Ne tirez pas sur l’ambulance humanitaire !

De fortes pluies inondent le centre de transit du HCR à Renk, dans l’État du Haut-Nil, au Soudan du Sud. Le centre accueille des milliers de personnes qui ont fui le conflit au Soudan, la majorité d’entre elles étant des Sud-Soudanais de retour. ©HCR/Samuel Otieno

Il y a aujourd’hui 120 millions de réfugiés et déplacés forcés dans le monde, soit une personne sur 69 représentants 1,5% de la population mondiale, selon le HCR !

En 2002, ils étaient 32,9 millions.

En 2012, ils étaient 45,2 millions.

En 2017, ils étaient 68,5 millions.

En 2021, ils étaient 89,3 millions d’exilés forcés par la guerre et catastrophes.

A ce rythme, combien seront-ils demain ?

Si l’on considère certaines des grandes tendances à l’œuvre sur notre terre, pauvreté extrême, catastrophes, conflictualité et si l’on veut juste être réaliste, il y a urgence à se préparer à secourir un nombre grandissant de victimes de la guerre, des catastrophes et épidémies.

La raison d’être humanitaire est de sauver des vies. Les guerres actuelles, comme en Ukraine, à Gaza ou au Soudan se caractérise par leur intensité, leur multiplication, leur durée et elle touche principalement les populations civiles qui alimentent le flot des déplacés forcés et de réfugiés toujours plus nombreux.

Ce thermomètre de la fièvre mondiale est un indicateur clef des souffrances humaines tout autant que des déstabilisations qu’elle entraine par effet dominos, pour finalement échouer sur les plages de la manche ou de la méditerranée.

Si c’est une question humanitaire urgente, c’est aussi une question politique qui ne peut se satisfaire de l’échec !

L’attaque Russe en Ukraine le 24 février 2022 entraine la remise en cause des frontières par un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations-Unies. C’est un exemple qui en inspirera d’autres. C’est d’ailleurs ce qu’a fait l’Azerbaïdjan en chassant par la force des armes 100.000 arméniens de leur terre ancestrale du Haut-Karabakh en septembre 2023.

C’est le risque encouru aujourd’hui en Géorgie, après avoir déjà perdu l’Ossétie du Sud et l’Abkhasie. L’attaque meurtrière du Hamas le 7 octobre contre la population israélienne a eu pour conséquence de déclencher une guerre dont on mesure avec effroi les conséquences terrifiantes pour la population civile palestinienne à Gaza.

La mondialisation a laissé la place à un monde multipolaire désaccordé sur ses valeurs et ses intérêts et sur une compétition féroce.

Or, au moment même ou l’aide humanitaire est sollicité de toute part par un nombre grandissant de crises et de victimes, on lui demande de plus en plus de tout faire alors que les moyens financiers manquent cruellement et que l’accès aux populations en danger devient plus difficile et dangereux.

Anastasia Prudnikova, infirmière chez MSF, surveille un blessé de guerre à bord d’un train médicalisé durant le trajet entre Pokrovsk, à l’est, et Lviv, à l’ouest. Ukraine, mai 2022. © ANDRII OVOD

La preuve ? Cette année, les Nations-Unies avec OCHA et ses partenaires ont identifiés 300 millions d’êtres humains en danger à secourir. Résultat, on en a seulement sélectionné 180 millions dignes de recevoir une aide.  Et encore n’est -on même pas sûr d’y parvenir puisqu’il manque, au moment ou j’écris ces lignes, au moins 80% des financements indispensables, soit au total 46,4 milliards de dollars cette année.  Et que vont devenir les 120 millions d’êtres humains recalés ? Qui s’en préoccupe ?

N’est-ce pas tout simplement honteux dans un monde qui compte environ 95.000 milliards de capitalisation boursière !

Alors, disons les choses nettement. Si l’aide humanitaire est une assurance pour chaque vie en danger, elle est aussi une assurance vitale pour tout le monde. Moins d’action humanitaire, c’est plus de déplacés forcés, de désespoir, de radicalisation, de mouvements migratoires plus massifs et incontrôlés et de foyers qui s’enveniment au risque d’exploser à leur tour.

A un moment ou les anciens empires aspirent à le redevenir, où les nations veulent se protéger, la lucidité et l’expérience nous apprennent qu’il existe en ce début de 21ème siècle des risques mondiaux comme le dérèglement climatique, la crise de l’eau (pollution, surexploitation, inondation, sécheresse), l’explosion démographique de l’Afrique, le retour de la guerre qui, même si l’on privilégie la règle du « chacun pour soi » pour se protéger, obligent à y faire face pour trouver des solutions pour tous que personne ne trouvera seul.

Des réfugiés somaliens et des habitants de la région dansent lors des célébrations de la Journée mondiale des réfugiés à Mirqaan, en Éthiopie, en juin 2023. © HCR/Diana Diaz

Cela ne remet pas en cause la légitimité démocratique que se donnent les peuples et les Nations, mais cela doit les conduire à contribuer à l’assurance vie humanitaire pour tous comme pour chacun. Et, pour pousser la logique jusqu’au bout, cela n’est-il pas juste pour tous les régimes possibles responsables de leur population !

L’éthique de conviction rejoint ici l’éthique de responsabilité. Alors ne tirer pas sur l’ambulance humanitaire.

Je vous remercie pour votre soutien à la revue Défis Humanitaires (faireundon).

Alain Boinet.

PS1/ Si vous avez un exemple d’action humanitaire positive, vous pouvez nous adresser votre témoignage que nous publierons ou utiliserons dans un prochain article. Merci. A envoyer à : contact@defishumanitaires.com

PS2/ Défis Humanitaires remercie les auteurs des articles et entretiens publiés dans cette édition dans le cadre de notre politique éditoriale sans que notre revue endosse tous les points de vue exprimés.

Aide humanitaire mondiale 2021 : les chiffres et les tendances

Le Global Humanitarian Assistance Report est publié depuis maintenant plus de 20 ans par Development Initiatives.

Grâce à des données précises et nombreuses, il dresse un tableau détaillé de l’aide humanitaire internationale. Vous retrouverez ici un résumé de 4 des 5 chapitres de ce rapport, le dernier portant sur la méthodologie.

Bonne lecture !


Retrouvez ici l’accès au PDF du rapport complet de Development Initiatives.

Vous retrouverez les résumés des GHAR 2018, 2019 et 2020 sur le site de Défis Humanitaires, dans la rubrique « Études » .


Chapitre 1: Population et Crises

Ce premier chapitre dresse un bilan de l’étendue de la pauvreté dans le monde en 4 points. Le message central est que la pandémie a conjointement aggravé les besoins existants et alimenté de nouvelles crises dans des pays qui n’avaient pas besoin d’aide humanitaire, augmentant le volume total de l’aide nécessaire.

Nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté dans les États fragiles et/ou les pays à haut risque d’impact du Covid-19, 2010 vs 2020

Sources : Development Initiatives à partir du PovcalNet de la Banque mondiale, des sources nationales, du INFORM Index for COVID Risk et de l’OCDE.

  • Les personnes vivant dans l’extrême pauvreté sont de plus en plus concentrées dans des pays fragiles et à haut risque face aux impacts du Covid-19. En 2020, 66 % des personnes vivant dans l’extrême pauvreté (moins de 1.90 $ / jour) vivaient également dans un des 52 pays qualifiés de fragiles par le rapport alors qu’ils étaient 40% en 2010. La réduction de la pauvreté progresse globalement mais est très inégale et a augmenté de 8 % dans les États fragiles.

 

  • L’insécurité alimentaire aiguë affecte de manière disproportionnée les plus pauvres et a été stimulée par la pandémie. Le rapport estime ainsi que plus de 80 % des personnes vivant dans des zones en proie à une grave insécurité alimentaire vivent en dessous du seuil de pauvreté international (3,20 $ / jour).

 

  • La pandémie de Covid-19 exacerbe les crises humanitaires, avec plus de personnes dans plus de pays touchés. La pandémie a aggravé les crises existantes mais a aussi été le principal moteur des besoins humanitaires dans certains pays comme l’Iran. Le rapport estime que 243,8 millions de personnes vivant dans 75 pays ont été évaluées comme ayant besoin d’une aide humanitaire (224.9 millions dans 65 pays en 2019). Un nombre élevé de personnes dans le besoin est resté concentré dans un petit nombre de pays : plus de la moitié des personnes dans le besoin en 2021 vivaient dans seulement neuf pays.

 

  • Le nombre de personnes déplacées a augmenté pour la neuvième année consécutive pour atteindre 82,1 millions (+ 3,4 %). En 2020, 10 pays ont accueilli 54% des personnes déplacées, une proportion similaire à 2019. Beaucoup de personnes déplacées se trouvent dans des situations de déplacement durable sans possibilité de retour en toute sécurité chez elles.
    • 58 % étaient des personnes déplacées de force à l’intérieur du pays ;
    • 32% étaient des réfugiés (26,3 millions) ;
    • 5,1% étaient des demandeurs d’asile (4,2 millions) ;
    • 4,4 % (3,6 millions) étaient des Vénézuéliens déplacés à l’étranger.

20 pays avec les plus grandes populations déplacées de force et le risque d’impacts de Covid-19, 2019 et 2020

Sources : Development Initiatives à partir des données du HCR, de l’UNRWA, de l’Indice de gestion des risques (INFORM) et du Centre de surveillance des déplacements internes (IDMC).

Le rapport fait également deux constats :

  • Les femmes et les filles dans les zones de conflit sont deux fois plus susceptibles de faire l’expérience de violence genrée. Cet écart risque d’augmenter avec la pandémie. L’ONU estime à 13 millions le nombre de mariages précoces d’enfants entre 2020 et 2030 en raison de la pandémie.
  • La disponibilité et la livraison des vaccins contre le covid n’ont pas été équitables et les pays connaissant une crise prolongée ont certains des taux de couverture vaccinale à dose unique les plus bas au monde (2,4% contre 12,5% dans les autres pays en développement couverts par le dispositif COVAX).

 

Chapitre 2 : Le financement de l’humanitaire et des crises au sens large

Dans ce chapitre, le rapport souligne qu’en 2020 les besoins humanitaires mondiaux ont augmenté plus rapidement que jamais, alors que la croissance de l’aide humanitaire est au point mort. Les volumes de l’aide humanitaire internationale n’avaient pourtant cessé d’augmenter au cours des années 2012 à 2018 (12% par an en moyenne), culminant en 2018 à 31,3 milliards de $.

 Aide humanitaire internationale de 2016 à 2020

Sources : Development Initiatives à partir des données du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE, le Service de suivi financier (FTS) de l’OCHA, Fonds central d’intervention d’urgence des Nations Unies (CERF) et de données pour les contributions privées.

Les besoins de financement par des appels coordonnés par les Nations Unies suivaient également une augmentation continue (+90% par rapport à 2015). Toutefois, les financements effectifs ont baissé pour la première fois en 5 ans. Sur les 38.8 milliards de $ demandés, 18.8 milliards (dont 5.7 liés au covid) n’ont pas été financés, contre 11.1 milliards en 2019.

Sur les 55 appels de 2020, seuls 7 ont reçu 75 % ou plus du financement requis. Le nombre d’appels avec moins d’un quart des besoins de financement satisfaits s’est considérablement aggravé en 2020, avec 17 appels bénéficiant d’une couverture inférieure à 25 %. En 2019, aucun appel n’a été financé à moins de 25 %.

 Financement et besoins non satisfaits, appels coordonnés des Nations Unies, 2011-2020

Sources : Development Initiatives à partir des données du FTS d’OCHA et de l’UNHCR

Les appels coordonnés par les Nations Unies ne représentent pas tous les besoins; des financements importants sont donc accordés en dehors des appels. Ainsi, en 2020, les besoins de la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) ont fortement augmenté, atteignant un niveau record dépassant le milliard, tandis que le déficit de financement a continué de se creuser (couverture de 58%).

Par ailleurs, le rôle des acteurs du développement au sens large est de plus en plus important et les pays en situation de crise reçoivent désormais beaucoup plus de fonds de développement que de fonds humanitaires.

L’Aide Publique au Développement (APD) reçue par les pays en crise est ainsi passée de 47 % de l’APD totale en 2010 (51 milliards de $) à 65 % en 2019 (94 milliards de $). La proportion de l’APD déclarée comme aide humanitaire a doublé, passant de 15 % en 2010 (7,6 milliards de $) à 29 % en 2019 (27,2 milliards de $).

Aide Publique au Développement (APD) des banques multilatérales de développement aux 20 principaux bénéficiaires de l’aide humanitaire, 2010-2019

Sources : Development Initiatives à partir des données de l’OCDE

Les banques multilatérales de développement (BMD) sont devenues de plus en plus actives en contextes de crise, fournissant des volumes croissants d’APD vers les pays en crise.

Les décaissements des BMD aux 20 plus grands bénéficiaires de l’aide humanitaire ont doublé depuis 2014, passant de 5,4 milliards de dollars à plus de 10,7 milliards de $ en 2019. Cependant, la part des décaissements sous forme de subventions (grants) a réduit significativement au profit des prêts (loans).

Pour la réponse à l’épidémie, le financement total des BMD a atteint 120 milliards de $ en avril 2021 à 95 % sous forme de prêts. Le FMI a été le plus gros contributeur engageant jusqu’à présent 50,4 milliards de dollars.

Enfin, le volume total de l’APD dont l’objectif principal est la réduction des risques de catastrophe est passé de 1,4 milliard de $ en 2018 à 1,9 milliard de $ en 2019.

 

Chapitre 3 : Donateurs et bénéficiaires de financements humanitaires et des crises au sens larges

Ce troisième chapitre pose le constat principal que la plupart des donateurs gouvernementaux ont augmenté leurs contributions en 2020, mais des réductions importantes de la part d’un petit nombre de donateurs clés ont provoqué la stagnation de l’aide globale.

Le volume de l’aide humanitaire internationale des 20 plus grands donateurs publics en 2020 s’est stabilisé à 23,1 milliards de $. Comme les années précédentes, les 20 plus grands donateurs publics en 2020 ont contribué à 96 % de l’ensemble allocations d’aide humanitaire internationale. Les trois plus grands les donateurs (USA, Allemagne et  Royaume-Uni) représentaient 61 % du total contributions des donateurs.

20 principaux donateurs publics d’aide humanitaire en 2020 et variation en pourcentage par rapport à 2019

Sources : Development Initiatives à partir des données du CAD de l’OCED, du FTS de l’OCHA et du CERF.

Les donateurs apportant les contributions les plus importantes au Covid-19 ont été les États-Unis, l’Allemagne et le Japon.

Il convient également de noter que de nombreux pays donateurs ont également accueilli des exilés et que la plupart des dépenses des gouvernements à l’intérieur de leurs propres frontières ne sont pas comptabilisées. Durant l’année précédente, trois pays représentaient près des deux tiers de toutes les dépenses d’accueil de réfugiés dans le pays : l’Allemagne (29 %), les États-Unis (21 %) et la France (13 %).

Un autre indicateur important mis en avant dans ce chapitre est la proportion du revenu national brut (RNB) consacrée à l’aide humanitaire internationale car il reflète l’importance des dépenses humanitaires par rapport à la taille de l’économie d’un pays. Dans ce cadre, cinq donateurs ont fourni plus de 0,1 % du RNB sous forme d’aide humanitaire internationale en 2020, comme le montre l’infographie suivante.

20 donateurs fournissant le plus d’aide humanitaire en pourcentage du RNB, 2020

Sources : Development Initiatives à partir des données du CAD de l’OCDE, du FTS de l’OCHA, du CERF, de la Banque mondiale et du FMI.

La proportion du financement privé total provenant des particuliers continue de croître. Ainsi, en 2019, l’aide humanitaire internationale provenant de donateurs privés a augmenté de 9 %, passant de 6,2 milliards de dollars US en 2018 à un record de 6,8 milliards de $ en 2019.

Sources d’aide humanitaire internationale privée, 2015-2019

Sources : Development Initiatives à partir des données de GHA

Si l’aide humanitaire internationale totale a stagné, 112 pays ont reçu plus de 5 millions $ d’aide humanitaire alors qu’ils étaient 69 pays en 2019. Une des explications est que les 10 plus grands bénéficiaires ont reçu 57 % de tous les financements soit 13,3 milliards de $ (-11%) en 2020 alors qu’ils en avaient reçu 66 % (15 milliards) en 2019.

De plus, 1,3 milliard de $ ayant été fournis pour répondre à la pandémie ces pays ont en réalité reçu 12,0 milliards de $ pour d’autres besoins humanitaires préexistants ou émergents en 2020, soit 3,0 milliards de $ de moins qu’en 2019.

Dans l’ensemble, les pays ne figurant pas parmi les 10 principaux bénéficiaires ont reçu plus de financement en 2020 qu’en 2019, mais moins si on retire ceux destinés à la lutte contre le Covid-19.

 

10 principaux bénéficiaires de l’aide humanitaire internationale, 2019-2020

Sources : Development Initiatives à partir des données du FTS

 

CHAPITRE 4 : Financements pour l’efficacité

D’après ce chapitre, l’aide humanitaire internationale aurait été globalement fournie de la même manière en 2019 que durant les années précédentes : les organisations multilatérales ont reçu la majeure partie de leur financement de donateurs publics, et les ONG des donateurs privés.

Les canaux d’acheminement de l’aide humanitaire internationale en 2019

Source : Development Initiatives à partir des données du CAD, du FTS, du CERF et de Development Initiatives

Les acteurs locaux et nationaux sont souvent les premiers à répondre aux crises, notamment depuis la pandémie de Covid-19 et les restrictions d’accès engendrées. Les engagements pris lors du Grand Bargain, un accord entre les plus grands donateurs et agences humanitaires en 2016, prévoyait l’objectif mondial de 25 % de l’aide humanitaire internationale totale transférée aux acteurs locaux et nationaux d’ici 2020. Depuis, si les volumes absolus d’aide humanitaire internationale transmise directement aux intervenants locaux et nationaux ont augmenté, leur ampleur est très loin des attentes.

 

Financement direct aux acteurs locaux et nationaux en % du financement total

Source : Development Initiatives à partir des données du FTS

Les fonds communs sont une part de plus en plus importante du financement humanitaire en raison de leur réactivité et flexibilité. Ils se composent des CERF (Central Emergency Response Fund – Fonds central d’intervention d’urgence) et des CBPF (Country-based pooled fund – fonds communs par pays). Les contributions aux fonds communs des Nations Unies ont fortement chuté en 2020 retombant à 1,5 milliard $ alors qu’elles avaient été atteint le record de 1,8 milliard $ en 2019.

Il convient cependant de noter que la proportion de financement des CBPF aux organisations nationales continue de croître malgré la diminution absolue des CBPF.

 

 

Volume des financement des CBPFs et des CERF

Source : Development Initiatives à partir des données CBPFs de l’OCHA et CERF de l’ONU

Les « quality fund » (financements pluriannuels et non affectés par rapport au financement total) sont une autre option plébiscitée lors du Grand Bargain. Ils devaient représenter 30% de l’aide humanitaire internationale d’ici 2020. S’ils ont augmenté de manière significative en volume en 2020, ils restent, en proportion du financement total, inférieurs aux niveaux de 2016.

Financement des 9 agences de l’ONU et la proportion des financements non affectés sur le total

Source : Development Initiatives à partir des données des agences de l’ONU

Le financement pluriannuel est, selon le Grand Bargain, un financement qui dure 24 mois ou plus à compter de la date de début de l’accord de financement initial. Cette méthode de financement fournit aux agences d’exécution des niveaux de ressources prévisibles qui peuvent permettre des gains d’efficience et d’efficacité, en leur permettant de planifier à l’avance.

15 donateurs, qui ont fourni 84 % de l’aide humanitaire totale des gouvernements en 2020, ont alloué 42 % (6,5 milliards de dollars US) de leur financement humanitaire sur plusieurs années en 2020 contre 50 % (7,3 $ US milliards) en 2019.

Enfin, le volume de l’aide humanitaire en espèces et en bons (CVA) a continué de croître en 2020 dans tous les types d’organisations. Cette méthode pouvant être mise en place rapidement dans les zones adaptées a souvent été la modalité choisie pour répondre à la pandémie de Covid-19.

 

 

Financement total de l’aide humanitaire en espèces et en bons, 2015-2020

Source : Development Initiatives à partir des données du FTS et Cash Learning Partnership


Pour résumer voici les principales tendances de 2020 à retenir :

– Les besoins humanitaires sont croissants : 243,8 millions de personnes vivant dans 75 pays ont été évaluées comme ayant besoin d’une aide humanitaire. La pandémie de Covid-19 exacerbe et crée des crises humanitaires.

– Alors que les besoins humanitaires mondiaux ont augmenté plus rapidement que jamais, la croissance de l’aide humanitaire est au point mort. Le taux de couverture des appels baisse.

– La plupart des donateurs gouvernementaux ont augmenté leurs contributions en 2020, mais des réductions importantes de la part d’un petit nombre de donateurs clés ont provoqué la stagnation de l’aide globale. Dans l’ensemble, les pays ont reçu moins de financement en 2020 qu’en 2019, notamment si on retire ceux destinés à la lutte contre le Covid-19.

– La structure de l’aide humanitaire internationale reste la même : les organisations multilatérales ont reçu la majeure partie de leur financement de donateurs publics, et les ONG des donateurs privés. Les engagements sur le financement pris lors du Grand Bargain sont loin d’être atteints.

Rodolphe Rouyer

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