Crises alimentaires, comment agir ?

L’assistance alimentaire n’est pas la seule réponse aux crises alimentaires, il faut aussi soutenir les marchés alimentaires locaux

Photo: Marché alimentaire local au Cameroun @Solidarités International

Des crises alimentaires d’ampleur inédite avec plusieurs pays en situation de famine

Le 16 octobre 2024, la Journée mondiale de l’alimentation célébrera le droit à l’alimentation[1]. Ce droit reste malheureusement théorique pour de nombreuses populations dans le monde.

La sécurité alimentaire mondiale en 2024 est dans une situation critique, atteignant des chiffres alarmants. Selon le rapport sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde[2], bien qu’il y ait eu une légère amélioration de la situation en Amérique latine, les niveaux d’insécurité alimentaire restent encore très élevés en 2024, avec 1 personne sur 11 dans le monde, souffrant de la faim. Selon le rapport mondial sur les crises alimentaires[3], près de 282 millions de personnes dans 59 pays souffrent d’une insécurité alimentaire aiguë, parmi lesquels plus de 36 millions se trouvent dans des situations d’urgence alimentaire (classés en Phase 4 dans le système de classification de l’insécurité alimentaire appelé IPC)[4]. De nombreux facteurs, tels que les conflits, les chocs économiques ou encore le changement climatique ne cessent d’aggraver la situation.

Les conflits armés restent, encore en 2024, les causes principales des crises alimentaires. En effet, ils empêchent l’accès à la nourriture, détruisent les terres et infrastructures agricoles et affectent les chaînes d’approvisionnement. Au Soudan, les affrontements continus ont forcé des millions de personnes à se déplacer, menant à une insécurité alimentaire grave pour plus d’1/3 de la population, renforçant notamment la vulnérabilité des femmes et enfants.  Selon le Comité d’examen de la famine (CEF), 10% de la population du camp de déplacés internes de Zamzam, dans l’Etat du Nord Darfour, devrait encore se trouver dans une situation de famine (IPC Phase 5)[5] selon la projection pour les mois à venir (voir la carte ci-après).

Figure : Projection IPC au Soudan d’octobre 2024 à février 2025. Le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) fournit une échelle pour classer la gravité et l’ampleur de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition aiguë.

Quant à la situation dans la bande de Gaza, c’est la crise alimentaire la plus sévère jamais enregistrée dans l’histoire des rapports sur les crises alimentaires mondiales. Les restrictions d’accès humanitaire, obstruant l’acheminement de l’aide alimentaire, exacerbent les niveaux catastrophiques d’insécurité alimentaire. 22% de la population se trouve en IPC Phase 5, confrontée ainsi à un risque de famine imminent[6].

L’assistance alimentaire aussi urgente que le soutien des marchés alimentaires locaux

Soutenir les marchés alimentaires ne sauve pas immédiatement des vies, contrairement à l’assistance alimentaire. Cependant, l’existence de marchés alimentaires fonctionnels et résilients peut permettre de réduire le risque d’intensification de la crise alimentaire sur le court à moyen terme, voire d’éviter des situations de crise alimentaire sur le long terme. Les acteurs humanitaires ont donc un rôle à jouer, dans l’appui aux marchés alimentaires. Cela peut se faire à deux niveaux : 1) en redonnant du pouvoir d’achat aux populations locales à travers des transferts monétaires, 2) en renforçant les capacités des marchés alimentaires.

Un rapport du Cash Consortium of Sudan[7] faisait le constat alarmant en avril dernier que « si la nourriture est disponible sur les marchés locaux, les gens n’ont pas les moyens de l’acheter. Et bien que les camions humanitaires soient chargés d’aide alimentaire, ils ne peuvent pas atteindre la grande majorité des communautés dans le besoin en raison des contraintes d’accès. » La modalité d’assistance alimentaire « en nature » est utilisée dans les contextes où les marchés alimentaires ne fonctionnent pas ou ne sont pas accessibles par les populations pour des raisons d’insécurité par exemple. Dans ce cas, les ONG assurent l’achat et le transport des aliments vers les populations. Mais dans le cas du Soudan comme décrit ci-dessus, dans les zones où les marchés alimentaires sont accessibles et fournis, une assistance alimentaire via des « transferts monétaires » est possible. Aujourd’hui nombreuses sont les ONG comme Solidarités International qui utilisent cette modalité d’assistance.

Photo : Activité de transfert monétaire au Soudan @Solidarités International

De l’argent ou des coupons sont distribués aux personnes qui peuvent alors aller acheter les aliments dont ils ont besoin, selon leurs préférences socioculturelles et auprès de leurs commerçants habituels. Cela diffère complètement de l’aide alimentaire en « nature » où en général un kit alimentaire à composition unique est distribué à tous les ménages bénéficiaires sur des sites de distribution où il faut attendre son tour, souvent pendant plusieurs heures. Dans le cas de l’assistance « monétaire », l’argent de l’aide humanitaire est ainsi « réinvesti » dans les marchés locaux, qui eux aussi impactés par les chocs (conflits, inflation, etc.), ont besoin de leurs clientèle habituelle pour continuer à fonctionner.

En parallèle de cette assistance monétaire redonnant du pouvoir d’achat aux populations, les acteurs humanitaires peuvent donc contribuer à réhabiliter les capacités des marchés locaux. Solidarités International s’inscrit dans cette démarche au Soudan et commence un projet visant à soutenir les commerçants locaux à travers différentes activités : fourniture de matériel ou de liquidités pour relancer leurs activités commerciales, aide au transport des marchandises ou encore réhabilitation d’espaces de stockages sur les marchés. L’objectif visé par Solidarités International est de pouvoir augmenter la disponibilité et la diversité des denrées alimentaires sur les marchés locaux tout en garantissant des prix raisonnables.

Dans le contexte actuel de réduction des fonds humanitaires, la tendance de nombreux bailleurs est de se concentrer sur le financement de ce qu’ils considèrent l’assistance « life saving » (pour sauver des vies), ce qui signifie, entre autres, l’assistance alimentaire d’urgence. Cependant cette assistance, extrêmement coûteuse (notamment dans le cas d’une assistance en « nature »), reste une solution de court terme. Le soutien à la résilience des marchés alimentaires locaux reste une réponse indispensable pour lutter contre l’insécurité alimentaire, sur le court comme le long terme. En plus d’assurer la disponibilité des aliments, ces marchés font vivre toute une économie locale et fournissent des emplois, tout au long de la chaîne alimentaire de la production agricole, au transport, à la transformation et à la vente des produits alimentaires. Selon l’iPES FOOD[8], les marchés locaux constituent l’épine dorsale des systèmes alimentaires dans de nombreux pays et régions. Ils contribuent de manière essentielle à la sécurité alimentaire, à l’équité et à la durabilité.

Il est important que les bailleurs maintiennent leur financement en faveur de l’intégration à l’appui des marchés alimentaires dans leurs réponses d’urgence face aux crises alimentaires, même lorsque les budgets sont restreints.

 

Autrices :

Julie Mayans travaille au siège de l’ONG Solidarités International en tant que responsable du pôle ‘Sécurité alimentaire & moyens d’existence’. Elle a 17 ans d’expérience dans ce secteur et a travaillé sur le terrain dans de nombreux pays en Afrique, Amérique latine et Moyen-Orient sur des projets allant de l’assistance alimentaire au développement agricole.

Pauline de Montalembert est actuellement assistante du Directeur des opérations chez Solidarités International. Après avoir effectué des études de droit et de relations internationales, elle suit actuellement le Master NOHA (Master Conjoint Erasmus Mundus en Action Humanitaire Internationale).

 

[1] Il s’agit d’un droit prévu notamment dans différents textes juridiques internationaux, tels que la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966.

[2] FAO. (2024). The State of Food Security and Nutrition in the World 2024 https://doi.org/10.4060/cd1254en

[3] 2024 Global Report on Food Crises. (2024), Food Security Information Network https://www.fsinplatform.org/report/global-report-food-crises-2024/

[4] IPC Overview and Classification System | IPC – Integrated Food Security Phase Classification (ipcinfo.org)

[5] IPC_Famine_Review_Committee_Report_Sudan_July2024.pdf (ipcinfo.org)

[6] IPC_Famine_Review_Committee_Report_Gaza_June2024.pdf (ipcinfo.org)

[7] Cash Consortium of Sudan (CCS), “From Feasible to Life-Saving – The Urgent Case for Cash at Scale in Sudan” (April 2024) https://reliefweb.int/report/sudan/cash-consortium-sudan-ccs-feasible-life-saving-urgent-case-cash-scale-sudan-april-2024

[8] Alimentation ancrée : les marchés territoriaux comme piliers de la résilience et de la sécurité alimentaire. (2024). IPES-FOOD ((international panel of experts on sustainable food systems). https://ipes-food.org/fr/report/alimentation-ancree/

Je vous invite à lire ces articles publiés dans l’édition :

Lettre humanitaire à Jean Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères de la France.

Humanitaire en Ukraine. Entretien avec Nicolas Ben-Oliel, chef de mission de Première Urgence International en Ukraine.

« Il faut entretenir la flamme de l’engagement » , Entretien avec Eric GAZEAU, Directeur général et fondateur de l’association Résonances Humanitaires

Les défis démographiques : Perspectives de la population mondiale 2024 des Nations-Unies UNDSA

Dernières Nouvelles Humanitaires.

Ukraine : reportage, témoignages, dangers.

Place Maïdan à Kiev devant les drapeaux et les photos des soldats Ukrainiens morts au combat. Photo AB

Il est 4 h du matin à Kiev quand les sirènes d’alarme lancinantes retentissent sur la ville endormie. Dans la chambre d’hôtel, un haut-parleur nous invite à descendre dans l’abri sous-terrain.

Le lendemain matin, je suis à l’hôpital Okhmadyt sur lequel un missile russe s’est abattu il y a quelques jours, le 8 juillet. Sergii Nagoriansky, conseiller du directeur, nous fait visiter cet hôpital pédiatrique de référence, l’équivalent de l’hôpital Necker à Paris.

Il témoigne « Ce jour-là un des missiles a détruit le bâtiment de dialyse. Au milieu des flammes et de la fumée, les parents des enfants hospitalisés, des voisins ont immédiatement commencé les opérations de sauvetage avec Victor Liashko, ministre de la santé, arrivé sur place ».

L’hôpital 0khmadyt comprend 16 bâtiments dont un a été détruit et 5 autres endommagés. 300 personnes ont été blessés dont 90 enfants immédiatement évacués vers d’autres hôpitaux dont les enfants en cours d’opération. Le grand père d’un enfant a été tué ainsi qu’une jeune infirmière, Svitlana Loukyantchyk, 29 ans. Depuis le 24 février 2024, ces bombardements sont quotidiens et peuvent frapper à tout moment et partout.

Svilana Loukyantchyk, infirmière tuée le 8 juillet à l’hôpital Okhmadytà Kiev. Photo AB.

Sur la fameuse place Maïdan, au centre de Kiev, il y a une forêt de drapeaux et de photos de soldats tués au front depuis 2014. Maïdan, la place où tout a commencé en 2014 avec un mouvement d’opposition massif au pouvoir pro Russe en place.

Vidéo Alain Boinet place Maïdan à Kiev.

Il y a quelques jours, j’étais à Lviv, ville près de la frontière polonaise. C’est là que nous avons découvert par hasard dans une bibliothèque, sur la place centrale du Rynek, des civils qui fabriquaient des filets de camouflage pour les soldats sur le front. Dans l’église voisine, des centaines de photos de soldats tués témoignent que c’est toute une société qui est en deuil et que chaque famille est confrontée à une guerre qui dure maintenant depuis 10 ans !

Mia fabrique àLviv avec d’autres bénévoles des filets de camouflage pour les soldats au front. Photo AB

Lundi 26 août 2024, ce sont encore 200 missiles et drones qui se sont abattus sur Kiev et sur une quinzaine de régions, détruisant notamment des centrales thermiques et hydroélectriques. Sans électricité, ce sont les pompes à eau qui s’arrêtent, il n’y a plus d’eau courante, plus d’évacuation des eaux usées. L’Ukraine a déjà vu détruire 27 gigawatts de sa capacité de production, il ne lui reste que 9 GW alors que la demande sera de 18 GW cet hiver.

L’aide humanitaire est plus que jamais d’actualité dans un pays de 43 millions d’habitants qui selon OCHA compte 6,5 millions de réfugiés, 3,548 millions de déplacés et qui a vu le retour de 4,5 millions de personnes qui nécessitent d’être accompagnées pour se réinstaller souvent ailleurs que chez elles.

Aujourd’hui, la guerre fait rage à l’est du pays qui concentre 70% des forces militaires en présence et où les Russes ne cessent d’avancer pour s’emparer de la ville de Pokrovsk qui compte 60.000 habitants. Leur objectif est de prendre le contrôle complet des territoires de Donetsk et de Louhansk ainsi que de Kherson et Zaporijjia dont ils ont déjà déclaré le rattachement à la Russie. Au moment où j’écris ces lignes, la population est invitée à évacuer Pokrovsk dont les Russes ne sont plus qu’a une poignée de kilomètres.

L’offensive surprise réussie de l’armée Ukrainienne dans la région de Koursk en Russie même, qui a pris de cours l’armée de Moscou le 6 août, sera-t-elle suffisante pour soulager le front principal de Donetsk ou va-t-elle constituer un nouveau front ? Cette action d’éclat qui a pris tout le monde de court aura-t-elle des conséquences sur les fameuses « lignes rouges » relatives à l’emploi des armes occidentales en Russie et sur les menaces de riposte du Kremlin ?

Première Urgence Internationale Consultation médicale à Ivano-Frankivska – Tetiana Miedviedieva

A Lviv, j’ai rencontré le chef de mission de Première Urgence Internationale (PUI), Nicolas Ben-Oliel, qui est en Ukraine depuis plus de deux ans, ainsi qu’Iryna, Ukrainienne, coordinatrice à Lviv. Première Urgence Internationale est présente depuis 2015 avec 200 personnes réparties sur quatre bases à Lviv, Dnipro, Kharkiv et Kiev.

L’association est particulièrement engagée dans le domaine de la santé, notamment la santé mentale et la protection tout en menant des projets d’aide en argent, de réhabilitation d’abris, de produits de première nécessité non alimentaire. Première Urgence Internationale coordonne un consortium d’ONG (Solidarités International, Action Contre la Faim, Triangle Génération Humanitaire, Handicap International) pour un montant de 100 millions de dollars sur 27 mois.

En Ukraine, il y a environ 600 ONG à l’oeuvre, principalement ukrainiennes, et plus d’une centaine d’entre elles, moitié ukrainienne moitié internationale, sont membres d’une plate-forme de coordination piloté par un comité de 5 ONG dont PUI. Nicolas constate une diminution drastique des financements humanitaires alors que les besoins d’urgence sont toujours bien là, notamment pour les hôpitaux, tout en constatant une forte augmentation des mécanismes de financement structurel concernant l’Etat et des entreprises.

Avec une longue expérience d’une quinzaine d’années dans l’aide humanitaire, Nicolas est engagé avec l’Equipe Humanitaire Pays (Humanitarian Country Team) en lien avec les clusters des Nations-Unies afin d’améliorer les mécanismes de coordination de la réponse humanitaire à l’échelon local (Area Bases Coordination). Une autre préoccupation majeure est celle du chauffage et de l’électricité pour les populations durant l’hiver qui est rude ici avec des températures pouvant chuter à moins 20 degrés dans les mois à venir.

Distribution de briquettes de charbon pour le chauffage à Kamianka, 27 décembre 2023. ©Solidarités International

Priorité partagée par Mathieu Nabot, directeur pays en Ukraine pour l’ONG Solidarités International. Mathieu et son équipe se préparent depuis des mois pour les distributions de moyens de chauffage dès le mois d’octobre.

Solidarités International est engagée depuis mars 2022 en Ukraine, en particulier dans les domaines de l’eau et l’assainissement ainsi que des abris à partir de ses bases à Mykolaïv, Dnipro, Kharkiv et Kiev avec 110 personnes sur le terrain. Comme Nicolas, Mathieu constate une forte diminution des financements humanitaires alors que la guerre se poursuit, que des populations sont sous les bombes et doivent être évacuées. C’est le rôle que s’est fixé un Groupe de Travail et de témoignage (Advocacy Working Group) dans le cadre de la Plateforme des ONG pour remobiliser les institutions qui financent l’aide humanitaire.

Simultanément, Solidarités International est engagé dans un important programme de type Nexus coordonnant urgence, reconstruction et développement avec le Centre de Crise et de Soutien (CDCS) du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, l’Agence Française de Développement (AFD) et la Fondation VEOLIA et son cabinet d’ingénierie, avec une forte composante formation dans le domaine de l’eau et de l’assainissement.

Ce qui anime manifestement Mathieu, c’est la volonté de poursuivre une aide humanitaire au plus près des lignes de front, de concrétiser le Nexus et de se recentrer de plus en plus sur une approche géographique intégrée et qualitative.

Enfants de soldats ukrainiens tués au combat. Photo AB.

En Ukraine, j’ai rencontré un grand nombre d’habitants me disant « Nous vous remercions beaucoup pour votre aide. Mais nous avons besoin d’un surcroit de soutien pour nous en sortir ». Et l’aide humanitaire n’échappe pas à cet espoir. En effet, selon OCHA, si l’appel des Nations-Unies pour l’Ukraine a été de 3,1 milliards de dollars pour secourir cette année 8,5 millions d’Ukrainiens sur 15 millions ayant besoin d’aide, celui-ci n’a recueilli que 28% de la somme nécessaire à la fin juin ! Comment agir efficacement avec si peu de prévisibilité au moment même où tous les acteurs humanitaires engagés constatent une diminution drastique des moyens indispensables pour secourir les populations victimes d’une guerre de grande intensité. Un sursaut est nécessaire pour sauver toutes les vies menacées possibles.

Je voudrai conclure en partageant avec vous une réflexion qui s’inscrit dans le temps de l’histoire. Je m’exprime ici à titre personnel sur la base de faits historiques. En Ukraine comme en Pologne, dans les pays Baltes comme dans les autres pays jadis occupés par l’Union Soviétique durant près de 50 ans, l’état d’esprit des populations n’est pas celui des opinions publiques des pays situés à l’ouest du continent européen, comme la France.

En Pologne on pense toujours au Pacte Ribbentrop-Molotov qui vit Hitler et Staline en 1939 envahir, se partager et supprimer un pays et martyriser un peuple. Il faut visiter le musée de l’Insurrection de Varsovie du 1 août 1944 et le musée Juif pour le ressentir quasi physiquement.

En Ukraine, la famine organisée par Staline en 1932-1933 qui tua délibérément des millions d’Ukrainiens est toujours présente à l’esprit des survivants des générations suivantes. L’histoire d’aujourd’hui est pour ces populations la suite de cette histoire passée qu’elles ne veulent pas voir se reproduire. Aujourd’hui, en Ukraine, nous atteignons un possible point de bascule décisif pour l’Ukraine et pour ses alliés, singulièrement pour les pays de l’Europe.

Au moment où nous fêtons le 80ème anniversaire du débarquement de Normandie, du débarquement de Provence, la libération de Paris le 25 août 1944, il est nécessaire de se remémorer cette histoire que nous partageons avec les peuples d’Europe centrale et orientale avec lesquels nous partageons un destin commun.

Au moment de quitter l’Ukraine, je reçois le message d’une ONG qui m’a inscrit sur sa liste d’alerte : Attention, décollage de deux avions Tupolev 95 de la base aérienne d’Engels. Arrivée sur la ligne de tir des missiles entre 4h30 et 5h du matin. Puis nouveau message à 4h05 : « Tir de missiles des Tupolev 95 plus tôt que prévu. Restez dans les abris jusqu’à la fin de l’alerte ».

Alain Boinet.

Vidéo Alain Boinet place Maïdan à Kiev.

PS 1/ Je remercie tous ceux qui nous apporté leur aide pour ce reportage en Ukraine.

PS 2/ Merci de votre soutien (faireundon) à Défis Humanitaires.

 

Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne www.defishumanitaires.com. Il est le fondateur de l’association humanitaire Solidarités International dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources. Il continue de se rendre sur le terrain (Syrie du nord-est, Haut-Karabagh/Artsakh et Arménie) et de témoigner dans les médias.

 

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