Paroles de lecteurs 

Anouchka Finker - CEO @ La Chaine de l'Espoir | LinkedInAnouchka Fincker

Directrice générale de La Chaîne de l’Espoir

Lectrice fidèle de Défis Humanitaires, je reconnais dans cette revue une qualité rare : celle d’associer le recul de la réflexion à la rigueur de l’expérience. Dans un secteur souvent absorbé par l’urgence, elle offre un espace de pensée qui relie le terrain, la diplomatie et la prospective.

Sa diversité de points de vue, la clarté de ses analyses et la fidélité à l’esprit d’engagement qui l’anime en font une ressource précieuse pour celles et ceux qui veulent comprendre avant d’agir. Elle a su préserver son indépendance de ton, et c’est sans doute là sa plus grande force.

 

Jean Launay

Président du Comité National de l’Eau, ancien président du Partenariat Français pour l’Eau (2016-2022)

Engagé sur le sujet de l’eau et de l’assainissement à la fois associativement par la présidence du Partenariat Français pour l’Eau de 2016 an 2022 et institutionnellement par la présidence du Comité National de l’Eau depuis 2012, la revue Défis Humanitaires m’a ouvert ses colonnes à plusieurs reprises, me permettant ainsi de rappeler des convictions fortes.

L’eau, bien commun, n’est toujours pas accessible à tous et il est bon de trouver des lieux de débat pour le rappeler publiquement.

L’eau est le marqueur du dérèglement climatique, par ses excès et/ou par ses manques et pouvoir l’écrire pour que cela soit lu permet de combattre le climatosepticisme.

Si la sobriété est indispensable dans nos sociétés pourvues , nous devons garder à l’esprit que ce n’est pas le cas partout sur la planète.

Enfin, nous avons le devoir de considérer l’eau comme un enjeu de paix et de dénoncer tous ceux qui l’utilisent comme une arme de guerre.

Défis Humanitaires permet tout cela et doit pouvoir poursuit son travail de fond.

 

Esther de Montchalin

Stagiaire à Défis Humanitaires

J’ai eu l’opportunité d’accompagner Alain Boinet en tant que stagiaire durant 6 mois dans ce travail de réflexion et de recherche qui contribue à faire de Défis Humanitaires une revue de qualité, apportant une véritable valeur ajoutée au secteur humanitaire. Maintenir cette revue chaque mois demande un investissement considérable, de la rigueur et une réelle exigence intellectuelle afin de garantir un contenu sérieux et approfondi.
Travailler aux côtés d’Alain, fort de sa longue expérience dans l’humanitaire, ainsi que de participer à la vie de la revue, a été une source d’inspiration et de motivation. Cette expérience m’a confortée dans l’importance de poursuivre et de défendre les valeurs du secteur humanitaire dans les années à venir.

La revue Défis Humanitaires constitue un véritable repère dans une période marquée par l’incertitude et les bouleversements géopolitiques. Elle éclaire les enjeux complexes du secteur humanitaire et offre des clés de lecture essentielles pour mieux comprendre le monde d’aujourd’hui.

Soutenue par les contributions d’experts, de chercheurs, d’écrivains et de praticiens de terrain, la revue accompagne chaque mois ses lecteurs dans une réflexion approfondie sur les mutations en cours.

Défis Humanitaires permet ainsi de mesurer l’ampleur des transformations globales, tout en rappelant la nécessité de poursuivre l’engagement pour un monde plus juste, plus humain et plus solidaire.

 

Jean Bernard Veron

Ancien responsable de la cellule crise et conflit de l’AFD. Administrateurs d’ONG

La question de l’aide : défis et pistes de solution 

L’aide, qu’elle soit qualifiée d’humanitaire ou de développement – une césure qui d’ailleurs  souvent ne colle pas avec la réalité du terrain – est aujourd’hui confrontée à de lourds défis. Ce qui impose bien évidemment de chercher des solutions et donc, pour cela, de multiplier échanges et réflexions entre les acteurs potentiellement concernés. Ce dans quoi s’implique de longue date la revue Défis Humanitaires. 

Les défis sont de plusieurs ordres. 

D’une part chez les pays donateurs, où l’on assiste à la montée du nationalisme, avec une forte réduction des financements publics de l’aide, certes aux Etats Unis depuis la dissolution de l’USAID, mais également dans plusieurs pays européens, dont la France. Ce à quoi s’ajoutent des discours, politiques plus que scientifiques, mettant en cause l’efficacité de l’aide et ses modes de mise en oeuvre. 

D’autre part dans certains pays récipiendaires, où les pouvoirs en place et les sociétés dénoncent ce qui serait un outil de contrôle et de domination géopolitique.  

En outre, le monde est confronté à des situations qui portent gravement atteinte au sort des populations des pays les plus pauvres. Tel est le cas  de l’impact du réchauffement et des aléas climatiques, avec des épisodes d’inondations et de sècheresses durables, qui portent notamment atteinte aux activités rurales, comme l’agriculture et l’élevage. 

Qui plus est, il y a ces guerres et affrontements armés, pour l’essentiel dans ce que l’on appelle les pays du sud, qui sont sources de morts innombrables et de déplacement massifs des populations impactées, comme par exemple au Soudan qui en détient sans doute le record en termes numériques. Sans oublier, entre autres, les pays du Sahel, la Somalie et le Myanmar. 

 La recherche de pistes de solution pour répondre à ces défis doit mettre l’accent sur quelques points prioritaires. 

Le premier de ceux-ci est bien évidemment l’obligation de mener des réflexions et des échanges multi-partie sur la question de l’aide, ses motivations, ses objectifs, ses modes de mise en œuvre et ses résultats.  En y associant le plus grand nombre possible des acteurs concernés, tels que les gouvernements des pays donateurs et récipiendaires, les agences des Nations Unies, ces outils publics de mise en œuvre dont disposent les pays donateurs. Ce à quoi s’ajoutent, hors du domaine public, la société civile dans les pays récipiendaires et les organisations qui la structurent, ainsi que, dans les pays donateurs, les ONG positionnées sur cette question et les financiers privés comme certaines Fondations qui travaillent à l’international.  

Autant d’échanges dont les résultats ne seront pas évidents, vu le nombre des organisations concernées. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour ne pas y recourir sur la base d’un argumentaire solidement fondé sur les réalités du terrain. 

 Le second point est ce que l’on nomme la localisation de l’aide, c’est-à-dire les relations étroites au niveau du terrain avec les sociétés concernées et leurs organisations, tant pour l’analyse des situations que pour le choix de ce qui devra être mis en œuvre et les modes de faire pour cela. Ce qui contribuera, entre autres, à effacer cette image d’une aide en quelque sorte parachutée par les pays donateurs. 

 Le troisième point est de réduire, voire d’effacer, la distinction entre aide humanitaire et aide au développement. Et ce pour deux raisons. 

La première est qu’un aide au développement efficace et appropriée au contexte local peut avoir un impact positif sur la survenance du besoin d’une aide humanitaire, y compris dans des situations de tensions, voire d’affrontements armés entre les communautés concernées. Comme, par exemple, ces projets de l’Agence Française de Développement pour pacifier les relations tendues entre paysans sédentaires et éleveurs nomades dans divers pays africains.  

La seconde raison est qu’une aide humanitaire appropriée ne doit pas se limiter à l’apport de solutions immédiates aux besoins vitaux des populations concernées, mais s’impliquer dans les suites de son intervention. Ce qui relève donc d’une approche maillant ensemble urgence, reconstruction et développement. 

 Pour conclure je dirais que, même si l’aide n’a pas toujours été infaillible dans les résultats obtenus au profit des populations pauvres ou dans la détresse, elle les a aidées à améliorer leur sort et à se construire un avenir plus positif et moins incertain. 

APPEL AUX LECTRICES ET LECTEURS

Défis Humanitaires ouvre une réflexion sur les changements du monde qui justifient l’évolution de la revue et de sa maquette. Merci de :

Merci pour votre engagement et votre fidélité à Défis Humanitaires.

La localisation, comment passer de la « panacée » au réel opérationnel ?

©UN PHOTO / Marco Dormino , Haïti, Un sauveteur tient la main d’un survivant de l’effondrement d’une école.

On parle souvent de la « localisation » de l’aide comme d’une solution idéale pour rapprocher les financements des communautés concernées et leur redonner la maîtrise de leur avenir. Mais dans les faits, cette ambition se heurte à une chaîne de redevabilité lourde et coûteuse : des citoyens vers les États, des États vers les bailleurs, des bailleurs vers les ONG internationales, et enfin tout au bout vers les organisations locales, souvent fragiles et peu structurées.

Lors du Sommet humanitaire mondial de 2016, l’initiative du Grand Bargain avait fixé un objectif clair : faire en sorte qu’au moins 25 % de l’aide humanitaire soit allouée aussi directement que possible aux acteurs locaux d’ici 2020. L’idée était de réduire les coûts intermédiaires et d’améliorer l’efficacité de l’aide.

©WHsummit Sommet humanitaire mondial Mai 2016 Istanbul Turquie

Les normes comme le Sphere Handbook insistent également sur l’importance de centrer les décisions sur les communautés touchées, et de renforcer à la fois l’implication locale et la redevabilité. Mais en pratique, elles restent floues sur la façon concrète de procéder et simplifier les procédures et de faire monter en compétence les acteurs locaux.

Quant au Core Humanitarian Standard, il appelle lui aussi à soutenir les capacités locales et à rendre des comptes aux communautés, tout en reconnaissant que ces bonnes intentions se heurtent trop souvent aux réalités complexes du terrain.

J’ai vécu tout cela de mes propres yeux.

En 2000, dans la Gnagna au Burkina Faso, j’avais rejoins une équipe où les rapports semestriels et les ateliers de formation prenaient parfois plus de temps que l’intervention elle-même. Pendant ce temps, nos partenaires villageois, eux, n’avaient ni système comptable en place, ni personnel formé pour assurer le suivi-évaluation.

En 2004, avec MSF au Soudan, en pleine urgence du Darfour, les procédures administratives du HAC, ONU, bailleurs, ONG pouvaient retarder une intervention de plusieurs semaines voire mois. Pendant ce temps, les déplacés internes mourraient de déshydratation ou créaient, de leur propre initiative, de réponse d’urgence, pour répondre immédiatement aux besoins vitaux de leurs voisins avec une chaine de solidarité invisible.

©Médecins sans frontières, Darfour Nord Soudan

2005, avec le 9ᵉ FED en Côte d’Ivoire chaque décaissement pour le programme d’urgence passait de Bruxelles à la délégation locale, puis à l’Etat (CONFED), puis à l’ONG internationale puis une faitière, avant d’atteindre enfin les groupements paysans. Résultat ? Six mois d’attente et des dizaines de pages de rapports et d’audits pour chaque tranche de financement, éludant totalement la contrainte du calendrier saisonnier des cultures.

Encore en 2020 au Mali, un programme de résilience UE Malgré une méthode solide, la multiplication des rapports et mécanismes passerelles (clusters, bailleurs, consortium) et malgré la mise en place d’une plateforme de suivi unifiée, les lourdeurs ont encore ralenti chaque phase de mise en œuvre et l’Etat aux abonnés absents dans l’appropriation et la continuité des acquis.

Ces quelques exemples ne sont qu’un échantillon d’un vécu bien plus vaste. Ils indiquent simplement que la localisation n’est pas qu’une affaire de pourcentage de financement : c’est surtout un équilibre délicat entre simplification administrative, outils de suivi partagés et renforcement des compétences locales.

©Hamada (Wandey) AG AHMED Vaccination du cheptel

Pour que la localisation devienne une réalité durable, il est urgent de :

  1. Alléger les exigences de redevabilité Harmoniser et mutualiser les attentes entre bailleurs, clusters et partenaires pour libérer un temps précieux pour le travail de terrain.
  2. Investir réellement dans les capacités locales Pas seulement en argent, mais aussi en savoir-faire, en gestion et en outils, dès la conception des projets.
  3. Tester et déployer des solutions technologiques innovantes Blockchain, transferts d’argent numériques, plateformes collaboratives : autant de leviers pour fluidifier les flux et garantir plus de transparence.
  4. Construire la confiance La vraie mesure de la localisation, c’est la capacité des acteurs locaux et communautés à prendre leurs propres décisions, à gérer elles-mêmes les fonds et à rendre des comptes en toute transparence et responsabilité.
  5. Assurer la durabilité Toute action ne peut perdurer que si elle s’inscrit dans un cadre d’appropriation locale : soit via un système communautaire structuré, soit à travers un dispositif étatique capable d’absorber et de pérenniser les acquis. Toute action qui ne rélève pas du « life saving » doit être concue avec la garantie de cette condition préalable d’appropriation. Cela sous entend bien sûr que le temps d’instruction et de formulation doit faire l’objet d’une rallonge et de financement spécifique et de ressources dédiées qui vont au délà d’un simple « proposal writer ».

Repenser chaque maillon de la chaîne de conception et de redevabilité, du contribuable jusqu’à la cellule de village  est le seul moyen de faire passer la localisation d’un simple slogan à une transformation concrète, durable et portée par les acteurs eux-mêmes.

Hamada AG AHMED

 

Hamada AG AHMED

Expert en Programmes Humanitaires/Développement et Analyste contextuel.

AG AHMED Hamada (dit « Wandey ») est un expert franco-malien en gestion humanitaire, analyse contextuelle et coordination de programmes de développement. Titulaire d’un Master en gestion humanitaire et actions de développement de l’Université Paris 12 (UPEC) et d’un diplôme de l’Institut Bioforce à Lyon, il cumule plus de vingt ans d’expérience dans les secteurs de l’aide d’urgence, de la résilience et du renforcement des capacités locales, à la fois sur le terrain et au siège d’organisations internationales de premier plan.

Après des premières missions en Afrique centrale et au Sahel avec plusieurs Organisations internationales, il a successivement occupé des fonctions stratégiques de chef de de mission notamment pour la Croix-Rouge française, avant d’occuper le poste de responsable du Desk Afrique de l’Ouest, où il supervise les opérations humanitaires et de développement dans plusieurs pays sahéliens. Il a dirigé la mise en œuvre de programmes intégrés, combinant santé, nutrition, sécurité alimentaire, adaptation au changement climatique et relèvement précoce.

Il a servi en tant que Team Leader de Crisis Analytics au sein de Mercy Corps, pilotant une cellule d’analyse humanitaire et de recherche opérationnelle couvrant le Sahel central (notamment Mali, Niger et Burkina Faso). Dans ce cadre, il a coordonné la production de rapports analytiques stratégiques, fondés sur des méthodologies mixtes, pour informer les réponses humanitaires dans des environnements complexes et instables.

En 2019, il rejoint le Groupe URD au Mali comme coordinateur du programme KEY, financé par le Fonds européen de développement, où il appuie les autorités maliennes et les partenaires techniques sur la planification stratégique, la gestion axée sur les résultats et le renforcement des capacités avec un fort accent sur l’analyse des pratiques et l’agilité opérationnelle.

Analyste engagé, il s’intéresse aux dynamiques structurelles et signaux faibles affectant les populations vulnérables. Il a ainsi dirigé plusieurs études prospectives, dont la plus récente porte sur le patrimoine humain et environnemental oublié du lac Faguibine, en collaboration avec l’AFD. Il défend une approche intégrée alliant savoirs locaux, outils de prospective et données scientifiques pour renforcer la résilience et la gouvernance territoriale dans les zones fragiles.

 

Articles de Hamada Ag Ahmed déjà publiés dans Défis Humanitaires : 

La résilience des populations et l’importance de la gouvernance (très localisée) au Sahel. 28/10/2020

La tomate à l’épreuve des procédures 19/04/2018