Les défis du Mali et au Sahel

« Les enjeux de la crise sécuritaire au Sahel », tel était le thème du colloque organisé le 6 juin à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne par des étudiants de Master 2.

Nous présentons ici deux vidéos des interventions de Jean-Marc Châtaigner, ambassadeur spécial pour le Sahel, et de Jean-Marc Gravellini, responsable de l’Unité de Coordination de l’Alliance Sahel.

Le nœud du problème, c’est que l’insécurité qui dure et s’étend est l’expression d’autres défis qui s’imbriquent et en rendent toute solution difficile, nécessitant d’agir dans l’urgence comme dans le temps long sur les multiples causes de la crise.

 

La stratégie des 3 D.

Jean-Marc Châtaigner, qui connait bien cette région, expose l’ensemble des défis qui assaillent le Mali et le Sahel et qu’il faut relever simultanément. Jean-Marc Gravellini présente la stratégie de l’Alliance Sahel et nous annonce une nouvelle politique de développement intégrée dans une réponse dite « des trois D » qui articule la Diplomatie et le politique, la Défense et la sécurité et le Développement et la gouvernance.

Mais le bilan est amer et lourd de conséquences quand il résulte aussi de l’échec des politiques publiques de développement menées depuis des décennies et qu’il constate enfin qu’il n’y a pas de solution seulement militaire.

 

Les événements se précipitent.

Depuis ce colloque, les événements n’ont pas manqué d’illustrer ces grands défis. L’attaque du GSIM de Iyad Ag Ghaly fin juin à Sévaré contre le QG du G5 Sahel et celle de Gao le 1 juillet ont montré la détermination et  l’amélioration des capacités opérationnelles des assaillants.  Alors que, dans le même temps,  la situation sécuritaire s’est dégradée dans le centre du Mali et que la région des trois frontières entre le Niger, le Burkina Faso et le Mali est très instable.

L’événement majeur, c’était bien sûr les élections présidentielles en juillet qui ont rejouées, 5 ans plus tard, l’élection précédente, l’enthousiasme en moins. Et si le président sortant, Ibrahim Boubacar Keïta dit IBK, a finalement été réélu face à 22 candidats, c’est avec 67,17 % des voix sur un taux de participation de 34,54 % des votants.

Et tout le monde d’attendre maintenant que le président réélu relance l’accord de paix conclu en 2015 à Alger et qui n’a jamais tenu jusqu’à présent ses promesses de réconciliation avec la rébellion touareg.

 

L’urgence humanitaire.

La situation humanitaire s’est dégradée alors que le Sahel enchaîne les périodes de sécheresse, de pluies irrégulières et d’inondation comme cela s’est produit au mois d’août au Nord Mali de Gao à Tombouctou. Une crise alimentaire affecte aujourd’hui 6 millions de personnes dans les 6 pays du Sahel. Au Mali, le prix du maïs a augmenté de 21 %, celui de Sorgho de 16 %.

Dans le même temps, le Plan de Réponse Humanitaire d’un montant de 330 millions de dollars cette année n’a à ce jour réuni que 32% des moyens nécessaires ! Enfin, les incidents de sécurité touchant les humanitaires sont passés en moyenne de 3,5 par mois en 2016 à 11,5 en 2017, puis à 18,5 par mois cette année selon les statistiques de OCHA !

Comprendre la situation et agir efficacement sont des priorités urgentes et durables, entre dégradation de la situation et amplification inévitable de celle-ci, avec le réchauffement climatique et l’explosion démographique au Sahel.

Nous reviendrons sur le Sahel lors de la prochaine édition de « Défis Humanitaires » dans 15 jours en présentant de nouvelles vidéos de ce colloque.

A bientôt.

 

Alain Boinet.


Regardez les interventions de Jean-Marc Châtaigner et Jean-Marc Gravellini :

L’Iran à court d’eau

Un film de Laurent Cibien et Komeil Sohani, écrit par Laurent Cibien, produit par Artline Films et diffusé sur ARTE.


Nous remercions Artline Films de son soutien pour la présentation de ce film sur Défis Humanitaires.

Le documentaire intégral (54 minutes) est disponible sur : https://vimeo.com/261061351/700af90c42


En 2017, 96 % du territoire iranien a souffert d’une sécheresse prolongée, selon l’Organisation météorologique iranienne. Cette « crise de l’eau »  est dorénavant un mal chronique, menaçant la stabilité nationale, voire régionale. Véritable autopsie des causes et des enjeux de la pénurie d’eau à travers l’étude du bassin de la Zayandeh Rud, « L’Iran à court d’eau » nous révèle la gravité de la situation et nous permet d’en mesurer les risques et les enjeux comme cela est également le cas dans d’autres régions du monde.

 La Zayandeh Rud, unique rivière permanente du plateau central de l’Iran

Dans cette zone aride et semi-aride où la tension constante entre les besoins et les ressources hydriques conditionne depuis toujours l’utilisation du moindre mètre cube d’eau, l’impact du réchauffement climatique contribue à faire voler en éclats le fragile équilibre sur lequel reposait le système social et économique. Déjà mis à mal par la forte augmentation des consommations urbaines, agricoles et industrielles, l’augmentation des températures de 1,8 degrés et la baisse du volume des précipitations de 20 % depuis 30 ans entraînent une inéluctable chute de l’offre en ressources hydriques, et la Zayandeh Rud se tarit.

Le facteur politique vient s’ajouter aux menaces du réchauffement climatique. Pour accéder au développement et à l’indépendance alimentaire, l’Iran a fait le choix, comme de nombreux pays de la région, de parier sur un mode de croissance à l’occidental très consommateur en eau. Construction de barrages, cultures de denrées voraces en eaux, industrialisation à un rythme effréné… Ce sont autant de mesures qui, si elles ont su à court terme remplir les objectifs de développement, se retournent contre le régime qui ne dispose à présent ni des ressources pour poursuivre sa croissance, ni de celles nécessaires pour entretenir le niveau de développement qu’il a pu ainsi atteindre. Bien que ce problème soit connu, aucune politique alternative n’est mise en place. Alors que le système de la gestion des eaux nécessite d’être repensé face au niveau croissant de stress hydrique, le danger réside dans la difficulté, tant structurelle que politique, de réaliser la transition entre l’actuel paradigme dépassé et la construction d’un nouveau modèle de développement durable iranien pour les prochaines décennies.

L’exemple de la région de la Zayandeh Rud est une illustration saisissante de la situation en Iran, mais elle peut également se décliner à la Syrie, à l’Irak, à l’Egypte, au Bangladesh … Soumis à des enjeux comparables, poussés par un besoin de développement et de sécurité, ces politiques atteignent leur point de rupture. Un nouveau défi se présente à elles : parvenir à intégrer, dans une vision à plus long-terme, l’urgente question de l’eau à leurs ambitions respectives.

 

Par Camille Julienne.