Entretien avec Stéphane Romatet

Directeur du Centre de Crise et de Soutien du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères.

Alain Boinet (A) : Bonjour Stéphane Romatet. Tu es directeur du Centre de crise et de soutien (CDCS) du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, nous te remercions pour cet entretien pour la revue Défis Humanitaires.

Stéphane Romatet (S) : Bonjour Alain. Avec grand plaisir et d’autant plus que je suis un lecteur avide et régulier de la revue !

A : Merci ! Donc tu es en poste maintenant depuis 2 ans, tu vas repartir prochainement comme ambassadeur en Algérie. Comment se sont déroulés ces 2 ans au sein du CDCS ?

S : Deux années exceptionnelles d’intensité, d’engagement pour toutes les équipes avec lesquelles j’ai eu la chance de travailler. Deux années aussi de crises, que nous avons dû gérer à la fois sur le plan de la sécurité et sur le plan humanitaire car ce sont les deux métiers du CDCS. Des années marquées évidemment par la guerre en Ukraine. Je suis arrivé au CDCS au moment de la chute de Kaboul, on se rappelle aussi le choc qu’a été la prise de Kaboul par les talibans. Notre engagement, celui de la France, celui du Quai d’Orsay, celui du centre de crise, se manifeste notamment sur le plan humanitaire avec l’Ukraine mais aussi sur d’innombrables crises humanitaires auxquelles il nous a fallu répondre : en Afrique, dans un contexte très difficile, en Afrique de l’Ouest, de l’Est, avec le tremblement de terre intervenu récemment en février 2023 qui a été destructeur pour le Sud de la Turquie et le Nord de la Syrie, l’évacuation des français et de nombreuses communautés étrangères du Soudan et la réponse évidemment humanitaire au drame que connait aujourd’hui le Soudan… Donc des évènements multiples, deux années qui ont passé très vite. J’ai le sentiment d’être arrivé avant-hier soir.

A : Tu évoquais les deux principaux métiers du CDCS, est-ce que tu pourrais les présenter plus complètement pour celles et ceux qui ne les connaissent pas bien ?

S : Nous sommes effectivement « Centre de crise et de soutien ». Centre de crise, c’est-à-dire que nous avons la responsabilité de traiter toute situation de crise qui met en danger la sécurité des Français à l’étranger, c’est notre mandat de gestion des crises. Nous sommes aussi centre de soutien et à ce titre nous sommes chargés d’apporter toutes les réponses d’urgence de la France face à tout type de situation et en particulier en cas de catastrophe humanitaire. Nous agissons dans tous les domaines que ce soit des accidents de transport, des catastrophes écologiques, on le voit avec les feux de forêts qui ravagent certaines parties du monde, par exemple au Chili, au Canada, où nous envoyons des éléments de protection et de sécurité civile. On le voit aussi avec toutes les catastrophes humanitaires, le centre de crise a le mandat de mettre en œuvre une réponse d’urgence de la France face aux situations de crises humanitaires.

A : Pour réaliser ces missions j’ai découvert qu’il y avait une grande diversité de métiers et de compétences au sein du CDCS, est-ce que tu peux nous en parler un peu ?

S : Oui, le CDCS est une équipe rodée à la gestion de crise. Nous sommes à peu près 120 collaborateurs qui forment ce centre de crise et de soutien, qui fonctionne 24h sur 24 car les crises ne s’arrêtent pas la nuit ni le vendredi soir à 18h. Donc il faut avoir en permanence cette capacité d’anticipation et de réaction aux crises. On l’a encore vu ces derniers jours avec les événements qui se sont déroulés en Russie et qui nous ont mis évidemment sur le pont. Cette équipe est très pluridisciplinaire avec, évidemment, des diplomates mais aussi beaucoup de collaborateurs recrutés sur contrat sur des profils particuliers. Dans le domaine humanitaire notamment, certains d’entre eux viennent du monde des ONG. Aussi, comme nous sommes responsables de la gestion interministérielle des crises à l’étranger, des profils viennent d’autres ministères : ministères des armées, de l’intérieur, de la justice, de la santé etc… Donc nous somme une équipe très pluridisciplinaire, jeune, très motivée et très impliquée, disponible pour gérer les crises 24 heures sur 24, où qu’elles surviennent en quelque coin du globe.

A : J’ai découvert récemment que vous aviez même une magistrate, une équipe santé…

S : Oui, lorsque nous sommes confrontés à une situation de crise nous devons avoir toutes les compétences et tous les outils nécessaires. Aujourd’hui, ce qui m’a marqué dans cette expérience de directeur du CDCS, c’est que les crises auxquelles nous sommes confrontés ne sont pas des crises « uniques », ce sont des crises complexes, qui mêlent d’abord une dimension de sécurité qui appelle de mettre en protection nos compatriotes, nos communautés, mais ce sont aussi des crises à fort impact humanitaire, souvent des crises à dimension sanitaire qui supposent que nous puissions avoir une capacité de réponse sanitaire et aussi des crises qui se traduisent très souvent par des déplacements massifs de population, des crises de réfugiés. Regardez toutes les crises récentes que nous avons gérées au centre de crise au cours des dernières années : elles présentent ces caractéristiques de crises à multiples dimensions et je crois que c’est ça qui va en réalité orienter dorénavant notre métier et orienter aussi celui du monde humanitaire. C’est cette nécessité de pourvoir répondre à des crises qui ne sont pas simplement des crises de destruction à un moment donné mais qui sont des crises de long terme, qui comportent à la fois une dimension sanitaire, humanitaire de secours à des populations très vulnérabilisées mais aussi des crises à impact ou à effet climatique et enfin, de plus en plus et je le dis aussi, des crises qui provoquent des déplacements massifs de populations auxquelles il faut également répondre. Donc c’est justement dans cette ingénierie de plus en plus complexe des crises qu’il nous faut disposer au  CDCS à la fois de compétences mais aussi évidement, travailler avec des ONG qui sont en capacité de pouvoir apporter ces réponses de plus en plus complexes.

A : Durant cette période de 2 ans, les ressources, les capacités du centre de crise se sont considérablement accrues, notamment dans le domaine humanitaire mais pas seulement. Comment cela s’est-t-il passé et quelle est la situation actuelle ?

S : Il y a un constat, qui a été fait par mes prédécesseurs et il a été fait aussi Alain, par des personnalités comme la tienne qui ont constaté que la France avait un beau discours sur l’humanitaire mais n’avait pas les moyens de sa politique. Il faut rendre crédit au président Emmanuel Macron qui lors de la Conférence Nationale Humanitaire de décembre 2020, précédée par une réunion du gouvernement dans le cadre d’un comité interministériel de la coopération et du développement, d’avoir décidé de donner un nouveau cap à la politique humanitaire de la France et d’investir pour devenir un grand acteur de l’humanitaire. Là où nous étions en réalité une puissance humanitaire… je dirais marginale, nous sommes devenus, grâce à cet effort financier consenti aux cours de ces dernières années, une puissance humanitaire reconnue, en Europe et dans le monde. Il y a quelques années la France était au 8ème rang des bailleurs de fonds en Europe. Alors que nous sommes le 2ème pays européen par son économie et sa démographie, nous étions le 8ème en matière humanitaire ! Grâce à cet effort, nous sommes devenus le 3ème. Il faut encore amplifier, il faut aller au-delà. Sur le plan mondial, nous étions là aussi dans le fond du classement et nous sommes devenus, grâce à cet investissement de la France dans sa politique humanitaire, membres du club des 10 Major Donors. Donc cet effort, cet investissement qui a été fait par la France, nous permet d’abord de porter une voix plus forte, d’être un acteur crédible et nous donne aussi les moyens grâce aux partenariats que nous avons avec les ONG de répondre aux crises et de financer les ONG je crois, à la hauteur de leurs attentes et de leurs sollicitations.

A : Parmi les crises auxquelles tu as dû faire face est-ce que tu pourrais prendre des exemples permettant de mieux comprendre le rôle du CDCS dans les situations d’urgence extrême ?

S : Je crois que l’exemple parfait, parce qu’il marque toujours la situation actuelle, c’est évidemment la crise ukrainienne. Cette crise illustre bien ce qu’est le métier du CDCS. Première urgence : le 24 février 2022, invasion des troupes russes, agression de la Russie contre l’Ukraine, la priorité du centre de crise, c’est immédiatement de mettre nos centaines de compatriotes qui se trouvent encore en Ukraine en situation de sécurité. Cela nous a occupés jour et nuit pendant les 4 à 5 premières semaines de la crise. Très vite, on s’aperçoit que la crise ukrainienne est aussi une crise humanitaire : à l’intérieur de l’Ukraine d’abord où il y a pratiquement 5 à 6 millions de déplacés qui quittent les zones de conflit pour se réfugier plutôt vers l’Ouest ; A l’extérieur du pays ensuite, il y a aussi une crise de migration, de réfugiés puisque 7 à 8 millions d’ukrainiens prennent la décision à ce moment-là de quitter l’Ukraine pour fuir la guerre et ses destructions et ils se dirigent vers la Pologne et d’autres pays européens. Donc il a fallu dans la réponse humanitaire de la France, à la fois tenir compte d’une situation de guerre, qui créé des difficultés en particulier pour les ONG pour intervenir en zone de guerre et du fait qu’il s’agisse d’une guerre de très haute intensité et avec le recours par l’armée russe en plus à des crimes de guerre. Donc intervenir dans une zone de conflit extrêmement compliquée mais également intervenir à l’intérieur de l’Ukraine et des pays du pourtour : la Moldavie, la Pologne etc… et nous l’avons fait notamment grâce à une quarantaine d’opérations logistiques que le centre de crise a montées par lui-même. On se souvient peut-être de cette opération qu’on a appelée « Un bateau français pour l’Ukraine » et qui nous a permis d’envoyer vers l’Ukraine des centaines et des centaines de tonnes de fret humanitaire. Nous l’avons aussi fait évidemment avec les ONG que nous avons financées pour que celles qui pouvaient encore agir en Ukraine puissent intervenir dans le domaine de la santé, du déminage, de la mise sous abri des populations vulnérables etc. Mais nous sommes aujourd’hui pratiquement 16 mois après le déclenchement de la guerre toujours dans une situation où il faut à la fois continuer à agir sur le plan humanitaire, probablement préparer les conséquences de l’hiver prochain, tout en commençant à engager aussi sinon un début de reconstruction, en tout cas le début d’un relèvement de l’Ukraine face aux multiples destructions qu’elle a connues. Voilà, c’est un bel exemple de ce que nous pouvons faire. Il y a aussi une dimension de lutte contre l’impunité, le CDCS a financé un certain nombre d’opérations de mise à jour de crimes de guerre, de crimes sexuels commis par les agresseurs russes car là aussi cela fait partie de notre mandat.

A : L’architecture humanitaire de la France repose pour une large part sur la stratégie humanitaire de la république française, sur le fonds d’urgence humanitaire, sur le groupe de concertation humanitaire avec les ONG, mais aussi sur la prochaine Conférence Nationale Humanitaire (CNH). Quel bilan fais-tu et quelles sont les perspectives pour l’avenir ?

S : C’est vrai qu’il s’est organisé au fil du temps, grâce à ce réseau que tu mentionnes : le groupe de concertation humanitaire, de préparation de la Conférence nationale humanitaire… il s’est organisé un dialogue structuré entre le monde humanitaire, représenté par les ONG et l’Etat. Ce dialogue a toute sa place, d’autant plus que les ressources consacrées à la politique humanitaire par la France ont considérablement augmenté donc il faut avoir un dialogue je dirais encore plus soutenu. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans un contexte où ce qui fonde l’aide humanitaire, ce qu’on appelle le droit international humanitaire est aujourd’hui contesté. Non seulement il est contesté, mais il est remis en cause : l’accès aux zones de conflit est parfois dénié aux organisations humanitaires, la protection des travailleurs humanitaires n’est plus assurée, il y a même parfois une contestation de la légitimité des ONG à intervenir dans les zones de guerre, dans les zones de crise humanitaire, par un certain nombre de pays. On le voit en particulier au Sahel, avec l’attitude prise par le Mali, qui a décidé d’expulser les ONG. Donc on voit bien que tout ce qu’a construit l’action humanitaire à travers ce droit international humanitaire est aujourd’hui profondément remis en cause et cela a évidemment des conséquences majeures sur la capacité des ONG à faire tout simplement leur métier. Donc tout cela est un élément de la discussion, du dialogue que nous avons avec les ONG et il nous faut au moment où nous parlons préparer une importante échéance qui est la 5ème conférence nationale humanitaire qui se déroulera à l’automne 2023, la dernière ayant eu lieu en décembre 2020. Trois ans après, il s’agit à la fois de faire de bilan de ce qui a été fait, de la précédente stratégie humanitaire qui a été mise en place par la France et surtout tracer la perspective. Ce sera, nous l’attendons, l’occasion pour le président de la République d’annoncer à ce moment-là les ambitions qu’il nourrit pour la France s’agissant des années à venir au regard des objectifs et des moyens qui seront consacrés à l’action humanitaire de la France.

A : Alors, justement l’action humanitaire internationale fait face actuellement à une grave insuffisance de moyens par rapports aux besoins d’urgence.  La Coordination humanitaire des ONG, VOICE, fait état d’un manque de financement de 24 milliards de dollars, c’est énorme. Que pourrait faire la France au sein de l’Union Européenne, au sein des Nations Unies dont la France est membre du Conseil de sécurité rappelons-le, pour trouver des solutions afin de ne pas laisser trop de gens sur le bord de la route sans secours alors qu’ils sont vraiment en danger ?

S : Tu as raison le constat est sévère, les populations en situation de détresse humanitaire sont de plus en plus nombreuses et les réponses sont très loin d’être à la hauteur des besoins. Tu as donné des chiffres, on dit souvent que les besoins humanitaires dans le monde sont estimés à entre 40 et 50 milliards $ par an. Or, les ressources humanitaires disponibles, c’est-à-dire les moyens humanitaires consacrés par les Etats, représentent moins de 20 milliards, donc on a un fossé qui est de l’ordre de 50%. Comment faire pour combler ce fossé ? D’abord, la première chose c’est d’essayer de traiter les crises pour réduire le nombre de personnes en situation de vulnérabilité, donc c’est la question de l’anticipation des crises, de la résolution des conflits. C’est évidemment la disparition des conflits qui fera disparaitre les causes de la vulnérabilité de ces populations. Cela suppose évidemment des initiatives politiques, cela se travaille dans le temps long. Une deuxième réponse consiste, puisque les besoins humanitaires resteront extrêmement forts dans les années qui viennent, à augmenter les ressources. La France y prend sa pleine part mais aujourd’hui je crois que 90% des moyens consacrés à la politique humanitaire dans le monde sont apportés par des pays de l’Union Européenne et les Etats-Unis donc il faut probablement aussi étendre le nombre de donateurs, étendre le nombre de pays. Il faut les convaincre qu’agir pour l’humanitaire c’est évidemment la noblesse d’un pays mais c’est aussi une nécessité parce que des populations en situation vulnérable, des conflits ou des crises humanitaires qu’on ne réussit pas à résoudre sont des graines de l’instabilité de demain. Faisons aussi notre part, pour convaincre un certain nombre de pays, je pense notamment à des pays du Golfe, d’investir dans l’humanitaire.

A : Le centre de crise et de soutien fête son 15ème anniversaire aujourd’hui en quelque sorte, comment souhaites-tu conclure cet entretien ?

S : C’est un bel âge ! C’est un âge à la fois de promesses et en même temps, même s’il est beaucoup trop tôt pour tirer un bilan, c’est aussi un âge de réalisation. En 15 ans le CDCS a fait beaucoup, il s’est construit, il s’est développé à travers des crises de très grande intensité et qui ont à chaque fois marqué une étape supplémentaire dans ce qu’il est devenu. C’est aussi l’accroissement très significatif des moyens consacrés à l’humanitaire qui nous amène à nous interroger beaucoup sur ce que nous sommes, à nous transformer aussi beaucoup. Nous savons que demain sera pire qu’aujourd’hui et que nous aurons à affronter des crises sans cesse plus sérieuses et là aussi sans cesse plus imbriquées les unes dans les autres, l’aspect sécurité et l’aspect humanitaire, l’un étant fondu dans l’autre en quelque sorte donc nous avons toujours à être en permanence en vigilance, en alerte, en action. Donc je pense que le CDCS doit se préparer à ces années à venir qui seront des années difficiles dans le contexte de la multiplicité des crises mais avec les équipes formidables du centre de crise j’ai vraiment confiance qu’à chaque fois nous serons au rendez-vous comme nous l’avons été dans toutes les crises dont la gestion nous a été confiée au cours des années récentes.

A : Merci Stéphane pour cet entretien !

 

 

Rapport d’activité 2022 du Centre de Crise et de Soutien

 

Stéphane Romatet 

Ambassadeur, directeur du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

 

 

Le printemps des fondations

Une opération de cash transfert dirigée en Mauritanie par l’UNICEF en 2021

« Si le 20ème siècle, en France, a été le siècle des associations, le 21ème sera celui des fondations »[1]

La récente étude de la Fondation de France[2]  illustre de façon magistrale cette prophétie.

Les résultats de cette étude sont éloquents, mais revenons avant de s’y plonger aux origines de l’essor de ce momentum. « Ce siècle avait trois ans … » comme aurait pu l’écrire  Victor Hugo,  lorsque la loi dite Aillagon d’août 2003 a été promulguée et a donné une nouvelle impulsion au secteur associatif qui fait appel à la générosité du public. Cette loi a permis de compléter favorablement la loi sur les fondations de juillet 1990.

Je ne reviendrai pas sur l’amélioration des divers dispositifs fiscaux, qu’elle a permis pour encourager les dons et legs aux organisations d’intérêt général et vous renvoie au texte[3].

Sur le volet des fondations, cette loi prévoit, entre autres, une facilitation de la création des fondations RUP (Reconnue d’Utilité Publique) et ouvre la possibilité de les transformer, le cas échéant, en Fondations abritantes. Ce texte rend aussi plus agiles les fondations d’entreprises en leur facilitant notamment l’accès aux dons manuels pour ses parties prenantes.

L’accélération du rythme législatif va permettre d’en compléter l’attirail juridique, en en faisant l’un des plus avancés des pays occidentaux.

Voici quelques dates marquantes qui scandent ce début de siècle :

  • 2006, création de la fondation de coopération scientifique (avec dotation consomptible)
  • 2007, création des fondations partenariales et des fondations d’universités sans personnalité morale.
  • 2008, loi sur les fonds de dotation, permettant de créer de véritables quasi -fondations.
  • Enfin en 21 juillet 2009 ; loi portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires, qui introduit la création des fondations hospitalières.

Une France, sans loi sur les fondations jusqu‘en 1990, rattrape avec une impressionnante dynamique son retard par rapport à ses voisins du Nord !

Si on excepte la pléthore de fonds de dotation statiques pour ne pas dire dormants, la Fondation de France comptabilise près de 5400 fonds de dotations et fondations, y compris les 1742 fondations abritées.

Que nous dit ce tableau ?

Les récentes lois ont fait émerger de nouveaux véhicules plébiscités par les philanthropes et mécènes. i.e. philanthropes = particuliers et mécènes=entreprises.

Les Fonds de dotation et les Fondations Abritées ont été largement préférés aux fondations RUP et aux fondations d’entreprise.

Une grande variété de fondateurs : particuliers, entreprises, associations, hôpitaux, universités, collectivités etc. ont choisi des cadres plus souples et moins exigeants en termes de dotation.

Ces entités représentent un poids économique croissant dans le tiers secteur

Les 14 milliards d’€ de dépenses sont à rapprocher des 60 milliards d’€ que pèse le secteur.  C’est à dire que 0,5 % du nombre d’organisations non-profit pèsent dès lors près de 25 % des dépenses globales.

Il est, toutefois, regrettable que cette excellente étude ne précise pas quelles sont les dépenses qui relèvent, principalement pour les fondations opératrices, de la générosité du public et des entreprises et celles découlant de prix de journées, de conventions, de subventions ou de prestations de services.

Cette distinction aurait permis de connaître la proportion des fonds mobilisés par les fondations opératrices et par les redistributrices.

Précisons, pour mieux comprendre les dynamiques des données présentées dans ce rapport, à quel type de structures nous avons à faire.

Les fondations opérationnelles et distributrices sont deux grands types de fondations, dans le paysage philanthropique. Ces fondations ont différentes caractéristiques en termes de structure, de fonctionnement, et de mission.

Une fondation opérationnelle, également appelée « fondation de plein exercice », mène directement des activités pour réaliser son objet social. Elle développe ses propres programmes et projets, étant, pour les plus puissantes gestionnaires d’établissements.

Les fondations distributrices, n’exercent pas elles-mêmes d’activités opérationnelles, mais accordent des subventions à d’autres organisations qui travaillent dans leur domaine d’intérêt. Ce sont elles qui connaissent la plus forte croissance en nombre de créations.

Il est important de noter que certaines fondations peuvent avoir une nature hybride, c’est-à-dire qu’elles peuvent à la fois mener leurs propres actions et soutenir d’autres organisations. Ces fondations sont souvent appelées « fondations mixtes ».

Il est à noter aussi que ces deux types de fondations peuvent relever d’un financement découlant d’une dotation ou de dotations successives faites par leurs fondateurs. Dès lors celles-ci n’ont pas recourt à des concours extérieurs.

Perspectives d’évolution de ces deux types de fondations

  • Fonds et Fondations à dotation

Les fondations à dotation, qu’elles soient opérationnelles ou distributrices ont à l’évidence un potentiel important du fait de la socialisation de plus en plus fréquentes de patrimoines et de fortunes, qu’elles soient intergénérationnelles ou entrepreneuriales. Comme indiqué dans l’étude plus de deux tiers de celles-ci sont créées par des particuliers et des entreprises qui à l’évidence ne feront pas appel à la générosité publique.

S’il fallait n’en citer que quelques-unes[4], parmi les plus puissantes, on pense bien entendu à la Fondation actionnaire Pierre Fabre, à la fondation abritée Daniel et Nina Carasso et au fonds de dotation Anyama.

  • Fonds et Fondations collectrices, qu’elles soient opérationnelles ou distributrices

Le développement des fondations collectrices : opérationnelles ou distributrices est moins évident.  Il est clair que la création de ce type de véhicule sera moins dynamique, voire stagnant, tant la compétition pour l’euro philanthropique est forte.

Pour les redistributrices, la voie est quasiment bouchée, sauf à naître d’une initiative de levée de fonds inédite, ex :  Ze Event[5], loteries solidaires, comme Novamedia[6] au Pays-Bas, une cause portée par une Star : cf. RED et Bono[7], ou par une foule généreuse qui mobiliserait des millions de donateurs, à l’image de Time for the Planet[8] bien que ce ne soit pas une fondation.

Pour les fondations opérationnelles, si elles n’ont pas engagé un processus de collecte de fonds depuis quelques années, la barrière à l’entrée devient prohibitive, car elle nécessite un investissement assurant un retour sur investissement lointain.

Que nous inspirent au bilan cette étude ?

Comme déjà évoqué, la montée en puissance des fondations marque un véritable point d’inflexion.

Elle illustre la concentration des moyens entre les mains de quelques milliers de particuliers fortunés et de puissantes entreprises.

Ce changement de paradigme ne cesse d’interroger sur la représentativité démocratique de ces organisations et leur capacité à dicter les choix sur les sujets d’intérêt général.

Mais autant, le philanthrope américain agit en concurrence avec l’État et ses satellites, autant le philanthrope et mécène d’Europe continentale agissent en complément de l’action de l’État providence.

A la différence aussi de l’immense philanthropie américaine qui est tournée vers le plus grand bénéfice des donateurs eux-mêmes (soutiens communautaires, éducation, santé) ; en France, la générosité des donateurs particuliers et entreprises, qui ont doté leurs fondations, va majoritairement à des causes sociales et de recherche médicale, ce qui laisse espérer une moindre main- mise des despotes philanthropiques éclairés sur l’intérêt général.

 

Antoine Vaccaro 

Titulaire d’un doctorat en science des organisations.Après un parcours professionnel dans de grandes organisations non gouvernementales et groupe de communication : Fondation de France, Médecins du Monde, TBWA ; il préside le CerPhi et Force for Good. Administrateur au sein d’associations et de fondations.Co-Fondateur de plusieurs organismes professionnels : Association Française des Fundraisers, Comité de la Charte de déontologie des organismes faisant appel à la générosité publique, Euconsult, La chaire de Philanthropie de l’Essec. Investisseur chez Heoh, Qu’est ce qui tourne ? My Quick Win. Il a publié divers ouvrages et articles sur la philanthropie et le fund-raising.

 

[1] Francis Charhon

[2] https://www.fondationdefrance.org/fr/les-fondations-et-fonds-de-dotation-en-france/etude-fondations-2023

[3] https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000791289

[4] https://www.fondationpierrefabre.org/fr/

https://www.anyama.org/

[5] https://zevent.fr/

[6] https://www.novamedia.com/

[7] https://fr.red.org/

[8] https://team-planet.com/fr