10ème Forum Mondial de l’Eau

Entretien exclusif avec Marie-Laure Vercambre du Partenariat Français pour l’Eau (PFE)

Selon le CRED (Centre de recherche sur l’épidémiologie des catastrophes), depuis 1980, les sécheresses et les famines qu’elles ont provoquées ont causé la mort de 558 000 personnes et touché plus de 1,6 milliard de personnes. @OIKOS (CC BY-NC-ND 2.0)

Alain BOINET
Avant de parler du 10ème FME qui vient de se tenir à Bali où tu te trouvais, peux-tu pour nos lectrices et lecteur te présenter ainsi que le PFE.

Marie-Laure VERCAMBRE
Avec plaisir ! je suis la directrice du Partenariat Français pour l’Eau, que nos membres appellent plus communément le PFE, depuis juin 2019. Avant ça j’en étais membre, dans le collège réservé aux membres « personnes physiques » car je travaillais pour une ONG internationale. Or les membres du PFE, à l’exception des personnes physiques, représentent tous une structure française. J’ai dirigé le programme Water for Life and Peace de l’ONG Green Cross International fondée par Mikhaïl Gorbatchev pendant une dizaine d’année. J’y coordonnais la mise en œuvre de projets d’accès à l’eau et à l’assainissement dans une dizaine de pays, ainsi que le plaidoyer de notre organisation sur le droit humain à l’eau potable et à l’assainissement (reconnu par les Nations unies en 2010), et sur les cours d’eau transfrontaliers. Des sujets qui étaient aussi portés par le PFE !

Pour en revenir au PFE : le PFE est une association à but non-lucratif, qui rassemble à peu près 200 membres « de natures » très différentes. Le PFE accueille en effet 1. des représentants de ministères, agences et établissements publics, 2. Des parlementaires et représentants de collectivités territoriales, 3. des instituts de recherche, de formation et universités, 4. des acteurs économiques, 5. des associations, ONG et fondations, et 6. des personnes qui ne représentent qu’eux. Tous rejoignent le PFE pour ses travaux. Et nous les faisons travailler ! dans des groupes de travail thématiques, dont le but est de suivre l’état des lieux sur ce sujets à l’international et de développer le plaidoyer collectif du PFE. Nous développons ainsi un plaidoyer sur l’eau et le changement climatique, la biodiversité, l’Agenda 2030 et les objectifs de développement durable, les sols et l’agroécologie, et l’accès à l’eau, l’assainissement et l’hygiène dans les situations de crise et de conflits. Nous les portons ensuite dans des événements majeurs tels que les COP et les Semaines et les Forums mondiaux de l’eau. Mais nous essayons depuis peu de les porter dans d’autres secteurs connexes à celui de l’eau (agriculture, énergie, industrie, etc). La mission du PFE est également de faciliter les rencontres avec des acteurs internationaux et de contribuer au rayonnement de l’expertise française et des solutions proposées sur tous ces sujets.

10ème FME à Bali, Session de synthèse, mai 2024.

AB
Tu as participé aux précédents Forum de l’Eau à Dakar, à Daegu et ailleurs, comment était celui de Bali, qu’est ce qui le caractérise ?

MLV
Où qu’on soit à Bali il y a des panneaux de signalisation nous indiquant par où fuir s’il y a un tsunami. Dans les hôtels, les rues… C’est très frappant et cela nous met bien en tête le risque de catastrophe naturelle. Le Forum de Bali a consacré une place significative aux réponses et à la prévention des risques de catastrophes naturelles. Beaucoup plus qu’à aucun autre Forum. Les acteurs humanitaires et de la prévention des risques ont donc été entendus et c’est fondamental compte tenu de l’augmentation des phénomènes climatiques extrêmes. Nos sociétés doivent « s’assurer » contre ces risques et être en mesure de prendre en charge leurs conséquences. On en est loin quand on sait que des régions telles que la Californie ne sont quasiment plus assurables, à cause des incendies chroniques et de la pénurie d’eau notamment. La question des risques a permis de faire entendre la voix des populations vivant dans des situations de crise ou de fragilité, qui augmentent aussi du fait des conflits.

Après Dakar, le processus Bassins a connu sa deuxième édition à Bali et c’est une bonne chose aussi si l’on veut promouvoir la gestion par bassin. C’est le cas de la France et cette gestion -préconisée par l’OIEau, l’OCDE, le Global Water Partnership et les conventions des Nations unies sur les cours d’eau internationaux- doit se renforcer, toujours plus, et être financée et inclusive. Les conflits d’usage vont vraisemblablement augmenter. Avoir la bonne gouvernance en place pour pouvoir les gérer tout en gérant les bassins de manière soutenable sera la base du succès.

Il y a beaucoup de choses à dire donc je conclurai avec deux points : Bali était en mesure d’accueillir les participants du Forum avec toute sa capacité touristique. Nous avons été très bien accueillis et avons pu découvrir la culture et les cultes de l’île dans lesquels l’eau est centrale. C’était un bel exemple de lien entre eau et culture sur lesquels des politiques pourraient s’appuyer.

Nous avons, en revanche, été déçus que les organisations de la société civile venues d’ailleurs n’aient pas été soutenues financièrement comme cela a été le cas aux Forums précédents. Des ONG familières des Forums ont pourtant essayé d’intercéder pour elles en envoyant des courriers aux organisateurs. Déçus aussi que le Forum alternatif, qui devait avoir lieu ailleurs à Bali, ait été empêché au dernier moment. Cela a mis de nombreux participants au Forum « officiel » mal à l’aise et interroge sur sa représentativité si la contradiction est interdite, sans parler de la façon dont tout ça s’est passé.

Membres du PFE lors de son Assemblée générale au Pavillon de l’Eau. Photographe Ludovic Piron, PFE.

AB
Le PFE avait préparé des propositions pour ce 10ème FME, comment ont-elles été accueillies, ont-elles contribuées à faire progresser la cause de l’eau ? Peux-tu nous donner un exemple ?

MLV
Je crois qu’un message porté par le PFE depuis plusieurs années a percolé dans la déclaration ministérielle du Forum de Bali : la nécessité de trouver une complémentarité avec les conférences des Nations unies sur l’eau dont la 1ère depuis 1977 a eu lieu en mars 2023 à New York ! et dont la prochaine se tiendra en 2026, avec pour thème l’objectif de développement durable n°6 sur l’eau et l’assainissement, qui est censé être atteint comme les 16 autres objectifs en 2030. Or nous sommes loin du compte…

Les Forums auxquels j’ai participé (depuis Istanbul en 2009) ont toujours des processus politiques (ministériels, parlementaires, autorités locales, bassins). Avec une participation variable mais ils n’ont pas le côté engageant des déclarations et résolutions adoptées aux Nations unies. Les Forums sont des événements multi-acteurs qui font travailler ensemble tous les acteurs qui souhaitent s’impliquer dans les processus préparatoires des Forums qui commencent un ou deux ans avant la tenue des Forums eux-mêmes. Un processus thématique visant à couvrir tous les sujets majeurs de la gestion de l’eau, l’accès à l’eau, les services d’eau, la préservation des ressources et des écosystèmes, accompagne le processus politique. Ils donnent lieu à de riches échanges et ont fourni un rythme précieux à ces échanges, tous les trois ans depuis 1997.

 

Christophe Béchu, Ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, à la tribune de l’ONU à New York lors de la conférence de mars 2023.

Un des messages du PFE est qu’il faudrait que les travaux Forums soient plus officiellement dirigés vers ce qui se fait sur l’eau aux Nations unies. Car la question de l’impact durable des Forums n’est pas établie. Ils offrent un cadre régulier à ces échanges, ils rapprochent les acteurs les uns des autres, mais, quel impact au-delà de ça ? cet impact serait renforcé si des passerelles plus claires étaient construites avec l’existant aux Nations unies et dans d’autres processus internationaux (UICN, autres secteurs, etc) et la grande implication des acteurs mérite que le temps et l’énergie qu’ils consacrent aux Forums soient relayés et optimisés.

Un autre message que le PFE a formulé est que les acteurs de l’eau doivent s’adresser aux secteurs qui utilisent l’eau ou impactent les milieux pour travailler avec eux à l’amélioration des pratiques. Cette approche est reprise dans le 2ème alinéa de la déclaration ministérielle. C’est positif car le secteur de l’eau avait tendance à établir des constats sans mentionner les actions à entreprendre avec d’autres.

AB
Le président du Conseil Mondial de l’Eau, Loïc Fauchon, a en introduction du FME déclaré que les acteurs de l’eau étaient des combattants et il a fait état de 7 engagements majeurs dont la création d’une coalition « Money for water coalition ». Au-delà de sa déclaration, cela traduit-il une inflexion dans le ton et dans les initiatives du FME dans son ensemble ?

MLV
Attendons de voir ce que donneront ces engagements. On a eu l’exemple du Water Action Agenda de la conférence de New York l’année dernière. Ces engagements ont le mérite de faire parler d’eau et de faire émerger quelques actions mais ils sont largement insuffisants.

Ce qui est sûr c’est que les acteurs de l’eau sont très souvent des combattants. Les membres du PFE sont passionnés par leurs sujets, probablement parce qu’ils sont d’un ordre vital et donc essentiel. Les acteurs de l’eau connaissent bien la plupart des grands enjeux liés à l’eau. Ils comprennent leur gravité et sont souvent très engagés. Les 5 axes du cadre d’accélération proposés par l’ONU-Eau pour avoir une chance d’atteindre les cibles de l’Objectif de développement durable n°6 sur l’eau (plus de financements, des données de qualité et l’accès à l’information, le développement des capacités, l’innovation et la gouvernance) semblent assez évidents à nombre d’entre eux.

AB
Y a-t-il une corrélation, une dynamique effective entre ce FME, le suivi du 9ème FME à Dakar et avec les prochaines grandes échéances (One Water Sumit, Conférence ONU 2026, …).

MLV
Que ces grands rendez-vous liés à l’eau soient reliés ou se répondent reste un des grands axes d’amélioration de la gouvernance mondiale de l’eau. Ils permettent en général des réunions sur les prochaines échéances mais cela ne va pas beaucoup plus loin, comme je l’expliquais précédemment. Il faut dire que ces grands rendez-vous sur l’eau ne sont pas encore calés dans le temps très en avance et de manière régulière. Cela n’aide pas… Ils sont néanmoins de plus en plus nombreux, c’est notoire, donc nous sommes peut-être proches d’un développement majeur.

AB
Dis-moi si je me trompe ou pas. Je n’étais pas à Bali. Je suis sûr que les acteurs présents ont faits le maximum. Mais, j’ai l’impression d’un décalage entre les intentions, les déclarations et l’impact réellement produit pour la cause de l’eau dans le monde compte-tenu des enjeux et du calendrier.  

MLV
On a l’impression que les problèmes ne se règlent pas vraiment et, quand on connaît le niveau d’atteinte de l’ODD6 et des 12 autres cibles liées à l’eau de l’Agenda 2030, qui pourrait dire le contraire ? Mais les coalitions se resserrent, les débats avancent, l’eau se politise (au sens positif du terme, c’est-à-dire en bénéficiant de plus en plus d’attention). On parle de plus en plus des risques liés à la disponibilité de l’eau, à l’accès à l’eau potable et à l’assainissement de tous, et de risque environnemental. Le Forum économique mondial de Davos identifie la pénurie d’eau et toutes ses déclinaisons comme l’un des principaux risques auxquels la communauté internationale doive faire face. Il y a par ailleurs de très belles initiatives, des gros projets de recherche en cours, citons le projet OneWater-Eau Bien Commun piloté par le CNRS, INRAe et le BRGM, il y a des financements innovants à développer… Il faut rester optimiste et pousser dans le bon sens.

AB
Que faut-il retenir de la Déclaration de Bali ?

MLV
L’importance accordée à la Gestion intégrée des ressources en eau (GIRE), aux réponses à apporter aux catastrophes naturelles, au besoin d’adopter des plans d’action multi-sectoriels (nexus eau, énergie, agriculture par exemple), et de développer la production d’eaux-non conventionnelles (création de l’Observatoire des ressources en eau non-conventionnelles).

AB
Y a-t-il eu des progrès pour l’agenda « Call to Action » concernant l’accès à l’eau et à l’assainissement pour ceux qui en sont le plus dépourvu dans les pays pauvres affectés par des conflits, des catastrophes ou des grandes épidémies ?

MLV
Il y a eu des progrès en matière d’adhésions et c’est grâce aux ONG qui poussent. L’Espace France a accueilli une table ronde sur le call to action et plusieurs organisations et Etats ont été approchés à son sujet. Attendons de voir si cela va aboutir.

Atteinte de l’ODD 6 dans les contextes de crise et de fragilité  organisée par Solidarités International et la Fondation Véolia
Le 10ème Forum Mondial de l’Eau à Bali, au travers de nombreuses sessions, a permis de faire le point sur la situation mondiale, d’alerter sur les situations préoccupantes et d’identifier des solutions voire de nouvelles stratégies. L’une d’elle a été particulièrement appréciée : « l’atteinte de l’ODD6 dans les contextes de crises et de fragilités » organisée par Baptiste Lecuyot (Solidarité Internationale) et Bénédicte Wallez (fondation Veolia).

L’ODD6 ne sera pas atteint, les chiffres sont alarmants ! L’accès universel à l’eau potable nécessiterait 20 fois plus d’efforts qu’actuellement, et ce retard s’intensifie au regard de la progression des catastrophes naturelles et anthropiques (changement climatique, conflits armés…). Or, cette problématique est mondiale, les populations fragiles sans accès à l’eau sont présentes dans tous les pays, même les plus développés, entraînant de nouvelles crises, de nouveaux conflits et des épidémies (dont le choléra, encore et toujours). Il est rappelé que le Droit international humanitaire (DIH) n’est toujours pas respecté.

Malgré ce constat sévère, les participants ont souligné la nécessité d’adopter des approches intégrées et multisectorielles. Ils ont appelé à une attention politique et à un financement accru pour relever efficacement ces défis, construire des infrastructures d’eau et d’assainissement résilientes. La réalisation de l’ODD6 nécessite des efforts concertés, un passage à l’action avec l’ensemble des acteurs incluant les partenariats public-privé-philanthropique (PPPP) et l’intégration de la jeunesse.

Les participants de cette session : B. Lecuyot (Solidarités International), B. Wallez (fondation Veolia), B. Pigott (US Environmental Protection Agency), W.C. Tizambo (Ministère de l’Environnement de l’Eau et de l’Assainissement du Burkina Faso), C. Arnoux (Butterfly Effect), S. Gaya (UNICEF), F. Fetz (Swiss Agency for Development and Cooperation), J. Damase Roamba (Parlement Burkinabé pour la Jeunesse), S. McGrath (IOM Global Wash Cluster), M. Wijaya (Solar Chapter), M. Sitali (Sanitation and Water for All).

David Poinard 

Délégué général de la Fondation Veolia

AB
Comment penses-tu que l’on doive préparer les prochaines étapes (OWS, 2026, etc…), compte-tenu des enjeux mondiaux et des échéances des ODD à l’horizon 2030 ?

MLV
Le PFE n’a pas encore finalisé avec ses membres des positionnements spécifiques vis-à-vis du One Water Summit et de la conférence des Nations unies mais les messages principaux que nous avons élaborés pour la conférence de 2023 demeurent valides : 1. Accélérer fortement les actions visant à atteindre les 20 objectifs mondiaux liés à l’eau. 2. Sortir des « silos » sectoriels et intégrer le rôle central de l’eau et de l’assainissement dans l’Agenda 2030 dans l’ensemble des travaux de l’ONU (voir nos messages complets).

Une chose est sûre, l’Envoyé spécial des Nations unies pour l’eau annoncé à la suite de cette conférence n’a pas encore été nommé, ce qui peut étonner. Certains disent que son poste, son équipe et ses activités ne seraient pas financées. Est-ce le cas ? A suivre…

Le PFE souhaite que l’on continue à porter l’Agenda 2030 et son approche systémique qui ont bénéficié d’années de réflexion et de leçons tirées du processus des Objectifs du Millénaire pour le développement. Quels sens auraient ces processus si on les condamnait d’avance et si on en recréait juste un autre, ou même pas ? Nous ne devons pas céder à la facilité et rester fixés sur le cadre de l’Agenda 2030, quitte à l’améliorer avec de nouveaux indicateurs.

AB
Un Forum de l’eau alternatif comme il y en a habituellement lors des FME a été interdit, il y a eu des menaces et des interdictions. Qu’en est-il pour toi qui était sur place et que faut-il en penser ?

MLV

Comme je le disais tout à l’heure, et je m’exprime en mon nom ici, je trouve ça extrêmement regrettable, extrêmement, et espère que cela ne se reproduira pas. Je pense aussi que ce serait préjudiciable aux Forums en général. Il y avait quelques grosses ONG et des associations pouvant financer leur participation au Forum « officiel ». Mais 1. très peu d’associations qui ne pouvaient pas se le payer (et qui ont fait l’effort ou se sont fait aider) et 2. des opposants internationaux au Forum officiel et des représentants de  société civile indonésienne, voire régionale, empêchés de tenir ce Forum alternatif, auquel le Rapporteur spécial des Nations unies sur les droits humains à l’eau et à l’assainissement voulait aussi participer. Des allégations graves ont été prononcées sur le déroulement des faits. N’en maîtrisant pas la véracité je préfère ne commenter que ce qui est certain : l’annulation forcée en dernière minute, les effectifs déployés pour l’empêcher, la fin de non-recevoir opposée aux ONG ayant plaidé pour qu’une enveloppe financière permette la participation d’organisations de la société civile venues de loin. Nous avons accueilli le Rapporteur spécial des Nations unies, Pedro Arrojo, sur l’Espace France.

Barbara Pompili sur le stand France du PFE à Bali
Stand France du PFE à Bali, de gauche à droite, Loïc Fauchon, président du Conseil Mondiale de l’Eau, Barbara Pompili, conseillère spéciale à la planification écologique à l’international au Secrétariat général à la planification écologique et Envoyée spéciale du Président Emmanuel Macron pour le One Water Summit, Fabien Penone, ambassadeur de France en Indonésie, Marie-Laure Vercambre, directrice générale du PFE.

AB
Comment souhaites-tu conclure cette interview ?

MLV
En remerciant les acteurs français qui se sont impliqués dans ce Forum. Nous étions vraiment nombreux et porteurs d’espoir et de solutions. L’alignement et la solidarité entre acteurs sont très précieux. Ensemble, nous irons plus loin et promouvoir l’action collective est une des valeurs ajoutées du PFE. Nous avons également bien travaillé en amont avec le ministère de l’Europe et des affaires étrangères et la Direction de l’eau et de la biodiversité du Ministère de la transition écologique. Ainsi qu’avec les agences de l’eau, l’Office français pour la biodiversité, l’Agence française de développement, le SIAAP, Suez, Veolia, Danone, et nos membres associatifs. J’ai l’impression que tous sont repartis galvanisés par le besoin d’agir et c’est très positif.


Directrice générale du PFE depuis 2019 Marie-Laure Vercambre était avant ça en charge du programme L’Eau pour la vie et la Paix de l’ONG Green Cross International fondée par Mikhaïl Gorbatchev. Elle a à ce titre supervisé de nombreux de projets de développement à travers le réseau de branches pays de Green Cross et beaucoup travaillé sur la gouvernance mondiale de l’eau, le droit à l’eau potable et à l’assainissement et les enjeux transfrontaliers. Elle a suivi des études de sciences politiques, relations internationales et développement à Sciences Po Paris et New York et Columbia Universities.

 

 

 

Délégué général de la fondation Veolia depuis avril 2024, David Poinard est hydrogéologue de formation et docteur de l’INSA de Lyon en hydrologie urbaine. Il occupe plusieurs postes de management chez Veolia Eau à partir de 2001 et participe parallèlement aux opérations de la fondation Veolia en tant que volontaire Veoliaforce, mobilisé sur des projets de développement ou des situations de crise (catastrophes naturelles et conflits armés). Il est également président du groupe de travail du Partenariat Français pour l’Eau (PFE) « WASH en contextes de crises et de fragilités » depuis 2020.

 

Découvrez les propositions du PFE pour le 10ème FME à Bali : MESSAGES_FME_FR-VF.pdf (partenariat-francais-eau.fr)

Découvrez le Texte du Call to Action de la Wash Road Map : cta_fr.pdf (washroadmap.org)

Le bilan du 10ème Forum Mondial de l’Eau par Coalition Eau : Quel Bilan pour le 10ème Forum mondial de l’eau ? (coalition-eau.org)

La déclaration ministérielle du WWF10 à Bali 2024 : 10th World Water Forum_Ministerial declaration.pdf (worldwatercouncil.org)

Dakar : entretien exclusif pour le Forum Mondial de l’Eau

Serigne Mbaye Thiam, Abdoulyale Sene et Patrick Lavarde @GPE/Ludovica Pellicioli, Forum Mondial de l’Eau et Défis Humanitaires.

Entretien avec Mr Serigne Mbaye Thiam, Ministre de l’Eau et de l’Assainissement du Sénégal, Patrick Lavarde, Co-Président du Comité International de Pilotage et Abdoulyale Sene, Co-Président du 9ème Forum Mondial de l’Eau lors de la réunion préparatoire des parties prenantes les 14 et 15 octobre 2021 à Dianiadio/Dakar au Sénégal.


Alain Boinet : Le prochain Forum Mondial de l’Eau, qui aura lieu du 21 au 26 mars 2022 à Dakar au Sénégal, tiendra t’il toutes ses promesses.

Serigne Mbaye Thiam : D’abord ce que je voudrais indiquer que le président Macky Sall et le Sénégal ont la légitimité au niveau mondial d’élever le débat sur l’eau au niveau des chefs d’Etats, de gouvernement, et des grandes institutions. Je rappelle que lors de sa présidence du Conseil de Sécurité de l’ONU, c’est le Sénégal, par la voix du chef de l’Etat qui a pour la première fois en 70 ans, posé un débat sur l’eau au Conseil de sécurité, c’était la paix et sécurité. Tout le monde s’est rendu compte à l’époque qu’effectivement en 70 ans c’était la première fois que la question de l’eau était posée au Conseil de sécurité et cette initiative du Sénégal a permis d’ouvrir le débat en plaçant la question de l’eau à un niveau mondial.

Et c’est dans le continuum de cette initiative que le Président a pensé que pour le Forum de l’Eau de Dakar qui se tient en mars 2022, il faudrait innover et élargir à côté des acteurs gouvernementaux, ceux de la société civile, du secteur privé, des collectivités, des parlements. Il faut en profiter pour faire un sommet des chefs d’État des gouvernements et des grandes institutions. La question de l’eau est une question éminemment politique et ce matin lors des premières interventions au cours de ces deux réunions des parties prenantes, beaucoup sont revenus sur la question de l’engagement politique au plus haut niveau.

C’est cet engagement politique au plus haut niveau que le Président Macky Sall a voulu imprimer en perspective justement de cette conférence de 2023 aux Nations Unies sur les questions de l’eau et je suis persuadé que c’est une question qui va traverser aussi sa présidence de l’Union africaine en 2022.

Le Président de la République du Sénagal Macky Sall, à la tribune des Nations Unies en septembre 2016 @ONU

Défis Humanitaires : Le thème de ce forum est celui de « La sécurité de l’eau pour la paix et le développement ». Ne risque-t-il pas d’oublier les pays et populations qui ne sont ni en paix ni en développement, qui font face à des crises et qui ont un urgent besoin d’accès à l’eau et à l’assainissement comme les pays du Sahel ?

Serigne Mbaye Thiam : Je pense que le thème du forum déjà renseigne sur la volonté et l’ambition que nous avons d’avoir une vision holistique de l’eau, le thème je le rappelle, la sécurité de l’eau pour la paix et le développement. Dans le terme il y a le mot « sécurité » il y a le mot « paix » et il y a le mot « développement ».

Nous avons voulu toucher tous les secteurs et je suis persuadé qu’au niveau des sessions spéciales que nous aurons, au niveau des débats du forum, nous aurons à adresser la question de l’accès à l’eau de façon générale. Je veux parler de l’hydraulique et en même temps de l’assainissement. Nous aurons à aborder ces questions dans des contextes difficiles où les populations sont vulnérables ou défavorisées, y compris dans des zones de crises où ces questions-là peuvent poser des enjeux qui  ne sont peut-être pas de développement mais plutôt de survie.

Défis Humanitaires : A l’issue de ces deux jours des parties prenantes à Dakar, est-ce que le FME est bien sur les rails ?

Abdoulaye Sene : Oui c’est une question à laquelle nous répondons par un oui très optimiste et très réaliste parce que tout simplement nous avons investi beaucoup d’énergie, beaucoup de consultations et d’échanges pour élaborer ce que devait être le contenu du forum. Aujourd’hui nous sommes très satisfaits de constater que les groupes consultatifs qui ont été mis en place et qui regroupent plus de 1000 acteurs ont pu produire des solutions extrêmement pertinentes très inclusives et très concrètes aussi.

Nous considérons donc que du point de vue du contenu thématique nous avons la matière et que nous sommes absolument confiant quant à l’intérêt que ce contenu va susciter et donc aussi au succès que devait avoir en termes de résultat concret, en terme de propositions concrètes, en terme d’initiatives marquantes pour que ce forum soit un forum solide. Et sur le plan de l’engagement des acteurs on peut constater qu’avec le taux de participation que nous avons obtenu, dans un contexte très particulier de pandémie, cela nous conforte car le monde est en train de redémarrer et aujourd’hui on voit clairement que les acteurs de l’eau apportent une réponse très positive.

Les participants de cette réunion des 14 et 15 octobre au Sénégal à Diamniadio sont venus des tous continents, d’Afrique du Sud, d’Europe, d’Asie, d’Amérique et comme vous le voyez aussi au Sénégal nous avons une situation qui offre de belles embellies. Nous sommes très confiants quant au fait que nous devrions avoir un forum aussi en présentiel avec tous les impacts au plan économique, social et politique.

Défis Humanitaires : Si le FME est bien sur les rails, arrivera-t-il à l’heure au Forum de Dakar le 21 mars 2022 ?

Patrick Lavarde : Je pense que nous pouvons dire que le forum est sur les rails. A 5 mois de l’échéance, nous sommes comme je le disais ce matin dans la dernière ligne droite. Nous avons atteint l’objectif pour ce qui concerne le volet thématique des 4 priorités du forum puisque les groupes qui ont travaillé dans des conditions difficiles ont produit 92 sessions, c’est dire moins de 100, qui est l’objectif qui était assigné, qui couvre bien les 4 priorités, tous les grands enjeux liés aux cibles des ODD. Et nous sommes maintenant en train de travailler sur les messages et actions politiques avec les différent segments politiques. Les choses sont bien avancées avec les autorités locales, on l’a entendu ce matin et avec les bassins et nous travaillerons d’ailleurs demain avec les parlementaires.

Dakar, Diamniadio, réunion des parties prenantes 5 mois avant le 9ème Forum Mondial de l’Eau du 21 au 26 mars 2022. @Alain Boinet

Défis Humanitaires : Vous avez voulu que ce FME soit celui des solutions et des actions concrètes, le sera-t-il vraiment ?

Abdoulaye Sene : Vous avez certainement dû noter que nous avons mis en œuvre une grande innovation pour ce forum avec l’initiative Dakar 2022 qui a suscité un très grand intérêt et l’écho est très favorable dans tous les continents et cette dynamique que nous avons enclenché nous a permis véritablement d’apporter déjà des réponses. Ces réponses il faudra les consolider puis travailler à passer à l’échelle. Mais au-delà de cela, nous avons cherché à encourager les acteurs à discuter, échanger, mais surtout faire des propositions concrètes. Nous pouvons considérer que ce qui est ressorti de ces échanges va nous permettre véritablement d’avoir des propositions très concrètes, très faciles à traduire en action.

Les groupes consultatifs ont élaboré des propositions, nous allons nous appuyer sur ces propositions pour préparer certainement une grande déclaration politique que les chefs d’États vont endosser dès le premier jour du forum et confier cette déclaration aux différents segments politiques, ministériels, élus locaux, les parlementaires, les évaluations de bassins pour décliner cela en action et mettre cela en œuvre. Et c’est pourquoi c’est un processus un peu inversé. D’habitude on dit les gens discutent et après ?? Ici il y a eu une discussion préalable qui a abouti à des propositions, ces propositions vont nous permettre d’élaborer une déclaration que les politiques vont engager au plus haut niveau. Après cette adoption, il y aura une déclinaison sur le terrain qui va suivre. Nous sommes convaincus que de cette manière-là on va accélérer l’action.

Défis Humanitaires : Durant cette réunion des parties prenantes les 14 et 15 octobre, on est surtout  resté sur des considérations générales plutôt que sur des projets concrets en matière d’eau et d’assainissement.  Comment passer maintenant des idées aux actes ?

Patrick Lavarde : Je pense qu’il faut attendre d’avoir le détail des sessions pour se rendre compte effectivement. Le risque est tout à fait évident. Il faut se souvenir que l’on a demandé aux différents groupes d’action de travailler sur la base de projets qui sont soit des choses très concrètes sur des territoires, soit des actions à mener. Dans d’autres cas ce sera peut-être un peu plus conceptuel mais il me semble que l’on aura une base assez solide sur le plan concret et je suis assez confiant sur les segments politiques puisque, si je prends l’exemple des autorités locales, le sujet élu avec l’OCDE prévoit en particulier dans le cas des villes d’Afrique, sur la base de l’étude qui a été réalisé dans les derniers mois par l’OCDE, de mettre en place un observatoire de l’évolution de la prise en compte de l’accès à l’eau, à l’assainissement dans les villes d’Afrique qui sont quand même un enjeu majeur avec la croissance démographique et la concentration urbaine sur ce continent. Et d’avoir un dispositif d’appui permanent tel que l’OCDE l’a fait sur les principes de gouvernance après le 5ème FME à Marseille en 2012. On est donc sur le même exemple et c’est quelque chose d’extrêmement opérationnel et complet.

Darfour, l’eau est rare et difficile d’accès en saison sèche. ©William Daniels

Défis Humanitaires : Le prochain Forum de Dakar ne risque t’il pas d’oublier la réalité des situations de conflit ou de catastrophe en Afrique même et ailleurs dans le monde ?

Abdoulaye Sene : Ce que je vais répondre d’abord à cette question très importante c’est de dire que nous devons garder à l’esprit que certain de ces conflits ont été attisés ou formalisés par les difficultés d’accès à l’eau. Si vous regardez dans certaines zones aujourd’hui engagées dans les conflits multiples, vous verrez qu’il y à la base des compétitions fortes sur les ressources naturelles, en particulier sur l’eau. C’est des conflits entre éleveurs et agriculteurs, c’est aussi une restriction de la disponibilité de l’eau pour les éleveurs, et vous verrez que dans la plupart de ces zones, il y à la base le problème de l’eau qui même s’il n’est pas à l’origine première contribue à aggraver la situation. Donc s’occuper du problème de l’accès à l’eau ça conduit déjà à prévenir les conflits, ça permet de contenir les crises dont on a parlé. Ça c’est une partie de la réponse. La deuxième partie de la réponse c’est de dire que dans les situations de crise, les populations sont encore beaucoup plus confrontées à des difficultés parce que la crise génère des problèmes d’accès à l’eau.

Donc il faut que les stratégies soient développées, que les technologies soient développées, que les modalités également de solidarité soient mises en place pour que dans ces zones de conflits on puisse continuer à garantir et à assurer un accès à l’eau pour la vie, pour le bien être, pour la santé et simplement pour l’alimentation. Et également qu’on s’assure que les dispositions qui ont été prises permettront à ces populations d’envisager l’avenir avec beaucoup plus d’espoir, de consolider des situations de paix qu’il faut nécessairement construire après ces conflits-là. Le reste, fondamentalement essentiel d’abord pour réduire les listes de conflits, mais également pour gérer les situations difficiles qui résultent de ces conflits ainsi que pour prévoir le post-conflit.

Défis Humanitaires : Comment souhaitez-vous conclure à 5 mois du Forum de Dakar.

Patrick Lavarde : Ce forum est un Forum Mondial de l’Eau, ce n’est pas un forum des conditions du développement. Mais nous savons les uns et les autres que là où il y a insécurité il y a, par exemple, des mouvements migratoires de population et celles-ci doivent trouver des conditions d’accueil qui soient décentes, correctes. Donc, évidemment, avoir accès à une eau potable en quantité suffisante, des conditions d’assainissement qui concernent aussi la santé.

Et là, il va y avoir d’excellente sessions, qui seront d’ailleurs proposées par le groupe d’action sur la sécurité de l’eau, notamment sous l’impulsion de Solidarités International et d’autres acteurs. De même, ce qui est en train d’être préparé sur le processus des bassins, la mise en place d’organisations de bassins comme elles existent dans certaines zones du Sénégal est aussi une forme de réponse pour contribuer finalement à la sécurité sans prétendre régler simultanément tous les problèmes existants. Le forum est un lieu privilégié pour faire progresser la cause de l’eau et de l’assainissement dans toute leurs dimensions et inspirer les décideurs.


Biographie de Serigne Mbaye Thiam

Après avoir effectué ses études élémentaires et secondaires au Sénégal, il poursuivit ses études supérieures en France, sanctionnées par un Diplôme d’Etudes supérieures commerciales, administratives et financières de l’Ecole supérieure de Commerce et d’Administration des Entreprises de Rouen (Rouen Business School) et un Diplôme d’Expertise Comptable de l’Etat français.
Il a été Directeur administratif et financier du Port autonome de Dakar et a exercé aussi des activités de consultant en gestion, organisation, finances et comptabilité.
Il a occupé les fonctions de Conseiller régional et Vice-président du Conseil régional de Kaolack, Député, Vice-président de la Commission de l’Economie et des Finances et Rapporteur général du Budget de l’Assemblée nationale en 2001.
Il a également assumé les fonctions de ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, Porte-parole du gouvernement du 04 avril 2012 au 29 octobre 2012 et Ministre de l’Education nationale du 29 octobre 2012 au 7 avril 2019.
Monsieur Serigne Mbaye THIAM est actuellement Ministre de l’Eau et de l’Assainissement depuis le 07 avril 2019.
Il a été président en exercice de la CONFEMEN (Conférence des ministres de l’Education de la Francophonie).
En mai 2018, il a été nommé Vice-Président du Conseil d’Administration du Partenariat mondial pour l’Education.

Avant cela, de février 2014 à décembre 2015, il a présidé le Comité « Gouvernance, Ethique, Risque et Finances » du Partenariat mondial pour l’Education et a été membre du Conseil d’Administration et du Comité de coordination.
Au titre de son engagement associatif, il a été Trésorier général de la Fédération sénégalaise de Football ; il a aussi été l’initiateur et le premier Président du Mouvement national des supporters du Football sénégalais


Biographie de Patrick Lavarde :
Ingénieur général des ponts des eaux et des forêts, Patrick LAVARDE est membre permanent du Conseil général de l’environnement et du développement durable. Il a été gouverneur du Conseil Mondial de l’Eau (2012-2018) et président de l’Association Internationale des Ressources en Eau (IWRA) entre 2016 et 2018. Il a contribué à l’organisation du 6ème Forum Mondial de l’Eau à Marseille, notamment comme co-président de la commission thématique, et était membre du bureau du comité de pilotage international du 8ème forum à Brasilia. Il a créé l’Office National de l’Eau et des milieux aquatiques dont il fut le directeur général de 2007 à 2012. Entre 1998 et 2007, il a occupé les fonctions de directeur général de l’Institut National des Sciences et Technologies de l’Environnement et de l’Agriculture. Auparavant, il a exercé différentes responsabilités dans l’administration centrale et déconcentrée dans les secteurs de la forêt, de l’eau et de l’agriculture.


Biographie de Abdoulaye Sene :
Président du comité national pour l’organisation du 9ème Forum Mondial de l’Eau, « Dakar 2021 ».
Président du Conseil d’Administration de la SOGEM/OMVS (2013-2017).
Président-fondateur du Think-tank international Global Local Forum.
Député et Président de la Commission du Développement et de l’Aménagement du Territoire de l’Assemblée Nationale de la République du Sénégal, ( 2007-2012).
Président du Conseil Régional de Fatick (2002-2009).
Conseiller Spécial du Ministre des Mines, de l’Energie et de l’Hydraulique du Sénégal (2001-2002). Chef de la Mission d’Etudes et d’Aménagement des Vallées Fossiles (1994-2000).
Directeur national de l’Hydraulique et du Génie Rural (1984 à 1994).
Expert, en Hydraulique, changements climatiques, Décentralisation, Gouvernance et développement local.