Le don comme antiviral

La philanthropie à l’épreuve d’un monde qui se brutalise

Maraude de la Croix-Rouge à Paris en 2016

Le retour des empires autoritaires

Les chiffres sont implacables. Le Democracy Report 2026[1] du V-Dem Institute de Göteborg, publié en mars dernier, dresse un tableau sans appel : 74 % de l’humanité vit désormais sous un régime autocratique. Pour la première fois depuis un demi-siècle, plus d’êtres humains vivent en autocratie fermée (28 %) que dans l’ensemble des démocraties libérales et électorales réunies (26 %). Seuls 7 % de la population mondiale résident encore dans une démocratie pleinement libérale. En 2025, quarante-quatre pays se sont autocratisés simultanément. Un record. Les États-Unis eux-mêmes ont basculé de la catégorie « démocratie libérale » à celle de « démocratie électorale ».

« Les empires contre-attaquent », un documentaire de Jean-François Colosimo (visionner ici) : https://www.france.tv/documentaires/documentaires-societe/8332479-les-empires-contre-attaquent.html

Cette dérive n’est pas un accident météorologique. Elle s’alimente de trois carburants identifiables.

D’abord, la désinformation industrialisée. Les réseaux sociaux, dopés aux algorithmes de l’engagement émotionnel, ont fait des fake news une économie florissante. La désinformation n’est plus un dérapage isolé, c’est une infrastructure. Comme l’a rappelé la Fondation de France lors de ses Rencontres parlementaires de mai 2026[2], cette saturation produit une « fatigue informationnelle » qui érode la participation démocratique elle-même.

Ensuite, la contestation organisée de la science. Climat, vaccins, intelligence artificielle, biodiversité : les consensus scientifiques deviennent, dans le débat public, des « opinions » parmi d’autres. Le doute, qui est l’âme de la méthode scientifique, est instrumentalisé contre la science elle-même. On vide la connaissance de son autorité, on rend chaque citoyen orphelin de boussole.

Enfin, la chute des limites autoritaires. Ce qui semblait indicible se dit. Ce qui paraissait impensable s’organise. Les digues que nos sociétés avaient patiemment érigées : séparation des pouvoirs, indépendance de la justice, liberté de la presse, droits des minorités, sautent l’une après l’autre, parfois par des votes parfaitement légaux. C’est le « légalisme autocratique » identifié par les politologues. La démocratie utilisée pour défaire la démocratie.

© Imperial War Museums – Le général De Gaulle descend les Champs Elysées avec son entourage à l’occasion de la Libération (25-26 août 1944)

Dans ce paysage, la tentation du repli est forte. Chacun pour soi, mon clan d’abord, la peur de l’autre érigée en politique. Or et c’est ici qu’il faut revenir aux origines Sapiens, c’est précisément la stratégie qui a perdu les Néandertaliens.

 

Une leçon venue du fond des âges

Il y a une expérience de pensée sur laquelle les anthropologues s’entendent et que l’on peut prendre au sérieux. Pourquoi les Néandertaliens ont-ils disparu, alors que Sapiens, leur cousin biologiquement comparable, parfois moins robuste, a prospéré ? Une hypothèse féconde, rapportée par Véra Nikolski et Nicolas Pichoff dans Pourquoi les Amazones n’existent pas[3], soutient que notre espèce a survécu non par sa force, mais par son organisation, grâce à une division du travail, une mutualisation du risque, une circulation des compétences et des biens entre les membres du groupe. Ce que Sapiens a inventé, ce n’est pas tant une technique qu’un lien. La coopération, la réciprocité, la prise en charge collective de la vulnérabilité ne sont pas des ornements moraux surajoutés à notre humanité, ce sont les conditions mêmes de son émergence et de sa persistance.

Les groupes qui ont su répartir les périls, protéger les plus précieux pour l’avenir, organiser une solidarité tangible, ont laissé une descendance. Les autres se sont éteints, en silence, sans bataille spectaculaire. La sélection a été démographique, lente, presque imperceptible et implacable.

© Justine Muzik Piquemal – Distribution de kits au Soudan (mai 2026)

Ce qui vaut pour les sociétés paléolithiques vaut, à un autre niveau, pour les civilisations. Une société qui démantèle ses solidarités, qui valorise le chacun-pour-soi, qui tient le don pour une faiblesse et la fraternité pour une naïveté, ne s’effondre pas brutalement : elle s’éteint par attrition.

 

Sénèque, Mauss : la grammaire oubliée du lien

Bien avant que l’anthropologie ne formalise ces intuitions, deux penseurs nous avaient mis sur la piste.

Sénèque, dans les Bienfaits[4] dépeint les trois Grâces enlacées en une ronde : l’une donne, l’autre reçoit, la troisième rend. Trois moments d’un seul mouvement, indissociables, qui forment la trame même de la vie civile. L’ordre du bienfait l’exige. Il faut savoir donner avec mesure, recevoir avec dignité, rendre sans calcul. Rompre la ronde, refuser de donner, dédaigner de recevoir, oublier de rendre, c’est dissoudre la cité. Sénèque, témoin du dernier siècle d’une République romaine décomposée, savait de quoi il parlait. Quand le lien social n’est plus qu’une transaction, le pouvoir devient brutal par défaut.

© Lucas Vorsterman – Gravure papier du buste de Sénèque (1638) : à gauche. / © Société des Amis du Centre d’Études Sociologiques – Portrait de Marcel Mauss appartenant à une collection de 15 portraits de sociologues : à droite.

Vingt siècles plus tard, Marcel Mauss reprend l’intuition dans l’Essai sur le don (1925)[5]. Étudiant le potlatch des Kwakiutl, il montre que dans toutes les sociétés humaines, et non pas seulement les « primitives », le don n’est jamais gratuit au sens d’arbitraire. Il oblige. Il crée une dette de gratitude qui tisse la communauté. Donner, recevoir, rendre : ce triple mouvement, écrit Mauss, est « le roc » sur lequel reposent nos sociétés. Il y voit même une porte de sortie pour son époque, déjà !

Confrontée à la montée des autoritarismes. La générosité organisée, disait-il en substance, est-ce qui distingue une société d’une jungle.

Or notre époque, à son tour, se trouve dans la position de Sénèque comme dans celle de Mauss, sommée de redécouvrir une grammaire qu’elle est en train d’oublier.

 

La philanthropie comme antiviral

Soyons précis sur la métaphore médicale. Un virus prospère quand il rencontre un terrain affaibli. Il échoue quand l’organisme possède des défenses entraînées. Les dérives « illibérales » prospèrent sur trois faiblesses : l’isolement des individus, la défiance envers les institutions communes, et l’effondrement du sens partagé. La philanthropie, entendue au sens large : générosité, mécénat, bénévolat, engagement associatif, mobilisation citoyenne, agit directement sur ces trois terrains.

Contre l’isolement, elle tisse des liens. Quand un mécène finance un centre culturel en territoire rural, quand un bénévole accompagne un migrant, quand une fondation soutient un média indépendant local, ce n’est pas seulement un service rendu, c’est un fil qui se noue, une preuve concrète que la société tient encore par autre chose que la peur.

Contre la défiance, elle prouve par les faits. Une démocratie n’est crédible que si elle tient ses promesses au quotidien. Or l’État, partout en recul budgétaire, ne peut plus tout. La philanthropie, lorsqu’elle est rigoureuse et transparente, démontre par les actes qu’il existe une troisième voie entre l’État défaillant et le marché indifférent, celle d’une société qui se prend en charge elle-même, sans attendre de permission.

Contre l’effondrement du sens, elle réinscrit le don dans une chaîne longue. Le mécène n’agit pas pour son profit immédiat,  il transmet, comme Sénèque le réclamait, comme Mauss l’a décrit. Il fait sienne la temporalité de Sapiens, celle de la sélection culturelle, lente, qui sait que l’impact d’une coopération ne se mesurent pas à l’année fiscale mais sur des générations.

Le rapport V-Dem souligne que les pays les plus résistants à « l’autocratisation » sont précisément ceux où la société civile reste dense, organisée, financée. La Commission européenne ne s’y est pas trompée en lançant en 2026 son Bouclier européen de la démocratie[6] et son Centre européen pour la résilience démocratique, dont l’un des piliers est explicitement le soutien à la société civile philanthropique. Faire vivre la démocratie passe désormais, pour reprendre les mots de la Fondation de France, par un soutien actif au pluralisme, à l’éducation aux médias, à la culture du débat. La philanthropie n’est plus seulement charité : elle est infrastructure démocratique.

Fresque L’Ecole d’Athènes de Raphaël (1509-1511) : les échanges entre intellectuels de l’Antiquité au sein de l’agora comme allégorie de la démocratie athénienne

 

Un point de vigilance : la concentration philanthropique

Il faut cependant nommer une dérive qui guette la philanthropie elle-même, et qui, si l’on n’y prend garde, pourrait retourner le remède contre le mal qu’il prétend soigner.

Aux États-Unis, environ 1 % des donateurs concentrent désormais près de la moitié de la générosité privée. Quelques très grandes fondations, souvent adossées à des fortunes individuelles stratosphériques pèsent plus, en capacité d’action, que des ministères entiers. Le mouvement se diffuse, à des degrés divers, dans l’ensemble des pays occidentaux, France comprise. Le phénomène n’est pas en soi condamnable. Sans ces engagements considérables, des pans entiers de la recherche médicale, de la culture, de l’action humanitaire d’urgence ne tiendraient pas. Beaucoup de ces philanthropes agissent avec sérieux, transparence, et un sens aigu de leur responsabilité.

Mais une asymétrie trop forte porte en elle un risque qu’il faut regarder en face, celui d’une  philanthropie des milliardaires qui, sans l’avoir voulu, déciderait, à la place du grand nombre, des causes qui méritent attention, des problèmes qui méritent traitement, des voix qui méritent d’être entendues. Quand le don devient l’apanage de quelques-uns, la ronde des trois Grâces se déséquilibre. Un petit cercle donne beaucoup, une multitude reçoit, et la troisième Grâce, celle qui rend, qui transmet, qui boucle le cycle, peine à retrouver sa place. Or c’est précisément cette circulation large, distribuée, populaire, qui fait d’une société une véritable communauté de réciprocité plutôt qu’une simple chaîne de bienfaisance descendante.

© Simone D. McCourtie – Bill Gates, co-fondateur de la fondation qui porte son nom, rencontre la Banque mondiale le 17 avril 2016 à Washington D.C.

À cette concentration, il faut opposer ce qu’on pourrait appeler la fourmilière : une philanthropie du grand nombre, du don modeste mais constant, du bénévolat de proximité, de l’engagement associatif quotidien. Les dix euros versés chaque mois à une association locale, les heures données à une maraude, le legs du retraité à sa cause de cœur, la collecte d’un comité de quartier, voilà la philanthropie démocratique. Elle ne fait pas la une des journaux, elle ne nomme pas d’amphithéâtres universitaires, mais elle tisse l’étoffe la plus résistante. Sapiens, encore lui, ne s’en est pas tiré grâce à quelques chasseurs exceptionnels. Il a tenu grâce à la coopération de tous, du plus habile au plus modeste, chacun contribuant à la mesure de ses moyens.

La vitalité d’une société philanthropique se mesure donc moins au montant total collecté qu’au nombre de ses donateurs et de ses bénévoles, à la diversité de ses contributeurs, à la pluralité des causes soutenues. Les grandes fortunes ont un rôle indispensable, elles ne sauraient avoir le monopole. L’enjeu, pour les pouvoirs publics comme pour le secteur lui-même, est de protéger et stimuler l’écosystème des petits donateurs autant que de saluer les grands, par la fiscalité, par l’éducation à la générosité dès l’école, par la reconnaissance du bénévolat, par la confiance accordée aux associations de terrain. C’est à ce prix que la philanthropie restera un antiviral démocratique, et ne deviendra pas, par ironie tragique, l’un des canaux de la concentration qu’elle entend combattre.

Une ronde à reprendre

Que faire, concrètement ? La leçon des trois Grâces, donner, recevoir, rendre n’est pas un slogan. C’est une discipline.

Donner, c’est sortir du silence financier. Les entreprises, les particuliers fortunés, mais aussi les contributeurs modestes ont, en France, des dispositifs fiscaux puissants (mécénat, fondations abritées, fonds de dotation) qui transforment chaque euro engagé en levier collectif. Donner, c’est aussi donner du temps, de la compétence, de l’attention, denrées plus rares encore que l’argent.

Les Trois Grâces. Antonio Canova. 1757-1822

Recevoir, c’est-à-dire accepter, est sans doute le geste le plus difficile pour nos sociétés modernes. Recevoir sans honte suppose de reconnaître l’interdépendance comme une force, non comme une humiliation. Les associations, les médias, les chercheurs, les artistes qui acceptent un soutien philanthropique doivent pouvoir le faire la tête haute, en gardant leur indépendance, ce que Mauss appelait la « liberté du donataire ».

Rendre, enfin, c’est faire fructifier. Celui qui a reçu doit, à son tour, transmettre, par la qualité de son travail, par la formation des suivants, par l’élargissement du cercle. La ronde ne s’arrête jamais. Chaque génération en est le maillon provisoire.

Nous sommes, à l’échelle planétaire, confrontés à un test de cohésion. Les groupes humains qui, dans les décennies qui viennent, sauront entretenir leurs solidarités, financer leurs contre-pouvoirs, soutenir leurs médias indépendants, protéger leurs chercheurs, accueillir leurs vulnérables, tiendront. Les autres se laisseront emporter par la pente brutale.

La philanthropie n’est pas un supplément d’âme pour les temps prospères. Dans un monde qui se durcit, elle est l’antiviral, le vaccin, la prophylaxie civilisationnelle à condition qu’elle reste l’affaire de tous, et non le privilège de quelques-uns. Restons dans la ronde.

Antoine Vaccaro.

 

Notes de bas de page :

[1] https://www.v-dem.net/documents/75/V-Dem_Institute_Democracy_Report_2026_lowres.pdf

[2] https://www.fondationdefrance.org/fr/rencontres-parlementaires-2026

[3] https://www.fayard.fr/livre/pourquoi-les-amazones-nexistent-pas-9782213733395/

[4] https://www.lesbelleslettres.com/livre/9782251459561/le-de-beneficiis-de-seneque-sa-signification-

[5] https://www.puf.com/essai-sur-le-don-0

[6] https://luxembourg.representation.ec.europa.eu/actualites-et-evenements/actualites/le-bouclier-europeen-pour-la-democratie-et-la-strategie-de-lue-pour-la-societe-civile-ouvrent-la-2025-11-12_fr


Antoine Vaccaro :

Il est titulaire d’un doctorat en sciences des organisations – Gestion des économies non-marchandes, obtenu à Paris-Dauphine. Après un parcours professionnel au sein de grandes organisations non gouvernementales et de groupes de communication, tels que la Fondation de France, Médecins du Monde ou TBWA, il préside aujourd’hui Force For Good et le Cerphi (Centre d’étude et de recherche sur la philanthropie).

Il exerce également diverses fonctions d’administrateur au sein d’associations et a co-fondé plusieurs organismes professionnels promouvant le financement privé des causes d’intérêt général, parmi lesquels l’Association Française des Fundraisers, Euconsult ou encore la Chaire de Philanthropie de l’ESSEC. Il a par ailleurs contribué à la rédaction de la charte de déontologie des organisations faisant appel à la générosité publique.

Il est enfin auteur de plusieurs ouvrages et articles portant sur la philanthropie et le fundraising.


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Pour vous, avec vous, merci ! 

 

Une famille arrive au centre de transit du HCR, près du poste frontière de Joda à Renk, au Soudan du Sud.© UNHCR : Charlotte Hallqvist

Lectrices, lecteurs, c’est pour vous que nous publions cette édition à la veille des fêtes de Noël et du Nouvel An en vous remerciant pour votre fidélité.  

En cette fin d’année, je souhaite vous informer que nous avons le projet de faire évoluer la revue Défis Humanitaires. 

 Mais pourquoi me direz-vous ?  

Pour deux raisons essentielles, l’une humanitaire et l’autre géopolitique tant elles sont étroitement liées et que nous allons analyser ensemble maintenant.  

Parce que le monde a basculé entre 2022 et 2025 mettant fin à celui né après la seconde guerre mondiale, après la chute du Mur de Berlin et de l’URSS et suite à l’attentat contre le World Trade Center. Les principaux événements qui l’ont provoqué sont l’attaque Russe contre l’Ukraine et la seconde élection de Donald Trump.  

Un monde en rupture.  

Nous avons changé de période historique et d’agenda mondial pour longtemps et, après la publication dans Défis Humanitaires depuis l’origine de plus de 500 articles, nous devons maintenant adapter notre revue aux nouveaux enjeux, risques et espoirs afin de mieux remplir notre mission d’information, d’analyse, d’anticipation, de mobilisation notamment pour défendre l’action humanitaire brutalement affaiblie cette année.  

Dans un monde plus interconnecté et interdépendant que jamais, nous vivons de multiples fractures qui se renforcent les unes les autres. Guerre de haute intensité en Ukraine, 120 conflits majeurs en augmentation dans le monde, Donald Trump MAGA isolationniste imprévisible mais constant dans sa volonté de changer les règles, Russie de Vladimir Poutine agressive et déterminée, Chine impériale expansionniste, Sud global critique et revendicatif, ONU paralysée, Europe déstabilisée sur la défensive, France affaiblie et partout des budgets militaires qui explosent avec 2718 milliards de dollars de dépenses mondiales en 2024 en augmentation de 9,4% par rapport à 2023.  

Les organisations humanitaires apportent leur soutien aux personnes touchées par l’attaque meurtrière menée dans la nuit du 19 novembre par les forces armées de la Fédération de Russie à Ternopil – ©UNOCHA

Mais encore, crise de la démocratie libérale, surchauffe du climat, menace sur la biodiversité, explosion démographique en Afrique, information manipulée et l’aide humanitaire des Etats développés qui chute brutalement cette année pour 305 millions d’êtres humains en danger dans le monde ! Cela cache pourtant de nombreux progrès humains qui se trouvent masqués, voire annihilés, par cette spirale du changement d’époque : santé, éducation, espérance de vie, recherche, …. 

Un monde d’avant-guerre ?  

Le risque de guerre s’accroit, singulièrement en Europe et en Asie-Pacifique, et devient un enjeu existentiel collectif. Le ministre allemand de la défense, David Pistorius, social-démocrate, déclare au Parlement allemand « Nous devons être prêts pour la guerre d’ici 2029 ». Le Secrétaire à la défense des Etats-Unis, Pete Hegseth lance « Nous vivons un moment 1939 ». Le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées en France, annonce que nous devions être prêt dans les 3 à 4 ans à faire face à une attaque de la Russie en Europe. Or, nous le savons bien par expérience, la guerre est la cause principale de l’aide humanitaire !  

C’est dans ce contexte que le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé la création d’un service militaire volontaire approuvé par 81 % des Français (Etude IFOP pour LCI du 26.11.2025) quand 73% d’entre eux (sondage Ipsos-BVA-Cesi) craignent les répercussions de la guerre en Ukraine en France même. Après 40 mois de guerre en Ukraine couverte quotidiennement par les médias, chacun peut se faire une idée des conséquences humaines que cela signifie dans un monde ou 10% de la population mondiale est désormais exposée à la guerre.  

Des patients reçoivent des soins au sein de l’hôpital de campagne du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Rafah, dans la bande de Gaza. ©CICR

Une aide humanitaire et au développement qui s’effondre !   

C’est dans un contexte où les besoins humanitaires n’ont jamais été si nombreux et où ils vont s’accroître, que les pays développés qui financent l’Aide Publique au Développement (APD) ont décidé, pour la majorité d’entre eux, de réduire en moyenne d’au moins 50% leur soutien. Cela signifie, sur un budget 2024 estimé à 212, 1 milliards de dollars, une coupe de près de 105 milliards chaque année.  Quelles en seront les conséquences directes et indirectes en matière de santé, d’alimentation, de formation, d’emploi, de partenariat, d’instabilité, de tensions, de mouvement migratoire, de confiance et d’espoir ?   

Cette période de profonde rupture dans les relations internationales, ces risques de guerre doivent-ils pour autant et sans aucune anticipation dans la durée conduire à une telle attrition de l’aide internationale au risque d’aviver de multiples tensions sous-jacentes et d’accroître le nombre et l’intensité des conflits ! Est-ce vraiment un bon calcul de « realpolitik » ou un réflexe défensif trop hâtif ?  

Plus concrètement, l’aide humanitaire internationale sera en 2025 d’environ 20,8 milliards de dollars au lieu de 45,58 milliards nécessaires ! A comparer aux 37 milliards USD mobilisés en 2023 et aux 43,3 en 2022. Nous revenons en arrière et annulons ainsi 10 ans d’engagement et de progrès pour sauver des vies et rechercher la paix.  

Financements totaux signalés et traités par le FTS 2025 – à l’intérieur et à l’extérieur des plans coordonnés (En milliards USD – Données arrêtées au 29 novembre 2025) Financements dans le cadre des plans coordonnés (barres bleu foncé) Autres financements humanitaires (barres vert clair) Source : FTS – Financial Tracking Service / OCHA   

Si nous prenons le cas de la France, le budget de l’aide humanitaire sera en 2025 (source FTS OCHA) de 348 millions d’euros contre le milliard d’euros prévu il y a peu encore dans la trajectoire du gouvernement français.  

Si nous prenons le soutien des pouvoirs publics aux ONG de développement et humanitaire, celui-ci a été de 1,3 milliard d’euros en 2023 et il est de 497 millions d’euros (source CHD) dans le projet de loi de finance 2026 !  

Ce désengagement massif et rapide de l’Etat va provoquer une cascade en chaine de conséquences néfastes : abandon de projets d’aide essentielle, suppression de postes et compétences dans les associations, disparition possible à terme de certaines associations. Pourtant, selon une enquête de l’institut Harris Interactive, deux tiers des Français sont favorables à la solidarité internationale !  

Le projet que nous vous proposons.  

Pour la première fois depuis longtemps, l’aide humanitaire chute dangereusement pour les populations en danger ! Nous ne pouvons plus parler et écrire comme avant ! Les médias humanitaires sont rares et beaucoup de personnes continuent de penser et de faire comme avant !  

Nous devons nous adapter afin de chercher à convaincre les décideurs politiques de la gravité des conséquences de décisions de baisse de l’aide prises trop vite.  

Nous devons accélérer les voies et moyens pour améliorer par nous-mêmes l’aide humanitaire par l’innovation, la coordination, la mutualisation, la coopération entre acteurs, le partenariat avec l’entreprise et les collectivités locales, la philanthropie, la communication destinée à l’opinion publique et aux donateurs.  

Dans ce but, nous invitons nos lectrices et lecteurs, nos amis et donateurs à soutenir notre démarche pour la rendre simplement possible.    

Bombardement, attentat, mine ? Cet enfant a perdu ses 2 jambes ©UOSSM

Nous avons le projet de :  

  • Faire évoluer notre ligne éditoriale en l’élargissant aux questions qui impactent l’aide humanitaire, en particulier entre le national et l’international dont on voit combien ils sont liés quand les budgets s’effondrent.  
  • D’adapter la maquette vers un média-presse doté de nouvelles fonctionnalités générant plus de visibilité et de lecteurs.  
  • De renforcer notre assistance de rédaction pour plus de contenu et d’impact pour mobiliser l’opinion, les décideurs et influer sur les politiques publiques.   

Pour réussir ce projet humanitaire, j’ai besoin du soutien généreux de nos lectrices et lecteurs qui grâce à leur don (faireundon) peuvent le rendre possible et prochain.   

En cette période traditionnelle de don de fin d’année qui bénéficie d’une déduction fiscale (66% du montant de votre don est déductible), je vous invite à participer et à soutenir ce projet de votre revue en lui faisant un don (faireundon) dont je vous remercie personnellement chaleureusement. Un grand merci.  

Je vous souhaite de belles fêtes de fin d’année.  

Alain Boinet.  

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