Questions d’urgence

Visite du 13 au 15 décembre 2021 du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, chef de la MINUSMA, El-Ghassim WANE auprès des Casques bleus à Gao, Ansongo, Ménaka, Kidal, Aguelhok et Tessalit afin d’apporter son soutien au personnel sur le terrain après une série d’attaques dont ils ont été victimes. @MINUSMA/Harandane Dicko (CC BY-NC-SA 2.0)

Mali, Burkina Faso, Afghanistan.

Rien ne va plus au Mali avec la France depuis les deux Coups d’Etats successifs, la restructuration de la force Barkhane, l’arrivée de mercenaires russes du Groupe Wagner et l’expulsion récente de l’Ambassadeur de France.

Jusqu’où la rupture peut-elle aller et avec quelles conséquences ? Si tout s’accélère, tout est-il sous contrôle ? Quelle sera la prochaine étape de cette crise à rebondissement ?

Il faut dire que la période de transition de 5 ans décrétée par le chef de la junte, le colonel Assimi Goïta, a tout bloqué. Il faut dire que les pressions de la France vis-à-vis des pays de la région ont été fortes. Il faut dire que la CEDEAO a été sévère dans ses décisions. Nul besoin d’être un expert du Mali pour ressentir que nous sommes arrivés au point de rupture.

Et pourtant la France est venue au Mali en 2013 à la demande des autorités maliennes pour stopper les djihadistes aux portes de Bamako. Depuis, près de 60 soldats français sont morts pour la sécurité de ce pays. Que vont devenir les Forces Barkhane et Takuba alors que la rupture politique semble inévitable et que les groupes djihadistes sont à l’affut ?

La fuite en avant va-t-elle prendre le dessus ?

Soldats de l’armée malienne @koboula.ml

Que va devenir le Gouvernement de transition face aux sanctions de la CEDEAO et de l’Union Africaine et quel en sera l’impact sur la population elle-même. Que vont faire les groupes djihadistes ? La fuite en avant va-t-elle se généraliser ?

Et pour les déplacés, réfugiés et populations en danger, que vont devenir les programmes de développement et d’aide humanitaire ? Le danger est grand de les voir diminuer drastiquement, voire même s’interrompre ici et là.

Pour mémoire, soulignons qu’en ce début d’année le nombre de maliens victimes de la crise alimentaire a augmenté de 160% par rapport à la période antérieure (2015-2020) selon le Centre de Coordination de la Réponse d’Urgence de la DG ECHO[1] de la Commission Européenne. Et le nombre de maliens ayant besoin d’une assistance humanitaire est passé de 5,9 millions à 7,5 millions en 12 mois !

Quelles seront les conséquences d’un éventuel redéploiement régional de Barkhane et Takuba malgré le maintien probable de la MINUSMA ? Les groupes Djihadistes vont-ils profiter de la situation pour occuper le terrain et jusqu’où iront-ils ? Evidemment, certains vont parier sur la chute du président et du gouvernement de transition de Assimi Goïta, président, et de Chogel Maiga, premier ministre. Si tel était le cas, la situation serait-elle meilleure ou pire encore ?

La sécurité va-t-elle se dégrader au point de restreindre voire d’interrompre ici et là l’accès des secours humanitaires aux populations qui en ont quotidiennement besoin ? Dans ce contexte de tous les dangers, les humanitaires vont devoir faire preuve de beaucoup de résolution, d’imagination et de savoir-faire pour remplir leur mission.

De Bamako à Ouagadougou.

D’autant que le Mali n’est pas le seul pays malade dans cette région du Sahel avec la Guinée et le Burkina Faso. A son tour, le 24 janvier, ce pays a connu un Coup d’Etat militaire mené par le Lieutenant-Colonel Paul-Henri Sandago Damida qui a conduit à la destitution du président Marc Christian Kaboré.

Les humanitaires qui sillonnent le territoire alors que la crise alimentaire a été déclarée croisent souvent des agents de sécurité dans ces parties frontalières du Mali. © EC/ECHO/Saïd Mbombo Penda (CC BY-ND 2.0)

Si la Constitution a été rétablie peu après avoir été abrogée, les conseils des collectivités locales ont été dissous par décret. Si les services municipaux continuent de fonctionner, il n’y a plus d’instance décisionnaire. Cela va retarder toutes les décisions d’investissement sur les infrastructures, notamment pour les services essentiels destinés aux populations déplacées de force. Dans le même temps, les Etats-Unis ont décidé de faire une pause dans leur assistance pour un montant de 450 millions de dollars.

Pour mémoire, rappelons qu’il y avait 47 000 déplacés fin décembre 2018, plus de 1,1 million début 2021, 1,4 million courant 2021 et enfin 1,57 million fin décembre 2021 sur 21 millions d’habitants. Ces déplacements de population sont le résultat de l’intensification des combats avec les groupes djihadistes et l’une des principales causes du Coup d’Etat du 25 janvier.

Nous attendons maintenant de connaître les décisions du groupe de travail relatives à la période de transition au Burkina Faso ou une grande partie de la population semble avant tout attendre un retour à la sécurité. L’équation entre sécurité et élection sur fond de sanctions possibles va se trouver placée au cœur de toute solution !

La logique semble implacable au Mali comme au Burkina Faso. La détérioration de la sécurité conduit à un coup d’Etat qui va provoquer des mesures de rétorsion de la CEDEA0 et de l’Union Africaine (fermeture des frontières, blocus économique, rappel des ambassadeurs) et d’autres pays. Ces mesures affectent directement la population malgré les exemptions (produits alimentaires, le pétrole et l’énergie). En conséquence de quoi, la situation va encore plus se dégrader et les forces en présence se radicaliser. De quel côté penchera l’opinion publique ?

Dans cet imbroglio, l’aide humanitaire doit être à tout prix épargnée et soutenue en incluant les projets de type Nexus (urgence-développement) dont les Agences de développement doivent poursuivre le financement et faciliter avec les autorités locales la mise en œuvre sur le terrain.

De Ouagadougou à Kaboul.

Pour la première fois depuis la prise de Kaboul par les Talibans le 15 août, une délégation de 15 Talibans conduite par le ministre des affaires étrangères, Amir Khan Muttaqi, a été reçue en Norvège à Oslo du 23 au 25 janvier. La ministre des affaires étrangères, Anniken Huitfeldt, a déclaré, ces discussions « ne constituent pas une légitimation ou une reconnaissance des Talibans », mais ajoute-elle « Nous devons parler aux autorités qui dirigent de facto le pays ».

Oslo, 24 janvier 2022. Réunion entre les talibans et les représentants spéciaux pour l’Afghanistan @Ministère norvégien des Affaires étrangères (CC BY-ND 2.0)

Cette initiative de la Norvège a permis à cette délégation et à des membres de la société civile afghane (associations féminines, journalistes) de se rencontrer, ainsi qu’avec des diplomates (Norvège, France, Etats-Unis, Angleterre, Allemagne, Italie, Commission Européenne) et les autorités norvégiennes.

Après 20 ans de guerre, il est forcément difficile pour les protagonistes de se parler. C’est tout l’intérêt de cette initiative et il en faudra certainement d’autres pour avancer dans cette voie d’une compréhension mutuelle.

C’est le moment choisi par Marc Lowcock, ancien Secrétaire général adjoint des Nations-Unies en charge de l’aide humanitaire, de publier avec d’autres hauts fonctionnaires britanniques, une Tribune dans The Guardian[2] du 23 janvier pour demander l’augmentation rapide d’une aide d’urgence afin d’éviter un désastre humanitaire.

De même, Jan Egeland, secrétaire général du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) a présenté un rapport[3], soulignant que l’impossibilité de transférer des fonds d’aide en Afghanistan mettait des millions de personnes en danger.

Cette réunion d’Oslo a été immédiatement suivie d’une réunion du Conseil de Sécurité des Nations-Unies à New-York. « Nous ne pouvons pas abandonner le peuple afghan » a déclaré le Secrétaire Général, Antonio Guterres[4], au Conseil de sécurité.

Tout en exhortant les Talibans à « saisir ce moment et à gagner la confiance et la bonne volonté de la communauté internationale » par des mesures concrètes (droits humains, amnistie, instruction des filles, emploi des femmes), le Secrétaire général a interpelé les pays à suspendre les règles et conditions qui entravent à la fois l’économie afghane et les opérations humanitaires vitales.

Un risque réel de désastre humanitaire.

La réalité, c’est que 22,8 millions d’Afghans souffrent de la faim. Si l’on observe les cartes et les chiffres communiqués par l’IPC (Integrated Food Security Phase Classification Snapshot) pour la période septembre – mars 2022[5], on distingue d’une part une dégradation continue de la situation alimentaire et une accélération de celle-ci fin 2021 suivie d’une aggravation en 2022.

Les quartiers informels de Kaboul UE @EC/ECHO/Pierre Prakash (CC BY-ND 2.0)

Sur 22,8 millions d’Afghans souffrant de la faim, 14 millions sont en phase 3 de crise et 8,7 millions sont en phase 4 d’urgence. Mais les pronostics sont franchement mauvais pour la période qui va de la fin de l’hiver au printemps du fait de la poursuite d’une période de sécheresse, de prix élevés pour les produits alimentaires, des sanctions et de la suspension des salaires, notamment dans les services publics essentiels. Enfin, selon des experts, l’approche IPC ne permet pas de détecter de petites poches de famine qui pourraient s’étendre ainsi qu’une distinction utile entre territoires ruraux et zones urbaines.

Dans ce contexte, le risque à éviter à tout prix est d’empêcher un basculement possible d’une situation de crise et d’urgence alimentaire à une situation de famine (phase 5 de l’IPC) dans certaines zones qui pourraient aller en s’élargissant. L’expérience prouve qu’il faut mieux prévenir que guérir comme nous le voyons actuellement au Yémen, en Ethiopie (Tigré) et au Soudan du Sud.

Conclusion.

Concernant le Mali et le Burkina Faso, le Sommet Union Européenne-Union Africaine les 17 et 18 février à Bruxelles devrait se prononcer sur ces crises et annoncer de nouvelles décisions. Nous publierons un article sur ce Sommet dans notre prochaine édition. Mais comment gérer ce que certains qualifient maintenant de coup d’Etat militaire populaire ?

Ces dernières années, on nous a beaucoup vendu le concept de triple Nexus Humanitaire-Développement-Paix alors que nous disions que la solution était principalement politique. Demain, peut-être nous proposera t’-on un quadruple Nexus en ajoutant l’Etat de droit et la démocratie. Rappelons que l’un des principes essentiels de l’aide humanitaire est de « ne pas se substituer ».

Concernant l’Afghanistan, comme je l’ai déjà écrit, nous sommes confrontés, les Afghans et nous-mêmes, à 6 défis majeurs qui sont autant internes qu’externes : la situation humanitaire et économique, les droits humains, de possibles mouvement migratoires, le trafic industriel de la drogue, le terrorisme et la géopolitique. Comme le dit justement Antonio Guterres, « Si nous n’agissons pas et n’aidons pas les Afghans à surmonter cette tempête, la région et le monde entier en paieront le prix fort ». Nous voilà prévenu !

Enfin, un mot sur le Forum Mondial de l’Eau (FME) qui aura lieu du 21 au 26 mars à Dakar au Sénégal. Vous découvrirez dans cette édition deux articles dédiés à ce Forum auquel je participerai activement avec l’ONG Solidarités International pour y mener le combat de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement pour tous, y compris dans les situations de crise.

Pour celles et ceux qui y participeront, signalons une session que j’animerai avec de nombreux experts le lundi 21 mars à 13h30 au Centre de Conférence Internationale de Diamniadio et à laquelle je vous invite à nous y retrouver. Et bravo aux Lions de la Teranga pour avoir remporté cette première Coupe d’Afrique des nations pour le Sénégal.

Pour conclure, je vous remercie par avance chaleureusement pour le soutien, même modeste, (faire un don ici) que vous pourrez faire pour permettre la publication et le développement de www.defishumanitaires.com site gratuit et indépendant qui vous est destiné. Un grand merci et à bientôt.

Alain Boinet.

Président de Défis Humanitaires.

 

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[1] Maps (europa.eu)

[2] Tribune de Marc Lowcock pour The Guardian

[3] Rapport du NRC : financial-access-in-afghanistan_nrc_jan-2022.pdf

[4] Discours d’Antonio Guterres au Conseil de sécurité : « Nous ne pouvons pas abandonner le peuple afghan », déclare António Guterres au Conseil de sécurité | ONU Info (un.org)

[5] Cartes et les chiffres communiqués par l’IPC pour la période septembre – mars 2022 : Afghanistan: Integrated Food Security Phase Classification Snapshot | September 2021- March 2022 – Afghanistan | ReliefWeb

Afghanistan « Je n’ai jamais vue une telle crise dans ma vie d’humanitaire ».

Au centre Isabelle Moussard-Carlsen en mission d’évaluation d’urgence en Afghanistan @ Isabelle Moussard-Carlsen

Interview exclusive avec Isabelle Moussard Carlsen, cheffe du Bureau OCHA en Afghanistan.


Alain Boinet : Des médias, mais également des acteurs humanitaires, parlent de plus en plus d’un risque de famine en Afghanistan. Quelle est la réalité aujourd’hui et comment vois-tu les mois à venir à ce sujet ?

Isabelle Moussard-Carlsen : Le nombre de personnes qui souffrent de la faim en Afghanistan est sans précédent : 23 millions d’Afghans ne savent pas d’où viendra leur prochain repas. Cela représente plus de la moitié de la population. Un enfant sur deux souffre de malnutrition aiguë.

Avec des températures hivernales qui descendent en dessous de zéro, les Afghans doivent dépenser une plus grande partie de leurs revenus, déjà en baisse, pour acheter du carburant et d’autres fournitures nécessaires pour l’hiver, à un moment où les réserves alimentaires sont au plus bas en raison du cycle des récoltes.

Cette situation est due à un certain nombre de facteurs aggravants : l’Afghanistan est confronté à une deuxième vague de sécheresse en quatre ans, à une crise économique imminente, aux effets socio-économiques du COVID-19 et à des décennies de conflits et de catastrophes naturelles. Aujourd’hui, les ménages consacrent plus de 80 % de leur budget à la nourriture.

Les organisations humanitaires intensifient leur réponse et ont déjà apporté de la nourriture à 8 millions de personnes en trois mois seulement, ainsi qu’un soutien à l’agriculture à 1,3 million de personnes. Mais il faut en faire bien d’avantage.

Alain Boinet : Qu’en est-il des structures de santé qui semblent manquer de personnels faute de salaires, mais également de médicaments et de consommable ?

Isabelle Moussard-Carlsen : Alors que la crise en Afghanistan s’aggrave, un effondrement des soins de santé doit être évité. Les agences humanitaires soutiennent le système en fournissant des médicaments, du matériel médical, et en payant les salaires (de nombreux personnels de santé n’ont pas été payés depuis cinq mois).

Dans les hôpitaux et les établissements de santé que j’ai visités, tant au niveau des provinces que des districts, les infirmières, les sages-femmes et les médecins continuent à travailler sans être payés. Depuis octobre, ils ont touché deux mois de salaire sur cinq. Ce qui est clair, c’est qu’ils ont besoin de plus de soutien, mais au moins, c’est un progrès.

Ces merveilleux personnels de santé afghans, hommes et femmes, empêchent l’effondrement des soins de santé en fournissant des soins de traumatologie, de reproduction, de santé maternelle, néonatale et infantile, et bien d’autres services essentiels à leurs concitoyens afghans.

Martin Griffiths, Secrétaire général adjoint des Nations-Unies en charge de l’humanitaire (OCHA), lors d’une réunion à Kaboul avec la direction des Talibans.

Alain Boinet : Martin Griffiths a récemment indiqué, dans son appel 2022 pour OCHA, que le budget le plus important était celui destiné à l’Afghanistan, soit 4,5 milliards de dollars, juste avant la Syrie et le Yémen. Peut-on espérer que cette somme soit effectivement mobilisée en temps et en heure pour être mise en œuvre pour les populations en danger ?

Ne faut-il pas envisager une opération de secours de grande envergure pour accéder aux populations en danger les plus menacées ?

Isabelle Moussard-Carlsen : Cette année, les donateurs ont contribué à hauteur de 1,6 milliard de dollars en réponse à la crise humanitaire afghane pour couvrir les besoins immédiats, en particulier au cours des quatre derniers mois de 2021. En effet, les besoins s’aggravent et nous demandons instamment aux donateurs de soutenir généreusement l’aide vitale, y compris la nourriture, les médicaments, les soins de santé et la protection pour 22 millions de personnes en 2022.

Nous sommes encouragés par la résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur les sanctions contre l’Afghanistan. L’exception humanitaire permettra aux organisations d’aide d’agir à l’échelle requise. Quelque 160 organisations humanitaires nationales et internationales fournissent déjà une aide en Afghanistan. Il est essentiel qu’un financement souple et rapide leur soit accordé pour qu’elles puissent continuer à œuvrer dans le pays.

Alain Boinet : Des acteurs humanitaires témoignent du fait que parmi les principales difficultés qu’ils rencontrent il y a l’accès au secteur bancaire Afghans pour recevoir des fonds et réaliser des transactions ainsi que les contraintes du transport aérien et des visas pour rejoindre l’Afghanistan. Qu’en est-il et quelles conséquences cela entraine t’-il ?

Isabelle Moussard-Carlsen : La situation économique a été extrêmement difficile. Les banques sont fermées et il n’y a plus d’argent. Les médecins, les enseignants et les fonctionnaires ne sont pas payés. Les institutions et les services locaux sont donc en danger.

Le vote de la semaine dernière en faveur d’une exception humanitaire permettra aux organisations d’aide de mettre en œuvre ce que nous avons prévu : venir en aide à 22 millions d’Afghans vulnérables. Cette résolution fournit également des garanties juridiques aux institutions financières et acteurs commerciaux, et facilite les opérations humanitaires.

En ce moment critique, nous devons tous nous rassembler. La communauté internationale a un rôle majeur à jouer dans le soutien de millions d’Afghans qui comptent sur nous et qui ont épuisé toutes autres options.

Alain Boinet : Les Moyens financiers mobilisés sont-ils à la hauteur des besoins, sont-ils disponibles et les acteurs humanitaires ont-ils les capacités d’action nécessaires durant l’hiver toujours rigoureux en Afghanistan ?

Isabelle Moussard-Carlsen : En ce qui concerne l’accès, l’hiver rend plus difficile l’accès aux personnes dans le besoin mais aussi l’accès aux services dont elles ont besoin. C’est pourquoi il est important de continuer à fournir de l’aide aux communautés vulnérables, y compris l’aide hivernale qui a été distribuée en octobre et novembre avant l’hiver.

En plus de l’aide hivernale, les humanitaires ont également fourni aux populations trois mois de nourriture et de soutien agricole, comme des semences de blé par exemple. Des missions d’accès sont également en cours le long du col de Saranjal sur la route de la province de Ghor et plus récemment dans les régions enneigées et éloignées de Bamyan. En novembre, OCHA a mené 17 missions, dont la majorité par la route. Il est essentiel de rétablir l’accès aux régions reculées de l’Afghanistan où les besoins sont souvent les plus élevés et où de nombreuses communautés n’ont pas été atteintes depuis des années.

Les camions du PAM livrent des vivres dans des zones reculées et difficiles d’accès dans le Nord-Est de la province du Badakhshan avant que les routes ne soient bloquées par la neige @PAM Afghanistan

Alain Boinet : Avec le nouveau gouvernement Afghan, les principes humanitaires de neutralité, d’impartialité et d’indépendance sont-ils bien respectés et est-il possible d’accéder sans entrave à toutes les populations. Quelle est la portée pour OCHA et les acteurs humanitaires de la Résolution 2615 du CSNU le 22 décembre ?

Isabelle Moussard-Carlsen : En tant qu’humanitaires, nous continuons à nous engager avec toutes les parties, y compris les Talibans (comme nous le faisons depuis des décennies) pour accéder aux personnes dans le besoin, en nous concentrant sur les plus vulnérables.  Les principes humanitaires sont les principes directeurs de notre engagement et sont essentiels dans des situations complexes telles que celle de l’Afghanistan. Comme auparavant, l’aide humanitaire est indépendante et doit être basée sur les besoins tels qu’identifiés par les évaluations des besoins.

Nous sommes très encouragés par la Résolution 2615 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui permettra aux 160 organisations humanitaires sur le terrain de répondre aux personnes dans le besoin à l’échelle requise.

 

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Isabelle Moussard-Carlsen

Isabelle est engagée dans le monde humanitaire depuis 1987. Sa première expérience terrain était dans un camp de réfugiés afghans au Pakistan. Elle a ensuite été sur le terrain une douzaine d’années : Afghanistan, Cambodge, Kenya et Somalie.

De retour en France en 1999, elle a travaillé 4 ans avec le Samu Social de Paris avant de rejoindre ACF en janvier 2005 en tant que Desk Officer.

En mars 2013, elle évolue au poste de Directrice Régionale des Opérations.

Elle occupa le poste de Directrice des Opérations d’ACF-France entre août 2016 et avril 2021.

Isabelle a rejoint OCHA Afghanistan en juin 2021.