Bonne année 2025. Avec 10 bonnes résolutions humanitaires à partager !

Les équipes de Solidarités International maraudent dans le bidonville de Kirisoni au nord de la ville de Koungou. Ils sont aidés par des jeunes, « relais communautaire » qui viennent du quartier. Ils distribuent des savons et des pastilles pour la décontamination de l’eau. L’ile est dévastée après le passage du cyclone Chido qui a frappé́ l’ile de Mayotte le 14 décembre dernier. La population des bidonvilles vivant dans des « bangas », déjà̀ démunie avant le passage du cyclone, se plaint du manque de secours, d’eau et de nourriture. 25 décembre 2024. Mamoudzou, Mayotte. Michael Bunel/SOLIDARITES INTERNATIONAL

Chère lectrice, cher lecteur, chers amis de Défis Humanitaires,

Recevez mes vœux les plus chaleureux, pour vous, vos familles et vos projets pour une belle année 2025 pour laquelle je vous propose10 bonnes résolutions humanitaires liées aux crises actuelles et à venir.

En ce début d’année, pensons à Mayotte, Gaza, l’Ukraine et le Soudan, Haïti, la Syrie et la RDC, les pays du Sahel et le Burkina Faso, toutes les crises pour lesquelles 305 millions d’hommes, de femmes et d’enfants, de familles ont besoin de secours humanitaires solidaires maintenant.

Voilà un projet de feuille de route 2025 que vous pouvez moduler, compléter, débattre.

1. Que l’aide humanitaire soit plus engagée, compétente, efficace, empathique, participative, mobilisatrice avec et pour les victimes des crises. Que les humanitaires voient plus loin, tant pour optimiser leur mission que pour élargir leur public et leur soutien. Faisons école.

2. Que les humanitaires se mobilisent ensemble fortement pour que soit réuni chaque année la totalité des moyens financiers indispensables pour répondre aux besoins urgents des populations en danger. Loin de toute résignation, sachons argumenter, influencer pour que la tendance à la baisse des budgets humanitaires s’inverse. Sachons bousculer et convaincre pour inverser cette tendance mortifère.

Sécurité alimentaire au Tchad © Solidarités International

3. Que l’humanitaire intègre dans sa grammaire de l’aide le respect de l’identité des peuples, des cultures, des modes de vie, des croyances, des langues, des histoires constitutives de la dignité, surtout quand on a tout perdu. Il y a un universalisme de la diversité et une diversité de l’universalisme, loin de tout nivellement. Un pour tous, tous pour un.

4. Que l’humanitaire international et l’humanitaire national et local coopèrent activement de manière complémentaire pour additionner leurs forces respectives. Face à l’épreuve, la solidarité est d’abord de proximité et l’ampleur des besoins nécessitent une solidarité internationale. Elles ont vocation de créer une nouvelle synergie humanitaire. Agir ensemble.

5. Que l’humanitaire se protège de tout emploi simpliste du terme colonialisme. Celui-ci signifie généralement la conquête durable d’un territoire, de ses richesses, voire du pouvoir, ce qui ne ressemble pas à l’humanitaire. En revanche, condamner le colonialisme tout en exportant chez d’autres peuples telle ou telle idéologie pour changer des sociétés fragilisées soulève un sérieux problème éthique. Pratiquons le discernement.

Creuser pour trouver de l’eau potable dans un lit de rivière asséché © Foreign, Commonwealth & Development Office

6. Que l’humanitaire soit humanitaire loin de toute politisation partisane contraire aux principes de neutralité, impartialité et indépendance dont se revendique les organisations humanitaires. Principes dont l’application est une condition majeure pour accéder aux populations en danger face aux obstacles dressés par les crises. L’humanitaire est un engagement éthique qui se pratique.

7. Que l’humanitaire considère celui qui a besoin de secours comme un être humain victime d’une crise (guerre, catastrophe, épidémie) et non comme un client dans le cadre d’un marché qui deviendrait commercial ! L’humanitaire agit par principe et non par intérêt marchand.

© Tima Miroshnichenko

8. Que l’humanitaire ne devienne pas une forme dérivée du « Taylorisme » industriel de la répétition mécanique des mêmes gestes, mais une réponse humaine, empathique, adaptée, participative, évolutive pour être efficace et acceptée et ne pas se limiter au simple contrôle de la « feuille de temps » consacrée à l’exécution des taches. L’efficacité réelle c’est l’impact concret positif pour les populations affectées.

9. Que l’humanitaire soit réactif et efficace dans l’urgence et qu’il sache adapter son action dès que la reconstruction devient possible et nécessaire et qu’il permette ensuite la relance du développement dans une situation pacifiée. L’humanitaire aspire à la paix mais celle-ci reste de la responsabilité des acteurs politiques et militaires et d’abord des belligérants. Que chacun assume ses responsabilités en désirant la paix.

10. Que l’humanitaire porte de grandes causes tels que l’eau, la faim, l’habitat, la santé, le climat, la biodiversité et tout ce qui est en rapport avec les besoins vitaux des populations dans les situations de crise afin de sauvegarder leur existence dans l’urgence et dans la durée. La légitimité de l’action porte le plaidoyer.

Installation EAH Solidarites International © Solidarités International/Vincent Tremeau

En guise de conclusion.

En 2025, selon Tom Fletcher, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence avec UNOCHA, il y a 305 millions d’êtres humains qui ont besoin d’une assistance humanitaire dont le budget est estimé à 47 milliards de dollars US pour une aide dans 32 pays. Ce projet réunit plus de 1500 partenaires humanitaires.

Mais, en novembre 2024, seuls 43% des 50 milliards de dollars requis avaient été reçus. Non seulement cette pingrerie est immorale dans un monde toujours plus riche, mais les conséquences en sont désastreuses et nous reviendront comme un boomerang.

Mobilisons dès aujourd’hui, partout où nous sommes, pour que les financements soient enfin à la hauteur des besoins vitaux de populations à la dérive et à l’abandon, faute des moyens indispensables. C’est juste notre devoir.

En 2025, avec vous, Défis Humanitaires s’engage à vous informer au mieux possible en fonction de nos ressources. Vous pouvez personnellement participer à cette action de sauvetage humanitaire en faisant un don ici (lien ici). Votre don est déductible de votre impôt pour 66% de son montant. Avec votre don, nous serons plus efficaces ensemble pour la cause humanitaire.

Je vous remercie personnellement de votre générosité et vous souhaite encore, malgré les crises, la meilleure année possible pour vous comme pour nos secours.

Alain Boinet.

Président.
Défis Humanitaires. (faireundon)

Merci.

 

Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne www.defishumanitaires.com. Il est le fondateur de l’association humanitaire Solidarités International dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources. Il continue de se rendre sur le terrain (Syrie du nord-est, Haut-Karabagh/Artsakh et Arménie) et de témoigner dans les médias.

 

« Je vous remercie par avance pour votre soutien à la publication de Défis Humanitaires. »
Alain Boinet, président de Défis Humanitaires.

 

 

Je vous invite à lire ces articles publiés dans l’édition :

L’effet ciseau humanitaire, risque ou réalité !

Un éditorial d’Alain Boinet.

L’effet ciseau est un phénomène économique dans lequel le montant des ressources et le montant des coûts évoluent de manière opposée. Concernant l’aide humanitaire, après une croissance continue des budgets humanitaires, l’augmentation des besoins confrontée à une diminution des moyens n’illustre-t-il pas un dangereux effet ciseau humanitaire. S’agit-il d’une simple pause ou du début d’un reflux ? Voilà une question essentielle pour les humanitaires.

C’est bien un reflux qui s’est produit en 2023, selon OCHA, quand face à des besoins humanitaires grandissants, nous avons connu des financements en déclin. En effet, pour secourir 245 millions de personnes, nous avions besoin de de 56,7 milliards d’USD. Mais c’est seulement 19,9 milliards d’USD qui ont été mobilisé, soit 35% des besoins, là où la moyenne habituelle était de 51 à 64% depuis 10 ans (2013-2022) !

Pourcentage de financements par rapport aux besoins, appels de l’ONU de 2013 à 2023 © Global Humanitarian assistance report 2023

La conséquence immédiate, c’est que nous n’avons pu secourir que 128 millions de personnes sur les 245 millions prévus en 2023 ! Que sont devenu les 117 autres millions d’êtres humains délaissés faute de ressources ? L’effet ciseau se serait-il refermé sur eux.

Lors du 3ème Forum Humanitaire Européen, les 18 et 19 mars 2024 à Bruxelles, Janez Lenarčič, commissaire européen responsable de l’humanitaire avec ECHO a déclaré : « Ne vous y trompez pas, le canot de sauvetage humanitaire est en train de couler » ! Le message est clair et net et doit être pris au sérieux à la veille des élections européennes du mois de juin dans les Etats-membres avec cet automne une nouvelle présidence, un nouveau collège des commissaires, un nouveau budget pour les 5 ans à venir. L’enjeu est de taille au moment où certains budgets humanitaires institutionnels fléchissent.

Qu’en sera-t-il en 2024 de l’appel d’OCHA pour secourir 180 millions de personnes avec un budget espéré de 46,4 milliards d’USD ? 180 millions d’êtres humains en danger en 2024 contre 230 millions en 2023 suite à une nouvelle méthodologie pour l’analyse des besoins. Face à la diminution des ressources, on a ainsi diminué le nombre de personnes à secourir grâce au JIAF 2.0 qui « définit des normes mondiales pour l’estimation et l’analyse des besoins humanitaires et des risques de protection ». La coïncidence avec l’effet ciseau est fâcheuse. Il faudra questionner cette nouvelle méthodologie à la définition de laquelle des agences des Nations-Unies et des ONG ont notamment contribué.

Cette méthodologie aura peut-être le mérite d’une plus grande précision et répartition des responsabilités entre les grands acteurs de l’aide internationale. Mais nous devons aussi nous demander ce que sont devenues les personnes « hors normes » exclues des secours humanitaires. Les agences de développement les ont-elles prises en charge ? Ou, au contraire, ces personnes vulnérables sont-elles restées seules sur le bord de la solidarité ?

Dans ce contexte, le mot clef qui mobilise actuellement l’écosystème humanitaire est celui de la priorisation de l’aide. La priorisation est une sélection et cela ne peut manquer de nous faire penser au tri des blessés en chirurgie de guerre quand on ne peut pas sauver tout le monde et qu’il faut choisir !

Alors, justement, quels seront les besoins humanitaires vitaux pour les populations victimes des guerres, des catastrophes et des épidémies dans les années à venir ?

Quand l’effet papillons vient interpeler l’effet ciseaux.

Nous nous posions cette question dans ces colonnes au mois de mars. L’effet papillon des conflits pourrait-il entrainer par un « effet domino » les « 20 ans de chaos » que certains redoutent ?

Si je souligne ici les causes géopolitiques des conséquences humanitaires, c’est parce que je les ai éprouvés durant plus de quatre décennies d’aide humanitaire dans le monde. Il y a bien sûr aussi les causes grandissantes liées au climat et aux grandes épidémies sur lesquelles nous reviendrons. Mais nous savons que la grande majorité des besoins humanitaires résulte des conflits sous toute leurs formes et que ceux-ci semblent aujourd’hui entrer dans une phase historique d’expansion.

On se souvient que Raymond Aron déclarait du temps de la guerre froide « Paix impossible, guerre improbable ». Peut-être faut-il dire aujourd’hui au regard des tensions internationales « Paix improbable, guerre possible » !

Défilé militaire sur la place rouge à Moscou, Russie. © VLADJ55

Dans un entretien donné le 29 mars à la presse européenne, le premier ministre de la Pologne, Donald Tusk, déclare : « Nous devons nous habituer au fait qu’une nouvelle ère a commencé : l’ère de l’avant-guerre. Je n’exagère pas ». « Si l’Ukraine perd, personne en Europe ne pourra se sentir en sécurité ». « La guerre n’est plus un concept du passé en Europe, désormais entrée dans l’ère de l’avant-guerre ». « Le plus inquiétant en ce moment est qu’absolument tous les scénarios sont possibles ».

Si, au début de l’offensive militaire Russe en Ukraine, nous pouvions nous poser la question des responsabilités sur les causes diverses de cette guerre, deux ans plus tard, face à une guerre de haute intensité qui va durer, face au risque d’une défaite de l’Ukraine, la question se pose autrement. Quelles conséquences une défaite de l’Ukraine entrainerait-elle alors que Vladimir Poutine joue son va tout et qu’il nous oppose un autre modèle politique, comme son allié chinois d’ailleurs. Ne sommes-nous pas entrés sans encore le savoir dans le début d’une guerre plus générale qui nous fera passer tôt ou tard nécessairement en économie de guerre avec quelles conséquences sur les besoins comme sur les moyens humanitaires ?

Le ton monte également en Asie avec l’édition de la carte standard de la Chine dans le quotidien Global Times, organe quasi officiel du parti communiste chinois. Cette carte intègre dorénavant l’état indien du Arunachal Pradesh, partie sud du Tibet, et l’Aksai Chin. De même, la fameuse ligne à 10 traits autour de la mer de Chine méridionale menace tous les Etats voisins : Vietnam, Philippines, Malaisie et Taïwan. Une carte est un objet de pouvoir et de projection sur le monde. Pouvons-nous croire que cela n’ira jamais plus loin et quelles seraient les conséquences du jeu des alliances en cas de coup de force chinois ?

L’édition 2023 de la carte standard de la Chine. © Twitter @globaltimesnews

Plus près de nous, la République Démocratique du Congo (RDC) fait face depuis deux ans à la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23) soutenu par le Rwanda selon plusieurs rapports de l’ONU. Dans un entretien donné vendredi 29 mars à plusieurs médias, le président de la RDC, Félix Tschisekedi, a été questionné sur le risque d’une « déclaration de guerre au Rwanda », en alertant que la mission de Joao Lourenço, président de l’Angola et médiateur nommé par l’Union Africaine, représentait « la voie de la dernière chance » !

Que faire pour les humanitaires ?

Filippo Grandi, haut-commissaire aux réfugiés des Nations-Unies a lancé « C’est un réquisitoire contre l’état du monde » quand le chiffre de 110 millions de réfugiés et déplacés a été atteint le 14 juin 2023. Pour prendre la mesure de ce chiffre, rappelons qu’ils étaient 43,3 millions en 2010, 60 millions en 2015, 79,5 millions en 2019 ! Il n’y a aucune raison que ce chiffre s’arrête de grimper, bien au contraire !

Le risque est réel de voir l’effet ciseau d’augmentation des besoins humanitaires croiser la diminution des moyens.

Ceci n’est-il pas déjà le cas pour les 17 millions de personnes au Burkina Faso, au Mali et au Niger qui ont besoin cette année d’une assistance humanitaire. En 2023, les appels de fonds humanitaires n’ont reçu qu’un tiers environ des fonds nécessaires.

Malgré les engagements pris au Forum Humanitaire Européen, les 18 et 19 mars, à Bruxelles, malgré l’espoir de voir l’Union Européenne et les Etats membres confirmer leur engagement pour l’action humanitaire, face à la démobilisation d’autres grands acteurs, loin de tout attentisme, il est indispensable que les organisations humanitaires se mobilisent pour rappeler la responsabilité de protéger et le devoir d’assistance humanitaire.

Déplacement de population en RDC entre les villes de Goma et de Rutshuru. © Photo Moses Sawasawa / MSF

Les voies et moyens ne manquent pas, non seulement pour sanctuariser les budgets humanitaires, mais encore pour indexer l’évolution de ceux-ci sur le niveau des besoins vitaux des populations en danger. Nous pouvons penser notamment à ces initiatives :

  • Agir auprès des Etats et des organisations européennes et internationales pour les sensibiliser aux conséquences désastreuses qu’aurait un possible effet ciseau.
  • Mobiliser les opinions publiques pour soutenir cette grande cause humanitaire ainsi que pour développer la générosité des particuliers.
  • Accélérer toutes les formes d’innovation qui réduisent les couts et qui augmentent l’efficacité de l’aide.
  • Optimiser le double Nexus humanitaire – développement et inciter les agences de développement à soutenir les plus vulnérables dans les pays fragiles ou en crise.

L’humanitaire est sans doute à un nouveau tournant historique de son action et il doit à nouveau assurer et démontrer ses capacités à mener sa mission pour sauver des vies.

L’humanitaire doit dire haut et fort que réduire les budgets humanitaires, ce n’est pas faire des économies vertueuses, mais au contraire multiplier les risques de mortalité, de désespoir, de radicalisation, de mouvements migratoires qui à leur tour entraineront des effets néfastes de proche en proche comme une épidémie. Sans oublier l’essentiel, sans la solidarité, que serons-nous et qu’adviendra-t-il ?

 

Alain Boinet qui vous remercie pour votre soutien (faireundon).

Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne www.defishumanitaires.com. Il est le fondateur de l’association humanitaire Solidarités International dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources. Il continue de se rendre sur le terrain (Syrie du nord-est, Haut-Karabagh/Artsakh et Arménie) et de témoigner dans les médias.

 

Dans cette édition, vous trouverez les articles suivants :