Allo… les Talibans…vous nous entendez ?

Martin Griffiths, Secrétaire général adjoint des Nations-Unies en charge de l’humanitaire (OCHA), lors d’une réunion à Kaboul avec la direction des Talibans

Cet article constitue la seconde partie de l’éditorial précédent « L’Afghanistan des Talibans et nous ». Ce dernier mettait en exergue certains des motifs de l’échec occidental dans ce pays, sanctionné par la victoire des Talibans.

Cet éditorial invitait également à anticiper les défis communs à l’Afghanistan des Talibans comme à la communauté des Etats Nations à l’ONU : défis humanitaire et économique, défis des droits humains et de la représentativité, défis du terrorisme, défis de la drogue et défis géopolitique.

Aujourd’hui, il s’agit d’interpeler les Talibans. Que voulez-vous vraiment ? Votre représentant à Doha, Suhail Shaheen, a récemment déclaré « Personne n’a intérêt à affaiblir l’Afghanistan «. Mais les Talibans auraient-ils intérêt à s’isoler eux-mêmes, tant vis-à-vis de la diversité afghane que sur la scène internationale ?

Il y a peu encore, les trois-quarts des ressources du gouvernement afghan précédant provenaient de l’aide internationale. Celle-ci a brusquement cessée avec le gel des avoirs et l’interruption de toute aide au développement dans un pays pauvre affecté par la sécheresse et les conséquences d’un conflit de plus de 40 ans ! Comment les Talibans comptent-ils faire pour faire face à cette crise majeure et assumer politiquement les responsabilités qu’ils ont prises par les armes.

L’Afghanistan sur la pente d’un effondrement économique et d’une catastrophe humanitaire.

L’Afghanistan est engagé sur la pente d’un effondrement économique annoncé et d’une catastrophe humanitaire qui menace au point qu’il parait indécent de parler de ce pays en oubliant ce drame qui touche toute la population et particulièrement, selon les Nations-Unies, 18 millions d’hommes, de femmes et d’enfants, de familles, qui ne mangent pas à leur faim et qui sont menacés de famine alors que l’hiver toujours rigoureux approche.

Une famille prend un repas chez elle à Mazar, en Afghanistan, le 15 septembre 2021. Le Programme alimentaire mondial aide les personnes déplacées et les familles vulnérables avec de la nourriture et de l’argent. @WFP/Arete

Le système sanitaire est au bord de l’effondrement. Déjà 2000 structures de soins ont fermé par manque de salaires pour 23.000 agents de santé dont 7000 femmes, selon Alexander Matheou de la FICR.

Selon Richard Trenchaut de la FAO, la sécheresse menace les moyens d’existence de 7 millions d’agriculteurs et d’éleveurs qui constituent l’épine dorsale de l’économie de ce pays. La distribution de semences est d’une extrême urgence en octobre pour permettre la récolte du blé d’hiver.

 Selon le PAM et l’UNICEF, la situation des enfants est spécialement critique pour la moitié des moins de 5 ans, soit 3, 2 millions de filles et garçons qui risquent d’être rapidement victimes de malnutrition sévère.

C’est ainsi, lors de la récente réunion à Doha entre les Talibans, les Etats-Unis, l’Union Européenne et plusieurs Etats-membres dont la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission Européenne, a annoncé une aide de 1 milliard d’euros pour « éviter une catastrophe humanitaires » et « un effondrement des services de base ». La France, par la voix de Jean-Yves Le Drian, avait déjà annoncée une aide de 100 millions d’euros dès le 13 septembre. C’est bien car l’aide humanitaire n’est jamais négociable au nom du principe d’humanité.

Encore faut-il que les Talibans au pouvoir permettent et facilitent l’accès de cette aide dans la durée partout dans le pays, sans restriction, et qu’ils en assurent la sécurité dans le respect des principes humanitaires dont l’impartialité des secours et la liberté d’évaluer, de secourir et d’en rendre compte.

Toute aide humanitaire entraine des évaluations avec les populations pour secourir les plus vulnérables en priorité. @Solidarités International

Les Talibans devraient prendre des engagements officiels clairs à ce sujet et les faire connaître. La crise humanitaire et économique pourrait provoquer l’exil forcé d’innombrables afghans.

Sur le plan de l’aide au développement, celle-ci sera certainement assujetties à des considérations politiques et à l’existence de services publics compétents. En attendant, je suggèrerai que l’on amplifie immédiatement et à grande échelle les programmes humanitaires de type Nexus Urgence-Développement qui permettraient d’engager un soutien massif à l’agriculture, à l’élevage et aux services de base dans tous les domaines partout dans le pays.

La pierre angulaire des droits humains et de la représentativité.

Pour contrer les manifestations de femmes à Kaboul, les Talibans ont eu l’idée d’organiser une parodie de contre-manifestation de femmes Talibans dans un amphithéâtre où elles étaient toutes habillées de la même burqa d’un gris sinistre tel un uniforme. Comme me l’a confié un ami afghan, on n’avait jamais vu ce type de vêtements féminins en Afghanistan. C’était une comédie sinistre et inquiétante.

Voilà une question pour les Talibans. Dans votre pays, les femmes ne sont-elles pas afghanes, musulmanes, mères de vos enfants. Les femmes n’ont-elles pas aussi subi les effets dévastateurs de la guerre depuis plus de 40 ans, de multiples privations tout en nourrissant des enfants nombreux. Beaucoup d’entre elles ont perdu leur mari à la guerre et ont dû faire face à l’adversité.

Elles ont droit au respect et à la considération. Et l’Afghanistan a un grand besoin de femmes pour soigner des femmes particulièrement. L’Afghanistan a un grand besoin d’elles pour l’éducation des filles afin de participer activement au développement indispensable d’un pays parmi les plus pauvres au monde.

Les Talibans ont fait beaucoup de déclarations et de promesses qu’il s’agit maintenant de tenir pour être crédibles. Soyons aussi réalistes. Dans un pays majoritairement rural, le travail des femmes, comme des hommes, s’exercent d’abord dans les champs pour produire le pain quotidien.

Enfin, malgré les divisions profondes inhérentes à la guerre, les Talibans veulent-ils rechercher l’unité nationale et par conséquent assurer une représentativité de la diversité notamment ethnique.  N’est-ce-pas la condition d’une paix civile durable.

La guerre contre le terrorisme et contre la drogue.

Les attentats de Daech ou Etat Islamique au Khorassan le 30 aout à l’aéroport de Kaboul, puis le 8 octobre à Kunduz et le 15 à Kandahar contre des mosquées chiites à l’heure de la prière remettent en cause la capacité des Talibans à tenir leur principale promesse, celle de la sécurité. D’autres attentats pourraient encore avoir lieu.

Afghanistan, Attentat de kamikazes revendiqué par Daech contre la mosquée chiite Fatemieh à Kandahar à l’heure de la prière le 15 octobre faisant plus de 40 morts et de 70 blessés. @UPI / Alamy Banque D’Images

Si les Talibans combattent bien Daech en Afghanistan, en revanche, il ne semble pas y avoir de condamnation forte et sans équivoque à l’encontre de ce terrorisme qui a déjà tué 600 Afghans. Si les experts considèrent que les Talibans n’ont jamais eu d’agenda terroriste international, cette position assumée et affirmée aurait un fort retentissement, alors pourquoi attendre ? De même, la neutralisation d’Al-Qaida qui a fait le malheur de l’Afghanistan après la destruction du World Trade Center, relève du simple réalisme politique et de l’intérêt du pays.

En 2020, la production d’opium a été de 6300 tonnes en Afghanistan. @Davrik

De même qu’une déclaration de la décision d’éradiquer la production de pavot, d’opium et d’héroïne en faisant appel à un vaste programme de soutien international pour des cultures de substitution, aurait un réel impact. Cela pourrait traduire l’intention, malgré les difficultés, de mettre en place un Etat vertueux, représentatif, responsable et crédible.

Conclusion provisoire.   

Que veulent les Talibans ? Que peuvent les Talibans ?  Il faut certainement du temps dans ce pays, mais c’est dès le début qu’une direction est donnée et décide pour beaucoup de l’avenir.

Les 6 défis sont bien là pour illustrer les responsabilités des Talibans :

  • Faciliter l’accès et la sécurité des secours humanitaires partout où cela est urgent dans le pays et soutenir l’agriculture et l’élevage et les services publics essentiels.
  • Remettre en place une administration à même de faire face à la crise économique avec des cadres et experts compétents et intègres.
  • Mobiliser les femmes notamment pour la santé, l’éducation, la crise humanitaire et économique et concrétiser une politique de réconciliation nationale.
  • Condamner sans équivoque et lutter contre le terrorisme.
  • Engager l’éradication du pavot et mobiliser des productions de substitution avec une aide internationale.
  • Ne pas s’isoler sur le plan géopolitique et, pourquoi pas, redevenir un pays « libre, neutre et non aligné », un Etat tampon indépendant et stable pour ses voisins.
Antonio Guterres, Secrétaire Général de l’ONU.

Concluons en citant le Secrétaire Général de l’ONU, M. Antonio Guterres : « Le monde entier paiera un lourd tribut s’il n’aide pas les Afghans à surmonter cette crise. Sans nourriture, sans emploi, sans protection de leurs droits, nous verrons de plus en plus d’Afghans fuir leurs foyers à la recherche d’une vie meilleure. Le flux de drogues illicites, de réseaux criminels et terroristes augmentera également probablement. Cela affectera non seulement gravement l’Afghanistan, mais aussi la région et le reste du monde ».

 

Alain Boinet.

Aide humanitaire mondiale 2021 : les chiffres et les tendances

Le Global Humanitarian Assistance Report est publié depuis maintenant plus de 20 ans par Development Initiatives.

Grâce à des données précises et nombreuses, il dresse un tableau détaillé de l’aide humanitaire internationale. Vous retrouverez ici un résumé de 4 des 5 chapitres de ce rapport, le dernier portant sur la méthodologie.

Bonne lecture !


Retrouvez ici l’accès au PDF du rapport complet de Development Initiatives.

Vous retrouverez les résumés des GHAR 2018, 2019 et 2020 sur le site de Défis Humanitaires, dans la rubrique « Études » .


Chapitre 1: Population et Crises

Ce premier chapitre dresse un bilan de l’étendue de la pauvreté dans le monde en 4 points. Le message central est que la pandémie a conjointement aggravé les besoins existants et alimenté de nouvelles crises dans des pays qui n’avaient pas besoin d’aide humanitaire, augmentant le volume total de l’aide nécessaire.

Nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté dans les États fragiles et/ou les pays à haut risque d’impact du Covid-19, 2010 vs 2020

Sources : Development Initiatives à partir du PovcalNet de la Banque mondiale, des sources nationales, du INFORM Index for COVID Risk et de l’OCDE.

  • Les personnes vivant dans l’extrême pauvreté sont de plus en plus concentrées dans des pays fragiles et à haut risque face aux impacts du Covid-19. En 2020, 66 % des personnes vivant dans l’extrême pauvreté (moins de 1.90 $ / jour) vivaient également dans un des 52 pays qualifiés de fragiles par le rapport alors qu’ils étaient 40% en 2010. La réduction de la pauvreté progresse globalement mais est très inégale et a augmenté de 8 % dans les États fragiles.

 

  • L’insécurité alimentaire aiguë affecte de manière disproportionnée les plus pauvres et a été stimulée par la pandémie. Le rapport estime ainsi que plus de 80 % des personnes vivant dans des zones en proie à une grave insécurité alimentaire vivent en dessous du seuil de pauvreté international (3,20 $ / jour).

 

  • La pandémie de Covid-19 exacerbe les crises humanitaires, avec plus de personnes dans plus de pays touchés. La pandémie a aggravé les crises existantes mais a aussi été le principal moteur des besoins humanitaires dans certains pays comme l’Iran. Le rapport estime que 243,8 millions de personnes vivant dans 75 pays ont été évaluées comme ayant besoin d’une aide humanitaire (224.9 millions dans 65 pays en 2019). Un nombre élevé de personnes dans le besoin est resté concentré dans un petit nombre de pays : plus de la moitié des personnes dans le besoin en 2021 vivaient dans seulement neuf pays.

 

  • Le nombre de personnes déplacées a augmenté pour la neuvième année consécutive pour atteindre 82,1 millions (+ 3,4 %). En 2020, 10 pays ont accueilli 54% des personnes déplacées, une proportion similaire à 2019. Beaucoup de personnes déplacées se trouvent dans des situations de déplacement durable sans possibilité de retour en toute sécurité chez elles.
    • 58 % étaient des personnes déplacées de force à l’intérieur du pays ;
    • 32% étaient des réfugiés (26,3 millions) ;
    • 5,1% étaient des demandeurs d’asile (4,2 millions) ;
    • 4,4 % (3,6 millions) étaient des Vénézuéliens déplacés à l’étranger.

20 pays avec les plus grandes populations déplacées de force et le risque d’impacts de Covid-19, 2019 et 2020

Sources : Development Initiatives à partir des données du HCR, de l’UNRWA, de l’Indice de gestion des risques (INFORM) et du Centre de surveillance des déplacements internes (IDMC).

Le rapport fait également deux constats :

  • Les femmes et les filles dans les zones de conflit sont deux fois plus susceptibles de faire l’expérience de violence genrée. Cet écart risque d’augmenter avec la pandémie. L’ONU estime à 13 millions le nombre de mariages précoces d’enfants entre 2020 et 2030 en raison de la pandémie.
  • La disponibilité et la livraison des vaccins contre le covid n’ont pas été équitables et les pays connaissant une crise prolongée ont certains des taux de couverture vaccinale à dose unique les plus bas au monde (2,4% contre 12,5% dans les autres pays en développement couverts par le dispositif COVAX).

 

Chapitre 2 : Le financement de l’humanitaire et des crises au sens large

Dans ce chapitre, le rapport souligne qu’en 2020 les besoins humanitaires mondiaux ont augmenté plus rapidement que jamais, alors que la croissance de l’aide humanitaire est au point mort. Les volumes de l’aide humanitaire internationale n’avaient pourtant cessé d’augmenter au cours des années 2012 à 2018 (12% par an en moyenne), culminant en 2018 à 31,3 milliards de $.

 Aide humanitaire internationale de 2016 à 2020

Sources : Development Initiatives à partir des données du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE, le Service de suivi financier (FTS) de l’OCHA, Fonds central d’intervention d’urgence des Nations Unies (CERF) et de données pour les contributions privées.

Les besoins de financement par des appels coordonnés par les Nations Unies suivaient également une augmentation continue (+90% par rapport à 2015). Toutefois, les financements effectifs ont baissé pour la première fois en 5 ans. Sur les 38.8 milliards de $ demandés, 18.8 milliards (dont 5.7 liés au covid) n’ont pas été financés, contre 11.1 milliards en 2019.

Sur les 55 appels de 2020, seuls 7 ont reçu 75 % ou plus du financement requis. Le nombre d’appels avec moins d’un quart des besoins de financement satisfaits s’est considérablement aggravé en 2020, avec 17 appels bénéficiant d’une couverture inférieure à 25 %. En 2019, aucun appel n’a été financé à moins de 25 %.

 Financement et besoins non satisfaits, appels coordonnés des Nations Unies, 2011-2020

Sources : Development Initiatives à partir des données du FTS d’OCHA et de l’UNHCR

Les appels coordonnés par les Nations Unies ne représentent pas tous les besoins; des financements importants sont donc accordés en dehors des appels. Ainsi, en 2020, les besoins de la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) ont fortement augmenté, atteignant un niveau record dépassant le milliard, tandis que le déficit de financement a continué de se creuser (couverture de 58%).

Par ailleurs, le rôle des acteurs du développement au sens large est de plus en plus important et les pays en situation de crise reçoivent désormais beaucoup plus de fonds de développement que de fonds humanitaires.

L’Aide Publique au Développement (APD) reçue par les pays en crise est ainsi passée de 47 % de l’APD totale en 2010 (51 milliards de $) à 65 % en 2019 (94 milliards de $). La proportion de l’APD déclarée comme aide humanitaire a doublé, passant de 15 % en 2010 (7,6 milliards de $) à 29 % en 2019 (27,2 milliards de $).

Aide Publique au Développement (APD) des banques multilatérales de développement aux 20 principaux bénéficiaires de l’aide humanitaire, 2010-2019

Sources : Development Initiatives à partir des données de l’OCDE

Les banques multilatérales de développement (BMD) sont devenues de plus en plus actives en contextes de crise, fournissant des volumes croissants d’APD vers les pays en crise.

Les décaissements des BMD aux 20 plus grands bénéficiaires de l’aide humanitaire ont doublé depuis 2014, passant de 5,4 milliards de dollars à plus de 10,7 milliards de $ en 2019. Cependant, la part des décaissements sous forme de subventions (grants) a réduit significativement au profit des prêts (loans).

Pour la réponse à l’épidémie, le financement total des BMD a atteint 120 milliards de $ en avril 2021 à 95 % sous forme de prêts. Le FMI a été le plus gros contributeur engageant jusqu’à présent 50,4 milliards de dollars.

Enfin, le volume total de l’APD dont l’objectif principal est la réduction des risques de catastrophe est passé de 1,4 milliard de $ en 2018 à 1,9 milliard de $ en 2019.

 

Chapitre 3 : Donateurs et bénéficiaires de financements humanitaires et des crises au sens larges

Ce troisième chapitre pose le constat principal que la plupart des donateurs gouvernementaux ont augmenté leurs contributions en 2020, mais des réductions importantes de la part d’un petit nombre de donateurs clés ont provoqué la stagnation de l’aide globale.

Le volume de l’aide humanitaire internationale des 20 plus grands donateurs publics en 2020 s’est stabilisé à 23,1 milliards de $. Comme les années précédentes, les 20 plus grands donateurs publics en 2020 ont contribué à 96 % de l’ensemble allocations d’aide humanitaire internationale. Les trois plus grands les donateurs (USA, Allemagne et  Royaume-Uni) représentaient 61 % du total contributions des donateurs.

20 principaux donateurs publics d’aide humanitaire en 2020 et variation en pourcentage par rapport à 2019

Sources : Development Initiatives à partir des données du CAD de l’OCED, du FTS de l’OCHA et du CERF.

Les donateurs apportant les contributions les plus importantes au Covid-19 ont été les États-Unis, l’Allemagne et le Japon.

Il convient également de noter que de nombreux pays donateurs ont également accueilli des exilés et que la plupart des dépenses des gouvernements à l’intérieur de leurs propres frontières ne sont pas comptabilisées. Durant l’année précédente, trois pays représentaient près des deux tiers de toutes les dépenses d’accueil de réfugiés dans le pays : l’Allemagne (29 %), les États-Unis (21 %) et la France (13 %).

Un autre indicateur important mis en avant dans ce chapitre est la proportion du revenu national brut (RNB) consacrée à l’aide humanitaire internationale car il reflète l’importance des dépenses humanitaires par rapport à la taille de l’économie d’un pays. Dans ce cadre, cinq donateurs ont fourni plus de 0,1 % du RNB sous forme d’aide humanitaire internationale en 2020, comme le montre l’infographie suivante.

20 donateurs fournissant le plus d’aide humanitaire en pourcentage du RNB, 2020

Sources : Development Initiatives à partir des données du CAD de l’OCDE, du FTS de l’OCHA, du CERF, de la Banque mondiale et du FMI.

La proportion du financement privé total provenant des particuliers continue de croître. Ainsi, en 2019, l’aide humanitaire internationale provenant de donateurs privés a augmenté de 9 %, passant de 6,2 milliards de dollars US en 2018 à un record de 6,8 milliards de $ en 2019.

Sources d’aide humanitaire internationale privée, 2015-2019

Sources : Development Initiatives à partir des données de GHA

Si l’aide humanitaire internationale totale a stagné, 112 pays ont reçu plus de 5 millions $ d’aide humanitaire alors qu’ils étaient 69 pays en 2019. Une des explications est que les 10 plus grands bénéficiaires ont reçu 57 % de tous les financements soit 13,3 milliards de $ (-11%) en 2020 alors qu’ils en avaient reçu 66 % (15 milliards) en 2019.

De plus, 1,3 milliard de $ ayant été fournis pour répondre à la pandémie ces pays ont en réalité reçu 12,0 milliards de $ pour d’autres besoins humanitaires préexistants ou émergents en 2020, soit 3,0 milliards de $ de moins qu’en 2019.

Dans l’ensemble, les pays ne figurant pas parmi les 10 principaux bénéficiaires ont reçu plus de financement en 2020 qu’en 2019, mais moins si on retire ceux destinés à la lutte contre le Covid-19.

 

10 principaux bénéficiaires de l’aide humanitaire internationale, 2019-2020

Sources : Development Initiatives à partir des données du FTS

 

CHAPITRE 4 : Financements pour l’efficacité

D’après ce chapitre, l’aide humanitaire internationale aurait été globalement fournie de la même manière en 2019 que durant les années précédentes : les organisations multilatérales ont reçu la majeure partie de leur financement de donateurs publics, et les ONG des donateurs privés.

Les canaux d’acheminement de l’aide humanitaire internationale en 2019

Source : Development Initiatives à partir des données du CAD, du FTS, du CERF et de Development Initiatives

Les acteurs locaux et nationaux sont souvent les premiers à répondre aux crises, notamment depuis la pandémie de Covid-19 et les restrictions d’accès engendrées. Les engagements pris lors du Grand Bargain, un accord entre les plus grands donateurs et agences humanitaires en 2016, prévoyait l’objectif mondial de 25 % de l’aide humanitaire internationale totale transférée aux acteurs locaux et nationaux d’ici 2020. Depuis, si les volumes absolus d’aide humanitaire internationale transmise directement aux intervenants locaux et nationaux ont augmenté, leur ampleur est très loin des attentes.

 

Financement direct aux acteurs locaux et nationaux en % du financement total

Source : Development Initiatives à partir des données du FTS

Les fonds communs sont une part de plus en plus importante du financement humanitaire en raison de leur réactivité et flexibilité. Ils se composent des CERF (Central Emergency Response Fund – Fonds central d’intervention d’urgence) et des CBPF (Country-based pooled fund – fonds communs par pays). Les contributions aux fonds communs des Nations Unies ont fortement chuté en 2020 retombant à 1,5 milliard $ alors qu’elles avaient été atteint le record de 1,8 milliard $ en 2019.

Il convient cependant de noter que la proportion de financement des CBPF aux organisations nationales continue de croître malgré la diminution absolue des CBPF.

 

 

Volume des financement des CBPFs et des CERF

Source : Development Initiatives à partir des données CBPFs de l’OCHA et CERF de l’ONU

Les « quality fund » (financements pluriannuels et non affectés par rapport au financement total) sont une autre option plébiscitée lors du Grand Bargain. Ils devaient représenter 30% de l’aide humanitaire internationale d’ici 2020. S’ils ont augmenté de manière significative en volume en 2020, ils restent, en proportion du financement total, inférieurs aux niveaux de 2016.

Financement des 9 agences de l’ONU et la proportion des financements non affectés sur le total

Source : Development Initiatives à partir des données des agences de l’ONU

Le financement pluriannuel est, selon le Grand Bargain, un financement qui dure 24 mois ou plus à compter de la date de début de l’accord de financement initial. Cette méthode de financement fournit aux agences d’exécution des niveaux de ressources prévisibles qui peuvent permettre des gains d’efficience et d’efficacité, en leur permettant de planifier à l’avance.

15 donateurs, qui ont fourni 84 % de l’aide humanitaire totale des gouvernements en 2020, ont alloué 42 % (6,5 milliards de dollars US) de leur financement humanitaire sur plusieurs années en 2020 contre 50 % (7,3 $ US milliards) en 2019.

Enfin, le volume de l’aide humanitaire en espèces et en bons (CVA) a continué de croître en 2020 dans tous les types d’organisations. Cette méthode pouvant être mise en place rapidement dans les zones adaptées a souvent été la modalité choisie pour répondre à la pandémie de Covid-19.

 

 

Financement total de l’aide humanitaire en espèces et en bons, 2015-2020

Source : Development Initiatives à partir des données du FTS et Cash Learning Partnership


Pour résumer voici les principales tendances de 2020 à retenir :

– Les besoins humanitaires sont croissants : 243,8 millions de personnes vivant dans 75 pays ont été évaluées comme ayant besoin d’une aide humanitaire. La pandémie de Covid-19 exacerbe et crée des crises humanitaires.

– Alors que les besoins humanitaires mondiaux ont augmenté plus rapidement que jamais, la croissance de l’aide humanitaire est au point mort. Le taux de couverture des appels baisse.

– La plupart des donateurs gouvernementaux ont augmenté leurs contributions en 2020, mais des réductions importantes de la part d’un petit nombre de donateurs clés ont provoqué la stagnation de l’aide globale. Dans l’ensemble, les pays ont reçu moins de financement en 2020 qu’en 2019, notamment si on retire ceux destinés à la lutte contre le Covid-19.

– La structure de l’aide humanitaire internationale reste la même : les organisations multilatérales ont reçu la majeure partie de leur financement de donateurs publics, et les ONG des donateurs privés. Les engagements sur le financement pris lors du Grand Bargain sont loin d’être atteints.

Rodolphe Rouyer

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