Le risque d’abandon de tous les objectifs mondiaux relatifs à l’Eau

© Solidarités International – Distribution d’eau et de kits 6 mois après le passage de Chido à Mayotte

Une deuxième Conférence ONU sur l’Eau fin 2026

En décembre 2026 va avoir lieu à Abu Dhabi la deuxième Conférence ONU sur l’Eau du XXIème siècle. C’est un événement très important dans la mesure où les Etats n’ont jamais eu l’habitude de se réunir aux Nations Unies pour travailler ensemble sur les questions relatives aux eaux continentales. La première fois a eu lieu en janvier 2023 à New York. Cette première Conférence a eu de bons résultats. Les dirigeants des pays ont pris conscience qu’ils avaient tous des problèmes d’eau et en ont déduit qu’il y avait une crise mondiale à ce sujet. En outre, un tabou est tombé. Grâce à plusieurs pays dont la France, des discussions ont pu commencer à exister sur les insuffisances de ce qu’on appelle depuis la gouvernance mondiale de l’eau. Et il a été décidé de tenir une deuxième Conférence ONU sur l’Eau en se focalisant sur les objectifs mondiaux, ce qui n’avait pas été la priorité en 2023. Cette nouvelle Conférence est beaucoup mieux préparée que la première. En particulier, les pays se sont tous retrouvés à Dakar en janvier dernier au niveau ministériel pour commencer à débattre ensemble en suivant la structure thématique prévue pour la Conférence elle-même. Cette réunion intergouvernementale de Dakar a montré que les esprits ont bien évolué depuis 2023 : nombreux sont les pays qui demandent aujourd’hui une pérennisation de ces Conférences ONU sur l’Eau, un nombre bien plus élevé qu’en 2023. C’est l’espoir que l’eau soit bien mieux traitée au niveau mondial dans le futur.

© Solidarités International – Distribution d’eau par Solidarités International à Tawila au Darfour, Soudan

Les débats de décembre vont être organisés en 6 grands thèmes qui recouvrent toutes les thématiques importantes de l’eau. Pour chaque sujet, les pays vont chercher à stimuler des progrès. Ce sera le cas pour la gouvernance mondiale de l’eau qui fait l’objet de l’un des 6 grands thèmes. On peut espérer que cela la fasse progresser. Plusieurs pistes sont avancées.

Mais si on n’y prend pas garde, elle pourrait aussi régresser car il y a une menace peu visible dont peu d’acteurs sont aujourd’hui conscients. C’est le risque de perdre notre boussole et de n’avoir plus aucun objectif mondial pour l’eau dans 5 ans !

Pour comprendre et mesurer cette menace, il est utile de prendre d’abord la mesure des progrès récents de la gouvernance mondiale de l’eau.

 

Un canard sans tête

En matière d’eau, la communauté internationale était au début du XXIème siècle comme un canard sans tête : pas de vision commune des enjeux, pas d’objectifs communs, peu de connaissance statistique partagée, pas de mémoire collective.  De nombreuses agences ONU agissaient pour l’eau mais sans réelle coordination. Les pays ne se réunissaient pas aux Nations Unies pour parler d’eau. Le seul endroit où les gouvernements discutaient d’eau étaient les conférences diplomatiques organisées par les pays-hôtes des Forums mondiaux de l’Eau. Ces Conférences étaient très utiles, elles ont permis par exemple de bâtir les droits humains à l’eau potable et à l’assainissement, mais elles étaient sans lendemain et ne permettaient pas de prendre des décisions collectives car celles-ci se prennent à l’ONU. Les objectifs des pays en matière d’eau étaient disparates et leurs actions peu confrontées aux besoins mondiaux. Oh, il y avait bien un objectif mondial pour l’accès à l’eau potable adopté en 2000 mais il n’était pas ambitieux et il a pu être déclaré atteint en 2012 avec 3 ans d’avance en dépit des milliards de personnes qui avaient toujours de l’eau contaminée. Sans vision commune des enjeux, sans objectifs communs, sans mécanisme de suivi des progrès, sans enceinte de débats diplomatiques réguliers, la gouvernance de l’eau au niveau mondial était quasi inexistante en comparaison des nombreuses autres thématiques comme la Santé ou l’Alimentation qui avaient des objectifs, des réunions intergouvernementales régulières, des décisions d’action et des structures onusiennes permanentes.

 

De réels progrès de gouvernance au niveau mondial

Le graphe de la figure 1 illustre schématiquement les progrès qui ont pu être faits depuis 2000 et leurs importances respectives en matière de gouvernance. Son axe vertical correspond à une évaluation subjective de la qualité de la gouvernance mondiale en proportion de celle des enjeux de Santé ou d’Alimentation.

Fig. 1 : Progrès récents et espérés de la « gouvernance mondiale de l’Eau »

Au-delà de l’existence des Forums mondiaux de l’Eau, les premiers progrès ont été les Objectifs du Millénaire pour le Développement qui comprenaient en 2000 un sous-objectif pour l’eau potable puis en 2003 un autre pour les toilettes. Ensuite en 2010, la reconnaissance de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement comme des droits humains. En soi, cette reconnaissance a été très importante. Mais, pour qu’elle serve à améliorer le sort des milliards de personnes dont ce droit est bafoué, il fallait un programme opérationnel de mise en œuvre à grande échelle. Un tel programme, l’Agenda 2030 et ses Objectifs de développement durable (ODD), a été adopté en 2015. Ce fut l’occasion pour tous les pays de décider pour la première fois qu’ils voulaient assurer un accès universel à l’eau potable et à l’assainissement de qualité dans des conditions économiques abordables satisfaisant ainsi à peu près aux exigences des droits humains. Mieux, l’Agenda 2030 adopté en 2015 comprend une vingtaine d’objectifs mondiaux ambitieux liés à l’eau dont le but est de répondre à l’ensemble des principaux enjeux mondiaux liés à l’eau dans une vision d’ensemble claire. Ces objectifs mondiaux concernent ainsi aussi bien les questions d’accès des populations que la maîtrise des pollutions, la durabilité des ressources en eau que les catastrophes liées à l’eau (voir Figure 2). Avec une vision d’ensemble pertinente et des objectifs couvrant tous les grands enjeux, le canard a trouvé un chemin. En 2015, le monde a trouvé une boussole. Mieux, des indicateurs de progrès ont été définis et construits, ce qui a permis en quelques années d’avoir une connaissance bien plus précise et objective de la situation mondiale sur ces sujets. Je rappelle par exemple que jusqu’en 2021 personne dans le Monde n’avait la moindre idée de la proportion mondiale des flux d’eaux usées qui sont dépollués avant rejet dans la nature, ce qui était bien pratique pour justifier l’inaction mais n’aidait pas à progresser.

 

Fig. 2 : L’Agenda 2030 inclut des cibles directement liées à l’Eau (flèches bleues)  dans de nombreux ODD

Et puis les pays ont enfin commencé à se réunir à l’ONU avec une première Conférence sur l’Eau sous tous ses aspects en janvier 2023 puis une seconde en décembre 2026. Comme le secrétariat de ces Conférences est assuré par l’ONU, les débats sont consignés et accessibles, les décisions font l’objet de mise en œuvre et sont au moins partiellement suivies, des bilans d’avancement sont produits régulièrement. En parallèle, ONU-Eau est montée en puissance et une stratégie du système ONU pour l’Eau a vu le jour, ce qui a fortement amélioré la coordination interne des agences ONU. Aujourd’hui, le canard sait beaucoup mieux où il doit aller et s’il y va.

Il avance cependant beaucoup trop lentement. Avoir des objectifs comme l’accès universel à l’eau véritablement potable, la réduction de moitié des flux de pollution rejetées sans traitement ou la durabilité des ressources en eau permet d’orienter les politiques. Mais les résultats obtenus par rapport à ces objectifs sont très insuffisants. Défis Humanitaires a publié deux de mes articles[1] détaillant cette insuffisance pour l’eau potable et l’assainissement dans son édition du 22 mars 2025. La mise à jour ultérieure des statistiques mondiales a confirmé les tendances décrites dans ces articles.

 

Des progrès supplémentaires attendus à Abu Dhabi 2026

Il y a cependant des progrès à faire pour atteindre un niveau de gouvernance mondiale comparable avec celui de la Santé ou de l’Alimentation. Par sa seule existence, la Conférence de décembre 2026 sera déjà un progrès supplémentaire car pour  la première fois les Etats vont regarder ensemble leurs progrès très insuffisants vers leurs objectifs mondiaux liés à l’eau. Le besoin est énorme car il y a un hiatus béant entre les objectifs et la somme des résultats des politiques nationales. Est-ce que cette discussion pourrait enfin enclencher des mesures correctrices et le processus politique d’accélération qui est absolument nécessaire ? Est-ce que cela va permettre de mobiliser tous les secteurs à l’atteinte des objectifs Eau en mobilisant les Ministres des Finances, de l’Agriculture, de l’Energie, de l’Industrie, des Villes ? Est-ce que cette Conférence va permettre de comprendre et d’admettre que si les objectifs ne sont pas atteints, c’est tout simplement parce que de nombreuses politiques nationales ne cherchent aujourd’hui pas à les atteindre et qu’on n’atteint pas des objectifs ambitieux par hasard ? Nous sommes nombreux à l’espérer.

 

Le risque de tout perdre en 2030

Lorsqu’on étudie tous ces progrès faits depuis 2000, il devient clair que la vision cohérente et équilibrée, les objectifs ambitieux et les indicateurs statistique de 2015 sont un fantastique trésor collectif. Ce sont évidemment des biens publics mondiaux mais en réalité bien plus que cela. Comme ils sont partagés par tous, ce sont eux qui permettent au canard, pardon à la communauté internationale, de savoir où elle doit aller, où elle met les pieds et si elle y va.

Ce trésor est peu visible car, à l’exception des bailleurs de fonds internationaux, la plupart des acteurs de l’Eau ne se réfèrent que symboliquement aux ODD et n’utilisent pas les cibles ODD dans leurs objectifs concrets et leurs activités opérationnelles. Même au niveau des Etats, nombreux sont ceux qui ont voté avec enthousiasme les ODD en 2015 mais qui n’ont jamais cherché à adapter leurs politiques nationales pour assurer leurs contributions à l’atteinte de ces objectifs partagés.

© Solidarités International – Distributions de kits et construction/réhabilitation de points d’eau à la base d’Al Mokha au Yémen

Ce trésor créé en 2015 a une grande valeur politique et je suis fier d’avoir pu modestement y contribuer. Mais il est précaire car il va disparaître en 2030. Il est en effet attaché à l’Agenda 2030 qui, comme son nom l’indique, s’arrêtera fin 2030. La valeur de ce trésor collectif est aujourd’hui très sous-estimée dans les rapports et débats internationaux. Ce n’est que lorsqu’il disparaîtra en 2030 que cette valeur apparaître aux yeux de tous.

Alors bien sûr, ceux qui connaissent l’inertie des grosses structures onusiennes ont confiance dans l’adoption d’un nouveau programme mondial 2030-2045 et se disent que ce nouveau programme inclura des objectifs pour l’Eau. C’est effectivement une possibilité car une négociation sur les objectifs mondiaux post-2030 va s’engager en juillet 2027. Mais va-t-elle aboutir dans le contexte géopolitique actuel ? Et si elle aboutit, quelle sera l’ambition de ses objectifs pour l’Eau ? Assurera-t-il la continuité des efforts par le maintien des mêmes objectifs ? Personne ne sait, évidemment.

Mais le risque de non-consensus sur un programme post-2030 ou d’adoption d’un programme post-2030 différent et moins ambitieux que l’Agenda 2030 est par nature important. En effet, il faut se souvenir que l’adoption consensuelle en 2015 par les représentants de toute la population mondiale d’objectifs ambitieux destinés à affronter les plus grands enjeux de l’humanité a été un événement historique. Cela n’avait jamais eu lieu dans l’Histoire. La probabilité de reproduction d’un tel événement est par essence faible. Mais des obstacles se sont en outre accumulés et ce risque de non-consensus ou d’ambitions réduites est devenu très élevé. Les facteurs d’échec pouvant s’additionner sont nombreux : un grand pays dénigrant le multilatéralisme a déclaré que les ODD étaient contraires à ses politiques et intérêts[2] ; les ODD n’intéressent pas réellement les responsables politiques nationaux qui préfèrent communiquer sur leurs progrès plutôt que sur ce qu’il leur reste à faire pour atteindre des objectifs ambitieux de moyen ou long terme; les penseurs et décideurs de 2030 voudront comme d’habitude faire autrement que leurs prédécesseurs afin de gagner en visibilité personnelle sans se soucier de maintenir la continuité des objectifs, des indicateurs et des actions ; les nombreux puristes qui voient des imperfections dans le contenu des cibles ODD actuelles vont vouloir les réécrire dans l’idée de faire mieux sans être conscients que demander une réécriture est la meilleure façon de n’avoir plus rien du tout car le consensus historique de 2015 a très peu de chance de se reproduire en 2020 dans un contexte de multilatéralisme très affaibli. Il pourrait ainsi se produire une conjonction d’intérêts pour que le programme 2030-2045 n’existe finalement pas ou soit d’une ambition très réduite avec des objectifs et des indicateurs différents de ceux qui existent aujourd’hui.

© Solidarités International – Femmes allant chercher de l’eau au Darfour, Soudan

Pour l’eau, ce serait une catastrophe, car il n’existe des objectifs mondiaux pour l’eau qu’à travers ce programme des ODD. Sans continuité de la vision, des objectifs et des indicateurs, la gouvernance mondiale de l’eau reviendrait à la case départ. Il s’agirait d’un recul majeur (cf Figure 1).

 

La police d’assurance proposée par le Partenariat Français pour l’Eau

Comme rien n’est certain pour le programme mondial post-2030, il y a un risque réel de perdre le trésor collectif décrit ci-dessus fin 2030. Le Partenariat Français pour l’Eau (PFE), qui rassemble les acteurs français de tous types s’intéressant aux question d’eau à l’international et que certains appellent l’Equipe de France internationale de l’Eau, se soucie fortement de cette catastrophe potentielle. Alors, tout en se battant pour l’adoption d’un nouveau programme ambitieux post-2030 conservant au moins pour l’eau les mêmes vingt objectifs précis et leurs indicateurs, ce Partenariat Français pour l’Eau a imaginé une précaution permettant de sécuriser les objectifs mondiaux sans les jouer à la roulette russe dans cette grande négociation post-2030 très incertaine. Il préconise que l’Assemblée générale des Nations unies adopte dès 2027 une résolution relative à l’eau par laquelle elle instituerait des objectifs mondiaux calqués sur les objectifs existants sans aucune modification et sans les lier à un programme mondial plus large de durée fixée. C’est ce qui existe dans de nombreux domaines comme la biodiversité, le climat, les catastrophes, la santé qui ont des objectifs établis hors de l’Agenda 2030 mais intégrés dans les ODD. La même résolution 2027 déciderait également de poursuivre le suivi statistique des indicateurs ODD liés à l’eau. Pourquoi 2027? Parce que ce pourrait être une suite logique de la Conférence de décembre 2026 à condition que les Etats y prennent conscience de la menace de perdre objectifs et indicateurs et de leur responsabilité de les sécuriser avant la grande négociation sur les objectifs post-2030. Pourquoi les mêmes objectifs que les cibles ODD ? Parce qu’ouvrir une négociation sur le contenu de nouveaux objectifs risque de ne pas aboutir avant des années ou d’aboutir à des objectifs moins ambitieux.

J’ai eu l’honneur de présenter au nom du PFE cette proposition en janvier dernier à Dakar à tous les gouvernements réunis pour préparer la Conférence ONU sur l’Eau de décembre à Abu Dhabi.

Au vu de l’aggravation des difficultés liées à l’eau dans le monde, cette Conférence ne sera un succès que si elle conduit à des progrès et évite toute régression. Alors espérons que cette Conférence permette à la fois aux Etats de prendre conscience aussi bien de l’écart très important entre la somme des résultats de leurs politiques nationales Eau et leurs objectifs mondiaux que de leur responsabilité collective d’accroître leurs efforts vers ces objectifs tout en sécurisant l’existence de ces derniers dès la fin de la Conférence.

 

Gérard Payen.

 

[1] Eau potable : que nous apprennent les statistiques mondiales au-delà des rapports officiels ?, G.Payen, Défis Humanitaires n°86 du 6 mars 2024 ; Eau potable et assainissement : Atteindre les objectifs, dans quels délais ?, G. Payen, PCM n°919 de décembre 2024

[2] Les Etats-Unis ont annoncé leur retrait de l’UNESCO en juillet 2025 pour 2 motifs officiels dont l’un était « L’UNESCO s’emploie à promouvoir des causes sociales et culturelles qui divisent et accorde une importance démesurée aux Objectifs de développement durable des Nations unies, un programme mondialiste et idéologique en matière de développement international qui va à l’encontre de notre politique étrangère « America First ».


Gérard Payen

Gérard Payen travaille depuis plus de 40 ans à la résolution de problèmes liés à l’eau dans tous les pays. Conseiller pour l’Eau du Secrétaire Général des Nations Unies (membre de UNSGAB) de 2004 à 2015, il a contribué à la reconnaissance des Droits de l’Homme à l’eau potable et à l’assainissement ainsi qu’à l’adoption des nombreux Objectifs mondiaux de Développement Durable liés à l’eau. Il continue aujourd’hui à travailler à la mobilisation de la communauté internationale pour une meilleure gestion des problèmes liés à l’eau, ce qui passe par des politiques publiques plus ambitieuses. Vice-président du Partenariat Français pour l’Eau, il conseille aussi les agences des Nations Unies qui produisent les statistiques mondiales relatives à l’Eau. Impressionné par le nombre d’idées fausses sur la nature des problèmes liés à l’eau, idées qui gênent les pouvoirs publics dans leurs prises des décisions, il a publié en 2013 un livre pour démonter ces idées reçues.


Découvrez les autres articles de cette édition :

L’Eau et la Planète

L’Organisation des Nations unies (ONU) nous offre un cadre unique de gouvernance mondiale. Si les décisions prises viennent impacter l’ensemble du monde, avec ses 193 états membres, il n’est pas toujours évident d’y faire adopter des résolutions qui fassent consensus.  Si la France souhaite pouvoir y exercer une influence, elle doit elle-même y porter des messages clairs, faisant consensus en son sein. C’est dans cette optique que le Partenariat Français pour l’Eau[1] (PFE) est né, en 2007, cherchant à rassembler les voix des acteurs français du domaine de l’eau (et de l’assainissement) et harmoniser leurs messages.

Le PFE est ainsi devenu la plateforme de référence des acteurs français de l’eau publics, privés, actifs à l’international. Il porte depuis 17 ans un plaidoyer au niveau international pour que l’eau constitue une priorité dans les politiques du développement durable.

Parce que l’eau est un sujet complexe, transverse, multidimensionnel, le PFE a également parmi ses missions de sensibiliser aux enjeux mondiaux de l’eau. Le deuxième ouvrage de Daniel Zimmer, L’Eau et la planète, un avenir au compte-gouttes (Éditions Charles Léopold Mayer[2]), s’inscrivant pleinement dans cette ambition, nous avons été ravis d’être invités à nous associer à sa diffusion.

Daniel Zimmer a été formé en agronomie, en hydrologie, puis s’est intéressé à de nombreux sujets faisant système :  eau, sol, forêt, agroforesterie, climat, énergie. Ce fin observateur est un collaborateur de longue date du PFE. Il occupait à sa création une place centrale du monde de l’eau, celle du directeur du Conseil mondial de l’eau. Toujours à un niveau international, Daniel Zimmer a par la suite orienté ses travaux sur le climat, pour s’intéresser plus récemment à la mise en place de solutions concrètes et innovantes.

Le livre de Daniel Zimmer nous dresse ainsi une vue d’ensemble, tout en nous menant à élargir notre perception du cycle de l’eau. Il nous invite alors à mieux considérer le rôle de l’eau verte, cette eau qui se stocke chaque année dans le sol et la biomasse, et ne pas se limiter à celui de l’eau bleue, celle que l’on peut pomper.

© Sophie Thomasset

En 2013, l’auteur évoquait déjà dans son livre l’Empreinte Eau (Éditions Charles Leopold Mayer) le rôle majeur de l’eau verte. Malgré une apparition du terme dès 1995, Daniel Zimmer nous rappelle qu’aujourd’hui encore l’eau verte est encore trop souvent ignorée et peu ou pas mesurée. Pourtant, cette eau verte joue un rôle majeur dans le cycle de l’eau car, en s’évaporant et en rejoignant l’eau atmosphérique, elle représente une part importante, majoritaire même, des précipitations sur les continents. L’ouvrage nous détaille comment elle contribue ainsi au recyclage de l’eau continentale.

Un autre sujet évoqué par Daniel Zimmer est celui des limites planétaires. Ce concept de limites planétaires a permis à de nombreuses personnes de découvrir le terme d’eau verte. De récents travaux de recherche du Stockholm Resilience Centre[3], amplement repris par les médias, ont annoncé en septembre 2023 que la limite planétaire de l’eau verte avait été dépassée.  Si au PFE nous considérons qu’un tel propos est prématuré, nous admettons néanmoins que nous sommes entrés dans une période de forte variabilité.

La deuxième partie du livre aborde les difficultés, ou “cauchemars”, comme il les nomme sans détour : pénuries, pollution, dérèglement climatique, événements extrêmes, perte de la biodiversité, etc.

Si les Français ont vu le thème de l’eau monter dans leurs préoccupations ces dernières années (augmentation des périodes de sècheresse, inondations), la crise de l’eau est en réalité devenue mondiale. C’était par ailleurs un des constats de la conférence mondiale sur l’eau, organisée par l’ONU à New York en mars 2023[4].

Malgré l’importance de l’eau, cette conférence a eu lieu 46 ans après la première organisée en Argentine. Cette fréquence semble refléter que l’eau n’était pas au cœur des préoccupations. En mars 2023, le constat est criant : les pays sont exposés à de forts problèmes liés à l’eau, trop ou trop peu d’eau, la crise est mondiale et les prévisions ne sont pas rassurantes.

© UNHCR/Mohamed Maalim

Cette même année, le nouveau rapport de l’ONU (OMS/UNICEF)[5] nous informait que 27% de la population mondiale n’avait toujours pas accès à de l’eau gérée en toute sécurité, soit plus de 2 milliards de personnes. Il faudrait selon ce rapport multiplier les efforts par 6 pour atteindre la cible de l’Objectif de développement durable en question. Concernant l’assainissement, plus de 1,5 milliards d’humains n’ont pas accès aux services les plus basiques, les efforts sont à multiplier par 5.

L’eau occupe une place de plus en plus importante dans les questions liées au changement climatique. Dans le texte final adopté par la COP28 sur le climat de décembre 2023, un Objectif mondial d’adaptation a été formulé. Le tout premier des sept alinéas mentionne l’eau et l’assainissement, caractérisant bien leur rôle prépondérant dans l’adaptation au changement climatique. L’eau est à nouveau citée directement dans le quatrième.

Comme évoqué précédemment, il a fallu attendre 46 ans pour que l’ONU réorganise une conférence mondiale spécifiquement dédiée à l’eau. En mars 2023, le PFE a donc, auprès d’autres pays et acteurs, mis en avant le besoin d’organiser des réunions régulières dédiées à l’eau. Le PFE s’est réjoui de la décision de l’Assemblée générale des Nations unies d’organiser deux autres conférences, en 2026 et en 2028. Les choses semblent donc dorénavant s’accélérer.

Le Kazakhstan et La France ont de plus annoncé la tenue d’un One Water Summit en septembre 2024 à New York. Le PFE se réjouit de l’organisation de l’évènement et participe à son comité de pilotage de l’évènement.

Un vent d’optimisme souffle sur la gouvernance mondiale de l’eau et le PFE va bien sûr œuvrer à renforcer l’utilité de ces rencontres, en collaboration avec la France et les acteurs de l’eau français.

Conférence mondiale sur l’eau, organisée par l’ONU à New York en mars 2023. © ONU

La troisième partie du livre de Daniel Zimmer mise d’ailleurs sur l’optimisme, celui de la volonté. S’il a souhaité s’intéresser aux solutions, et notamment aux solutions fondées sur la nature, l’auteur évoque plus généralement le besoin de rechercher un optimum entre efficience, sobriété et résilience dans nos manières d’utiliser l’eau. Les approches régénératives pourraient bien nous y aider, elles qui s’inspirent des écosystèmes qui ont depuis des millions d’années cherché à trouver de tels optimums.

Le PFE rappelle également qu’un axe d’action, pour l’eau, consistera à casser les silos. L’Eau ne doit pas parler qu’à l’Eau. Le PFE souhaite collaborer, compter parmi ses membres des acteurs de la finance, des assurances, du BTP et autres industries, etc. Les défis de l’eau nous concernent tous et il nous appartient à tous d’apporter de l’eau au moulin.

 

[1] www.partenariat-francais-eau.fr

[2] www.eclm.fr. Maison d’édition de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme (FPH), les Éditions Charles Léopold Mayer (ECLM) publient des ouvrages sur la transition écologique, économique et sociale. Elles accompagnent les acteurs de la transition afin qu’ils puissent développer, mettre en forme et diffuser leur plaidoyer par l’intermédiaire du livre.

[3] https://www.stockholmresilience.org/research/planetary-boundaries.html

[4] https://sdgs.un.org/conferences/water2023

[5] https://www.unwater.org/publications/who/unicef-joint-monitoring-program-update-report-2023

 

Sophie Thomasset 

Directrice adjointe du Partenariat Français pour l’Eau

Sophie Thomasset est diplômée en hydrologie-hydrogéologue de l’Université Pïerre et Marie Curie -Paris VI. Elle a été responsable de projet EAH (Eau, Assainissement Hygiène) au sein d’Action Contre La faim et Oxfam pendant cinq ans. Ses plus longues missions ont été le Libéria, Haïti, le Soudan, mais elle a également fait partie du “groupe urgence”, missionnée alors pour des interventions de courte durée. 

Sophie a rejoint par la suite l’univers des Fondations (Fondation Ensemble, Fondation Yves Rocher) où elle y a accompagné pendant 10 ans des projets à l’International sur les thèmes de l’eau, de l’assainissement, de l’agriculture durable et de l’agroforesterie, de la foresterie.

Sophie a rejoint le Partenariat Français pour l’Eau en 2022 en tant que Directrice Adjointe. 

 

Découvrez le site du PFE : www.partenariat-francais-eau.fr