une étude (Etude #MoiJeune réalisé par OpinionWay) montre que 50% des jeunes de 18 à 30 ans seraient prêts à s’engager dans l’armée en cas de conflit menaçant notre pays. C’est ce que dit Brice Teinturier, délégué général d’Ipsos, quand il constate qu’aujourd’hui « la stricte séparation entre le national et l’international est révolue ».

Cela se concrétise quand l’on sait que le budget consacré à la défense était de 32 milliards d’euros en 2017 ; il est de 50,5 milliards en 2025, il sera de 67 milliards dans 5 ans. Mais le rythme augmente parallèlement aux risques et le ministre de la Défense, Sébastien Lecornu, travaille dorénavant à la demande du Président de la République, Emmanuel Macron, sur un budget de 100 milliards d’euros soit 4% du Produit Intérieur Brut.

Cette tendance emporte tous les pays en Europe et les sommets de Chefs d’Etat et de gouvernement, mais également des chefs d’Etat-Major des armées, se succèdent rapidement à Paris comme à Londres pour faire face à la menace qui en Ukraine pourrait affecter à terme les pays Baltes et la Pologne et, par conséquent, l’ensemble de l’Europe.

© Ministère de la Défense ukrainien
Défilé de la victoire à Moscou © mos.ru

Face à la menace que fait peser sur nous Vladimir Poutine soutenu par la Chine, face à l’abandon de l’Amérique de Donald Trump, l’Europe relativement désarmée semble redécouvrir la vision du Général de Gaulle de l’indépendance stratégique fondée sur la dissuasion nucléaire ultime. Dans le chamboulement généralisé des repères habituels, ajoutons que le même Général de Gaulle était partisan d’une Europe des Etats Nations comme garantie de son enracinement et de sa force comme l’Ukraine le prouve en se battant pour sa liberté et son indépendance.

Conclusion humanitaire

Le changement d’époque que nous vivons ressemble à ceux que nous avons connu lors de la chute du mur de Berlin ou de l’attentat du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center à New York avec les conséquences planétaires que l’on connait.

L’avenir nous dira comment s’agencera dans le temps l’interdépendance de ces ruptures et recompositions.

Dans l’immédiat, si l’aide humanitaire doit d’abord faire face à la dislocation d’USAID, le changement d’époque est donc profond et général et c’est dans ce nouveau monde que nous devrons poursuivre notre mission avec je crois deux convictions.

La première c’est qu’être citoyen français, et cela est vrai pour d’autres nationalités, est compatible avec une aide internationale au nom de l’humanisme, de la solidarité, de l’histoire et même d’une » certaine idée » de son pays, de ses responsabilités dans le monde.

La seconde, c’est que quel que soit le monde qui vient, la solidarité entre les êtres humains et les nations est toujours urgente pour sauver des vies et pour sortir de la misère par le développement durable utile à tous dans le monde.

Le véritable enjeu humanitaire à relever maintenant est de savoir comment nous allons faire pour secourir et développer avec moins de moyens face à plus de besoins. Ce défi reste à relever.

Alain Boinet.

 

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