L’eau est une ressource essentielle au développement économique et social, mais en Arménie, sa gestion durable constitue un défi majeur. Ce pays enclavé, soumis à des étés arides, doit faire face à une demande croissante en eau, notamment pour son agriculture, dont on estime qu’elle emploie aujourd’hui environ un quart de la population active. D’autant plus que l’agriculture irriguée assure environ 80% de la production agricole totale.
Dans la plaine fertile d’Ararat, les systèmes d’irrigation vieillissants, datant de l’ère soviétique, entraînent d’importantes pertes en eau et dépendent de pompages coûteux en énergie. Face à ces enjeux, l’Agence Française de Développement (AFD) accompagne l’Arménie dans sa transition vers une gestion plus durable de l’eau en soutenant la construction du réservoir de Vedi, la plus grande infrastructure hydrique construite dans le pays depuis la période soviétique. Cette initiative ne se limite pas à une infrastructure : elle s’inscrit dans une stratégie plus large visant à moderniser l’ensemble du secteur agricole à travers un programme de développement de l’agriculture irriguée, financé sur fonds de l’Union Européenne nommé IADAAM (Irrigated Agriculture Development in Ararat and Armavir Marzes).
Plaine irriguée de l’Ararat, printemps 2022.
L’eau en Arménie : un défi multidimensionnel
Le défi de l’eau en Arménie ne concerne pas uniquement l’agriculture. Il s’inscrit dans un contexte plus large où le changement climatique, l’héritage soviétique des infrastructures et les tensions géopolitiques exacerbent la pression sur cette ressource vitale.
Le lac Sevan, principale réserve d’eau douce du pays, est surexploitée, menaçant son équilibre écologique et entraînant des conséquences économiques à long terme. Parallèlement, les infrastructures obsolètes, reposant sur des stations de pompage énergivores et des réseaux vieillissants, occasionnent de fortes pertes en eau. Selon la Banque Mondiale, l’efficience de l’irrigation[1] serait de seulement 25% (alors qu’un système moderne peut atteindre 75 à 80%) et la productivité de l’eau pourrait être améliorée de plus de 40% en réhabilitant et modernisant les infrastructures existantes. Cette inefficacité alourdit considérablement les finances publiques, l’État devant subventionner massivement l’irrigation pour soutenir les agriculteurs.
L’impact du réchauffement climatique aggrave cette pression. Les précipitations irrégulières, la fonte précoce des neiges et l’augmentation des températures modifient les cycles hydrologiques, obligeant les agriculteurs à adapter rapidement leurs pratiques pour garantir la pérennité de leurs exploitations.
Assurer un approvisionnement en eau stable et durable est essentiel pour la sécurité alimentaire et la résilience des communautés rurales. Cela favorise l’ancrage des populations sur leur territoire, limitant ainsi la désertification des campagnes et freinant l’exode rural.
Projet de construction du réservoir et du système d’irrigation de Vedi
Un projet intégré : le réservoir de Vedi et le programme de soutien à l’agriculture
Avec un financement sous forme de prêt de 75 millions d’euros de l’AFD, complété par une participation du gouvernement arménien de 15 millions d’euros et une subvention de 10 millions d’euros de l’Union Européenne pour le soutien à l’agriculture irriguée, le réservoir de Vedi constitue une réponse concrète aux défis hydriques. Il permettra de stocker jusqu’à 29 millions de mètres cubes d’eau, réduisant ainsi la dépendance aux prélèvements directs du lac Sevan. Le réservoir permettra d’assurer l’irrigation de la plaine de l’Ararat lors de la saison sèche, assurant ainsi les récoltes des agriculteurs. Un programme d’appui à l’agriculture irriguée vient compléter ce projet en accompagnant la transition vers une gestion plus durable et efficiente de l’eau.
Dans la plaine d’Ararat, où l’agriculture repose encore largement sur des systèmes d’irrigation vétustes, les travaux engagés vont au-delà de la seule construction du réservoir. De nouveaux canaux et conduites d’irrigation sont installés pour limiter les pertes d’eau et garantir un accès plus fiable aux exploitations. Des techniques plus modernes comme l’irrigation par gravité sont mises en place pour réduire la dépendance aux pompes électriques et alléger les coûts pour les agriculteurs. Sur le terrain, des équipes accompagnent les exploitants pour les aider à adopter des pratiques agricoles plus efficaces : introduction de nouvelles cultures adaptées aux conditions locales, conseils sur la rotation des cultures et sur l’utilisation raisonnée de l’eau.
Visite du réservoir de VEDI avec de gauche à droite : Sylvain Tesson (écrivain), Audrey Gourdien (AFD), Alain Boinet (Défis Humanitaires), Olivier Decottignies (ambassadeur de France en Arménie), Vincent Montagne (président du Syndicat National de l’Edition France). Photo Antoine Agoudjian pour le Figaro Magazine.
Le programme soutient aussi les agriculteurs dans leurs investissements. Grâce à des dispositifs de financement spécifiques, ils peuvent acquérir du matériel plus performant et installer des équipements d’irrigation plus économes en eau, comme le goutte-à-goutte. Par ailleurs, l’initiative facilite le regroupement des terres et le développement des coopératives, permettant aux petits producteurs de mutualiser leurs efforts et de mieux s’adapter aux évolutions du marché.
L’un des aspects essentiels du programme est l’adaptation au changement climatique. Face aux sécheresses, aux fortes précipitations et aux aléas météorologiques croissants, les agriculteurs bénéficient d’un accompagnement pour ajuster leurs pratiques et garantir la pérennité de leurs cultures. En stabilisant l’accès aux ressources en eau et en encourageant la diversification des cultures, ce programme contribue à renforcer la résilience du secteur agricole arménien.
Cette approche globale transforme progressivement l’agriculture locale, en offrant aux exploitants les moyens d’améliorer leurs rendements et de stabiliser leurs revenus, tout en préservant durablement les ressources en eau.
Barrage du réservoir de Védi – décembre 2024
Conclusion : une approche globale pour une agriculture durable
Le réservoir de Vedi, combiné à l’approche intégrée du programme de soutien à l’agriculture irriguée, illustre comment moderniser l’irrigation, préserver les ressources naturelles et améliorer les conditions de vie des agriculteurs peuvent être des objectifs compatibles. Cette double approche permet de garantir un accès sécurisé à l’eau et de favoriser une agriculture durable face aux défis climatiques et économiques.
[1] L’efficience de l’irrigation reflète l’efficacité de l’ensemble du système d’irrigation dans l’acheminement de l’eau vers les cultures, de la source à la zone racinaire. Elle résulte de l’efficacité de l’acheminement et de l’application sur le terrain. Une bonne efficience de l’irrigation au niveau du système implique un gaspillage d’eau minimal et une meilleure valorisation de l’eau.
Par Fanny Delpey, Directrice de l’agence de l’AFD pour le Sud-Caucase
Diplômée de Sciences Po Toulouse (Section Économique et Financière) et titulaire d’un DEA en Économie Internationale de l’Université Paris II – Panthéon-Assas, Fanny Delpey évolue dans le développement international depuis plus de 15 ans.
Après un début de carrière en 2006 comme Volontaire Civil à l’Aide Technique à Saint-Pierre-et-Miquelon, elle rejoint en 2008 le siège des Instituts d’Émission des DOM comme économiste junior. En 2011, elle intègre Proparco en gestion de portefeuille, puis en 2015 l’AFD comme responsable d’équipe projet en financements structurés. Pendant huit ans, elle contribue à la structuration financière de projets non souverains en agro-industrie, transports et énergie, principalement en Afrique et en Asie.
En 2019, elle devient Directrice adjointe de l’AFD à Jérusalem, supervisant des projets en énergie, santé, gouvernance et société civile en Cisjordanie et à Gaza. Depuis juillet 2023, elle dirige l’agence AFD du Caucase du Sud.
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Contrairement à l’eau du Nil quand on la contemple en aval, notamment en Egypte, le temps qui permettrait de résoudre le conflit dont nous parlons s’écoule en vain… et la possibilité de l’accord demeure toujours lointaine.
Le barrage de la Renaissance est un projet hydroélectrique majeur situé sur le Nil Bleu en Éthiopie, et, depuis le début de sa construction en 2011, ce barrage est au cœur d’un conflit régional impliquant principalement l’Éthiopie, à l’origine du projet, l’Égypte et le Soudan. Ce contentieux lié au barrage de la Renaissance est l’une des plus importantes questions liées à l’eau dans le monde, en particulier ces dernières années, car c’est une querelle qui concerne les deux États les plus peuplés de l’Afrique après le Nigeria. Ce barrage a un impact majeur sur les ressources vitales de l’Égypte, qui en dépend massivement dans le domaine de l’agriculture et de l’irrigation, à tel point que sans ce fleuve la vie peut s’arrêter dans ce pays. Cet article vise donc à faire un état des lieux du conflit en mettant l’accent sur le bilan des négociations, l’impact actuel et prévisible, ainsi que sur les perspectives d’avenir.
Grand barrage de la Renaissance éthiopienne, 2022. Source : Photographie de l’auteur Stefano De Falco.
Points de vue contradictoires
Pour l’Éthiopie, le barrage représente un projet crucial, visant à générer environ 6000 mégawatts d’électricité, ce qui triplerait la capacité électrique du pays. Le barrage est perçu comme une solution aux défis énergétiques, tout comme un moteur de développement économique. Mais en fait, la symbolique de la mise en œuvre du barrage dépasse la question économique. Sa construction est un message adressé à l’Égypte et au Soudan : l’Éthiopie n’a plus besoin de leur approbation comme condition nécessaire à la construction de projets de développement sur le bassin du Nil, rejetant ainsi les accords de 1929 et de 1959.1
Ainsi, la date de la construction du barrage n’est pas neutre : le projet actuel date des années 1950-1960, mais le refus égyptien et le manque de support comme d’investissement international empêchaient sa mise en œuvre. L’année 2011 a, dans ce contexte, représenté pour l’Ethiopie le moment optimal, après l’indépendance du Soudan du Sud, et le chaos généré par le « printemps arabe » qui déstabilisait alors l’Égypte.
« L’État égyptien comprend les exigences du développement éthiopien, mais ce développement ne doit pas se faire au détriment des autres. » – Le président Al-Sissi, juin 2021.
Du point de vue du gouvernement égyptien, l’Égypte se trouve face à une crise « existentielle ». Le barrage de la Renaissance constitue une menace claire et directe pour la sécurité nationale de l’Égypte qui craint que le remplissage et l’exploitation du barrage réduisent considérablement le flux d’eau du Nil, affectant ainsi son agriculture, son industrie et ses besoins domestiques dont on parlera avec plus de détails.
Situé entre l’Éthiopie et l’Égypte, le Soudan partage ces préoccupations. Bien que le Grand barrage de la Renaissance (GERD) puisse réguler les inondations et fournir de l’électricité bon marché, il subsiste des inquiétudes concernant la gestion de l’eau et les impacts sur ses propres projets d’irrigation. La position soudanaise sur le barrage de la Renaissance est restée jusqu’à mi-2020 « neutre » entre l’Égypte et l’Éthiopie, et les positions politiques et médiatiques au Soudan se sont concentrées principalement sur les répercussions positives du barrage sur l’économie soudanaise et son rôle dans la régulation du débit du Nil. Cependant, on a assisté à un changement de position de Khartoum en 2021, qui s’est rapprochée de la position égyptienne, en faveur d’une signature d’un accord contraignant avec l’Éthiopie préalable au remplissement du barrage. Néanmoins, la guerre actuelle qui se déroule au Soudan met cette question du barrage en arrière-plan pour les Soudanais qui souffrent de la guerre. Cet affaiblissement de la position soudanaise… affaiblit en conséquence la position égyptienne qui se félicitait du soutien soudanais.
Les négociations entre les parties prenantes à ce différend, surtout l’Égypte et l’Éthiopie, sont passées par plusieurs phases. La nature et les termes des négociations lors du dernier cycle ont changé par rapport à ce qu’elles étaient il y a plusieurs années. Il s’agissait d’abord d’études techniques du barrage et d’évaluation de ses effets sur les pays en aval, qui sont l’Égypte et le Soudan, puis de négocier la mise en œuvre des recommandations du comité d’experts international, puis enfin de négocier les règles de remplissage et d’exploitation du barrage. Maintenant, alors que la cinquième étape du processus de remplissage est en cours cet été, le champ de la négociation a diminué notablement, et se limite au fonctionnement futur du barrage.
D’une manière générale, bien que les négociations visaient principalement à établir des règles contraignantes quant au remplissage et au fonctionnement du barrage, afin de protéger les intérêts des trois pays, celles-ci étaient marquées par un manque de confiance et l’absence de volonté politique de trouver un accord contraignant, surtout de la part de l’Éthiopie. Le régime éthiopien, à l’initiative du projet et donc se considérant comme la partie forte, voulait dominer les négociations, en optant pour une stratégie selon laquelle l’absence d’un accord vaut mieux qu’un accord faible ou contraignant qui ne lui conviendrait pas. Cette politique du fait accompli était donc la norme de la part de l’Éthiopie… Norme contrecarrée par des menaces du côté égyptien. Les deux parties s’accusant mutuellement de diverses fautes, la partie égyptienne estimant que la reconnaissance et l’engagement de l’Éthiopie envers les accords antérieurs sont la seule solution pour sortir de ces différends.
Les moments les plus notables de ces négociations furent la signature de l’accord de principe de 2015 et l’intervention des États-Unis et de la Banque mondiale en 2020, lesquelles ont abouti à un accord final sur le projet que l’Égypte a signé… mais l’Ethiopie s’est retirée au dernier moment, rejetant la pression américaine de l’administration de Trump. La dernière phase des négociations, qui s’est déroulée en décembre 2023, a échoué comme les précédentes, ce qui a poussé les responsables égyptiens à mettre un terme aux négociations qui ne seraient, selon eux, « qu’une perte du temps ».
L’impact du barrage de la Renaissance sur l’Égypte est significatif et c’est à ce titre une source de préoccupation extrême pour de nombreux secteurs de la société égyptienne. Le barrage, en contrôlant le flux du Nil Bleu, peut affecter gravement la quantité d’eau disponible en aval, et donc en Égypte. Compte tenu du seuil de « pauvreté en eau » moyen mondial, qui est estimé à 1000 m³ par an et par habitant, même si l’Égypte tire la totalité de ses ressources du Nil, elle est considérée comme l’un des pays pauvres en eau, parce que la part d’eau par habitant n’y dépasse pas 600 m³ par an, en raison de la forte croissance démographique du pays. Si l’on couple cette situation avec la mise en place du barrage de la Renaissance, la part d’eau par habitant en Egypte devrait se situer en-dessous 500 m³ par an…
Source : Ministère de l’Irrigation et des Ressources en Eau en Égypte
Les projections estiment que la productivité de cultures principales telles que le maïs et le blé pourrait diminuer substantiellement en raison de la réduction de l’eau disponible pour l’irrigation.
« Des pratiques unilatérales et non coopératives dans l’exploitation de ce barrage surdimensionné pourraient avoir un impact catastrophique« , a déclaré le ministre égyptien des ressources en eau, Hany Swelim, lors de la session plénière d’UNWater 2023, notant que « si ces pratiques se poursuivent parallèlement à une sécheresse prolongée, cela pourrait entraîner la sortie de plus de 1,1 million de personnes du marché du travail, la perte d’environ 15 % de la superficie agricole de l’Égypte et le doublement de la facture d’importation alimentaire du pays «
Outre les implications pour l’agriculture, les modifications du débit du Nil pourraient également avoir des effets à long terme sur les écosystèmes et l’économie de l’Égypte. La réduction des surfaces agricoles et la perte de près d’un million d’hectares pourrait signifier le déplacement de 2 millions de familles et une chute de 12 % de la production agricole, entraînant un déficit alimentaire de 5 milliards de livres égyptiennes, mettant en péril la sécurité alimentaire de ce pays.
Cette perte de terres agricoles et l’arrêt des projets liés à leur remise en état conduiront naturellement à la perte d’opportunités d’emploi que le secteur agricole avait l’habitude d’offrir à 6,5 millions de travailleurs, entraînant une augmentation du taux de chômage. L’impact s’étendra aussi à d’autres secteurs comme le secteur de la pêche et le secteur touristique, surtout à Assouan et à Louxor. Pour les pécheurs, il n’y a plus d’inondation chaque année, et la quantité de poisson est en constante diminution. Des types de poissons comme le merlan et le mabrouka sont devenus rares, et même le tilapia du Nil, le poisson connu comme le moins cher (considéré comme le « poisson des pauvres »), diminue également en raison de la salinité de l’eau. Cette raréfaction entraîne une hausse de ses prix, rendant les poissons inaccessibles pour une grande partie de la population égyptienne.
L’Égypte se trouve ainsi dès aujourd’hui confrontée à une grave crise sociale née de l’augmentation du chômage et de la migration interne. Et ce alors que l’Egypte souffre déjà d’une crise économique majeure. Une exacerbation de la situation en raison des nouveaux impacts prévisibles du barrage de la Renaissance peut donc rendre la situation invivable dans le pays, encourageant toujours plus d’émigration clandestine destinée à fuir la misère et la pauvreté.
Le barrage de la Renaissance modifie la disponibilité de l’eau pour l’Égypte, en particulier pendant les périodes de sécheresse, lorsque l’Éthiopie retient l’eau du Nil. Cette situation pourrait contraindre l’Égypte à puiser plus intensément dans ses réserves d’eau, telles que le réservoir d’Assouan, accélérant l’épuisement de ces ressources en eau en cas de remplissage du barrage par l’Éthiopie. En d’autres termes, la construction du barrage affectera surtout l’eau du lac du « Haut Barrage » aussi connu sous le nom du « lac Nasser », ce qui impactera la capacité de production d’électricité avec une baisse de près de 40 %, obligeant à recourir à d’autres solutions pour compenser cette perte, comme acheter de l’électricité ou construire des centrales électriques à combustible… ce qui alourdira le déficit de l’économie égyptienne. L’Égypte dépend à 9% pour son énergie de l’hydraulique, et même si cela peut sembler peu, en situation de crise, chaque ressource est précieuse.
Conclusion : Les perspectives… entre réalité et ce qu’il faudrait faire
Sur le plan interne, l’Égypte a commencé à modifier ses pratiques agricoles, en limitant certaines cultures riches en eau comme le riz et les bananes, et en promouvant des méthodes d’irrigation plus efficaces. Des efforts sont également en cours pour rénover les canaux d’irrigation afin de réduire les pertes en eau et de mieux répartir les cultures en fonction de leur besoin en eau entre différentes régions. Il s’agit aussi d’augmenter les quantités d’eau, d’utiliser le dessalement de manière rationnelle, de développer les installations et d’entretenir les réseaux d’adduction afin d’augmenter l’efficacité globale de l’utilisation de l’eau, eau de pluie y compris. Le coût du retraitement de l’eau de mer pour combler le déficit hydrique, notamment en eau potable, accroît la charge pesant sur l’économie égyptienne.
En conclusion, on ne peut que constater que l’Éthiopie a réussi à imposer sa politique du fait accompli, faisant du barrage une réalité… laquelle menace la vie de millions de personnes en Égypte et au Soudan, car ce sont les populations qui payent le prix des conflits et des décisions politiques. Il apparaît donc plus nécessaire que jamais de trouver un accord sur l’exploitation du barrage et son fonctionnement, afin d’éviter une crise fatale dont les répercussions ne se limiteront pas au continent africain. Une crise d’émigration clandestine venue d’Égypte, laquelle accueille déjà des millions de réfugiés et souffre d’une crise économique inédite est la dernière chose que l’Europe souhaite à ce moment. Il faut donc que l’Union européenne mette au plus vite ce conflit à son agenda.
En outre, les pays qui ont la capacité de jouer un rôle de médiation important, de mon point de vue, sont les plus impliqués dans l’investissement lié au barrage : la Chine et les Emirats Arabes Unies. L’évocation de cette crise par le Président Al Sissi lors de sa visite en Chine en mai dernier peut être interprétée comme un appel à une médiation chinoise, afin d’arriver à un accord contraignant quant à ce « barrage de discorde ». En fait, une médiation multipartite peut être la solution pour arriver à un accord. Cependant, il faut pour cela qu’existe une volonté politique de mettre fin à ce conflit qui peut parfaitement être solutionné. Nous sommes à un moment de l’histoire où nous voyons nombre de conflits et trop de populations qui souffrent… Il faut tout faire pour ne pas qu’on y ajoute une autre tragédie.
Ahmed Elbanna
Ahmed Elbanna est un étudiant égyptien en M2 Conflits et crises internationales à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et lauréat de la bourse Eiffel 2023-2024. Il est l’assistant actuel du fondateur de Solidarités International, Mr. Alain Boinet. Intéressé par la question de conflits et de crises de point de vue humanitaire, Elbanna a rédigé son mémoire de fin d’études à l’Université du Caire sur l’intégration des réfugiés syriens en Egypte.
1 L’accordde1929 : Signé entre l’Égypte et la Grande-Bretagne (au nom du Soudan, du Kenya, de la Tanzanie et de l’Ouganda), dans lequel la Grande-Bretagne s’engage à ne pas entreprendre, sans accord préalable avec l’Égypte, de travaux d’irrigation ou de production d’électricité susceptibles de nuire aux intérêts de l’Égypte, de réduire le niveau de l’eau qui l’atteint ou de modifier la date d’arrivée de l’eau. L’Égypte a le droit de s’opposer à la construction de tout nouveau projet sur le Nil et ses affluents.
L’accord de 1959 : L’accord sur les eaux du Nil de 1959 est un accord entre l’Égypte et le Soudan concernant le partage du contrôle et de l’utilisation des eaux du Nil. Cet accord a permis le partage de l’ensemble du débit annuel moyen du Nil estimé à 85 milliards de m3 entre le Soudan qui en a obtenu 18, 5 millards de m3 et l’Egypte qui bénéficiait de 55,5 millards de m3. Cet accord a donné également le droit à l’Egypte de construire le barrage d’Assouan.
PS / Merci de votre soutien (faireundon) à Défis Humanitaires.
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