Arménie, récit d’une solidarité avec des livres

Un éditorial d’Alain Boinet

A l’arrière des élèves, de gauche à droite, Sylvain Tesson, Alain Boinet, Vincent Montagne et Renaud Lefebvre, au Centre francophone SPFA à Erevan

Les 4 palettes de livres venant de France sont bien arrivées ce lundi 22 janvier 2025 à Erevan, capitale de l’Arménie. Elles contiennent 4000 livres de littérature francophone contemporaine pour les étudiants, à l’initiative de Défis Humanitaires et de ses partenaires (1) avec l’appui de l’ambassade de France.

Ce lundi, au centre francophone SPFA à Erevan, nous sommes là avec Sylvain Tesson, parrain de cette initiative, Vincent Montagne, président du Syndicat National de l’Edition (SNE) et son directeur, Renaud Lefebvre, qui ont permis de recueillir gracieusement auprès de 12 maisons d’édition (2) 4000 livres neufs  (après décompte de l’ambassade de France) sur la base d’une liste établie par classe de niveau d’enseignement de 6 à 18 ans.

Habet, Anna, Liana, Garéguine, Nelli, les professeurs sont là avec une partie des 60 étudiants, dont beaucoup de jeunes filles comme Meri, chassée de l’Artsakh avec sa famille, qui nous chante une chanson de son pays. Tous apprennent le français et le parlent bien.

Nous avons commencé la journée en rencontrant, avec Xavier Richard de l’ambassade et David Tursz (Institut français), les représentants de deux maisons d’édition, Antares et Newmag, ainsi que le Vice-ministre de la culture, de l’éducation et des sports, Daniel Danielyan. Des projets de partenariat s’ébauchent avec Vincent Montagne et Renaud Lefebvre du SNE dont l’idée de participation de l’Arménie au Festival du livre de Paris.

Avec l’ambassadeur de France, Olivier Decottignies, notre délégation va s’incliner au Mémorial du génocide perpétré par le gouvernement Jeunes-Turcs en 1915 et 1916 durant lequel 1,5 millions d’arméniens ont péri. Vincent Montagne dépose une gerbe au nom du SNE et nous déposons des œillets blancs devant la flamme qui jour et nuit rappelle leur martyr.

Cimetière de Yerablur

Nous nous rendons ensuite au cimetière de Yerablur, sur les hauteurs d’Erevan, où sont inhumés des soldats, des volontaires dont des étudiants, tués lors de la guerre des 44 jours de l’Azerbaïdjan contre le Haut-Karabagh arménien en 2020. Partout des drapeaux flottent, comme sur la place Maïdan à Kiev en Ukraine, et sur chaque tombe nous pouvons apercevoir le visage de chacune des victimes, des jeunes de 18 à 20 ans pour la plupart.

C’est une journée chargée d’émotion, d’histoire et de solidarité.

Le lendemain, sur la route qui nous conduit à Goris, nous faisons halte au barrage de Vedi. Il s’agit d’un immense réservoir, le plus important construit depuis la période soviétique, réalisé en partenariat avec la République d’Arménie grâce à un prêt et à l’expertise de l’Agence Française de Développement (AFD) et une subvention de l’Union Européenne.

Réservoir de VEDI, au loin le Mont Ararat. Photo Antoine Agoudjian

Olivier Decottignies est très fier de ce projet que nous présente Audrey de l’AFD. En effet, le réservoir de Vedi va permettre d’irriguer 3000 hectares de terres agricoles dans la plaine d’Ararat et d’Armavir et va ainsi renforcer l’autonomie et la souveraineté alimentaire du pays et de sa population. En face de nous, le Mont Ararat immaculé surgit de la plaine, splendide et enneigé, du haut de ses 5165 mètres.

La route de montagne dans cette région du Caucase du sud est longue pour rejoindre à travers les cols enneigés la sous-préfecture de Goris, dernière grande ville avant les positions militaires azéries.

Nous sommes accueillis chaleureusement par Carmen, directrice du Centre francophone SPFA qui accueille 120 élèves en français tout au long de l’année. Un groupe de femmes de l’Artsakh nous attend et témoigne de la souffrance de l’exil et de l’espoir. Ici, elles confectionnent à l’aide de machines à coudre un joli artisanat avec des motifs floraux qui leur permet de se retrouver ensemble et de subvenir à la vie de leur famille. En les écoutant, je mesure combien ces femmes sont meurtries, courageuses et entreprenantes.

A Goris avec les élèves et les livres

C’est aussi le moment de rencontrer les élèves de français et d’ouvrir un colis que nous avons apporté et qui contient ces livres donnés par les maisons d’édition à l’appel de Vincent Montagne (SNE) avec le soutien de la Région Auvergne Rhône-Alpes très investie dans cette province du Syunik. Parmi tous ces livres, Il y a là « Céleste ma planète » de Thimothée Fombelle, « Le Journal d’Aura » de Marie Deplechin ou encore « La panthères des neiges » de Sylvain Tesson qui dialogue avec ces jeunes filles tout à la fois tristes et joyeuses.

Il y a un an, j’étais déjà venu ici à Goris et c’est là qu’est né ce projet de Défis Humanitaires de revenir avec ces livres. Car si les auteurs classiques sont connus, les auteurs contemporains étaient absents de la bibliothèque. C’est chose faîte à Goris comme bientôt dans les 76 établissements et bibliothèques sélectionnées à travers les 11 provinces de l’Arménie.

Au petit jour, alors qu’il fait encore nuit, nous partons avec Sylvain Tesson, le photographe Antoine Agoudjian et Alix Montagne pour Kornidzor où nous retrouvons Rasmik, paysan, qui s’occupe de ses 6 vaches. Sur la terrasse, alors que le jour se lève et que le froid nous pénètre, il nous désigne à 200 mètres une position militaire azérie ! Le front est devant chez lui, là ou vivent ses 5 fils avec leurs femmes et leurs enfants. Le village accueille des déplacés du Haut-Karabagh/Artsak. Rasmik a décidé de rester dans sa ferme. Rester c’est résister. Toute sa vie est là, pourquoi s’enfuir ? Une leçon d’humanité courageuse enracinée dans une vie âpre et rude.

Ramzik avec Sylvain Tesson à 200 mètres des positions de l’Azerbaïdjan

Au retour, nous faisons halte au village de Verischen, 2200 habitants dont 35 familles de déplacés de l’Artsakh, soit 120 personnes. Nous rendons visite à une famille déplacée pour laquelle une maison a été réhabilitée par le Fonds Arménien de France avec David et Chadounts, son responsable local. A la mairie, nous rencontrons Artak, le maire. Un de ses principaux problèmes, c’est l’eau, tant pour la consommation que pour l’agriculture. Les Azéris ont pris en 2021 le contrôle du lac Noir en amont ainsi que plus de 1500 hectares de terre. Il y a 17 captages d’eau et beaucoup sont à réhabiliter. Voilà un projet auquel Défis Humanitaires pourra contribuer en plus des livres. Quand on évoque le danger, Artak répond calmement « Nous sommes habitués à la menace. Nous sommes inquiets, mais nous ne pleurons pas ». Vivre chez eux est leur raison d’être.

Nous reprenons la route pour Erevan tout en méditant ce que nous avons vu et compris sur ces routes de la solidarité. Comme le disait Jean-François Deniau « Il n’y a pas d’espoir dans le silence des autres ». Il faut briser le silence, l’abandon, l’indifférence.

L’Arménie, dans le langage humanitaire, peut-être qualifiée de crise presque oubliée. En effet, alors qu’elle a accueillie plus de 100.000 déplacés chassés du Haut-Karabagh/Artsakh en septembre 2023, soit 3% de la population arménienne, elle échappe largement à l’attention des médias et de beaucoup de pays en Europe. L’Arménie a de puissants voisins hostiles dont l’Azerbaïdjan qui la menace et qui dispose d’une supériorité militaire massive. Enfin, ce pays est situé sur la nouvelle faille géopolitique qui part de l’Ukraine et passe par la Moldavie, la Géorgie jusqu’à l’Arménie. Elle est aujourd’hui en première ligne du nouvel affrontement est-ouest.

Enfin, partout dans le monde les minorités ethniques et/ou nationales sont menacées dans leur existence même et c’est le cas de l’Arménie et des Arméniens qui constituent une parcelle de l’humanité qui ont le droit de vivre libre et indépendants.

Défis Humanitaires va poursuivre son action pour laquelle le soutien de votre don sera précieux (faireundon).

Merci.

Alain Boinet.

 

Je vous invite à lire le reportage de Sylvain Tesson publié dans Le Figaro Magazine en cliquant sur le lien ici.

(1) Nous souhaitons ici remercier Sylvain Tesson, écrivain et parrain de cette opération, Vincent Montagne, président du Syndicat National de l’Edition (SNE) et son directeur, Renaud Lefebvre avec toute l’équipe du SNE, Antoine Agoudjian, photographe, Alix Montagne, Olivier Decottignies, ambassadeur de France en Arménie ainsi que Xavier Richard et Dominique Vaysse. Remercier également les Centre francophones SPFA qui accueillent 350 élèves dans leurs neuf centres avec Janik Manissian, Hélène Ohandjanian, Habetnak Khachatryan, Anna Harutyuryan, Carmen Apunts et leurs équipes. Remercier enfin les membres du comité d’experts de Défis Humanitaires et ses donateurs.

(2) Liste des maisons d’édition que nous remercions pour avoir donné 2700 sélectionnés : Albin Michel, Dargaud, Edition des Equateurs, Flammarion, Fleurus, Gallimard, Glénat, Hachette, La Martinière, L’Ecole des Loisirs, Seuil Jeunesse, Editions Paralèlles.

 

 

Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne www.defishumanitaires.com. Il est le fondateur de l’association humanitaire Solidarités International dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources. Il continue de se rendre sur le terrain (Syrie du nord-est, Haut-Karabagh/Artsakh et Arménie) et de témoigner dans les médias.

 

Je vous invite à lire ces articles publiés dans l’édition :

Quels défis pour l’humanitaire, quelles réponses ?

Un entretien avec Alain Boinet.

Ces structures en demi-lune sur un sol stérile ont été créées dans le village de Gobro, au Niger. Elles sont conçues pour conserver l’eau de pluie lors des prochaines précipitations, remplir la nappe phréatique et favoriser la repousse de la végétation. @ Fatoumata Diabate/Oxfam

Défis Humanitaires : Comment se porte l’humanitaire aujourd’hui ?

Alain Boinet : L’humanitaire se porte plutôt bien, malgré ses problèmes, tant il n’a cessé de se développer depuis 30 ans. Mais, dorénavant, il entre dans une zone d’incertitude et de turbulence. Je crois que celle-ci se caractérise par cinq faits majeurs.

Le premier défi est ce moment de bascule géopolitique que nous vivons avec l’entrée dans un cycle de confrontation parti pour durer. Le second, c’est non seulement le manque de ressources financières pour faire face aux besoins humanitaires qui s’accroissent, mais surtout le risque d’une baisse des financements humanitaires de la part des institutions. Le troisième risque est celui d’une politisation de l’humanitaire, du fait des Etats et des acteurs politiques mais aussi du côté de certains humanitaires. Un quatrième défi qui va s’amplifier chaque année, c’est l’explosion démographique des pays de l’Afrique sub-saharienne.

Enfin, il y a la fin du magistère occidental et l’aspiration de nombreux pays comme d’anciens empires de s’affirmer, d’être reconnus et de compter dans un monde multipolaire, ce que l’on nomme le sud global.

Peux-tu préciser ce que tu entends par risques géopolitiques.

L’invasion Russe de l’Ukraine le 22 février 2022 est un tournant majeur, le point de bascule après la guerre froide suivie d’une longue période de multilatéralisme et simultanément d’un round d’observation et de gestation des antagonismes.

Maintenant, nombre d’Etats-nations, d’anciens empires pensent pouvoir régler leurs différends par la force. Cela est vrai depuis l’Ukraine tout au long de la ligne de confrontation avec la Russie qui, à l’ouest, va de la Pologne aux pays Baltes et à l’Europe du Nord et, à l’est, vers la Moldavie, la Géorgie et l’Arménie. La Pologne qui consacre 4,2% de son RNB (revenu national brut) à sa défense se prépare en fait à une guerre possible. Et après la guerre avec Israël et le Hamas à Gaza, avec le Hezbollah au Liban, ce sera peut-être le tour de l’Iran dans la perspective de remodeler un nouvel équilibre régional.

© UNICEF/Kristina Pashkina. Une école à Kharkiv, dans le nord-est de l’Ukraine, est détruite après un bombardement intensif.

Et que dire de la zone Indopacifique qui voit se mobiliser militairement un grand nombre de pays qui se préparent à terme à une agression possible de la Chine contre Taïwan  face aux Etats-Unis. Qui voudrait être surpris par un nouveau « Pearl Harbour » à Taïwan ?

N’oublions pas que la nécessité de l’humanitaire et son développement ont accompagné de grands conflits ou catastrophes qui ont provoqué des opérations de l’ONU (Ex Yougoslavie, Tsunami, Haïti) ou des interventions des Etats-Unis et de leurs alliés (Irak, Syrie, Libye), cycle qui a pris fin en Afghanistan. Cette période semble bien révolue et nous entrons dans un nouveau cycle et nous sommes peut-être partis pour 20 ans de chaos.

Enfin, et c’est aussi décisif pour l’avenir de l’humanité, que dire des risques systémiques, qu’il s’agisse du dérèglement climatique, la raréfaction de l’eau et de sa pollution, la perte accélérée de la biodiversité, la pollution du plastique, la sécheresse qui s’étend.

Nous pourrions aussi évoquer des mouvements mondiaux qui impacteront de plus en plus l’humanitaire : cybercriminalité, crime organisé, mouvements migratoires, déplacements forcés de populations. Là aussi, nous allons connaître un effet ciseau entre les menaces et les solutions qui pourrait passer par la loi du rapport de force privilégié par Donald Trump. Et ce n’est pas seulement « Make America great again » mais tout autant « Make China, Türkiye, Russia, Iran, India, South Africa great again ».

As-tu des exemples concernant la diminution des financements humanitaires ?

En France, l’Aide Publique au Développement pourrait baisser de 2 milliards d’euros dans le projet de loi de finances 2025 et le budget humanitaire qui devait être de 1 milliard d’euros, serait réduit de moitié, si rien n’est fait pour limiter la casse.

Concernant les Nations-Unis, l’appel à secourir 187,6 millions de personnes est de 49 milliards de dollars cette année. Mais, au mois de septembre 2024, le budget disponible était de seulement 22,48 milliards de dollars ! Depuis 2022, nous assistons à une érosion significative des financements. Va-t-elle se poursuivre dans un contexte d’affaiblissement de l’ONU et du droit international ?

4 février 2024. Gaza. TPO. Des enfants palestiniens portent des récipients vides alors qu’ils font la queue pour obtenir de l’eau fournie par un groupe de jeunes palestiniens, dans le camp de réfugiés de Rafah, au sud de la bande de Gaza. Ismael Abu Dayyah pour l’UNOCHA

Du côté de la Commission Européenne, nous avons des espoirs que soit maintenu au moins l’engagement de la précédente Commission. Mais nous avons aussi des craintes en attendant de connaître le niveau du Cadre Financier Pluriannuel qui sera fixé en 2025 pour les 7 années à venir. Difficultés économiques, inflation, forte croissance des budgets de défense, instabilité politique en France, en Allemagne, qui a baissé son budget humanitaire de 52%, sont passés par là.  Et puis, c’est l’inconnu côté Etats-Unis, premier financeur de l’Aide Publique au Développement et de l’aide humanitaire.

Dans un tel contexte, comment vont se comporter les donateurs, les entreprises, les fondations ?

Comment vois-tu cette politisation de l’humanitaire et ses conséquences.

Dans ce nouveau cycle géopolitique, l’affirmation de la souveraineté des Etats-nations va certainement engendrer des difficultés grandissantes d’accès aux populations en danger et à une politisation des relations avec les ONG. N’oublions pas que beaucoup des conflits sont des guerres civiles et que les pouvoirs en place risquent de restreindre l’espace du Droit International Humanitaire pour les acteurs humanitaires.

Dans les cas de guerres interétatiques, la question de la liberté d’action humanitaire et des financements se posera également plus systématiquement. Comment les ONG vont-elles faire pour résoudre ces difficultés ? Bien sûr, ce n’est pas entièrement nouveau. Mais ce qui pourrait bien changer, ce pourrait être une systématisation des contraintes et une baisse, si ce n’est une panne des financements ainsi qu’une politisation du fléchage des budgets disponibles.

La question à laquelle nous sommes alors confrontés est de savoir si nous devons répondre à ce risque de politisation de l’humanitaire par les Etats par une politisation des humanitaires, ou si nous devons au contraire toujours agir dans le cadre du Droit Humanitaire International en le concrétisant obstinément et sans relâche sur le terrain.

Jusqu’à présent les humanitaires ont dénoncé la politisation de l’humanitaire par les Etats comme un obstacle à l’aide humanitaire et à son impartialité. Dans le cas d’ONG qui basculeraient dans la politisation de leur mandat et de leur action, celles-ci se trouveraient alors placées dans le champ politique, ce qui restreindrait alors automatiquement leurs capacités d’action et d’accès aux populations.

Bombardement à Gaza © UNRWA Ashraf Amra

Gaza en est l’exemple dramatique et emblématique à cet égard. Le débat est tout à tour factuel, chiffré, passionnel et intensément conflictuel. C’est simplement humain quand l’on vit avec le pogrom du 7 octobre 2023 en Israël et avec les victimes à Gaza depuis près de 15 mois avec déjà près de 45.000 gazaouis tués, dont un grand nombre de civils. Sans relativiser ce drame terrifiant, il est éclairant de comparer le traitement du conflit à Gaza avec celui appliqué au Soudan, qui est également une catastrophe humanitaire, ou à l’Ukraine et ses innombrables victimes et destructions.

J’ajouterai une observation qui pourrait surprendre si l’on oublie l’expérience comme la réflexion sur la guerre. La guerre, qui est un processus politique, a cependant une logique et une autonomie propre qui échappe à bien des règles du temps de paix. Les démocraties elles-mêmes en viennent à utiliser des armes de destruction massive pour l’emporter, comme on a pu le voir durant et depuis la seconde guerre mondiale. Ce n’est pas une excuse, ce n’est pas une justification, c’est juste un constat.

J’entends dire que tout est politique et que l’humanitaire devrait s’y faire. Mais peut-être que l’humanitaire a des raisons que la politique ne connait pas ! La règle d’or est bien celle des principes d’humanité, d’impartialité, d’indépendance et de neutralité. Ce sont ces principes fondés sur le Droit International Humanitaire qui doivent permettent l’accès des secours aux populations en danger malgré les obstacles. Précisément, on cherche à s’extraire du politique pour secourir des personnes et des populations menacées et qui sans aide succomberaient tôt ou tard en grand nombre dans l’indifférence si personne n’agit avec le seul objectif de les secourir.

Mais la politique n’est pas interdite. Il faut juste faire le choix de la politique au nom de la politique. En revanche, il est possible de faire de la politique humanitaire sur des questions qui en relèvent pour la survie des populations, singulièrement l’accès à l’eau potable, la sécurité alimentaire, la protection des populations, la santé, l’application du Droit International Humanitaire.

Pourquoi avoir créé Défis Humanitaires qui publie sa 95ème éditions avec ce numéro.  

Quand j’ai quitté mes fonctions opérationnelles à Solidarités International, au début du mois de janvier 2018, je n’imaginais pas un instant arrêter.

Je continue depuis au sein de mon association de cœur, mais également au sein d’autres organisations comme le Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères en France, au Partenariat Français pour l’Eau (PFE), à la Fondation VEOLIA et dans d’autres initiatives encore.

Avec Défis Humanitaires, j’ai cherché à apporter ce qui me semblait manquer et être utile à la communauté humanitaire. D’abord, promouvoir l’humanitaire qui me semblait méconnu dans ses capacités et ses principes parmi les parlementaires, les journalistes, les Think Tanks, les entreprises, les décideurs. Ensuite, chercher à établir le lien de cause à effet entre la géopolitique des crises et la nécessité humanitaire, afin de mieux comprendre et d’agir plus efficacement. Enfin, mettre des coups de projecteur et documenter de grands défis pour l’humanité tels que la raréfaction de l’eau et sa pollution, la démographie galopante en Afrique subsaharienne, le climat, l’environnement, les financements.

Cette initiative s’inscrit dans une logique comparable à celles du Forum Espace Humanitaire et de la Revue Alternatives Humanitaires en France, réfléchir, publier, débattre sur l’humanitaire, tant sur le fond que sur les modalités de l’action. Défis Humanitaires est une plateforme humanitaire, une sorte de Do Thank mais pas un Think Tank. Nous faisons notre cette devise « Agir en homme de pensée et penser en homme d’action ».

A la suite de la revue, nous avons créé une association du même nom avec un Comité d’experts pluridisciplinaire. Celui-ci comprend plusieurs humanitaires mais également des experts de la philanthropie, de la géopolitique, des médias et des entreprises. L’objectif étant d’élargir le cercle humanitaire à d’autres domaines d’expertise pour le renforcer et l’amplifier.

Membre du Comité d’experts de Défis Humanitaires

En effet, j’ai remarqué que si le monde humanitaire est en contact avec une multitude d’acteurs et de situations, il est somme toute assez centré sur lui-même avec une capacité d’influence restreinte comparée à l’action menée. De même, j’ai constaté un manque d’appétence pour la géopolitique et l’anticipation stratégique sur ce qui va advenir pour s’y préparer.

Nous publions une édition mensuelle en cherchant à diversifier chaque numéro avec des sujets sur des crises humanitaires, des exemples d’innovation, des articles ou des entretiens sur des questions géopolitiques d’actualité, des tribunes libres.

Nous mettons en valeur l’apport de certaines organisations spécifiques (ressources humaines, transport, logistique, numérique, pratiques salariales, gestion, eau-assainissement) mais aussi de Coordinations d’ONG en France, en Europe.

Nous publions régulièrement des synthèses de rapports comme ceux de l’OCDE,  d’OCHA, de Development Initiatives, d’ANALP ou de certaines conférences internationales dans le domaine humanitaire ou de l’eau.  Ces rapports sont très volumineux et tout le monde n’y a pas accès. Nous en proposons des résumés de 10 pages avec des graphiques à nos lecteurs, en français et en anglais. Depuis 2018, nous avons publié 360 articles ou entretiens réalisés par 160 auteurs différents, dont un bon quart sont des contributeurs réguliers. Tout cela est disponible dans la rubrique archives et constitue une bibliothèque accessible aisément. Je remercie ici chaleureusement ces auteurs qui partagent ainsi leur expertise, leur expérience, leur réflexion avec nos lecteurs.

Quel est l’impact de Défis Humanitaires ?

Défis Humanitaires est une revue en ligne qui a une diffusion internationale. C’est une revue destinée à un public motivé et averti et pas un média grand public. Depuis 2018, le nombre de lecteurs n’a cessé de progresser pour passer de 1000 par mois à l’origine à 4000 aujourd’hui, soit près de 50.000 lecteurs cette année. Nous avons des lecteurs d’abord en France, mais également aux Etats-Unis comme au Burkina Faso, en Suisse comme au Sénégal, en Belgique comme en RDC et ailleurs.

Défis Humanitaires s’adresse aux humanitaires mais également aux journalistes, parlementaires, Think Tanks et étudiants, fondations et institutions nationales, européennes et internationales. Comme me le disait récemment un humanitaire présent à Bruxelles, Défis Humanitaires est devenu une revue de référence.

Ainsi, par exemple, nous avons récemment publié des articles sur l’Aide Publique au Développement et à l’ humanitaire en France, des propositions de réforme du contrôle de gestion des bailleurs, le financement et le partenariat avec la Commission Européenne (ECH0), un interview avec UN OCHA, un point sur les outils numériques, la mutualisation logistique, les crises en cours  (Gaza, Soudan, Ukraine, RDC).

Quels sont vos projets en 2025 et pour la suite ?

 L’année prochaine, nous voulons enrichir et diversifier nos éditions par des interviews plus nombreuses, plus d’articles sur les crises en cours, le suivi des financements, des innovations, la mutualisation entre ONG, mais aussi sur l’adaptation au changement climatique, à l’environnement, l’eau et les Objectifs de Développement Durable.

De plus, nous souhaitons publier des livres numériques dont un sur l’eau et l’assainissement et un autre sur les questions humanitaires à partir d’une sélection de bons articles publiés ces derniers temps.

Alain Boinet avec des étudiants de français au Centre francophone SPFA à Erevan

Je veux aussi signaler notre initiative d’apporter des livres neufs de littérature francophone contemporaine qui manquent totalement dans les bibliothèques des établissements d’enseignement en Arménie. Parrainé par l’écrivain Sylvain Tesson, cette initiative est réalisée en partenariat avec le Syndicat National de l’Edition, les maisons d’édition, l’ambassade de France à Erevan et nous espérons bien apporter 2000 à 3000 ouvrages neufs sélectionnés et destinés à 76 bibliothèques en Arménie.

Enfin, nous souhaitons publier la seconde édition de l’Etude sur les ONG humanitaires (2006 – 2023) qui représente un travail considérable nécessitant des recherches et une mise en forme exigeante.  Mais tout cela nécessite des ressources complémentaires pour y parvenir et nous comptons beaucoup sur nos lectrices et lecteurs pour le permettre.

On dit que qui veut la fin veut les moyens, de quoi avez-vous besoin pour y arriver ?

Pour réaliser cela pour nos lectrices et lecteurs, nous avons d’abord besoin de leur soutien moral, mais nous avons aussi besoin de leur soutien sous forme d’un don (HelloAsso) de fin d’année.

Rappelons que votre soutien bénéficie d’une déduction fiscale de 66% du montant du don et que nous adresserons un reçu fiscal à chaque donatrice et donateur.

Comment veux-tu conclure ?

Défis Humanitaires est une revue gratuite, indépendante, dynamique et tournée vers l’avenir. Le bénévolat permet pour une large part son existence, mais nous avons aujourd’hui le plus grand besoin du soutien de nos lectrices et lecteurs pour poursuivre et améliorer notre mission d’information.

Comme nous le voyons, les nuages s’amoncellent, mais nous ne manquons pas de ressources pour y faire face et résoudre bien des défis humanitaires. Que l’on pense à l’innovation, à l’anticipation, à la mutualisation, à l’influence sur les politiques publiques. Plus que jamais l’humanitaire doit mobiliser ses soutiens et ses partenaires.

Je saisis l’occasion pour remercier chaleureusement nos auteurs, les membres du Bureau et du Comité d’experts de Défis Humanitaires ainsi que les donateurs et partenaires qui vont permettre par leur don (HelloAsso) de fin d’année de réaliser cette action humanitaire qui a besoin d’eux en leur souhaitant un joyeux Noël.

 

 

Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne www.defishumanitaires.com. Il est le fondateur de l’association humanitaire Solidarités International dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources. Il continue de se rendre sur le terrain (Syrie du nord-est, Haut-Karabagh/Artsakh et Arménie) et de témoigner dans les médias.

 

« Je vous remercie par avance pour votre soutien à la publication de Défis Humanitaires. »
Alain Boinet, président de Défis Humanitaires.

Votre don est déductible à 66% de votre impôt.

 

Je vous invite à lire ces articles publiés dans l’édition :