L’humanitaire en quête d’avenir

© UN News – Des enfants à Gaza attendent que leurs casseroles vides soient remplies de nourriture

Les crises humanitaires sont produites par les guerres, catastrophes et épidémies, le plus souvent dans des pays pauvres. La réponse à ces crises relève d’abord de la solidarité nationale de proximité, puis avec les secours des organisations humanitaires internationales. Celles-ci dépendent à leur tour, d’une part des capacités d’intervention des acteurs humanitaires, d’autre part des financements publics et privés, ensuite de l’accès aux victimes et, enfin, de la coopération entre les acteurs des secours sur le terrain.

La forte baisse des financements publics humanitaires, la fragmentation géopolitique et l’érosion du droit international humanitaire impactent gravement les secours aux victimes.

Ainsi, la guerre américano-israélienne contre l’Iran a entre autre pour effet immédiat de bloquer tout le commerce dans le détroit d’Ormuz avec des conséquences mondiales multiples qui affectent notamment l’exportation des engrais nécessaires à l’agriculture, singulièrement dans les pays les plus pauvres. Cela risque fort aussi de provoquer une crise alimentaire au Moyen-Orient ! Cette guerre s’étend au Liban qui compte déjà plus d’un million de déplacés dont 350.000 enfants, plus d’un millier de morts et le risque d’une annexion du sud-Liban sans retour possible des populations comme Israël le déclare.

Cet éditorial, comme tous les articles de cette édition de Défis Humanitaires, visent à apporter analyse, témoignage, exemple, outil aux lecteurs comme aux acteurs de la géopolitique, de l’humanitaire, de leurs partenaires ainsi que des parlementaires,  journalistes, Think Tank et Universités, abonnés et donateurs qui permettent la publication de Défis Humanitaires.

 

Les facteurs du changement géopolitique global.

L’invasion russe de l’Ukraine, l’enlèvement du président Maduro au Vénézuéla, la seconde élection de Donald Trump, l’attaque américano-israélienne contre l’Iran et d’autres menaces bouleversent les relations internationales au risque de dénier le droit même.

Le retour des Empires, l’affirmation symétrique des États-nations et l’émergence des pays du « Sud global » contribuent fortement à cette dynamique de fragmentation-conflit-recomposition en cours.

Dans ce contexte, le président de la première puissance au monde, Donald Trump a pour seul programme « America Trump first » qui mêle tout à la fois isolationnisme et interventionnisme dans toutes les affaires du monde sur la base du « deal » des rapports de force et d’intérêt.

Réunion des chefs d’Etat et de gouvernement à Londres pour soutenir Volodymyr Zelenky après son altercation avec Donald Trump le 28 février à la Maison Blanche.© European Union, 2025

Cette agressivité aura pour conséquence inverse de radicaliser tous les acteurs et toutes les situations comme nous le constatons par l’augmentation des budgets de défense ! Ce monde est-il ainsi plus sûr et cette escalade permanente ne conduit-elle pas inévitablement à la guerre sous toutes ses formes ?

Et cela ne règle en rien, au-delà des intérêts légitimes de chaque pays, les défis de l’humanité entière qui sont autant de sources de dangers collectifs :  dérèglement climatique, fonte des glaciers, pollution, disparition de la biodiversité, crise de l’eau potable, épidémie, démographie, économie criminelle, prolifération possible du nucléaire militaire etc….

Dans ce nouveau contexte, l’affaiblissement de l’ONU comme du multilatéralisme diminue d’autant les instances de régulation par la négociation.

Et pourtant, il faut bien coordonner le commerce mondial nécessaire à 8 milliards d’êtres humains qui seront 10 milliards dans 25 ans avec un doublement de la population en Afrique ! Ou sont les plans pour anticiper ce choc démographique ? Quelles seront les conséquences de l’impréparation ?

 

Forces, faiblesses et perspectives humanitaires.

Dans un contexte nouveau où nous voyons s’affaiblir le droit international et où l’humanitaire va sans doute perdre la moitié de ses ressources financières publiques, il est utile de faire un état des lieux pour identifier ses forces, afin de les optimiser, et ses faiblesses, pour les corriger, et envisager d’autres voies et moyens qui restent à inventer.

Sans prétendre à l’exhaustivité, ces forces sont d’abord celles de l’engagement, de la motivation à agir pour sauver des vies. Ce sont aussi la réactivité, le pragmatisme tout autant que l’expérience et l’expertise des métiers. Il y a les réseaux de soutien des donateurs, de la coordination des organisations auprès des bailleurs comme sur le terrain. Sans oublier surtout la proximité avec les populations, les opinions publiques, les médias, les pouvoirs publics tant dans les pays qui collectent l’aide que dans les pays où elle est mise en œuvre pour les populations en danger.

Du côté des faiblesses, notons le peu d’anticipation stratégique compensé, il est vrai, par un forte capacité d’adaptation. Soulignons également la faiblesse d’une communication qui s’adresse surtout à ses émetteurs et qui, malgré le soutien des donateurs, a du mal à sortir de son silo et à acquérir une influence plus large. Les modèles économiques des ONG, à quelques rares exceptions près, sont ou bien fragiles ou dépendants et sans beaucoup de capacités d’investissement et de renouvellement.

L’équipe mixte Solidarités International-Véolia autour d’un Aquaforce 2000 en Ukraine. Photo : Fondation Veolia

Cet état des lieux rapide jette les bases d’autant de chantiers dans le but de se renforcer tout en s’adaptant, voire en changeant. Dans cette perspective, soulignons quelques-unes des pistes de progression possible.

  • Créer de nouvelles alliances avec les donateurs particuliers, les bailleurs institutionnels, les entreprises et fondations, les médias, les centres de recherche et entre organisations humanitaires elles-mêmes.
  • Renouveler la communication en documentant les conséquences humaines des crises avec des exemples concrets et mobilisateurs.
  • Mieux mesurer l’impact de l’action mise en oeuvre et montrer au public en quoi les moyens mobilisés améliorent l’existence des populations en danger et sauvent des vies tout en mettant en place des réponses durables aux besoins essentiels.
  • Montrer comment l’innovation et la mutualisation permettent d’être plus proche des populations, d’aller plus vite, d’être plus efficace et d’optimiser les ressources et chaque euro.
  • À un niveau plus stratégique, montrer en quoi la sécurité humaine est une des conditions de la sécurité internationale ainsi que pourquoi et comment la solidarité nationale est compatible avec la solidarité internationale.
  • Partager, illustrer et promouvoir les principes humanitaires d’humanité, de neutralité, d’impartialité et d’indépendance comme alpha et oméga de l’action en évitant les risques de politisation et de division qui nous affaibliraient.

Défis Humanitaires n’a pas de réponse à tout, mais notre revue recherche des pistes, des solutions, des options dans et en dehors de la « boite à outils ». N’hésitez pas à nous adresser vos commentaires et propositions à : contact@defishumanitaires.com

 

L’engagement de Défis Humanitaires avec vous.

Défis Humanitaires, c’est une association selon la loi de 1901 qui publie une revue en ligne indépendante et gratuite mais qui a un coût pris en charge par le bénévolat des membres de son comité d’experts et des nombreux auteurs d’articles (liste complète des auteurs), par des réseaux humanitaires et géopolitiques et par des donatrices et donateurs qui rendent possible chaque nouvelle édition.

Si nous raisonnions en termes de « business model », il n’y aurait rien. Ce qui fait la différence pour Défis Humanitaires, ce sont les convictions, l’engagement, l’expérience acquise, les amis, donateurs, auteurs sans lesquels cela n’existerait pas. Et c’est aussi maintenant l’émergence d’une nouvelle période géopolitique où la confrontation s’installe et où la guerre menace au moment même ou les financements publics humanitaires et de développement s’effondrent sur eux-mêmes alors que les besoins s’accroissent.

Ce numéro 111 est emblématique de notre revue. Vous allez découvrir un passionnant entretien avec Maurice Gourdault-Montagne, diplomate chevronné, qui explicite pour nous le passé et éclaire le présent et l’avenir. Nous sommes très motivés de publier des témoignages d’ONG comme Électriciens Sans Frontières (ESF), avec son président Hervé Gouyet, qui nous présente les résultats de 4 années d’engagement en Ukraine.

© Électriciens Sans Frontières – Électriciens Sans Frontières en Ukraine

De même avec le témoignage de l’association Solinfo au Bangladesh depuis 22 ans avec un retour terrain qui nous embarque avec Thierry Liebaut, son secrétaire général qui en revient. Dans le domaine de l’innovation, après la présentation le mois dernier du formidable outil, le Solis bot, Antoine Vaccaro de Force For Good nous expose une remarquable analyse de la philanthropie en temps de chaos. Dans le domaine de l’accès à l’eau potable dans le monde et des Objectifs de Développement Durable (ODD 2015-2030), Gérard Payen, vice-président du Partenariat Français pour l’Eau, dresse un état des lieux et des enjeux stratégiques du prochain Sommet Mondial de l’ONU pour l’eau qui aura lieu au mois de décembre 2026 à Abou Dhabi.

 

Un nouveau Défis Humanitaires.

Face aux bouleversements géopolitiques et humanitaires en cours, notre revue doit s’adapter, évoluer, changer pour mieux répondre à sa mission comme aux attentes des lecteurs.

Cette démarche concerne tout autant le fond que la forme. Comment faire évoluer notre ligne éditoriale dans le nouveau contexte géopolitique ? Comment décrypter les signaux de l’actualité pour anticiper le monde qui vient ? Comment repositionner l’humanitaire impacté par la baisse drastique des financements publics qui le touche de plein fouet ? Comment mobiliser de nouveaux partenaires et alliés ? Comment s’adapter, changer, se réinventer ?

Comment adapter notre maquette et proposer de nouvelles fonctionnalités aux lectrices et lecteurs ? Dans quelle voie d’identité graphique s’engager pour mieux exprimer une ligne éditoriale renouvelée ?

N’hésitez pas à nous faire part de votre opinion sur ces questions. C’est très simple en nous écrivant à contact@defishumanitaires.com

Mais, pour y parvenir, si le bénévolat est essentiel, il n’est pas suffisant pour y parvenir. Nous avons le plus grand besoin de votre soutien pour financer le coût de cette nouvelle maquette ainsi que le renforcement de la rédaction afin de concrétiser le développement éditorial des articles, témoignages, entretiens et de l’iconographie.

Je fais donc appel à la générosité de nos lectrices et lecteurs qui sont nos plus proches et fidèles soutiens en vous invitant à faire un don sur (faireundon) pour lequel vous recevez un reçu fiscal permettant une réduction d’impôts de 66% de son montant.

Un grand merci de votre soutien à Défis Humanitaires, une revue mensuelle unique qui espère bien réaliser ce projet grâce à vous. Merci.

Alain Boinet.

Président de Défis Humanitaires.


Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne www.defishumanitaires.com. Il est le fondateur de l’association humanitaire Solidarités International dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources. Il continue de se rendre sur le terrain (Syrie du nord-est, Haut-Karabagh/Artsakh et Arménie) et de témoigner dans les médias.


Découvrez les autres articles de cette édition :

2026, un monde sans dessus dessous ?

Le président vénézuélien Nicolàs Maduro escorté par des agents des forces fédérales lors de son arrestation dans la nuit du 3 janvier 2026. © Rapid Response 47 (réseaux sociaux)

Bonne année d’abord et avant tout en vous présentant nos vœux les plus cordiaux pour 2026, pour vous, vos familles et vos projets. Nous vous remercions pour votre fidélité et de votre soutien en vous annonçant un nouveau projet de Défis Humanitaires présenté en conclusion de notre éditorial.

L’année 2026 commence de manière spectaculaire avec l’enlèvement par les Etats-Unis du président vénézuélien, Nicolàs Maduro et de sa femme Cilia Flores, samedi 3 janvier en pleine nuit à Caracas lors d’une opération militaire chirurgicale. Sa photo de prisonnier a fait le tour du monde et Donald Trump a assisté en direct à son arrestation « comme à la télévision ». Cela nous rappelle l’Irak et Saddam Hussein !

Lors d’une conférence de presse nocturne Donald Trump a notamment déclaré prendre le contrôle du Vénézuéla pour « nous assurer d’une transition sûre, appropriée et avisée ». Nous verrons ce qu’il en est, la suite pouvant se révéler plus compliquée. Malgré toutes les critiques que l’on peut faire du régime dictatorial de Nicolàs Maduro, ce coup de force soulève la question du respect de la souveraineté des Etats-nations et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

« Fini l’idéalisme utopique, place au réalisme pur et dur ». Pete Hegseth.

Ce à quoi nous assistons c’est la mise en œuvre de la nouvelle « Stratégie nationale de sécurité des Etats-Unis ». Et, plus précisément, la réaffirmation avec force de la doctrine Monroe pour « restaurer la prééminence américaine dans l’hémisphère occidental » c’est-à-dire sur l’Amérique Latine assortie du « corolaire Trump ».

Voilà tous les pays de la région prévenus de ce qui peut les attendre, comme des pays extérieurs qui s’aventureraient à s’ingérer dans cette sphère d’influence exclusive ! Cela promet des rebondissements à venir.

Ce à quoi nous assistons au Vénézuéla est une parfaite illustration de la nouvelle stratégie des Etats-Unis de Donald Trump. Plus de grandes croisades sans fin au risque de l’enlisement contre l’axe du mal et pour soi-disant démocratiser l’univers. Mais une force au service des seuls intérêts américains basée sur une supériorité massive au niveau militaire, économique et technologique.

Si Trump n’est pas un va-t’en guerre néo-conservateurs selon les experts, c’est le « shérif » qui s’affranchit du droit et « qui a ordonné plus de frappes en un an que Biden au cours de ses quatre années de mandat » (Le Grand Continent). Ce n’est plus l’hyperpuissance au service d’une mondialisation du libre-échange, mais une force déterminée et ciblée au bénéfice de la suprématie américaine pour les décennies à venir.

Stratégie nationale de sécurité des Etats-Unis.

Le président Donald J. Trump tient une conférence de presse à Palm Beach, en Floride, le 3 janvier 2026, en compagnie du secrétaire d’État Marco Rubio, du secrétaire à la Guerre Pete Hegseth et du général de l’armée de l’air Dan Caine, président du Comité des chefs d’état-major, pour discuter de l’opération Absolute Resolve à Caracas, au Venezuela. ©Maison Blanche

 

Cette nouvelle stratégie sonne la fin de la politique étrangère des Etats-Unis depuis 1945. Ce document est un véritable réquisitoire contre les élites qui ont conduits la politique américaine après la Guerre froide. Au centre de cette doctrine trône dorénavant un slogan appelé à devenir un mot d’ordre « la paix par la force » qui peut être le Cheval de Troie de bien d’autres appétits et objectifs sans frontières.

N’en doutons pas, cette stratégie est déjà à l’œuvre et va aller crescendo, en s’adaptant si nécessaire. Elle concerne tout autant la politique intérieure que les grands protagonistes internationaux. Elle a le mérite de la clarté.

Ainsi, si le sort de l’Amérique du Sud est celui de la doctrine Monroe de souveraineté limitée comme au temps de Brejnev avec l’Europe centrale et orientale, l’Europe d’aujourd’hui est considérée comme un continent déclinant manquant de confiance et d’identité et dont il faut cependant « promouvoir la grandeur » nécessaire aux Etats-Unis à l’aide d’un programme de redressement « made in Trump ».

Et de souligner que l’Europe a perdu des parts du PIB mondial, passant de 25% en 1990 à 14% aujourd’hui ! Cela devrait d’ailleurs nous secouer pour sortir de notre torpeur. La faiblesse est désormais incompatible avec la liberté, la prospérité, l’indépendance et la souveraineté dans le monde de Trump, Xi Xinping, Poutine, Erdogan où la force est la condition sine qua non de l’existence.

Face à cette stratégie qui privilégie le bilatéral face au multilatéral, la souveraineté face aux institutions internationales, le national face à l’internationalisme et qui entend assurer son hégémonie tout en déclarant « ne pas vouloir dominer le monde et ne pas changer les différences », l’Europe est conduite à se reposer la question de ses fondations qui sont celles des nations qui la constituent et qui sont sa légitimité politique et sa force morale. Seules ces nations seraient vassalisées, ensemble elles le seront tout autant si l’Europe ne se réinvente pas dans le monde tel qu’il devient.

Les pays membres et l’Union Européenne, fondée à l’origine sur la paix, le droit et le commerce, ne peuvent pas ne pas se poser la question de leur existence dans un monde dominé par le retour des empires, l’emploi de la force et le lâchage des Etats-Unis.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le président français Emmanuel Macron ont coordonné leurs positions en amont de la réunion des dirigeants des pays participant à la Coalition des volontaires, tenue à Paris le 6 janvier 2026. ©Gouvernement ukrainien

Alors qu’une Conférence de la Coalition des pays volontaires pour soutenir l’Ukraine se tient mardi 6 janvier à Paris, la position américaine est limpide. Négocier une cessation rapide des hostilités et rétablir une stabilité stratégique avec la Russie. On voit là l’idée de la « realpolitik » des sphères d’influence mais aussi l’objectif de disjoindre « l’alliance indéfectible » de la Russie avec la Chine devenue l’adversaire systémique depuis Barak Obama.

Pour l’Europe et ses pays comme pour la Pologne, les Pays Baltes qui connaissent de près la Russie, la question se pose très différemment. Quel sera le prix de la fin de la guerre et quelles garanties de sécurité pour l’Ukraine et ses voisins ? C’est tout l’enjeu y compris pour les Etats-Unis.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur la Stratégie nationale de sécurité des Etats-Unis. Vous trouverez dans cet édition l’excellent article de Pierre Brunet que je vous invite à lire à ce sujet.

Et l’humanitaire dans tout cela ?

Les Gazaouis font la queue pour obtenir de la nourriture dans une cuisine communautaire à Deir al Balah. ©UNOCHA Olga Cherevko

Pour aller à l’essentiel, l’équation est simple et brutale. Les besoins humanitaires vont en augmentant mais les moyens chutent drastiquement. Il s’agit non seulement des crises en cours, mais aussi d’anticiper ce que 2026 nous réserve : épidémie, catastrophe et guerre sur fond de pauvreté extrême.

La crise ouverte au Vénézuéla qui compte déjà des millions et millions de réfugiés du pouvoir dictatorial de Nicolàs Maduro, se résoudra-t-elle pacifiquement dans les urnes ? Nous l’espérons. Le coup de force des Etats-Unis au Vénézuéla sera-t-il bientôt suivi d’autres comme l’annonce Donald Trump ? Sans parler de l’exemple que le Vénézuéla pourrait inspirer en provoquant une compétition géopolitique faite de prédation et de violence.

Maintenant, où en sommes-nous  sur le plan des ressources humanitaires. L’année 2025 est bien celle de la bascule des financements. Pour mémoire, l’appel des Nations-Unies avec OCHA était de 45,46 milliards de dollars destinés à secourir 181,2 millions de personnes en danger. Devant la chute brutale des financements des Etats-Unis et d’autres pays, OCHA a dû revoir son plan à la baisse le 16 juin 2025 pour un budget de 29 milliards de dollars destinés à 114 millions de personnes.

Pour rappel, l’évaluation initiale des personnes ayant besoin d’une aide vitale était de 300 millions de personnes dans 72 pays. Ce qui a fait dire à Tom Fletcher « Nous avons été forcés de faire un tri de la survie humaine ». Finalement, le budget 2025 a été de 23,23 millions de dollars dont 13,41 pour l’appel consolidé et 9,9 millions provenant d’autres fonds.

L’ONU a lancé un appel pour 2026 de 23 milliards de dollars pour secourir 87 millions de personnes frappés par la guerre, les catastrophes, les épidémies et l’effondrement des récoltes en indiquant qu’il faudrait réunir au total 33 milliards pour répondre aux besoins essentiels de 135 millions de personnes dans 50 pays.

Qu’en sera-t-il ? La baisse de l’aide humanitaire va t’elle se stabiliser ou se poursuivre et avec quelles conséquences humaines ? Ce qui est certain c’est que les humanitaires doivent se mobiliser sans réserve pour lutter contre le reflux et l’abandon qui est en cours. Sans parler de nouvelles conditionnalités risquant de mettre en cause les principes humanitaires et le poids d’une redevabilité toujours plus pesante et paralysante.

Les Etats-Unis viennent de promettre 2 milliards de dollars pour l’aide humanitaire avec 3 conditions pour l’ONU : une réforme structurelle, la centralisation du contrôle et une stricte redevabilité tout en prévenant que l’usage de ces fonds devaient répondre aux « intérêts nationaux américains » et que des pays en étaient exclus comme l’Afghanistan, le Yémen et Gaza. Il va donc falloir que les autres acteurs qui financent l’aide humanitaire compensent les absences des Etats-Unis et mobilise les ressources suffisantes pour les victimes des grandes crises.

Le droit humanitaire international battu en brèche.

De la nourriture d'urgence est distribuée à Kryvorizhzhia, dans la région de Donetsk, sur la ligne de front, en Ukraine.
© WFP/Sayed Asif Mahmud De la nourriture d’urgence est distribuée à Kryvorizhzhia, dans la région de Donetsk, sur la ligne de front, en Ukraine.

Autre signe des temps, les autorités israéliennes confirment l’interdiction à 37 ONG humanitaires internationales de continuer d’apporter de l’aide à Gaza si elles ne communiquent pas d’ici le 1er mars la liste de leurs employés palestiniens. Du point de vue des principes humanitaires, ces ONG ont raison et doivent être soutenues.

Cela nous rappelle l’expulsion de toutes les ONG de Kaboul par les Talibans dans les années 1995, mais aussi celle de plus de 30 ONG du Rwanda en 1996 par le pouvoir de Paul Kagamé et, enfin, l’expulsion manu militari de 14 ONG du Darfour par le président Omar El Béchir en 2009 suite à sa condamnation par la Cour Pénale Internationale.

Sans annulation de cette interdiction demandée par de nombreux pays et par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, cela entrainera des conséquences humanitaires immédiates pour la population de Gaza déjà fortement éprouvée. Mais l’objectif est peut-être justement de les remplacer par une structure installée et contrôlée par Israël.

L’espace humanitaire à venir ne se réduit pas seulement par des capacités budgétaires fortement diminuées, mais également par les accès qui lui seraient interdits dès lors que les ONG gêneraient et qu’elles n’auraient plus le soutien suffisant de grands acteurs internationaux et des opilions publiques.

En ce début d’année 2026, l’enlèvement de Nicolas Maduro et l’interdiction de 37 ONG à Gaza sont des signaux significatifs de changements qui nécessitent des réponses individuelles et collectives à la hauteur des enjeux.

L’aggiornamento de Défis Humanitaires et un nouveau projet.

Dans ce contexte de rupture il est indispensable pour Défis Humanitaires d’évoluer, de s’adapter afin de poursuivre notre mission d’information, de débat, d’alerte et de proposition.

Cela est d’autant plus vrai, que nous sommes de plus en plus confrontés à la désinformation, à des vérités dites alternatives et des campagnes cyber de manipulation de grande envergure.

Cette évolution concerne d’abord la ligne éditoriale qui doit donner plus de place à la géopolitique humanitaire des crises, aux liens entre choix politique et conséquences comme avec l’Aide Publique au Développement. De même, le contexte nous conduit à développer les sujets liés à l’innovation, la mutualisation, au financement et à un plaidoyer plus effectif en direction des pouvoirs publics et des médias.

L’autre axe majeur de notre évolution concerne le support lui-même avec un changement de maquette de type média-presse bénéficiant de nouvelles fonctionnalités pour mobiliser plus de lecteurs, un accès facile et rapide aux archives et à une traduction de nos articles dans un plus grand nombre de langues.

Défis Humanitaires est une revue indépendante, gratuite mais qui a un coût. Si ce coût est celui du bénévolat, il nécessite aussi des financements indispensables pour faire appel à une agence spécialisée compétente pour concevoir la nouvelle maquette. De même, l’évolution de la ligne éditoriale et des éditions suppose un renforcement de la rédaction.

Aussi, en ce début d’année, je lance un appel à tous nos lecteurs qui sont nos meilleurs alliés pour financer ce développement grâce à leur soutien en rappelant que votre don est déductible à hauteur de 66% de son montant et que vous pouvez le faire dès aujourd’hui ici : Votre don est un levier d’action humanitaire, un grand merci. – Helloasso.

Je vous en remercie par avance et vous présente encore mes meilleurs vœux en vous assurant que vous pourrez compter sur Défis Humanitaires.

Alain Boinet.

Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne www.defishumanitaires.com. Il est le fondateur de l’association humanitaire Solidarités International dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources. Il continue de se rendre sur le terrain (Syrie du nord-est, Haut-Karabagh/Artsakh et Arménie) et de témoigner dans les médias.


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