Le défi de la « réinvention » humanitaire

 

2025, Khiam, Liban ©PUI

Alors qu’une cour d’appel fédérale est venue valider le 13 août dernier les coupes budgétaires infligées par l’Administration Trump à l’aide internationale[1], il convient de s’interroger sur les dynamiques sous-jacentes à ce retournement de l’histoire, au-delà de ses conséquences immédiates et le plus souvent dramatiques pour les populations les plus vulnérables de la planète.

Le secteur humanitaire vit sans doute la crise existentielle la plus ardue de son histoire, et ce constat n’est plus réellement à démontrer. En effet, les études et les analyses se sont multipliées ces derniers mois et ont tenté d’alerter et de convaincre, à longueur d’articles, sur les risques prévisibles et les effets dévastateurs des coupes budgétaires annoncées par les principaux financeurs de l’aide internationale. Parmi celles-ci, le gel puis la suppression de plus de 80% de l’aide américaine, avec en point d’orgue le démantèlement de l’USAID[2], sont un réel cataclysme pour les millions de personnes qui dépendaient pour leur survie des programmes soutenus jusque-là par l’agence US. Une modélisation publiée début juillet par la revue The Lancet établit que les réductions budgétaires envisagées pourraient notamment entrainer la mort de 14 millions de personnes (dont plus de 4.5 millions d’enfants)[3]. « Elles risquent d’interrompre brutalement, voire d’inverser, deux décennies de progrès pour la santé des populations vulnérables. Pour de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire, le choc qui en résulterait serait d’une ampleur comparable à celle d’une pandémie mondiale ou d’un conflit armé majeur », a commenté Davide Rasella, coauteur de l’étude et chercheur au Barcelona Institute for Global Health, cité dans un communiqué[4]. D’autres analyses viennent corroborer ces projections, estimant par exemple que 2.3 millions d’enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère ne pourront plus bénéficier des traitements nécessaires à leur guérison, dans de nombreux pays dont les systèmes de santé sont défaillants[5].

Des chiffres qui donnent le vertige, au regard des leçons de l’Histoire, des ambitions affichées depuis des décennies par la communauté internationale en termes de développement durable[6], et plus globalement du principal fondement de ce qui nous amène à faire société, le concept d’humanité. Mais au-delà de la sidération qui saisit les acteurs du secteur face aux drames en gestation, c’est la raison même qui semble attaquée par les décisions politiques à l’origine de la crise actuelle.

De la rationalité économique à la versatilité politique

Face à cette crise, les analyses se sont en effet multipliées pour évaluer non seulement l’impact de ces coupes, mais également pour démontrer leur irrationnalité au regard des montants en jeu (et de leur insignifiance en termes d’effets recherchés sur les équilibres macro-budgétaires des pays concernés), et les effets contre-productifs qu’elles pourraient engendrer, au regard même des intérêts nationaux des Etats financeurs (à commencer par ce qui concerne les enjeux de santé publique globale avec l’arrêt des financements alloués à de nombreux programmes verticaux -HIV, malaria, …- et au soutien des systèmes de santé défaillants). Les constats sont en effet établis et connus de tous et de longue date, et personne ne remet en cause sérieusement aujourd’hui les liens de causalité faisant de l’aide internationale un élément de stabilisation globale au bénéfice de tous. Affirmer cela ne veut néanmoins pas dire qu’il n’y avait rien à changer ou radicalement transformer dans le système de l’aide internationale, à commencer par la structuration et les ressorts de son financement, dont la fragilité et la dépendance au politique explose plus que jamais au grand jour avec la crise actuelle, mais que nous en connaissons également les effets vertueux. Dès lors, face à une telle démonstration, comment pouvons-nous expliquer les décisions ainsi prises par les pouvoirs en place, parfois à l’encontre même de ce qui semble être leur propre intérêt ou celui de leur population, et ce finalement à un coût relativement modique ?[7] Au premier abord, cela semble parfois abscons et c’est certainement parce que centrés sur l’objet lui-même, à savoir le système de l’aide internationale dans ses objectifs et ses impacts, nous laissons de côté l’un des facteurs pourtant déterminants de l’analyse visant à comprendre les évolutions actuelles, à savoir les conditions d’épanouissement de celui-ci.

2025, Gaza, ©PUI

Retournement de l’histoire ou simple nouvelle ère ?

La crise actuelle donne l’impression d’un grand retour en arrière ou de revenir sur des acquis quasi immémoriaux, et ce sentiment est amplement légitime au regard du coup d’arrêt réel des financements alloués et de la menace même que celle-ci fait peser sur la survie du système de l’aide internationale. Toutefois, il convient de rappeler que ce système reste relativement « jeune » au regard des relations internationales évidemment, mais également de l’histoire de la solidarité internationale plus spécifiquement. En effet, si le système des Nations Unies est mis en place à partir de 1945, en conséquence et réaction au traumatisme de la Seconde Guerre Mondiale, du point de vue fonctionnel il ne prend réellement son essor qu’après la Guerre Froide dans les années 90, soit dans une période historique tout à fait particulière. Pour autant le concept « d’humanitaire », à tout le moins dans ce qui est relatif à l’époque moderne, a répondu à d’autres « formes » avant de se voir structuré et défini par son périmètre actuel. Chacune de ces acceptions historiques se sont développées dans des conditions spécifiques, en lien avec une certaine idée de rapport au monde et à la société, tant par les gouvernements que par leurs populations. Ainsi, de la création du mouvement Croix-Rouge lorsque la guerre devient en quelque sorte industrielle et qu’elle charrie un lot de victimes jamais vu jusqu’ici, à l’invention du sans-frontiérisme lorsque le système international est paralysé par l’opposition des « Blocs », l’époque et l’environnement sont toujours les marqueurs déterminants de la manière dont va se penser et se structurer la manière de « sauver des vies ». La période que nous pouvons qualifiée de contemporaine, et qui est en train de s’achever, n’en est évidemment pas exemptée.

Des « narratifs » complémentaires devenus obsolètes

D’un certain point de vue, les vingt-cinq ou trente dernières années représentent une forme « d’âge d’or » de l’humanitaire, dans la mesure où jamais dans l’histoire autant de morts évitables ont été évitées. Sans être jamais parvenu à couvrir l’ensemble des besoins identifiés en termes d’accès aux services essentiels pour les populations les plus vulnérables affectées par les crises, les progrès opérés par le système de l’aide dans sa capacité à détecter/capter les besoins d’une part et à organiser/mettre en œuvre une réponse pertinente à ces derniers et à l’échelle, ont eu un impact considérables sur la survie des populations, et sans commune mesure en termes d’impact avec tous les mécanismes de solidarité humaine observés jusque-là. Un tel exploit n’a évidemment été possible que parce que les conditions d’un tel épanouissement ont été réunies, associant volonté politique et moyens financiers. C’est la remise en cause de ces conditions qui est à l’origine de la crise observée ces dernières années et il convient de s’interroger pourquoi.

2025, ©PUI Syria Rural Damascus Projects, Visit O.ROUTEAU

En prenant un peu de recul sur la conjoncture actuelle, on pressent une forme d’impasse directement liée au fait que les différents narratifs soutenant, sur le plan des idées, le cadre conceptuel de l’humanitaire sont rendus caduques par l’évolution du réel. C’est cette impasse, et les contradictions qu’elle engendre pour les gouvernants des pays jusque-là principaux financeurs du système, qui explique le revirement profond observé actuellement.

Tout d’abord, le premier des narratifs sous-jacents devenu inopérant tient à l’idée de progrès social. En effet, la solidarité internationale (dans ses versants développementalistes ou humanitaires) s’est toujours arrimée, d’une manière ou d’une autre, à l’idée d’une forme de devoir moral et/ou de justice sociale, corolaire à la prospérité croissante observées et ressenties par les populations des pays dits « développés ». A l’issue d’une période continue de prospérité croissante (Trente Glorieuses..), et dans un monde où le politique avait pour projet politique l’amélioration des conditions de vie des gens et la satisfaction de tous leurs besoins matériels… il apparaissait cohérent, voire indispensable, de développer en parallèle un discours stipulant que l’ambition collective devait être d’éradiquer à l’échelle de la planète l’extrême pauvreté et d’assurer à l’ensemble de l’humanité l’accès aux services essentiels à leur survie. A l’heure de la consommation de masse et dans une société de plus en plus tournée vers les loisirs, qui plus est dans une époque où les technologies de l’information et de la communication permettent à chacun de connaître les conditions de vie de toutes et tous sur Terre, la persistance de famines, de la malnutrition ou de la surmortalité infantile, résonnaient comme des incohérences préjudiciables à la grande marche civilisationnelle promue par les sociétés occidentales. Victorieux dans un monde devenu unipolaire, le modèle capitaliste se devait de répondre à l’aspiration de nombre de ses citoyens et de promouvoir les mécanismes permettant de favoriser un développement minimal des pays les moins avancés et d’assurer l’accès aux services essentiels pour les plus vulnérables de l’ensemble du globe.

Mais dans un monde « fini », où le modèle de croissance énergivore et consumériste occidental se voit remis en cause et où l’horizon de prospérité s’éloigne pour de larges pans de la population des pays occidentaux, le discours des gouvernants change inévitablement et le narratif de la solidarité internationale a dès lors plus de mal à s’arrimer. Bien sûr, d’autres orientations et choix de société pourraient s’opérer dans les pays concernés, mais force est de constater qu’entre la sobriété heureuse et le déclin redouté, le discours actuellement dominant tend plus vers le pessimisme et conduit à un mindset de repli sur soi. Si tous les pays ont leurs propres caractéristiques expliquant les phénomènes observés, la vague populiste et conservatrice qui recouvre progressivement l’Occident, et dont Donald Trump est sans doute la figure de proue, agit comme une force hostile par principe aux enjeux de solidarité internationale, et sur laquelle un discours rationnel tant sur les responsabilités des Etats du Nord, que sur leurs intérêts objectifs, n’a que peu de prise. C’est une des difficultés actuelles des acteurs de l’aide pour lutter contre les réductions budgétaires envisagées par la plupart des gouvernements. Quand ces derniers saignent les budgets alloués aux prestations sociales et au fonctionnement des services publics, couper l’aide publique au développement vient renforcer à peu de frais l’idée d’un effort global et que l’Etat à tout couper avant de ponctionner dans les prestations offertes à ses propres citoyens et/ou d’augmenter les impôts. Surtout, il s’évite toute polémique politicienne sur la base d’une instrumentalisation de la dégradation observée des conditions de vie de ses nationaux, qui serait associée aux dépenses dispendieuses réalisées dans le cadre de l’APD. Si ce n’est évidemment pas l’unique raison, le contexte économique dégradé et la fin du mythe de la prospérité infinie constituent le terreau favorable à une remise en cause du concept de responsabilité humanitaire. La célèbre formule « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde[8] » n’a jamais autant raisonné, en la transposant aux enjeux de solidarité internationale dans leur ensemble, que dans la période actuelle.

Une second narratif puissant, dans sa capacité à soutenir les investissements réalisés par les pays financeurs pour des objectifs humanitaires, est celui de la paix. En effet, sur une période extraordinairement longue au regard de l’histoire, l’Occident en général et l’Europe en particulier ont connu une absence de guerre sur leurs territoires qui a permis de souscrire à l’idée progressiste là-aussi, sur le plan civilisationnel, de fin de la guerre. Cette dernière, si elle n’a évidemment jamais totalement disparue, était l’apanage de pays lointains et de sociétés allogènes, et constituait en quelque sorte les derniers soubresauts d’un monde révolu. Dans un tel contexte, le droit en général et le droit international humanitaire en particulier, tout comme les institutions chargées de leur mise en œuvre et de les faire respecter, pouvaient prendre leur essor et connaître un âge d’or source d’espoir pour l’ensemble de l’humanité. Le retour de la guerre, géographiquement d’une part avec notamment le conflit en Ukraine sur le continent européen, et de par sa forme d’autre part avec affrontements dits « de haute intensité », est venu faire voler en éclat cette utopie. Plus que cela, ces nouvelles réalités géopolitiques viennent souligner les incohérences et le deux poids deux mesures des « codifieurs » d’hier, puisqu’elles mettent à jour la sélectivité problématique de l’application des principes édictés. En effet, s’il était facile de promouvoir et mettre en avant la dimension universelle du Droit International Humanitaire (DIH) dans un monde où l’Occident n’avait pas réellement d’ennemis, la légitimité de ce positionnement se voit fragilisée par son application variable en fonction des alliances géopolitiques actuelles. S’il est certain qu’il y a toujours eu des violations du DIH, la cohérence globale était néanmoins maintenue par un discours officiel qui corroborait l’ambition affichée d’une gestion et d’une résolution des conflits toujours plus respectueuse du droit. C’est en cela que le drame qui se joue aujourd’hui à Gaza dépasse à ce niveau les crimes atroces commis à l’endroit des Palestiniens, car il est également un accélérateur de la déconstruction de l’espace humanitaire et un fossoyeur du DIH. Si Gaza en est l’exemple paroxystique, cette évolution est tendancielle et amène les acteurs de l’aide à être de plus en plus challengés dans leur quête pour trouver une sorte de « zone humanitaire légitime[9] ». Que ce soit au Sahel, en Ukraine, à Gaza, en Afghanistan, au Soudan, au Myamnar, au Liban, ou encore en République Démocratique du Congo, cette quête s’avère de plus en plus complexe.

Enfin, un dernier narratif agissait pour mobiliser les moyens d’un Nord riche à répondre aux besoins vitaux de populations affectées par les crises humanitaires. Ce dernier était le pendant inversé de ce que l’on qualifie parfois « d’empathie kilomètre » ; à savoir un rapport émotionnel des individus à des situations dramatiques qui serait proportionnel à la distance de ceux-ci avec ces dernières. C’est probablement vrai, mais il semble qu’un second facteur jouait également, et lui de manière inversée, sur la capacité de mobilisation de moyens. En effet, tant que l’idée de crises humanitaires ne concernait, dans l’imaginaire collectif, que des populations issues de « territoires lointains » et dans une conjoncture spécifique et temporaire[10], mobiliser des moyens dans des pays prospères afin de les résoudre semblait cohérent et acceptable pour les populations de ces pays. Mais à mesure que l’on assiste à une forme de globalisation des situations humanitaires, y compris dans les pays dits « riches » et où l’on voit se multiplier les opérations humanitaires sur leurs territoires ou à leurs frontières (comme dans le cadre des opérations « SAR[11] »), ce dernier narratif devient nettement moins performatif.

2025 Gaza, ©PUI

Se réinventer

Dès lors, au-delà des coupes budgétaires elles-mêmes, nous voyons donc que c’est aussi sur le plan des idées que se joue la bataille actuelle. Le logiciel a changé ou est en train de changer ; et il est nécessaire d’en prendre acte pour penser l’humanitaire de demain. Si personne ne peut prédire les contours que celui-ci prendra, quelques pistes peuvent néanmoins être réfléchies. Ainsi, il est nécessaire de rappeler qu’avant d’être un système ou une catégorie d’acteurs, « l’humanitaire » est avant tout un concept structuré autour de principes, quelles que soient les acteurs de mise en œuvre. S’il n’est pas important de savoir qui est l’acteur le plus opérationnel à Gaza, il est fondamental de proscrire la notion d’humanitaire dans les opérations menées actuellement par la Fondation Humanitaire pour Gaza (GHF). Sanctuariser les fondamentaux semble donc prioritaire. De même, qu’elle s’achève ou non, la période actuelle a permis de développer un savoir-faire qu’il serait dommageable de voir disparaître, au risque que les formes futures reproduisent les mêmes erreurs. Dans le plaidoyer actuel, cette dimension de « sauvegarde » de la capacité humanitaire devrait être aussi une composante importante. Parallèlement, il est essentiel d’élargir la capacité d’action et d’invention à d’autres types d’acteurs, localisés ou non. Les défis du monde de demain sont immenses et toutes les énergies sont nécessaire pour gagner ce pari de la réinvention. Enfin, puisque nous faisons le constat que beaucoup se joue finalement sur le plan des idées sous-jacentes, la dimension militante et de témoignage des situations humanitaires doit être toujours plus présente, car quelles qu’en aient été ses formes historiques, l’humanitaire est toujours né d’une forme d’indignation face à certaines réalités du monde.

 

Olivier Routeau

Diplômé en droit et sciences politiques, Olivier complète sa formation à la gestion de projets humanitaires à Bioforce en 2007. Il intègre ensuite l’ONG Triangle Génération Humanitaire en tant que Coordinateur terrain puis Chef de mission en RCA, au Liban, au Congo Brazzaville, et en Tunisie. Il rejoint Première Urgence Internationale en 2011, d’abord en tant que Responsable du pôle Afrique, puis dirige le Service des urgences et du développement opérationnel de 2015 à 2018. Depuis 2018, il assure la fonction de Directeur des opérations de l’association. Il collabore également avec l’IRIS depuis 2014, et devient en 2020 le Responsable pédagogique de la formation « Manager de programmes Internationaux ».

Première Urgence Internationale

[1] Etats-Unis : la justice valide les coupes budgétaires infligées par l’administration Trump à l’aide internationale

[2] L’Agence fédérale US pour le Développement International, créée en 1961 par l’Administration Kennedy et en charge du développement économique et de l’aide humanitaire américaine, dont le démantèlement a pris effet le 23 février 2025, à la suite d’une décision de l’Administration Trump nouvellement élue.

U.S. Agency for International Development

[3] Evaluating the impact of two decades of USAID interventions and projecting the effects of defunding on mortality up to 2030: a retrospective impact evaluation and forecasting analysis

[4] Les coupes américaines dans l’aide internationale pourraient causer plus de 14 millions de morts d’ici à 2030

[5] Deep dive: Food aid cuts leave behind a trail of hunger and uncertainty | Devex

[6] Objectifs de développement durable

[7] Avant les coupes claires dans son financement, l’Usaid représentait 0,3 % des dépenses fédérales américaines. « Les citoyens américains versent environ 17 cents par jour à l’Usaid, soit environ 64 dollars par an. Je pense que la plupart des gens soutiendraient le maintien du financement de l’Usaid s’ils savaient combien une si petite contribution peut être efficace pour sauver des millions de vies », a déclaré James Macinko, coauteur de l’étude publiée par la revue The Lancet sur l’impact des coupes US début juillet 2025, et professeur à l’Université de Californie (UCLA).

Les coupes américaines dans l’aide internationale pourraient causer plus de 14 millions de morts d’ici à 2030

[8] Prononcée à plusieurs reprises à partir de 1989 par Michel Rocard, alors Premier Ministre, en lien avec les questions de flux migratoires.

[9] Ukraine-Gaza : pourquoi la zone de pertinence humanitaire légitime se réduit comme peau de chagrin ? – Alternatives Humanitaires

[10] Pendant très longtemps, il était admis que les acteurs humanitaires travaillaient à leur propre disparition et qu’une fois les crises résolues, ils seraient amenés à disparaître du fait de la suppression de leur raison d’être.

[11] Save And Rescue. Nous parlons ici des opérations de sauvetage en mer de populations essayant de rejoindre l’Europe par la mer.

Je vous invite à lire ces articles publiés dans l’édition :

 

Retrouvez les autres articles d’Olivier Routeau dans la revue Défis Humanitaires :

« Le monde à venir vu par la CIA » :

Edition des Equateurs, Robert, Diane ; États-Unis, Office of the Director of National Intelligence ; États-Unis, Central intelligence agency

Quelles perspectives les humanitaires peuvent-ils concevoir du dernier rapport prospectif de la CIA ?

Le 28 mai dernier est paru en France aux éditions Equateurs Documents la traduction française du dernier rapport de la CIA à l’intention de l’administration des USA, rapport intitulé pour cette publication « Le monde à venir vu par la CIA – Analyses, faits et chiffres ». Pour les humanitaires, toujours en éveil – et en recherche d’anticipation – sur la lecture des mouvements tectoniques, arcs de crises, lignes de fracture et tendances lourdes de la « géopolitique concrète » qui conditionne notre action, cet ouvrage issu des données et interprétations de la principale agence de renseignement américaine (laquelle porte une image, en Europe, souvent négative) interroge nos propres perspectives.

Avant d’entrer dans la restitution des analyses les plus déterminantes du rapport, il faut en souligner deux « biais » majeurs :

  • Le rapport est conçu, pensé et rédigé du seul point de vue des intérêts américains et des menaces « extrêmes et critiques » envers ceux-ci ; il est à cet égard probable qu’un rapport similaire des services français, s’il pointerait les mêmes phénomènes incontournables, en citerait aussi d’autres, et en tirerait une hiérarchie des menaces en partie différente, et une vision peut-être plus nuancée ou complexe.
  • Le rapport est conçu, pensé et rédigé pour s’adresser à l’administration US actuelle, c’est-à dire l’administration Trump… On y perçoit entre les lignes une vision qui se doit d’être en accord, et de répondre par anticipation, aux attentes et présupposés idéologiques et de « perception du monde » de ladite administration. De même, « l’absence » dans le texte de l’évocation de tel phénomène (changement climatique par exemple, nous y reviendrons) comme menace est, en creux, une indication en soi… de la menace que représente le refus par la première puissance mondiale d’adresser ledit phénomène…

Ceci posé, l’exposé des perspectives mondiales selon la première puissance mondiale ne peut laisser indifférent, et ne peut, surtout « être indifférent » au monde, car ce que perçoivent les USA influence à son tour ce monde…

Du point de vue de sa structure, l’ouvrage publié en France comporte trois parties distinctes : le rapport dit « Evaluation annuelle des menaces de la communauté du renseignement des Etats-Unis », la retranscription d’une audition au sénat des Etats-Unis sur les menaces actuelles dans le monde, et enfin une dernière partie « Analyse, faits et chiffres » relative à 9 pays / états choisis, on le suppose, comme significatifs…

Siège de la CIA Langlay, VA

Examinons, de façon non exhaustive, les analyses les plus déterminantes du rapport en termes de menaces « extrêmes et critiques » envers les intérêts américains, et tentons d’en percevoir les conséquences ou les facteurs à prendre en compte par les humanitaires dans leur action présente et à venir.

  • La toute première menace envers les intérêts américains que cite le rapport (priorité confirmée en deuxième partie d’ouvrage par l’audition au sénat des Etats-Unis sur les menaces actuelles dans le monde) est représentée par les organisations criminelles et cartels responsables de l’arrivée massive de drogue sur le sol US (notamment le Fantanyl, à l’origine d’une hécatombe aux Etats-Unis), de trafic d’êtres humains et de l’immigration illégale… On peut estimer que cette priorité, bien que découlant d’une menace sérieuse et réelle, est en grande partie orientée et idéologique, produite par une « obsession » de l’administration US actuelle sur la question de l’immigration et de la criminalité liée à celle-ci (arrivée de la drogue, prostitution et afflux de migrants étant souvent mêlées et considérées de fait comme indissociables par les responsables US et donc par les rédacteurs du rapport).  Cette orientation politique de fermeture des frontières américaine / renvoi d’immigrants illégaux augure, pour les humanitaires, de la nécessité de programmes à mettre en place ou renforcer / élargir pour les « Caminentes » (« Ceux qui cheminent » : migrants) bloqués en Amérique centrale, ou « retournés de force » sans ressource ni abris… Les années qui viennent risquent de voir grossir dans cette région une masse d’hommes, de femmes et d’enfants qui n’ont plus rien, ni là-bas ni ici, et auront besoin d’assistance, de la survie au quotidien à l’éducation des enfants…

 

  • Une menace persistante soulignée par le rapport est celle de la continuité voire de l’augmentation du risque terroriste. En Asie et au Moyen-Orient (sauf Yémen) ISIS (Etat Islamique) est identifié comme acteur premier défini par sa capacité, même ne disposant plus de « territoire », à resurgir, profitant de la moindre opportunité de déstabilisation régionale ou locale (comme en Syrie, nous y reviendrons), à s’étendre, comme en Somalie ou Afrique de l’Ouest où l’organisation côtoie et concurrence les filières régionales d’Al-Qaida, et à inspirer des initiatives locales en Europe ou en Russie. En Asie centrale, ISIS-Khorasan est défini comme particulièrement agressif, et cherchant à «exploiter les itinéraires de voyage à haute vulnérabilité ». En Afrique de l’Ouest et dans la bande sahélo-saharienne, les filiales régionales d’Al-Qaida déstabiliseront toujours plus les états tels que le Mali, le Burkina-Faso ou le Niger (et plus loin vers le golfe de Guinée), avec des attaques croissantes aux centres urbains et une perte de contrôle grandissante du territoire par les autorités. Le rapport met en exergue le rapprochement de la filiale très active d’Al-Qaida au Yémen (Al-Qaida dans la péninsule Arabique-AQAP) comme celle de Somalie (Shebabs) avec les Houtis, favorisant un accès à des sources d’armes plus sophistiquées, et une possible coordination pour frapper les intérêts occidentaux et le trafic commercial dans la zone. Pour les humanitaires, déjà avertis de cette menace, le rapport accentue la nécessaire anticipation du risque sur les trajets d’accès locaux ou transfrontaliers, les implantations et résidences isolées, les routes d’approvisionnement logistiques terrestres et maritimes. Plus largement, l’humanitaire « d’origine occidentale » sera de plus en plus, là où ces organisations s’étendent, menacé et ciblé, et l’accès aux populations les plus isolées ou lointaines risqué, contesté ou empêché.

 

  • La Chine apparaît dans le rapport comme une source de menaces à la fois régionale (politique expansionniste en mer de Chine, annexion de fait d’iles et ilots sur lesquels elle n’a aucune souveraineté légale, politique d’encerclement et de harcèlement militaire envers Taiwan que Pékin s’est promis de « réunifier » de gré ou de force avec la Chine continentale), mais aussi globales ; les analystes américains anticipent, du fait de l’action délibérément agressive des autorités chinoises, une « galaxie » cohérente de risques majeurs : perturbation et interruption des routes d’approvisionnement et chaînes logistiques (notamment maritimes) utilisées par les pays occidentaux, risques d’atteintes ou d’attaques sur les infrastructures critiques ( énergie, sécurité, santé, réseaux routiers, ferroviaires et aériens, systèmes de transfert monétaires interbancaires, etc.) et systèmes d’information, de communication et Internet, risques d’explosion de l’utilisation masquée de l’IA pour manipuler les données et l’information en source ouverte (tout comme la Russie, également citée sur ce point), risques de captage de données par effraction dans les réseaux et systèmes internes ou externes occidentaux… Les humanitaires, qui, aujourd’hui, positionnent des stocks d’urgence parfois loin à l’étranger, et expédient à l’autre bout de la planète tel ou tel denrée ou fret, ont-ils assez pris la mesure de la vulnérabilité de leurs chaînes logistiques ? De même, les organisations humanitaires sont de plus en plus consommatrices et productrices d’informations numériques, données et communications « sans frontières »… Jusqu’à quel point nos systèmes d’information, de communication, de cartographie, de stockage et de traitement de nos données (notamment les données terrain concernant nos bénéficiaires) ou encore notre usage grandissant de l’IA échappent-ils à toute intrusion, captage ou manipulation ?

 

  • La menace chinoise s’ajoute, dans le rapport, à la menace venant de Russie, s’agissant des risques d’attaques sur les réseaux de satellites occidentaux, et conséquemment de rupture des systèmes de communication qui en dépendent ; pour les humanitaires, encore, la question de notre dépendance grandissante à ces liaisons satellite vulnérables se pose… Sur ce sujet de la rupture envisagée des systèmes de communication occidentaux, une remarque s’impose à la lecture du rapport : il est frappant d’y voir « l’absence » d’évocation du risque de coupure, notamment pas la Russie, des câbles sous-marins traitant plus de 90% de l’Internet, risque pourtant pris très au sérieux par l’OTAN… Serait-ce une volonté de ne pas trop mettre en cause la Russie ?
Sommet OCS Shangai 2025 Sommet OCS Shangai 2025 ©X_Narendramodi
  • S’agissant du conflit en Ukraine, si les analystes américains dont le rapport résume les prospectives n’identifient pas de risque d’effondrement imminent du dispositif ukrainien le long de la ligne de contact, leur anticipation peut être résumée ainsi : « Plus la guerre durera en Ukraine, plus l’Ukraine perdra… »… Ainsi qu’il est écrit page 83 « Au cours de l’année écoulée, la Russie a pris le dessus dans son invasion à grande échelle de l’Ukraine… La Russie conserve son élan… Kiev a épuisé ses ressources en essayant de lancer de nouvelles offensives, comme à Koursk en Russie». Ou encore page 142 (retranscription de l’audition au sénat) : « D’un point de vue militaire, nous estimons que la Russie a la capacité de poursuivre sa campagne plus longtemps que Kiev…». Ces prévisions sont à mettre en parallèle avec les déclarations du général Thierry Burkhard, ancien chef d’état-major des armées [CEMA] français, lors d’une audition à l’Assemblée Nationale le 25 juin dernier, lequel estimait que même si la Russie est aujourd’hui dans une situation « très compliquée…, il faut être lucide car, in fine, la victoire est à celui des deux adversaires qui sait souffrir un quart d’heure de plus que l’autre, pour citer Marcel Proust… et  je pense que si on laisse la guerre se continuer comme ça, je crains que la Russie soit capable de tenir cinq minutes de plus que nous, même dans sa situation »… Au-delà de ce constat, le rapport de la CIA pointe et souligne le risque grandissant, plus la guerre en Ukraine se poursuit, de conflit à grande échelle entre les alliés de l’OTAN et la Russie, avec l’utilisation potentielle d’armes nucléaires (risque expressément cité dans le rapport). … Si la place des organisations humanitaires dans un conflit nucléaire est d’ordre théorique, car alors peu de choses auront encore leur place, les humanitaires ont-ils assez réfléchi à ce que deviendrait leur rôle – ou leur absence de rôle – en cas de conflit de haute intensité généralisé en Europe ? Nos approches, procédures, « safety guidelines » et autres cadres d’intervention ont-ils une chance de s’avérer praticables dans un tel contexte ? Sans même mentionner notre modèle économique et logistique qui n’aurait aucune chance de perdurer. D’un point de vue de simple prospective opérationnelle, quelle organisation humanitaire a commencé à réfléchir aux mouvements de populations se chiffrant en dizaines de millions de personnes, au niveau de destruction et à l’ampleur, l’étendue et la diversité des besoins qu’un conflit de cette nature en Europe entraînerait… ? L’humanitaire que nous connaissons, parmi les premières victimes d’une guerre de haute intensité en Occident ?

 

  • Le cas du Moyen-Orient, dans le rapport, doit être regardé en gardant en tête que celui-ci a été rédigé avant les frappes israélo-américaines sur les installations nucléaires, balistiques et militaires iraniennes de juin dernier (la phrase, page 90, semble d’ailleurs prémonitoire : « …les défis régionaux et nationaux, et plus particulièrement les tensions avec Israël, mettent sérieusement à l’épreuve les ambitions et les capacités de l’Iran »).  Ceci posé, on y lit une énumération de menaces critiques qui ne surprennent pas, mais qui, après la « guerre de 12 jours » contre l’Iran, prennent un relief plus tangible : risques d’attaques contre Israël et les installations américaines dans la région, risque de blocage des routes d’approvisionnement énergétique, commercial et logistiques par l’Iran et son proxy au Yémen (Houtis). A propos de la Syrie, le rapport souligne sa situation volatile et instable après la chute de Bachar Al Assad et le risque de résurgence de ISIS (Daesh) profitant du chaos et de l’opportunité (Nous reparlerons de la Syrie plus bas sur un point du dossier pays qui lui est consacré). Pour les humanitaires, déjà extrêmement vigilants sur le contexte sécuritaire dans la zone, il n’y a là qu’une piqure de rappel. Le sujet à creuser, pour nous, sera celui, en cas d’aggravation de la « volatilité politique et militaire » en Syrie et des massacres envers les minorités (Alaouites, Druzes…) ou d’attaques sur la région de fait autonome Kurde (Rojava) au Nord-est, ou encore de nouvelle intervention militaire turque poussant son agenda en Syrie, de l’accès aux populations isolées ou déplacées, accès qui ne durerait pas en l’état en cas d’éclatement du pays…

 

© UNICEF Ashley Gilbertson

 

  • Comme je l’écris plus haut, il arrive que l’absence d’un sujet en dise autant que sa présence dans un rapport : c’est le cas du changement climatique. A cet égard, l’audition au sénat des Etats-Unis, retranscrite dans le livre, de responsables du renseignement, du FBI et de la sécurité US, dont Tulsi Gabbart, directrice du renseignement national, est l’occasion, pages 130 et 131, d’une interpellation sans détour de cette dernière : le sénateur Angus King lui demande « Le problème du changement climatique aurait-il été résolu ?…  Pourquoi cela ne figure-t’il pas dans le rapport ? … Et qui a pris la décision de ne pas l’inclure, alors qu’il l’a été dans chacun des 11 rapports précédents ? »… Et il poursuit : « Qu’en est-il de l’impact qu’il aura sur les migrations de masse, la famine, les bouleversements sociaux, la violence politique… ». Tulsi Gabbart ne pouvant que répondre que « le rapport se concentre sur les menaces les plus extrêmes et les plus critiques en matière de sécurité nationale »… En creux, les conclusions à tirer pour les humanitaires sont aussi claires que terribles : ne comptez pas, dans les années présentes et à venir, sur les USA pour financer des programmes de réponse ou d’adaptation / résilience face aux effets du changement climatique sur les populations les plus affectées et vulnérables. Et attendez-vous à ce que les conséquences, en termes de besoins humanitaires, de celui-ci, dépasse nos anticipations comme nos moyens… A titre de contre-exemple, l’institut Montaigne (Think Tank français) a publié en juillet dernier un rapport intitulé « France 2040, projections pour l’action politique » dans lequel le deuxième chapitre dit « Environnement, climat et biodiversité » souligne l’impact de celui-ci sur les choix de politiques publiques françaises à venir « Ainsi, l’enjeu climatique, d’ici 2040, aura un impact direct sur notre relation au vivant et engagera notre capacité d’adaptation »…

 

  • La dernière partie du livre rassemble neuf dossiers pays qui représentent autant de « choix » significatifs et symboliques : il est presque amusant, quand on a en tête les déclarations du président Trump sur leur « annexion » souhaitable aux Etats-Unis, d’y découvrir le Danemark, le Groenland (traité à part du Danemark…), et le Canada…  Au-delà, deux dossiers pays nous disent quelque chose : la Syrie, dont aucun chef d’état n’est cité (à la mention « chef d’état » répond la formule « vacant », ce qui en dit long sur l’ambiguïté des rapports de l’administration américaine avec Ahmed al-Charaa / Al Joulani, ancien  leader de Hayat Tahrir Al-Cham (HTC), ex-branche d’Al-Qaida en Syrie et aujourd’hui président du pays à titre transitoire)… Toujours s’agissant du dossier pays Syrie, la mention du déficit en production et approvisionnement alimentaire « en raison des conflits civils et de la crise économique» et du pourcentage de 60 % de la population en situation d’insécurité alimentaire, déjà, en 2021, augure de possibles conséquences humanitaires et politiques majeures (instabilité grandissante, nouvelle afflux de réfugiés vers la Turquie et le Liban, explosions de besoins humanitaires avec une réduction de l’accès…) ; le cas de la Turquie, justement, dont le dossier rappelle le chiffre massif des réfugiés accueillis par ce pays, dont plus de trois millions de Syriens, avec comme corollaire la triple problématique humanitaire d’un nouvel afflux (voir plus haut) ou au contraire des conditions de leur retour en Syrie (quel accompagnement ?), ou encore, comme en 2015-2016, d’un « envoi » massif de ceux-ci vers l’Europe, au gré d’une tension entre celle-ci et le pouvoir turc…

Conclusion  

Risques de conflit de haute intensité Russie-OTAN où l’humanitaire actuel n’aurait que peu de rôle, instabilité et insécurité grandissante au Moyen-Orient, en Afrique de l’Ouest, dans la bande sahelo-saharienne ou encore en Asie Centrale, menaces sur les routes d’approvisionnement et chaînes logistiques, menaces toujours sur nos systèmes d’information et de communication, risques de manipulation et d’utilisation de nos échanges et données… Effets non pris en compte par la première puissance mondiale du changement climatique…Aggravation massive des besoins humanitaires au-delà de nos capacités de réponse… Dans le tableau, orienté certes, peut-être parfois simpliste et sans nuances, que dresse ce dernier rapport de la CIA du « Monde à venir », une chose est certaine ; les humanitaires n’échappent à aucun péril, et devront agir, ou se réinventer, pour conserver leur utilité.

Pierre Brunet

Ecrivain et humanitaire

Pierre Brunet est romancier et membre du Conseil d’administration de l’ONG SOLIDARITES INTERNATIONAL. Il s’engage dans l’humanitaire au Rwanda en 1994, puis en 1995 en Bosnie, et est depuis retourné sur le terrain (Afghanistan en 2003, jungle de Calais en 2016, camps de migrants en Grèce et Macédoine en 2016, Irak et Nord-Est de la Syrie en 2019, Ukraine en 2023). Les romans de Pierre Brunet sont publiés chez Calmann-Lévy : « Barnum » en 2006, « JAB » en 2008, « Fenicia » en 2014 et « Le triangle d’incertitude » en 2017. Ancien journaliste, Pierre Brunet publie régulièrement des articles d’analyse, d’opinion, ou des chroniques.

 

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