L’Eau et la Planète

L’Organisation des Nations unies (ONU) nous offre un cadre unique de gouvernance mondiale. Si les décisions prises viennent impacter l’ensemble du monde, avec ses 193 états membres, il n’est pas toujours évident d’y faire adopter des résolutions qui fassent consensus.  Si la France souhaite pouvoir y exercer une influence, elle doit elle-même y porter des messages clairs, faisant consensus en son sein. C’est dans cette optique que le Partenariat Français pour l’Eau[1] (PFE) est né, en 2007, cherchant à rassembler les voix des acteurs français du domaine de l’eau (et de l’assainissement) et harmoniser leurs messages.

Le PFE est ainsi devenu la plateforme de référence des acteurs français de l’eau publics, privés, actifs à l’international. Il porte depuis 17 ans un plaidoyer au niveau international pour que l’eau constitue une priorité dans les politiques du développement durable.

Parce que l’eau est un sujet complexe, transverse, multidimensionnel, le PFE a également parmi ses missions de sensibiliser aux enjeux mondiaux de l’eau. Le deuxième ouvrage de Daniel Zimmer, L’Eau et la planète, un avenir au compte-gouttes (Éditions Charles Léopold Mayer[2]), s’inscrivant pleinement dans cette ambition, nous avons été ravis d’être invités à nous associer à sa diffusion.

Daniel Zimmer a été formé en agronomie, en hydrologie, puis s’est intéressé à de nombreux sujets faisant système :  eau, sol, forêt, agroforesterie, climat, énergie. Ce fin observateur est un collaborateur de longue date du PFE. Il occupait à sa création une place centrale du monde de l’eau, celle du directeur du Conseil mondial de l’eau. Toujours à un niveau international, Daniel Zimmer a par la suite orienté ses travaux sur le climat, pour s’intéresser plus récemment à la mise en place de solutions concrètes et innovantes.

Le livre de Daniel Zimmer nous dresse ainsi une vue d’ensemble, tout en nous menant à élargir notre perception du cycle de l’eau. Il nous invite alors à mieux considérer le rôle de l’eau verte, cette eau qui se stocke chaque année dans le sol et la biomasse, et ne pas se limiter à celui de l’eau bleue, celle que l’on peut pomper.

© Sophie Thomasset

En 2013, l’auteur évoquait déjà dans son livre l’Empreinte Eau (Éditions Charles Leopold Mayer) le rôle majeur de l’eau verte. Malgré une apparition du terme dès 1995, Daniel Zimmer nous rappelle qu’aujourd’hui encore l’eau verte est encore trop souvent ignorée et peu ou pas mesurée. Pourtant, cette eau verte joue un rôle majeur dans le cycle de l’eau car, en s’évaporant et en rejoignant l’eau atmosphérique, elle représente une part importante, majoritaire même, des précipitations sur les continents. L’ouvrage nous détaille comment elle contribue ainsi au recyclage de l’eau continentale.

Un autre sujet évoqué par Daniel Zimmer est celui des limites planétaires. Ce concept de limites planétaires a permis à de nombreuses personnes de découvrir le terme d’eau verte. De récents travaux de recherche du Stockholm Resilience Centre[3], amplement repris par les médias, ont annoncé en septembre 2023 que la limite planétaire de l’eau verte avait été dépassée.  Si au PFE nous considérons qu’un tel propos est prématuré, nous admettons néanmoins que nous sommes entrés dans une période de forte variabilité.

La deuxième partie du livre aborde les difficultés, ou “cauchemars”, comme il les nomme sans détour : pénuries, pollution, dérèglement climatique, événements extrêmes, perte de la biodiversité, etc.

Si les Français ont vu le thème de l’eau monter dans leurs préoccupations ces dernières années (augmentation des périodes de sècheresse, inondations), la crise de l’eau est en réalité devenue mondiale. C’était par ailleurs un des constats de la conférence mondiale sur l’eau, organisée par l’ONU à New York en mars 2023[4].

Malgré l’importance de l’eau, cette conférence a eu lieu 46 ans après la première organisée en Argentine. Cette fréquence semble refléter que l’eau n’était pas au cœur des préoccupations. En mars 2023, le constat est criant : les pays sont exposés à de forts problèmes liés à l’eau, trop ou trop peu d’eau, la crise est mondiale et les prévisions ne sont pas rassurantes.

© UNHCR/Mohamed Maalim

Cette même année, le nouveau rapport de l’ONU (OMS/UNICEF)[5] nous informait que 27% de la population mondiale n’avait toujours pas accès à de l’eau gérée en toute sécurité, soit plus de 2 milliards de personnes. Il faudrait selon ce rapport multiplier les efforts par 6 pour atteindre la cible de l’Objectif de développement durable en question. Concernant l’assainissement, plus de 1,5 milliards d’humains n’ont pas accès aux services les plus basiques, les efforts sont à multiplier par 5.

L’eau occupe une place de plus en plus importante dans les questions liées au changement climatique. Dans le texte final adopté par la COP28 sur le climat de décembre 2023, un Objectif mondial d’adaptation a été formulé. Le tout premier des sept alinéas mentionne l’eau et l’assainissement, caractérisant bien leur rôle prépondérant dans l’adaptation au changement climatique. L’eau est à nouveau citée directement dans le quatrième.

Comme évoqué précédemment, il a fallu attendre 46 ans pour que l’ONU réorganise une conférence mondiale spécifiquement dédiée à l’eau. En mars 2023, le PFE a donc, auprès d’autres pays et acteurs, mis en avant le besoin d’organiser des réunions régulières dédiées à l’eau. Le PFE s’est réjoui de la décision de l’Assemblée générale des Nations unies d’organiser deux autres conférences, en 2026 et en 2028. Les choses semblent donc dorénavant s’accélérer.

Le Kazakhstan et La France ont de plus annoncé la tenue d’un One Water Summit en septembre 2024 à New York. Le PFE se réjouit de l’organisation de l’évènement et participe à son comité de pilotage de l’évènement.

Un vent d’optimisme souffle sur la gouvernance mondiale de l’eau et le PFE va bien sûr œuvrer à renforcer l’utilité de ces rencontres, en collaboration avec la France et les acteurs de l’eau français.

Conférence mondiale sur l’eau, organisée par l’ONU à New York en mars 2023. © ONU

La troisième partie du livre de Daniel Zimmer mise d’ailleurs sur l’optimisme, celui de la volonté. S’il a souhaité s’intéresser aux solutions, et notamment aux solutions fondées sur la nature, l’auteur évoque plus généralement le besoin de rechercher un optimum entre efficience, sobriété et résilience dans nos manières d’utiliser l’eau. Les approches régénératives pourraient bien nous y aider, elles qui s’inspirent des écosystèmes qui ont depuis des millions d’années cherché à trouver de tels optimums.

Le PFE rappelle également qu’un axe d’action, pour l’eau, consistera à casser les silos. L’Eau ne doit pas parler qu’à l’Eau. Le PFE souhaite collaborer, compter parmi ses membres des acteurs de la finance, des assurances, du BTP et autres industries, etc. Les défis de l’eau nous concernent tous et il nous appartient à tous d’apporter de l’eau au moulin.

 

[1] www.partenariat-francais-eau.fr

[2] www.eclm.fr. Maison d’édition de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme (FPH), les Éditions Charles Léopold Mayer (ECLM) publient des ouvrages sur la transition écologique, économique et sociale. Elles accompagnent les acteurs de la transition afin qu’ils puissent développer, mettre en forme et diffuser leur plaidoyer par l’intermédiaire du livre.

[3] https://www.stockholmresilience.org/research/planetary-boundaries.html

[4] https://sdgs.un.org/conferences/water2023

[5] https://www.unwater.org/publications/who/unicef-joint-monitoring-program-update-report-2023

 

Sophie Thomasset 

Directrice adjointe du Partenariat Français pour l’Eau

Sophie Thomasset est diplômée en hydrologie-hydrogéologue de l’Université Pïerre et Marie Curie -Paris VI. Elle a été responsable de projet EAH (Eau, Assainissement Hygiène) au sein d’Action Contre La faim et Oxfam pendant cinq ans. Ses plus longues missions ont été le Libéria, Haïti, le Soudan, mais elle a également fait partie du “groupe urgence”, missionnée alors pour des interventions de courte durée. 

Sophie a rejoint par la suite l’univers des Fondations (Fondation Ensemble, Fondation Yves Rocher) où elle y a accompagné pendant 10 ans des projets à l’International sur les thèmes de l’eau, de l’assainissement, de l’agriculture durable et de l’agroforesterie, de la foresterie.

Sophie a rejoint le Partenariat Français pour l’Eau en 2022 en tant que Directrice Adjointe. 

 

Découvrez le site du PFE : www.partenariat-francais-eau.fr

Identité, culture et biodiversité : le combat des peuples autochtones

Entre résilience et espoir, l’importance de la lutte pour la sauvegarde des peuples autochtones aux regards des enjeux actuels.

L’importance des liens entre les autochtones et la terre. @OHCR

Groupes sociaux et culturels distincts, les peuples autochtones entretiennent des liens ancestraux forts avec les ressources naturelles et les terres sur lesquelles ils vivent et dont ils dépendent. Celles-ci participent à forger leur identité, leur culture, mais également leur subsistance économique et leur mode de vie aussi bien matériel que spirituel.  Grâce à un mode d’organisation propre à chacun, les autochtones vivent de manière distincte de la société dominante, avec leurs propres us, coutumes et toujours en harmonie avec les terres sur lesquels ils se trouvent.

Les populations autochtones ne répondent pas à une définition précise, puisque selon la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, l’auto-identification est considérée comme un critère fondamental, celle-ci faisant référence à leur droit de déterminer leur propre identité ainsi que leur appartenance à un groupe conformément à leurs coutumes et traditions.

À ce jour, les populations autochtones représentent 476 millions de personnes réparties dans plus de 90 pays et 5000 groupes distincts, au sein desquels plus de 6700 langues sont parlées ou signées. Il s’agit d’une véritable diversité de populations, cultures et savoirs-vivres.

Pourtant, la situation des autochtones est alarmante : ils ne forment que 6,2% de la population mondiale, mais représentent 15% du nombre d’individus qui vivent dans l’extrême pauvreté mondiale. Les peuples autochtones, souvent invisibilisés, occultés, dépeignent une réalité dont il est nécessaire de se saisir, au regard des enjeux qu’ils représentent et des défis auxquels ils sont confrontés.

Des populations marginalisées, en proie à une pauvreté accrue

Selon un rapport publié à l’occasion du 30ème anniversaire de la Convention relative aux peuples indigènes et tribaux de 1989, les populations autochtones ont trois fois plus de risques de vivre dans une situation d’extrême pauvreté que le reste de la population.

Bien que les moyens de subsistance et les activités économique des autochtones évoluent – désormais environ 45% des autochtones ont un emploi en dehors du secteur agricole primaire – et qu’ils ont un taux d’activité supérieur à celui du reste de la population (63,3% contre 59,1%), ces données s’accompagnent de déséquilibres et inégalités importantes en termes d’emplois, de conditions de travail et de rémunération.

Photo ONU/F. Charton Une famille Cakchiquel dans le village de Patzutzun, au Guatemala.

Ce rapport met en exergue que 86% des populations autochtones œuvrent dans l’économie informelle, avec bien souvent de mauvaises conditions de travail et d’absence de protection sociale, contre 66% pour le reste de la population. Plus particulièrement et sans surprise, les femmes autochtones sont davantage touchées par ces difficultés d’emploi, puisqu’elles représentent 86,5%  dans le secteur de l’activité informelle.

S’agissant de l’éducation, le rapport indique que plus de la moitié (53,3%) des femmes autochtones qui travaillent n’ont reçu aucune éducation, les femmes autochtones vivant en Afrique sont les plus désavantagées – toutes régions et catégories de revenues confondues – avec un taux de 89,9% d’analphabétisation contre 62,2% de leurs homologues autochtones.

Les femmes autochtones sont également les plus représentés dans le travail familial (environ 34%) et, seulement un quart d’entre elles occupent un travail salarié, face à 51,1% des femmes non autochtones et 30,1% des hommes autochtone.

Enfin, et pour terminer sur les inégalités salariales, les individus autochtones gagnent en moyenne 18% de moins que le reste de la population au même poste.

Ces données analysées traduisent la nécessité, induite par la pauvreté, pour les populations autochtones d’occuper un emploi, même mal rémunéré et exercé dans de mauvaises conditions de travail, dans le but de générer un revenu pour tenter de subvenir à leurs besoins.

L’importance du droit foncier autochtone dans la lutte des ODD, notamment de l’Eau

Par leurs modes de vie différenciés de celui de la culture dominante du pays dans lequel ils se trouvent, les peuples autochtones sont fréquemment exclus, non pris en compte ou encore mal représentés dans les processus décisionnels sur des questions qui les concernent bien souvent directement, notamment sur des projets affectant leurs terres ou sur l’adoption de normes ou mesures législatives pouvant porter atteintes à leurs ressources et conditions de vie.

Ancrées dans un colonialisme exacerbé, les populations autochtones se sont souvent vues déplacées de leurs terres natales au profit d’entreprises et d’exploitations des ressources naturelles présentes sur leurs territoires.

Pourtant, si le système du droit coutumier conférant propriétés de leurs terres aux autochtones est instauré, il n’est que peu effectif et illusoire tant de nombreux gouvernements empiètent sur leurs terres en ne leur conférant que des parcelles de terrain en guise de propriétés et s’octroyant la quasi-totalité de leurs espaces.

Cette atteinte au droit foncier à des conséquences néfastes. Elle est vectrice de conflit, de précarité pour les populations autochtones vivant initialement de ces ressources, mais est également un danger pour l’environnement, notamment en menaçant les cultures et systèmes de savoirs mis en place par les populations autochtones et qui participent initialement à une meilleure intégrité écologique, à protéger la biodiversité et donc la santé environnementale à plus grande échelle.

En effet, l’Economiste en chef des Nations Unies, Elliot Harris, déclarait : « Garantir les droits collectifs des peuples autochtones sur les terres, les territoires et les ressources ne sert pas seulement à leur bien-être, mais aussi à relever certains des défis mondiaux les plus pressants, comme le changement climatique et la dégradation de l’environnement. »

Au cours de la Conférence des Nations-Unies sur l’Eau (22 au 25 mars 2023), les peuples autochtones, les Etats membres et le système des Nations Unies se sont mis en accord autour d’engagements conjoints pour transformer la gouvernance de l’eau, et s’adapter au climat, à la biodiversité. Depuis toujours, les populations autochtones gèrent et gouvernent les ressources en eau, quel que soit l’environnement dans lequel elles se trouvent, que l’eau soit présente en abondance ou en faible quantité sur des terres semi-arides ou très sèches. Les différentes méthodes, bien souvent ancestrales, des autochtones permettent d’arborer de nouvelles approches, extrêmement pertinentes et utiles dans la lutte contre la crise de l’eau douce. La conférence a permis de mettre en exergue les pratiques actuelles des autochtones dans la gestion de leurs ressources en eau, ainsi que d’établir une feuille de route pour favoriser l’inclusion de ces méthodes dans la gouvernance de l’eau mais également affirmer de nouveaux engagements dans la protection du droit foncier des autochtones, nécessaires au regard de l’implication des peuples autochtones dans la politique de gestion de l’eau qui contribue considérablement à répondre au changement climatique, aux systèmes alimentaires et au maintien de la biodiversité.

À titre d’exemple, une tribu de chasseurs-cueilleurs vieille de 40 000 ans obtient des droits légaux sur ses terres ancestrales en Tanzanie, ce qui lui permet de protéger ses forêts contre les agriculteurs et les éleveurs qui cherchent à les défricher. La déforestation dans le territoire central des Hadzabe a depuis diminué, alors qu’elle a augmenté de manière significative dans la région. Les populations d’éléphants d’Afrique, de chiens sauvages d’Afrique, de lions et de léopards, qui sont menacés d’extinction, ont augmenté et les Hadzabe ont gagné plus de 450 000 USD grâce à l’échange de droits d’émission de carbone. Pour en savoir plus, cliquez ici.

Les autochtones renvoient à des acteurs indispensables dans la lutte contre la crise de l’eau douce et dans le maintien de la biodiversité. Leurs différentes approches et méthodes de gouvernance des ressources est un atout clé au regard des enjeux climatiques actuels. Pour cela, il est donc primordial d’assurer et de sécuriser leurs droits fonciers, tout en adoptant une gouvernance plus inclusive et en promouvant des investissements publics adaptés aux cultures ancestrales et aux systèmes de gestion des populations autochtones ainsi que dans la lutte contre l’extinction des langues autochtones, élément clé dans la transmission des savoirs.

Des cultures menacées

À ce jour, sur les 6700 langues autochtones signées et parlées, 40% d’entre elles sont menacées, faute de locuteurs. La disparition d’une langue met en péril la transmission du patrimoine immatériel, des coutumes et des savoirs, qui peuvent s’avérer vitaux sur le plan culturel, sociétal mais également écologique au regard des défis actuels que nous devons relever (changement climatique, épuisement des ressources, maintien de la biodiversité). En 2022, le décès de Critina Calderon, dernière personne à parler parfaitement la langue du peuple yagan au Chili illustre la menace d’extinction des langues autochtones. Selon l’UNESCO, une langue disparait toutes les deux semaines et plus de 1500 d’entre elles seraient en voie d’extinction dans un avenir proche. 67% des langues répertoriées le sont dans des zones à forte biodiversité où les individus ont une parfaite connaissance de leur environnement, au sein duquel ils ont accumulé une multiplicité de savoirs écologiques, qui ont une valeur mondiale très importante.

« Des vocabulaires élaborés sont construits autour de sujets avec une importance économique, socioculturelle mais aussi écologique particulière », rapport de l’UNESCO.

UNICEF/Des fillettes d’une communauté autochtone lisent dans la cour de l’école primaire Ban Pho, dans la province de Lao Cai, au Viet Nam.

Les causes de disparitions des langues sont liées à la fois à la pratique, à la reconnaissance complexe de ces langues, à l’absence de diversité des langues utilisées mais également aux conséquences directes de l’oppression subie par les peuples. En effet, au Canada, on recense 1,7 millions d’autochtones et pourtant, c’est moins de 16% qui pratiquent une langue autochtone. L’ethnologue de la nation huronne-wendate Isabelle Picard, interrogée par Radio Canada estime que les gouvernements  « ont des responsabilités morales et politiques dans la transmission et conservation de ces langues », en rapport à la sombre affaire des pensionnats autochtones, mis en lumière récemment.

Ainsi donc, il est indispensable de mettre en œuvre des outils pour pouvoir perpétuer et faciliter l’enseignement de ces langues et empêcher cet héritage linguistique de disparaitre, dans un dessein impérieux pour la préservation de la diversité, l’identité et l’intégrité des peuples autochtones mais également des connaissances vitales servant aux enjeux climatiques actuels.

Vers une reconnaissance plus effective des peuples autochtones et de leurs droits

Au cours des vingt dernières années, la reconnaissance des droits des peuples autochtones a fortement progressé, comme en témoigne la mise en place de plusieurs instruments et mécanismes internationaux : la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones adoptée en 2007 et la Déclaration américaine sur les droits des peuples autochtones  en 2016, mais aussi la ratification par 23 pays depuis 1991 de la Convention relative aux peuples indigènes et tribaux, l’instauration de l’Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones, la création du Mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones et la mise en place d’un Rapporteur spécial sur les droits des peuples autochtones.

En Juin 2019, le Canada a adopté une loi reconnaissant que « les langues autochtones font partie intégrante des cultures et des identités des peuples autochtones de la société canadienne » et créa un bureau du commissaire aux langues autochtones, efforts appréciés par le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Canada, Perry Bellegarde.

Photo : ONU/Mark Garten Tadodaho Sid Hill, chef de la nation Onondaga, prononce un discours à la Conférence mondiale des peuples autochtones.

Plus récemment, l’UNESCO se mobilise pour la sauvegarde du patrimoine culturel des autochtones. En 2022, dans le but de prolonger le travail de « l’année internationale des langues autochtones », l’ONU a décidé de lance une Décennie internationale des langues autochtones (2022-2032). Parmi les différentes actions mises en place, la publication de l’Atlas mondial des langues autochtones destiné à rassembler et diffuser les données relatives aux langues dans le monde et dans chaque pays, a été salué par le Rapporteur spécial des nations unies sur les droits des peuples autochtones, «  les langues autochtones jouent un rôle essentiel dans la définition de la relation autochtone avec la Terre mère, la préservation du territoire autochtone, la transmission de la vision du monde, de la science, de l’histoire et de la culture autochtones et l’éradication de la faim en maintenant l’intégrité des systèmes alimentaires autochtones ».

Dans ce même esprit, d’autres moyens voient le jour, comme le lancement d’un cours en ligne – un MOOC – portant sur l’initiation au Dongba, l’écriture de la minorité ethnique Naxi du Yunnan, en Chine. Celui-ci, disponible en quatre langues a pour but de toucher des milliers d’individus à travers le monde et de permettre de contribuer à la sauvegarde de ce patrimoine culturel. A l’instar, à la suite d’un débat multipartite à l’ONU sur le développement des médias communautaires autochtones, il a été décidé que de nombreux efforts seront fait pour promouvoir l’accès au contenu et aux services des médias dans les langues indigènes, notamment pour diffuser plus largement l’information pour les communautés locales et renforcer la voix des autochtones dans la couverture médiatique.

Toutes ces tendances sont induites par le Plan d’action global qui guide la mise en œuvre de la lutte pour la préservation de la culture des peuples autochtones, dans le cadre de cette Décennie. Le Plan aborde tous les aspects de la vie quotidienne des locuteurs. Il plaide pour un meilleur accès à l’alimentation, à la justice et aux services de santé, à la cohésion sociale, à l’autonomisation numérique, à la culture, à la biodiversité, à l’accès à l’emploi dans le contexte de la revitalisation, de la culture et de la durabilité des langues autochtones.

A l’orée de cette Décennie, le chemin est encore long et les efforts doivent se poursuivre. Il s’agit là d’une nécessité à la fois individuelle au regard de la protection identitaire et culturelle des individus mais également globale dans l’importance des éléments de réponses permises par les cultures autochtones dans la protection de la biodiversité et la gestion des ressources face aux enjeux climatiques actuels auxquels nous faisons face.

Inès Legendre 
Finissante en Master 2 Droit et Relations internationales à l’Université de Montréal.