Tribune libre :

GUERRE D’UKRAINE, DÉSASTRE POLITICO-MILITAIRE ET HUMANITAIRE : À L’AUNE DE L’HISTOIRE

François Grünewald

7A Koshytsia Street, Kyiv, 25 Février 2022. Photo: Oleksandr Ratushniak /UNDP Ukraine

INTRODUCTION

Pour les acteurs humanitaires qui sont intervenus durant les périodes de guerre dans les Balkans, en Tchétchénie, dans le sud du Caucase (Abkhazie, Ossétie), ou en Syrie, ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine est non seulement terrifiant et inacceptable, mais aussi porteur de défis majeurs pour chacun et pour l’ensemble du secteur. Face à ces enjeux colossaux, nous avons essayé de réfléchir à l’aune de l’Histoire, de l’analyse des contextes et de la réflexion prospective, ainsi que de l’analyse des modes de conduite des hostilités et de leurs répercussions à la fois militaires et humanitaires.

CE QUE L’HISTOIRE NOUS DIT

Cette guerre en Ukraine s’inscrit dans une dynamique lancée dans l’immédiate chute du mur de Berlin pour assurer une consolidation des marges de l’ex-URSS. La mise sous tutelle de l’Abkhazie et de la Transnistrie, mais l’occupation d’un territoire géorgien dès 1991 et d’un territoire moldave en 1992, furent les prémisses de ce qui est ensuite arrivé en Ossétie en 2008 et en Ukraine depuis 2014. En effet, alors que l’Union soviétique se désagrégeait, des combinaisons de forces centripètes et centrifuges se sont mises en place sur l’ensemble des marges de l’ex-État communiste. L’émergence de forces démographiques et la recherche de protection contre la nouvelle Russie ont été perçues par Vladimir Poutine comme une menace mortelle. Dès lors, Moscou a voulu déstabiliser la Géorgie, avec l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, l’Azerbaïdjan et l’Arménie avec le Haut-Karabakh, puis l’Ukraine avec la Crimée et le Donbass ou encore la Moldavie avec la Transnistrie. Dans les contextes où les pouvoirs passent aux mains de gouvernements désireux de prendre leurs distances avec Moscou, le Kremlin active très vite des mouvements indépendantistes dans ses nouvelles « périphéries » pour faire éclater les États nouvellement créés et conduire à la création de « quasi-États » dans lesquels la Russie déploie des troupes sous le vocable de « forces de paix ». Ainsi, dans un article de 2008[1], nous soulignions déjà le rôle d’outil de chantage et de pression que représentaient ses quasi-États mais aussi le lourd « parfum » de gaz et de pétrole qui flottait sur ces crises en devenir.

La situation actuelle nous oblige évidemment à regarder l’Histoire ukrainienne car, depuis les épisodes des Cosaques zaporogues du Dniepr et leurs diverses alliances et rebellions contre le pouvoir tsariste, cet espace situé à l’ouest de Moscou joue depuis des siècles un rôle protecteur vis-à-vis de l’Europe.

Ainsi, lorsque la Russie a été attaquée à ses frontières occidentales pendant les guerres napoléoniennes, puis durant la première et la deuxième Guerres mondiales, c’est le territoire de l’Ukraine et ses « tchernazioms » – ces terres noires si fertiles mais dans lesquelles chevaux et tanks ont tant de mal à circuler lors de la saison des boues (« raspoutitsa ») – qui l’ont « sauvée ». Les troupes de Napoléon s’y sont embourbées, rendant si pénible la retraite de Russie fin 1812. En 1941, les troupes allemandes ont lancé leur opération Barbarossa et ont pu avancer très vite du fait de l’affaiblissement de l’Armée rouge par les purges staliniennes et de l’absence de réactivité de Staline qui ne croyait pas à l’hypothèse d’une invasion allemande. En août 41, c’est la bataille de Kiev qui éclate, sans doute la plus grande défaite militaire de l’histoire militaire soviétique. Au terme de cette bataille, l’armée allemande déplore plus de 200 000 tués, blessés et disparus, mais les Soviétiques perdent près d’un million d’hommes.

Deux garçons souffrent d’un stade avancé de malnutrition liée à la famine., par Fridtjof Nansen, (1922)

Épuisée par les répressions staliniennes et le souvenir de la grande famine des années 20, l’Holodomor[2] ou génocide ukrainien et ses près de 3,9 millions de morts causée par la répression stalinienne contre les Koulaks (paysans des grandes plaines fertiles, souvent engagés dans des systèmes agraires de polyculture et élevage familiaux assez productifs. Cette paysannerie ukrainienne a été assez réticentes à la collectivisation et aux extorsions de céréales mises en place par Staline. Le pire souvenir sera la loi des deux épis, punissant de façon extrêmement violente toute tentative de récupération des récoltes extorquées par le régime stalinien. La population ukrainienne n’a d’abord pas été réellement hostile aux envahisseurs allemands. Mais les très nombreux massacres de civils désarmés, les exécutions systématiques des prisonniers et l’intention déclarée de réduire les Slaves en esclavage ont vite transformé les populations en partisans. Et de fait, soldats russes et ukrainiens se sont mis à se battre et à mourir côtes-à-côtes. L’avancée de la Wehrmacht a commencé à être ralentie par la saison des boues et a arrêté l’avancée des chars et des convois jusqu’aux premières gelées qui ont de nouveau permis la circulation dans les terres noires ukrainiennes. Entre l’hiver glacial qui épuise les hommes mais où la terre gelée permet la circulation des tanks et véhicules de transport et la raspoutitsa, le front de l’Est de la deuxième Guerre mondiale comme la guerre actuelle en Ukraine confrontent les belligérants aux dynamiques climatiques qui obligent à immobiliser les engins roulants ou à les concentrer sur les axes stabilisés et bitumés, les rendant ainsi vulnérables aux activités des « résistants ».

Le territoire ukrainien, avec ses populations et ses contraintes pédologiques, a donc joué un rôle important dans les différentes entreprises d’invasion de la Russie puis de l’URSS. Pour autant, l’Ukraine a toujours cherché à garder son indépendance et sa spécificité comme l’illustre de manière emblématique l’expérience de l’anarchisme rural et de la révolte paysanne ukrainienne dite « Makhnovchtchina » qui s’est battue contre les forces « russes blanches » en voulant construire un nouvel ordre social égalitaire. Rapidement, sur un territoire de deux millions et demi d’habitants, se forment des communes agraires autonomes dotées des organes d’une démocratie directe. Sur la base de l’expropriation et de la collectivisation des terres, des usines et des ateliers mettent en place des expériences originales d’autogestion. Très vite, et malgré des échanges avec Lénine, le modèle d’anarchisme rural se trouve dans le viseur du parti communiste qui le considère comme incompatible avec sa vision idéologique marquée par le bureaucratisme centralisé. L’URSS lâche alors la « Makhnovchtchina » quand elle cède en 1918 l’Ukraine à l’Allemagne et à l’Autriche en échange de la paix dans le cadre du Traité de Brest-Litovsk. Makhno et ses hommes payeront ensuite très cher leur action puisqu’une terrible répression soviétique s’abattra sur ce qui était une voie originale d’organisation du monde paysan : une voix trop libre pour l’appareil soviétique dont est issu le pouvoir actuel de Moscou. Une nouvelle fois, l’histoire se répète ici. Par ailleurs, face aux accusations de nazification du pouvoir ukrainien, il est important de rappeler qu’en 1943, certaines divisions allemandes comptaient plus de 20 % d’auxiliaires russes (les Hiwis) et qu’il y eut plusieurs divisions SS russes, la 29e division SS de grenadiers RONA et la 30e division SS de grenadiers, les deux divisions de l’armée Vlassov et le 15e SS Kosaken-Kavalerie-Korps étant constituées de cosaques du Don.

Infanterie et véhicules blindés allemands combattent les défenseurs soviétiques dans les rues de Kharkov. (1941) (CC BY-SA 3.0 DE)

La grande amitié ou les tensions entre les Russes et les Ukrainiens sont par conséquent le résultat d’une histoire complexe pleine de contradictions. Et si l’Ukraine a contribué à « sauver » Moscou des envahisseurs depuis Napoléon, le Kremlin voit son existence comme une menace en particulier depuis que l’Ukraine est un candidat potentiel à l’OTAN. Moscou se trouve en effet à quelques centaines de kilomètres de bases de cette alliance militaire dominée par des pays pour lesquels le modèle démocratique est la seule boussole crédible, ce que les théories militaires et géopolitiques soviétiques et post-soviétiques ne peuvent accepter. Pour eux, la guerre serait le seul moyen de gérer le monde…

LA CONDUITE DE LA GUERRE EN UKRAINE

L’Ukraine a très souvent été une terre de rébellion contre les diverses forces d’oppression qui l’agressaient et cela continue aujourd’hui avec cette incroyable résistance de tout un peuple et de son armée. Face à cela, la brutalité de l’armée russe sur les civils est terrifiante.

Si l’histoire des guerres urbaines est ancienne[3], le conflit actuel prouve malheureusement combien ce sujet reste d’une brûlante actualité. La première phase est le siège et la recherche de moyens pour rendre la ville invivable et amener à sa reddition. Couper les villes ukrainiennes des approvisionnements alimentaires, en eau et – dans le monde moderne – en électricité sont la reproduction des sièges de Constantinople, de Troie, de Stalingrad et de tant d’autres. L’Histoire nous dit que la fin de ces sièges était en général faite de massacres, de populations passées au fil de l’épée, de femmes et d’enfants violés et emmenés en esclavage. L’histoire récente de l’Ukraine confirme cet enchaînement d’évènements pour vouloir les laisser se dérouler, à commencer par le siège de Kiev par la Wehrmacht dont les atrocités continuent de marquer les mémoires. Pour beaucoup d’Ukrainiens, la reddition à la suite d’un siège n’est donc pas envisageable. Du côté russe, même si le Droit international humanitaire contemporain interdit ces pratiques qui ciblent les populations civiles, il est évident que le Kremlin n’en a cure, comme le prouve ses antécédents en Tchétchénie et en Syrie.

Sans reddition obtenue suite à un siège, l’alternative pour les Russes est l’offensive avec des chars et des troupes au sol mais, d’un point de vue militaire, cela complique les choses. En effet, dans ces conditions, les snipers, les pièges explosifs, la mise en place d’embuscades, voire d’attentats suicides et autres expressions de la « force des faibles » rendent la progression des troupes lente et dangereuse. Pour faire l’économie des troupes, les états-majors ont alors recours à une stratégie simple : l’écrasement et la terreur qui l’accompagne. La guerre urbaine moderne est donc faite de bombardements violents pour éviter qu’une armée au sol ne soit confrontée à la guérilla rue par rue, immeuble par immeuble. Les villes se transforment ainsi en champs de ruines, avec des populations terrifiées qui ne savent plus où fuir, ni où se terrer. L’objectif de cette méthode de guerre urbaine est bien sûr d’amener les gouvernants à se rendre pour éviter le massacre de leurs populations. Et c’est donc là que se met en place une « course de vitesse » entre, d’une part, la réalisation des objectifs de destruction pour faire croitre la terreur et, d’autre part, la résistance des populations[4](face à des chocs de cette ampleur, on ne parle pas de résilience).

Gare ferroviaire de Kiev, hall principal. 3 Mars 2022. Photo: Oleksandr Ratushniak, UNDP Ukraine (CC BY-ND 2.0)

LES RÉPERCUSSIONS HUMANITAIRES

Ces modalités de conduite des hostilités donnent lieu à des conséquences humanitaires dramatiques.

La survie dans les zones affectées restera un enjeu durable pour les populations. Les médias nous ont montré des populations s’abritant dans les métros, les bunkers, les caves et tous lieux en angle mort situé loin des fenêtres dans les appartements. Dans ces conditions, trouver à manger et à boire, mais aussi des moyens de s’éclairer et de communiquer devient très vite une obsession de tous les instants et une entreprise très risquée. Combien de personnes, à Marioupol comme à Sarajevo, perdront la vie pour trouver du pain ou chercher des bougies ? Les médias ont également montré l’héroïsme des pompiers et des secouristes ukrainiens. En général bien équipés et bien formés, ces acteurs de la protection civile ukrainienne ont souvent été formés au côté de leurs homologues russes d’EMERCOM dans des simulations conjointes. On retrouve là ces anonymes casqués, dans leurs grosses vestes, que nous avons vu en Syrie, avec les White Helmets, dont beaucoup ont payé de leur vie leur dévouement au service des autres. Dans les villes bombardées d’Ukraine, comme dans les villes des Balkans touchées par la guerre des années 90, d’alors, trois problèmes de santé se posent très vite : comment soigner dans des hôpitaux sans eau, sans électricité et sans médicament ? Qu’il s’agisse des populations déjà hospitalisées ou des victimes du conflit qui nécessitent des interventions de chirurgie de guerre complexes avec des besoins en poches de sang très élevés. De plus, comment gérer toutes les pathologies chroniques qui touchent les populations occidentales urbanisées et vieillissantes, notamment les diabétiques en besoin d’insuline et les personnes touchées par des troubles cardiaques demandant des produits spécifiques qui se retrouvent d’un seul coup privées de médicaments vitaux. Enfin, le moindre acte médical demandant une hospitalisation (accouchements, etc.) devient d’une grande complexité, La fuite du personnel médical – effrayé de voir les hôpitaux ciblés par les bombardements russes – ne faisant qu’accentuer le problème. On retrouve des situations qu’on a connu à Alep lors du siège de cette ville martyre, où les médecins opéraient les blessés dans les caves des immeubles. Aussi, faute de pouvoir être enterrés dignement, les morts restent dans les rues ou terminent dans des fosses communes. Dans certaines villes, il n’y a plus d’électricité pour les morgues, qui sont de plus en vite remplies. Pour l’instant, seul le froid glacial des nuits empêche la putréfaction des corps : mais avec le dégel, la remontée des températures, les choses vont très vite se dégrader. Les terribles scènes de fosses communes vont se multiplier.

Si les forces militaires qui attaquent coupent l’eau, l’électricité et le gaz, la vie devient très vite un enfer et les solutions se réduisent parfois à des corridors humanitaires permettant d’évacuer des personnes et/ou de distribuer des vivres et du matériel de secours. À ce niveau-là, la situation est encore au point mort en Ukraine puisque la proposition de corridors vers la Russie et la Biélorussie était évidemment inacceptable pour les Ukrainiens et que les routes des autres corridors ont régulièrement fait l’objet d’attaques, bloquant ainsi les évacuations.

Des réfugiés et des volontaires sont vus au poste frontière de Medyka, le 10 mars 2022. © European Union, 2022 (Photographer: Wojtek Radwanski)

La fuite des zones de guerre est en effet l’une des solutions pour éviter le piège de la ville encerclée et bombardée. En Ukraine, des millions de personnes ont déjà fui, d’abord d’une zone à l’autre du pays, puis vers les pays voisins. L’accueil et la solidarité entre Ukrainiens lors des déplacements dans le pays ont été magnifiques, nous rappelant combien l’entraide est fondamentale face aux agressions auxquelles les populations sont confrontées. Il en est allé de même quand ces mêmes populations se sont rendues à l’étranger. En Ukraine comme dans les pays voisins, les municipalités ont été au cœur de la réponse, en mettant à disposition stades ou entrepôts pour accueillir les réfugiés. Les stocks d’assistance ont très vite été mis en place, bien avant l’arrivée des acteurs de l’aide.

L’assistance et l’accueil se sont progressivement organisés, avec des lieux d’enregistrement, des lieux de distribution d’aide et des modalités de départ vers d’autres zones, que ce soit dans le pays de premier accueil ou plus loin vers d’autres pays. Des milliers de familles et de communes, dans toute l’Europe, ont offert toit et amitié à des familles ukrainiennes dans la détresse, comme nous l’avons vu pour l’accueil des migrants en France[5], au Liban après l’explosion du port de Beyrouth[6], dans la Roya suite à la tempête Alex[7], ou encore à Paris dans le cadre de la gestion de la double crise « accueil des migrants/COVID-19 »[8]. On pourra évidemment regretter qu’elle ne soit pas toujours présente pour d’autres crises, mais en matière de générosité, il n’existe pas de petites victoires et la proximité avec des populations touchées par la guerre si près de chez nous est compréhensible. Les réseaux sociaux sont pleins de messages et de propositions qui démontrent combien la générosité est au rendez-vous pour cette crise. Le Haut Commissariat aux réfugiés est évidement maintenant très engagé, mais ce sont encore les associations, structures formelles ou mobilisations citoyennes, qui sont en première ligne. Mais comme dans tant de situation, les containers qui continuent d’arriver pleins d’habits, d’aliments, de jouets, qui ont été fort utiles les premiers jours, commencent à devenir des problèmes. Dans ces pays qui entourent l’Ukraine, on trouve de tous et les associations ont plus besoin de cash que de donations en nature, qui sont difficiles et coûteuses à gérer.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky @ZUMAPRESS.com (CC0 1.0)

Un jour viendra la paix. « Paix des braves » si la négociation aboutit de façon juste, avec sans doute la mise à distance de l’instigateur du conflit ; « paix inique » si elle signifie reddition imposée pour éviter le bain de sang ; paix « imposée » par la communauté internationale si les opinions publiques ne supportent plus les images de morts. Les populations ukrainiennes auront alors le « choix » de rentrer chez elles où les conditions seront devenues ô combien précaires. Dans le cas du scénario de la paix inique, il est peu probable que les fonds de reconstruction soient importants et les populations seront sans doute conduites à explorer plus avant la piste de l’exil. Dans les autres scénarios, l’aide à la reconstruction sera sûrement massive mais avec une forte compétition entre bailleurs. Il faudra alors que le gouvernement ukrainien puisse faire preuve d’une forte capacité pour coordonner tous les efforts nécessaires à leur gestion. Sans oublier que les risques et dangers peuvent continuer bien après la guerre, avec la forte présence de munitions non explosées (UXO), des mines, etc., dans les ruines, rendant la « décontamination » dangereuse et coûteuse.

Face à des infrastructures vieillies ou détruites, il faudra moderniser l’Ukraine. Lors d’une formation que nous avons réalisée en 2020 sur la gestion des risques d’accidents technologiques et environnementaux dans la zone de front avec le Donbass du fait des tirs dans des zones où existent de nombreux sites dangereux (stockage de carburants, de produits chimiques, etc.), il a été possible de constater combien les infrastructures du pays sont vieillissantes, voire à la limite du dangereux. Ce sera bien un « plan Marshall » massif qu’il s’agira alors de mettre en œuvre.

EN GUISE DE CONCLUSION

En cette heure tragique, je repense à la magnifique chanson antiguerre de Boulat Akoudjava, « Le soldat en papier », chantée par des jeunes russes francophones[9]. Ne nous lassons pas d’écouter celui qu’on l’appelait le « Brassens » russe Et rappelons-nous aussi que l’ennemi n’est pas le peuple russe. Courageusement, dans les rues de Moscou, de Saint-Pétersbourg ou de la Sibérie, ce peuple exprime aussi son horreur de la guerre malgré la répression massive et le blocage des médias. Cela aussi, nous ne l’oublierons pas.

 

François Grünewald 

https://i0.wp.com/defishumanitaires.com/wp-content/uploads/2020/02/Photo-bio-Fran%C3%A7ois-Gr%C3%BCnewald.jpg?resize=150%2C150&ssl=1Ingénieur Agronome INA-PG. Il travaille depuis plus de 35 ans dans le secteur de la solidarité internationale après différents postes à l’ONU, au CICR et dans les ONG. Depuis 1993, il participe à l’aventure du Groupe URD, institut de recherche, d’évaluation, de production méthodologique et de formation spécialisé dans la gestion des crise, l’action humanitaire et la reconstruction. Il a conduit de nombreuses recherches et évaluations sur les programmes humanitaires et post crise (Post Mitch, zone Tsunami, Somalie, Darfur, Afrique centrale, Kosovo, Afghanistan, Mali, Caucase, Haïti, crise syrienne, Népal, Ebola, Yemen, etc.) pour les bailleurs (Commission Européenne, Gouvernements français, britanniques, américains, etc.), le CICR, la FICR, l’ONU et les ONG. Il anime des travaux sur la gestion des catastrophes et la résilience ainsi que sur les déplacements de population. Ancien professeur associé à l’Université Paris XII, il enseigne dans diverses institutions en Europe, au Canada et aux Etats Unis. Auteur de nombreux articles, il a dirigé plusieurs ouvrages, notamment «Entre Urgence et développement », « Villes en Guerre et Guerre en Villes », « Bénéficiaires ou partenaires » aux Editions Karthala.

 

[1] F. Grünewald et A. Rieu, Les quasi-États : « OVNIS » géostratégiques ou outils de déstabilisation politique ?, Diplomatie, n°30, janvier-février 2008, p. 34-56 :  http://www.urd.org/wp-content/uploads/2018/08/ArtFG_AR_quasi-Etats_Diplomatie30_2008.pdf

[2] https://www.herodote.net/7_aout_1932-evenement-19320807.php

[3] F. Grünewald et E. Levron, Guerres en ville et villes en guerre, Karthala, 2003.

[4] Voir notre article « Guerres en villes et villes en guerre : crises urbaines et défis humanitaires face aux conflits armés », Urbanités, 8 novembre 2013 : https://www.revue-urbanites.fr/guerres-en-villes-et…/

[5] Leon V., « Les solidarités face aux flux migratoires », Groupe URD, 2018 : http://www.urd.org/wp-content/uploads/2018/09/LesSolidaritesFaceFluxMigratoires_GroupeURD_2018_WEB.pdf

[6] Grünewald, Durocher & Keldani, Mission d’évaluation de la réponse à l’explosion du Port de Beyrouth, 2020 : https://www.urd.org/wp-content/uploads/2021/02/ETR_Beyrouth_GroupeURD_2020_web.pdf

[7] Grünewald F., Rapports d’évaluation de la réponse à la tempête Alex, 2020 & 2021 : https://www.calameo.com/read/00368008687178aa8fdc5  & https://www.urd.org/wp-content/uploads/2021/02/Rapport-ETR2_Roya_-2021_FINAL.pdf

[8] Baché J. ; « Crise(s) et urgences en temps de COVID-19 : quelle plus-value des acteurs humanitaires en France ? », Groupe URD, 2021 : https://www.urd.org/wp-content/uploads/2021/12/RapportFinal_CovidParis_14.12.pdf

[9] https://youtube.com/watch?v=x06TRVzG0Ck

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Ukraine, l’appel aux secours !

EDITORS NOTE: Graphic content / Une femme réagit devant des immeubles d’habitation détruits après un bombardement dans le quartier d’Obolon, au nord-ouest de Kiev, le 14 mars 2022. – Deux personnes ont été tuées le 14 mars 2022, lorsque plusieurs quartiers de la capitale ukrainienne Kiev ont été bombardés et attaqués par des missiles, selon des responsables de la ville, après l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe le 24 février 2022. (Photo by Aris Messinis / AFP)

Le 23ème jour de guerre en Ukraine et ses conséquences humanitaires nous conduise à faire une mise à jour de l’éditorial de Défis Humanitaires.

En résumé, quoi de nouveau depuis notre éditorial publié le 8 mars. Une escalade militaire Russe, une augmentation des sanctions contre la Russie, un accroissement des livraisons d’armes à l’Ukraine, une explosion du nombre de réfugiés et déplacés, des villes assiégées ou en passe de l’être sans électricité, chauffage et eau potable comme à Marioupol, des magasins qui se vident et l’essence qui se fait plus rare comme les médicaments. Le président Vladimir Poutine toujours aussi inflexible et le président Volodymyr Zelensky toujours aussi combattif. Qu’en est-il plus précisément, où en sommes-nous ?

Depuis l’éditorial du 8 mars, le nombre des réfugiés a doublé, passant de 1,5 à 3 millions, soit 136.000 réfugiés de plus chaque jour. C’est dire l’ampleur de l’exil en cours, sachant de plus qu’il y a 1,9 millions de déplacés à l’ouest du pays qui sont accueillis par les habitants, les municipalités avec le soutien de l’aide humanitaire ukrainienne et internationale.

Enfants ukrainiens fuyant l’invasion russe, Przemyśl, Pologne 27/02/2022 @Mirek Pruchnicki (CC BY 2.0)

Quand on observe la carte des combats, nous constatons que les combats à l’Est s’intensifient. Ce qui frappe également, c’est que ces déplacés et réfugiés sont majoritairement des femmes et des enfants car les hommes restent mobilisés en Ukraine et une majorité de personnes âgées (30% de la population selon certaine source) préfèrent généralement rester, même dans les villes bombardées.

L’exil est un drame.

Au-delà de ces statistiques, cela nous donne une idée du drame intime vécu par ces familles séparées, jetées sur les routes de l’exil et de la guerre et dont l’avenir ne peut qu’être douloureux et incertain. Et puis, ces familles réfugiées et déplacées viendront rapidement à bout de leurs maigres ressources, comment subsisteront elles ensuite ! Notre solidarité doit donc s’inscrire dans l’urgence comme dans la durée et tant qu’il le faudra !

Des réfugiés ukrainiens marchent sur un pont dans la zone tampon de la frontière avec la Pologne au poste frontière de Zosin-Ustyluh, en Ukraine occidentale, le 6 mars 2022. – Plus de 1,5 million de réfugiés ont fui l’Ukraine dans la semaine qui a suivi l’invasion russe du 24 février 2022, dont plus de la moitié vers la Pologne, selon l’agence des Nations Unies pour les réfugiés. (Photo de Daniel LEAL / AFP)

D’autant plus que la guerre se durcit et s’étend. Les frappes s’intensifient sur un nombre de villes plus nombreuses qui vont devenir autant d’ilots de résistance fixant les troupes russes dont les pertes augmentent provoquant encore un peu plus l’escalade des moyens de destruction !

Jeudi dernier, le 10 mars, au ministère de l’Europe et des affaires étrangères s’est tenu une réunion du Groupe de Concertation Humanitaire (GCH) qui réunit, chacun dans son rôle et en toute indépendance, les principales ONG humanitaires et le Centre de Crise et de Soutien (CDCS) du MEAE. Le ministre, Jean-Yves Le Drian, s’est montré très prudent sur les corridors humanitaires qui, comme à Alep en Syrie, peuvent devenir de véritable piège pour les populations. Pour le ministre, nous sommes en face d’une « crise durable et massive » et « Il faut s’attendre au pire ». Une résolution des Nations Unies se prépare nous a-t-il dit. Que pourra t’elle obtenir face au veto Russe et à la possible abstention de la Chine ?

Le directeur du CDCS, Stéphane Romatet, a annoncé la décision du Président de la République d’affecter 100 millions d’euros à l’action humanitaire. De plus, la France se prépare dorénavant à accueillir 100.000 réfugiés contre 10 à 12.000 le 10 mars. L’accueil de ces réfugiés de guerre est un devoir pour nous.

Une solidarité en acte.

Si l’Ukraine génère une mobilisation exceptionnelle de nos concitoyens, il est important de dire qu’une rationalisation de l’aide est indispensable afin d’éviter la livraison de produits peu adaptés ou dont le tri soulèverait trop de difficultés logistiques à l’arrivée. Pour Philippe Bonnet de Solidarités International qui se trouve à Odessa, il y a trois types d’aide à organiser : l’alimentation non périssable, les produits d’hygiène et le matériel de couchage. Ajoutons que ces produits doivent être transportés sur des palettes homogènes et dans des formats familiaux ou collectifs faciles à distribuer et répartir. Il constate aussi un affaiblissement net des services publics dans les zones de combat et une diminution des produits de première nécessité, alors qu’a l’ouest les capacités d’accueil et de logement sont saturées.

Il y a cependant deux événements positifs à signaler et à relativiser. D’une part, une dizaine de corridors d’évacuation de personnes vivant dans des villes bombardées ont bien fonctionné avec notamment l’exemple de Marioupol, ville encerclée, qui a vu des milliers de voitures quitter la ville. Mais la destruction le 17 mars par l’aviation russe du théâtre de Marioupol ou s’étaient réfugiés un grand nombre de femmes et d’enfants, est un drame si ce n’est un crime qui nous rappelle la destruction d’Alep et de Grozny !

D’autre part, les négociateurs ukrainiens déclarent que les Russes ont cessé de lancer des ultimatums pour amorcer un dialogue salué et encouragé par le président Ukrainien. On est encore loin d’un quelconque accord d’autant que négocier revient parfois simplement à gagner du temps ! La récente déclaration du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, sur de possibles avancées diplomatiques est ensanglantée chaque jour !

Accélérer pour déployer l’aide à l’est.

Plus le temps passe, plus l’aide humanitaire devient vitale pour une population de plus en plus démunie. Or, l’impression générale est que si la générosité se mobilise massivement, si l’aide arrive toujours plus nombreuse aux frontières et à l’ouest de l’Ukraine, cette aide humanitaire semble avoir le plus grand mal à se déployer à l’est de l’Ukraine.

Il y a bien sûr le temps nécessaire au déploiement, la question des moyens de transport qui semblent manquer selon OCHA (Ukraine : Humanitarian Impact : Situation report /OCHA), celle aussi du ravitaillement en carburant quand l’on sait qu’il y a plus de 1500 km entre l’ouest et l’est du pays. Evidemment, il y a toujours les risques inhérents à la guerre, mais cela est le propre de l’humanitaire d’urgence dans les conflits et nous avons aussi appris à nous en prémunir autant que possible, même si le risque zéro n’existe pas.

Pour dire les choses comme je les ressent et en toute humilité car je ne suis pas sur place, il faut faire beaucoup plus vite, amplifier les chaînes d’approvisionnement en continu vers l’Est. C’est louable de demander un accès sûr pour l’aide humanitaire conformément au Droit Humanitaire International (DIH). En attendant de l’obtenir, peut-être trop tard ou jamais, il faut encore avoir l’audace d’ouvrir sans attendre les routes d’accès en prenant les mesures de sécurité ad hoc. Car au bout de ces routes il y a des populations en danger qui nous attendent ! Et je voudrai ici saluer et témoigner de la remarquable entraide individuelle et collective dont font preuve les Ukrainiens qui sont les premiers secouristes à agir sur place.

Des conséquences mondiales.

Les conséquences de la guerre en Ukraine sont d’ores et déjà mondiales et annoncent une nouvelle ère géopolitique pleine d’incertitude et de dangers. Parmi celles-ci, les humanitaires, et pas seulement eux, peuvent d’ores et déjà anticiper les conséquences sur la flambée des prix des matières premières alimentaires et énergétiques. Selon la FAO (Info-Note-Ukraine-Russian-Federation fr ), 8 à 13 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir de la faim dans le monde. Les pays d’Afrique et du Moyen-Orient sont très dépendants aux importations de céréales venant de Russie et d’Ukraine. Les risques sont jugés alarmants en particulier pour l’Afrique de l’Ouest déjà affectés par de mauvaises conditions climatiques, les conflits et les conséquences de la pandémie de Covid-19.

Quand on observe une carte des territoires dont l’armée russe a pris le contrôle, cela ressemble étrangement à une sorte de pince qui enserre la moitié de l’Ukraine à l’Est et une autre, plus réduite, qui encercle Kiev la capitale. C’est dans ce contexte que, le 15 mars, le Président Volodymyr Zenlesky a déclaré officiellement « L’Ukraine ne pourra pas intégrer l’OTAN ». Précédemment, le 9 mars, une porte-parole du Kremlin a « déclaré que les objectifs de la Russie « n’incluent ni l’occupation de l’Ukraine, ni la destruction de son Etat, ni le renversement du gouvernement actuel ».

Quand est-ce que la diplomatie prendra l’avantage sur la guerre, même si celle-ci se poursuit jusqu’au bout des négociations.

En attendant, les Ukrainiens ont besoin chaque jour de vivre, d’espérer et d’aide humanitaire pour tenir jusqu’au bout.

Alain Boinet.

Editorial du 17 mars 2022.

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Editorial du 08 mars 2022

Ukraine : c’est à pleurer et le pire est à venir.

Alain Boinet. Cet article n’engage que moi.

En Ukraine, ce n’est pas une crise humanitaire, c’est une guerre dont les conséquences vont entrainer une immense catastrophe humaine. A l’issue d’une conversation entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine le 3 mars, l’Elysée a déclaré que « Le but de Poutine est de prendre toute l’Ukraine » en concluant « le pire est à venir ».

On le voit bien avec les combats pour la prise des villes de Kharkiv, Marioupol et Kiev qui s’intensifient. La bataille de la capitale se combine avec son encerclement. Ces villes connaitront-elles le sort d’Alep ou de Grozny ? Nous pouvons en redouter la destruction dans un pays peuplé de 44 millions d’habitants avec des villes nombreuses qui sont autant de forteresses urbaines pour la résistance ukrainienne.

Nous avons déjà vécu des guerres à Sarajevo, Kaboul ou Beyrouth et nous savons la puissance dévastatrice de celles-ci. A l’inverse, nous en connaissons aussi les capacités de résilience. Mais, la guerre en Ukraine est d’une autre dimension.

D’abord parce qu’il s’agit d’une armée russe conventionnelle puissante qui emploie des missiles de croisière, une artillerie nombreuse comprenant notamment les terrifiants « orgues de Staline » et une aviation qui a toujours la maîtrise totale de l’espace aérien. Ensuite, parce que le chef de guerre qui a déclenché la bataille se nomme Vladimir Poutine dont on connait la détermination à atteindre ses objectifs.

Mais, la résistance ukrainienne est impressionnante de patriotisme, de détermination au sein d’une population qui se prépare, avec des forces armées défendant âprement le terrain, à résister en accueillant l’armée russe les armes à la main dans un combat de rue dans des villes qu’ils connaissent bien.

Chaque jour, c’est 150 000 réfugiés de plus !

Des réfugiés d’Ukraine traversent la frontière polonaise, le 2 mars 2022. @Bartosz Siedlik/Union Européenne

Les conséquences humanitaires sont là pour témoigner de l’intensité des combats alors que ceux-ci n’ont lieu au sol que dans une moitié du pays. Selon un tweet de Filippo Grandi, Haut-Commissaire aux Réfugiés des Nations-Unies, publié le 6 mars à 9h57, en 10 jours le nombre de réfugiés ayant quitté l’Ukraine est de 1,5 millions dont 920.000 pour la seule Pologne ! Combien de jours, de semaines va durer la guerre à raison d’une moyenne de 150.000 réfugiés par jour !

Philippe Bonnet de l’association humanitaire « Solidarités International » qui est en Ukraine témoigne. « Parmi les victimes de la guerre, il y a trois catégories. Il y a les populations directement affectées par les combats sur la ligne de front comme à Jitomir, Kiev, Kharkiv qui nécessitent des secours d’urgence pour faire face à la destruction des infrastructures (eau, électricité, chauffage) et au ralentissement ou à la rupture des chaines d’approvisionnement (alimentation, médicaments). Il y a les personnes déplacées qui fuient et, enfin, il y a les personnes réfugiées dans les pays limitrophes ».

L’escalade de la guerre provoque immanquablement une augmentation des besoins essentiels et nécessite un accroissement accéléré des secours humanitaires. Selon les Nations-Unies « 18 millions de personnes devraient être touchées, dont jusqu’à 6,7 millions de personnes nouvellement déplacées à l’intérieur du pays » (www.unocha.org). C’est dire l’ampleur des besoins humanitaires de première nécessité pour des populations qui ont parfois tout perdu. L’appel d’urgence du 1er mars des Nations-Unies et de ses partenaires porte sur 1,7 milliards de dollars dont 1,1 milliards pour les 3 prochains mois destinés à secourir 6 millions d’Ukrainiens à l’intérieur même du pays.

La guerre des villes et des corridors humanitaires.

Ce n’est certainement pas l’argent qui manquera, c’est l’accès des secours aux populations dans de nombreuses villes et Oblasts (provinces)) du fait des combats, des mouvements de population, de l’étirement des chaines logistiques d’approvisionnement, des changements de situation. Ainsi, le corridor humanitaire a déjà échoué à deux reprises à se mettre en place pour évacuer la population du port de Marioupol encerclé par les 58ème et 49ème armées russes. Il s’agit principalement de femmes, d’enfants, de personnes âgées mais également de malades, d’handicapés.

Comme le dit justement Frédéric Joli, porte-parole du CICR en France, l’idée de « corridor souvent évoqué s’avère compliqué à mettre en place ». Et même si un corridor fini par s’organiser à Marioupol et à Volnovakha comme Vladimir Poutine vient de l’évoquer, cela ne sonnera pas la fin des combats puisque les soldats ukrainiens et des civils armés continueront de combattre dans la ville. Sera-t-il possible de ravitailler une ville dans laquelle des civils décideront de rester ? Comment l’équipe de MSF et les hôpitaux à Marioupol pourront-ils recevoir des médicaments. Qu’adviendra-t-il des soldats blessés ?

C’est pourquoi, il faut appeler avec beaucoup de force au respect du Droit Humanitaire International (DIH) qui exige notamment une distinction entre combattants et non combattants, de même que l’accès des secours aux populations et les opérations humanitaires. Pour des raisons évidentes, il y a actuellement une forte concentration diplomatique et humanitaire à Lviv, la grande ville de l’ouest de l’Ukraine à 70 km de la frontière polonaise. Tout l’enjeu réside maintenant dans la coordination de l’acheminement des secours à travers le pays vers les zones les plus urgentes.

Une guerre qui pourrait durer.

C’est le chef d’Etat-major des Armées françaises, le général Thierry Burkhard, qui déclare « Le rouleau compresseur russe risque de finir par passer ». Dans un pays de 660 000 km2 avec 44 millions d’habitants les Ukrainiens ont décidé de résister partout et parfois même en lançant des contre offensives. Une guerre sur les arrières russes pourrait se produire et se propager. Cette guerre sera plus destructrice que prévu pour les Russes, mais elle sera un calvaire pour les Ukrainiens. A moins qu’une solution diplomatique ne finisse par prévaloir !

En tout cas, cette guerre au cœur de notre continent est un drame et un échec pour l’Europe et ses pays qui ne l’ont ni rendu inutile ni empêché. Si Vladimir Poutine est bien l’envahisseur, d’autres à l’Ouest ont depuis longtemps joué avec le feu ! C’est une rupture géopolitique dangereuse. L’histoire jugera.

On prend la mesure humaine de cet échec sanglant quand l’on voit à la télévision ces hommes qui accompagnent leurs femmes et leurs enfants jusqu’à la frontière puis qui s’en retourne vers la guerre. Quand les lances roquettes multiples écrasent ici un immeuble et là une station de chauffage ou d’eau. Ou encore, quand les sirènes retentissent et qu’on se précipite dans les caves ou le métro. Et on nous prévient, « le pire est à venir », c’est à pleurer.

Face au pire, pour celles et ceux qui n’ont que la solidarité pour arme, la mission est simple, évidente et s’impose comme un devoir. Ne pas laisser les victimes sans secours et réconfort avec l’espoir d’une solution négociée !

 

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