Syrie, un an après la chute de Bachar El Assad: transition politique et crise humanitaire

La ville d'Alep, dans le nord-ouest de la Syrie UN NEWS
La ville d’Alep, dans le nord-ouest de la Syrie. – ©UN NEWS

Le 8 décembre 2024 a marqué la chute de l’un des régimes les plus répressifs du Moyen-Orient. Après plus de cinquante ans de domination de la famille al-Assad et treize années de guerre destructrice, le pouvoir s’est effondré à Damas. À sa place, le groupe armé islamiste Hayat Tahrir al-Cham (HTC) s’est imposé, portant à sa tête Ahmed al – Sharaa, ancien combattant affilié à Al-Qaïda devenu président de facto. Accueilli avec prudence, mais sans hostilité ouverte, par plusieurs capitales occidentales, le nouveau dirigeant s’est rapidement employé à lisser son image et à présenter une vision de rupture pour la Syrie, fondée sur la stabilité, la reconstruction et le retour de l’État. 

Un an plus tard, pourtant, les interrogations demeurent. La chute du régime s’est-elle traduite par un changement tangible pour la population syrienne, au-delà du basculement politique ? Si des avancées institutionnelles et diplomatiques sont mises en avant par le nouveau pouvoir, la réalité du terrain reste marquée par une forte instabilité sécuritaire, des tensions communautaires persistantes et une crise humanitaire toujours massive. En prolongeant l’analyse esquissée dans l’article d’India Hauteville publié dans Défis Humanitaires au lendemain de la chute de Bachar al-Assad, cet article propose un bilan critique de cette « année d’après», en croisant dynamiques politiques, recompositions sécuritaires et enjeux humanitaires. 

La reconstruction politique se heurte aux réalités du terrain 

Plus d’un an après la chute de Bachar al-Assad, la Syrie est engagée dans une transition que de nombreux observateurs qualifient de « fragile », tant les avancées institutionnelles demeurent exposées aux tensions sécuritaires et communautaires. Le nouveau pouvoir, issu de la prise de Damas par HTC et incarné par le président auto-proclamé Ahmed al-Sharaa, a cherché à se doter rapidement d’une légitimité politique. En mars 2025, une constitution provisoire a ainsi été adoptée afin d’encadrer une période de transition annoncée d’environ cinq ans. Ahmed al-Sharaa est parvenu au pouvoir à la faveur d’un accord de transition soutenu par les Nations unies, assorti de la promesse d’un retour progressif à la stabilité et de l’organisation d’élections libres à l’issue de cette période. 

Dans la foulée, un gouvernement a été formé, des institutions judiciaires et administratives ont été réactivées et un embryon de Parlement a vu le jour, mêlant élus indirects et personnalités nommées par l’exécutif. Sur le plan formel, ces réformes marquent une rupture avec l’hyperprésidentialisme du régime précédent. Dans les faits, le pouvoir demeure largement concentré autour d’un cercle restreint issu de l’ancienne direction du HTC, ce qui alimente la crainte d’une reproduction de pratiques autoritaires sous un nouveau visage. 

Les élections législatives du 5 octobre illustrent ces limites. Elles n’ont permis l’élection que de six femmes sur les 119 sièges pourvus à ce stade. Les minorités apparaissent, elles aussi, sous-représentées : un chrétien, trois ismaéliens, trois alaouites, quatre kurdes, et aucun druze. Sur un total de 210 sièges, dix-huit restent vacants dans les circonscriptions du nord-est et du sud, notamment à Soueïda où les tensions intercommunautaires persistent. La reconstruction institutionnelle demeure ainsi jalonnée de défis et de profondes discordes. 

Cette dynamique institutionnelle s’est accompagnée d’une amélioration relative de la situation sécuritaire par rapport aux années les plus intenses de la guerre. Les bombardements massifs ont cessé et certaines grandes villes connaissent un niveau de violence plus faible. Derrière ce  tableau officiel, le terrain demeure cependant loin d’être pacifié. 

Les retours de populations illustrent cette ambivalence. Selon les Nations unies, plus d’un million de réfugiés et près de deux millions de déplacés internes seraient rentrés dans leurs zones d’origine depuis décembre 2024, traduisant à la fois un espoir de normalisation et une forte aspiration à la stabilité. Dans le même temps, de nouveaux déplacements continuent d’être enregistrés à chaque reprise des combats. Récemment, autour d’Alep et dans le Nord-Est, l’échec de la mise en œuvre de l’accord de mars 2025 entre le gouvernement et les forces kurdes du Front démocratique syrien (FDS) a conduit à une reprise des affrontements et à la fuite de centaines de milliers de civils. 

La transition syrienne se joue ainsi sur un équilibre précaire. Il y a suffisamment d’éléments de stabilisation pour nourrir l’idée d’un « après-Assad » mais une violence persistante, des tensions identitaires vives et un pouvoir encore peu inclusif qui font planer le risque d’un enlisement de la transition ou d’un basculement vers une nouvelle phase de crise. 

Une diplomatie active pour sortir de l’isolement, mais sous fortes contraintes

Le Président de la République arabe syrienne, Ahmad Al-Sharaa, s’exprime lors du débat général de la quatre-vingtième session de l’Assemblée générale.
Le Président de la République arabe syrienne, Ahmad Al-Sharaa, s’exprime lors du débat général de la quatre-vingtième session de l’Assemblée générale. ©UN NEWS

Depuis son arrivée au pouvoir, Ahmed al‑Sharaa a fait de la diplomatie un levier central pour consolider sa légitimité politique, sortir la Syrie de son isolement international et obtenir un allègement des sanctions économiques qui continuent de peser lourdement sur le pays. Autrefois djihadiste allié à Al-Qaïda, il s’emploie à projeter l’image d’un dirigeant pragmatique, soucieux de stabilité et de reconstruction. 

Cette stratégie s’est traduite par une série d’initiatives diplomatiques inédites depuis la chute du régime Assad. En mai 2025, Ahmed al-Sharaa a effectué une visite à Paris, où il a été reçu à l’Élysée par Emmanuel Macron. Il a ensuite prononcé un discours lors de la 80ᵉ Assemblée générale des Nations unies, le 24 septembre 2025. En novembre 2025, il a par ailleurs été invité à Washington, une première pour un dirigeant syrien depuis la chute de Bachar al-Assad, ce qui marque une possible étape vers une normalisation des relations avec les États-Unis. 

Dans ce contexte, les autorités américaines ont prolongé la suspension du Caesar Act, un régime de sanctions instauré en 2020 à l’encontre de l’ancien gouvernement syrien puis gelé après une rencontre entre Ahmed al-Sharaa et des responsables américains en Arabie saoudite en mai 2025. Cette mesure est considérée comme cruciale pour la Syrie, engagée dans un processus de reconstruction estimé à près de 216 milliards de dollars par la Banque mondiale après près de quinze années de guerre civile. 

Parallèlement, le nouveau pouvoir cherche à redéfinir les termes des alliances héritées de l’ère Assad, notamment avec la Russie. Une rencontre organisée le 15 octobre 2025 a ainsi visé à poser les bases d’une coopération renouvelée, centrée principalement sur les enjeux économiques et les investissements, mais aussi sur le sort des bases russes en Syrie — la base navale de Tartous et la base aérienne de Hmeimim — ainsi que sur la question du réarmement de l’armée syrienne. Dès le printemps précédent Moscou avait d’ailleurs expédié du pétrole, du diesel et du blé vers la Syrie. 

Cette diplomatie d’équilibriste, qui tente de concilier l’appui financier des pays du Golfe et de la Russie, la reprise des relations avec les États-Unis et les attentes des voisins régionaux, notamment la Turquie, demeure toutefois fragile. Elle reste conditionnée à des engagements difficiles à tenir sur le terrain alors que les combats se poursuivent dans le Nord-Est du pays et que des violations des droits humains continuent d’être signalées. Ces éléments nourrissent les doutes quant à l’ampleur réelle de la transformation politique et sécuritaire engagée sous la présidence d’Ahmed al-Sharaa. 

L’enjeu de la protection des minorités

Eclatement des hostilités à Souweïda en juillet 2025.
© UNOCHA/Ali Haj Suleiman – Eclatement des hostilités à Souweïda en juillet 2025

En effet, l’illusion d’une transition pacifiée s’est rapidement heurtée à la réalité des fractures syriennes, exacerbées par des violences ciblées contre les minorités. Dès les premiers mois de 2025, les Alaouites ont payé un lourd tribut. En mars, des massacres sur la côte (Lattaquié, Tartous) ont fait plus de 1 600 morts civils, principalement alaouites. 

Les Druzes ont eux aussi subi une vague d’attaques. Fin avril à Jaramana (banlieue Damas) une centaine de morts lors de heurts avec les forces de sécurité du nouveau régime, puis en juillet à Soueïda, où un incident entre un marchand druze et des Bédouins a dégénéré en affrontements armés d’une semaine (11-17 juillet). Les forces gouvernementales sont intervenues pour « rétablir la stabilité », imposant un couvre-feu, tandis qu’Israël frappait des positions syriennes (15 morts). Amnesty International documente 46 exécutions de druzes (44 hommes, 2 femmes) par balles sur places publiques, dans des écoles, des hôpitaux, des habitations ainsi que des slogans haineux, des  humiliations (rasage moustaches religieuses) et des pillages. Ces événements ont révélé l’incapacité du régime al Sharaa à protéger les minorités ou à imposer un contrôle unifié, laissant place à des milices tribales et djihadistes agissant comme instruments de pression. Certains parlent de « revanche sunnite ». S’il n’arrive pas à reprendre le contrôle de cette situation, et à protéger les minorités, la Syrie risque de plonger de nouveau dans un cycle de violence. 

La crise kurde: la remise en cause de l’Administration autonome du Nord et de l’Est syrien (AANES) aussi appelée le Rojava

Combattants des FDS, 2018, ©Wikimedia Commons

 Mais au-delà des Alaouites et des Druzes, c’est la question kurde qui cristallise aujourd’hui les tensions les plus aiguës de la transition syrienne. 

Effectivement, la nouvelle offensive de Damas contre les Kurdes du Nord‑Est est devenue l’un des points de bascule de la transition syrienne, à la fois militaire, politique et humanitaire.

Depuis le 6 janvier 2026, l’armée syrienne mène une offensive d’ampleur contre les positions tenues par les Forces démocratiques syriennes (FDS), d’abord à Alep, dans les quartiers de Cheikh Maqsoud et Achrafieh, puis, après plusieurs jours de combats et un cessez‑le‑feu partiel à Alep, l’offensive est étendue dans le Nord-est. Le 17 et le 18 janvier, les troupes gouvernementales ont repris le contrôle de Raqqa,  Deir ez‑Zor et environ 80% des territoires administrés par le FDS depuis 2016, lorsqu’elles avaient chassé l’État islamique, tandis que les FDS se sont repliées vers les zones à majorité kurde de Kobané et du gouvernorat de Hassaké, qu’elles présentent désormais comme leur « ligne rouge ». 

Un cessez‑le‑feu unilatéral a ensuite été annoncé par Damas le 20 janvier, avec l’engagement de ne pas entrer dans les centres‑villes de Hassaké et Qamichli ni dans les villages kurdes, et un délai accordé aux FDS pour présenter un mécanisme d’intégration. La trêve a  été prolongée de quinze jours le 24 janvier pour permettre le transfert de détenus de l’État islamique d’établissements contrôlés par les FDS vers l’Irak, à l’initiative des Etats-Unis 

Al‑Sharaa a aussi  annoncé une série de gestes symboliques en direction des Kurdes, déclarant la langue kurde « langue nationale », reconnaissant les Kurdes comme « partie constitutive du peuple syrien » et promettant des droits culturels. Ces annonces contrastent brutalement avec la réalité de terrain faite de sièges, de coupures d’électricité et d’eau, de routes bloquées et de déplacements forcés dans les zones kurdes. Elles sont largement perçues comme des signaux politiques adressés à la communauté internationale afin de rassurer les partenaires occidentaux. 

Parallèlement à ces évènements, le pouvoir central a pris le contrôle direct de sites ultrasensibles comme le camp d’Al‑Hol, longtemps administré par les Kurdes et où se trouvent encore plusieurs dizaines de milliers de personnes liées à Daesh, dont environ 6 500 étrangers dans un secteur à haute sécurité. Cette bascule sécuritaire illustre une stratégie de recentralisation des outils de contrôle du djihadisme par Damas, alors même que les risques d’évasions et de reconstitution de réseaux restent élevés.

Une femme portant un gros sac sur la tête et une autre femme tenant un enfant marchent dans une rue d'Alep, en Syrie, alors que des civils déplacés évacuent en raison de l'escalade des hostilités.
Alep, des civils déplacés évacuent en raison de l’escalade des hostilités. ©UN NEWS

L’offensive et les combats qui l’ont précédée ont déclenché une nouvelle vague de déplacements massifs dans le Nord‑Est syrien. Les Nations unies et l’Organisation internationale pour les migrations estiment qu’entre 170 000 et un peu plus de 173 000 personnes ont été déplacées depuis le 6 janvier,  essentiellement dans les gouvernorats d’Alep, Hassaké et Raqqa. 

Des ONG rapportent déjà des décès de civils, y compris d’enfants, dus au froid et à l’absence de chauffage, tandis que les infrastructures d’eau et d’électricité ont été sévèrement touchées autour de  Kobané et dans plusieurs localités de la Djézireh. 

Sur le plan des pertes humaines directes (morts et blessés civils ou combattants kurdes), les chiffres restent fragmentaires et disputés. Les principales sources officielles et onusiennes se concentrent sur les déplacements sans bilan consolidé des victimes, ce qui fragilise toute tentative de quantification précise. Cette opacité statistique nourrit les inquiétudes d’ONG qui évoquent des exécutions sommaires, des violences ciblées et un risque de « nettoyage » ou de mise au pas forcée de communautés kurdes dans plusieurs zones reconquises. 

La situation dans le Nord-est interpelle : Pourquoi Ahmed al‑Sharaa choisit‑il de rouvrir un front avec les Kurdes alors que le pays est exsangue économiquement et politiquement ? Alors même qu’il évite toute confrontation directe avec Israël sur le dossier du Golan, pourtant toujours occupé ? 

Plusieurs logiques se superposent. D’abord, l’enjeu pétrolier, le Nord‑Est concentre une grande partie des ressources en hydrocarbures qui ont jusqu’ici financé l’AANES, et leur reprise permet à Damas de consolider sa base économique.  

Ensuite, la centralisation, le nouveau pouvoir d’al‑Sharaa issu d’une transition marquée par la victoire d’une coalition islamo‑nationaliste refuse tout modèle fédéral et cherche à réintégrer les territoires kurdes dans un cadre étatique unitaire au besoin par la force. Cette volonté coïncide avec l’intérêt de l’État turc qui continue de considérer les FDS comme une extension du Parti des Travilleurs du Kurdistan de Turquie (PKK) et soutient, directement ou indirectement, l’objectif d’empêcher toute autonomie kurde en Syrie et de les affaiblir autant que possible. 

Camp de Al-Hol, majoritairement peuplé de familles de djihadistes présumés © UNOCHA/Ali Haj Suleiman

Dans ce contexte, les prisons de Daesh et le camp d’Al‑Hol deviennent aussi des leviers politiques en reprenant ces installations, Damas se pose à la fois en partenaire incontournable dans la lutte anti – djihadiste et en acteur capable de gérer un dossier qui embarrasse profondément les puissances occidentales. Les États‑Unis, qui réduisent leur empreinte militaire et poussent aux transferts de détenus vers l’Irak semblent accepter de facto cette recentralisation au prix d’un abandon partiel de leurs anciens alliés kurdes. En effet, Tom Barrack (le représentant local de l’administration de Trump) juge la mission kurde contre Daech « largement périmée » et réduit son engagement.

Alors que la trêve arrivait à échéance, un accord a finalement été annoncé ce vendredi 30 janvier entre le gouvernement d’Ahmed al‑Sharaa et les dirigeants des FDS. Celui‑ci prévoit, sur le papier, l’intégration progressive des forces kurdes dans l’armée nationale syrienne, la réintégration administrative du Nord‑Est dans les structures de l’État et la reconnaissance de certains droits aux kurdes en contrepartie de la fin de toute revendication d’autonomie politique formelle.  

En pratique, cet arrangement entérine la victoire du centre à Damas sur le projet du Rojava dans un État fédéral Syrien, puisqu’il transforme des acteurs jusqu’ici quasi‑souverains en partenaires subalternes, sans garanties constitutionnelles claires ni mécanismes de protection robustes pour les populations kurdes et arabes qui vivaient sous l’AANES. 

Les Kurdes ont toutefois obtenu des avancées notables par rapport aux versions antérieures. L’accord consacre leurs droits nationaux, civils et éducatifs, ainsi que le retour effectif de tous les déplacés dans leurs zones d’origine. Également, ils acquièrent le poste de gouverneur pour la province de Hassaké, assorti d’une division militaire propre de trois brigades, tandis que la police kurde conserve la main sur la sécurité intérieure de leurs territoires et que des postes de commandement au sein de l’armée syrienne leur sont réservés. 

La portée réelle de cet accord reste toutefois incertaine. Sa mise en œuvre dépendra de la capacité de Damas à tenir ses promesses symboliques et à éviter une logique de revanche sécuritaire dans les zones reconquises, mais aussi de la marge de manœuvre que conserveront les élites kurdes pour peser dans l’écriture de la nouvelle architecture institutionnelle. À court terme, l’accord pourrait réduire l’intensité des combats ouverts et rassurer certains partenaires étrangers soucieux de voir un interlocuteur unique reprendre la gestion des prisons regroupant des djihadistes de Daesh et du camp d’Al‑Hol. À moyen terme, il comporte un risque évident : celui de transformer la « normalisation » du Nord‑Est en mise au pas autoritaire, nourrissant de nouveaux ressentiments kurdes qui viendraient fragiliser durablement la transition syrienne. 

Une crise humanitaire persistante 

Un convoi d'aide du Croissant-Rouge arabe syrien, transportant de l'aide de l'ONU et d'autres aides, entre dans le gouvernorat d'As-Sweida, dans le sud de la Syrie, le 20 juillet 2025.
Un convoi d’aide du Croissant-Rouge arabe syrien, transportant de l’aide de l’ONU et d’autres aides, entre dans le gouvernorat d’As-Sweida, dans le sud de la Syrie, le 20 juillet 2025. ©UNOCHA/Ali Haj Suleiman

Derrière les recompositions politiques et sécuritaires, la réalité quotidienne des civils demeure marquée par la précarité et l’insécurité. 

Un an après la chute de Bachar el-Assad, l’espoir suscité par l’ouverture d’une nouvelle séquence politique ne s’est pas traduit par une amélioration significative de la situation humanitaire pour une large partie de la population syrienne. Selon plusieurs organisations humanitaires présentes sur le terrain, la crise reste massive, structurelle et largement sous-financée. 

Pour analyser ces défis, cet article s’appuie notamment sur le témoignage de Solidarités International, à travers l’entretien de Thomas Janny, directeur régional Moyen-Orient de l’ONG. Celui-ci rappelle que :  

« La chute de Bachar el-Assad a été perçue par beaucoup comme une libération, avec un espoir légitime après des décennies de dictature. Mais d’un point de vue humanitaire, la crise n’est pas terminée. Si la Syrie se relève politiquement et économiquement il n’est pas garanti que  tout se passe sans à-coups. » 

Malgré le changement de pouvoir, les besoins humanitaires demeurent extrêmement élevés, notamment « en matière d’accès à l’alimentation, aux soins de santé, à l’eau et à l’électricité. » explique Thomas Janny. 

Les chiffres des Nations unies confirment cette situation critique : selon l’ONU 16,5 millions de personnes en Syrie ont encore besoin d’une aide humanitaire en 2025 sur plus de 26 millions d’habitants, plus de 90 %  des Syriens vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté et plusieurs millions dépendent toujours de l’assistance pour couvrir leurs besoins les plus élémentaires. 

Cette réalité contraste avec certains signes de reprise observés dans les grandes villes routes réparées, bâtiments reconstruits, retour progressif de l’électricité jusqu’à 20 heures par jour des avancées inédites depuis près de dix ans mais qui restent des avancées minimes et très inégalement  réparties sur le territoire. 

L’espoir de normalisation s’est accompagné de mouvements de retour, tant de déplacés internes que de réfugiés, notamment depuis la Turquie et le Liban. Toutefois, la pérennité de ces retours restent largement fragiles et non durables. Comme le souligne Thomas Janny : 

« On a vu des populations rentrer chez elles, puis revenir dans les camps parce que les conditions d’un retour n’étaient pas réunies : pas d’eau, pas d’électricité, peu d’accès à la santé, à l’éducation ou à une activité économique. » 

Au-delà des besoins chroniques, les organisations humanitaires alertent sur un potentiel élevé de nouveaux chocs susceptibles de freiner toute trajectoire vers la résilience. Thomas Janny identifie plusieurs facteurs de risque : 

« Il existe un potentiel de nouveaux chocs, qui peuvent créer de nouveaux besoins et entraver le chemin vers la résilience. Cela inclut la question des minorités, les tensions interconfessionnelles, mais aussi les catastrophes naturelles, les risques sanitaires — comme le retour d’épidémies de choléra — et plus largement les effets du changement climatique et de la raréfaction de l’eau. » 

Ces risques ne relèvent pas d’un scénario hypothétique, des violences localisées ont déjà éclaté dans plusieurs régions du pays, notamment dans les zones côtières alaouites et à Soueïda contre les populations druzes, provoquant plusieurs centaines de morts en quelques semaines, tandis que la reprise des affrontements dans le nord-est entre le gouvernement de transition et les forces kurdes, a entraîné le déplacement de centaines de milliers de civils. À ces dynamiques s’ajoutent des menaces sanitaires persistantes, dans un pays où les infrastructures de santé restent extrêmement fragiles. 

Dans ce contexte, la capacité de réponse des acteurs humanitaires est fortement limitée par la baisse des financements. Selon le suivi onusien du plan coordonné de réponse humanitaire pour 2025, les besoins s’élèvent à 3,19 milliards de dollars, mais seuls 1,11 milliard ont été couverts, soit 34,9%, laissant 65,1 % des besoins non financés (2,08 milliards de dollars). 

©FTS (UNOCHA), suivi des financements des plans coordonnées humanitaires pour la Syrie, au 30 janvier 2026.

Au total, les financements déclarés pour la Syrie selon le Financial Tracking Service (OCHA)  2025 atteignent 2,46 milliards de dollars, dont 45,2 % inscrits dans le cadre du plan coordonné et 54,8 % en dehors, illustrant la fragmentation des flux et la difficulté à couvrir de manière cohérente l’ensemble des priorités humanitaires.

La chute du régime s’est néanmoins traduite par une évolution concrète de l’accès humanitaire. Pour la première fois depuis des années, des ONG internationales ont pu à nouveau circuler sur l’ensemble du territoire syrien y compris dans des zones longtemps interdites aux expatriés. 

« En mai dernier, nous avons pu remonter depuis Damas jusqu’à la frontière turque en passant par le nord-ouest ce qui était impensable auparavant », témoigne Thomas Janny. 

Solidarités International, désormais présente à Damas, est active dans les gourvenorats de Hassaké,  et Raqqa (Nord-Est),Idlieb, Alep et Hama, et emploie plus de 300 personnels principalement syriens.

Face à ces défis, les organisations humanitaires plaident pour le maintien d’une capacité de réponse d’urgence, tout en accompagnant des actions de relèvement précoce et de résilience. Solidarités International structure ainsi son action autour de trois axes : la réponse aux urgences (déplacements, crises sanitaires, conditions hivernales), l’accès durable à des services de base dignes pour les populations déplacées de longue durée, et des projets de résilience, notamment la réhabilitation de marchés et d’infrastructures essentielles. 

Dans ce contexte encore instable, l’espoir diplomatique demeure, comme en témoigne l’annonce d’un soutien européen lors de la visite à Damas dUrsula von der Leyen et d’Antonio Costa, le 9 janvier 2026. L’Union européenne s’est engagée à mobiliser 620 millions d’euros sur la période 2026-2027 en faveur de l’aide humanitaire et du relèvement précoce, un appui toutefois explicitement conditionné à des avancées en matière de stabilité et de gouvernance. 

Mais, comme l’indique Thomas Janny, il faut garder à l’esprit que cette transition reste extrêmement fragile : « Si des programmes de développement sont nécessaires pour aider la Syrie à se relever, il ne faut pas oublier que des millions de personnes sont toujours déplacés et que de nouveaux besoins urgents peuvent surgir à tout moment. Cela nécessite de conserver une capacité d’action humanitaire significative.  » 

Perspectives 

Ainsi, la Syrie a encore du chemin à faire pour se reconstruire, mais surtout pour créer un véritable État de droit. L’avenir reste incertain et beaucoup de questions demeurent :  

La transition actuelle permettra‑t‑elle d’intégrer réellement les minorités, de protéger les Kurdes du Nord‑Est et d’éviter de nouveaux cycles de violences ciblées ? Le pouvoir d’Ahmed al‑Sharaa acceptera‑t‑il de partager l’autorité, de limiter la centralisation et de garantir des droits effectifs, au‑delà des seuls gestes symboliques ? La communauté internationale maintiendra‑t‑elle ses engagements humanitaires et financiers alors que les besoins restent massifs et que la fatigue des donateurs s’installe ?  

Que se passera‑t‑il pour les milliers d’anciens combattants de Daesh et leurs familles enfermées depuis des années dans des camps et des prisons : seront‑ils jugés, transférés, libérés, ou continueront‑ils à vivre dans un no man’s land juridique, avec le risque de nouvelles évasions et d’une résurgence jihadiste ? Le passage de ces sites sous contrôle direct de Damas peut‑il vraiment renforcer la sécurité, alors que les conditions de détention restent incertaines et que les pays d’origines ne souhaitent pas le rapatriement de leurs ressortissants mais leur jugement par des tribunaux là où  ils ont pu commettre des crimes ? 

À Kobané, Qamichli, Hassaké et Amouda, les populations kurdes et les FDS verront-elles leurs avancées (droits culturels, sécurité intérieure) respectées, ou le pire reste-t-il à craindre avec des attaques résiduelles, de nouveaux déplacements et une érosion progressive de leur autonomie ? 

 Dans ce contexte, plus que jamais, l’avenir de la Syrie dépendra de choix politiques, d’un engagement international durable et de la capacité du pays à transformer cette transition fragile en paix réelle et inclusive. 

Lorine Baravi.


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2026, un monde sans dessus dessous ?

Le président vénézuélien Nicolàs Maduro escorté par des agents des forces fédérales lors de son arrestation dans la nuit du 3 janvier 2026. © Rapid Response 47 (réseaux sociaux)

Bonne année d’abord et avant tout en vous présentant nos vœux les plus cordiaux pour 2026, pour vous, vos familles et vos projets. Nous vous remercions pour votre fidélité et de votre soutien en vous annonçant un nouveau projet de Défis Humanitaires présenté en conclusion de notre éditorial.

L’année 2026 commence de manière spectaculaire avec l’enlèvement par les Etats-Unis du président vénézuélien, Nicolàs Maduro et de sa femme Cilia Flores, samedi 3 janvier en pleine nuit à Caracas lors d’une opération militaire chirurgicale. Sa photo de prisonnier a fait le tour du monde et Donald Trump a assisté en direct à son arrestation « comme à la télévision ». Cela nous rappelle l’Irak et Saddam Hussein !

Lors d’une conférence de presse nocturne Donald Trump a notamment déclaré prendre le contrôle du Vénézuéla pour « nous assurer d’une transition sûre, appropriée et avisée ». Nous verrons ce qu’il en est, la suite pouvant se révéler plus compliquée. Malgré toutes les critiques que l’on peut faire du régime dictatorial de Nicolàs Maduro, ce coup de force soulève la question du respect de la souveraineté des Etats-nations et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

« Fini l’idéalisme utopique, place au réalisme pur et dur ». Pete Hegseth.

Ce à quoi nous assistons c’est la mise en œuvre de la nouvelle « Stratégie nationale de sécurité des Etats-Unis ». Et, plus précisément, la réaffirmation avec force de la doctrine Monroe pour « restaurer la prééminence américaine dans l’hémisphère occidental » c’est-à-dire sur l’Amérique Latine assortie du « corolaire Trump ».

Voilà tous les pays de la région prévenus de ce qui peut les attendre, comme des pays extérieurs qui s’aventureraient à s’ingérer dans cette sphère d’influence exclusive ! Cela promet des rebondissements à venir.

Ce à quoi nous assistons au Vénézuéla est une parfaite illustration de la nouvelle stratégie des Etats-Unis de Donald Trump. Plus de grandes croisades sans fin au risque de l’enlisement contre l’axe du mal et pour soi-disant démocratiser l’univers. Mais une force au service des seuls intérêts américains basée sur une supériorité massive au niveau militaire, économique et technologique.

Si Trump n’est pas un va-t’en guerre néo-conservateurs selon les experts, c’est le « shérif » qui s’affranchit du droit et « qui a ordonné plus de frappes en un an que Biden au cours de ses quatre années de mandat » (Le Grand Continent). Ce n’est plus l’hyperpuissance au service d’une mondialisation du libre-échange, mais une force déterminée et ciblée au bénéfice de la suprématie américaine pour les décennies à venir.

Stratégie nationale de sécurité des Etats-Unis.

Le président Donald J. Trump tient une conférence de presse à Palm Beach, en Floride, le 3 janvier 2026, en compagnie du secrétaire d’État Marco Rubio, du secrétaire à la Guerre Pete Hegseth et du général de l’armée de l’air Dan Caine, président du Comité des chefs d’état-major, pour discuter de l’opération Absolute Resolve à Caracas, au Venezuela. ©Maison Blanche

 

Cette nouvelle stratégie sonne la fin de la politique étrangère des Etats-Unis depuis 1945. Ce document est un véritable réquisitoire contre les élites qui ont conduits la politique américaine après la Guerre froide. Au centre de cette doctrine trône dorénavant un slogan appelé à devenir un mot d’ordre « la paix par la force » qui peut être le Cheval de Troie de bien d’autres appétits et objectifs sans frontières.

N’en doutons pas, cette stratégie est déjà à l’œuvre et va aller crescendo, en s’adaptant si nécessaire. Elle concerne tout autant la politique intérieure que les grands protagonistes internationaux. Elle a le mérite de la clarté.

Ainsi, si le sort de l’Amérique du Sud est celui de la doctrine Monroe de souveraineté limitée comme au temps de Brejnev avec l’Europe centrale et orientale, l’Europe d’aujourd’hui est considérée comme un continent déclinant manquant de confiance et d’identité et dont il faut cependant « promouvoir la grandeur » nécessaire aux Etats-Unis à l’aide d’un programme de redressement « made in Trump ».

Et de souligner que l’Europe a perdu des parts du PIB mondial, passant de 25% en 1990 à 14% aujourd’hui ! Cela devrait d’ailleurs nous secouer pour sortir de notre torpeur. La faiblesse est désormais incompatible avec la liberté, la prospérité, l’indépendance et la souveraineté dans le monde de Trump, Xi Xinping, Poutine, Erdogan où la force est la condition sine qua non de l’existence.

Face à cette stratégie qui privilégie le bilatéral face au multilatéral, la souveraineté face aux institutions internationales, le national face à l’internationalisme et qui entend assurer son hégémonie tout en déclarant « ne pas vouloir dominer le monde et ne pas changer les différences », l’Europe est conduite à se reposer la question de ses fondations qui sont celles des nations qui la constituent et qui sont sa légitimité politique et sa force morale. Seules ces nations seraient vassalisées, ensemble elles le seront tout autant si l’Europe ne se réinvente pas dans le monde tel qu’il devient.

Les pays membres et l’Union Européenne, fondée à l’origine sur la paix, le droit et le commerce, ne peuvent pas ne pas se poser la question de leur existence dans un monde dominé par le retour des empires, l’emploi de la force et le lâchage des Etats-Unis.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le président français Emmanuel Macron ont coordonné leurs positions en amont de la réunion des dirigeants des pays participant à la Coalition des volontaires, tenue à Paris le 6 janvier 2026. ©Gouvernement ukrainien

Alors qu’une Conférence de la Coalition des pays volontaires pour soutenir l’Ukraine se tient mardi 6 janvier à Paris, la position américaine est limpide. Négocier une cessation rapide des hostilités et rétablir une stabilité stratégique avec la Russie. On voit là l’idée de la « realpolitik » des sphères d’influence mais aussi l’objectif de disjoindre « l’alliance indéfectible » de la Russie avec la Chine devenue l’adversaire systémique depuis Barak Obama.

Pour l’Europe et ses pays comme pour la Pologne, les Pays Baltes qui connaissent de près la Russie, la question se pose très différemment. Quel sera le prix de la fin de la guerre et quelles garanties de sécurité pour l’Ukraine et ses voisins ? C’est tout l’enjeu y compris pour les Etats-Unis.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur la Stratégie nationale de sécurité des Etats-Unis. Vous trouverez dans cet édition l’excellent article de Pierre Brunet que je vous invite à lire à ce sujet.

Et l’humanitaire dans tout cela ?

Les Gazaouis font la queue pour obtenir de la nourriture dans une cuisine communautaire à Deir al Balah. ©UNOCHA Olga Cherevko

Pour aller à l’essentiel, l’équation est simple et brutale. Les besoins humanitaires vont en augmentant mais les moyens chutent drastiquement. Il s’agit non seulement des crises en cours, mais aussi d’anticiper ce que 2026 nous réserve : épidémie, catastrophe et guerre sur fond de pauvreté extrême.

La crise ouverte au Vénézuéla qui compte déjà des millions et millions de réfugiés du pouvoir dictatorial de Nicolàs Maduro, se résoudra-t-elle pacifiquement dans les urnes ? Nous l’espérons. Le coup de force des Etats-Unis au Vénézuéla sera-t-il bientôt suivi d’autres comme l’annonce Donald Trump ? Sans parler de l’exemple que le Vénézuéla pourrait inspirer en provoquant une compétition géopolitique faite de prédation et de violence.

Maintenant, où en sommes-nous  sur le plan des ressources humanitaires. L’année 2025 est bien celle de la bascule des financements. Pour mémoire, l’appel des Nations-Unies avec OCHA était de 45,46 milliards de dollars destinés à secourir 181,2 millions de personnes en danger. Devant la chute brutale des financements des Etats-Unis et d’autres pays, OCHA a dû revoir son plan à la baisse le 16 juin 2025 pour un budget de 29 milliards de dollars destinés à 114 millions de personnes.

Pour rappel, l’évaluation initiale des personnes ayant besoin d’une aide vitale était de 300 millions de personnes dans 72 pays. Ce qui a fait dire à Tom Fletcher « Nous avons été forcés de faire un tri de la survie humaine ». Finalement, le budget 2025 a été de 23,23 millions de dollars dont 13,41 pour l’appel consolidé et 9,9 millions provenant d’autres fonds.

L’ONU a lancé un appel pour 2026 de 23 milliards de dollars pour secourir 87 millions de personnes frappés par la guerre, les catastrophes, les épidémies et l’effondrement des récoltes en indiquant qu’il faudrait réunir au total 33 milliards pour répondre aux besoins essentiels de 135 millions de personnes dans 50 pays.

Qu’en sera-t-il ? La baisse de l’aide humanitaire va t’elle se stabiliser ou se poursuivre et avec quelles conséquences humaines ? Ce qui est certain c’est que les humanitaires doivent se mobiliser sans réserve pour lutter contre le reflux et l’abandon qui est en cours. Sans parler de nouvelles conditionnalités risquant de mettre en cause les principes humanitaires et le poids d’une redevabilité toujours plus pesante et paralysante.

Les Etats-Unis viennent de promettre 2 milliards de dollars pour l’aide humanitaire avec 3 conditions pour l’ONU : une réforme structurelle, la centralisation du contrôle et une stricte redevabilité tout en prévenant que l’usage de ces fonds devaient répondre aux « intérêts nationaux américains » et que des pays en étaient exclus comme l’Afghanistan, le Yémen et Gaza. Il va donc falloir que les autres acteurs qui financent l’aide humanitaire compensent les absences des Etats-Unis et mobilise les ressources suffisantes pour les victimes des grandes crises.

Le droit humanitaire international battu en brèche.

De la nourriture d'urgence est distribuée à Kryvorizhzhia, dans la région de Donetsk, sur la ligne de front, en Ukraine.
© WFP/Sayed Asif Mahmud De la nourriture d’urgence est distribuée à Kryvorizhzhia, dans la région de Donetsk, sur la ligne de front, en Ukraine.

Autre signe des temps, les autorités israéliennes confirment l’interdiction à 37 ONG humanitaires internationales de continuer d’apporter de l’aide à Gaza si elles ne communiquent pas d’ici le 1er mars la liste de leurs employés palestiniens. Du point de vue des principes humanitaires, ces ONG ont raison et doivent être soutenues.

Cela nous rappelle l’expulsion de toutes les ONG de Kaboul par les Talibans dans les années 1995, mais aussi celle de plus de 30 ONG du Rwanda en 1996 par le pouvoir de Paul Kagamé et, enfin, l’expulsion manu militari de 14 ONG du Darfour par le président Omar El Béchir en 2009 suite à sa condamnation par la Cour Pénale Internationale.

Sans annulation de cette interdiction demandée par de nombreux pays et par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, cela entrainera des conséquences humanitaires immédiates pour la population de Gaza déjà fortement éprouvée. Mais l’objectif est peut-être justement de les remplacer par une structure installée et contrôlée par Israël.

L’espace humanitaire à venir ne se réduit pas seulement par des capacités budgétaires fortement diminuées, mais également par les accès qui lui seraient interdits dès lors que les ONG gêneraient et qu’elles n’auraient plus le soutien suffisant de grands acteurs internationaux et des opilions publiques.

En ce début d’année 2026, l’enlèvement de Nicolas Maduro et l’interdiction de 37 ONG à Gaza sont des signaux significatifs de changements qui nécessitent des réponses individuelles et collectives à la hauteur des enjeux.

L’aggiornamento de Défis Humanitaires et un nouveau projet.

Dans ce contexte de rupture il est indispensable pour Défis Humanitaires d’évoluer, de s’adapter afin de poursuivre notre mission d’information, de débat, d’alerte et de proposition.

Cela est d’autant plus vrai, que nous sommes de plus en plus confrontés à la désinformation, à des vérités dites alternatives et des campagnes cyber de manipulation de grande envergure.

Cette évolution concerne d’abord la ligne éditoriale qui doit donner plus de place à la géopolitique humanitaire des crises, aux liens entre choix politique et conséquences comme avec l’Aide Publique au Développement. De même, le contexte nous conduit à développer les sujets liés à l’innovation, la mutualisation, au financement et à un plaidoyer plus effectif en direction des pouvoirs publics et des médias.

L’autre axe majeur de notre évolution concerne le support lui-même avec un changement de maquette de type média-presse bénéficiant de nouvelles fonctionnalités pour mobiliser plus de lecteurs, un accès facile et rapide aux archives et à une traduction de nos articles dans un plus grand nombre de langues.

Défis Humanitaires est une revue indépendante, gratuite mais qui a un coût. Si ce coût est celui du bénévolat, il nécessite aussi des financements indispensables pour faire appel à une agence spécialisée compétente pour concevoir la nouvelle maquette. De même, l’évolution de la ligne éditoriale et des éditions suppose un renforcement de la rédaction.

Aussi, en ce début d’année, je lance un appel à tous nos lecteurs qui sont nos meilleurs alliés pour financer ce développement grâce à leur soutien en rappelant que votre don est déductible à hauteur de 66% de son montant et que vous pouvez le faire dès aujourd’hui ici : Votre don est un levier d’action humanitaire, un grand merci. – Helloasso.

Je vous en remercie par avance et vous présente encore mes meilleurs vœux en vous assurant que vous pourrez compter sur Défis Humanitaires.

Alain Boinet.

Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne www.defishumanitaires.com. Il est le fondateur de l’association humanitaire Solidarités International dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources. Il continue de se rendre sur le terrain (Syrie du nord-est, Haut-Karabagh/Artsakh et Arménie) et de témoigner dans les médias.


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