20 ans d’engagement « Au service de la solidarité et du développement humain »

Entretien avec David Poinard, Délégué général de la Fondation Veolia

Au Tchad, la fondation Veolia collabore avec l’UNICEF pour identifier des solutions d’accès à l’eau à la fois adaptées à cet environnement humanitaire et susceptibles d’être adoptées par les communautés locales. ©Véolia

Le lundi 18 novembre dernier, la fondation Veolia fêtait ses 20 ans… 20 ans, l’âge de la jeunesse… Mais, pour cette fondation atypique, unique en son genre en France, ces vingt années ont été celles d’une aventure humaine, d’une construction de soi pour toujours mieux unir l’accompagnement de projets et le mécénat de compétences, tout en optimisant au service des autres et de la planète les trois métiers fondamentaux du groupe Veolia (Eau, énergie et gestion des déchets). Lors de cette soirée, Antoine Frérot, Président du groupe Veolia et de la fondation Veolia, et d’autres intervenants, ont pris la parole devant près de deux-cent invités, volontaires de Veoliaforce, partenaires humanitaires ou institutionnels, porteurs de projets… Pour Défis Humanitaires, cet anniversaire est l’occasion de faire un bilan, de rappeler les fondamentaux de cette fondation qui est aujourd’hui un acteur incontournable de l’humanitaire, du développement, de l’accompagnement d’initiatives et de la défense de l’environnement comme de la biodiversité. Entretien avec David Poinard, délégué général de la fondation Veolia.

Cet entretien s’inscrit dans une série d’entretiens publiés avec CartONG, Résonances Humanitaires (RH), INSO, la Coordination Humanitaire et Développement (CHD), Première Urgence Internationale, Solidarités Internationale, le Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères. D’autres sont à venir, notamment avec VOICE, la coordination des ONG humanitaires avec la Commission Européenne et ECHO à Bruxelles.

  • Bonjour David Poinard. Avant d’aller plus avant, pouvez-vous rappeler les assises de la fondation Veolia en termes de statuts et de fonctionnement au sein du groupe Veolia ?

La fondation Veolia est une fondation d’entreprise au sein de la loi du 23 juillet 1987. Au-delà de cet aspect juridique, nous sommes une équipe d’une petite dizaine de personnes, qui s’appuie sur le groupe Veolia. Nous sommes la Fondation des collaborateurs du groupe Veolia. Clé de voûte de notre action, ils sont susceptibles d’intervenir en tant que parrains ou marraines de projets ou en tant que volontaires Veoliaforce. Ils incarnent ainsi les deux leviers d’action de la fondation Veolia : le soutien financier et le mécénat de compétences.

  • Plus spécifiquement, qu’est-ce qui caractérise la gouvernance de la Fondation ?

Le conseil d’administration de la fondation Veolia réunit des représentants Veolia mais également des personnalités extérieures qui nous apportent leur regard. Il définit les orientations stratégiques de la Fondation et veille à sa bonne gestion. Il valide les engagements supérieurs à 150 000 €, le comité de sélection examinant les autres projets soumis à la Fondation.

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  • La fondation Veolia est née en 2004, en partie à partir d’initiatives et d’engagements de salariés du groupe Veolia. A cette fondation « redistributrice » envers des projets est venue s’adjoindre à l’époque Veolia Waterforce, une structure d’intervention humanitaire de terrain, qui est devenue, sous l’impulsion de Thierry Vandevelde, Délégué général à l’époque de la Fondation, Veoliaforce. Pouvez-vous développer cette évolution-construction vers un modèle de fondation unique en son genre, réunissant un volet redistributeur de « porteur de projets » et un volet d’acteur de terrain ?

A l’origine, il y avait en effet une fondation d’entreprise au modèle assez classique : des collaborateurs pouvaient lui demander de soutenir des associations, souvent locales, auxquelles ils participaient sur leur temps libre. Quand la cellule Waterforce, rebaptisée Veoliaforce, a rejoint la Fondation, nous avons gagné un levier d’action et avons changé de nature en ajoutant un volet opérationnel à nos actions. Avec une spécificité : nos interventions sont toujours menées avec des partenaires. Nous travaillons régulièrement avec la Croix-rouge française, Médecins Sans Frontières ou encore Solidarités International. Et les Nations unies

La fondation Veolia a également intégré l’équipe France de la réponse humanitaire. Quand, il y a un peu plus d’un an, le barrage de Kakhovka a été détruit en Ukraine, entraînant des inondations et le déplacement de populations, la fondation Veolia a participé à une opération pilotée par le Centre de crise et de soutien (CDCS) du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

  • Quels ont été, de votre point de vue, au cours de ce parcours de vingt ans, les principaux défis et enjeux que la fondation Veolia a dû relever ou assumer, afin de répondre avec synergie aux diverses missions qu’elle s’est fixée : l’urgence humanitaire et le développement, la réinsertion sociale, la défense de l’environnement et de la biodiversité, la recherche et la formation ?

En vingt ans, la fondation Veolia a créé des passerelles entre des mondes qui ne se parlaient pas et ouvert des portes entre secteurs privé et public. Aujourd’hui, l’un de ses plus grands succès, c’est que ces portes n’existent plus. A chaque catastrophe humanitaire, les échanges sont naturels et fluides.

La Fondation a changé de nature, elle a aussi changé de dimension en étant capable d’accompagner des projets sur le long court. Et je pense à la Fondation Tara Océan. La goélette Tara et la fondation Veolia, c’est un pari sur la confiance, sur notre capacité à comprendre la place de l’océan dans la régulation du climat, sur une ambition collective. Nous avons parcouru des milliers de miles à travers les mers en suivant Tara. Nous avons, je crois, participé à sensibiliser une génération Tara. Celle qui a eu 20 ans avec la Fondation Tara Océan l’an dernier, avec la fondation Veolia cette année.

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  • Depuis sa création en 2004, combien de projets ont-ils été aidés par la fondation Veolia, et combien de missions de mécénat de compétences menées ?

La fondation Veolia a soutenu plus de 1500 projets et mené plus de 200 missions de mécénat de compétences.

  • Le nombre de vos partenaires, notamment humanitaires, est impressionnant : Médecins Sans Frontières, la Croix-Rouge, Solidarités International, Première Urgence, Action contre la faim… Sur un plan plus institutionnel le Centre de crise et de soutien du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères…. Ou encore des collaborations avec Norwegian Refugee Council, l’institut Bioforce et même l’UNICEF ou l’UNHCR… Comment se construisent, sur quels critères et à quelles occasions ou initiatives, ces partenariats ? Quel fil rouge les relie ?

Le fil rouge, c’est l’exigence d’efficacité. On veut être utile pour les populations bénéficiaires. Il faut à la fois être réactif en cas d’urgence humanitaire et déterminé quand on adresse des sujets au long cours, tels que l’assainissement dans les camps de réfugiés. Pour parvenir à cette fluidité dans les échanges, il faut se connaître, échanger. C’est dans cette logique que nous avons créé, en 2020, les Ateliers WASH (Eau, assainissement, hygiène ou EAH ndlr) de l’humanitaire, un rendez-vous biennal organisé avec le Partenariat Français pour l’Eau (PFE), qui permet de réunir un certain nombre d’acteurs du secteur pour identifier les innovations, partager des retours d’expérience et, globalement, se parler. Nous avons, je crois, une place désormais bien identifiée dans le secteur en tant qu’experts de l’eau et de l’assainissement dédiés au secteur humanitaire. On y revient toujours : nos volontaires Veoliaforce sont notre plus-value.

Organisés avec le Partenariat Français pour l’Eau (PFE), les Ateliers WASH de l’humanitaire réunissent une cinquantaine d’experts de l’accès à l’eau et de l’assainissement dans le secteur humanitaire pour identifier les innovations et partager retours d’expérience et bonnes pratiques. ©Véolia
  • S’agissant de Veoliaforce, structure d’intervention de terrain qui appuie les ONG humanitaires sur les expertises spécifiques au groupe Veolia (Eau, énergie et gestion des déchets), celle-ci fonctionne avec des volontaires qui sont des collaborateurs du groupe Veolia mis à disposition sur leur temps de travail. Comment sont organisées les candidatures et leur formation technique en interne ?

Nous organisons chaque année une formation pour une trentaine de candidats au volontariat Veoliaforce. Ces collaborateurs, issus de tous les métiers de Veolia, apprennent à déployer les Aquaforces, nos unités mobiles de potabilisation de l’eau, et découvrent nos partenaires du secteur humanitaire, qui sont présents pendant la formation.

Comme vous l’indiquez, les volontaires Veoliaforce sont des collaborateurs du groupe qui partent en mission sur leur temps de travail, avec donc une hiérarchie et des collègues qui soutiennent l’effort en leur absence. Un expert Veoliaforce qui part, c’est toute une équipe, outre la Fondation, qui se mobilise pour permettre cette mise à disposition.

  • La fondation Veolia est présente ou agit dans de très nombreux pays, et la « carte des projets » est impressionnante. Pouvez donner des exemples concrets, récents et significatifs d’interventions, notamment humanitaires, avec vos partenaires, sur des problématiques, situations ou enjeux décisifs ?

Nous sommes intervenus ces derniers mois dans des camps de réfugiés et de déplacés à l’Est du Tchad. Le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) y affronte une crise humanitaire parmi les plus massives actuellement en cours. Il a sollicité la fondation Veolia pour améliorer l’accès à l’eau dans les 12 camps des environs de Farchana. Nous avons fourni un appui en continu pendant cinq semaines pour auditer et formuler des recommandations.

Autre exemple, avec Médecins Sans Frontières (MSF) cette fois, plusieurs experts Veoliaforce se sont rendus à Goma, à l’est de la République démocratique du Congo, pour appuyer l’ONG sur l’accès à l’eau potable dans des structures hospitalières et dans des camps de déplacés.

Et puis, de manière nettement plus locale, en Ile-de-France, nous soutenons un chantier d’insertion organisé par Maison Solidarité Femmes 95 pour aider des femmes victimes de violences. Nos projets et nos missions nous conduisent partout où l’humanité est battue en brèche.

La guerre civile au Soudan voisin a conduit près de 8 millions de personnes à fuir, dont un peu plus de 900 000 ont traversé la frontière vers le Tchad. En tant que Stand-By Partner de l’agence onusienne, la fondation Veolia s’est engagée pour accompagner le HCR sur la question de l’accès à l’eau. ©Véolia
  • Pour rester dans le concret et l’humanitaire, une question simple : quand Veoliaforce intervient-elle ?

Tout part d’un échange avec un partenaire qui, par sa connaissance du terrain, nous fait savoir le type d’intervention nécessaire. Dans un contexte post-catastrophe, c’est la remontée d’information qui nous conduit à déterminer les ressources humaines et matérielles nécessaires pour rétablir l’accès à l’eau par exemple. Le territoire dispose-t-il de sources d’eau douce ? Faut-il prévoir de traiter de l’eau saumâtre ? La réponse nous conduira à privilégier telle ou telle Aquaforce [unité mobile de traitement d’eau potable, ndlr].

Quand il s’agit d’un contexte humanitaire de post-urgence, voire quand il s’agit d’un projet de développement, il faut trouver le bon moment pour intervenir de la manière la plus utile possible. En fonction des besoins et de la disponibilité de nos experts Veoliaforce, nous structurons le calendrier des missions avec nos partenaires.

  • L’accès à l’eau potable est déjà, et va devenir encore plus, l’un des enjeux décisifs de 21ème siècle… Le fait d’être la fondation d’un groupe spécialisé, entre autres, dans les services de l’eau, vous donne-t ’il une « intelligence » plus globale – nous dirions aujourd’hui holistique – de ce défi ? Et en quoi cette intelligence vous permet-elle de mettre en place par ailleurs des solutions « sur mesure » sur le terrain (je pense aussi à vos solutions techniques adaptables et modulables Aquaforces et Saniforces) ?

L’enjeu est de croiser les expertises métier disponibles au sein du Groupe et la connaissance du terrain de nos partenaires. L’Aquaforce RO, adaptée aux contextes d’eau saumâtre est née de la nécessité, peu à peu identifiée, de pouvoir s’adapter à des environnements où l’eau douce est rare. Le Saniforce, solution bas carbone pour traiter les boues fécales en contexte humanitaire, est née de constats de terrains : quand des camps de déplacés ou réfugiés se pérennisent, la question de l’assainissement devient un sujet de santé publique et environnementale majeur.

©Véolia
  • Au-delà de l’humanitaire et du développement, la fondation Veolia est engagée dans les domaines de la réinsertion sociale, de la défense de l’environnement et de la biodiversité (on pense notamment aux missions Tara que vous évoquiez). Pouvez-vous développer l’importance de ces causes pour vous, et comment vous les articuler avec les autres missions de la Fondation comme avec les métiers fondamentaux du groupe Veolia ?

Nous voulons, à l’image de Veolia, être un acteur de l’incontournable transformation écologique par laquelle nous devons passer. Cette transformation doit, pour être comprise, incarnée et activée, être juste. C’est un enjeu majeur de nos sociétés contemporaines. En investissant sur le lien social et l’insertion par l’activité économique, nous voulons n’oublier personne en chemin.

Du côté de l’environnement, l’enjeu est de vivre en harmonie avec la nature, de préserver les ressources et la biodiversité, de limiter le dérèglement climatique. Autrement dit, notre défi est de permettre que la Terre demeure habitable. La Fondation encourage les actions qui éduquent ou sensibilisent le public aux comportements écoresponsables. Elle soutient aussi des projets ambitieux de connaissance et de restauration des milieux naturels.

  • Avez-vous des réalisations pratiques d’actions de formation, dans l’un ou plusieurs des domaines d’intervention de la fondation, qui vous tiennent particulièrement à cœur ?

La formation n’est pas, en tant que tel, un domaine d’intervention de la fondation Veolia, mais elle est un des moyens utilisés pour faire rayonner notre action. Nous formons les volontaires Veoliaforce et, de plus en plus, nous formons les personnels de partenaires humanitaires à l’utilisation de nos solutions. Nous intervenons chez Bioforce, dans les formations internes de la Croix-Rouge français, de Médecins Sans Frontières. Sur le terrain, nous formons les personnels d’agences onusiennes pour qu’ils prennent le relais sur la production d’eau potable.

Dans une région rurale sénégalaise, une station de potabilisation a été installée par deux experts du dessalement pour que la population retrouve un accès à une eau de qualité. ©Véolia
  • Nous sommes bientôt en 2025 ; quelles perspectives voyez-vous, dans un monde où les besoins humanitaires et de développement explosent et où les conflits s’étendent, pour l’action de la fondation Veolia ? A quels enjeux, selon vous, celle-ci devra-t’elle devoir répondre, avec quelles adaptations peut-être dans son modus operandi ou son approche ?

Nous passons cette année à la vitesse supérieure à la fois en termes de ressources humaines, en structurant un réseau d’ambassadeurs Veolia pour démultiplier notre action sur les territoires, et en termes de ressources matérielles en installant des hubs où nos Aquaforces vont être prépositionnées pour être plus rapidement acheminées là où elles sont nécessaires. L’idée est, avec notre petite équipe de moins de dix personnes, de pouvoir faire levier pour dupliquer plus facilement, déployer plus rapidement, répondre plus efficacement.

  • Plus précisément, alors que les financements pour l’aide humanitaire et le développement baissent et croisent la courbe exponentielle des besoins, pensez-vous que des fondations telles que la fondation Veolia ont un rôle ou une responsabilité accrue à assumer ?

Notre responsabilité est celle de la fondation d’un groupe présent sur tous les services essentiels. Nous voulons pouvoir répondre chaque fois que la nécessité l’exige et que nos partenaires nous sollicitent.

  • Pour conclure, que souhaiteriez-vous dire à vos partenaires de projets, d’action, et à nos lecteurs ?

Un grand merci, parce que sans eux, nous ne serions pas grand-chose ! En nous soumettant des projets, en nous sollicitant dans l’urgence ou sur du développement, ils nous poussent à être meilleurs. Ils sont la condition de notre efficacité. Autant vous dire qu’on n’a pas fini de travailler ensemble, parce que c’est nécessaire, parce que c’est utile. A 20 ans, on a la vie devant soi !

Tous les ans, une trentaine de collaborateurs du groupe Veolia, issus de tous les métiers, viennent se former à l’urgence humanitaire et aux missions de développement. ©Véolia

 

Propos recueillis par Pierre Brunet

Ecrivain et humanitaire

 

David Poinard

Délégué général de la fondation Veolia depuis avril 2024, David Poinard est hydrogéologue de formation et docteur de l’INSA de Lyon en hydrologie urbaine. Il occupe plusieurs postes de management chez Veolia Eau à partir de 2001 et participe parallèlement aux opérations de la fondation Veolia en tant que volontaire Veoliaforce, mobilisé sur des projets de développement ou des situations de crise (catastrophes naturelles et conflits armés). Il est également président du groupe de travail du Partenariat Français pour l’Eau (PFE) « WASH en contextes de crises et de fragilités » depuis 2020.

La fondation Veolia, au service de la solidarité et du développement humain | Fondation Veolia

 

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Les défis démographiques

Perspectives de la population mondiale 2024 des Nations-Unies UNDSA

Sunday Market, Omo Valley, Ethiopie.  Septembre 2015 ©Thomas Maluck

Introduction

Défis Humanitaires présente ici une synthèse du rapport de la Division de la Population de Département des Affaires économiques et sociales de l’ONU (UNDESA) « Perspectives de la population mondiale 2024 ». La démographie est pour notre revue une question essentielle et cela explique le sous-titre de notre logo Défis Humanitaires : Dans un monde à10 milliards d’humains.

En effet, l’augmentation de 2 milliards d’êtres humains supplémentaires sur notre terre qui passera de 8,2 milliards aujourd’hui à 10,3 milliards en 2080 selon l’ONU ne sera pas sans conséquences sur les territoires, les populations, le climat, la biodiversité, la pollution, la ressource en eau, en énergie et en produits de consommation, en mouvements migratoires,

Pour les pays d’Afrique Subsaharienne notamment, cela représente un défi colossal, particulièrement en matière d’éducation, d’emploi, d’adaptation au changement climatique, d’habitat et d’infrastructures. Ce choc démographique nécessite une mobilisation permanente efficace dans le but d’anticiper les tensions pour les juguler. Elle nécessite également notre solidarité et une coopération internationale à la hauteur des enjeux.

I. Le Contexte de l’Évolution Démographique Globale

Le rapport Word Population Prospects 2024 publié par la Division de la Population de Département des Affaires économiques et sociales de l’ONU (UNDESA) offre une analyse approfondie des tendances démographiques mondiales en révisant les projections de la population mondiale, des taux de fécondité, de mortalité et des migrations internationales. Ce rapport s’inscrit dans la continuité des publications régulières de l’UNDESA depuis 1951, permettant un suivi historique et prospectif des évolutions démographiques. Le constat principal du rapport est que la population mondiale, estimée actuellement à 8,2 milliards de personnes, atteindra un pic de 10,3 milliards au milieu des années 2080 avant de connaitre un déclin progressif jusqu’à environ 10,2 milliards à la fin du siècle.

Ce changement marque ainsi une transition significative par rapport aux projections antérieures, où la croissance démographique mondiale semblait plus soutenue. La révision à cette baisse est essentiellement le produit de la diminution plus rapide que prévue des taux de fécondité, en particulier dans certaines des plus grandes nations du monde, telles que la Chine.

Le fait que le pic de la population mondiale devrait se produire plus tôt et à un niveau plus bas que prévu est important pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il signale la fin de l’ère actuelle de croissance rapide de la population, qui a commencé vers 1800 dans certaines régions et au milieu du XXe siècle à l’échelle mondiale (Nations unies, 2021). Deuxièmement, étant donné que la croissance démographique tend à amplifier les pressions environnementales en augmentant la demande économique totale, elle a des implications pour les progrès vers un avenir plus durable, puisque la demande globale de nourriture, de logement, d’infrastructures et de services, entre autres, sera probablement plus faible si la population mondiale atteint son apogée plus tôt et à un niveau plus bas.

II. La Population Mondiale : Croissance, Pic et Déclin

Le rapport met en évidence que le monde a connu une période de croissance démographique rapide au cours des deux derniers siècles, une tendance qui, bien que toujours présente, commence à ralentir. Cette croissance est en grande partie due à la transition démographique – un processus qui entraîne une réduction de la mortalité, suivie d’une baisse de la fécondité, tout en augmentant l’espérance de vie moyenne.  Cependant, il est important de noter que les pays traversent cette transition à des rythmes différents. Alors que certains, notamment en Europe et en Asie de l’Est, ont déjà vu leur population atteindre un sommet et commencer à diminuer, d’autres, principalement en Afrique subsaharienne et dans certaines parties de l’Asie du Sud, connaissent encore une croissance démographique rapide. Selon le rapport, une personne sur quatre dans le monde vit dans un pays dont la population a déjà atteint son maximum.

Selon les projections du rapport, la population mondiale atteindra un sommet d’environ 10,3 milliards de personnes au milieu des années 2080. Cette projection tient compte de plusieurs facteurs tels que les taux de natalité, la mortalité et les migrations internationales. Le ralentissement de la croissance démographique est principalement dû à une baisse plus rapide que prévue des taux de fécondité dans de nombreuses régions du monde. Par exemple, la Chine, autrefois la nation la plus peuplée au monde, a vu sa population commencer à diminuer en raison de politiques de contrôle des naissances et d’une transition vers une population vieillissante. Après avoir atteint ce sommet en 2080, la population mondiale devrait commencer à diminuer progressivement. Ce déclin est prévu pour se produire principalement dans les régions du monde où la fécondité est déjà inférieure au taux de remplacement (2,1 enfants par femme), celui-ci représente le niveau nécessaire pour maintenir la population stable sans migration. Le rapport prévoit que d’ici la fin du 21e siècle, la population mondiale pourrait redescendre à environ 10,2 milliards.

Le fait que le pic de la population mondiale devrait se produire plus tôt et à un niveau plus bas que prévu est important pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il signale la fin de l’ère actuelle de croissance rapide de la population, qui a commencé vers 1800 dans certaines régions et au milieu du XXe siècle à l’échelle mondiale. Deuxièmement, la croissance démographique accentue les pressions environnementales en augmentant la demande économique globale. Cela impacte les progrès vers un avenir durable, car une population mondiale atteignant son pic plus tôt et à un niveau inférieur entraînerait probablement une demande réduite pour des ressources telles que la nourriture, le logement, les infrastructures et les services.

III. Une Croissance Démographique Inégale

Le rapport souligne des divergences majeures dans les tendances démographiques entre les différentes régions du monde, reflétant des contextes économiques, sociaux et culturels variés. Selon le rapport, on peut classifier les pays selon leur moment de transition démographique. En d’autres termes, ils sont classés en fonction de leur proximité avec leur pic.

3.1. Les Pays dont la Population a déjà Atteint un Pic

En 2024, 63 pays et territoires, représentant 28 % de la population mondiale, avaient déjà atteint un sommet démographique. Cela inclut des nations comme la Chine, l’Allemagne, le Japon et la Fédération de Russie.  Ces pays connaissent ce que l’on appelle parfois une « ultra-fécondité », avec moins de 1,4 naissance vivante par femme au cours de la vie. Ils verront donc leur population diminuer progressivement dans les décennies à venir en raison d’une combinaison de faible natalité et d’une population vieillissante.  Par exemple, en Chine, la politique de l’enfant unique, en vigueur pendant plusieurs décennies, a réduit drastiquement le taux de natalité. Le vieillissement rapide de la population, combiné à une faible fécondité persistante, devrait entraîner une diminution importante de la population dans les années à venir. Ce déclin rapide de la population dans certains contextes peut constituer un défi, nécessitant des réponses politiques innovantes pour faire face aux éventuelles conséquences macroéconomiques, sur le marché du travail, de l’emploi, de la protection sociale et de la sécurité nationale. D’ici 2100, la Chine devrait avoir perdu plus de la moitié de sa population actuelle et être revenue à une taille de population comparable à celle enregistrée à la fin des années 1950.

3.2. Les Pays avec une Croissance Démographique Projetée

À l’inverse, 126 pays et territoires, principalement situés en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud et dans certaines parties de l’Océanie, verront leur population continuer à croître au moins jusqu’en 2054, voire au-delà. Ces régions sont caractérisées par une forte fécondité et une population relativement jeune. Ce groupe comprend certains des pays les plus peuplés du monde : Inde, l’Indonésie, le Nigeria, le Pakistan et les États-Unis. En Afrique subsaharienne, par exemple, le taux de fécondité reste bien au-dessus du seuil de remplacement, avec des taux allant jusqu’à 4 enfants par femme dans certains pays comme le Niger, la République démocratique du Congo et la Somalie.

Selon le rapport, les populations de neuf pays, dont l’Angola, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, le Niger et la Somalie, sont susceptibles de connaître une croissance exponentielle, avec des populations qui doubleront ou plus entre 2024 et 2054. Plus d’un cinquième de l’augmentation prévue de la population mondiale entre 2024 et 2054 devrait se concentrer dans ces neuf pays. En raison de cette croissance rapide, le classement des pays les plus peuplés du monde changera probablement : le Pakistan, puis le Nigeria et la République démocratique du Congo dépasseront les États-Unis en termes de population, et la République-Unie de Tanzanie rejoindra probablement la liste des dix pays les plus peuplés d’ici la fin du siècle.

Notamment, la croissance rapide de la population dans ces régions présente des défis majeurs pour les gouvernements en matière de planification des infrastructures, d’éducation et de soins de santé. L’une des considérations urgentes pour de nombreux pays de ce groupe est de savoir comment minimiser les impacts futurs sur l’environnement tout en répondant aux besoins de leurs populations croissantes. Les dommages causés à l’environnement résultent souvent des processus économiques qui conduisent à des niveaux de vie plus élevés. La croissance démographique amplifie ces pressions environnementales en augmentant la demande économique totale. Un grand nombre des pays dont la population est susceptible de croître rapidement sont actuellement considérés comme des pays à faible revenu. Ces pays, qui ne sont responsables jusqu’à présent que d’une petite partie de la consommation mondiale de ressources matérielles et des émissions de gaz à effet de serre (GES), devront augmenter considérablement leur consommation d’énergie s’ils veulent se développer économiquement et atteindre les objectifs et les cibles de l’Agenda 2030. La promotion d’une croissance économique soutenue dans ces pays sans nuire davantage à l’environnement nécessitera le soutien de la communauté internationale. Les pays à revenu élevé et à revenu intermédiaire qui ont le plus contribué à des modes non durables d’utilisation des ressources ont la plus grande responsabilité d’agir rapidement.

3.3. Les Pays dont le pic aura lieu entre 2025 et 2054

Dans 48 pays et régions, représentant 10 % de la population mondiale en 2024, la taille de la population devrait atteindre son maximum entre 2025 et 2054. Ce groupe, pic entre 2025 et 2054 », comprend le Brésil, la République islamique d’Iran et le Vietnam.

Les pays de ce groupe se trouvent tous dans les dernières phases de la transition démographique, lorsque la fécondité tombe en dessous du seuil de remplacement et que la croissance démographique ralentit à mesure que la population s’approche de sa taille maximale. Ils sont confrontés aux mêmes défis et opportunités que les pays dont la population a déjà atteint son maximum et que les pays dont la population devrait continuer à croître jusqu’en 2054. En l’espace de 30 ans seulement, ces pays devront trouver un équilibre entre les demandes immédiates d’une population qui continue de croître et la nécessité de se préparer à une population plus âgée et probablement moins nombreuse que la population actuelle. En fait, les politiques mises en œuvre par les pays dont la population a déjà atteint son pic peuvent être d’un grand intérêt pour les pays qui risquent d’atteindre un pic de population dans les 30 prochaines années.

IV. Les Défis et Opportunités liés à la Transition Démographique

Un des aspects les plus significatifs de la transition démographique est l’augmentation rapide du nombre de personnes âgées reflétant un vieillissement de la population. En 2024, l’espérance de vie mondiale est estimée à 73,3 ans, en hausse de plus de 8 ans depuis 1995. Cette tendance est en grande partie attribuée aux avancées dans les soins de santé, la nutrition et la réduction de la mortalité infantile. Cependant, cette longévité accrue pose des défis considérables pour les systèmes de protection sociale et de santé, notamment dans les pays où la population vieillit considérablement. Le rapport souligne qu’à partir des années 2080, le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus dépassera celui des enfants de moins de 18 ans, créant une pression accrue sur les systèmes de retraite et les soins de longue durée.

En revanche, dans certains pays, en particulier ceux où la population est encore jeune et en croissance, la baisse des taux de natalité offre une « fenêtre d’opportunité » pour un dividende démographique. Ce phénomène se produit lorsque la part de la population en âge de travailler augmente par rapport à la population non active, ce qui peut stimuler la croissance économique. Pour capitaliser sur cette opportunité, les pays doivent investir dans l’éducation, la santé et la création d’emplois, tout en réformant les institutions économiques et sociales pour encourager l’innovation et la productivité. Les pays d’Afrique subsaharienne, où la population est encore très jeune, doivent saisir cette occasion pour accélérer leur développement économique.

V. Autres enjeux : Migration internationale & Fécondité des femmes

La migration internationale joue également un rôle crucial dans la dynamique de la population mondiale. Le rapport indique que dans certains pays, en particulier ceux dont la population est en déclin, l’immigration compense partiellement les effets de la faible natalité. Par exemple, l’immigration contribue à stabiliser la population en Allemagne, en Russie et au Canada. En revanche, dans d’autres pays, en particulier ceux en développement, l’émigration de travailleurs en âge de procréer peut aggraver les tendances à la baisse de la natalité et accélérer le vieillissement de la population. Le rapport souligne que des politiques visant à encourager le retour des migrants et à offrir des conditions de travail décentes pourraient être plus efficaces à court terme que des politiques visant à augmenter la natalité.

En outre, la réduction des taux de fécondité dans de nombreuses régions du monde est étroitement liée à l’amélioration de l’accès à l’éducation et à la santé, ainsi qu’à une autonomisation accrue des femmes. Le rapport souligne que l’un des moyens les plus efficaces de réduire la fécondité élevée et de promouvoir un développement durable est de garantir aux femmes et aux jeunes filles un accès équitable à l’éducation et aux soins de santé, y compris à la planification familiale. Dans les pays à forte croissance démographique, l’investissement dans l’éducation des filles, le relèvement de l’âge légal du mariage et l’amélioration des soins de santé maternelle sont des priorités essentielles. Cela permet non seulement de ralentir la croissance démographique, mais aussi d’améliorer la participation des femmes à la vie économique, ce qui est essentiel pour un développement durable à long terme.

Conclusion

Pour conclure, le rapport World Population Prospects 2024 nous présente une analyse détaillée des dynamiques démographiques mondiales et de leurs implications pour le développement durable. La diversité des trajectoires démographiques, avec des pays déjà en déclin démographique et d’autres encore en pleine croissance, souligne la nécessité d’adopter des politiques adaptées à chaque contexte. Les principaux défis à relever incluent le vieillissement rapide de la population dans certaines régions, la gestion de la migration internationale, et la nécessité d’investir dans l’éducation et la santé pour tirer parti des opportunités offertes par le dividende. En d’autres termes, la croissance démographique, le vieillissement de la population, l’urbanisation et les migrations internationales sont les quatre grandes tendances démographiques qui façonnent notre monde. Il est donc indispensable de comprendre comment ces tendances démographiques sont susceptibles d’évoluer à court, moyen et long terme pour parvenir à un avenir plus inclusif, plus prospère et plus durable. Aujourd’hui, les perspectives démographiques des pays semblent très diverses. Certains ont encore des taux de fécondité élevés et connaissent une croissance rapide, tandis que d’autres ont des taux de fécondité historiquement bas. Ceux qui ont connu de faibles taux de fécondité pendant plusieurs décennies voient leur population vieillir rapidement, certains commençant même à diminuer. Bien que ces différences soient frappantes, il est important de comprendre que toutes les populations suivent un chemin similaire vers une vie plus longue et des familles moins nombreuses, un processus connu sous le nom de transition démographique. La plupart des différences proviennent du fait que les pays se trouvent à des stades différents de ce processus.

Résumé établi par Ahmed Elbanna

Lien vers le rapport en anglais : https://desapublications.un.org/file/20622/download

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