
Il y a aujourd’hui 120 millions de réfugiés et déplacés forcés dans le monde, soit une personne sur 69 représentants 1,5% de la population mondiale, selon le HCR !
En 2002, ils étaient 32,9 millions.
En 2012, ils étaient 45,2 millions.
En 2017, ils étaient 68,5 millions.
En 2021, ils étaient 89,3 millions d’exilés forcés par la guerre et catastrophes.
A ce rythme, combien seront-ils demain ?
Si l’on considère certaines des grandes tendances à l’œuvre sur notre terre, pauvreté extrême, catastrophes, conflictualité et si l’on veut juste être réaliste, il y a urgence à se préparer à secourir un nombre grandissant de victimes de la guerre, des catastrophes et épidémies.
La raison d’être humanitaire est de sauver des vies. Les guerres actuelles, comme en Ukraine, à Gaza ou au Soudan se caractérise par leur intensité, leur multiplication, leur durée et elle touche principalement les populations civiles qui alimentent le flot des déplacés forcés et de réfugiés toujours plus nombreux.
Ce thermomètre de la fièvre mondiale est un indicateur clef des souffrances humaines tout autant que des déstabilisations qu’elle entraine par effet dominos, pour finalement échouer sur les plages de la manche ou de la méditerranée.
Si c’est une question humanitaire urgente, c’est aussi une question politique qui ne peut se satisfaire de l’échec !
L’attaque Russe en Ukraine le 24 février 2022 entraine la remise en cause des frontières par un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations-Unies. C’est un exemple qui en inspirera d’autres. C’est d’ailleurs ce qu’a fait l’Azerbaïdjan en chassant par la force des armes 100.000 arméniens de leur terre ancestrale du Haut-Karabakh en septembre 2023.
C’est le risque encouru aujourd’hui en Géorgie, après avoir déjà perdu l’Ossétie du Sud et l’Abkhasie. L’attaque meurtrière du Hamas le 7 octobre contre la population israélienne a eu pour conséquence de déclencher une guerre dont on mesure avec effroi les conséquences terrifiantes pour la population civile palestinienne à Gaza.
La mondialisation a laissé la place à un monde multipolaire désaccordé sur ses valeurs et ses intérêts et sur une compétition féroce.
Or, au moment même ou l’aide humanitaire est sollicité de toute part par un nombre grandissant de crises et de victimes, on lui demande de plus en plus de tout faire alors que les moyens financiers manquent cruellement et que l’accès aux populations en danger devient plus difficile et dangereux.

La preuve ? Cette année, les Nations-Unies avec OCHA et ses partenaires ont identifiés 300 millions d’êtres humains en danger à secourir. Résultat, on en a seulement sélectionné 180 millions dignes de recevoir une aide. Et encore n’est -on même pas sûr d’y parvenir puisqu’il manque, au moment ou j’écris ces lignes, au moins 80% des financements indispensables, soit au total 46,4 milliards de dollars cette année. Et que vont devenir les 120 millions d’êtres humains recalés ? Qui s’en préoccupe ?
N’est-ce pas tout simplement honteux dans un monde qui compte environ 95.000 milliards de capitalisation boursière !
Alors, disons les choses nettement. Si l’aide humanitaire est une assurance pour chaque vie en danger, elle est aussi une assurance vitale pour tout le monde. Moins d’action humanitaire, c’est plus de déplacés forcés, de désespoir, de radicalisation, de mouvements migratoires plus massifs et incontrôlés et de foyers qui s’enveniment au risque d’exploser à leur tour.
A un moment ou les anciens empires aspirent à le redevenir, où les nations veulent se protéger, la lucidité et l’expérience nous apprennent qu’il existe en ce début de 21ème siècle des risques mondiaux comme le dérèglement climatique, la crise de l’eau (pollution, surexploitation, inondation, sécheresse), l’explosion démographique de l’Afrique, le retour de la guerre qui, même si l’on privilégie la règle du « chacun pour soi » pour se protéger, obligent à y faire face pour trouver des solutions pour tous que personne ne trouvera seul.

Cela ne remet pas en cause la légitimité démocratique que se donnent les peuples et les Nations, mais cela doit les conduire à contribuer à l’assurance vie humanitaire pour tous comme pour chacun. Et, pour pousser la logique jusqu’au bout, cela n’est-il pas juste pour tous les régimes possibles responsables de leur population !
L’éthique de conviction rejoint ici l’éthique de responsabilité. Alors ne tirer pas sur l’ambulance humanitaire.
Je vous remercie pour votre soutien à la revue Défis Humanitaires (faireundon).
Alain Boinet.
PS1/ Si vous avez un exemple d’action humanitaire positive, vous pouvez nous adresser votre témoignage que nous publierons ou utiliserons dans un prochain article. Merci. A envoyer à : contact@defishumanitaires.com
PS2/ Défis Humanitaires remercie les auteurs des articles et entretiens publiés dans cette édition dans le cadre de notre politique éditoriale sans que notre revue endosse tous les points de vue exprimés.

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